mardi 22 janvier 2019

30ème rotation

288 


Après une période d'alerte due à un regain d'activité de groupes de reconnaissance ukrainiens sur le front au Nord de Donetsk, nous sommes repartis vers le front de Yasinovataya au milieu d'une couche de neige fraîche et craquante. Si les tirs des forces ukrainiennes ont augmenté, ils restent cependant dans une fréquence assez basses et majoritairement limités aux armes légères de l'infanterie. 

Déjà fin janvier...

Il y a 4 ans, je bouclais mon sac à dos, le billet d'avion Paris-Moscou en poche, conscient de l'importance de cet engagement, mais sans imaginer que sa durée serait aussi longue. 2019 sera la fin de la guerre, par la diplomatie ou les combats, car les populations sont lasses de cette hémorragie qui chaque jour apporte son lot de sang et de larmes. 

Sur le front, les milices tiennent le coup et je reste étonné d'admiration devant cette ténacité morale et cette résistance physique au milieu de cette guerre enlisée dans la morosité de tranchées tantôt boueuses, tantôt gelées, tantôt poussiéreuses où les hommes semblent prisonniers de la terre sous la danse des étoiles.


Ce matin, au milieu des sacs gonflés par le matériel, les vivres et les équipements d'hiver, le jeune chat "Blin" furetait en ronronnant, sans se douter encore qu'il allait embarquer une fois encore vers une nouveau safari aux rongeurs qui poussés par le froid pullulent dans les recoins de "forteruine"... A notre arrivée, il jaillit tel un diable de sa boite, à la fois mécontent d'avoir été bringuebalé dans un sac pendant plus d'une demi heure, et excité de retrouver son terrain de chasse ou fusent déjà au milieu des gravats des souris apeurées.

Devant nous, les positions ukrainiennes sont recouvertes d'un lourd manteau de neige, percé par les yeux sombres et plissés de leurs meurtrières. Ici et là des écharpes de fumée ivres s'échappent des bosses et des plis formés par les parapets des tranchées et les dômes des casemates alourdis sous des sacs de protection éventrés par les balles. Pas un bruit n'est perceptible, des hommes jusqu'aux oiseaux, il semble que la vie se soit nichée dans les plis de la terre.

Au milieu de ce décor connu, archi connu jusqu'au moindre bloc de béton éclaté, nous reprenons nos gardes au créneaux, scrutant l'horizon proche avec la même attention qu'au premier jour, mesurant à chaque volute de buée s'échappant de nos cagoules que l'endurance de l'attente, silencieuse et sans éclat, est certainement ce qui éprouve le plus et forme une autre face du caractère du soldat, autant que l'épreuve fulgurante du feu.

Vivement le printemps, celui de la nature, de la victoire, de la paix et du retour au foyer !

Erwan Castel

lundi 21 janvier 2019

Une bureaucratie bornée et criminelle


Quand une erreur est répétée elle devient une faute grave et même ici, dans le contexte de la violence du pouvoir ukrainien post-Maïdan, tout simplement criminelle. Ici nous avons déjà évoqué plusieurs fois le sort tragique de ces miliciens de citoyenneté ukrainienne et ayant servi les Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk et qui ont été expulsés vers Kiev par la justice russe après que la validité de leur passeport ait expiré. Certains ont été torturés et tués et il y a environ une quarantaine qui croupissent aujourd'hui dans les geôles du SBU suite à leur expulsion par une bureaucratie russe "bête et méchante" qui oublie que des circonstances exceptionnelles doivent appeler des décisions exceptionnelles !

Aujourd'hui le scandale s'étend aux journalistes ukrainiens qui ont milité contre le Maïdan et se sont réfugiés en Russie pendant un temps à l'exemple de Elena Boïko qui vient d'être expulsée de Russie vers l'Ukraine où le SBU l'a immédiatement incarcéré. Sa vie est désormais en danger et par une décision de justice abjecte d'un pays qu'elle a défendu et pour lequel elle a tout abandonné.

Il est grand temps que l'administration russe mette du plomb dans la cervelle de ses magistrats, au sens propre comme au sens figuré !

Erwan Castel


Source de l'article : Russie Politics 



Elena Boïko : pourquoi la Russie expulse vers l'Ukraine une journaliste accusée de propagande anti-ukrainienne?

Karine Bechet Golovko


Ces derniers jours, la Russie est traversée par un scandale, qui soulève en effet beaucoup de questions. Une journaliste ukrainienne d'opposition au nouveau régime post-Maïdan, largement médiatisée en Russie, vient d'être expulsée vers l'Ukraine suite à une décision de justice et remise entre les mains du SBU (KGB ukrainien) - pour avoir violé les règles de séjour en Russie, reconnaissant par là même le fondement des poursuites pénales engagées contre elle pour propagande anti-ukrainienne. Après le scandale, certains veulent en faire, très sérieusement, une espionne ukrainienne (ce qui n'a rien à voir avec la décision de justice). D'autres estiment, cyniquement, qu'elle n'avait qu'à régulariser sa situation tant qu'elle était "protégée" en Russie. D'une manière générale, l'argumentation en défense tourne autour d'une raison politique dont le juge n'aurait pas tenu compte. Pourtant, en analysant la décision de justice, il ne s'agit qu'un texte faisant défaut de toute analyse juridique, énonçant des normes sans aller sur le fond et méconnaissant totalement les fondements juridiques interdisant l'expulsion.

Elena Boïko, de son vrai nom Vichour, est une journaliste ukrainienne, ayant un mari et un enfant en Russie, et venue s'y réfugier en 2016 après le Maïdan, car critiquant trop vertement les positions du nouveau régime ukrainien. En Russie, elle a eu différents contrats, comme nombre "d'experts" ukrainiens, pour participer au jeu de communication qui se déroule sur plateaux et divers médias autour du sujet. Certains fortement critiques par rapport à la Russie, tout comme d'autres la défendant, sont rémunérés comme des "acteurs" professionnels. Chacun choisissant son camp. 

L'évolution de l'affaire ayant conduit Elena Boïko en détention préventive en Ukraine

Elena Boïko a choisi, selon ses convictions, de continuer à s'opposer au régime de Poroshenko, ce qui lui a valu l'ouverture d'affaires pénales contre elle en Ukraine, pour propagande incitant à remettre en cause l'intégralité territoriale ukrainienne (puisqu'elle se prononce régulièrement en public en faveur de la Crimée russe). Début décembre, un policier de quartier passe la voir, lui demande de le suivre au poste afin de vérifier certains éléments. Elle le suit et ne retournera pas chez elle. Dans le même temps, le SBU (KGB ukrainien) lance un avis de recherche et un tribunal de Lvov a validé un mandat d'arrêt. Le 10 décembre, un magistrat d'un tribunal de quartier à Moscou, sur la base de la violation des règles de séjour et du manque de preuves apportées par elle, la condamne à une amende et à une reconduite forcée à la frontière. Elle a alors immédiatement été mise dans un Centre de rétention administrative pour étrangers. De là, elle a déposé une demande de statut de réfugié politique, adressée le 14 décembre à l'Administration présidentielle. Le 19 décembre, son affaire a été revue par la Cour de Moscou, qui a laissé en l'état la décision du 10 décembre. Le 9 janvier, l'Ombudsman, sur demande de l'intéressée, s'est adressée au ministre de l'Intérieur afin de revenir sur cette décision et demandant avec insistance que l'asile politique lui soit accordé. Le 16 janvier, Elena Boïko a été menée en train à la frontière ukrainienne. Alors qu'elle demandait que l'on attende l'arrivée de son avocat, elle a été mise de force entre les mains des gardes-frontières. Là, au poste-frontière de Nekhoteevka, elle a remis les documents prouvant que sa vie serait en danger en Ukraine. Ces documents, pris par le garde-frontière russe, ont été transmis. 40 minutes plus tard, il revient disant que l'ordre a été confirmé d'expulser immédiatement, sans attendre. Elle réitère en vain sa demande d'asile politique, demande écartée immédiatement par l'officier de service. Elle va passer 6 heures dans la zone de transit, pour finalement être poussée vers les gardes-frontières ukrainiens et être immédiatement interpellée. Le tribunal ukrainien de Kharkov a, le jour même, décidé de sa mise en détention préventive, l'a envoyé à Lvov, où le 18 janvier le tribunal a décidé de sa détention préventive pour 60 jours. Le fondement de l'affaire pénale ouverte contre elle est propagande anti-ukrainienne portant atteinte à l'intégrité territoriale ukrainienne. Il s'agit bien d'un procès politique, qui a donc été reconnu comme juridiquement fondé par les organes russes qui lui ont refusé l'asile politique et par les magistrats russes qui ont décidé et confirmé sa reconduite forcée à la frontière.

Suite à cela, les réactions en Russie furent très vives et très critiques, notamment de la part de personnes qu'il est très difficile de qualifier d'opposants. Pour ne pas entrer dans des propos trop émotifs, voyons les aspects techniques de l'affaire.

Une sorte de machine a été lancée, faisant de cette histoire un cirque pitoyable. Pour les uns, Elena Boïko serait une espionne du SBU et ce serait pour cela qu'elle aurait été expulsée. Ces individus, comme Gasparian ou Chkoda, ne prêtent manifestement pas attention au fait que la décision de justice ne parle pas de cet aspect. S'il s'était agi d'espionnage, un procès pour espionnage aurait été ouvert. Or, il ne s'agit ici que d'expulsion pour violation des règles de séjour en Russie.

Pour d'autres, elle aurait été la victime de ses appétits. Venue en Russie et travaillant sous contrat pour une agence liée à d'autres personnes, elle aurait cherché à diversifier ses financements, serait entrée en conflit avec cette fameuse Chkoda et aurait perdu son "protecteur", sans avoir eu la bonne idée de régulariser sa situation entre temps. Sans même parler du cynisme de cette position, le formalisme juridique primaire n'est souvent utilisé que pour tenter de cacher des erreurs majeures.

La décision de justice est disponible ici pour les russophones.

D'une manière générale, il est tentant de dire que si politiquement ça se discute, juridiquement, formellement, il n'y aurait pas de problème. Or, justement, si politiquement il est tellement évident que cette décision dessert les intérêts stratégiques de la Russie, tant à l'intérieur (rupture de la société contre le Consensus de Crimée et discrédit jeté sur le FSB et sur le système judiciaire) qu'à l'extérieur (faiblesse de l'appui de la Russie pour les opposants, notamment Ukrainiens), cette affaire comporte un nombre important d'erreurs juridiques. 

Tout d'abord, en ce qui concerne les fondements juridiques pour un refus de reconduite forcée à la frontière. Pour les russophones, voir cet extrait de la décision :


Ainsi, le magistrat note les différents fondements juridiques pour lesquels il serait possible de refuser la reconduite forcée à la frontière, mais simplement les écarte car il ne les considère pas fondés en l'espèce.
  • "L'argument du requérant selon lequel la reconduite forcée à la frontière de Vichour E. B. peut constituer un véritable danger pour sa vie et sa santé en raison des poursuites sur le territoire de la république XXX ne peut constituer un fondement au recours contre elle de l'expulsion administrative en dehors des frontières de la Fédération de Russie"
Le magistrat prend cette position, alors qu'il reprend bien l'art. 3 de la Convention de l'ONU contre la torture de 1984, selon laquelle un Etat ne peut expulser une personne vers un Etat si elle risque de subir des traitements cruels, inhumains et dégradants ou des actes de torture. Donc, contrairement aux différentes déclarations des dirigeants et politiques russes, finalement la Russie ne considère pas que les opposants incarcérés subissent de tels traitements en Ukraine. Alors, que certains d'entre eux sont morts lors de leur détention préventive.

De la même manière, le juge écarte la Convention européenne, car il estime que Elena Boïkova ne risque rien en retournant en Ukraine.

De plus, le juge précise qu'au moment de l'examen de l'affaire, aucune poursuite pénale politique n'est ouverte contre cette opposante. Alors que, par décision du tribunal de Lvov mi-décembre 2018, un mandat d'arrêt a été lancé contre Elena Boïkova en raison de la propagande anti-ukrainienne qu'elle mène, notamment en Russie, portant atteinte à l'intégrité territoriale ukrainienne, ce pour quoi elle risque, si elle reste en vie, 5 ans de prison. La Russie considère donc les poursuites engagées en Ukraine comme juridiquement fondées et non politiques.

Enfin, le magistrat ne tient pas compte de la demande d'asile politique envoyée le 14 décembre par Elena Boïko et dûment enregistrée.

Sans même revenir sur l'impossibilité de fait de faire appel de la décision des huissiers de justice d'exécution de cette décision de reconduite forcée à la frontière, des éléments surprenants sont apparus. Lors de la reconduite à la frontière, pour semer le doute, certains affirmaient qu'elle avait elle-même voulu être renvoyée en Ukraine et non vers LDNR. Or, selon un document manuscrit publié, Elena Boïko aurait demandé non pas à être expulsée vers l'Ukraine, mais bien vers Donetsk ou Lougansk. Surprenant de ne pas suivre les désirs de la personne expulsée. Il semblerait qu'un certain empressement ait trouvé sa place, afin de rendre le plus vite possible la situation irrémédiable.

L'argumentation juridique de cette décision de justice est une honte pour le système judiciaire russe. Quant aux conséquences politiques ... l'opposition russe radicale et le gouvernement ukrainien remercient pleinement les magistrats pour leur cadeau inattendu en ces temps difficiles.

Karine Bechet Golovko


vendredi 18 janvier 2019

Donbass, la chrysalide de l'artillerie

Siège de Constantinople - Fresque de Moldovita 

Dans le Donbass, j'ai vécu mon premier bombardement d'artillerie en février 2015 au Nord d'Uglegorsk (Secteur Debalsevo), lorsqu'un lance roquettes multiple de type "Grad" (122 mm) a lâché sur notre position une dizaine de roquettes pour tenter de nous y déloger. Depuis, le front du Donbass s'est stabilisé sous les gesticulations désespérées et stériles des accords de paix signés à Minsk, car si l'infanterie s'est enfouie dans 300 kilomètres de tranchées et de casemates, l'artillerie en revanche qui s'est imposée dès les premières heures du conflit continue de défendre sa réputation de "reine des batailles" acquise pendant le 1er conflit mondial, et que l'on croyait remisée dans les souvenirs militaires du passé...

Car le conflit du Donbass se révèle non seulement placé depuis 5 ans sous le sceau de bombardements terrestres quasi-quotidiens, mais il marque aussi le grand retour de l'artillerie dans la conduite de la guerre post moderne. Avec toutefois une évolution des moyens déployés et des tactiques employées.


Héritière des machines de sièges de l'antiquité, l'artillerie a certainement constitué une des plus grandes révolutions militaires modifiant l'art de la guerre, depuis le Moyen-Age jusqu'au premier conflit mondial où elle va quitter son rôle d'appui à l'infanterie pour devenir une arme offensive majeure garantissant à elle seule les 3 principes et objectifs majeurs de la stratégie et qui sont : 
  • la liberté d’action, 
  • la concentration des efforts,
  • l’économie des forces.
Parmi les armées ayant conservé une composante artillerie impressionnante dans leurs arsenaux, l'armée soviétique puis russe est certainement la première tant sur le plan qualitatif, quantitatif que sur celui d'une diversité impressionnante des calibres et systèmes d'armes en dotation.

Et l'Ukraine, en tant qu'ex République Socialiste Soviétique a conservé, au delà de 1991 l'année de son indépendance, non seulement son parc d'artillerie (sauf le nucléaire) mais aussi son utilisation dans les conflits armés. Aussi lorsque les colonnes blindées de l'Opération Spéciale Antiterroriste s'ébranlent vers le Donbass en avril 2014, elles emmènent avec elles les bouches à feu qui rapidement vont imposer leur terreur auprès de la population civile du Donbass. 

Depuis les premiers combats de Slaviansk, au cours desquels Kiev organise avec son artillerie une guerre de siège, jusq'aux provocations quotidiennes d'hier en passant par la réduction des "chaudrons" d'Iliovaisk et Debalsevo par exemple, l'artillerie est bien le chef d'orchestre de ce front du Donbass.


Kiev cependant va devoir rapidement réadapter l'emploi de son artillerie à la réalité de cette guerre asymétrique qui, dès les premiers combats de Slaviansk va montrer l'obsolescence du matériel autant que des servants ukrainiens, victimes d'un abandon à la fois de l'entretien et de la formation d'une armée décadente. 

Tout comme l'aviation, l'artillerie ukrainienne, malgré une supériorité écrasante va subir de lourdes pertes de la part des unités de la milice qui sont obligées de compenser leur faiblesse numérique par une adaptation basée sur une extrême mobilité et dispersion des moyens utilisés pour réaliser des tirs de contre-batteries.

Les exemples sont nombreux qui vont à la fois redonner un place de premier rang à l'artillerie et la réformer dans sa tactique d'emploi, comme par exemple les 6 obusiers Msta-B alignés "à l'ancienne" de la 55ème brigade d'artillerie ukrainienne (Brigade "Vasyl Petrov") et qui vont être détruits par un tir de contre batterie républicain une unité de la milice mobile et précise au début juillet 2014 près de Krany Liman (Nord de Slaviansk). 

Les unités ukrainiennes, désorganisées et peu motivées vont, en plus d'une tactique inadaptée à la situation, devoir faire face à de nombreux problèmes d'approvisionnement logistique et d'emploi des pièces d'artillerie lourdes, tels les systèmes d'armes LRM (Lance Roquettes Multiples)  dont nombre de munitions périmées ou mal conditionnées n'explosent pas, ou se dispersent exagérément. A ces problèmes d'armurerie se rajoutent des problèmes purement logistique comme l'approvisionnement des véhicules porteurs Zil 135LM des systèmes LRM 'Uragan" et "Smerch" qui consomment 150 litres de carburant aux 100 kilomètres pour faire tourner leurs 2 moteurs de 125 cv chacun.

Résultat: l'armée ukrainienne va rapidement faire taire ses lance roquettes multiples ainsi que ses vieux systèmes Tochka U (missile tactique) dès la première année du conflit (à part quelques campagnes de bombardements exceptionnelles de LRM) et Kiev va se lancer dans un renouvellement des stocks de munitions (qui étaient presque tous épuisés) et des modifications de certains systèmes d'armes comme par exemple le LRM "Smerch" qui est testé avec de nouvelles fusées permettant grâce à un système de guidage d'augmenter la précision des roquettes.

Tir du nouveau lance-roquettes multiples "Cheburashka" des milices 
en représailles de la mort du chef de bataillon "Mamaï" en mai 2018

De son côté, la République populaire de Donetsk a également entrepris une modernisation des vieux systèmes d'armes datant de l'ère soviétique, ainsi en 2018 a été présenté le "Cheburashka", un nouveau lance roquettes multiples ainsi qu'un lance missile "flocon de neige" sortis des usines d'armement de Donetsk. 

BM30 "Smerch", lance roquettes multiple de 300 mm
Mais à ces difficultés techniques s'ajoutent les difficultés tactiques d'une ligne de front figée et le contexte des accords de Minsk qui impose un retrait des armes lourdes (de calibre supérieur à 100mm) à plus de 30 km de la ligne de front médiane. Tout comme les milices en 2014, Kiev à son tour doit s'adapter à la situation, malgré une supériorité numérique importante de ses unités d'appui feu.

Dans un premier temps, les unités d'artillerie vont être dispersées en petites unités de quelques pièces seulement jusqu'à l'échelon des bataillons d'infanterie et leur emploi avec des tirs rapides et limités avant de quitter rapidement leurs positions. Cette "décentralisation des feux" à pour cause les besoins de camouflage aux yeux de l'ennemi, de discrétion vis à vis de l'OSCE qui doit (en théorie) contrôler le respect de la zone d'exclusion définie à Minsk, et surtout pour éviter des tirs de contre-batteries qui se révèlent souvent très précis.
Du coup les artilleurs pour optimiser leurs tirs les environnent de nombreuses observations préparatoires terrestres mais surtout aériennes, réalisées à partir de drones d'observation, très nombreux sur le front du Donbass, malgré leur interdiction d'emploi stipulée aussi par les accords de Minsk.

Tir d'obusier ukrainien de 122mm sur un pont de 
la route Donetsk-Gorlovka le 10 octobre 2018
(vidéo personnelle)


Vers une artillerie légère de 1er échelon

Canon 9 p132 "Partizan" (122mm), et mortiers de 82mm et 120mm
A partir de 2015-2016, on va voir se généraliser sur la première ligne du front le déploiement d'une "artillerie de poche" qui est utilisée quasi-quotidiennement et à l'initiative des unités du premier échelon. A côté des lances-roquettes antichars et des lance-grenades automatiques, l'emploi des mortiers (82 et 120mm) est très fréquent mais aussi celui du canon sans recul SPG 9 "sapog" (73mm du BMP1) ou du 9P132 "partizan" (122mm du LRM "Grad") par exemple.

Cette artillerie légère présente de multiples avantages :
  • Extrême mobilité et rapidité de mise en oeuvre
  • Simplicité d'emploi 
  • Camouflage et stockage faciles
  • Flux munitions gérable au niveau compagnie

Tir de mortier de 120mm ukrainien  sur le front de Yasinovataya, 
au Nord de Donetsk en janvier 2018. (Photo personnelle) 



En complément de cette artillerie de tranchée, l'évolution du conflit en "guerre de position" imposé par les accords de Minsk a augmenté l'utilisation des véhicules blindés en tant que forces de bombardement. C'est ainsi que régulièrement des positions défensives mais également des zones résidentielles républicaines sont bombardées par des véhicules blindés d'infanterie (BMP1 et BMP2 par exemple) mais aussi des chars de combat ukrainiens comme encore très récemment début janvier 2019.

Au début du conflit, les milices républicaines ont du faire preuve d'imagination et d'adaptation pour compenser leur infériorité numérique et logistique en créant des "batteries errantes" rapides et difficilement repérables allant de missions de harcèlement et tirs de contre-batteries contre des forces ukrainiennes regroupées et lentes. L'utilisation par faute de moyens de véhicules civils pour transporter des mortiers (et parfois même pour leur mise en oeuvre dans des camions poubelle ouverts par exemple) a rendu indétectable les mouvements de l'artillerie républicaine qui dispose en outre de servants aguerris.

Du côte de Kiev cette tactique des "batteries errantes" a également fait son chemin et l'Ukraine a même développé des véhicules spécialisés pour mortiers comme le "Bars 8 MMK" présenté en 2016 par la société “Ukroboronservis” et qui est un véhicule blindé avec 3 personnels et un mortier de 120 mm avec système de guidage informatisé. Ce type d'unité d'artillerie mobile est environné d'unités de reconnaissance équipées de drones d'observation et d'unité d'appui mécanisée ou motorisée.

"Le Bars 8 MMK" ukrainien , et son mortier automatisé de 120mm

Mais le problème majeur de Kiev, dont l'armée est de plus en plus dépendante des aides financières occidentales et le développement industriel de tels systèmes d'armes de haute technologie. C'est pourquoi ce type de projet reste au stade de l'expérimentation anecdotique.

Et ceci est de plus l'arbre qui cache la forêt car l'armée ukrainienne est toujours enlisée dans des multiples problèmes d'incompétences humaines autant que techniques comme par exemple le dysfonctionnement du mortier moderne "Molotok" qui explose régulièrement en tuant de nombreux de ses servants, mais que Kiev persiste à déployer toujours sur le front.

Donc si aujourd'hui l'artillerie est l'arme privilégiée sur le front du Donbass elle n'en reste pas moins engluée également dans les 300 kilomètres de tranchées de Lugansk à Mariupol. Elle n'est plus employée dans l'appui d'unités d'infanterie ou blindées en opération pas plus qu'en tant qu'artillerie de combat comme elle le devint à partir de 1918 sur les fronts européens. Cependant on observe une évolution de l'emploi et organisation tactique de l'artillerie qui attend et se prépare à une réactivation du conflit du Donbass pour sortir définitivement de sa chrysalide.

Erwan Castel

Tir de mortier de 82mm ukrainien sur le front de Yasinovataya,
au Nord de Donetsk, en novembre 2017 (vidéo personnelle)

jeudi 17 janvier 2019

Un délire qui déborde dans la réalité


Au Nord du secteur de Debalsevo, à la charnière entre les 2 républiques Populaires de Donetsk, des explosifs ont été repérés contre les écluses du barrage hydraulique de Mironovsky, situé dans la zone contrôlée par les forces de Kiev...

Cette information évoquant une menace d'inondation volontaire de zones habitées par l'armée ukrainienne, n'est pas nouvelle, et elle resurgit régulièrement à la surface des communiqués des services républicains comme le monstre du Loch Ness. En effet dès 2014, on évoquait déjà cette menace suite aux déclarations de Igor Kolomoisky l'Oligarque ukrainien et mécène de nombreux bataillons spéciaux qui sont de facto des unités plutôt spécialisés dans des crimes de guerre si sordides que certains ont même été condamnés par des tribunaux de Kiev (Aïdar par exemple). A cette époque il était question de noyer une centrale nucléaire dans la région de Dniepropetrovsk... 

Depuis le délire a retrouvé des proportions plus modestes et s'est déplacé vers la ligne de front du Donbass, ce qui rend la menace d'autant plus sérieuse plus sérieuse que l'on sait depuis décembre 2018 que l'Etat Major ukrainien envisage d'inventer un "casus belli" légitimant une offensive de Kiev, par une opération criminelle médiatique mise en scène pour accuser les forces républicaines ("false flag") .

Et ce sont les observateurs de la "Mission de Surveillance Spéciale" de l'OSCE eux-mêmes qui ont donné l'alerte et leur observation consignée dans leur rapport quotidien !


  • « La MSS a vu pour la première fois deux caisses en bois carrées vert foncé (avec des fils connectés) fixées aux portes métalliques d’une écluse du côté nord du réservoir de Mironovsky et près d’un poste de contrôle des forces armées ukrainiennes près de Roti (zone contrôlée par le gouvernement, à 66 km au nord-est de Donetsk). Un soldat non armé a parlé à la MSS de la présence d’explosifs sur l’écluse. »

Concrètement quelle est la nature de la menace ?
La rupture de ce barrage de Mironovsky ne menacerait pas directement les territoires des Républiques de Donetsk et Lugnask mais une zone située au Nord Est de Svitlodarsk longeant du côté controlé par Kiev l'actuelle ligne de front chevauchant la limite entre les oblasts/républiques de Donetsk et Lugansk.

Mais n'est-ce pas le principe même d'un "false flag" que de faire croire que ce sont nos forces, intérêts ou secteur qui sont visés pour mieux pouvoir accuser une intention de la partie adverse.

Source de la carte : "Donbass Insider" (Christelle Néant)

Car si on laisse de côté la surenchère délirante dont est coutumière la propagandiste Christelle N., le fait est que cette fois le délire ukropithèque déborde sur une menace réelle.

En l’occurrence, l'inondation toucherait des villages peuplés, situés principalement sur le territoire de la RPL (mais vu le relief et la distance probablement pas Pervomaisk comme mentionné sur la carte). Il y a également dans cette zone des unités ukrainiennes , ce qui explique que les charges aient été placées sur les portes et non sur la structure du barrage lui-même, permettant ainsi par un débit modéré de procéder à une évacuation voire au colmatage de l'écluse.

Car dans une telle opération il est nécessaire qu'elle reste sous contrôle et se limite dans ses effets majeurs à la médiatisation extrême d'une dramaturgie servant des actions politiques et militaires violentes. 

Cela dit, les conséquences sur le terrain d'une telle opération terroriste de Kiev seraient très importantes: des victimes certainement et parmi la population civile, des dégâts sur les réseaux de distribution électrique et d'eau potable, sur des entreprises et dépôts locaux, impactant à la fois l’économie locale (Mironovsky est la région avicole la plus importante d'Ukraine avec 50% de la production de volailles ukrainienne) et l'écologie du bassin fluvial.

Bref, de quoi émouvoir l'opinion publique nationale et surtout internationale, cette dernière étant le premier objectif d'une telle opération aussi criminelle que débile, car poser des caisses visibles plusieurs jours avant le sabotage, relève une fois de plus d'un amateurisme voué à l'échec et qui ici s'avère être particulièrement heureux pour la population du Donbass et la conduite de la guerre...

Erwan Castel

Article référence :  "Donbass Insider"





mardi 15 janvier 2019

Pensées explosées sur la guerre

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Je profite d'une journée calme à Donetsk pour dépoussiérer mes carnets qui s'accumulent sur mon bureau, remplis de pensées autant que de ratures et sans lesquels j'aurais du mal à mesurer le mouvement d'un temps à la fois accéléré par l'intensité du vécu et figé par l'immobilité d'un front embourbé depuis 4 ans dans 300 kilomètres de tranchées et de monotonies meurtrières.

Si la guerre du Donbass ne s'impose plus depuis 4 ans la flamboyances de combats où les hurlements des armes couvrent à peine ceux des hommes tourmentés par les dieux des batailles, elle reste cependant présente comme en filigrane dans les yeux des soldats qui lui appartiennent, qu'ils soient au front, à la caserne ou même lorsqu'ils sont en train d'essayer de l'oublier en ville.


Samedi 22 décembre 2018

Souvent, dans la solitude des postes tenus au milieu de Promka, je songe à cette guerre du Donbass pour laquelle je me suis engagé et dont la longueur, bien plus que la dureté, en a découragé plus d'un leur révélant sans ambages leurs inaptitudes à l'endurance, la vie militaire, la solitude dans l'effort, la discipline ou tout simplement la superficialité de leur engagement et leur égoïsme narcissique et cupide. Mais je songe aussi à toutes les autres guerres, à la Guerre, qui scande depuis tellement longtemps la marche des Hommes sur le le chemin de leur folie autant que de leur génie qu'on peut se demander si elle ne procède pas de l'essence même de la nature humaine, au même titre que la notion d'agression appartient à l'instinct animal comme l'a démontré l'éthologue Konrad Lorenz.

J'éprouve pour ma part vis à vis de la guerre ni haine, ni passion (contrairement à certains hommes qui la font) mais plutôt une espèce de fascination étrange pour cette activité exclusivement humaine qui exacerbe dans l'évolution de notre espèce à la fois sa dimension destructrice et sa dimension créatrice.

Car d'aussi loin que l'on remonte dans le passé, en dépit des utopies de sérénité et d'amour qui alimentent les chimères humaines, la guerre est là avec ses canons et même ses tambours en temps de paix pour nous rappeler que c'est elle qui rythme la marche survivaliste de l'Homme sur cette planète bleue  dérivant dans l'infini.

Je crois que c'est Carl Schmitt qui constatait que, là où il y a l'Homme il y a conflit, celui sociétal et protéiforme d'où va émerger "Politis", qui avec le "religio" semble bien être une autre caractéristique consubstantielle de l'espèce, et "Bellum" que beaucoup considèrent d'ailleurs comme le prolongement de la politique (N. Machiavel, J. Freund...). 
La guerre est donc toujours là n'en déplaise aux pacifistes autant qu'aux suprématistes, et c'est elle qui généralement fait naître ou périr les civilisations, libère ou asservit les peuples, excite les découvertes géographiques ou scientifiques, les armes des tueurs ou les remèdes des médecins...

La guerre, l'Homme en est à la fois le concepteur et la victime, et les hommes qui se jettent dans ses colonnes de feu en sont à la fois les artisans et les héritiers, ses pères et ses fils et il suffit de regarder les métamorphoses du corps et surtout de l'âme que provoque le combat pour mieux comprendre le sens jüngérien "la guerre notre mère". Et lorsque l'on  regarde les mythologies du Monde on la retrouve dès les plus lointaines origines des sociétés divines ou humaines. La guerre n'est pas le Bien, pas plus qu'elle n'est la Mal, elle EST tout simplement, à la fois tumeur et thérapie de nos cancers ontologiques.


Une grenade à fusil explosant contre le mur Ouest de "Forteruine" vient ponctuer et suspendre un instant mes pensées, rappelant par sa déflagration meurtrière que l'Homme abrite dans son esprit à la fois l'insecte et le titan qui le définissent dans le silence de l'Univers.

Et beaucoup de penser que c'est la conscience de la mort qui a élevé l'Homme "au dessus" de l'animal (et c'est pas gagné dans nombre de domaines). Je trouve cela par trop simpliste et surtout symptomatique d'un anthropocentrisme faux et délirant, principalement importé par les monothéismes abrahamiques, car beaucoup d'animaux ont conscience, entre autre de la mort, de la douleur (y compris celle des autres) et connaissent comme l'homme les sentiments qui leur sont liés comme la compassion, la tristesse ou l'empathie par exemple.

En même temps, on ne peut rejeter l'importance de cette conscience pour laquelle les sociétés humaines, en interrogeant les étoiles sur leurs destinées, ont fait naître les faits religieux pour le parler que de la dimension métaphysique de la Mort et qui commencent dans notre Histoire visible par les rites funéraires et les sépultures.

Je pense pour ma part que si la Mort a provoqué nombre d'interrogations existentielles qui ont élevé l'Homme vers une dimension spirituelle, ce n'est pas tant celle qui l'attend au crépuscule de sa vie ou d'une maladie incurable, mais celle qu'il reçoit ou donne dans un acte de violence. Car c'est ici qu’apparaît dans toute la grandeur de la tragédie, à la fois l'héroïsme et l'insignifiance de l'âme humaine. 

Et la guerre, est certainement la reine des ces violences humaines collectives, que les sociétés ont ordonnancé, moralisé selon des règles théoriques établies dans le fleuve tumultueux de l'Histoire et écrites avec le sang des soldats sacrifiés et les cendres des terres brûlées. 


Je ne sais donc pas si la guerre est un drame évitable pour l'Homme, car sans elle peut-être nous n'aurions jamais pu survivre à notre faiblesse naturelle, mais en revanche je suis convaincu que le drame pour la guerre est sa déshumanisation par le progrès technologique, et qui offre même la possibilité au soldat moderne de tuer son adversaire sans le voir. Ainsi l'aviateur largue t-il ses missiles et prend le cap du retour vers sa base avant qu'ils n'explosent, désintégrant dans un même chaos, chair, béton, sang et ferrailles. Ainsi de l'artilleur, du missilier embarqué etc. Et l'un des pires exemples de cette déshumanisation de la guerre est certainement ce pilote de drone, qui est au chaud dans son bâtiment, le hamburger posé à côté des manettes et d'un écran d'où il "traite" un objectif situé sur un autre continent. 

Il est bien fini le temps où les lansquenets, dans leurs charges lourdes "dispersaient au vent comme feuilles d'automne toutes les valeurs de ce monde". Nous sommes tombés dans le caniveau abyssal de l'abjection amorale. Aujourd'hui le soldat ne connait plus cette ivresse du combat (ou si rarement), ou l’adrénaline et la Mort qui l'appelle lui ouvrent les portes d'or de cette "expérience intérieure" jüngerienne. L'ivresse est désormais artificielle, éphémère mais encore plus meurtrière ! Tout comme l'ouvrier en usine où la machine a finit par asservir son créateur, le soldat n'est plus aussi qu'un être devenu machine.

Par cette décadence de la guerre moderne le soldat en oublie ses odeurs de terre et de sueur mélangées, ses silences assourdissants entre les explosions et même le vrai sens de la Liberté qui offre au soldat l'exténuement, la solitude, la souffrance et le sacrifice. Même Theilhard de Chardin, ce chrétien atypique et ouvert au mouvement du réel et des idées reconnaissait que "l'expérience inoubliable du front, à mon avis est celle d'une immense liberté !"

La liberté, c'est peut-être elle, plus que la mort qui est la plus grande conquête de la conscience humaine. Et certainement parce que l'Homme l'a perdu, ou peut-être même abandonné, en devenant ce fou qui se croyant le centre de l'Univers a bâti autour de lui des esclavages de la pensée et du corps... et le plus souvent en son nom.

Un chat remuant dans sa chasse nocturne une conserve vide au milieu des vagues de débris entourant notre récif de pierres et de briques éclatées interrompt un instant l'errance du stylo dévorant les pages blanches du carnet, pourtant déjà tachées par la poussière du front collées à mes doigts.


L'animal, lorsque son cou ne porte pas pas le collier de l'infamie, est par nature libre dans son univers et jouit sans conscience de cette liberté comme le poisson de l'eau. Paradoxalement, dans les tranchées, ces espaces contraignant, quasiment clos et enterrés, la liberté y circule comme le sang dans les veines. C'est elle qui guide nos pensées et nos actes, et que les chants et les rêves des soldats honorent des fraternités aux solitudes partagées. 

La communauté militaire mais dont l'esprit, sans se leurrer avec le légendaire militaire, est aussi mourant sous les assauts du monde moderne, est certainement une des dernières rares corporations capables encore de transmuter la sueur le sang et les larmes en poésie pour les dieux immortels.

Un froid, précurseur de l'aube, se glisse par les embrasures et les fissures de "Forteruine", comme un serpent venant mordre les sentinelles guettant le silence. Puis, de nouvelles rafales naissent à l'horizon Nord, tandis qu'éclatent des munitions d'un lance grenades automatique AGS 17 sur notre tranchée d'accès. 

Ici se joue en microcosme l'Histoire de ce Monde qui, comme le disait Voltaire, n'a jamais connu la paix, tout au plus des "entre deux guerres" !

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

Eau du Donbass, la confirmation


Rappel des faits :
  1. Le 10 janvier, une unité de la 93ème brigade d'infanterie mécanisée ukrainienne détruit un véhicule de service de la société civile "Eau du Donbass" sur le front de Yasinovataya. Bilan: les 3 employés civils sont blessés, une plainte est déposée contre Kiev.
  2. Dans les jours qui suivent, les médias ukrainiens tentent d'inverser les faits et faire accuser les forces républicaines d'avoir ouvert le feu sur le véhicule (pourtant derrière leurs positions) 
Or voilà que des écoutes téléphoniques entre un média ukrainien et l'Etat Major la 93ème brigade ukrainienne viennent mettre un terme à la polémique et confirment la responsabilité ukrainienne. 

Ces conversations téléphoniques interceptées par les pirates informatiques du SPRUT sont celles réalisées entre l'attaché de presse de la 93ème brigade ukrainienne et une journaliste ukrainienne qui désire une interview d'un officier de l'unité sur les événements du 10 janvier.


  • Au cours de la présentation des interlocuteurs et de l'objet de l'appel téléphonique, nous apprenons que la journaliste attend en fait une réponse à sa demande, déjà exprimée il y a 2 jours. Premier indice révélant l'embarras ses militaires ukrainiens.
  • Puis une procédure est convenue pour réaliser une interview lundi 14 janvier sur place, mais cette dernière doit être impérativement placée sous le contrôle du "commissaire politique" ("zampolit").
  • Dans une deuxième conversation, la journaliste convient d'une téléconférence à l'Etat Major de l'Unité avec son correspondant de l'Etat Major qui lui avoue que "la situation est délicate" et qu'il ne pourra exposer sa version des faits qu'après approbation du quartier général de l' "Opération des Forces conjointes".
  • Dans une troisième conversation, la journaliste qui tient à son interview rassure l'officier de la 93ème brigade en lui assurant que l'objectif du reportage est de mettre en évidence les manipulations de "la propagande moscovite" en soutenant la version de l'unité.
Cette réticence des soldats ukrainiens et leurs hésitations multiples vont bien au delà de la lourdeur bureaucratique habituelle locale, et soulignent les auteurs des écoutes téléphoniques:"un tel comportement jette un doute sur la version du commandement ukrainien et des médias selon lequel l'APU n'était pas impliquée dans le bombardement, car, pour dire la vérité, une longue coordination et le secret ne seraient pas nécessaires".

Ensuite et pour finir avec ce crime de guerre, il n'est pas besoin de sortir de Saint Cyr mais seulement de regarder la carte de ce secteur du front pour comprendre que les forces républicaines n'ont pas pu prendre à parti un véhicule civil qui circulait à l'arrière de leurs positions.

En bleu la ligne ukrainienne et en rouge, la ligne républicaine. Cerclé en bleu la position du BMP 1 et du SPG98 ayant tiré sur le véhicule symbolisé par le point jaune.

Là encore, la censure ridicule tentée par les médias et l'armée ukrainienne montre autant leur amateurisme dans la conduite des opérations que dans celle de la communication qui soit dit en passant, est ici réalisé en langue russe, prouvant ainsi que cette dernière reste la langue d'usage la plus naturelle en Ukraine, malgré la croisade culturelle menée contre elle par les bouffons de Kiev.



Erwan Castel

Article référence : e-news.su

dimanche 13 janvier 2019

La preuve par l'image et le criminel

Mise à jour : 14 janvier 2019

Image ukrainienne montrant le camion de la société Eau du Donbass juste avant qu'il ne soit détruit par les tires ukrainiens

Vendredi dernier, 11 janvier, je rendais compte de plusieurs violations du cessez le feu par les forces armées ukrainiennes sur le front du Donbass en ce début d'année 2019, et notamment de la destruction d'un véhicule de service de la société "Eau du Donbass" au Nord de Yasinovataya, au cours de laquelle les 3 techniciens civils ont été blessés. 

Or, la vidéo de ce bombardement, qui constitue non seulement une violation des accords de Minsk mais aussi des conventions de Genève (un plainte a été déposée par la République de Donetsk), apparaît aujourd'hui sur les réseaux sociaux via la chaîne de télévision ukrainienne "1+1" de l'oligarque Igor Kolomoisky, mécène des bataillons spéciaux nationalistes, aujourd'hui en disgrâce auprès du régime de Kiev.


Et cette vidéo ukrainienne corrobore les accusations républicaines à l'encontre des soudards de la 93ème brigade d'infanterie mécanisée car on peut voir que le véhicule pris pour cible, par sa couleur jaune, ne pouvait être confondu avec un véhicule militaire, malgré les commentaires russophobes obligés du journaliste ukrainien couvrant l'événement. 


Voici le très court extrait de la vidéo ukrainienne utilisée pour illustrer
les commentaires de la télévision ukrainienne concernant l'événement. On y voit le véhicule jaune de la société "Eau du Donbass" en déplacement.. puis en feu.
Pourquoi le film est-il amputé de la partie correspondant précisément à celle 
des tirs effectués sur le véhicule ? 
La seule raison valable à cette censure ukrainienne est évidente !
  

A partir de là on peut se demander quelles sont les raisons de sa diffusion qui est une preuve accablante de ce crime de guerre. Manque d'analyse de l'image, provocation supplémentaire, idiotie, discrédit du régime ukrainien par celui qui en a été évincé (Kolomoisky) ? Peut-être tout cela à la fois.

On peut effectivement souligner le fait que révéler au grand jour des violations du cessez le feu du régime Porochenko intéresse à titre de vengeance l'oligarque Kolomoisky (qui n'en est pas moins coupable d'avoir commandité d'autres crimes de son côté), d'autant plus que le présentateur de sa chaîne de télévision "1+1" qui les diffuse n'est autre que Vladimir Zelensky,  célébrité ukrainienne, acteur, journaliste, humoriste... et candidat à l'élection présidentielle de mars 2019. 

Je pense pour ma part que nous avons ici affaire à une arrogance naturelle qui caractérise les criminels lorsqu'ils servent un système au pouvoir commanditaire prétentieux et assurant leur impunité. Et ceci est visible sur les autres théâtres d'opérations extérieures du mondialisme occidental où l'on peut constater chaque jour du traitement médiatique différencié selon que les victimes soient du côté des "alliés" et inadmissibles ou du côté des "non alignés" et négligeables.

L'Ukraine bandériste est certainement aujourd'hui la caricature extrême de cette impunité arrogante des criminels qui chaque jour publient et se vantent de leurs crimes de guerres dans les médias et réseaux sociaux, le plus souvent excités par des politiciens fanatiques qui appellent régulièrement au génocide de la population du Donbass. Dans le même article sus-cité, j'ai d'ailleurs publié d'autres vidéos tournées par les ukrainiens eux mêmes lorsqu'ils tirent au char de combat sur des quartiers résidentiels ou larguent des obus à l'aide de drone sur le front. Même les nazis étaient plus discrets concernant leurs crimes de guerre et violation des traités internationaux !

Voici une précédente vidéo tournée par les ukrainiens eux mêmes
lors de leur destruction près de Dokuchaievsk (25 km Sud de Donetsk) 
d'un véhicule d'évacuation sanitaire, le 22 février 2018 (voir l'article : ici)

Enfin cela constitue ici depuis 5 ans, pour un futur tribunal international, une banque de données à charge déjà impressionnante et qui n'est que la partie émergée d'un iceberg encore caché dans les profondeurs de la guerre.

Erwan Castel
   

samedi 12 janvier 2019

L'effet boomerang d'une censure impossible



Le 4 janvier je donnais mon point de vue sur les effets contre-productifs d'une propagande du Ministère de la défense qui, sans aucun discernement qualitatif quant aux sources et informations, relaie systématiquement et quasi quotidiennement toutes les menaces d'offensive ukrainienne comme vérité absolue et immédiate. 

Aujourd'hui c'est au tour du bureau du commissaire aux droits de l'homme en République populaire de Donetsk d'annoncer au milieu de son premier rapport de l'année que: 
  • "Du 1er janvier au 10 janvier 2019, sur le territoire de la République populaire de Donetsk, il n'y a pas eu de victimes parmi la population civile et le personnel militaire"

Sauf que voilà, il y a ici un problème qui touche, soit la compétence soit l'éthique de celles et ceux qui sont chargés de la communication car, si pour les citoyens civils de la République les pertes annoncées de 3 blessés semblent être réelles (et encore aurait-il fallu signaler le décès cardiaque d'une retraitée suite à un vol par des soldats ukrainiens au poste de contrôle de Gorlovka), en revanche pour les milices défendant son territoire, le "delta" est de 0 à 6, ce qui révèle l'obsolescence d'une propagande dans un monde d'hyper communication, où la Vérité ne peut être cachée longtemps.

En effet, du 1er au 10 janvier 2019, sur le front du Donbass, ce n'est pas 0 mais au minimum 6 miliciens qui ont été tués au combat, victimes de bombardements ou de tirs ukrainiens. Leurs noms, photos et renseignements apparaissent sur de nombreux réseaux sociaux, y compris ceux de leurs familles et même dans ceux de leurs unités militaires. 

Il s'agit de :

          - Alexander Balakin, 23 ans, tué le 1er janvier

          - Dmitry Tomenko, 26 ans, tué le 3 janvier

         - Evgeny Borisovitch Babkin, 48 ans, tué le 6 janvier

         - Sergey Verkhovod, 39 ans, tué le 7 janvier

         - Alexandre Chuchin, 35 ans, tué le 8 janvier

         - Vladimir Verkulov, 45 ans, tué le 9 janvier


Ces volontaires engagés dans les rangs des milices républicaines et qui ont donné leurs vies pour le Donbass libre ne méritent certainement pas une telle dénégation de leurs sacrifices, qu'elle soit involontaire ou politique.

Qu'ils reposent en paix dans les rangs du régiment immortel !

Depuis 4 ans j'observe régulièrement ce décalage entre les statistiques officielles et les chiffres réels des pertes subies je ne sais pas pour quelle raison les informations sont à ce point contradictoires, mais on peut imaginer: 

? fausses informations concernant les décès ? (j'en doute très fortement vu le nombre des sources les confirmant),

? collecte d'informations incomplète de la part des services officiels ? (possible vu la lenteur bureaucratique locale y compris dans la communication)

? volonté politique de cacher des pertes militaires (ou certaines pertes) subies sur le front ? (dans cette dernière hypothèse et dans le contexte d'internet, absolument inefficace et contre-productif).

Quoiqu'il en soit, j'espère que les prochains communiqués officiels de la République Populaire de Donetsk vont corriger cette "erreur" pour le bien de la Vérité et de l'Honneur de ceux qui sont tombés pour elle.

En attendant dans l'hypothèse où il s'agit d'une politique de communication, il est urgent de réfléchir au bien fondé d'une telle occultation volontaire de pertes militaires par le pouvoir politique ou le Commandement militaire, de ses effets contre-productifs car aujourd'hui, une telle propagande n'a aucune chance de survivre dans notre monde hyper médiatisé.


Cacher les pertes militaires 

Il y a certes parfois un intérêt évident à cacher des pertes au combat, mais dans des contextes bien particuliers et pour des durées déterminées, comme par exemple lors d'une opération militaire en cours, car cela donnerait des renseignements opérationnels à l'ennemi, ou lors d'opérations secrètes non autorisées en territoire étranger (comme par exemple les pertes des Forces spéciales françaises déployées en Syrie) .

Or ici ce n'est pas le cas car ce sont des pertes de volontaires engagés dans le Donbass et victimes des tirs sporadiques ukrainiens animant quotidiennement la ligne de front.


Une bonne stratégie doit s'adapter au mouvement du réel 

Lorsqu'il faut choisir, dans l'urgence d'une crise, des modèles de gestion économique, politique etc., mais aussi de communication, il sont souvent choisis dans les livres d'histoire où les mémoires, où ils sont souvent caricaturés par la nostalgie. Et c'est ce que nous pouvons observer de chaque côté de ce front du Donbass dans les discours propagandistes qui s'affrontent, qui malgré d'énormes différences, comme par exemple cette excitation de la haine de l'autre qui est le fond de commerce de la propagande ukrainienne, montrent un archaïsme dans leurs références et méthodes de communication, qui non seulement ne sont plus adaptées à notre monde de l'hyper communication mais se révèlent même contre-productives.

Les Républiques du Donbass, n'ont pas seulement contre elles l'armée ukrainienne qui se masse aux portes de leurs cités mais également toute une bien-pensance occidentale qui contrôle une vision médiatique mondialiste majoritairement répandue dans le monde et dont la propagande de Kiev est le fer de lance. Preuve en est le faible taux de participation des volontaires étrangers au monde russe dans ce conflit pourtant aux menaces internationales.
Je pense pour ma part que les jeunes Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk devraient accorder à leur politique de communication une plus grande importance et surtout une meilleure stratégie adaptée à notre monde post-moderne où internet devient le vecteur d'informations incontournable et le plus important et où une censure, qu'elle soit agressive ou par omission ne peut durer que le temps d'une nouvelle avalanche de l'information par un internaute attentif.

Or c'est avec tristesse que je constate que les médias à Donetsk se réduisent depuis des mois comme une peau de chagrin, et devenant des agences confondant information et communication sont plus des meutes de perroquets atteints du syndrome du larbin que de journalistes d'investigation au service de la population. 

Les seuls qui servent au plus près la Vérité et de façon indépendante (mais au milieu d'autres larbins et imposteurs) sont aujourd'hui essentiellement visibles sur le Net et tout en servant avec passion le mouvement salvateur qui a donné naissance en 2014 aux Républiques populaires.


Pour une Vérité contrôlée mais non censurée

L'information est devenue plus que jamais une arme (preuve en est le rôle joué par les réseaux sociaux dans les mouvements populaires spontanés comme les gilets jaunes ou manipulés comme les révolution arabes), qui si elle n'est pas bien choisie et utilisée peut se retourner contre celui qui la manipule, même si ses intentions sont louables et sa cause juste.

L'exemple sensible du double tranchant d'une politique de communication inadaptée à notre époque est l'utilisation abusive de la censure, celle de l'information ou celle des journalistes. Ce sujet est d'autant plus sensible qu'il concerne une zone de guerre telle que celle du Donbass où les offensives propagandistes ont supplanté les assauts militaires. Kiev s'est particulièrement distingué en incluant dans sa russophobe "chasse aux sorcières", les médias russes et pro-russes, terrorisant leurs journalistes jusqu'à leur expulsions, tortures ou exécutions. 

Malheureusement nous observons aussi dans les Républiques populaires de Donetsk et Lugansk, même si leur méthodes pacifiques sont à souligner, un recours à la censure de l'information ou l'interdiction de territoire pour des journalistes au prétexte simpliste qu'ils soutiennent la politique du régime ukrainien ou de leurs parrains occidentaux. Et les raisons invoquées, sauf celles qui démontrent leurs participation active à la collecte de renseignements militaires pour le camp adverse, sont souvent la conséquence d'une paresse intellectuelle haineuse due essentiellement à des arrivistes occidentaux incompétents venus s'échouer dans le Donbass (comme ceux de l'agence Doni News) par exemple à qui on a confier  la tâche de recevoir leurs demandes d'accréditation (par rapport aux compétences linguistiques)

Ceci est absolument inadmissible et surtout contre productif, car censurer ou même oublier une information, ce n'est que la bloquer quelques jours avant qu'elle ne réapparaisse ailleurs et probablement déformée, de même qu'interdire des journalistes qui ne sont pas coupables d'espionnage militaire ou industriel, cela revient "à leur donner un bâton pour se faire battre" et essuyer ensuite des articles engagés encore plus virulents dénonçant une dictature de l'information.

Une information, tout comme un journaliste peuvent être contrôlés, et doivent être bridés quand cela concerne une zone de guerre, mais jamais interdits arbitrairement comme cela s'observe trop souvent. 

Je dis cela, je ne dis rien, mais je pense sincèrement qu'on ne peut reproduire ce que l'on prétend combattre sans se salir jusqu'à devenir son propre ennemi..

Erwan Castel