vendredi 26 février 2021

Bombardements autour de Donetsk


Dans le Donbass, la politique ukrainienne du pire continue a frapper et de façon exponentielle les territoires de républiques populaires de Donetsk et Lugansk, obligeant leurs forces de défense à riposter elles aussi régulièrement.

Après avoir bombardé le Sud de Donetsk aujourd'hui les ukrainiens ont pilonné aujourd'hui en milieu d'après midi l'Ouest et le Nord de la cité dans des bombardements dont les échos sont parvenus, puissants, jusqu'au centre ville.

De Staromikhailovka à l'Ouest jusqu'à l'aéroport au Nord l'alerte à été immédiatement donnée à 16h30. après les premières arrivées de l'artillerie ennemie, invitant les habitants (dont beaucoup profitaient d'une première après midi ensoleillée) des périphéries urbaines à rester dans leurs abris.

  • 16h25, bombardement secteur Peski, ancienne usine chimique (Oktyabrsky)
  • 16h36, bombardement secteur Veseloe (Oktyabrsky)
  • 16h39, bombardement secteur Sud Ouest de Donetsk,
  • 16h45, bombardement secteur de l'aéroport (Oktyabrsky),

C'est principalement le secteur d'Okryabrsky au Nord de Donetsk qui a été pris pour cible par l'artillerie de Kiev. plus de 18 obus de mortier se sont abattus sur le village de Veseloe (déjà frappé la veille) situé à l'Ouest de l'aéroport. Les tirs ukrainiens, dans une cadence lente (2 coups par minute au maximum) se sont imposés pendant plus d'une demi heure. D'autres tirs ont été dirigés dans ce même secteur vers l'usine chimique de Donetsk, désaffectée depuis qu'en 2014 elle avait été prise pour cible par des tirs de missile tactique ukrainien Toska U.

"Lors de ce bombardement ukrainien, un défenseur républicain a été tué"  a déclaré le service de presse de la Défense. Un incendie s'est aussitôt déclaré dans les bâtiments de l'usine qui n'avaient plus été bombardés depuis avril 2016.

Plus au Nord dans la RPD c'est le village de Loginovo sur le secteur de Debalsevo qui a été la cible de l'artillerie lourde ukrainienne.


Parallèlement à cette intensification de ses bombardements sur le front l'armée ukrainienne continue ses mouvements pour renforcer un dispositif offensif:

  • Déplacement d'unités de combat de la deuxième vers la première ligne du front.
  • Retour vers le front de l''artillerie lourde depuis ses zones de "retrait" (imposé par Minsk) 
  • Acheminement de renforts blindés venant de l'Ouest (Volnovakha) ou du Nord (Kramatorsk)
  • etc.
Un autre exemple de renfort blindé ukrainien en route 
vers le front du Donbass: ce convoi ferroviaire filmé
 par un habitant de Kramatorsk (env 100 Nord Donetsk)

En début de soirée des tirs d'infanterie continuaient à marquer de leurs traçantes la ligne de front de Donetsk, où des soldats en alerte scrutent l'arme a la main l'horizon menaçant 

Erwan Castel

jeudi 25 février 2021

Arménie en ébullition !

Vu du Donbass


Depuis que le 1er ministre Pashynian a lâchement refusé de protéger l'Artsakh arménienne victime d'une offensive turco-azerbaidjanaise à l'automne 2020 (notamment en refusant de déployer ses missiles Iskander), le torchon brûle à Erevan entre l'armée et le gouvernement ouvertement pro-occidental.

L'armée considère que "le Premier ministre et le gouvernement arménien sont incapables de prendre des décisions adéquates dans cette crise et cette situation fatidique pour le peuple arménien".

Par la voix de son chef d'état-major Onik Gasparyan, l'armée, dans un document  signé par lui, ses adjoints, les chefs des départements et corps d'armée, a exigé la démission de Pashynian, lequel a demandé sa destitution et appelé ses partisans à descendre dans la rue contre ce qu'il qualifie être un "coup d'Etat".

SAUF QUE LES DIZAINES DE MILLIERS DE CITOYENS QUI SONT DESCENDUS DANS LES RUES DE EREVAN L'ONT FAIT POUR SOUTENIR LEUR ARMEE ET DEMANDER EUX AUSSI LE "DEPART DU TRAITRE".  

Ce soutien à l'armée a été initié par le "Mouvement pour le salut de la patrie" qui réunit 17 partis d'opposition au premier ministre sortant, et qui ont salué la déclaration de l'état-major général en appelant aussi leurs partisans à se rassembler sur la place de la Liberté.

Quant au président Armen Sarkissian qui nomme et destitue les chefs d'Etat major il ne s'est pas encore prononce sur la demande de son 1er ministre mais qui peut cependant prendre effet automatiquement au bout de 15 jours. 

De son côté Moscou qui se refuse toute ingérence dans les affaires intérieures du pays a cependant déclaré suivre la situation avec inquiétude. 

obs , la Russie est alliée de l'Arménie et dispose d'une base militaire sut son territoire.

Donc affaire à suivre concernant cette autre poudrière entre Eurasie et OTAN (via la Turquie).

Erwan Castel


Mortiers de l'OTAN contre le Donbass

L'escalade ukrainienne sur le front du Donbass continue sur fond d'invectives occidentales de plus en plus virulentes contre la Russie. Après les bombardements meurtriers de la périphérie de Gorlovka (7 tués et 6 blessés dans les rangs de la milice républicaine, 11 tués ukrainiens lors des ripostes), ceux de la périphérie de Donetsk au cours desquels un résident de 21 ans à été grièvement blessé à Aleksandrovka (actuellement stabilisé après une nuit complète d'intervention chirurgicale), l'artillerie ukrainienne poursuit ses pressions offensives contre les positions républicaines, principalement entre Donetsk et Gorlovka inclus et dans le Sud de la République sur le secteur de Leninskoe/Sahanka/Shirokino.

Bombardements ukrainiens sur des positions défensives 
républicaines, positionnées sur la route reliant Donetsk à 
Gorlovka. Front de Yasinovataya, secteur Yakolevka.


Armes de l'OTAN contre civils du Donbass

Ce matin du 25 février 2021, dans leur poursuite des bombardements contre les territoires des républiques de Donetsk et Lugansk, les forces ukrainiennes appartenant à la 28ème Brigade motorisée ont pilonné pour la deuxième journée consécutive le village de Yelenovka à une vingtaine de kilomètres au Sud de Donetsk avec des mortiers de 60mm.
Au total 20 obus ont été tirés, endommageant 2 immeubles d'habitations civiles aux 95 et 108 rue Perezdnaya, 3 maisons individuelles et les lignes électriques fournissant de l'électricité à tout le village dont la distribution a pu être rétablie rapidement grâce à la présence d'une ligne de secours.


Il est a noter ici que le mortier de 60mm est une arme occidentale de conception occidentale qui, avant le Maïdan, n'était en dotation dans l'armée ukrainienne, l'arsenal de cette dernière étant d'origine soviétique. 

Ce type de mortier, qui a déjà été employé sporadiquement sur le front du Donbass par les ukrops (comme à Staromikhailovka en juin 2017 pare exemple), provient donc de l'aide militaire occidentale accordée au régime de Kiev pour mener cette guerre contre les russes de Donetsk et Lugansk. Cette guerre, commanditée par la CIA (Le Directeur de la CIA, John Brennan, supervisera le 13 avril 2014 à Kiev le lancement de l'Opération Spéciale antiterroriste contre le Donbass), est l'occasion pour l'OTAN d'accélérer la militarisation de l'Ukraine (candidate pour l'intégrer) et notamment par une assistance technique et logistique et des fournitures d'armes de plus en plus importantes.

Exemple de mortier de 60:
le M224 étasunien
Le mortier de 60mm est idéal pour les guerres de tranchées. léger maniable il permet de réaliser des tirs en cloche sur des positions enterrées jusqu' environ 2.5 / 3 kilomètres de portée.

L'emploi de ce type d'arme contre Yelenovka montre bien la proximité de la ligne de front avec certains villages et district urbains dont certains sont même coupés par elle. provoquant dans ces cas précis d'inévitables "dommages collatéraux' parmi les civils.

Cependant, dans le cas de Yelenovka, il est impossible qu'il puisse s'agir de dommages collatéraux, du fait des séparations existantes entre les zones de combat (village de Signalnye par exemple) et le bourg en lui-même situé à l'Est d'une voie de chemin de fer arborée. De même l'hypothèse d'une erreur de tir ou d'un défaut déviant de l'obus (au niveau d'une ailette par ex) sont écartés par le nombre d'arrivées observées sur la zone résidentielle civile.


Une fois encore, pour ce bombardement ukrainien de Yelenovka, nous sommes face à des tirs qui sont intentionnellement dirigés contre des populations civiles du Donbass russe.

 
Cette nouvelle escalade militaire initiée par Kiev risque d'imposer aux civils du front l'enfer de bombardements ukrainiens et de ripostes républicaines qui font aussi mais dans des fréquences et proportions incomparables des dégâts chez les populations occupées par les ans  forces ukrainiennes. Ainsi de ce civil de 74 ans qui serait mort des suites de ses blessures après une riposte républicaine dans le secteur de Khutor Volny sur le front de Lugansk (à confirmer). Et déjà les propagandes ukrainienne et occidentale de s'emparer de cette rarissime victime civile des tirs républicains pour hurler aux quatre horizons du monde à l'agression des forces armées de la Fédération de Russie tant qu'à faire !

Refusant d'être comme certains propagandistes de caniveau, le thuriféraire d'une vision manichéiste de ce conflit, je rends compte aussi lorsque cela survient des pertes civiles observées côté ukrainien et qui restent des victimes russes d'un Donbass écrasé par cette guerre insensée menée par les marionnettes occidentales de Kiev contre les russes du Donbass.

Les semaines à venir seront cruciales pour savoir si cette armée ukrainienne, tendue sur ses starting blocks, va recevoir le feu vert de ses parrains étasuniens pour une blitzkrieg suicidaire ou engager une nouvelle désescalade pour revenir à ce conflit étrange mais meurtrier à mi chemin entre guerre des tranchées et "Désert des tartares".

Erwan Castel


mercredi 24 février 2021

Les petits héros de la Novorossiya

 

Rions un peu...

Sur les réseaux sociaux est apparue cette vidéo d'un "écureuil séparatiste" attaquant le drapeau ukrainien. 

C'est devenu un buzz en quelques jours attirant nombre de commentaires sympathiques et drôles comme celui de conseiller aux ukropithèques d'inscrire l'identité de ce vaillant séparatiste sur leur site "Mirovorets" qui dénonce tous les séparatistes, russophiles et antifascistes combattant ou critiquant la junte mondialiste de Kiev.

Erwan

mardi 23 février 2021

Le jour du Soldat russe

"C днем солдата !"

Cette année, le "jour du soldat" qui est célébré dans toute la Grande Russie chaque 23 février connait une résonnance et une signification encore plus radicales pour la population du Donbass qui observe à nouveau depuis plusieurs semaines de sombres nuages de haine se précipiter au devant de ses milices républicaines arc boutées depuis 7 ans sur une ligne de front toujours en feu. 

Mes premières pensées au matin de ce jour sacré vont aux camarades républicains tués ces derniers jours par les canons ukrainiens et vers tous ceux qu'ils ont rejoint dans les rangs innombrables du régiment des immortels de l'empire, puis vers mes frères d'armes de la brigade Piatnashka dont je partage la destinée depuis 4 ans et à qui je dois d'être encore en vie aujourd'hui. 

"Ici, la guerre qui d'habitude nous enlève tant, 
nous apporte quelque chose, 
elle nous apprend la communauté virile 
et remet à leur vraie place des valeurs à moitié oubliées."

Ernst Jünger "Le boqueteau 125", chroniques des combats de tranchée - 1918

C'est un 23 février 1918, que l'Armée Rouge était créée, et cette date va devenir l'anniversaire commémorant les soldats soviétiques sous le nom de "jour de l'armée et de la marine de l'Union soviétique". Aujourd'hui la Fédération de Russie perpétue cette tradition : c'est le "Jour du défenseur de la patrie" et dont la célébration est restée populaire et sacrée au delà de ses frontières, pour tous ceux qui de près ou de loin sont solidaires au monde russe.


Ce matin au milieu des accolades fraternelles, des groupes de combat se dirigeaient vers les véhicules pour une nouvelle rotation sur les avants postes de Promka tenus par le bataillon sue le front de Yasnovataya Et dans le matin frisquet de ce 23 février 2021 nous parvenaient ténus, les échos des explosions ukrainiennes envahissant à nouveau notre front républicain (on devait apprendre plus tard que c'était des tirs de mortiers ukrainiens de 82mm sur Staromikhailovka à l'ouest de Donetsk)

Et les chansons des peuples en lutte pour leur Liberté, qui sont ces cris de l'âme fusionnant à la fois la guerre et l'amour, continuent d'environner de leur noblesse mes pensées et mes actes, ainsi de cette magnifique chanson "No pasaran" du nicaraguayen Carlos Mejía Godoy:

 

"La guerre commencera, mon amour
Je m’engagerai dans son ombre invincible
comme un lion féroce, je protégerai cette terre,
mes lionceaux,
personne, mais personne n’arrêtera la victoire
armée du futur, jusqu’aux dents
qui résonne jusqu’à la frontière
nous luttons pour vaincre

Ils ne passerons pas…"


Bonne fête du défenseur de la Patrie à tous les peuples en lutte pour leur Liberté !

Erwan Castel


lundi 22 février 2021

De la guerre et des morts et des mots

 

Pour la troisième journée consécutive, la périphérie de la ville minière de Gorlovka, située à 100 km au Nord de Gorlovka, est sous le feu de l'artillerie ukrainienne, tandis que le bilan sanglant réel des bombardements ukrainiens du 20 février n'est pas encore connu.
Dès le lever du Soleil, des rapports du front signalaient des tirs ukrainiens sur les front de Gorlovka et Donetsk (secteurs de Shirokaya Balka, Zheleznaya Balka, Glubokaya, 19/20, Kirovo, la périphérie de Komsomolets, Kurganka, Bessarabka, Khimik, Mertutny, Izotovo, Michurino, 6/7, Stalsbyt et autres zones de première ligne adjacentes) et qui s'intensifiaient en début de matinée.

21 février, les "ukrops" continuent leurs bombardements 
sur Gorlovka où ils ont encore utilisé leur artillerie lourde.

Sur le front de Donetsk, la situation est également très tendue depuis les bombardements ukrainiens du 17 février, qui depuis, sont suivis par une continuité de provocations sur l'ensemble de la périphérie Ouest de la cité.

18 février, la défense de Donetsk riposte sur un
dépôt de munitions de la 56e brigade ukrainienne 
une unité responsable des bombardements du 17.
Localisation du dépôt ukrainien détruit à Vodyanoe juste au Nord Ouest 
de l'aéroport de Donetsk. Au minimum 1 blessé grave côté ukrainien, le 
sergent Khlopko, brûlé au troisième degré, et évacué à Krasnoarmeisk.

Aujourd'hui, 22 février 2021, à 10 h 06, un drone de frappe ukrainien à courte portée, a bombardé des positions de la milice populaire de Lugansk près du village de Kalinovo, (au Nord Est de Debalsevo) en larguant des munitions d'AGS 17 (40mm).

Du côté des renforcements du dispositif offensif ukrainien plusieurs informations confirmées signalent l'arrivée d'unités blindées, mécanisées ou d'artillerie sur le front comme par exemple un convoi ferroviaire en provenance de Krasnoarmeisk et arrivant à Avdeevka, au Nord de Donetsk, ou ces 22 obusiers lourds tractés, 2A36 "Hyacinth-B" de 152mm, 152 mm) et 4 canons antichars MT-12 Rapira de100 mm signalés arrivant dans le Donbass par les observateurs internationaux de l'OSCE.

Dans ce début de soirée du 22 février, les bombardements 
ukrainiens continuaient sur la périphérie de Gorlovka comme 
ici près du village minier de Gagarine.

1 civil de 21 ans grièvement blessé à Aleksandrovka

Plus tard c'est au tour de la périphérie de Donetsk d'être bombardée par les ukrainiens, et particulièrement le secteur d'Aleksandrovka au Sud Ouest de la cité ou un civil de 21 ans, 
Alexander Sleptsov a été blessé dans la cavité abdominale par un éclat d'obus, transporté en urgence à l'hôpital 14 du district voisin de Petrovsky, il était encore sur la table d'opération en fin de soirée.

Alexander Sleptsov, 21 ans, habitant d'Aleksandrovka, a été grièvement blessé le 22 février par l'artillerie ukrainienne.



Retour sur les bombardements meurtriers du 20 février


Dans un article précédent, je faisais état de bombardements ukrainiens meurtriers sue le secteur de Gorlovka ayant obligé les forces républicaines à riposter dans des tirs de contrebatteries non moins meurtriers. 
  • Or à ce jour une opacité concernant les pertes subies est toujours maintenue par les autorités de la République Populaire de Donetsk, provoquant de la part des camarades des miliciens disparus, de leurs familles et d'une grande partie de la population incompréhension, spéculation et parfois même colère. Et ces bombardements du 20 février semblent, face à cette habitude de minimiser les pertes subies semble être la goutte qui fait déborder le vase de l'opinion générale. 
Sans entrer ici dans les querelles des chiffres ou le jugement de personnes, je pense que cette polémique autour des pertes subies est symptomatique d'une incapacité pour les autorités politiques - de tous les pays dont les républiques populaires de Donetsk et Lugansk - à s'adapter à la réalité d'une hypercommunication débridée et incontrôlable diffusant sur les réseaux d'informations alternatifs et sociaux les événements vécus ou observés et en temps réel. 

Pour ma part je comprends à la fois :
  • ceux qui considèrent que la divulgation des pertes subies est contraire à la confidentialité qu'imposent des actions militaires en cours et dont les données pourraient servir de renseignements au commandement ou à la propagande de l'ennemi.
  • ceux qui ressentent que l'absence d'opérations militaires dynamiques ne justifie pas ce secret autour des pertes subies et que le silence officiel qui les entoure est souvent ressenti comme une indifférence vis à vis de ceux qui sont tombés sur le front.
Cependant, le souvenir des morts est aussi la force des vivants et cacher injustement la mort au combat d'un seul soldat, non seulement trahi son sacrifice mais aussi peut ébranler le moral de ses camarades, et je l'écris cela en connaissance de cause, car le groupe de volontaires que nous formions fin 2015 au sein de la Vème brigade avons décidé de changer d'unité après que la mort au combat de notre camarade Dietrich ait été cachée par le commandement.

Honorer ses morts, tous ses morts, est un devoir moral  pour honorer leur mémoire mais aussi un acte de commandement préparant le mental des soldats aux prochains combats.. 


Miliciens tués le 20 février 21

Vladimir Gorbatchev, 56 ans
Ainsi pour les bombardements ukrainiens du 20 février, alors que le chiffre officiel et toujours inchangé communiqué à 10h00 du matin par Edourd Basurin le porte parole de la Défense de la République Populaire de Donetsk, des estimations plus dramatiques allant de 5 à 20 républicains tués sont apparues au même moment sur les réseaux. 

Le fait est que de Lugansk à Mariupol, des correspondants militaires et des civils, des miliciens et leurs familles partagent naturellement les nouvelles du front qui avec les réseaux de communication modernes peuvent être et sont diffusés instantanément sur des réseaux d'un internet devenu le champ de bataille principal de la guerre de l'information. 
Evgeny Shepetko, 47 ans

Cette réalité d'une information parfois anarchique et non vérifiée, peut inquiéter une certaine paranoia (légitime sur un front militaire) voire contrarier la doxa politique officielle mais, serais-je tenter d'écrire: "c'est ainsi". Et devant cette fatalité moderne de la vulgarisation et multiplication des capacités de communiquer et d'informer, il serait à mon avis préférable pour les communicants officiels de tous les horizons de chercher à accompagner cette réalité libertaire plutôt que de rester sur des informations partielles et dirigées, ou pire sur des censures propagandistes et qui deviennent même contreproductives dès l'ouverture des réseaux alternatifs.
 
Oleg Tkachenko, 27 ans
Aujourd'hui des noms et des visages de miliciens tués par les bombardements ukrainiens du 20 février viennent rejoindre dans la tristesse et le silence celui de Vladimir Gorbatchev, "le mort officiel": Evgeny Shepetko, Oleg Tkachenko, Dmitry Syrovatsky, Sergey Petrenko, Valery Alekseev. Et la liste macabre n'est peut-être pas terminée (Igor Bezler le premier commandant de la défense de Gorlovka avec laquelle il est restée en contact évoque le chiffre de 20 tués).



Dmitry Syrovatsky, 37 ans
Paix à leurs âmes, ils peuvent rejoindre le régiment des immortels de la Grande Russie avec confiance car nos coeurs ne les ignorent pas, et nos mémoires ne les oublieront jamais !



Sergey Petrenko, 57 ans







 Valery Alekseev, 34 ans.









, 46 ans

Vladimir Snout


Dernière minute :

Danil Bezsonov, un vétéran de la première heure (siège de Slaviansk 2014) et actuellement Sous-ministre de l' information de la République Populaire de Donetsk confirme et regrette que des pertes républicaines aient été cachées à l'issue du bombardement de Gorlovka du 20 février. 

Merci à lui de restaurer la confiance que certaines décisions bureaucratiques malheureuses peuvent ébranler.

Il écrit ceci: 

"Quand j'étais dans la milice et que je participais aux hostilités, moi, comme mes autres camarades, j'avais très peur. Tout ce qui se passait était effrayant. La douleur était terrible, la mort était terrible, la peur était terrible... 
Mais le pire était de mourir en tant que soldat sans nom. C'était effrayant de disparaître pour que votre famille et vos amis ne sachent pas ce qui s'était passé ... Ils ne connaissaient pas votre acte et la signification de votre mort.
Lorsque la ligne de démarcation de combat se déplace dans une direction ou une autre, elle est déjà appelée front. Quand il y a ce mouvement et quand il y a une stratégie, le but de ce mouvement, alors, bien sûr, il est logique de cacher les pertes afin que l'ennemi ne possède pas pleinement la situation opérationnelle complète dans une perspective temporelle précise. Mais en présence de nombreuses années d'arrêt, de présence d'Internet et des réseaux sociaux, il ne sert à rien de cacher des pertes. Cela ne fera que démoraliser les combattants survivants, qui ne voudront pas sombrer dans l'inconnu lors de la prochaine bataille, et convaincra également la ressource de mobilisation que servir dans l'armée est stupide.

Je me demande si les hauts commandants d'une armée dans le monde qui prennent la décision de dissimuler des pertes ont déjà éprouvé une telle peur eux-mêmes? Comment enlever aux soldats morts le droit à leur mémoire héroïque? Bien sûr, la question est rhétorique, philosophique, très abstraite et ne nous concerne pas, mais quelqu'un d'autre en théorie profonde. "


En résumé, voici un débat franc et important tel qu'il s'en produit dans le Donbass malgré la guerre, et qui montre toute la dimension démocratique vivante et la santé républicaine animant les citoyens de Donetsk.

Erwan Castel

dimanche 21 février 2021

La Muse du Donbass

Le chant restant une des expressions les plus fortes de l'âme, il est naturel de le trouver au coeur des drames et des joies qui jalonnent la destinée humaine, et lorsque se meuvent les peuples vers la défense de leurs terres et de leurs libertés, les chants honorent le courage mais aussi fécondent la mémoire de demain. 

Et les russes sont parmi les peuples qui certainement ont le plus élevé et conservé lechant comme un élément majeur de l'expression identitaire.

Ainsi, nombreux sont les artistes qui viennent depuis 7 ans chanter les rêves, la souffrance et l'héroïsme de ce peuple russe que le destin a placé au dessus d'un volcan de l'Histoire nommé Donbass. Mais, parmi tous ces bardes talentueux et fraternels il est une Muse qui illumine nos coeurs et raffermit nos bras et dont les chansons rythment nos pensées et nos rêves, des jardins fleuris de Donetsk aux tranchées sombres du front : c'est Yulia Dmitrievna Chicherina, une jeune artiste russe dont le talent n'a d'égal que sa gentillesse et sa fidélité à notre cause et notre fratrie d'armes. 

Pour nous tous elle est....notre Chicherina !

Née dans l'Oural il y a 43 ans Chicherina poursuit depuis plus de 20 ans une carrière de "rock star" très populaire en Russie et qui n'a jamais altéré ses qualités immenses d'une femme humble et courageuse qui n'a jamais cessé d'écouter son coeur même au risque de voir s'éteindre les projecteurs occidentaux d'une carrière internationale prometteuse.

Depuis plus de 5 ans Chicherina, entre 2 concerts publics nous fait l'honneur plusieurs fois par an de son amitié et de ses chansons. Ses tournées dans le Donbass sont une bouffé d'oxygène pur, des salles de concert publiques et bondées aux cantines privées des casernes, en passant par les tranchées et les chambres des hôpitaux où la Muse se fait marraine attentive pour que dans la poitrine dure du soldat blessé renaisse son coeur d'enfant réconforté.

Yulia Chicherina sait avec une humilité et un respect fraternel mettre en avant ces miliciens anonymes qui pataugent dans la boue et le gel des tranchées pour "tenir la ligne" et à qui elle offre son art maitrisé pour diffuser leur courage et leur ténacité dans toute la réalité de ce conflit meurtrier et que personne hors du Donbass ne veut encore nommer "guerre", par peur ou par honte. Ainsi par exemple dans ce clip remarquable où Chicherina laisse la guerre du Donbass introduire et conclure sa chanson

"Моя Спарта" / "Ma Sparte'"


Nous naissons, nous mourons;
Nous l'avons déjà fait plusieurs fois -
Cela a été et sera pour chacun de nous.
A part nous, personne n'ira dans nos tranchées;

Depuis des centaines de vies nous faisons ce travail.
A personne jamais ne se rend notre fier Varyag!
Mon chemin, ma vie, mon Sparte, mon drapeau;
Avec un bouclier ou sur un bouclier- c'est comme ça!

Je laisse tout ce que j'aime,
A ceux qui m'ont cru sur la parole et ne doutaient pas,
Que je ne me rendrais jamais au combat;
Et que je ne me rendrais jamais sans combat."


Et pendant cette période de février où, dans un froid hivernal tardif, le feu ukrainien revient défier en vain nos déterminations, notre muse du Donbass est à nouveau à nos côtés, rencontrant les autorités, rendant hommage aux défunts mais aussi et surtout allant à la rencontre de la population et de ses défenseurs.

Comme à son accoutumé, Yulia Chicherina n'a pas manqué de venir saluer ses amis de la Brigade Piatnashka, faisant la tournée de ses popotes dispersées en compagnie de son fidèle Rex, un malinois fort de 15 années d'amour et de fidélité.

Ce fut la belle surprise de la journée, ce rendez vous proposé au rez de chaussée de notre compagnie dont la caserne est depuis 2 ans au centre ville de Donetsk.

Malgré les services du front et de la caserne, les stages et les congés individuels, nous étions encore une vingtaine disponibles et pas un seul n'a voulu manquer cette belle et vivifiante rencontre, et derrière nous les portraits de nos tués au combat semblaient revivre le temps d'une chanson.

De sa voix à la fois douce et puissante Chicherina a chanté la beauté de la vie, l'honneur de la défendre et les valeurs qui nous animent, trouvant dans un instant de grande simplicité et de pure noblesse les mots justes, ceux qui font battre les coeurs et briller les yeux.
A l'issue de ce petit concert privé les embrassades saluant ces retrouvailles furent ponctuées de traditionnels selfies qu'aussitôt les jeunes (et moins jeunes) se sont empressés d'envoyer avec fierté à leurs amis et familles.

La seule ombre de tristesse au tableau fut de voir Rex, ce doux malinois et inséparable compagnon de Yulia, lutter contre la douleur articulaire de son vieux dos pour venir dans un élan de gentillesse nous offrir ses dernières accolades canines.

Voici quelques extraits de sa prestation du 21 février 2021, dans la caserne de notre compagnie.


Merci à toi Yulia, pour tes chants, ton sourire, la force de ton amitié et de ta fidélité, ton nom est inséparable de ceux des bataillons dont tu nourris les cœurs en chantant les rêves et les souffrances du Donbass. 

A bientôt, je n'en doute pas !

Erwan Castel

Permis de tuer !

Le 20 février 2021, à Gorlovka, les forces ukrainiennes ont initié des affrontements meurtriers
au cours desquels plus d'une dizaine de leurs soldats ont été tués lors des ripostes républicaines.


Aleksey Danilov
Ce 20 février 2021, à l'issue d'une réunion du Comité de Sécurité Nationale et de Défense de l'Ukraine tenue la veille, son secrétaire Aleksey Danilov a péroré lors d'un "Talk Show" télévisé où il s'était précipité que les militaires ukrainiens déployés dans le Donbass "n'ont pas seulement le droit de tirer, mais le devoir de le faire !", rajoutant que, selon lui, le seul responsable de la continuité de la guerre était le Président Russe Vladimir Poutine.

Lors de cette même intervention télévisée Danilov a précisé que des décisions secrètes avaient été prises lors de cette réunion et concernées les scénarios ukrainiens pour le Donbass. 

Quelques heures plus tard plusieurs secteurs du front se sont enflammés sous des tirs ukrainiens et notamment celui de Gorlovka, la ville minière située à 60 km au Nord de Donetsk où dr sont déroulés de violents échanges de tirs meurtriers.

Dans la soirée, les informations filtrant de la ligne de front étaient encore confuses voire contradictoires. Cependant il était confirmé à 22 h00 que :

Bombardements ukrainiens...
  • Très tôt ce matin, dès 04h00 du matin, les forces ukrainiennes ont bombardé violemment le front de Gorlovka dans le secteur les villages miniers de Gagarine et Yuzhnaya et le village de Chigari en face duquel se trouvent des positions du bataillon spécial ukrainien Aydar majoritairement composé de radicaux nationalistes et néo-nazis du "Prayvi sector" (Secteur Droit).

Ainsi, sur le front de Gorlovka, c'est une cinquantaine d'obus de mortier ukrainiens qui se sont abattus à l'aube de ce 20 février sur la périphérie de la ville dont une vingtaine sur le secteur de Golma  tirés par les mortiers de 120mm de la 35àme Brigade ukrainienne.

Il est à noter que les bombardements ukrainiens se sont abattus principalement sur des villages miniers, entre 3h00 et 5h30 du matin, période où sont effectuées les relèves des mineurs . Les  bombardements ukrainiens étaient corrigés par des drones d'observation.

La veille les ukrainiens dans un mépris total des accords de Minsk mais aussi des Conventions de Genève avaient bombardé des positions républicaines avec des obus au phosphore :



Les forces de défense républicaines ont subi des pertes :
  • A 10 heures du matin le porte paroles de l'armée reconnaissait la mort du commandant de l'unité Vladimir Alekseevich Gorbatchev, indicatif "Crystal", ainsi que 2 autres soldats blessés.
Les données concernant les pertes subies sont toujours un domaine sensible et même protégé surtout lorsque les opérations militaires concernées sont toujours en cours. Cependant il est difficile aujourd'hui d'ignorer les déclarations confuses mais qui fusent ici et là sur les réseaux sociaux et qu'il est important de prendre avec beaucoup de prudence. 

20 février. Valera,
indicatif "Lis", 34 ans
Ainsi par exemple pour ces attaques ukrainiennes sur Gorlovka: 
  • D'autres informations non confirmées évoquent dès le matin un minimum de 5 autres tués parmi des forces républicaines. 
  • Plus tard en soirée, d'autres sources évoquent 7 tués et 4 blessés dans le secteur de la mine de Glubokaya.
Quelques heures après les tirs ukrainiens les noms de miliciens tués et identifiés apparaissaient déjà sur les réseaux, comme ceux de Shepetko Evgeny et Valera, en plus de celui de Vladimir Alekseevich Gorbatchev déclaré dans le communiqué officiel initial. 

Si ces chiffres venaient à être confirmés, en totalité ou partie, nous aurions donc une des journées les plus meurtrières pour les forces républicaines depuis les accords de Minsk. 


...et ripostes républicaines :

La violence des frappes ukrainiennes a obligé la défense républicaine à riposter dans des tirs de contre batteries sur les positions ennemies identifiées :
  • Une position de la 35e brigade ukrainienne d'infanterie de marine a été touchée près de Gorlovka,
  • Un dépôt de munitions de la 56e brigade ukrainienne d'infanterie mécanisée a été détruit dans la région de Vodyanoye,
  • Le nombre provisoire des pertes ukrainiennes s'élève à 11 soldats tués l'estimation pour les blessés est encore en cours.
Plusieurs sources confirment que les forces républicaines n'ont reçu l'autorisation de riposter que vers 5h00 du matin, après qu'une de leurs positions ait été détruite par des tirs ukrainiens et que l'aggravation de la situation imposait de répondre aux tirs ukrainiens.


Perspectives

Cette aggravation du front qui a été amorcé il y a environ 1 mois présente ici une exponentialité d'autant plus inquiétante qu'elle fait suite à différentes annonces bellicistes du régime ukrainien évoquant la mise en "œuvre du plan B" (option militaire) pour reprendre le Donbass ("le plan A" étant l'option diplomatique). Et sur le terrain de nombreux renseignements confirmés viennent étayés l'hypothèse d'actions offensives ukrainiennes prochaines, comme par exemple :
  • De nombreux renforts blindés et d'artillerie arrivant dans le Donbass depuis février, en plus des mouvements liés aux rotations habituelles,
  • L'absence observées par l'OSCE de nombreuses pièces d'artillerie lourde ukrainiennes de leurs zones de retrait à 40 km du front (accords de Minsk),
  • Un mouvement généralisé des effectifs combattants de la deuxième ligne du front vers les avants postes,
  • Un approvisionnement de carburant exceptionnellement important réalisé vers les dépôts logistiques de l'"Opération des Forces Combinées" ukrainienne,
  • Une augmentation sensible des missions d'observation des drones ukrainiens et le retour au sol des groupes de reconnaissance et des snipers,
  • Etc
Il est donc fortement probable que les autorités ukrainiennes, bien qu'ayant initié ces affrontements meurtriers de Gorlovka, viennent très rapidement à prétexter des pertes subies lors des ripostes républicaines pour hurler aux balcons internationaux et poursuivre sur le terrain leur escalade militaire. 

Et c'était certainement l'objectif majeur de ces bombardements ukrainiens meurtriers du février 2021, comme semble le confirmer l'arrêt de leurs bombardements juste après la riposte républicaine.
Erwan Castel

Pour les enfants du Donbass

Lorsqu'en 2014 les forces ukrainiennes, dans une folie meurtrière et aveugle commencent à bombarder le Donbass, de nombreux enfants sont tués, blessés et traumatisés. Depuis si les la guerre s'est stabilisée dans les tranchées, la situation humanitaire sur les 460 kilomètres du front reste dramatique pour des milliers de familles qui, sous la menace continuelle des tirs, sont confrontées à des difficultés socio-économiques et sanitaires insolubles tant que dure la guerre. 

Dès 2014, plusieurs initiatives françaises comme "Vostok France" ou "Urgence Enfants du Donbass" ont entrepris d'aider ces familles prises en otage par la guerre à protéger et soigner leurs enfants. Aujourd'hui, si l'aide humanitaire russe supporte une partie importante des frais hospitaliers ou de reconstruction des habitats endommagés par exemple, beaucoup de familles n'ont pas les ressources nécessaires pour acheter nombre de médicaments, vêtements et autres fournitures vitales pour leurs enfants. 

Aujourd'hui, malgré l'éloignement géographique du Donbass, la lassitude de cette guerre, l'omerta des médias occidentaux, sans oublier les difficultés liées à cette crise économico sanitaire qui, elle aussi n'en finit pas, il est vital de ne pas oublier cette population européenne qui est à nouveau menacée par une exacerbation de la guerre.

Pour soutenir les actions humanitaires en faveur des enfants, des appels ont été lancé pour aider l'association humanitaire Vostok France, qui réalise chaque année plusieurs missions humanitaires dans le Donbass. 

Voici le lien d'une cagnotte initiée par le groupe Pro russes et soutenant les projets de Vostok France pour le Donbass. La moindre donation, de quelques euros seulement, représente une aide matérielle et morale très importante pour ces familles en souffrance.

Aidons les enfants du Donbass

Merci d'avance pour votre participation à cette entraide humanitaire où plus qu'ailleurs "ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières ". 

Erwan Castel 

samedi 20 février 2021

1918, 2014: quand le chaos ranime le rêve !

Ce 12 février 2021 une commémoration du souvenir s'est déroulée au pied de la statue de Artiom 

C'était un 12 février... 

Le 12 février 2015, dans les échos des derniers combats du chaudron de Debalsevo où l'armée ukrainienne a subi sa plus cinglante défaite contre les milices républicaines de Donetsk et Lugansk, étaient signés la deuxième mouture des accords de paix pour le Donbass, ("Minsk 2") dont le processus, est toujours au point mort 6 ans plus tard, au milieu de combats et de bombardements continuant d'inonder du sang des morts et des larmes des vivants cette vieille steppe russe du Donbass.

Mais le 12 février dont il est question ici est celui qui en 1918 marqua la naissance, de la République de Donetsk-Krivoï-Rog, certes éphémère mais symptomatique à la fois de l'identité russe de la région et de son dynamisme communaliste identitaire et républicain et dont le rêve inspirera 96 ans plus tard la fondation de la République Populaire de Donetsk dont le drapeau reprend ses couleurs nationales. 

Le 103ème anniversaire de cette République de Donetsk-Krivoï-Roga a donc été célébré au comme il se doit au coeur de la cité minière de Donetsk au pied de la statue de Artem, son fondateur et  président et dont le boulevard central de la ville porte le nom.

"Donbass coeur de la Russie"
Affiche de la République soviétique de Donetsk-Krivoï-Rog, 

Il est généralement incorrect voire trompeur de ne considérer un événement qu'à partir de son déclenchement calendaire sans observer l'identité ontologique des communautés animant l'Histoire dans ses filiations historiques, idéologiques et identitaires. Il en est ainsi par exemple de cette révolution anti-Maïdan des oblasts (régions) de Donetsk et Lugansk qui donne naissance en 2014 à des Républiques Populaires éponymes incarnant à la fois 

  • une résistance radicale contre l'Ordre Mondial de la marchandise ayant renversé le pouvoir malade de Kiev,
  • une revendication politique territoriale, culturelle et historique qui inscrit les particularismes identitaires dans un projet sociétal novateur,
  • un élan amoureux vers une Mère patrie civilisationnelle qu'expriment à la fois les traditions héritées et la volonté d'intégrer la Fédération de Russie.
  • une permanence de cette idée d'empire supra-communautaire a forgé l'unité de la Russie qu'elle soit impériale, soviétique ou fédérale, 
  • une solidarité spontanée des différentes communautés ethniques, religieuses, culturelles ou politiques qu'exprime un volontariat international permanent sur le front,

Un peu d'Histoire:

Iaroslav le Sage (978-1054)

Si le berceau historique de la Russie se situe dans l'actuelle Ukraine (n'en déplaise aux négationnistes bandéristes), cette Rus de Kiev amorce sa dimension civilisationnelle sous la houlette du fils du fondateur "Vladimir le Grand", Iaroslav 1er dit "le sage" qui va éliminer les luttes intestines (et familiales) pour le trône autant que les attaques extérieures comme celles des Petchenègues une peuplade turque préislamique que les russes vont refouler à partir de 1036. 

Or la maturité politique du jeune prince Iaroslav va éclore dans cette région du Don dont son père lui confie l'administration. Alors au contact des communautés anciennes et encore polythéistes il finit par pacifier leurs frontières et même les intégrer dans leur liberté de conserver leurs traditions identitaires et polythéistes. C'est peut-être avec Iaroslav le sage que l'idée d'un empire russe est née.

Les mouvements de l'Histoire vont à partir des invasions mongoles du XIIIème siècle éloigner la Russie de sa steppe natale et peu après sous les poussées polono-lituaniennes à l'Ouest et turco-tatares au Sud la région va éclater en une multitude de communautés vassalisées et exploitées par les féodalismes polonais ou ottomans.

Mais à partir du XVème siècle apparaissent des rébellions antiféodales et identitaires refusant le prosélytisme religieux et la servitude étrangère, comme par exemple les révoltes des ruthènes ou celle des cosaques qui sous le commandement de Bogdan Khmelnitski fondent en 1648 un état indépendant (Hetmanat) dont la partie orientale, après le traité d'Androussovo, se retrouvera sous protectorat moscovite, signalant qu'à cette époque la Russie revient progressivement sur ses terres originelles. 

Catherine II (1729-1796)

C'est au XVIIIème siècle que, sous le règne de l'impératrice de Russie Catherine II, son fidèle Potemkine va au cours de plusieurs campagnes militaires repousser définitivement les ottomans et réintégrer dans l'Empire les terres bordant les Mer Noire et d'Azov et dont les différentes subdivisions (Yedisan, Tauride, et Méotide) formeront la "Novorossiya" cette région russe s'étendant de la Moldavie à l'Ouest au Kouban à l'Est, et théâtre ces dernières années de séparatismes populaires et pro-russes (Transnisstrie, Crimée et Donbass). 

C'est à cette époque que naissent les grands ports et villes de la région et que la puissance géopolitique de la Russie par sa Novorossiya devient internationale (via la porte méditerranéenne de la Mer Noire) permettant un développement rayonnant socio-économique et culturel de l'empire.

Vladimir Ilitch Oulianov 
dit "Lénine" (1870-1924)
statue centrale de Donetsk

Ces "marches" de l'Empire ("Ukraina") bordant la Mer Noire sont les Novorossiya, Malorossiya et Subcarpathie russes et un petit territoire occidental mais passé sous contrôle austro-hongrois appelé Ukraine. Au sortir du 1er conflit mondial, Une superposition chaotique de conflits régionaux, nationaux et internationaux provoqués par la fin de l'empire tsariste va s'emparer de cette région stratégique. En effet, profitant du chaos russe, un premier état ukrainien indépendant (1917-1922) apparait puis disparait aussitôt sous le flux et le reflux d'une invasion allemande qui laisse à son tour la région devenir le champ de bataille entre russes: les "blancs" de Dénikine (aidés par la Triple Entente), les "rouges" de Trotsky et les "noirs" de Makhno qui combattra tour à tour allemands, blancs et rouges avant d'être vaincu par ces derniers.

Créée en 1918, au lendemain du traité de Brest Litovsk, cette jeune République Socialiste Soviétique d'Ukraine, libérée et pacifiée, formera en 1921 avec les 14 autres républiques issues de la Révolution bolchévique, l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, sous la houlette de "Lénine".

Mais revenons dans le Donbass...


La République de Donetsk-Krivoï Rog,

République de Donetsk-Krivoï Rog (DKR), février 1918 - février 1919

C'est au sein de ce séisme régional provoqué par les tectoniques additionnées de la Révolution bolchevique et de la Première guerre mondiale que va naître dans la République de Donetsk-Krivoï Rog (DKR), communément appelée République de Donetsk. Menacée par l'invasion allemande, et écartelée entre les prétentions moscovites à l'Est et ukrainiennes à l'Ouest, cet immense bassin du Don, à l'identité cosaque indépendante, va métamorphoser sa puissance économique acquise avec l'industrie houillère au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle en puissance politique forte fondée sur un communisme originel. 

Et de cette expression politique prolétarienne, à la fois forte d'une puissance économique, d'une identité cosaque mais aussi des menaces pesant sur son identité (russes blancs et allemands) va naître le 11 février 1918 la République de Donetsk-Krivoï Rog, un Etat indépendant de Kiev et de Moscou, bien qu'idéologiquement et militairement allié avec les bolcheviques contre les russes blancs, leurs alliés occidentaux, les allemands et leurs vassaux ukrainiens.

Artyom (1883-1921)
La "République de Donetsk" comprenait les gouvernorats de Kharkov, du Donbass, de Iekaterinoslav, d'une partie de celui de Kherson et de celui de l'armée du Don. Elle fut initiée par Andreïevitch Sergueïev Fiodor et approuvée par les comités populaires locaux qui désignèrent Fiodor dit "Camarade Artyom" comme son premier président.

Si l'histoire de cette République de Donetsk-Krivoï Rog, passe sous les radars des historiographies soviétiques et ukrainiennes, le Donbass en revanche se souvient depuis le XXème siècle de cette page de son histoire au point que la statue de son fondateur Artyom domine l'avenue principale de Donetsk qui porte son nom.
Andreïevitch Sergueïev Fiodor dit Artyom mourra accidentellement en juillet 1921 au cours du test de l'aérowagon entre Toula et Moscou. il sera inhumé à la nécropole du mur du Kremlin, tandis que son fils sera adopté par Staline dont il était l'ami.

Kliment Vorochilov (1881-1969)
D'autres figures émergent au sein de cette République de Donetsk-Krivoï Rog, tel Kliment Efremovitch Vorochilov, qui après avoir été ouvrier métallurgiste à Donetsk puis serrurier à Lugansk va diriger en 1918 la résistance de cette cité contre les forces allemandes avant de partir faire le siège de Tsaritsyne qu'il reprendra aux russes blancs du Général Wrangel pendant l'hiver 1919-1920 et qui deviendra Stalingrad (puis Volgograd). 

Au cours de la défense héroïque de la ville de Lugansk (qui était alors le siège de la DKR) menée par les volontaires de la Vème armée de Vorochilov, les femmes de la cité ont formé des semaines durant des chaines humaines apportant les munitions des cartoucheries, où d'autres épouses et jeunes travaillaient jour et nuit, jusqu'aux tranchées où leurs frères maris et pères se battaient victorieusement contre des forces allemandes pourtant supérieures en nombre et moyens.

Plus tard Vorochilov poursuivra une carrière militaire et politique brillante au sein de l'URSS dont il deviendra commissaire politique et maréchal.

Quant à la jeune République de Donetsk-Krivoï Rog, elle fut rattachée à la première République Socialiste Soviétique d'Ukraine en mars 1918 qui s'étendait alors à l'Est du Dniepr, avant que d'être dissoute définitivement en février 1919. 

Plus tard, l'armée rouge repris le contrôle des anciens territoires russes (pour simplifier, la région à l'Ouest du Dniepr jusqu'aux frontières roumaines et polonaises) étendant par la même occasion le territoire de la République Socialiste Soviétique d'Ukraine, en 1921. L'intégration soviétique du Donbass dans l'Ukraine est la conséquence d'une économie politique décidée par Lénine (laquelle détournera progressivement le marxisme vers l'impasse d'un capitalisme d'Etat contre nature), qui arbitrairement transfère l'industrie florissante du Donbass, (et donc ses territoires et populations russes) vers la jeune république soviétique pour y propulser une économie régionale toujours figée dans une agriculture désuète.      

Les populations russes du Donbass, entre 1921 et 1991 vont cependant continuer à vivre, en tant que citoyens soviétiques la permanence de leur lien identitaire et relationnel avec la Russie, tout comme les autres populations russophones d'Ukraine où celle de la Crimée qui elle ne sera rattachée à l'Ukraine qu'en 1954.

Au moment de l'effondrement de l'URSS, alors que les travaux préparant l'indépendance de l'Ukraine avaient préconisé la création d'un système fédéral adapté à sa diversité communautaire, c'est au contraire un centralisme étatique qui va y être organisé, faisant apparaitre rapidement la dichotomie démographique du pays entre ses populations orientales et méridionales identitairement russes, et ses populations occidentales où une identité polonaise importante porte un regard vers l'Union Européenne. 

Au fil des années, l'effondrement socio-économique de l'Etat ukrainien post soviétique exacerbe les revendications politiques divergentes des communautés qui, malgré une défiance commune vis à vis d'un pouvoir oligarchique corrompu, creusent un antagonisme identitaire et idéologique, entre prorusses antimondialistes et prooccidentaux russophobes 
C'est à cette époque que réapparait en Galicie (à l'Ouest de l'Ukraine) l'idéologie bandériste (néo-nazisme ukrainien) sous forme de partis politiques et organisations paramilitaires, tandis que dans la Crimée russe sont organisés 2 premiers référendums (en 1991 et 1994) accordant à la péninsule une autonomie constitutionnelle renforcée et que dans le Donbass apparait en 2006 le mouvement "République populaire de Donetsk" militant pour l'autonomie territoriale de l'oblast de Donetsk.

  
2014, un rêve ranimé par le chaos

Brandissant les drapeaux tricolores de la République Populaire de Donetsk et de Fédération de Russie,
les populations de Donetsk et Lugansk ne manquent jamais une occasion de descendre en foules pour
soutenir le projet républicain de réintégrer l'espace russe auquel elles sont identitairement attachées.


Tout les éléments étaient donc réunis pour un éclatement de l'Ukraine, et lorsque le coup d'Etat pro-occidental du Maïdan accouche d'un régime totalitaire ethnocentré, russophobe et criminel, à qui répond un mouvement de contestation populaire et pro-russe sur tout l'ancien territoire historique de la Novorossiya, et dont les revendications fédéralistes initiales vont devenir séparatistes provoquant le retour référendaire en Russie de la Crimée, et l'irrédentisme de Républiques Populaires autoproclamées à Donetsk et Lugansk, dans le feu d'un interminable conflit armé avec l'Ukraine 

Il ne s'agit pas ici de retracer la genèse et chronologie de cette rébellion anti-Maïdan du Donetsk et Lugansk et de ses républiques éponymes car ces événements ont été mainte fois abordés et décrits ici et ailleurs depuis 7 ans mais plutôt d'essayer de mettre leurs revendications idéologiques et filiations historiques en perspective d'une réalité permanente dune rébellion européenne protéiforme dont les dynamiques populaires s'articulent depuis des millénaires autour du concept de la Liberté et même de la nature civilisationnelle.de son combat.

En effet, l'Histoire du "Vieux Continent" est certainement émaillée d'autant de mutineries serviles, révoltes paysannes, révolutions populaires et insurrections ouvrières que de guerres étatiques et, du mythe de Prométhée aux révoltes régionalistes actuelles, les valeurs et rêves libertaires n'ont jamais cessé de soulever les peuples européens contre les tyrannies subies, idéologiques, économiques, militaires ou culturels par lesquels s'exerce tout pouvoir politique porté cet étatisme élitiste et consubstantiellement absolutiste. 

Révoltes des bagaudes, résistances germaines ou guerres serviles contre Rome, insurrections valaque contre Byzance, guerres d'indépendance écossaises, révoltes des Karls, des chaperons blancs, des maillotins et autres jacqueries paysannes, révoltes du papier timbré, des jacobites ou des camisards, communards de Paris ou spartakistes de Berlin guerres de décolonisation etc., ces "rébellions" populaires, sociales ou territoriales, deviennent de plus en plus importantes et violentes au fur et à mesure que s'exerce sur les peuples le double carcan du totalitarismes militaro-politique et de l'exploitation socio-économique, dont beaucoup de dictatures bourgeoises et colonialismes marchands ne sont que les formes antérieures du capitalisme mondialiste actuel qui n'est que le paroxysme moderne de sa dimension liberticide et terroriste.

Il est à noter que ce sont souvent des situations de chaos contextuel - et pas forcément en rapport direct avec leurs causes - qui favorisent l'émergence de ces mouvements révolutionnaires, et à ce titre, les révoltes du Donbass, cosaques du passé mais surtout celles, modernes, de la République de Donetsk-Krivoï-Rog en 1918 et des Républiques Populaires de Donetsk & Lugansk en 2014, sont les parfaits exemples de cette permanence identitaire des peuples minorisés restant à l'affût d'un "moment de l'Histoire" pour reconquérir leur Liberté.

De fait, l'identité territoriale ancienne du Donbass russe a été renforcée 

  • d'une part par sa nouvelle orientation économique (dans la deuxième moitié du XIXème siècle) articulée autour d'une production industrielle moderne qui lui offrira dans la période suivante des basculements historiques chaotiques (1ère guerre mondiale, révolution bolchevique, fin des empires européens) une puissance économique rassurante autant qu'un renfoncement ouvrier des mentalités. 
  • d'autre part, la situation géostratégique de la Mer Noire, à la croisée de l'Occident, l'Eurasie et l'Orient, fait de sa steppe côtière un enjeu international de l'affrontement séculaire entre un empire terrestre russe et une thalassocratie anglo-américaine qui veut l'étouffer économiquement et militairement en essayant de lui ravir sa porte maritime vers la Méditerranée (guerre de Crimée 1854, révolution Orange 2004, Maïdan 2014). 

«Le Donbass a toujours été russe!»


Les républiques minières du Donbass russe ont toujours fait preuve dans leur Histoire contemporaine d'une exceptionnelle capacité de résistance courageuse, rapide et très dure contre les hégémonies occidentales menaçant leurs territoires et leurs libertés. Depuis la défense de Lugansk en 1918 par la Ve armée de Vorochilov contre des armées allemandes supérieures en nombre et équipements jusqu'à la résistance de 2014 des groupes civils d'autodéfense face aux blindés ukrainiens, en passant par les bataillons des mineurs de Donetsk menant à Sébastopol,
 armés de leurs seules baïonnettes et pelles et de tranchées, des assauts victorieux contre les soldats du IIIème Reich.

Car persiste dans les coeurs des Hommes et des femmes du Donbass et dans la terre de cette steppe abreuvée de leurs sang et de leur sueur, la mémoire de leur dignité dont 1918 et 2014 sont des piliers soutenant leur Liberté. Et à chaque année la jeune République Populaire Donetsk, qui a repris ses couleurs nationales, se souvient de cette étincelle du 12 février 1918 qui a vu se concrétiser pour la première fois son rêve éternel et que n'ont pas réussi à éteindre les nouveaux orages d'acier qui s'abattent à nouveau depuis 7 ans sur ses cités rebelles.

Cette année, pour le 103ème anniversaire de la République de Donetsk Krivoî Rog un hommage s'est déroulé au monument dédié à Artyom, présidée par  Alekseï Muratov, chef du du mouvement public «République de Donetsk», Vladimir Bidyovka le président du Conseil du peuple de la RPD et Aleksei Kulemzin, chef de l'administration de Donetsk ainsi que d'autres délégations et citoyens de Donetsk venu fleurir la mémoire de Sergeev Fiodor qui est en quelque sorte le grand père de la République Populaire de Donetsk, tandis que passaient sur l'avenue voisine des camions militaires Oural menant des soldats relever leurs camarades sur la première d'un front situé à moins de 6 kilomètres.
A cette occasion, Vladimir Bidyovka  a rappelé que "la mémoire de la République de Donetsk-Krivoï Rog est importante pour que les jeunes se souviennent toujours de leurs racines historiques et culturelles, ainsi que pour connaître les personnages historiques qui ont jeté les bases de ce mouvement. L'un d'eux était le camarade Artyom",

Le Donbass, c'est tout cela mais toujours au service de la résistance libertaire historique d'un peuple refusant toute hégémonie extérieure ou absolutisme intérieur qui conteste ou veut soumettre ses souverainetés territoriales identitaires, qu'elles soient politiques, socio économiques ou culturelles. 

Voilà pourquoi, les jeunes Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk se souviennent avec fierté et émotion de cet éphémère épisode de la République de Donetsk Krivoï Rog comme d'un chêne qui se souviendrait du gland qui un jour a osé semer dans la terre froide de l'automne le printemps lointain de sa Liberté rêvée...

Erwan Castel