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mardi 13 septembre 2022

Du "pessimisme de la raison à l'optimisme de la volonté"

Au milieu du tintamarre mensonger de toutes les propagandes manichéistes de plus en plus ridicules, nous sommes un nombre croissant à vouloir défendre coûte que coûte la Vérité, convaincus que si elle détruit au passage nombre de fantasmes (et tant mieux !) elle nourrit surtout la force d'âme des amoureux de la Liberté et cette relation de confiance entre les peuples et leurs responsables, qui sont toutes deux plus que jamais vitales au milieu des tempêtes de l'Histoire.

Karine Bechet Golovko est docteur en droit public, analyste de la politique et géopolitique russes,  partageant sa vision pertinente et surtout indépendante pour mieux pouvoir servir en son âme et conscience ces peuples de Russie pour lesquels elle vit et travaille à Moscou. 

J'ai souvent partagé ses analyses sans ambages ni langue de bois, sans courtisanisme ni fantasme, et je la remercie de nous offrir mieux que je ne saurais le faire une pensée que le partage pleinement mais dont mon expression personnelle est bridée par mon actuel devoir de réserve de membre des forces armées de la République Populaire de Donetsk. 

Voici concernant la situation de ces opérations spéciales "en panne" son point de vue éclairant et qui illustre bien cette pensée de Gramsci : "il faut allier le pessimisme de la raison avec l'optimisme de la volonté" 

Erwan Castel

Source de l'article : Russie Politics 

A Kharkov, l'OTAN entre en guerre : 
soit la Russie change de stratégie, 
soit elle disparaît comme pays souverain


Par Karine Bechet Golovko

12 septembre 2022

"Cela fait longtemps que les guerres ne se déclarent plus dans les règles de l'art, elles se font. C'est ainsi que l'OTAN a directement et personnellement conduit l'offensive de Kharkov, ce qui marque la fin objective de la prudente "Opération militaire spéciale" pour la Russie. A moins que les dirigeants actuels pensent que la bataille de Stalingrad ait pu être une opération très spéciale. Le recul aussi rapide que significatif de l'armée russe dans la région de Kharkov, qui signe ainsi sa première grande défaite militaire depuis très longtemps, doit être analysé. Dans une guerre, les batailles se perdent, mais il est fondamental d'en tirer les leçons - pour ne pas perdre la guerre. Quelques éléments politiques d'analyse.

Hier, l'armée russe est quasiment sortie de la région de Kharkov, gardant encore un petit territoire à l'Est de la région et tentant de stabiliser le front sur la rive gauche de la rivière Oskol. Les villes importantes comme Balakeia, Koupiansk ou Izium sont repassées sous contrôle ukrainien (et les répressions ont commencé malgré l'évacuation des civils). Ainsi, le front revient aux portes du Donbass d'un côté et débarque de l'autre à la frontière russe (région de Belgorod), suite à la perte de la ville frontalière de Volchansk.

Le ministère russe de la Défense, après un long silence de plus de deux jours, déclare furtivement qu'il s'agit d'un "repli stratégique"  :

"Les troupes russes opérant près de Balakleya et Izyum seront redéployées en renfort dans la direction de Donetsk afin d'atteindre les objectifs prédéfinis de l'opération militaire spéciale"

Difficile de trouver une formulation qui aurait provoqué une réaction plus négative. Les gens n'apprécient pas d'être pris pour des imbéciles et peuvent perdre confiance. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les bulletins d'information étaient suivis avec assiduité, car les gens y croyaient. Et la population y croyait, car ils annonçaient aussi les défaites et les reculs. Et ainsi, justement, ils laissaient entendre que tout serait mis en œuvre pour reprendre le territoire. Or, la communication désastreuse du ministère de la Défense laisse entendre derrière ces "maladresses communicationnelles" une faiblesse politique impardonnable : on laisse la région de Kharkov pour mieux protéger le Donbass. Juste une question en passant :

Et qui vous dit, avec cette logique, qu'il vous sera alors plus facile de défendre le Donbass, voire ensuite la Russie ? 

Contrairement à ces déclarations, l'on a immédiatement eu Kadyrov, lui, remontant le moral des troupes, comme il se doit, et promettant que tout serait fait pour reprendre le territoire, pendant que Peskov déclare que le Kremlin n'a aucun commentaire à faire, puisque cela ressort du ministère de la Défense. Il est vrai que justement ces jours-là une grande réunion avec Poutine avait lieu concernant le développement du tourisme intérieur, les plages de Sotchi étant surchargées. L'on retrouve aussi Medvedev, tout frais dans son nouveau rôle, mais étonnamment résistant depuis février, déclarant que tous les buts seront atteints et s'en tient mordicus à la capitulation de l'Ukraine. 

Et l'on retrouve enfin des paroles de vérité, et donc de courage, venues de DNR. Eux ne font pas de la comm, ils font de la politique, ils défendent leur terre et communiquent dessus. C'est la différence et cela se sent. Le vice-ministre de la communication de DNR, Danyil Bezsonov, reconnaît la perte de la ville stratégique d'Izium en ces mots courageux :

"Oui, nous avons quitté Izyum, ainsi que d'autres villes de la région de Kharkov. Bien sûr, c'est mauvais. Bien sûr, c'est le résultat d'erreurs de haut commandement. Mais il n'est pas nécessaire de chercher des significations cachées là-dedans. Il ne s'agit pas de négociations, ni de trahison. On se bat juste du mieux qu'on peut. À tous les niveaux. Quelque part mieux, quelque part pire."

Quelques remarques intermédiaires : il ne s'agit pas d'un retrait stratégique, mais d'une défaite ; une défaite due à des erreurs de commandement, c'est-à-dire qui pose des questions systémiques d'évaluation de la situation et de position politique, et oblige à s'interroger sur la longue réforme de l'armée, selon les recommandations globalistes, de ces 20 dernières années.

"L'essentiel est d'admettre ses erreurs et d'en tirer les bonnes conclusions. Mais il faut reconnaître ses erreurs et ne pas parler d'un plan astucieux pour attirer des Ukrainiens naïfs et sûrs d'eux dans le chaudron de Voronej. (...)

L'encerclement du groupe russe à Izyum aurait été un désastre. D'un point de vue militaire,  la décision de se retirer est absolument correcte dans les circonstances merdiques actuelles." 
 

La décision est bonne, mais comment en est-on arrivé à devoir prendre une décision aux conséquences aussi mauvaises, parce que toute autre eût été encore pire ? 

C'est bien à cette question qu'il faut réfléchir.

Il faut absolument ici noter l'implication directe de l'OTAN dans cette bataille de Kharkov, ce qui explique la première déroute de l'armée russe. 

"Volchansk est occupé par les troupes de l'OTAN. Exactement comme ça et rien d'autre. L'on écrit à partir de là-bas, qu'il n'y a pratiquement pas de nazis ukrainiens dans la ville. Beaucoup de noirs et d'anglophones. Exactement la même situation dans Cossack Lopan."

Et les combats sont dirigés par des officiers de l'OTAN, selon les interceptions de communications. D'ailleurs, le NYT publie lui-même un article confirmant la direction de l'armée ukrainienne par l'OTAN et la préparation de l'offensive avec le renseignement américain cet été. Et n'oublions pas cette nouvelle technique, celle de la sur-utilisation des "mercenaires". Personne n'a vu leur contrat, personne ne sait s'il s'agit réellement de mercenaires (la quantité ici est quand même surprenante) ou s'il s'agit d'une implication directe - mais discrète - des militaires des pays membres de l'OTAN sous couvert de mercenariat. Comme cela été justement remarqué dans la région de Kharkov :

"Il y a des mercenaires dans les rangs des unités des forces armées ukrainiennes, qui sont actuellement impliquées dans la région de Kharkov. Ce sont des citoyens des États-Unis, de Grande-Bretagne, de France et d'autres pays membres de l'Alliance de l'Atlantique Nord. Ils sont pas seulement dans les formations de combat des Forces armées ukrainiennes, ils commandent la bataille dans les unités, qui sont en action offensive"

Donc, l'OTAN est bien entrée en guerre contre la Russie à Kharkov. Sans déclarer la guerre, mais la faisant. Ce qui rend la tâche beaucoup plus difficile à la Russie. Car comment réagir ? Et c'est une question stratégique que les élites dirigeantes devront régler rapidement, s'ils ne veulent pas avoir à régler la question de la capitulation  - de leur capitulation. Les conséquences seraient fatales pour eux personnellement, puisque le sort de Milosevic ou de Hussein leur est déjà réservé, comme on l'a appris sur LCI :

Et surtout, la Russie n'y survivrait pas - comme entité étatique. Des voix se lèvent déjà dans l'opposition radicale pour "décoloniser la Russie", c'est-à-dire achever le processus commencé en 1991 de démembrement de ce (trop) grand pays millénaire. Les Ukrainiens, de leur côté, s'emballent et le Secrétaire du Conseil national de sécurité, Alexeï Danilov, parle, je cite, d'une "capitulation totale de la Russie et de sa nécessaire démilitarisation avec l'aide de nos partenaires occidentaux". Et de préciser :

"Notre tâche est de faire en sorte que la Russie n'ait même pas le désir de penser qu'elle peut attaquer ses voisins, en particulier de la manière dont elle l'a fait par rapport à notre pays"

Dans ce contexte, hier, Macron téléphone à Poutine et entre dans le jeu de la "capitulation douce et raisonnable " : 

"À cette occasion, il a condamné la poursuite des opérations militaires russes en Ukraine et a rappelé son exigence qu’elles cessent au plus vite, que s’engage une négociation et que soient rétablies la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine."

Le soir même, l'armée russe a réagi et pour la première fois a réellement touché des infrastructures stratégiques avec des missiles depuis les eaux de la mer Noire et de la Caspienne. Ainsi, les centrales électriques de Kharkov et Zmiev dans la région de Kharkov, la centrale de Pavlograd dans la région de Dniepropetrovsk et la centrale thermique de Krementchoug dans la région de Poltava ont été touchées. Plusieurs régions sont restées en partie sans électricité, les trains ont été stoppés, le métro à Kharkov aussi et internet a bugué. L'électricité a été aujourd'hui partiellement rétablie, puisque l'armée russe n'a touché qu'une partie de la capacité énergétique de l'Ukraine. 

Hier soir aussi, le discours médiatique commençait à changer. Soloviev déclarait que les gens attendaient une réaction forte de l'armée russe. Sur la chaîne Telegram "Poutine v Telegram" l'on annonçait un changement radical de la stratégie de l'armée russe désormais. Espérons que cette fois-ci, cela ne s'arrêtera pas à la communication, avec quelques vidéos officielles montrant des blindés roulant sur des routes.

Pour terminer ce texte déjà très long, je voudrais faire quelques remarques générales et politiques. Et donc poser certaines questions, dérangeantes, délicates, parfaitement inconfortables, mais indispensables, sans prétendre être exclusives :

Quels sont les buts de la Russie ? 

Lors du lancement en février de l'armée russe, il a été annoncé que l'Ukraine devait être dénazifiée et démilitarisée. Or, derrière ces concepts très larges, flous et à géométrie variable, aucun but concret, ni méthode n'ont été fixés. Et cela s'est vu avec les changements de stratégies trop fréquents, qui montrent surtout une absence de stratégie ferme, mais une tendance à la réaction. La Russie, qui avait maîtrisé l'ordre du jour en lançant très rapidement ses forces en février, a perdu l'initiative presque immédiatement avec les négociations et différents "gestes de bonne volonté". Cette indécision chronique des élites russes, menaçant de toucher les centres décisionnels sans le faire, parlant de dénazification sans oser assumer un changement de pouvoir à Kiev, parler de démilitarisation sans mettre hors-services les cibles stratégiques, parlant toujours de sa volonté militaire tout en acceptant toutes les négociations possibles et contre-productives (île des Serpents, blé, centrale de Zaporojié) a été utilisée contre elle. De plus, l'été a été largement mis à profit par l'OTAN pour mettre au point une offensive, quand Choïgu annonçait à Poutine dès la fin mars, que les principaux objectifs avaient été atteints. Il est urgent que la Russie détermine réellement quels sont ses buts à moyen et long terme, comment elle envisage le territoire ukrainien, quel pouvoir doit être installé sur quel territoire. Et ces décisions ne doivent pas être situatives, c'est-à-dire "en réponse à". La stratégie doit être établie fermement pour obliger la partie adverse à s'adapter à elle - et non l'inverse.

Quelle est la volonté politique des élites russes ? 

Le positionnement des élites politiques en Russie reste toujours un sujet d'inquiétude, car si la partie globaliste est plus ou moins muselée actuellement, elle est toujours en place et détient une capacité décisionnelle, qui non seulement est disproportionnée par rapport à sa légitimité politique intérieure, mais va à l'encontre de l'intérêt national dans ce contexte géopolitique. Et dans des moments difficiles, cela joue sur la capacité de réaction du pays, l'affaiblit fortement dans ses rapports internationaux stratégiques. Cette guerre doit se gagner militairement sur le territoire ukrainien, mais elle doit également se gagner par la déglobalisation du pays, ce qui passe obligatoirement par un remaniement des élites. L'on voit jusqu'à présent les conséquences dans tous les mécanismes globaux de négociations, dans lesquelles la Russie est entraînée de l'extérieur, mais aussi de l'intérieur avec la volonté d'une partie des élites dirigeantes de faire partie de ce système global et non pas de le remettre en cause. Or, les élites globalistes sont passées au combat contre la Russie, elles utilisent la prédisposition intérieure de ces petits soldats idéologiques pour cela. La Russie ne peut avoir sa place dans le système global, les événements sont allés beaucoup trop loin, nous ne sommes pas en 2014. Sans une réelle prise de conscience de cela, l'hésitation et l'auto-tromperie sont des armes utilisées pour discréditer les élites dirigeantes russes dans leur unité et effriter leur légitimité, donc leur pouvoir.

Peut-on encore parler sérieusement "d'Opération militaire spéciale", quand il s'agit d'une guerre conventionnelle ? 

La Russie est focalisée sur la "guerre hybride", comme s'il s'agissait d'une nouveauté. Tout conflit armé conventionnel s'est toujours accompagné, au minimum depuis la modernité, d'une dimension politique, économique et communicationnelle. Il a toujours été voulu d'amoindrir les capacités économiques de l'adversaire, la propagande de guerre a toujours existé avec les guerres, la déstabilisation de la situation politique aussi, seules les méthodes varient en fonction des progrès technologiques, mais il est une erreur de se focaliser sur la dimension communicationnelle pour autant. La communication se nourrit du réel et l'offensive de Kharkov le montre, pour ceux qui avaient encore un doute. Diffuser massivement sur toutes les chaînes Telegram des images d'unités militaires en mouvement, ne fait pas gagner une bataille. Par ailleurs, le vocable "opération spéciale" semble renvoyer aux opérations militaires menées en Syrie, par exemple. Des opérations ponctuelles, conduites en partenariat avec l'armée régulière nationale sur un territoire étranger. Or, l'Ukraine n'est pas la Syrie. Si la Russie a décidé finalement d'intervenir en Ukraine, c'est justement parce qu'elle considère la terre ukrainienne comme historique russe, comme la sienne. C'est une guerre de libération nationale, de décolonisation pour reprendre l'expression à la mode, ou sinon il valait mieux continuer à avaler des couleuvres. C'est indigeste, mais certains pays vivent très longtemps avec des indigestions chroniques. Certes, ils vivent très mal, il n'en reste pas grand-chose en fin de compte, mais ils ne remarquent même pas leur disparition. La disparition politique de la France, malheureusement, en est le parfait exemple. La couleuvre en est arrivée à remplacer le cassoulet dans les menus à l'Elysée. Mais pour revenir à la Russie, qui a eu le mérite de réagir en février pour éviter cette chute fatale, elle doit accepter et reconnaître le caractère conventionnel de cette guerre. Mais il est vrai que du coup, elle doit remettre en question les réformes néolibérales d'amaigrissement de l'armée, et de l'Etat en général, conduites depuis une vingtaine d'années. Dans les véritables guerres, l'Etat a besoin en plus de la technologie, d'une véritable armée professionnelle, d'hommes et de tanks, une armée qui soit par ailleurs autonome, donc sans abuser des contrats privés et des civils. 

Pourquoi la Russie ne peut pas se permettre une mobilisation générale maintenant ? 

Pour autant, dans le configuration actuelle, une mobilisation générale serait une erreur. Tout d'abord, parce que la structure de l'armée russe aujourd'hui ne semble pas apte à gérer cette masse (formation, équipement, logistique, etc.). Mais surtout, parce que cela mettrait la Russie dans une position de faiblesse par rapport aux pays de l'OTAN. Ils sont entrés, certes, physiquement sur le champ de bataille et sont de facto devenus parties au conflit, mais formellement ils ne sont pas en guerre contre la Russie, il n'y a pas de mobilisation. Dans tous les cas, la Russie est dans une position déséquilibrée par rapport à eux, car elle, elle doit reprendre, protéger et administrer un territoire et une population, eux peuvent simplement détruire pour repousser et écraser autant que possible - ce qui nécessite moins d'hommes et plus de technologies, même s'ils approvisionnement largement le champ de bataille en hommes aussi. Dès le début, la Russie a joué à juste titre la carte de la normalité - la vie en Russie, pour les gens, doit rester "normale". Pourtant, il serait bon de ne pas en abuser, car sans l'acceptation d'un véritable patriotisme (qui fait manifestement peur à une partie des élites dirigeantes, tant qu'elles n'ont pas pris de décision stratégique quant au territoire ukrainien), il sera difficile de ne pas provoquer une rupture au sein même de la société, ce qui serait fatal au pays. Pour l'instant, l'unification de l'armée (qui joue au post-modernisme avec l'armée "privée" Wagner et ses unités, les bataillons de Kadyrov présentés séparément, les différentes chapelles combattantes) et le renforcement du nombre de militaires professionnels (qui a déjà été modestement annoncé) sont une priorité.

La défaite de la Bataille de Kharkov doit libérer la capacité de penser et de concevoir un avenir propre au pays. C'est par la déglobalisation des esprits, qu'une véritable victoire sera possible. Retrouver sa liberté et assumer ses décisions, c'est le meilleur moyen de soulever le peuple et de l'avoir derrière soi. Alors, la Russie est invincible."

Karine Bechet Golovko

mercredi 29 janvier 2020

Les dessous de l'escalade militaire

Personne mieux que BHL ne pouvait mieux incarner ceux qui se cachent derrière les canons de Kiev

Je partage ici un article de Karinre Bechet Golovko qui confirme les objectifs politiques ukrainiens et stratégiques atlantistes expliquant cette nouvelle escalade militaire initiée par Kiev sur le front du Donbass.

En lisant cette analyse pertinente, on comprend mieux la présence cette semaine de BHL sur le ligne de front du Donbass, ce pervers narcissique qui se délecte d'être le représentant de commerce des bombes de l'OTAN à travers le Monde !

Source de l'article : Russie Politics

L'Ukraine relance le conflit dans le Donbass : 
le calendrier atlantiste l'exige


Karine Bechet-Golovko

Lundi 27 janvier 2020

Après la trêve de Noël, l'armée ukrainienne a commencé à intensifier les tirs dans le Donbass. Alors qu'il y eut la fameuse et inutile réunion du Format Normandie, alors que la presse cherche à évacuer un conflit qui ne termine pas derrière les énièmes promesses désavouées d'une Ukraine, dont le seul intérêt aujourd'hui sur la scène internationale, est justement l'entretien de ce conflit. L'Ukraine, devenue territoire faute de n'avoir su être Etat, ne peut plus se permettre l'indépendance, car elle a rendu les rênes du pouvoir. Si elle ne veut pas être laissée à l'état de friche sociale, elle n'a pas d'autre choix, que celui d'offrir son territoire et son peuple au jeu atlantiste qui la dépasse.


Dès la fin de la trève de Noël, les tirs de mortiers et d'obus ont repris sur la ligne du front (voir ici), qui n'a pas disparu magiquement suite à la réunion des présidents Français, Allemand, Russe et Ukrainien, puisque la question politique du Donbass n'est pas réglée. Et ne peut l'être pour l'instant, le conflit primaire entre le monde atlantiste et la Russie, dont la situation en Ukraine est issue, étant toujours actif. (voir notre texte ici). De toute manière, tel n'était pas le but fixé. Le seul intérêt de cette réunion est d'avoir montré, même à ceux qui le refusent, l'inconsistance de Zelensky. 

La Russie n'ayant pu être déclassée du statut de garant à celui de partie des accords de Minsk, finalement rien n'a changé. Aucun statut pour le Donbass n'a été adopté, ce qui permet au moins à ce dernier de garder ses distances avec l'Ukraine post-Maïdan. L'Ukraine refuse toujours un dialogue direct avec les représentants des jeunes républiques de Donetsk et Lougansk, car elle reconnaîtrait alors la guerre civile. Il faut donc sortir de l'impasse, sinon le pays ne présentera finalement plus aucun intérêt sur la scène internationale.

Comme nous pouvons le lire sur les sites spécialisés, les tirs se sont intensifiés contre la république de Donetsk. Et ce n'est pas une coïncidence. Selon Donbass Insider:

  • Ainsi, si du 1er au 22 janvier 2020 la moyenne était de quatre violations quotidiennes du cessez-le-feu par l’armée ukrainienne, du 22 au 23 janvier, ce chiffre a été multiplié par trois, avec 12 violations enregistrées par la représentation de la RPD au sein du Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu (CCCC).
  • Il en est de même pour le nombre de munitions, qui est passé d’une moyenne de 29 par jour depuis le début du mois, à 193 munitions tirées par l’armée ukrainienne sur le territoire de la RPD durant les dernières 24 h, soit plus de six fois la moyenne durant le reste du mois.


C'est évidemment à ce moment que l'Ukraine et l'Allemagne envisagent un nouveau Format Normandie. Selon l'ambassadeur allemand en Russie, la réunion sur la sécurité à Munich serait l'endroit idéal, puisqu'il sera notamment question de l'Ukraine au cours de la discussion. En effet, l'Ukraine n'étant toujours pas autorisée à un discours direct avec le Donbass, qui seul permettrait de faire avancer le dossier, il est possible d'utiliser l'intensification des tirs (qui tombe à point nommé), pour justifier une nouvelle réunion, devant démontrer que seule une rencontre Ukraine/ Russie, sous l'égide des "Grandes Puissances Européennes" peut permettre de résoudre ce conflit. Le porte-parole du Kremlin a déclaré qu'il n'y a pour l'instant aucune urgence à une rencontre Zelensky/Poutine. Si cette réunion a lieu, elle pourrait, selon la presse, se faire au niveau des ministres. 

L'on notera en Russie le départ de Sourkov, qui en charge à l'Administration présidentielle de la question, a gelé le conflit. Il est remplacé par Kozak, qui sort du Gouvernement pour l'Administration présidentielle, dont la position face au Donbass n'est pas claire. Selon les paroles d'un proche de Sourkov, il aurait une vision strictement économique de la situation et en déduirait que le Donbass coûte cher à la Russie. Cette position est largement développée par certains médias, notamment BBC. Autrement dit, à moins d'une campagne militaire ukrainienne mettant réellement en danger la vie de la population du Donbass de manière massive, il n'y a quasiment aucune chance que la Russie fonctionne sur le modèle criméen. Malgré le flou artistique entretenu sur la question dans le discours ambiant.

Le conflit du Donbass, malheureusement pour la population concernée, n'est pas prêt de terminer, comme tous ces conflits pour lesquels les joueurs extérieurs lancent des processus politiques avant l'épuisement militaire, ce qui permet de faire durer "le jeu". Raison pour laquelle, d'ailleurs, ces conflits secondaires existent. De temps en temps, lorsque le calendrier politique l'exige, les militaires sont réactivés, comme c'est le cas actuellement en Ukraine (ou comme ce fut le cas avant la réunion du Format Normandie). Mais sans aller trop loin, il faut entretenir le conflit, non pas le vider. Sinon, le pays sur lequel il se déroule se voit sortir du jeu international. Or, ces pays ayant été réduits à l'état de territoires gérés de l'extérieur, ils ne peuvent se permettre l'indépendance, même si soudainement ils en émettaient la volonté.

Karine Bechet Golovko

dimanche 15 décembre 2019

"Les cons ça ose tout ...!"


Les faibles, les tyrans, et les imbéciles (cumul autorisé) partagent souvent en commun cette vision manichéenne du monde qui, en imposant des certitudes fondées sur la croyance et non sur l'analyse, écarte toute forme d'autocritique et pousse le fanatisme aveugle de ses adeptes jusqu'à un ridicule aussi pathétique que dramatique. 

Ainsi depuis des millénaires, cette vision manichéenne a servi les hégémonies des clergés monothéistes (principalement judaïque, catholique, protestantes et islamiste) et les pouvoirs politiques avec qui elles s'étaient associées, fusionnant ainsi universalisme et impérialisme de la pensée dogmatique et des actes, comme le démontre encore la politique anti-indigéniste hallucinante menée en Bolivie par Jeanine Áñez, la présidente autoproclamée à l'issue du putsch ayant renversé Evo Morales, et qui n'avance comme argument à cette nouvelle croisade obscurantiste que les traditions amérindiennes sont des manifestations démoniaques !

Mais le plus bel exemple que l'on peut avancer pour illustrer ce fanatisme dogmatique qui prétend s'imposer dans tous les domaines relationnels politiques, sociaux-économiques et même culturels est certainement cette russophobie paroxysmique ambiante qui repousse chaque jour les limites de l'hystérie politique. 

Ainsi, toute honte bue, l'Agence Mondiale Antidopage a mis au ban des prochains jeux olympiques l'ensemble des sportifs russes qui ne pourront y participer que sous un drapeau blanc. A cette punition collective insensée dont le caractère politique russophobe n'échappe à personne se rajoute la volonté d'humilier la Russie tant l'on connait le drapeau blanc comme symbole de reddition.

Ce "russian bashing", s'il est devenu hystérique depuis la crise ukrainienne et le rattachement référendaire de la Criméé à la Russie, n'est pas nouveau. En effet nous assistons en crescendo à la lutte séculaire entre le "heart land", cet empire russe du milieu assiégé par les thalassocraties anglo-américaines voulant dominer le monde, politiquement, économiquement et militairement. On peut faire remonter cette stratégie russophobe occidentale à la fin du XVIIIème siècle (Rapport "The russian armement" du gouvernement britannique Pitt) lorsque, face à la concurrence potentielle de la Russie dans la réouverture des routes de la soie, les occidentaux décident de prendre le contrôle de la Mer Noire dont les rives septentrionales (Ukraine et Crimée) venaient d'être libérées par l'impératrice Catherine II. Cette stratégie occidentale d'étouffement de l'empire russe ira crescendo au fur et à mesure de l'effondrement économique du système capitaliste, ne connaissant que 2 poses pendant les 2 conflits mondiaux où les anglo-américains avaient besoin d'un second front contre l'empire germanique.

Aujourd'hui cette russophobie hystérique occidentale semble être devenue complètement folle, s'attaquant à tous ceux, y compris le président étasunien Trump, qui voudraient voir dans la Russie juste un partenaire économique et politique et au pire un concurrent loyal.

Ainsi, au lendemain du bannissement des sportifs olympiques russes. la présidente allemande Merkel, affidée à la politique de l'OTAN, demande la poursuite des sanctions économiques contre Moscou. Mais le plus hallucinant reste cette volonté du sénat étasunien de déclarer la Russie comme un "état soutenant le terrorisme". 

Là on atteint de nouveaux sommets dans le domaine de l'inversion accusatoire lorsque l'on connait par exemple le rôle des USA dans le terrorisme islamiste et du ridicule lorsque l'on observe les actions et sacrifices de la Russie pour le combattre ! Mais comme le rappelait malicieusement le dialoguiste Audiard :

"Les cons ça ose tout, et c'est même à ça qu'on les reconnaît !"

Jugez en par vous même en lisant l'analyse de Karine Bechet Golovko sur le sujet :

Erwan Castel

Source de l'article : Russie politics

Contre Trump, le Sénat veut faire déclarer la Russie
Etat soutenant le terrorisme


Karine Bechet Golovko


Alors que Lavrov se rend aux Etats-Unis pour rencontrer le Secrétaire d'Etat Pompeo et le Président Trump, afin de rationaliser un peu les relations entre les pays, le Sénat en profite pour contraindre le Département d'Etat à reconnaître la Russie Etat soutenant le terrorisme et empêcher ainsi l'exécutif de restreindre l'hystérie antirusse qui s'est emparée de la politique intérieure américaine. 

Comme le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov le déclare très justement aux journalistes au retour de son passage aux Etats-Unis :
  • "Notre délégation est arrivée à Washington, le jour où de nouvelles sanctions étaient discutées. Il me semble que quel que soit le jour que l'on ait pu choisir pour notre arrivée à Washington, il aurait de toute manière coïncidé soit avec des sanctions, soit avec l'impeachment."


En effet, le 11 décembre, le Comité des affaires internationales du Sénat a adopté le projet de loi obligeant le Secrétaire d'Etat à décider de déclarer ou non la Russie comme Etat finançant le terrorisme. Et ce malgré (et peut-être justement en raison) de la lutte acharnée menée par l'armée russe en Syrie contre le terrorisme, ce type de projet passe.

Il faut dire que, justement, peu avant, le vice-secrétaire d'Etat américain avait déclaré ne pas considérer la Russie comme un des Etats supportant le terrorisme, liste dans laquelle figurent l'Iran la Corée du Nord, la Syrie et le Soudan. Les Etats-Unis ont en effet une vision très sélective de la question, qui ne semble pas avoir de lien particulier avec la lutte - ou le financement - du terrorisme. L'Arabie Saoudite, par exemple, est pieusement oubliée.

Cette position est assez ubuesque, puisque les Etats-Unis prennent le contre-pied du Tribunal international de La Haye, qui lors d'une décision intermédiaire en 2017, avait refusé de reconnaître la Russie comme un Etat soutenant le terrorisme, en l'occurrence en Ukraine (voir notre article ici).

Alors que la justice internationale, je ne parle pas de la "justice médiatique", n'a pas non plus pu retenir de preuves soutenant la thèse ukrainienne de l'implication directe de l'armée russe dans le Donbass, le Sénat s'engage aussi dans cette voie. Il est vrai qu'après le fiasco de Zelensky au Format Normandie, la politique est quand même un métier, il faut bien le soutenir à bout de bras. Sinon, comme nous avons pu le voir, il patauge. Surtout quand Trump, plus réaliste, tente de dépasser cette hystérie antirusse contre-productive pour ramener le débat dans le cadre d'un conflit politique classique.

Le Département d'Etat a donc 90 jours pour déterminer si des troupes russes se trouvent dans le Donbass et dans ce cas si elles peuvent être qualifiées, avec les formations militaires de DNR et LNR, d'"organisations terroristes internationales".

Juste en passant : si la présence de troupes étrangères, sans autorisation du pays concerné, entraîne la qualification je cite "d'organisations terroristes internationales", les Etats-Unis devraient s'inquiéter de la présence nombreuse de leurs troupes tombant dans cette catégorie, en commençant par la Syrie ... Parce que dans cette logique, ils risqueraient, pour pousser l'absurde à son paroxysme, de devoir s'inscrire eux-même dans leur liste d'Etats soutenant le terrorisme ...

Bref, la Russie doit être sanctionnée. Peu importe les fondements, quelques déclarations politiques doivent être suffisantes pour ne pas trop écorcher ce qui reste du vernis écaillé de la démocratie occidentale. Et le conflit intérieur politique américain s'amplifie sur fond d'impeachment, qui bat de l'aile. 

La Russie semble un peu lasse d'être la victime de cette décadence du jeu politique américain intérieur, qui n'arrive toujours pas à intégrer une véritable alternance, et le Comité de la Douma pour la Défense envisage à son tour d'élaborer un projet de loi contre Washington. Selon Alexandre Chernine:
  • "Aucune organisation terroriste dans le monde ne peut exister sans être nourrie de l'extérieur, seuls les Etats-Unis détiennent ces ressources".




vendredi 12 juillet 2019

Ukraine, le royaume de l'absurde


Déjà "naviguer à vue" en politique est un mode de gouvernance risqué et peu productif, mais qui peut, lorsqu'il fait face à des facteurs extérieurs dominants être à la limite l'expression acceptable d'une realpolitik survivaliste. Mais lorsque le "capitaine" à la barre montre qu'il ne sait même pas naviguer, qu'il n'a pas de colonne vertébrale idéologique et se révèle être le plus faible dans une jugle du plus fort, on s'engage alors vers un scénario catastrophe du type Titanic.

Zelensky était, est et restera ce clown incapable de faire autre chose que de lire un script aujourd'hui écrit entre Washington et Bruxelles, et qui lui fait endosser plus le rôle d'un Judas ukrainien que le télévisuel rôle du "serviteur du peuple" qui a largement contribué à lui attirer la sympathie de ses électeurs. De plus il semble être, encore plus que son prédécesseur Porochenko, influencé par les radicaux nationalistes menaçants qui depuis le Maïdan rèvent de passer du statut de chiens de garde à celui de maîtres du pays.

Alors qu'il avait fait de l'arrêt des tirs ukrainiens contre le Donbass le leitmotiv de ses promesses politiques, depuis le 20 mai, jour de l'investiture de Zelensky, sous les bombardements de son armée, 1 femme a été tuée 24 autres civils ont été blessés, dont 3 enfants et 9 femmes et des dizaines de sodats ont été tués ou blessés en défendant la ligne de front. En outre plus 285 maisons, 3 jardins d’enfants, 3 écoles et 2 hôpitaux ont été endommagés ou détruits sur le seul territoire de la RPD 

De l'avis de nombreux observateurs et habitants de la ligne de front, il faut revenir en arrière aux premiers mois de la guerre en 2014-2015, pour retrouver une telle intensité de bombardements ukrainiens sur le Donbass.


Cette détérioration grave de la situation pourrait côté ukrainien encore déraper ces prochains jours jusqu'à échapper complétement au contrôle du Président Zelensky qui est de plus en plus impopulaire au sein de son armée.

Et si on regarde du côté de Kiev on s'aperçoit mieux de l'incompétence de ce nouveau gouverneur de la colonie Ukraine, dont les actions ou réactions dans la sphère politique kiévienne sont ni plus ni moins qu'absurdes et sans horizon...

Erwan Castel


Source de l'article : Russie Politics

Ukraine : Zelensky acte l'échec de la Révolution du Maïdan


Karine Bechet Golovko

"Le nouveau Président ukrainien, dans une de ses sorties médiatiques dont il a l'habitude, vient, peut-être sans le vouloir, d'acter l'échec de la Révolution du Maïdan, qui a coûté la Crimée au pays, le plongeant depuis plusieurs années dans une guerre civile sans fin, ayant détruit l'Etat, remis les clés du pays aux puissances étrangères. Zelensky annonce la nécessité d'élargir la loi d'épuration pour liquider tous ceux qui sont venus au pouvoir après le Maïdan. Au même moment, l'UE, elle aussi sans s'en rendre compte,  vide le Maïdan de son sens en levant l'incrimination de détournement de fonds publics contre l'ancien Président ukrainien, Yanukovitch. Au pays de l'absurde, les clowns sont rois.

Zelensky a publié cette vidéo, dans laquelle il s'adresse aux Ukrainiens :



Il déclare ainsi qu'il est nécessaire d'élargir la loi sur l'épuration, dite loi de lustration, adoptée après le Maïdan contre l'ancienne élite politique (pré-révolutionnaire) à toutes les personnes ayant eu des fonctions sous Poroshochenko, à toutes les personnes issues du Maïdan. Quand la Révolution ne peut que s'emballer et conduit à la destruction, a toujours besoin de plus de sang :
  • "Nous proposons de renforcer l'épuration. Nous avons préparé un projet de loi élargissant le domaine de la loi sur l'épuration du pouvoir. Je propose d'ajouter dans la liste des fonctions tombant sous le coup de l'épuration le Président ukrainien, tous les députés ukrainiens, le président de la Rada Suprême (le Parlement), les membres du Gouvernement, le Procureur général, le directeur du SBU (ex-KGB), les dirigeants du Comité anti-monopole, du Fonds des biens publics, les dirigeants du Service fiscal et douanier, le secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense de l'Ukraine, la direction de toutes les entreprises militaires, de toutes ces personnes qui occupaient leurs fonctions du 23 février 2014 au 19 mai 2019."
A sa manière, Zelensky propose de décapiter la Révolution du Maïdan, d'aller encore plus loin. Mais comme chaque époque est une parodie de la précédente, l'on ne verra pas la guillotine tourner à plein régime comme lors de la Révolution française, l'on n'exécutera pas sommairement comme à la Libération. Les prisons ne vont pas non plus se mettre à déborder de ces nouveaux prisonniers politiques. Il y a de fortes chances que, finalement, l'on ne fasse pas grand-chose. Mais l'on fait peur. L'on est en campagne électorale et l'on joue l'intimidation, le jusqu'auboutisme. L'on pousse à l'absurde, car tout cela n'a plus aucun sens.

La Révolution du Maïdan a mis l'Ukraine à genoux, l'a dépossédée de son territoire (en partie physiquement et entièrement sur le plan politique), de ses intérêts nationaux, elle a remis les clés de l'Etat entre les mains de puissances étrangères, qui décident quels secteurs de l'économie doivent être cédés aux amis américains, comme au fils de Biden, et à quelles conditions, s'il est nécessaire que les combats sur le front de l'Est soient réactivés, où et quand, de quel tribut les habitants du pays doivent pays "l'occupant-libérateur" pour qu'il puisse mener à bien sa mission de "démocratisation".

En annonçant, même s'il s'agit d'une réponse à Porochenko qui sous-entendait que le nouveau Président n'était pas assez porté sur la purification du pays, Zelensky vient de démontrer que ce Maïdan n'a profondément rien changé, qu'il est encore une fois nécessaire, comme à l'époque, d'épurer le paysage politique, faire peau neuve, pour laisser la place à la nouvelle élite qui doit s'installer. Donc le Maïdan n'a pas permis de lutter contre la corruption, de relancer l'économie, de renforcer la justice, la police, il n'a pas permis - et ne pouvait pas - permettre de consolider l'Etat ukrainien. 

Ce Maïdan est un échec. C'est acté. Il n'a fait que détruire le pays et l'Etat, un pays vidé de ses forces, exsangue, mis en esclavage géopolitique.

C'est en plus un échec qui n'avait, dès le départ, aucun sens, en tout cas si l'on en croit l'étonnante décision de la Cour de justice de l'UE. Celle-ci vient non seulement de lever les sanctions adoptées contre l'ancien Président ukrainien Yanukovitch et toute une série de dirigeants avec lui, alors prises sur le double fondement de détournement de fonds publics et de l'enquête pénale menée en Ukraine contre eux après le Maïdan. Mais sur recours de Yanukovitch, la Cour vient également de modifier l'incrimination, ôtant le détournement de fonds publics, ne laissant plus que l'enquête pénale en Ukraine. Leurs fonds ne sont plus gelés.

Quel était finalement le sens de cette Révolution du Maïdan qui a entraînée la chute du pays? Manifestement, cela n'avait rien à voir avec les intérêts nationaux du pays."

Karien Bechet Golovko

mardi 9 juillet 2019

"Ukrops Go home !"

Résultats d'un bombardement républicain sur une position ukrainienne avancée dans la "zone grise" censée rester démilitariser par les accords de Minsk 
Devant l'impunité internationale de l'escalade militaire meurtrière initiée par les forces de Kiev sur le front du Donbass (plus d'une douzaine de tués depuis début juillet), les forces de défense républicaines ont décidé de l'enrayer par elles mêmes en effectuant une série de ripostes sur des positions et des cibles participant à ces violations ukrainiennes du cessez le feu.

Lors de derniers SITREP (Rapports de situation militaire) j(ai eu l'occasion de partager ici plusieurs vidéos de tirs répoublicains détruisant des cibles ennemies identifiées, le plus impressionnant étant le tir d'un UR 83 P sur une position ukrop du front de Marinka.

Et ca continue, à la fois sur le terrain mais aussi sur la toile du net où les services de communiaction des bataillons ont décidé de répondre aux vidéos triomphantes des ukrainiens montrant leurs attaques par des vidéos montrant à leur tour les rispostes républicaines.

Ainsi par exemple, en riposte aux bombardements ukrainiennes importants subis sur le secteur de Dokuchaievsk au cours des derniers jours (au cours desquels "Skif", un commandant de la 5ème Brigade a été tué), les forces de défense républicaines ont engagé des ripostes sur les unités ukrainiennes responsables de ces attaques. Ici par exemple c'est un camion logistique transportant des munitions vers une position ukrainienne qui est détruit par un missile antichar filoguidé républicain.



Ces échanges de tirs sur le terrain et de vidéos sur la toile illustrent bien les caractéristiques post-modernes de cette guerre militaro-médiatique doans une hyper communication environnante qui rend impossible le contrôle de la réalité et la dictée d'une vérité defendue par l'une ou l'autre des propagandes. 

Et cette situation plus que tendue ne risque pas de diminuer au vu des acheminements nouveaux et importants de véhicules et blindés ukrainiens vers le front du Donbass qui depuis plusieurs jours prennent la destination du Donbass, comme ce convoi militaire arrivé en gare de Konstantinovka (au Nord de Gorlovka) à 18h50 ce 9 juillet 2019.



Que cherche exactement Zelensky avec cette montée en puissance de l'activité militaire ukrainienne sur le front du Donbass ? 
  • Veut-il pas engager une opération militaire d'envergure dont les objectifs politiques seraient de calmer le parti de la guerre qui a convoqué une réunion extraordinaire de la Rada mi juillet pour engager une procédure constitutionnelle contre lui, 
  • Veut-il  se placer en position de force avant de rencontrer Vladimir Poutine au sujet du Donbass comme il en a exprimé le souhait (avec la présence à ses cotés des Anglo-étasuniens ces mentors et parrains du Maïdan) ?
  • Où est-il simplement ébordé par ce rôle de Président réel dont il ne maitrise pas le script, que ses chiens de guerre n'en font qu'à leur guise sur le front, excités par la meute des néo-conservateurs occidentaux et des nationalistes ukrainiens ?
Ou peut-être un peu des trois.

Quoiqu'il en soit le nouveau Président ukrainien n'a visiblement aucune carte concrète en main et pour sauver la face lance l'idée complétement illusoire pour ne pas dire saugrenue d'une réunion de Minsk élargie aux USA et Grande Bretagne, qui est tout simplement irréalisable autant qu'un dialogue "intime" entre Kiev et Moscou qui ont tant de choses en commun serait inacceptable par les occidentaux qui ont réanimé le monstre bandériste et provoqué le coup d'Etrat du Maïdan... 

Sur ce sujet politique de la crise et de la guerre, voici l'analyse, 
toujours pertinente, de Karine Bechet Golovko qui confirme 
l'impasse dans laquelle s'est volontairement jeté Zelensky.

Entre une crise politique ukrainienne à venir et un risque fort d'embrasement de front du Donbass, les options ne sont pas très nombreuses et peuvent même se cumuler...

L'avenir et probablement les armes nous le diront...

Erwan Castel

mercredi 5 juin 2019

La carte blanche d'une guerre civile

"The Lensky" et son nouveau chef d'Etat Major, le général Rouslan Khomtchak

Tout homme, surtout lorqu'il est chef politique ne devrait pas être jugé à ses paroles mais seulement à ses actes qui souvent divergent voire contredisent le script initial...

Ainsi des beaux discours populistes de Zelensky et de ses premiers actes politiques concernant la guerre qui continue dans le Donbass à tuer quotidiennement. Et la nomination du général Rouslan Khomtchak à la tête des armées ukrainiennes révéle ce qui se cache derrière les belles promesses de la marionnette étasuinienne de Kiev : un "changement dans la continuité", que son armée confirme depuis par une nouvelle augmentation de ses bombardements contre le Donbass.


La situation militaire

Au cours des précédentes 24 heures, le front a connu une nette augmentation des tirs ukrainiens. Sur le seul territoire de la République Populaire de Donetsk, les forces de Kiev ont tiré pas moins de 579 obus au cours de 23 violations du cessez le feu. 

Les principaux secteurs touchés sont ceux d'Aleksandrovka (Sud Donetsk), d'Oktyabrsky et de l'aéroport (Nord Donetsk) où notamment la mosquée a été prise pour cible au moment d'une fête religieuse, Spartak (Est aéroport), Mineralnoye (Nord de Donetsk), mais aussi de nombreux autres villages tComme ceux de Shirokaya Balka, des mines d’Izotov et de Gagagrin et le village de Mikhailovka en périphérie de Gorlovka (Nord de la RPD) ainsi que Kruta Balka et Vasilyevka sur le front de Yasinovataya (Nord de Donetsk), où la station de traitement et distribution d'eau potable de la région a de nouveau été la cible des ukrainiens. Au total ce sont 11 villages et districts urbains qui ont été la cible des forces de Kiev.

Sur le front de la République Populaire de Lugansk dont je reconnais et regrette ne pas pouvoir évoquer plus souvent la situation, les tirs ukrainiens sont également en augmentation (6 violations sur 4 secteus enregistrés la journée précédente) dans de nombreux secteurs comme par exemple ici, à Zoloto au Nord de Lugansk :


Et toujours éloignées des beaux discours du nouveau président ukrainien Zelensky, les troupes ukrainiennes continuent leurs pressions offensives dans "la zone grise", cette espace interlignes sensé resté neutre et démilitarisé, comme par exemple ici toujours dans ce secteur de Zoloto 5 en république de Lugansk :



Une perversité Zelensky "made in Kolomoïsky"

Cette énième escalade de la situation militaire dans le Donbass n'est pas nouvelle et tout comme les sempitrernelles réunions autour des accords de Minsk qui la syncopent régulièrement, elle ne fait que confirmer que la version Zelensky du pouvoir ukrainien reste dans une collaboration directe avec la stratégie du chaos menée par l'impérialisme occidental.

Il se pourrait même que le nouveau président ukrainien impulse, après des discours introductifs, pacifistes et fallacieux, une radicalisation de la guerre menée contre le Donbass et notamment par la réactivation de la doctrine Kolomoisky, qui depuis son retour dans le pays étend à nouveau son ombre sur l'appareil d'Etat que dirige en apparence son poulain Zelensky.

Aujourd'hui, en plus du Président lui-même, des hommes de confiance de l'oligarque Kolomoisky, qui est rappelons-le parrain de plusieurs bataillons spéciaux néo-nazis, commencent à faire leur apparition dans les rouages de l'Etat ukrainien, ainsi de ce général Khomtchak, qu'il serait selon moi imprudent de résumer à la médiocrité de son commandement ayant mené l'armée ukrainienne à des défaites importantes (comme Iliovaisk par exemple), tant sa nomination actuelle est plus politique que militaire.

Rouslan Khomtchak pourrait bien être l'artisan militaire de cette nouvelle stratégie ukrainienne dans le Donbass après que la brutalité de celle de Porochenko ait échouée, autant battue par la résistance des défenseurs du Donbass, l'incompétence des forces ukrainiennes que le discours primaire d'une propagande prétendant à tout bout de communiqué que l'armée russe avait envahi l'Ukraine. Car prétendre faire la guerre contre les forces régulières d'un pays tiers afin de rechercher victimisation et soutiens étrangers relève aussi du droit international, de la médiation étrangère et exclut par définition les civils dans la définition du conflit sur le quel un droit de regard diplomatique est exercé à toutes les actions menées.
Il faut donc pour Zelensky requalifier le conflit pour tenter de paralyser une ingérence russe et même internationale et ainsi donner carte blanche à des opérations qui rentreront dans les définitions de l'ONU juste comme des opérations de "maintien de l'ordre" dans des républiques populaires certes autoproclamées mais pas encore reconnues par la Russie.

Voilà pourquoi Zelensky, loin d'opérer un changement de cap vers la paix semble revenir au contraire vers le narratif initial post-Maïdan, celui qui a généré les massacres d'Odessa ou de Mariupol et déclenché cetrte "Opération Spéciale Antiterroriste" dont l'ennemi désigné est la population du Donbass dans son ensemble et exclusivement, ce qui place officiellement la résolution du conflit dans le domaine de la "sécurité intérieure"(d'où également la réaction du Kremlin d'offrir la naturalisation russe aux habitants du Donbass, ce qui leur redonne, en plus de l'amorçage d'une inétégration souhaitée, une identité internationale).

Voyons pour confirmer cette hypothèse les dires du général Khomtchak, ici analysés par Karine Bechetr Golovko.


Erwan Castel



Le lien de l'article : Russie Politics 

Quand l'Ukraine reconnaît que 
le conflit dans le Donbass est une guerre civile


Karine Bechet Golovko

Le nouveau président ukrainien a débuté ses nominations. Pour l'instant, l'on retrouve dans sa nouvelle administration essentiellement des proches de l'oligarque Kolomoïsky et ses proches du show-business. Avant de revenir sur la composition de l'équipe de Zelensky lorsqu'elle sera complète, arrêtons-nous un instant sur les toutes récentes déclarations de son chef des armées, le général Khomtchak, principalement devenu célèbre pour l'échec sanglant d'Ilovaisk en 2014, où il a abandonné ses hommes après les avoir conduits au massacre. Ce grand stratège vient, en revanche, de reconnaître que le conflit dans le Donbass est une guerre civile. Revenons sur ses déclarations.

Rouslan Khomtchak, le nouveau chef des armées ukrainiennes est un militaire de carrière. Ses liens avec l'oligarque Kolomoïsky, qui se tient dans l'ombre de Zelensky, ont été tissés en 2013, lorsqu'il a pris la tête de la garnison de Dniepropetrovsk. Lors de la phase chaude du conflit dans le Donbass, Khomtchak était à la tête des troupes situées à l'Ouest de Donetsk et a personnellement dirigé les opérations lors du désastre militaire pour l'Ukraine de Ilovaïsk en 2014. Depuis 2016, il est à la tête de l'armée de terre.

Sa nomination comme chef des armées n'est certainement pas due à ses grands exploits militaires, plutôt à sa bonne ligne idéologique et à ses relations avec Kolomoïsky. Afin qu'il n'y ait pas d'espoir déplacé quant à une possible évolution vers un règlement pacifique et politique de la situation dans le Donbass, voici ses premières déclarations, qui ne laissent place à aucun doute.



  • "Nous n'étions moralement pas prêts à tirer sur les nôtres. C'était une barrière psychologique sérieuse qu'il fallait dépasser. Aujourd'hui ces parachutistes font preuve de courage!"
Donc  le général Khomtchak reconnaît que la guerre dans le Donbass est une guerre menée contre les siens, pas contre une armée étrangère. C'est bien une guerre civile.

Mais justement, "les siens" sont devenus pour Kiev des "terroristes", sur lesquels il est donc justifié de tirer : 




  • "Ils ont réussi à dépasser cette barrière psychologique, quand ils ont compris qu'autrement il n'y aurait plus de pays. Contre nous se battent non seulement des terroristes, mais une armée bien équipée, parfois mieux que la notre. Nous avons dépassé ce moment où nous nous sentions contraints. Maintenant, rien ne nous contraint. Ce qui est important est que les terroristes marchent en arrière, qu'ils reculent. Ce qui signifie que nous agissons correctement."
Le général à la tête des armées ukrainiennes déclare donc que Kiev ne considère plus les habitants du Donbass comme leurs concitoyens, mais comme des terroristes, donc l'ennemi qui met la "Patrie post-Maïdan" en danger. Il faut donc les écraser. Autrement dit, les forces armées ukrainiennes ont été reconditionnées, les soldats n'ont plus aucune barrière morale, ce que manifestement ce pouvoir considère comme une grande victoire.

Il me semble que tout commentaire est inutile. 


Karine Bechet Golovko