dimanche 24 février 2019

2 nouveaux civils tués dans le Donbass

Photo réseau VK

La journée du 23 février dédiée "au Défenseur de la patrie" a été entachée de sang par l'explosion d'un minibus civil, à 13h40, par une mine antichar à Elenovka (Sud de Donetsk) ayant entraîné la mort de 2 personnes et blessé une troisième. 

Le drame s'est passé entre le blokpost ukrainien et le blokpost républicain au moment du passage du taxi collectif faisant la liaison entre la République Populaire de Donetsk et la partie occupée par l'armée ukrainienne. Le chauffeur, Alexander Fomenko, en mordant sur le bas côté de la route au moment d'un dépassement a actionné une mine antichar qui a détruit complètement le véhicule, tuant le chauffeur sur le coup, et blessant les 2 passagers du moment, Alexander et sa mère Valentina Kozanchuk qui décédera des suites de ses blessures à l'hôpital de Dokuchaïevsk où ils ont été évacuée en urgence. Par chance les 5 autres passagers qui étaient initialement dans le minibus étaient descendus au blokpost précédent.


Les français qui ont servis dans les rangs de la 5ème Brigade ("Oplot") connaissons bien ce secteur situé à 25 kilomètres au Sud de Donetsk. Les mines en plus des bombardements au mortier constituent le danger principal de ce front, qui depuis 2014 en est littérallement infesté. Mines républicaines et ukrainiennes y ont été déposées dans l'anarchie des premiers combats, sans être accompagnées de relevés cartographiques précis permettant de signaler leur présence et aussi de mener des campagnes de déminage efficace quand la zone est pacifiée. 

Souvent, lors des missions d'infiltration menées sur le front de Elenovka (secteur Signalnié exactement) nous repérions en plus des munitions non explosées des mines et des pièges posées dans les "Zilonkas" bosquets linéaires séparant des parcelles agricoles) ou dans les champs abandonnés.  

Mines antipersonnelles "PMN" repérées et "décamouflées" lors d'une mission d'infiltration dans le secteur de Elenovka, en novembre 2015

Les militaires mais aussi les civils payent un lourd tribut dans cette "guerre des mines" aveugle qui se joue dans le Donbass, et je pense à mes camarades victimes des mines ("Kent""Dietrich", Alexandre, Oleg, Dima... ou aux 3 enfants de Gorlovka par exemple tués l'année dernière près du front dans un champ de mines) 

Mais dans l'explosion de ce 23 février il apparaît plusieurs éléments inadmissibles pour créditer la thèse d'un simple "accident" ou dommage collatéral et qui soulèvent problèmes et interrogations : 
  1. L'explosion s'est produite dans la "zone grise", cette bande située entre les lignes de front belligérantes et qui est théoriquement neutre et démilitarisée.
  2. Le site de l'explosion est une rocade routière qui est un des rares points de passage du front et qu'empruntent quotidiennement des centaines de civils, à pied ou motorisés.
  3. Ce passage comme tous les autres check point est régulièrement contrôlé par les observateurs internationaux déployés dans le Donbass (STKK russe ou OSCE).
La question est donc simple : pourquoi avoir toléré la présence d'une bande minée sur un secteur aussi sensible où sont exposés quotidiennement des centaines de civils au lieu de procéder à un déminage large des bas côtés de la chaussée comme cela a été fait dans d'autres secteurs non fréquentés ?


Ce drame en tous cas nous rappelle que ce conflit comme tant de conflits modernes risque de tuer encore longtemps après sa résolution car depuis 5 ans, ce sont des milliers de mines, pièges et munitions non explosées qui ont été disséminées sur plus de 300 kilomètres de front, au milieu de zones habitées ou anthropisées et d'ailleurs à ce propos, le 6 février dernier, les Nations Unies ont reconnu le Donbass comme la région la plus minée au monde. 

Erwan Castel

Le chauffeur du bus tué ce 23 février 2019 - Photo réseau VK

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