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mercredi 12 janvier 2022

Au Kazakhstan la vérité fait surface


L'intervention militaire de la Russie et de 5 autres pays de l'OTSC est un total succès et le retrait de ces forces qui ont appuyé la sécurisation du pays pendant que l'armée kazakhstanaise rétablissait l'ordre dans les villes en proie aux émeutiers, commencera le 13 janvier prochain.

L'OTSC, articulée autour des capacités militaires russes de pouvoir projeter sans délai des forces massives à des milliers de kilomètres de leurs bases, apparait désormais comme l'équivalent de l'OTAN, à la grande différence près que, contrairement à l'alliance atlantique qui est devenue une arme offensive aux ordres de Washington, cette organisation de défense n'intervient que dans des missions défensives et sur demande des Etats concernés.

Cette intervention fulgurante de la Russie pour venir en aide au Kazakhstan a complètement  décontenancé la Maison Blanche dont le secrétaire d'Etat a envoyé une demande balbutiante au président Tokaïev, lui demandant pourquoi il avait demandé à l'OTSC qui est sous commandement russe d'intervenir pour l'aider à rétablir l'ordre dans son pays (comme si le Kazakhstan pays souverain d'Asie centrale avait des comptes à rendre à Washington !)

10 jours après le début des manifestations qui ont plongé le Kazakhstan au bord d'un chaos mortel, et tandis que l'ordre revient dans le pays grâce à l'appui des soldats de la paix de l'OTSC mené par la Russie, la vérité commence à se frayer un chemin au milieu des exagérations propagandistes et on peut dire aujourd'hui que ce pays qui est la clef de voûte de l'Asie centrale a été victime à la fois de l'incurie d'un pouvoir oligarchique finissant, provoquant une guerre de clans politiques et de revendications socio-économique populaires et légitimes aux manifestations parasitées par des mafias locales et des agents étrangers.

Pour résumer la crise majeure qui frappe le Kazakhstan est la conséquence du pourrissement d'un pouvoir oligarchique qui non seulement a failli à ses devoirs socio-économiques mais a également ouvert les portes du pays à des officines subversives étrangères qui ont facilement organisé sur l'impopularité du pouvoir des réseaux pour initier et encadrer des soulèvements populaires au profit d'un basculement du pays dans le camp occidental. Le doublement du prix du carburant (de 60 à 120 tenge) aura suffit à mettre le feu aux poudres.

Avant que n'interviennent la Russie, l'officiel président Tokaiev restait l'otage du système mis en place par son prédécesseur Nazarbayev qui, après 29 ans de pouvoir oligarchique sans partage, s'était en réalité juste retiré dans l'ombre d'un Conseil de Sécurité national d'où il continuait à diriger un appareil d'Etat dont nombre de responsables lui étaient redevables. Après que Nazarbayev ait démissionné de ses fonctions au Conseil de sécurité (au profit de Tokaïev) et au lendemain de l'arrivée des forces de l'OTSC, le discours officiel a nettement changé :

S'il est toujours question d'une tentative de coup d'Etat ayant instrumentalisé une protestation populaire, les communiqués ont abandonné le fantasme initial d'une invasion de 20 000 combattants étrangers envahissant les rues d'Almaty (même si effectivement quelques dizaines de mercenaires y ont été tués ou arrêtés) pour se concentrer sur des trahisons au sein des services de sécurité qui ont laissé faire et pour certains même aider les émeutiers tout en reconnaissant par les réformes engagées, la légitimité de la contestation populaire. 

Dans un communiqué récent, le président Tokaïev, certainement libéré du système Nazarbayev par l'intervention de l'OTSC qui a autant sécurisé les enquêtes internes autant que les sites extérieurs, a déclaré :

  • Que le Kazakhstan a subi une tentative de coup d'Etat,
  • Que les services de sécurité ont au couvert et même participé aux troubles, 
  • Que l'armée est restée loyale et efficace, et a rétabli l'Etat de droit avec l'aide de l'OTSC,
Et surtout: 
  • Il accuse un groupe d'oligarques du clan Nazarbayev d'avoir provoquer cette situation en s'éloignant des intérêts du peuple, pour récupérer tous les bénéfices de la croissance économique du Kazakhstan. 
  • Il accuse les douanes (appartenant aux services de sécurité) de ne pas surveiller correctement la frontière chinoise, laissant et participant au passage de milliards de dollars sans contrôle, donc sans taxe.
Parmi les mesures immédiates prises 
  • Un audit des banques et fondations appartenant à cette oligarchie pour reprendre de l'argent et en faire bénéficier le pays et le peuple.
  • Suppression de plusieurs taxes et gel des salaires des fonctionnaires pour 5 ans.
  • Retour des prix du carburant au niveau précédent la crise....

Qu'en est-il des trahisons internes kazakhstanaises ?

Dans ce domaine un brouillard persiste encore quant aux tenants et aboutissants des implications internes aux manifestations mais on peut observer qu'en plus du limogeage du gouvernement, une épuration est en cours dans l'appareil d'Etat kazakhtanais et notamment au sein du KNB, le Comité de Sécurité Nationale du Kazakhstan: 
  • Nazarbayev, l'ancien président du KNB a (été) démissionné du poste de Directeur, qui aujourd'hui est occupé par le président Tokaiev lequel peut enfin peut prendre possession de ses pleins pouvoirs.
  • Karim Massimov, l'acien directeur du Comité de Sécurité National a été arrêté pour avoir caché des informations "sur des camps d'entraînement de militants islamistes dans les régions montagneuses du pays"
  • Deux autres directeurs adjoints du KNB ont été également arrêtés pour leurs responsabilités dans la crise survenue et les émeutes qui ont porté atteinte à la sécurité nationale du Kazakhstan.
De plus des connexions ont été révélées entres ces traitres et des oligarques très proches de Nazarbayev, ce qui confirme l'existence d'une opposition entre l' oligarchie installée et les vues politiques du président Tokaïev qui voulait engager des réformes anticorruption. Et c'est là qu'apparait toute la perversité d'une oligarchie corrompue par les USA en échange d'ingérences croissantes occidentales, qui va tenter de renverser l' "empêcheur de tourner en rond"  par ceux là mêmes qui souffrent de leur système capitaliste.

Et là encore un parallèle est à faire avec les événements du Maïdan ukrainien : lorsque le président Ianoukovitch ne cédant pas au chant des sirènes occidentales et abandonne le projet économique avec l'UE, les oligarques ukrainiens comme Korchinsky vont exciter des manifestations populaires avec des éléments extrémistes connus des services de sécurité corrompus du SBU pour provoquer des heurts et radicaliser le mouvement vers un coup d'Etat. Ainsi comme plus tard au Kazakhstan, les services de sécurité ukrainiens  ukrainiens ont laissé se développer des camps d'entrainement paramilitaires de l'organisation néo-nazie Trident de Dmitry Iarosh dont le parrain n'est autre que Valentin Nalyvaichenko, un des directeurs du SBU ! (on retrouvera cette implication de membres des services de sécurité plusieurs fois comme par exemple lors du massacre d'Odessa où ils couvrent les radicaux néonazis opérant contre les manifestants fédéralistes).

Et la triangulation mondialiste entre USA, oligarchie locale et extrémistes utiles qui a opérer la bascule de l'Ukraine dans le camp occidental apparait encore au Kazakhstan, les radicaux islamistes prenant la place des radicaux bandéristes dans le rôle des idiots utiles de l'impérialisme mondialiste:

Et comme par hasard ! qui retrouve t-on sur cette photo prise en 2015
au Kazakhstan ? : Joe Biden, alors vice Président des USA et son fils
Hunter Biden, accompagnés de Kenes Rakishev (à gauche) un des plus
riches oligarques du Kazakhstan et... Karim Massimov, le Directeur du 
Comité de Sécurité Nationale du Kazakhstan. Le businessman Hunter
Biden, qui profite depuis des années du népotisme de son paternel, est 
en affaire avec Kenes Rakishev, au Kazakhstan mais aussi en Ukraine où
il est placé au conseil d'administration de Burisma, une société holding
gazière ukrainienne, au lendemain du coup d'Etat du Maïdan soutenu par
l'administration Obama. Quant à 
Karim Massimov, il ouvre les portes du
KNB aux services occidentaux via des partenariats "antiterroristes"...

Je pense qu'il n'est pas nécessaire de faire un dessin pour mieux comprendre...


Qu'en est-il des responsabilités étrangères dans le chaos ? 

Aujourd'hui il est évident que les chiffres annoncés initialement concernant les effectifs de d'agents étrangers dans les émeutes ont été largement exagérés pour détourner l'attention d'e la légitimité d'un mouvement de protestation populaire (qui dans la majorité des villes n'a pas dégénéré en émeutes violentes) amalgamant les manifestants avec ceux des émeutiers et ceux des émeutiers avec les quelques agents étrangers repérés. Cependant cela ne veut pas dire pour autant que les accusations d'ingérences étrangères sont des allégations totalement mensongères.

Plusieurs indices montrent que des agents étrangers pro occidentaux ou pro turcs ont été effectivement actifs dans cette révolution ratée :

Primo : un réseau important d'ONG étasuniennes du réseau Soros, de conseillers militaires de l'OTAN, de sociétés économiques occidentales, d'associations culturelles et droitsdel'hommistes étasuniennes s'est progressivement implanté au Kazakhstan en graissant au passage les pattes des oligarques locaux (voir l'article ici).

Secundo : une coordination pilotée de l'étranger via les réseaux internet des actions de déstabilisation, dont la rapidité des actions, les moyens dédiés et l'organisation démontrent une préméditation et une préparation bien antérieure à cette hausse des prix qui a déclenché les manifestations.

Tertio :  la présence effective, bien que faible, d'étrangers parmi les émeutiers, et dont certains ont été payés pour participer aux manifestations et que l'on retrouve aux premiers rangs des émeutiers avec les extrémistes locaux (ce qui n'est pas sans rappeler la procédure employée sur le Maïdan), 

Dans un article précèdent sur le Kazakhstan, j'avais évoqué le rôle, avoué par lui-même, de l'opposant politique et escroc international Mukhtar Ablyazov dans la coordination des manifestations, ainsi que les connexions des émeutiers avec le réseau terroriste "Etat Islamiste".

Et d'autres noms très intéressants apparaissent chaque jour comme par exemple celui de Andreï Nikolaievich Garbouziouk qui est un des administrateurs des réseaux sociaux chargés d'informer et coordonner les manifestations au Kazakhstan. Or, ce Garbouziouk, n'est ni plus ni moins qu'un lieutenant colonel des forces armées ukrainiennes chef l'unité militaire A2455 appelée du 83ème 83e TsIPSO qui est  un "Centre d'informations et d'opérations psychologiques" basée à Odessa !

DCK un des réseaux utilisés pour informer et coordonner
les actions subversives au Kazakhstan et qui a permis de
repérer les agents ukrainiens à l'œuvre dans cette crise.
Cet officier ukrainien, né le 13 décembre 1981 dans le village de Novaya Chertoriya district de Lyubarsky, région de Jitomir est diplômé de l'Institut militaire d'électronique radio. Garbouziouk travaille en étroite collaboration avec Ablyazov planqué à Paris derrière un statut de réfugié politique et des ressortissants kazakhstanais vivant en Ukraine comme par exemple Eldos Nasipbekov (23 ans) et Zamanbek Tleuliyev (27 ans), 2 ressortissants kazakhs qui opèrent sous contrôle des services spéciaux ukrainiens (SBU) et d'agents étasuniens dans une antenne kiévienne du  "DCK", ("Choix Démocratique du Kazakhstan") une ONG étasunienne appartenant aux réseaux Soros. Ensemble ils ont créé le "quartier général du DCK" en Ukraine. 
Par ailleurs, plusieurs adresses moscovites (par exemple l'association "Legalis"') ont été repérées dans ce réseau ukraino-kazakhstanais, ce qui explique probablement l'arrestation d'une trentaine de sympathisants kazakhtanais pro occidentaux en Russie impliqués dans les actions subversives en cours.


Kassym-Jomart Tokaïev, président de la République du Kazakhstan depuis 2019


Exit le système "Nazarbayev" pourrait-on dire, et même si ce dernier n'est pas encore ponté du doigt directement il y a de grande chance que la capitale Nour Oustan (prénom de Nazarbayev) retrouve un jour prochain celui d'Astana et que soient virées du pays les ONG occidentales et autres partenariats atlantistes qui mènent depuis des années des campagnes subversives anti-russes dans le pays. 

Même si bien sûr il faudra attendre les actes pour juger de la sincérité du président Tokaïev, et que ce dernier devra probablement faire des compromis pour assurer une réforme stable de  l'appareil d'Etat, on peut cependant relever avec optimisme ses déclarations d'intentions formulées ce 10 janvier 2021 qui prône l'instauration d'un contrat économique social avec les peuples du Kazakhstan:

1. Le Kazakhstan entend mettre fin au système oligarchique et devenir un État méritocratique, 2. En septembre sera présenté un ensemble de réformes socio-économiques structurelles, 
3. La société "Opérateur ROP", de Aliya,la fille de Nazarbayev fermée (300 millions $ volés)
4. Tous les oligarques seront obligés de donner de l'argent à un fonds social populaire,
5. Le moratoire sur les inspections des participants aux marchés publics a été levé. 
6. Réforme du marché des carburants pour réguler plafonner les prix,
7. Garantie des investissements et actifs sur le territoire du Kazakhstan. 
8. Lutte contre bureaucratisation et réforme "pour le rapprocher du peuple" de l'appareil d'État,
9. Numérisation des procédures administratives,
10 Renforcer la lutte contre le chômage et les aides aux jeunes,
Etc...

Exit donc le système Nazarbayev, et même si ce dernier ne sera pas probablement inquiété son empire financier et ses réseaux d'influence s'effondreront rapidement sous la menace de haute trahison pesant sur leurs acteurs. Espérons qu'une nouvelle ère de stabilité et surtout de prospérité sociale commence au Kazakhstan.

Mais surtout, cette crise majeure que vient de traverser le Kazakhstan et où pointait sans aucun doute une tentative de coup d'Etat pour finaliser la bascule occidentale du pays commencée sous couvert d'une oligarchie corrompue a non seulement échoué mais même, au grand dam de Washington, en plus de libérer les pouvoirs présidentiels des griffes d'une oligarchie contrôlée, cet échec a opéré un retour radical d'Astana dans la zone d'influence de la Russie, et sous l'œil bienveillant d'une Chine avec qui elle est partagée.

Sur cette carte des projets de développements économiques sino-russes,
qui sont le cauchemar de l'impérialisme étasunien en Europe on voit bien
l'importance cruciale du Kazakhstan et la nécessité pour Washington de le
contrôler, en plus de sa position stratégique aux frontières de la Russie.


Et quand revoilà la pourriture française...

Il est certain que d'autres dossiers pourris et connexions nauséeuses vont remonter à la surface de ce grand nettoyage des égouts kazakhstanais et je ne serai pas surpris de voir la France s'illustrer ici encore dans le domaine des coups tordus profitant aux intérêts de son complexe militaro industriel mondialiste.

En effet pour ne citer qu'un volet de la puanteur mondialiste française il faut rappeler l'importance que revêt le contrôle des importations d'uranium pour Paris et qui conditionne une grande partie de sa politique néocoloniale criminelle en Afrique de l'Ouest, laquelle est aujourd'hui mise à mal par le renversement de plusieurs de ces laquais locaux. Or face aux risques d'émancipation de la "Françafrique", sur fond de crise énergique majeure en Europe augmentant la productions électrique nucléaire française, le Kazakhstan, qui est le 1er pays exportateur d'uranium avec 40% de la production mondiale, devient pour Paris la cible prioritaire du marché de l'Uranium.

Mais au Kazakhstan, pour les industriels français "ça coince" aussi, car si depuis l'ouverture du pays aux investissements occidentaux, le français "Orano "et le canadien Cameco s'y sont précipités pour en extraire l'uranium, les parts de l'entreprise publique locale "Kazatomprom" avec qui ils sont légalement tenu d'établir un partenariat, dans la joint-venture Inkai ,sont brutalement passées de 40 et doivent atteindre 60% du marché... en 2022 !

Rajoutez à cela que le principal opposant politique kazakhstanais s'est réfugié à Paris pour fuir la justice de plusieurs pays, et que la France, tout comme le Canada, sont les larbins zélés d'un l'impérialisme étasunien qui rêve de pouvoir faire pression sur les exportations d'uranium à destination de la Russie et de la Chine etc On voit ici qu'un coup d'Etat au Kazakhstan consolidant un système oligarchique pur et dur où l'économie serait donnée à des intérêts privés occidentaux croissants intéresse pleinement les vautours financiers français autant que les faucons de guerre étasuniens. Convergence des intérêts et des méthodes....

Car derrière chaque révolution colorée, coup d'Etat se cachent toujours sous les belles banderoles droitdelhommistes vantant les avantages de la démocratie, la réalité d'une dictature ploutocratique mondialiste aliénant les peuples à sa marchandise liberticide.

Ce qui est certain c'est que le président Kassym-Jomart Tokaïev doit se souvenir aujourd'hui de la justesse de la remarque du président Poutine lors de son intervention à la réunion du club du Valdaï en 2019 :

Lors d'une réunion du Valdai International Club, le président du Kazakhstan a 
souligné à quel point il était bon que son pays renonce aux armes nucléaires et 
et reçoive en retour des investissements étrangers. Alors, concluant l'intervention 
optimiste de son homologue kazakhstanais, Vladimir Poutine a lancé sur le ton de
la plaisanterie :  "Saddam Hussein le pensait également !" 

Erwan Castel

lundi 6 septembre 2021

La dérive hérétique des monothéismes

Pour rebondir sur des commentaires échangés avec Luc-Olivier d'Algange ou André Michel Chanclu au sujet des d`un certain moralisme chinois ou des résistances asiatiques qui selon moi sont liés dans leur mentalité, je fais remonter ici à la surface cette interview éclairante de Han Suyin (1917-2012), qui, devant le nouveau variant musulman de l'intégrisme religieux est toujours d'actualité...

Ici, dans l`exemple historique qu`elle donne du prosélytisme colonial catholique (et qui malheureusement n`est pas le monopole du christianisme) Han Suyin démontre à quel point, au nom d`un universalisme de croyance "salutaire", les clergés sont capables d'actions amorales qui sont non seulement une abjection sociale mais aussi une trahison de la pensée originelle qu'ils prétendent représenter. 

Contre l'obscurantisme des dogmes cléricaux qui exigent de l'Homme sa soumission, dans une sacralisation fantasmée de la mort future, il y a les questionnements des mythes et philosophies qui lui proposent une sacralisation de la Vie dans une éthique de la liberté et de la diversité naturelles. 

Et sans nul doute, ces sagesses naturelles sont bien plus près du divin que tous ces fanatiques du maghen, de la croix ou du croissant qui en réalité ne sont souvent que les hérétiques de leur propre spiritualité. 

Erwan Castel

samedi 21 mars 2020

Solidarité et discipline, l'exemple chinois



Dans l'hôpital de Donetsk où je suis toujours soigné de ma blessure, et malgré l'absence de cas d'infection sur le territoire de la République Populaire de Donetsk, les mesures préventives face à l'épidémie du Coronavirus ont déjà fait leur apparition: masques, distanciation physiques, nettoyages répétés des surfaces communes (tables poignées de porte etc...), tandis que les autorités ferment les frontières avec l'Ukraine impactée par le Covid19.

Les épidémies bornent l'Histoire humaine depuis l'Antiquité laissant pour nombre d'entre elles les traces des chocs psychologiques collectifs qu'elles provoquent telles, la peste noire, le choléra, la fièvre Jaune, ou la grippe espagnole pour n'en citer que quatre anciennes. Plus récemment des épidémies graves ont menacé et menacent encore notre monde moderne : Sida, Ebola, SRAS etc... mais jamais le monde n'avait autant paniqué qu'avec cette nouvelle forme de coronavirus, le "Covid19", une épidémie apparut en Chine et qui se transforme en pandémie depuis quelques semaines.

Depuis le début de l'année, un vent de folie règne autour de ce nouveau virus qui provoque sur la toile médiatique et internet une "expertodémie" délirante d'observateurs qui, depuis les agitateurs d'hystérie annonçant une apocalypse organisée aux anesthésistes du déni prétendant que c'est une épidémie banale, noient tous l'information et la réflexion véritables sous une avalanche de spéculations dogmatiques sans autre fondement que des hypothèses émotives et non vérifiées...

Pour ma part, au milieu des théories qui s'entrechoquent, des réactions diverses des gouvernements qui réagissent au gré de leurs compétences et responsabilités, ou de leurs priorités politiques et surtout économiques, j'essaye d'observer justement les émotions que provoquent cette crise sanitaire et qui révèlent dans la quasi majorité des peuples occidentaux aliénés à l'idéologie capitaliste une profonde crise anthropologique du monde moderne...


Pourquoi cette nouvelle épidémie suscite t-elle tant d'émotions ?

Le Covid 19 provoque une monopolisation de l'information que je trouve pour ma part beaucoup trop émotionnelle mais qui s'explique entre autres parce que :
  • Les états-nations asservis craignent que cette crise sanitaire fasse définitivement se crasher un système économique artificiel déjà vacillant, sur lequel repose tout le pouvoir et les privilèges de la ploutocratie mondialiste.
  • Les individus aliénés à la marchandise craignent que les conséquences sociétales de cette épidémie bousculent un bien être consumériste, reposant lui aussi sur des plaisirs et des libertés artificielles égoïstes.
Paradoxalement, ce virus s'est répandu avec fulgurance grâce à une modernité qui prétend pouvoir vaincre toutes les menaces sanitaires... jusqu'à défier la Mort elle-même, et il est aujourd'hui ce grain de sable qui bloque la vanité mondialiste jusqu'à pousser de sa pichenette son système mondialiste au fond du gouffre de sa propre démesure. 

Nous risquons de payer le prix fort d'un libéralisme mondialiste qui, de productions délocalisées en productions abandonnées, a sacrifié la sécurité à la rentabilité. L'homme capitaliste a poussé la marchandisation du monde jusqu'à marchandiser sa propre santé et sa novlangue ne parle t-elle pas d'ailleurs de "capital santé" ?

Au premier abord, les dégâts infligés au système économique ultralibéral par le "Covid19", ce détonateur précipitant une dépression inévitable d'un système malade de lui-même, devrait réjouir les antimondialistes dont je fais partie et qui ne désirent que la fin de cette ploutocratie esclavagiste qui vampirise la Vie pour ses intérêts élitistes. Mais comment peut-on se réjouir d'une situation qui provoque tant de peur et de souffrance au sein des populations qui ici subissent une double peine de la part d'un système mondialiste amoral. 

Peut-être est-ce effectivement le premier acte du crépuscule de la marchandise, mais pour que les peuples européens soient prêts à en payer le prix pour mieux y survivre, il faut qu'ils regardent aussi et surtout, avant cette gouvernance du chaos qui les asservit, leur propre dégénérescence anthropologique organisée par l'aliénation à la marchandise et à l'idéologie du progrès occidentales et qui est une aggravation des crises diverses les frappant !


La pandémie de l'individualisme 

Car si le Covid19 tuent les personnes, l'individualisme lui tue les peuples occidentaux et les statistiques de cette épidémie nous le montrent de façon flagrante, car de mêmes niveau de développement technologique et sanitaires ce sont les pays ayant conservé le plus une culture de solidarité et d'obéissance à l'autorité qui ont le mieux combattu ce coronavirus, bien qu'ayant été les premiers à en subir le choc !

Sur ces courbes on voit sur une même échelle de temps les résultats des mesures engagées par les gouvernements et leurs populations contre le Covid19. 

En effet, la pensée unique qui formate depuis 2000 ans les populations occidentales s'appuie principalement, pour mieux les asservir, sur les concepts de l'individualisme de l'âme, du corps et de la conscience, faisant disparaître ainsi progressivement - surtout depuis l’avènement de la bourgeoisie au sein des monarchies et des démocraties - tous les corps sociaux intermédiaires qui donnaient des identités collectives charnelles aux individus (familles, communautés, corporations, provinces, armée,...) et constituant à la fois l'ossature de la nation et l'émanation d'un pouvoir politique qui doit les protéger autant que les individus.

Mais voilà, la bourgeoisie rampante n'a eu que de cesse que de détruire ces corps sociaux intermédiaires, pour atomiser les peuples en troupeaux d'individus au service de maîtres de plus en plus privilégiés. Et cet individualisme qui gangrène les sociétés occidentales légitime des comportement de plus en plus égoïstes et qui explosent justement dans ces moments de crises comme celles provoquées par une guerre ou une épidémie...

Je ne rentrerai pas ici dans les polémiques stériles et inopportunes de savoir si le port du masque est utile, si le confinement est vraiment nécessaire, si les frontières doivent être fermées etc etc... mais plus sur des notions de solidarité et de discipline qui elles seules permettront de ralentir l'épidémie, donc de l'étaler dans le temps, donc d'éviter une saturation des ressources sanitaires et donc de diminuer le taux de mortalité du virus.
Le temps des polémiques, des tribunaux et des têtes qui tombent viendra après la tempête sanitaire...

Je veux juste souligner que l'éthique est plus importante que la politique car elle en constitue le socle protégeant sous les piliers de leurs devoirs collectifs les libertés des peuples, et ceci contrairement aux futiles et égoïstes de "droits de l'Homme" qui détruisent le système immunitaire des nations. Si les devoirs collectifs n'excluent pas et même encouragent les individuations au service de la communauté, en revanche les droits égoïstes, par l'individualisme provoqué mettent en danger l'existence mêmes des peuples, d'autant plus qu'il s'inscrit dans un paradigme universaliste fantasmé.


Solidarité et discipline

Solidarité et discipline sont les piliers des peuples qui veulent se protéger des agressions extérieures diverses frappant leur territoire, et ces deux qualités sont absolument incompatibles avec l'individualisme qui au contraire amplifie les dégâts provoquées par les catastrophes naturelles, les guerres, les crises sanitaires etc...

Certes je peux comprendre aisément que les ordres donnés par le gouvernement Macron soit instinctivement remis en cause par des français exaspéré par son arrogance et son inaptitude liberticides, mais il y a aussi cet individualisme occidental hérité qui renforce ce comportement rétif instinctif vis à vis d'une autorité dont le laxisme et l'irresponsabilité ne font que l'exacerber.

Aujourd'hui la Chine qui a maîtrisé l'épidémie, sans toutefois la vaincre totalement le virus, vient en aide des pays européens touchés de plein fouet par ce Covid19. Un bel exemple de solidarité internationale de la part d'un pays durement touché par la crise et que continue de stigmatiser aux USA un Trump débordé par le problème...

La Chine, comme beaucoup de pays asiatiques a su conserver en général des traditions et une fierté collective qui provoquent des comportements de solidarité désintéressée dont les exemples quotidiens foisonnent. Par ailleurs l'Histoire politique du pays a cultivé dans les populations chinoises une discipline collective vis à vis d'un pouvoir que l'on peut certes critiquer, mais qui a toujours garanti en retour à tous ses citoyens un cadre minimum de protection sociale et sanitaire, d'éducation, de développement, et de sécurité. 

 Un banal accrochage de la circulation dans une ville chinoise où les
usagers bloquent et sécurisent le carrefour le temps de ramasser et 
remettre les pommes éparpillées à leur propriétaire secouru. 
Imaginons le même incident dans une capitale occidentale ...

Côté occidental, nous observons que l'Europe de l'Ouest (pour le moment) est devenue le principale foyer de la pandémie de "Covid19", et ce malgré des moyens sanitaires parmi les meilleurs au monde, malgré le fait que les gouvernements étaient prévenus depuis plus d'un mois de l'arrivée du Covid19, et surtout malgré un retour d'expérience inestimable d'une République Populaire de Chine dont les méthodes et les sacrifices devraient être pris un peu plus au sérieux par les donneurs de leçons occidentaux. 

Aujourd'hui Pékin, qui continue à lutter contre le virus dépêche des moyens matériels et des spécialistes médicaux vers les pays européens les plus touchés, notamment l'Italie qui aujourd'hui l'a dépassé en termes de mortalité enregistrée.

Un médecin chinois venu apporter son expertise sur le front italien du 
"Covid19" dénonce le manque de discipline et de conscience collectives des 
populations: "Les transports publics fonctionnent encore, je continue de voir 
des gens se rassembler, beaucoup n'ont pas de masque..." 

Les pays qui aujourd'hui, se défendent le mieux contre l'épidémie, sont ceux qui ont conservé un esprit d'entraide de partage et de défense d'un bien commun qui s'appelle la nation. Alors que pendant des années les occidentaux, poursuivant frénétiquement leurs chimères libertaires ont craché sur l'idéologie de systèmes communistes certes critiquables dans ses déclinaisons politiques, on peut cependant observer aujourd'hui les résultats de ces communalismes et collectivismes qui leur ont survécu, même après l'effondrement de l'URSS. Les consciences et pratiques d'un collectivisme patriotique hérité et/ou de traditions identitaires préservées, ont pour conséquence de mieux préparer les peuples à une défense collective, qui reste la seule réaction efficace face à une menace nationale.

Mais la faiblesse de l'Occident face à ce qui n'est qu'une nouvelle épidémie historique ne fait que confirmer que l'idéologie esclavagiste qui l'a créé et système économique dans lequel elle a muté sont bien arrivé en fin de cycle... Aussi plus que jamais, face à ce Covid19 qui n'est qu'un des détonateurs du chaos à venir, les peuples occidentaux doivent changer de paradigme car le libéralisme par sa dictature de la marchandise les entraînant dans un individualisme consumériste suicidaire ne provoquera pas seulement un effondrement économique du système mais aussi une extinction civilisationnelle tant que l'Europe ne se débarrassera pas de son exuvie occidentale. 



Pour finir avec cet ouest européen qui reste dans mon cœur même après mon passage à l'Est, je tiens à saluer le courage et l'abnégation des personnels de santé qui en Italie, Espagne, Allemagne ou Bretagne font face à cette 2erme explosion mondiale du Covid19 et dans un contexte politique et logistique et un comportement citoyen visiblement  beaucoup moins favorables que ceux dans lesquels leurs collègues chinois ont pu encaisser et repousser le 1er choc viral. 
Ces femmes et ces hommes sont les contre-contre-exemples et exceptions confirmant cette présente réflexion. Ils sont l'incarnation d'un service à la personne dont le courage devient aujourd'hui héroïsme et sacrifice. Ces femmes et ces hommes en.blouse blanche sont bien plus que des soignants qui sauvent des vies humaines, ils sont les soldats qui défendent les valeurs de solidarité et de combat qui ont fondé notre dignité humaine.

Dans le Donbass, les citoyens de la République Populaire de Donetsk que je connais n'ont pas attendu l'arrivée du Covid19 pour anticiper et commencer à faire des réserves alimentaires petit à petit pour ne pas provoquer de pénurie alimentaire, pour eux mais aussi pour les personnes âgées isolées de leur quartier, conscients tout simplement de n'être pas seuls mais au contraire solidaires des autres citoyens de leur pays.

Et lorsque les autorités de la République Populaire de Donetsk ont amorcé les mesures contraignantes pour se préparer au choc viral, non seulement ici personne ne les a jugé "liberticides" mais les a au contraire mis immédiatement en application non pas dans un réflexe bête et craintif, mais dans une discipline volontaire basée sur une confiance mutuelle et un sens commun partagé. 

Mais pour cela il faut aussi un pouvoir responsable, fort et exemplaire, autant que des citoyens cultivés et patriotes mais aussi avec attention solidaire internationale sincère et non simulée,  autant de qualités qui côté occidental sont loin d'être à la mode.... mais ceci est un autre débat.

Erwan Castel

Hôpital de Gorlovka, au Nord de la République Populaire de Donetsk, à l'heure du Covid19

jeudi 13 février 2020

Un mondialisme infecté par le Covid19



Le virus COVID19 poursuit exponentiellement son expansion malgré les efforts surhumains des autorités chinoises et le sacrifice de nombreux personnels médicaux :

Pour la seule journée du 12 février, 242 morts et 14280 nouveaux cas ont été signalés. 

Soit au total : 
  • 60 016 cas dans le monde 
  • 16 067 cas suspects 
  • 1355 décès 
  • 8070 dans un état grave/critique 
  • 5611 sortis d’hôpital
  • Majorité des cas en Chine 
  • 25 pays signalent des cas

Cette épidémie majeure qui n'est que dans sa phase initiale va certainement remuer beaucoup de choses et si elle continue dans le temps il risque s'y avoir un "avant" et un "après" Covid19, tant sur le plan humain que systématique.

Primo, le Covid19 est en train de sortir l'Homme post moderne de la coquille égoïste de son individualisme, ce grand paradoxe d'un temps où la mondialisation des échanges et communications a rétréci la planète a chacun de nos horizons. Bien sûr il reste des imbéciles qui pérorent qu'ils ne sont pas concernés tant que le virus n'arrive pas dans leur petit univers égoïste, ou des crétins peureux qui accusent la Chine dans une sinophobie hystérique.
Et je ne parlerai pas, pour rester poli, de ceux qui se réjouissent de cette crise sanitaire car elle diminue le prix des carburants ou de la population chinoise. Le Covid19 dans les réactions qu'il provoque achève de révéler l'infini  désespérant de la connerie humaine.

Secundo, ce virus montre la fragilité du système mondialiste et de sa perpétuelle recherche de profit illimité. Avant même que le virus n'impacte les autres pays, l'économie mondialiste commence à vaciller et certains spécialistes évoquent déjà une chute prochaine du PIB mondial de 5 à 6 % minimum. Par exemple le géant de l'automobile Hyundai (4ème producteur mondial) vient de mettre à l'arrêt sa production par pénurie de câbles fabriqués en Chine.

Mais le mondialisme peut aussi parier sur la détresse des pays sous-développés ou émergents qui, ne pouvant lutter avec la même efficacité contre le virus vont devoir augmenter leur dépendance vis à vis des pays industrialisés qui vont y déployer des aides humanitaires intéressées. Mais pour le moment tous les pays sont vulnérables et dans l'inconnu ayant aux moyens efficaces d'endiguer l'épidémie, à l'exemple du Japon qui peine à dépister les 3000 et quelques passagers d'un navire de croisière infecté.

Il serait temps d'en finir avec ce système inhumain d'un mondialisme amoral développant un individualisme consumériste égoïste, et revenir à des localismes forts à partir desquels peut rayonner une solidarité universelle et une empathie humaine responsables.

En attendant il ne faut pas oublier que cette épidémie et presque pandémie, avant toute considération économique mondialiste, est d'abord un drame humain majeur qui doit mobiliser notre fraternité et solidarité vis à vis du peuple chinois qui est aujourd'hui en première ligne pour combattre ce virus qui nous menace tous.

Erwan Castel

lundi 3 février 2020

Un miroir nommé Coronavirus



Depuis 2 semaines le virus Coronavirus est au premier plan de l'actualité internationale...

Face à ce drame qui frappe la Chine, j'observe nombres de réactions hallucinantes mais qui révèlent bien le niveau de décadence, pour ne pas dire de dégénérescence des mentalités occidentales dominées par un individualisme lâche ou un regard cupide.

Il y a tout d'abord les ignares qui ne se sentent pas concernés par cette crise sanitaire chinoise oubliant combien notre Monde moderne s'est rétréci et perméabilisé avec les échanges internationaux et leurs moyens de déplacement rapides.

Il y a ensuite les salopards qui accusent la Chine d'être responsable de la propagation de cette épidémie et veulent étendre la quarantaine sanitaire à un isolement politique pour la plus grande satisfaction de la ploutocratie mondialiste à laquelle elle s'oppose.

Il y a aussi les égoïstes dont l'horizon s'arrête aux bords de leurs nombrils et qui ne pensent qu'à leur propre sécurité sanitaire ou confort économique, cédant à une paranoïa individualiste stupide et agressive.

Il y a encore les propagandistes de guerre occidentaux qui, en alimentant un catastrophisme ambiant, inoculent la peur et détournent ainsi l'opinion publique du vrai chaos dont ils sont responsables.

Et il y a les complotistes également qui, pour faire un buzz prématuré, dénoncent une "bio attaque" contre la Chine, rejoignant ceux qui ne voient que les conséquences économiques d'une crise qui est avant tout un drame humain majeur.

Etc...

Loin de ces délires individualistes et mondialistes, la Chine fait face et seule à un défi sanitaire historique, déployant des moyens d'urgence massifs face à une menace majeure et volatile qui ne laisse pas beaucoup d'autres choix que de prendre des mesures draconiennes et sacrificielles que tous devrions saluer et soutenir au maximum.

Or il n'en est rien: à part quelques mentalités conscientes du chaos moral mortel qui débilise les occidentaux, cette crise sanitaire majeure dont je souhaite une fin rapide révèle l'abjection profonde de cet Occident pourri qui montre une fois de plus l'hypocrisie de ses valeurs chrétiennes fraternelles et compassionnelles universalistes tout comme le cynisme d'un cosmopolitisme des Lumières avec lesquels il prétend depuis 2000 ans éclairer le Monde.

Erwan Castel

jeudi 4 décembre 2014

"Contre l'Europe, Poutine a choisi la Chine"

ENTRETIEN AVEC VLADIMIR FEDOROVSKI

Par Alexandre Devecchio Publié le 02/12/2014 

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Le président russe vient d'annoncer la suspension du projet russo-italien de gazoduc South Stream. Vladimir Fédorovski y voit un virage géopolitique majeur.



Vladimir Fédorovski est un écrivain russe d'origine ukrainienne, actuellement le plus édité en France. Diplomate, il a joué un rôle actif dans la chute du communisme, il fut promoteur de la perestroika puis porte-parole d'un des premiers partis démocratiques russes. Il a écrit de nombreux ouvrages sur la Russie mythique, et dernièrement un essai sur Poutine intitulé Poutine, l'itinéraire secret, (Editions du Rocher, 2014). Son dernier livre «la Magie de Moscou» vient de paraître aux éditions du Rocher.


FigaroVox: Le président russe Vladimir Poutine a annoncé lundi lors d'une visite en Turquie la suspension du projet russo-italien de gazoduc South Stream, victime des sanctions imposées par Bruxelles à Moscou dans le cadre de la crise ukrainienne. Que vous inspire cette décision? Que révèle-t-elle de la stratégie de Vladimir Poutine?

Vladimir Fédorovski: Cette décision révèle que Vladimir Poutine est en train de procéder à un changement géostratégique assez significatif. La rupture de la Russie avec l'Occident aujourd'hui est comparable avec ce qui s'est passé dans un autre sens il y a plus de 300 ans sous Pierre le Grand. A l'époque, le tsar avait fait de la Russie une puissance européenne. Désormais, Vladimir Poutine est en train d'en faire une puissance asiatique. Il se rapproche notamment de la Chine, avec laquelle il est en train de nouer une vraie alliance militaire, mais aussi de la Turquie. Le président russe a d'ailleurs annoncé que Gazprom allait augmenter de 3 milliards de m3 ses livraisons à la Turquie «afin de satisfaire ses besoins» et lui consentir un rabais de 6% sur ses prix à compter du 1er janvier prochain. Il a même menacé les approvisionnements de l'Europe, suggérant qu'une partie de la production russe pourrait être détournée vers l'Asie.

Cette rupture géopolitique est aussi le résultat d'un bouleversement politique intérieur. Le but des sanctions économiques américaines était d'influencer l'échiquier politique intérieur. Celles-ci devaient précipiter la chute du rouble et des capitaux et par ricochet la chute de la croissance et l'impopularité de Vladimir Poutine. En réalité, rien ne se déroule comme prévu: la multiplication des sanctions a finalement provoqué la naissance d'une aile nationaliste beaucoup plus radicale que Poutine. Celle-ci exerce une forte pression sur le gouvernement et a entrainé la marginalisation de l'opposition libérale et pro-occidentale. Poutine est donc contraint à une forme de surenchère, ce qui explique le durcissement de son discours.

Les phrases du général de Gaulle sur l'Europe de l'Atlantique à l'Oural ne reflétaient pas seulement une vision gaullienne, mais aussi une réelle affinité entre deux civilisations. La médiocrité politique et diplomatique ambiante sape quelque chose de sacré qui appartient à l'histoire.

Pour l'Europe et pour la Russie, quelles peuvent être les conséquences de ce virage stratégique? Qui peut en sortir vainqueur?

Ce virage représente un danger majeur aussi bien pour la Russie que pour l'Europe et ne sera finalement profitable à personne. Les conséquences économiques sont désastreuses pour l'Europe. Je rentre d'Allemagne où les milieux d'affaires sont affolés. 40 % du gaz allemand venant de la Russie, ces derniers craignent un effet domino: augmentation des tarifs de l'énergie en Allemagne, puis décrochage de la croissance allemande et enfin décrochage de l'Europe toute entière. En réalité, les intérêts vitaux de l'Allemagne sont en jeu et par ricochet les intérêts vitaux de la France. La diplomatie européenne, qui est traditionnellement plus nuancée que la diplomatie américaine, doit donc agir d'urgence. Malheureusement, le suivisme d'Angela Merkel prive pour l'instant l'Europe d'un levier d'action important. Cette absence de l'Europe est très inquiétante.

Les phrases du général de Gaulle sur l'Europe de l'Atlantique à l'Oural ne reflétaient pas seulement une vision gaullienne, mais aussi une réelle affinité entre deux civilisations. Affinité née sous Pierre le Grand au XVIIIe siècle puis approfondie par Catherine II et portée au pinacle par la littérature de Tolstoï à Balzac en passant par Dostoïevski. La médiocrité politique et diplomatique ambiante sape quelque chose de sacré qui appartient à l'histoire. Pour moi, c'est une tragédie.

Moscou accuse l'OTAN de vouloir «déstabiliser l'Europe du Nord» avec son regain d'activité dans les Etats baltes tandis que les Occidentaux accusent Moscou d'avoir envoyé des soldats russes combattre aux côtés des séparatistes prorusses. Qui dit vrai?

Des deux côtés, l'esprit de confrontation prime. Dans cette affaire, nous revenons au climat de la guerre froide, si ce n'est à la guerre froide tout court. On assiste à une escalade verbale qui pourrait déboucher sur une escalade militaire. Heureusement, comme à l'époque de la guerre froide, les armes atomiques empêchent la confrontation directe.

Le gouvernement ukrainien et les séparatistes prorusses sont parvenus à conclure plusieurs cessez-le-feu dans l'est ukrainien. L'un de ces accords, conclu mardi 2 décembre, concerne l'aéroport de Donetsk. N'est-ce pas un signe d'apaisement?

Il s'agit d'un vrai faux cessez-le-feu. Le véritable problème de l'Ukraine vient de sa situation dramatique sur le plan économique. Elle a besoin de 35 milliards immédiatement. Et si on souhaite mettre ce pays aux standards moyens des pays de l'Est, cela représentera au moins deux fois le coût de la réunification allemande soit 300 milliards d'euros. Etant donnée la crise économique que traverse actuellement l'Europe, ce problème ne pourra être résolu sans l'aide de la Russie. C'est pourquoi, l'Europe doit oublier les sanctions contre la Russie et revenir à la table des négociations.

Sources de l'article 
- Site "FIGARO.FR", le lien : ICI

Les autres analyses de Vladimir Fédorovski publiées sur ce blog, le lien : ICI