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samedi 10 décembre 2016

War is business but business is also war

"Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage"



Aujourd'hui beaucoup d'analystes prétendent que "le vent tourne" dans les relations entre l'Europe et l'Ukraine, mais personnellement, même si je le souhaite, je n'en suis pas convaincu, car si l’impopulaire Porochenko, empêtré dans les "affaires" autant que dans les échecs de sa politique, est abandonné progressivement par ses partenaires occidentaux c'est certainement plus pour n'avoir pas atteint les objectifs de l'OTAN en Crimée et dans le Donbass que pour ses histoires de corruption, mêmes si elles sont gravissimes.

Dans cette crise ukrainienne, beaucoup se sont fait rouler dans la farine étasunienne, rejoignant l'Oncle Sam dans sa croisade russophobe tentant de justifier la préemption territoriale du "pivot stratégique de l'Europe" cette immense territoire trait d'union entre l'Eurasie et l'Occident et que Washington a voulu transformer en bélier forçant les remparts de l'empire russe. Mais cette stratégie du chaos que les USA allument un peu partout dans le Monde depuis la fin de la guerre froide a un prix et surtout lorsqu'elle dégénère en guerre asymétrique dont l'argent est plus que jamais le nerf sensible et vital. 

Et pour subventionner le chaos Washington, qui ne veut pas s'engager seul et directement, cherche le soutien et la légitimité de la "communauté internationale" qui s'est soumise à son autorité dans une servitude volontaire économique, idéologique et politique que pas un esclavagiste dans le passé n'avait réussi à imposer. Ainsi après avoir financé l'opposition et le coup d'état du Maïdan, les USA, furieux de voir s'échapper de leurs griffes la Crimée, ont entraîné les européens dans une spirale de représailles économiques contre Moscou mais qui impacte aussi gravement leurs propres économies déjà mises à mal par la crise économique mondiale. Ces "sanctions", les pays européens ont été forcé de les appliquer (à part la France et l'Allemagne, zélés suivistes de la politique de Washington) uniquement parce que Bruxelles, d'où elles ont été organisées, est prise en otage par les néo-cons étasuniens.

Mais il existe aussi une aide économique directe qui est accordé à l'Ukraine depuis le coup d'état pro-occidental du Maïdan. Comme pour les représailles appelées cyniquement "sanctions", cette aide économique qui représente 40 milliards de dollars sur 4 ans a été décidée par les USA et imposée à ces partenaires occidentaux via le FMI qui la supervise et y participe également à hauteur de 17,5 milliards de dollars.


Lorsque ce programme d'aide économique a été lancé au printemps 2014, il été question alors que le conflit du Donbass serait réglé avant la fin de la même année. Car en dehors du problème moral que représente ce conflit au coeur de l'Europe, il représente un véritable problème pour la réglementation du FMI qui stipule clairement que "les prêts ne sont pas octroyés à des pays en guerre", ceci expliquant entre autres raisons pourquoi, malgré la sémantique de sa propagande, le gouvernement de Kiev n'a jamais déclaré officiellement cette guerre, se contentant de voiler ses opérations et ses victimes sous le sobriquet hypocrite d' "Opération spéciale anti-terroriste" (ATO).

De son côté, le FMI a obéi à Washington qui est son principal bailleur de fonds, et depuis 3 ans bientôt ouvre les robinets de la perfusion occidentale tout en fermant les yeux sur cette guerre, les défauts de remboursements de la dette structurelle, ou le détournement frauduleux de cette aide économique normalement destinée à secourir une population ukrainienne menacée par la famine.

Car de fait, non seulement cette guerre qui fait rage dans le Donbass s'est amplifié jusqu'à aujourd'hui continuant de menacer la sécurité de l'Europe mais elle est devenue un gouffre financier pour Kiev qui y détourne une partie importante de l'aide du FMI. Ce détournement financier destiné à subventionner les massacres dans le Donbass a été récemment confirmé par l'ex député ukrainien Alexandre Onichtchenko, qui vient de dénoncer preuves à l'appui la corruption organisée par le gouvernement Porochenko.

« La plupart de l'argent est allé à la guerre, une guerre que Piotr Porochenko a tout intérêt à poursuivre. Tous les contrats relatifs à la guerre sont remplis par des entreprises proches du président. Pour eux (le président et son-entourage, ndlr), ce n'est qu'un business. »

On le voit bien, alors que les aides économiques occidentales peuvent constituer un formidable moyen de pression pour forcer Kiev à s'engager vers la paix dans le Donbass, le FMI est utilisé au contraire comme une armé de guerre subventionnant les multiples violations quotidiennes des accords de Minsk et les crimes de guerre perpétrés dans le les territoires occupés et sur la ligne de front du Donbass.

Si l'effondrement de la crédibilité de Porochenko, la victoire de Trump aux USA, les révélations des ingérence étasuniennes dans les affaires ukrainienne, provoque un changement de position progressif des occidentaux vis à vis de leur trublion ukrainien, incapable d'atteindre leurs objectifs, de plus en plus ingérable et de moins en moins fréquentable; mais cela ne veut pas dire pour autant qu'ils abandonnent la feuille de route géostratégique imposée par les USA dans cette région explosive. 

Bien sûr la France de Hollande et l'Allemagne de Merkel entraînées par l'inertie de leur servilité stupide à l'Oncle Sam continuent d'aboyer sans renifler que le vent est en train de tourner... Quant aux voix occidentales qui commencent timidement à exprimer leur mécontentement de s'être fait entraîner dans cette pitoyable galère ukraino-étasunienne, elles restent bien hypocrites, agitant seulement le dossier de la corruption kiévienne pour tenter de noyer dans un écran de fumée victimaire, tous les crimes et massacres réalisés du Maïdan au Donbass et dont ils sont des complices politico-économiques condamnables.


Reste le choix du successeur de Porochenko, qui n'en doutons pas sera coopté par les USA pour essayer de redorer l'image d'une Ukraine qui aujourd'hui fatigue et exaspère même ses tuteurs européens. Ce sera à n'en pas douter une personne appartenant à la ploutocratie mondialiste, russophobe mais à l'apparence moins agressive et même capable de dialoguer avec Poutine, et surtout dont l'image médiatique plaira aux occidentaux ces esclaves de la "société du spectacle" qui mettront à nouveau la main au portefeuille les yeux fermés. Parmi le prétendants il y a Avakov, trop sulfureux mais qui pourrait tenter un coup de force, Iatseniouk, trop mêlé à l'échec du gouvernement Porochenko, mais qui pourrait tenter une alliance, Saakashvili, trop géorgien mais l'ami de l'Oncle Sam, les radicaux trop fous mais dangereux etc... 
Il y a bien une intrigante, pas moins corrompue que Porochenko mais qui depuis le Maïdan se fait discrète, tapie dans l'ombre en attendant son heure, c'est Timochenko, l'égérie de la Révolution orange de 2004... et je ne serai pas surpris de voir la fausse blonde nattée sortir de la meute, soutenue par la ploutocratie mondialiste, parée d'une virginité politique médiatisée dont la poudre au nez sera surtout de la poudre aux yeux pour les européens payeurs.  

Peut-être que je me trompe, mais quoiqu'il en soit cela ne changera pas grand chose que ce soit elle ou un autre, tant que l'OTAN restera aux commandes de la politique ukrainienne...

En attendant, ne nous leurrons pas, car pour les occidentaux, je suis convaincu que condamner aujourd'hui la "kleptocratie" de Porochenko, s'est juste se donner bonne conscience et en sacrifiant un chien jugé incompétent de pouvoir en choisir un autre un peu moins sale mais qui continuera n'en doutons pas à aboyer contre la Russie et mordre le Donbass. 

Il reste encore du chemin vers la Paix et encore plus vers la Justice...

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya

Source de l'article : Russie Politics

La Cour des comptes européenne reconnait l'échec 
de la politique européenne en Ukraine


par Karine Bechet-Golovko 

La Cour des comptes européenne vient de rendre un rapport spécial sur l'aide de l'UE en faveur de l'Ukraine. Et le constat est sec et sans appel: c'est un échec total, tant sur la manière dont l'aide a été apportée, que sur les effets produits puisque la conclusion est "malgré le nouvel élan donné aux réformes depuis 2014, les résultats obtenus à ce jour restent fragiles. Les résultats des mesures de lutte contre la corruption ne sont pas encore visibles.". L'Ukraine est un trou sans fond géré par des clans oligarchiques maniant la corruption en guise de politique d'Etat.

Le 7 décembre 2016, la Cour des comptes européennes a publiés un rapport spécial sur l'Ukraine, concernant la période 2007-2015. Les auditeurs ont fait beaucoup d'efforts pour ne pas trop porter d'attention au coup d'Etat du Maïdan et pour le considérer comme un des moments de la construction de la démocratie européenne ukrainienne. Mais finalement cela ne change pas grand chose à la conclusion: la politique de l'UE en Ukraine est un échec, car elle a été adoptée dans l'urgence, sans réflexion approfondie:
  • L'Union a réagi promptement à la crise de 2014 en mobilisant une enveloppe de 11,2 milliards d'euros sur sept ans, mais cette solution a été décidée dans l'urgence. L'UE a octroyé et versé rapidement des sommes considérables, sans avoir établi de stratégie au préalable.

La décision était politique: il fallait payer la révolution, pour que ceux qui prenaient le pouvoir aient le temps de s'installer au pouvoir. Donc, forcément, il n'y a pas eu de critères particuliers dans l'octroie de l'aide, ni de suivi sérieux dans l'utilisation qui en a été faite:
  • Des insuffisances dans la fixation des conditions de l'aide ou dans l'évaluation de leur réalisation ont affecté la conception de l'appui budgétaire et de l'aide financière. 

Les auditeurs se rassurent en soulignant que des cadres législatifs furent adoptés en ce qui concerne la lutte contre la corruption ou la réforme des finances publiques. Ces remarques sur le travail législatif ukrainien tombent juste après que le député ukrainien Alexandre Onichenko ne soit allé aux Etats Unis remettre au ministère de la Justice des documents compromettant Poroshenko, réception des documents confirmée par le FBI. Par des enregistrements audios, il met en lumière comment Poroshenko achetait les voix des députés pour faire voter certains textes, de 20 000 à 100 000$ la voix selon le "cours" du député en question et l'importance du vote. Il met également en évidence comment une partie des fonds versé par le FMI est utilisée pour la guerre dans le Donbass, dans laquelle Poroshenko est personnellement intéressé. Sans oublier qu'il apris le contrôle, par l'intermédiaire de la nomination de proches, des grosses entreprises publiques: ils concluent des contrats avec des entreprises privées, qui elles servent à blanchir l'argent et à le reverser.

Le vent tourne, le FBI est intéressé par les documents présentés, l'UE par l'intermédiaire de la Cour européenne des comptes remet en cause sa politique de soutien aveugle et propose un certain mouvement de recul - en langage diplomatique:
  • Les auditeurs formulent plusieurs recommandations visant à améliorer l'efficacité de l'aide de l'UE en faveur de l'Ukraine. La Commission et le Service européen pour l'action extérieure devraient: • accorder une plus grande importance à la gestion des finances publiques dans le processus de dialogue avec l'Ukraine; • améliorer la formulation des conditions de l'aide financière et les versements de cette dernière; • renforcer le suivi de la mise en œuvre de l'aide de l'UE; • accorder une plus grande importance à la mise en œuvre effective des réformes et à leur pérennité; • prendre des mesures pour rendre plus efficace l'aide de l'UE octroyée à l'Ukraine dans le domaine du gaz.

La période de l'aveuglement prend fin, les temps changent et le projet Ukraine ne semble plus aussi rentable politiquement au regard de l'évolution de la situation internationale.

Karine Bechet-Golovko 


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S'il vous plaît, pour m'aider dans ce travail de réinformation

Si l'argent est le nerf de la guerre il est malheureusement également aussi celui de la réinformation pour laquelle j'ai décidé de me consacrer seul et à plein temps malgré une absence actuelle de revenus et une censure de mon travail par les agences de presse occidentales collabos ... et locales, obsédées par la recherche du monopole de l'information.

Merci d'envoyer vos contributions de soutien sur le compte référencé ci après à partir duquel sont envoyés des virements vers le Donbass

Observation : la plus petite somme (équivalent à celle d'un paquet de cigarette) est la bienvenue et vitale ici.

En vous remerciant par avance de votre soutien moral et matériel 

Bien à vous 
Erwan





mercredi 28 septembre 2016

Quand le FMI enlève son masque

Source de l'article, le lien, ici : le Saker Francophone

Suicide du FMI en Ukraine :
une décision mémorable


A Momentous Decision About Ukraine: The Suicide of the IMF

Par Valentin Katasonov – Le 21 septembre 2016 – Source Strategic-Culture

Le Fonds monétaire international était perché sur une branche précaire qu’il a coupée. Le Conseil d’administration du FMI s’est réuni à Washington le soir du 14 septembre 2016. La grosse question dans leur agenda était de savoir s’il fallait faire un chèque de $1 milliard à l’Ukraine. Et ils l’ont fait. Sauf l’administrateur représentant la Russie, qui a voté contre le paiement.

Ce ne fut pas un événement ordinaire, mais il aura un impact, d’abord et avant tout, sur le sort du Fonds monétaire international.

L’argent en question fait partie d’un accord avec le FMI pour fournir à l’Ukraine $17,5 milliards de dollars en prêts, en vertu d’un programme de quatre ans pour soutenir l’économie ukrainienne, qui a été étudié avec la participation active du FMI. Le financement étranger pour ce programme, y compris le prêt du FMI, totalise $40 milliards de dollars. Dans le cadre de ce programme Kiev a reçu sa première tranche de $5 milliards de dollars, suivie par une seconde de $1,7 milliard, et attend de nouveaux décaissements. Cependant, le troisième versement, prévu fin 2015, n’est jamais arrivé. Le processus s’est arrêté.

L’explication officielle était centrée autour du fait que l’Ukraine a été incapable de respecter ses engagements. C’était particulièrement vrai surtout quand il s’est agi de diverses réformes promises dans le système d’imposition, la sécurité sociale, les tarifs des services fournis par des entreprises commerciales du secteur, et ainsi de suite. Le FMI a également cité le manque de progrès dans la privatisation, la lutte contre la corruption, etc. Cette liste de griefs a été mise à jour et modifiée presque tous les mois.

Pour mémoire, l’Ukraine a jusqu’à présent réussi à tirer un total d’environ $20 milliards du FMI depuis 1994. Un coup d’œil sur la documentation de ces années montre que l’Ukraine n’a jamais respecté ses obligations dans leur intégralité, mais l’argent du FMI n’a cessé de couler. Donc, quelque chose d’autre a dû se passer.

Lorsque l’Ukraine devint un sujet mondial brûlant au début de 2014, les États-Unis ont commencé à utiliser Kiev pour faire pression sur la Russie – et des changements radicaux ont commencé à prendre place dans la vie du FMI. Oncle Sam est le plus gros actionnaire du fonds – il a une majorité de blocage dans le capital et les droits de vote de cette institution financière internationale – et avec une impudeur totale, il a commencé à instrumentaliser le FMI comme outil pour faire avancer sa propre politique ukrainienne. La décision du FMI d’émettre le dernier emprunt remonte au début de l’année dernière, suite à une pression sans précédent de son plus gros actionnaire. Mais cette décision a été prise contre la loi, et tous les membres du Conseil d’administration du Fonds, y compris la directrice générale Christine Lagarde, le savaient.

Tout d’abord, l’offre précédente du FMI d’étendre son crédit à l’Ukraine en 2014 n’était plus en vigueur. La raison en est très simple : l’emprunteur n’est pas solvable. On pouvait penser que cela aurait fermé le chapitre des relations du FMI avec son client. Cela avait été la réponse du FMI à de nombreux pays depuis des décennies. Mais quelque chose sans précédent s’est produit : ce client insolvable s’est vu offrir un nouveau contrat de prêt au printemps 2015, à des conditions beaucoup plus favorables que le précédent.

La deuxième difficulté, encore plus significative, est le fait que le fonds n’est pas autorisé à émettre des emprunts pour des raisons politiques. Les règles de cette organisation sont clairement écrites, noir sur blanc : les prêts ne sont pas octroyés à des pays en guerre. Il faudrait être aveugle pour nier le fait qu’une guerre sanglante faisait rage en Ukraine au printemps 2014. Toutefois, Mme Lagarde et d’autres fonctionnaires du FMI ont reçu l’ordre du plus gros actionnaire du fonds d’obéir aveuglément. Voilà l’environnement dans lequel ils ont pris leur décision au sujet d’un accord de prêt à l’Ukraine.

Le FMI a toujours été une institution politisée et un outil important de la politique étrangère américaine. Cependant, Washington et le fonds ont, tous deux, observé des normes minimales de bienséance, agissant selon les règles qui avaient été formellement approuvées par tous les membres de l’organisation. Parfois, ils ont essayé de changer ces règles pour mieux répondre à leurs besoins, mais ils l’ont fait dans le cadre des procédures existantes.

Aujourd’hui, aucun sens des convenances n’a prévalu. Un accord de prêt de $3 milliards, signé en décembre 2013, entre la Russie et l’Ukraine a expiré en fin d’année dernière. Selon les termes du prêt, la Russie utilisait l’actif de son propre Fonds national de santé pour acheter des obligations en euros émises par le Trésor de l’État ukrainien. Bien avant la date d’échéance, le gouvernement ukrainien – aiguillonné par Washington – a commencé à annoncer que le prêt ne serait pas remboursé, exigeant que Moscou restructure la dette de la même manière que Kiev avait réussi à restructurer d’autres dettes étrangères en Euro Bonds au cours de l’été 2015.

Mais cette restructuration de la dette en Euro Bonds concernait des titres achetés par des investisseurs privés. La Russie est dans une catégorie différente. La dette de Kiev à Moscou, pour $3 milliards, est un exemple classique de dette souveraine. Kiev répugne à l’admettre, en essayant d’assimiler celle-ci à une dette due aux détenteurs privés d’obligations en euros. Le FMI prétendait que le différend entre Moscou et Kiev ne le concernait pas.

Mais en même temps, Christine Lagarde et d’autres responsables du fonds étaient bien conscients que ce problème de la dette pourrait avoir un impact sérieux sur l’avenir de l’institution financière internationale. Après tout, un refus catégorique de remboursement, de la part de Kiev, pour une dette à Moscou signifierait un défaut complet. Arrivé à ce point, le programme entier pour ressusciter l’économie ukrainienne, grâce à l’accord sur le prêt le plus récent, serait sorti des rails. Et ce serait inacceptable, puisque le plus gros actionnaire insiste pour que le FMI soutienne le régime de Kiev sans condition.

Mais l’an dernier, le fonds a été obligé d’ admettre que un plus un font deux, c’est à dire que la dette de l’Ukraine à la Russie est une dette souveraine. Sous la pression de Washington, le FMI a simultanément fait un pas supplémentaire. Il a apporté des changements révolutionnaires à ses règles de prêt, «juste pour l’Ukraine». Les nouvelles règles assurent qu’il est possible de continuer à étendre le crédit à un pays, même s’il fait complètement défaut sur sa dette souveraine. Cependant, une provision a été incluse disant que le prêt ne pourrait continuer que si le pays débiteur démontrait un «effort de bonne foi» pour parvenir à un accord avec son pays créancier.

Après cela, tout s’est déroulé sans accroc. En décembre 2015, Kiev a officiellement déclaré qu’il ne paierait pas sa dette à la Russie. Cela signifie un défaut complet sur sa dette souveraine. Mais personne au FMI n’a noté que cela était arrivé ! Même les agences de notation mondiales – qui ajustent généralement leurs évaluations chaque fois qu’un pays débiteur éternue – «n’ont pas remarqué».

Et Kiev a commencé à se comporter avec une audace sans précédent une fois qu’elle se sentait en toute sécurité sous l’aile de l’Oncle Sam, en clamant que la dette à la Russie ne serait jamais remboursée. Il n’y eut même aucune tentative de fabriquer l’apparence que la nation débitrice agissait de «bonne foi» pour résoudre ses problèmes de dette avec le pays créancier. Moscou a porté la question de la dette de l’Ukraine devant un tribunal international, mais il semble que ce dernier va prendre tout son temps pour se prononcer sur la question.

Il ne serait pas exagéré de dire qu’il y a eu une révolution dans la finance mondiale à la fin de 2015. Au fil du temps, elle va envoyer une puissante vague de chaos dans le système financier mondial. Ce système a été privé des règles et des lignes directrices les plus rudimentaires qui avaient auparavant sauvegardé les marchés mondiaux en évitant l’entropie des finances.

La vie n’a pas été facile l’année dernière pour Christine Lagarde, la directrice général du fonds. Elle est bien consciente que le nihilisme qui prospère actuellement au FMI pourrait mal finir pour cette institution. Elle a résisté à la pression de son plus gros actionnaire comme elle le pouvait, mais l’Oncle Sam a eu recours à des moyens de pression éprouvés sur les fonctionnaires publics.

L’an dernier, un tribunal français a commencé à enquêter de façon inattendue sur Mme Lagarde pour d’éventuels abus de pouvoir alors qu’elle était ministre française des Finances. Cependant la poussière est vite retombée sur cet épisode juridique, signalant que la directrice générale du FMI a succombé aux «arguments» avancés par son plus gros actionnaire.

Pendant quelques mois, Lagarde a traîné les pieds comme elle pouvait, en essayant d’éviter le cauchemar qui s’est néanmoins produit le 14 septembre à la réunion du conseil d’administration du FMI. La raison pour laquelle la décision de fournir à l’Ukraine le prochain versement du prêt était reportée continuellement n’est pas parce que Kiev «ne remplit pas» quelques conditions – ce pays n’est pas en mesure de remplir quoi que ce soit – il s’agissait seulement d’un peu de théâtre chorégraphié par Mme Lagarde. Mais finalement le metteur en scène – Oncle Sam – est intervenu et a dit à la bureaucrate d’arrêter de foutre la merde. Oncle Sam se moque de la «reprise économique» de l’Ukraine, mais les États-Unis ont besoin de ce pays – sous son régime actuel – comme un outil pour continuer à mettre la pression sur la Russie. Donc, la contrainte politique et militaire n’est pas suffisante, il faut y ajouter la financière. Le FMI est essentiel pour arriver à ces fins.

Le récent comportement irresponsable de Washington envers le FMI rappelle Érostrate – le pyromane légendaire de la Grèce antique – mettant le feu au temple d’Artémis. Pendant sept décennies, le fonds a été un outil utile de politique étrangère pour les États-Unis, mais maintenant ces jours heureux s’achèvent pour Washington. La grande majorité des membres du FMI en a marre de la mainmise de l’Amérique. Et finalement le mécontentement a conduit au début du processus de réforme du fonds, surtout en ce qui concerne la révision des quotas de parts de capital et des voix attribuées à ses pays membres. Dans un proche avenir cela pourrait entraîner une perte de la participation majoritaire des États-Unis dans le capital et le pouvoir de vote du FMI. Ce n’est pas ce genre de FMI dont Oncle Sam a besoin.

Ce n’est pas la Russie qui a pris le plus gros coup lors de la session de vote du 14 septembre au conseil d’administration du FMI. La principale victime est le fonds lui-même. Ainsi que le système financier global qui a évolué au cours des sept décennies depuis la Seconde Guerre mondiale.

Valentin Katasonov

Traduit et édité par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone