Affichage des articles dont le libellé est Economie russe. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Economie russe. Afficher tous les articles

mardi 24 avril 2018

Les représailles continuent


En préambule deux petites remarques personnelles :
  • L'appellation de "sanctions" qui a été choisi par les pays qui ont lancé depuis 2014 cette offensive continuelle sur l'économie russe est complètement fausse mais choisie sciemment car elle sous entend être une réaction à une infraction un règlement ou une loi en vigueur (on parle de sanctions disciplinaires, sportives etc.). Or ces mesures anti-russes, qui ne sont que vengeance suite aux objectifs majeurs manqués par le coup d'Etat du Maïdan (Crimée et Donbass), en étant contraire au Droit international et au Droit du commerce devraient plutôt s'appeler "représailles".  
  • Je ne suis pas aussi optimiste et fanfaron que nombre de propagandistes qui disent que les "sanctions" égratignent à peine l'économie russe. Certes les parades organisées par Moscou les ressources immense de la Fédération et la solidarité des peuples de Russie ont permis d'atténuer les destructions de cette guerre économique lancée contre le pays, mais je pense que les blessures sont bien là, sinon pourquoi continuer à supporter l'effet boomerang inévitable d'un tel terrorisme économique ? Reste à savoir combien de temps la Russie va t-elle pouvoir encore encaisser les chocs ?

Lors du dernier sommet du G7 où l'Ukraine était invitée, Moscou a été à nouveau accusé de "déstabiliser la situation dans le monde", par les pays occidentaux qui, n'étant pas à une incohérence près ont aussi exprimé leur volonté de continuer à coopérer avec la Russie.

"Compte tenu de la responsabilité de la Russie dans le conflit, nous exhortons la Russie à stabiliser sans délai la situation sécuritaire au Donbass. Nous rappelons que la durée des sanctions économiques liées au Donbass est clairement liée à la mise en œuvre complète et irréversible des accords de Minsk par la Russie. Ces sanctions ne seront annulées que si la Russie remplit réellement ses engagements, mais nous sommes également prêts à prendre d'autres mesures restrictives si les actions de la Russie l'exigent ".

En présence de leur marionnette ukrainienne, les membres du G7 ont psalmodié leur "soutien indéfectible à la souveraineté de l'Ukraine" Donbass mais également Crimée dont  le retour en Ukraine est la condition sine qua non à l'arrêt des représailles économiques.

Les leitmotivs habituels des occidentaux qui ne sont que prétextes pour continuer l'étranglement économique de leur principal empêcheur de penser en rond ont cette fois été teinté d'une agressivité russophobe encore plus virulente accusant Moscou d'une "dégradation de la situation des droits de l'homme dans la péninsule et les violations et les abus commis contre sa population par la Russie en Crimée."

Concernant le Donbass, alors qu'ils n'ont pas levé le petit doigt lorsque Kiev a pondu sa "loi pour la réintégration du Donbass" qui signe l'arrêt de mort des accords de paix signés à Minsk, les pays du G7 ont renouvelé leur soutien dans ce processus, "seule solution durable au conflit" et le travail de l'OSCE sur le terrain.

Dans une inversion accusatoire hallucinante, les pays occidentaux du G7 qui depuis des décennies  renversent à force révolutions, coups d'Etats et guerres les pays non alignés, ont "appelé  la Russie à cesser son comportement irresponsable et déstabilisateur, y compris l'ingérence dans les systèmes démocratiques des pays" et "de respecter ses obligations internationales, ainsi que ses responsabilités en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU)"...

Fallait oser mais les cons, c'est vrai que ça ose tout ! 

Erwan Castel

Article référence : Tass


mercredi 31 décembre 2014

WW3 is coming

Qu’a dit Poutine ? 
La Russie gagnera-t-elle la Troisième Guerre Mondiale 
avant 2017 ?

25 décembre 2014

Source de l’article original en anglais, sur le site "BEFORE IT'S NEWS", le lien : ICI


La guerre est déclarée. Et c’est probablement une grosse. Et elle est là en ce moment même, mais elle avance plus lentement que les gens s’imaginaient. Et elle aura un gros impact sur les deux prochaines années, quand des événements mystérieux se produiront qui défieront toutes attentes et prévisions.

Et, si Poutine a raison, cette guerre se terminera à la fin de l’année 2016.

Donc il est important que vous lisiez ceci avec prudence et interprétiez tous les rapports, données, et événements présents à la lumière ce que je suis sur le point de vous dire.

L’arrière-plan

Tel que je l’ai rapporté hier (important à lire: ici), l’économie actuelle et la crise du rouble en Russie ne représentent pas une crise économique typique. C’est à dire, ce n’est pas juste un phénomène du cycle des affaires. Et ce n’est pas quelque chose qui se produit parce que la demande pour le pétrole est forte et que son approvisionnement est à la baisse.

C’est une double attaque de la part des USA – et c’en est une désespérée.

Les USA se trouvent dans une situation très difficile. A présent, après plusieurs années de politique expansionniste (inflationniste) de la part de la Fed, l’économie américaine se trouve dans une bulle qui est sur le point d’éclater. Afin de soutenir le dollar tout en imprimant simultanément des milliards, les États-Unis ont décidé d’utiliser leur armée pour forcer les nations à vendre leurs ressources naturelles pour quelques dollars. Cela augmente la demande du dollar (parce que les nations ont besoin du dollar pour leurs ressources naturelles) et empêche sa dévaluation rapide. L’Irak, la Libye, la Syrie et l’Iran ont été les cibles militaires et économiques les plus notables.

Mais récemment, la Russie, la Chine, et la Corée du Nord ont aussi joué un rôle pour enrayer la demande en dollars. Il a été largement rapporté que la Russie et la Chine s’éloignent du dollar en tant que monnaie de réserve, et que les deux nations ont conclu des accords pour revendre leurs ressources naturelles avec les devises des uns et des autres. Et les États-Unis ont attaqué un pétrolier nord coréen début 2014, quand ils ont osé acheter « de manière illicite » du pétrole aux rebelles libyens. (Ils ne payaient pas avec des dollars. Comment ont-ils osé?)

Donc les USA ont provoqué la Russie à répétition et essayé de donner des coups à Poutine jusqu’à ce qu’il fasse quelque chose de stupide, permettre à l’occident d’attaquer au nom de la « défense de l’Europe contre le prochain Hitler ». Bien sur, presque toutes les actualités en rapport avec Poutine, la Russie, et l’Ukraine sont là pour provoquer Poutine. Et plein de gens sont conscients du fait que cela mènera à une nouvelle guerre en Europe – la Troisième Guerre Mondiale. Comme l’a dit le conseiller économique de Poutine :

Même le pape sans Dieu sait que nous sommes au bord d’une Troisième Guerre Mondiale

Ceci dit, la crise économique des USA et son effondrement imminent les mettent dans une position faible. Et la Russie est une menace majeure, donnant à la fois son soutien à la Syrie et l’Iran, tout en commençant à se débarrasser du dollar lui-même.

Donc les USA veulent que Poutine quitte ses fonctions (en le mettant dehors ou en le tuant) ou bien ils veulent qu’il soit un bouc émissaire pour la phase chaude de la guerre. Et c’est là que la double attaque économique arrive. Dans le but de provoquer un mouvement stupide de la part de Poutine, les USA ont fait les choses suivantes:

Première attaque: Obama a commencé à imposer des sanctions contre la Russie en début 2014, et il a progressivement augmenté la sévérité de ces sanctions – imposant encore plus de choses la semaine dernière, alors que la Russie est en plein coeur d’une crise de sa devise. Imposer des sanctions était plus une nuisance qu’autre chose, et Poutine n’a pas été ébranlé. Donc il y a eu une escalade des tensions à cause des USA dans la deuxième moitié 2014.

Deuxième attaque: Obama a fait un accord avec l’Arabie Saoudite. Vous pouvez lire les détails ici, où je parle d’un rapport du Wall Street Journal et d’autres sources. Les États-Unis se sont mis d’accord pour attaquer la Syrie au nom du roi d’Arabie Saoudite. Cela seul est une provocation contre la Russie parce que la Syrie est un allié russe. Impressionnant, Poutine n’est pas tombé dans le panneau. Mais l’autre partie de l’accord était que l’Arabie Saoudite réduise considérablement les prix du pétrole afin de mettre une pression démentielle sur l’économie russe, soit pour provoquer Poutine à prendre des mesures militaires ou pour que le peuple russe exige son éviction.

Sans surprise, la Russie a géré cette tempête plutôt bien. Pourquoi ce n’est pas une surprise?

L’économie russe est plus forte que l’économie des USA, et Poutine le sait.

En fait, il apparaît que la stratégie de guerre de Poutine contre les USA est d’attendre l’effondrement inévitable des Etats-Unis. Son discours de la semaine dernière en disait long. Voici les quelques faits saillants les plus importants (du Guardian):

C’est très important. Poutine reconnait que cela est causé par une guérilla économique, mais il n’est pas trop inquiété par elle. Il parait même confiant qu’elle cessera avant 2017. Pourquoi cela?

Car Poutine sait que les Etats-Unis ne peuvent pas continuer ainsi indéfiniment. Les prix réduits du pétrole vont blesser l’Amérique bien plus que la Russie. Et il s’adonne à combattre cette guerre économique en se rattachant à ses armes les plus puissantes – à savoir, en continuant de faire chuter le dollar.

Donc, il semble, que Poutine ait épousé l’avis du législateur Mikhail Degtyarev, qui a tenté de faire passer une loi protégeant les Russes du dollar américain en 2013.

« Si la dette nationale des USA continue de accroître à son rythme présent, le système du dollar s’effondrera en 2017, » stipule la législation de Degtyarev.

Si Poutine est d’accord avec cela, ou pense même que l’effondrement se produira un peu plus tôt, il est facile de voir pourquoi il est à l’aise et attend patiemment le dénouement de cette crise économique depuis quelques années.

Après tout, ce sera bien, bien pire pour ses ennemis en occident.

A quoi devons-nous nous attendre en 2015 et 2016

Donc, essayons d’être plus précis pour 2015 et 2016.

Voici une liste de six choses à observer.

Premièrement, Préparez-vous à l’imprévisible. La guerre est un animal imprévisible. Et la guérilla économique en fait partie. Si les USA ont l’intention de couler la Russie, il n’y a aucun doute la dessus, la Russie contre attaquera. Donc, si le rouble a été attaqué par les USA, le dollar sera attaqué par la Russie.

Deuxièmement, l’attaque économique des USA contre la Russie n’est pas une tentative de gagner une guerre économique contre elle. Toutes les indications montrent qu’ils ne peuvent plus s’en tirer. Leur objectif a été de provoquer la Russie à faire quelque chose de stupide, ou de pousser le peuple russe à se rebeller contre Poutine. Cela veut dire que les USA ne peuvent pas conserver les prix du pétrole à un niveau très bas indéfiniment. Plutôt, ils peuvent faire d’autres choses pour aggraver les problèmes économiques russes, peut être même provoquer des manifestations anti-Poutine. Ces efforts échoueront probablement.

Troisièmement, je m’attends à ce que les USA continuent à provoquer la Russie en Ukraine, en soutenant le pire et les pires atrocités contre les « rebelles pro-russes »

Quatrièmement, la Russie continuera à renforcer ses alliances avec la Chine et la Corée du Nord, tout comme les USA essayent de s’accaparer Cuba et d’empêcher l’île d’être un allié proche de la Russie. Les deux côtés continueront de développer des alliances dans la phase chaude de la guerre.

Cinquièmement, la guerre commencera à être visible à un moment – probablement en 2016. Soit la Russie et ses alliés feront le premier pas quand il sera évident que la guerre est inévitable, ou les USA utiliseront des attaques sous fausse bannière. Si la propagande est une indication, ce seront peut-être des cyber-attaques terroristes contre des banques et centrales nucléaires, ou des attaques chimiques ou biologiques contre la mère patrie. Mais personne n’en est absolument certain. Quiconque prétend savoir exactement ce qu’il va se passer, ou quand ça va se passer, ne mérite certainement pas d’avoir une audience.

Finalement, le dollar va probablement expérimenter une inflation significative à un moment ou un autre – peut-être même une hyperinflation catastrophique. Ce ne sera pas joli. Mais il semblerait que Poutine mise là dessus, et il a l’air plutôt confiant.

Source: All Nose via Before It’s News, le 25 Décembre 2014
Traduction française : Philippe Hua, le lien : ICI 

Source de l'article
- Site "RÉSEAU INTERNATIONAL", le lien : ICI 

vendredi 26 décembre 2014

Analyse d'un joueur d'échecs

Ce que Poutine ne nous dit pas 
Par Pepe Escobar

Publié le 18 décembre sur le site "RT", le lien : ICI

Lors de sa conférence de presse annuelle et du marathon de questions et réponses qui a suivi, même aux prises avec ce qui, à tous égards, constitue une tempête parfaite, le président Poutine a affiché un comportement extrêmement mesuré.

Cette tempête parfaite évolue sur deux fronts : une guerre économique ouverte (comme un siège mené à coup de sanctions) ainsi qu’une attaque concertée et secrète menée dans l’ombre, au cœur même de l’économie russe. Pour Washington, l’objectif ultime est clair : appauvrir et dégriffer l’adversaire, pour le forcer à s’incliner docilement devant les lubies de l’Empire du chaos [1]. Et s’en vanter à tout bout de champ jusqu’à la victoire [2].

Le problème, c’est qu’il se trouve que Moscou a impeccablement percé le jeu, et ce, même avant que Poutine, lors de la réunion du club Valdaï d’octobre dernier, ne décrive avec perspicacité la doctrine Obama, en disant que nos partenaires occidentaux sont des adeptes de la théorie du chaos contrôlé.

Poutine a donc parfaitement compris en quoi consistait l’attaque monstre de cette semaine, de type chaos contrôlé. L’Empire dispose d’un pouvoir monétaire massif, d’une influence énorme sur le Produit intérieur brut mondial de 85 000 milliards de dollars et du pouvoir bancaire qui sous‑tend tout ça. Rien de plus facile donc que de faire jouer ce pouvoir, par l’entremise des systèmes bancaires privés, qui contrôlent en réalité les banques centrales, pour lancer une attaque sur le rouble. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’Empire du chaos rêve de faire chuter le rouble d’environ 99 % (anéantissant du même coup l’économie russe). N’est‑ce pas là la meilleure façon d’imposer à la Russie la discipline impériale ?


Image : Obama arrivant avec un jeu de dames (checkers) de politique étrangère sous le bras 
à une table où Poutine est devant un jeu d’échecs


L’option nucléaire

La Russie vend son pétrole à l’Occident en dollars US. Lukoil, par exemple, possède un dépôt en dollars US dans une banque américaine pour ses ventes de pétrole. Pour verser des salaires en roubles en Russie, Lukoil devra vendre ses dépôts en dollars US pour acheter en Russie un dépôt en roubles pour son compte bancaire, ce qui aura pour effet de soutenir la valeur du rouble. La question n’est pas de savoir s’ils accumulent des fonds à l’étranger, cela est une donnée.  La seule question est de savoir s’ils ne les font plus revenir en Russie. La réponse est non. Et il en va de même pour d’autres entreprises russes.

La Russie n’est pas en train de perdre ses économies, comme en jubilent les grands médias occidentaux. Elle peut toujours exiger des compagnies étrangères de se délocaliser en Russie. Apple pourrait par exemple y ouvrir une usine de fabrication. Les récents accords commerciaux sino‑russes incluent, entre autres, la construction d’usines en Russie par les Chinois. Vu la dépréciation du rouble, la Russie est en mesure d’exiger des entreprises manufacturières établies dans l’Union européenne de se délocaliser sur son territoire, sous peine de perdre leur accès au marché. Poutine a, en quelque sorte, admis que la Russie avait trop tardé à imposer une telle demande. La chose (positive en soi) est désormais inévitable.

Puis il y a aussi l’option nucléaire (option que Poutine n’a même pas eu à mentionner). Si la Russie devait décider d’imposer un contrôle des mouvements de capitaux ou un congé de remboursement de larges tranches de sa dette venant à échéance au début de 2015, cela équivaudrait au pilonnage du système financier européen (dans le style choc et stupeur). Après tout, une bonne partie du financement des banques et des grandes entreprises russes a été approuvée en Europe.

Pour ce qui est de la Russie elle‑même, l’exposition au risque n’est pas l’enjeu. Ce qui importe, ce sont les liens avec les banques européennes. Un banquier d’affaires me citait l’exemple de Lehman Brothers, qui a provoqué tout autant l’effondrement de l’économie européenne, que celui de la ville de New York (par le jeu des liens d’interconnexion). Et ça, même si Lehman était basée à New York. Ce qui compte, c’est l’effet domino.

Si la Russie devait déployer cette option financière nucléaire, le système financier occidental ne serait pas en mesure d’absorber le choc causé par l’interruption du service de la dette. Et cela prouverait (une fois pour toutes) que les spéculateurs de Wall Street ont érigé un château de cartes tellement fragile et corrompu, que la première vraie tempête aura suffi à le réduire en poussière.

Un seul coup suffirait

Et si la Russie cessait d’assurer le service de sa dette, créant du coup une sainte pagaille, compte tenu de ce que ça représente 600 milliards de dollars ? Ce scénario transparaît dans le fait que les Maîtres de l’univers demandent à Janet Yellen et à Mario Draghi de créer des crédits dans les systèmes bancaires, pour prévenir les dommages indus (comme ceux subis en 2008).

Mais imaginons qu’ensuite la Russie décide de couper l’acheminement du gaz et du pétrole vers l’Ouest (tout en maintenant les pipelines ouverts en direction de l’Est). Les services de renseignements russes pourraient causer des dommages considérables et constants aux postes de pompage, du Maghreb jusqu’au Moyen‑Orient. La Russie pourrait bloquer tout le gaz naturel et le pétrole en provenance des stans d’Asie centrale [3]. Le résultat ? L’effondrement financier le plus gigantesque de toute l’histoire. Et la fin des prétentions à l’exceptionnalisme de l’Empire du chaos.

Il s’agit bien sûr d’un scénario apocalyptique. Mais il ne faut pas provoquer l’Ours, car, ce scénario, il pourrait le réaliser en un éclair.

Lors de sa conférence de presse, Poutine [4] a affiché une attitude vraiment sereine, calme, contenue (et une ardeur à plonger dans les détails), car il sait que Moscou a les moyens d’une autarcie complète. Il va de soi qu’il s’agit d’une guerre asymétrique contre un empire dangereux qui s’écroule. Qu’en pensent les nains intellectuels qui fourmillent au sein de l’administration du canard boiteux Obama ? Qu’ils pourront vendre à l’opinion publique américaine (et mondiale) l’idée selon laquelle Washington (en fait, leurs caniches européens) affrontera une guerre nucléaire sur le théâtre européen au nom de l’État ukrainien en déroute ?

C’est une partie d’échecs. Le raid sur le rouble était censé faire échec et mat. Ça n’a pas marché. Pas quand le coup est porté par de simples amateurs de scrabble. Et n’oubliez pas le partenariat stratégique sino‑russe. La tempête est peut‑être en train de s’apaiser, mais la partie, elle, se poursuit.

Pepe Escobar

Article original : What Putin is not telling us (rt.com, anglais, 18-12-2014)

Traduit par Jacques pour vineyardsaker.fr

NOTES

[1] Empire of Chaos: The Roving Eye Collection [amazon.fr, Kindle Edition]

[2] White House Brags Sanctions Put Russia On ‘Brink of Collapse’: Crippling Russian Economy Could ‘Force’ Putin to Obey US (antiwar.com, anglais, 16-12-2014)

[3] Les stans sont les pays dont le nom comporte ce suffixe : Afghanistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Pakistan, Tadjikistan, Turkménistan

[4] Putin: Russian economy will inevitably bounce back, 2 years in worst case scenario (rt.com, 18-12-2014)

________


Sources de l'article
- Site "MONDIALISATION.CA", le lien : ICI

Biographie de Pepe Escobar, le lien : ICI

Poutine vend du pétrole contre de l'or

Poutine vend le pétrole russe contre de l'or 
en attendant le krach et la fin du système du pétrodollar


Publié le lundi 22 décembre 2014 sur le site "Chaos contrôlé"

Poutine est souvent comparé à un joueur d’échecs (qui jouerait contre des joueurs de bilboquet). Mais quelle est la stratégie, au juste ? D’après un article paru sur InvestCafe.ru, la réponse est surprenante : Poutine vend le pétrole russe contre de l’or en attendant la chute du pétrodollar. Voici la traduction française condensée de la traduction anglaise de Gold-Eagle.com de l’article original en russe :

« Très peu de gens comprennent ce que fait Poutine en ce moment. Et ceux qui comprennent ce qu’il va faire à l’avenir sont encore moins nombreux. Aussi bizarre que cela puisse paraître, Poutine vend actuellement le gaz et le pétrole russe contre de l’or.

Évidemment, il ne le crie pas sur tous les toits. Et, bien sûr, il accepte toujours le dollar comme moyen de payement… intermédiaire. Intermédiaire car dès qu’il reçoit ces dollars, il les échange contre de l’or physique.

Pour comprendre ceci, il suffit de regarder la dynamique de la croissance des réserves d’or de la Russie et de comparer ces données avec le produit des ventes à l’étranger du pétrole et du gaz russe sur la même période.

De plus, durant le 3e trimestre 2014, jamais la Russie n’a acheté autant d’or, soit 55 tonnes, une quantité énorme. C’est plus que les achats officiels de toutes les banques centrales du monde réunies ! Au T3 2014, les banques centrales ont acheté 93 tonnes, dont 55 pour la seule Russie.

Récemment, des scientifiques britanniques sont parvenus à la même conclusion qu’une étude américaine d’il y a quelques années affirmant que l’Europe ne pourrait pas survivre sans l’énergie russe. Autrement dit, que le monde ne peut pas se passer de la production de pétrole et de gaz de la Russie.

Donc, le monde occidental, dont l’hégémonie repose sur le pétrodollar, est dans une situation catastrophique. Poutine vend le pétrole et le gaz russe contre de l’or, avec la subtilité que le système fonctionne même si le paiement ne se fait pas directement en or.

Vu que la Russie reçoit constamment des dollars provenant de la vente de son pétrole et de son gaz, elle peut les convertir en or au cours actuel, soit bien en dessous de sa valeur, manipulée à la baisse par l’Occident. (…)La même chose est valable pour l’uranium : 1/6 de l’électricité américaine dépend de l’uranium russe… vendu en dollars, qui sert à quoi ? Vous avez désormais compris.

En ce moment, l’Occident dépense beaucoup d’efforts et de ressources pour faire baisser le cours du pétrole et de l’or. Donc, d’un côté pour altérer la réalité économique actuelle en faveur du dollar, mais aussi pour détruire l’économie russe qui a refusé le rôle de vassal obéissant que l’Occident voulait lui imposer.

Aujourd’hui, des actifs comme l’or et le pétrole ont été affaiblis proportionnellement, et semblent excessivement sous-évalués par rapport au dollar. Il s’agit des conséquences des efforts économiques de l’Occident. (…)

En résumé (commentaire or-argent.eu) : certes, le cours du pétrole est sous-évalué, mais ce facteur est compensé par le fait que la valeur du dollar est, elle, surévaluée. Avec cet actif surévalué, Poutine achète de l’or, qui lui est… sous-évalué. Si la Russie semble perdre à l’instant présent, elle sera gagnante à moyen terme (fin commentaire).

Cette combinaison économique absolument brillante de Poutine met l’Occident, mené par les États-Unis, dans la position d’un serpent qui se mange agressivement la queue.

Cette idée de piège « en or » n’est pas de Poutine, mais probablement de son conseiller économique, le Dr Sergueï Glaziev. Car celui-ci, qui n’est pas un oligarque, fait partie des individus sanctionnés par Washington. L’idée brillante de Glaziev est exécutée de main de maître par Poutine, mais avec le soutien inconditionnel de son collègue chinois, Xi Jinping.

C’est dans ce contexte qu’il faut prendre les déclarations de la présidente de la banque centrale de Russie, qui a déclaré que sa banque pouvait utiliser ses réserves d’or pour payer ses importations en cas de besoin. Il est clair que dans le cadre des sanctions occidentales, cette déclaration est destinée aux BRICS, et plus particulièrement à la Chine. Pour celle-ci, il est très pratique d’être payée en or par les Russes (de l’or occidental, en fait). Voici pourquoi :

La Chine a récemment annoncé qu’elle cessait d’augmenter ses réserves en devises et en or libellées en dollars. Vu le creusement du déficit commercial entre les États-Unis et la Chine en faveur de cette dernière, cette déclaration financière signifie en français clair : « la Chine arrête de vendre ses produits en dollars ». Les médias du monde ont préféré ignorer l’une des nouvelles les plus importantes de l’histoire monétaire récente. Le problème n’est pas que la Chine refuse catégoriquement le dollar comme moyen de payement ; comme pour la Russie, il s’agit d’un moyen de paiement intermédiaire, dont elle se débarrasse immédiatement. Cette déclaration signifie également que la Chine n’achètera plus de Bons du Trésor américain, dans lesquels elle investissait par le passé ses surplus en dollars.

L’alliance de la Chine et de la Russie sera très fructueuse pour ces 2 pays. La Russie achète des biens à la Chine en payant avec de l’or, tandis que la Chine achète son énergie à la Russie également en métal jaune. Dans ce contexte, il n’y a pas de place pour le dollar. (…)

L’Occident peut faire tout ce qui est en son pouvoir pour augmenter artificiellement le pouvoir d’achat du dollar, faire baisser le pétrole et baisser artificiellement le pouvoir d’achat de l’or, il reste un problème insoluble : le stock d’or physique en possession de l’Occident n’est pas illimité. Donc, plus l’Occident dévalue le pétrole et l’or par rapport au dollar, plus il perd rapidement son or physique.

Au rythme où les choses vont, l’Occident n’aura pas le temps de tenter quoi que ce soit contre Poutine, car le monde occidental du pétrodollar se sera écroulé avant. Aux échecs, on dirait que l’Occident est en zeitnot : il ne lui reste plus que quelques minutes pour jouer un grand nombre de coups.

La situation actuelle est inédite : l’URSS avait rapidement vendu son or durant la chute des cours du pétrole, tandis qu’aujourd’hui, la Russie fait le contraire. De ce fait, la Russie pose une menace très concrète au modèle de domination mondiale du pétrodollar américain.

Pour rappel, son principe est de permettre aux pays occidentaux, menés par les États-Unis, de vivre sur le dos des ressources et du travail des autres grâce à la dominance du dollar sur le système monétaire en le rendant obligatoire pour les échanges internationaux. Les BRICS, avec la Chine et la Russie en tête, sont en train de bouleverser le statut et le rôle du dollar dans le système monétaire international. (…) »

En conclusion : lorsque l’Occident n’aura plus d’or à fournir aux Russes et aux Chinois pour qu’ils recyclent leurs dollars, la partie sera terminée. Quand cela aura-t-il lieu, que se passera-t-il exactement ? Échec et mat pour l’Occident et un séisme monétaro-économique dont les conséquences sont difficilement prévisibles, si ce n’est que nous allons en souffrir.
__________

Sources de l'article
- Site "CHAOS CONTRÔLé",  le lien : ICI

jeudi 25 décembre 2014

Même pas dans tes rêves !

La chute de Poutine n'est qu'un fantasme

Entretien avec Vladimir Fédorovski 

Par Wladimir Garcin - Publié le 18/12/2014 

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Après un début de semaine chaotique, le président russe est intervenu jeudi pour rassurer ses concitoyens, ainsi que les marchés internationaux. Pour Vladimir Fédorovski, ce dernier pourrait encore sortir renforcé de la crise.


Vladimir Fédorovski est un écrivain russe d'origine ukrainienne, actuellement le plus édité en France. Diplomate, il a joué un rôle actif dans la chute du communisme, il fut promoteur de la perestroika puis porte-parole d'un des premiers partis démocratiques russes. Il a écrit de nombreux ouvrages sur la Russie mythique, et dernièrement un essai sur Poutine intitulé Poutine, l'itinéraire secret, (Editions du Rocher, 2014). Son dernier livre «la Magie de Moscou» vient de paraître aux éditions du Rocher.


FigaroVox: Vladimir Poutine s'est exprimé jeudi, après la chute spectaculaire du rouble cette semaine. Que faut-il retenir du discours du président russe?

Vladimir FEDOROVSKI: Le discours du président russe était un véritable numéro d'équilibriste, une psychothérapie collective destinée à la fois au peuple russe, aux milieux financiers internationaux et au marché intérieur. Il a assumé ses erreurs, et a déclaré qu'il se donnait deux ans pour améliorer la situation. Le rouble a d'ailleurs d'ores et déjà commencé à retrouver des couleurs, après l'intervention de la banque centrale, et, surtout, du gouvernement.

Celui-ci peut-il suffire à rassurer les russes et les marchés?

On constate également, dans cette intervention, une nouvelle tonalité, plus modérée, plus conviviale et ouverte au dialogue avec l'Occident.

Chacun a pu être rassuré par son intervention, durant laquelle il multipliait les adresses aux uns et aux autres. A court terme, son numéro d'équilibriste semble porter ses fruits.

Son discours était tout particulièrement adressé à ses concitoyens qui souffrent de la crise. Vladimir Poutine a assumé les défauts de sa politique, et a promis des améliorations dans les deux ans à venir.

On constate également, dans cette intervention, une nouvelle tonalité, plus modérée, plus conviviale et ouverte au dialogue avec l'Occident. Celle-ci était déjà sensible lors de la visite surprise de François Hollande à Moscou. Vladimir Poutine cherche visiblement à calmer le jeu, notamment vis-à-vis de l'Europe, ce qui devrait contribuer à rassurer les marchés internationaux.

Cette chute du rouble révèle-t-elle finalement les fragilités de la Russie et de son dirigeant? Poutine est-il un colosse aux pieds d'argile?

Les analystes occidentaux prennent leurs désirs pour des réalités. En d'autres termes, ils aimeraient que cette crise cause la chute de Poutine ; or, il n'en est rien. Pour l'instant, on ne trouve aucune indication sur une quelconque baisse de popularité du président russe.
La Russie n'a pas suffisamment utilisé l'argent du pétrole ou du gaz pour améliorer son outil de production et mener une politique industrielle intelligente.

Vladimir Poutine, on l'a vu, a cherché à concilier les contraires, à trouver une posture médiane, capable de rassurer tous les bords: dans l'entourage du président, certains souhaitent la rupture avec l'Occident, et pensent que les sanctions européennes sont l'occasion idéale pour une réorientation vers la Chine, l'Asie ; à l'inverse, d'autres souhaitent que la Russie se réconcilie avec l'Union européenne. Poutine doit conjuguer ces aspirations contraires, et, jusqu'ici, y arrive particulièrement bien.

De plus, le président russe reste apprécié par une population, qui, en temps de crise, développe historiquement un réflexe nationaliste. On retrouve ici la mentalité russe de la citadelle assiégée: acculés, les citoyens se sentent victimes d'un complot occidental, et font bloc derrière leur chef. Paradoxalement, la crise actuelle, loin de fragiliser Poutine, le renforce donc.

Alors qu'il semblait en mesure de gagner la guerre diplomatique, Vladimir Poutine est-il en train de perdre la guerre économique?

La notion de guerre économique est loin d'être évidente. D'abord, le président russe a assumé ses erreurs, et a notamment déclaré que la crise actuelle était la conséquence, en grande partie, du retard de l'économie nationale. En d'autres termes, la Russie n'a pas suffisamment utilisé l'argent du pétrole ou du gaz pour améliorer son outil de production et mener une politique industrielle intelligente. Elle n'a pas transformé son économie, et a pris, ce faisant, un retard considérable vis-à-vis des pays de l'ouest. C'est ainsi que certains, dans l'entourage de Poutine, voient les sanctions européennes comme une chance pour la Russie, qui, isolée, sera obligée de réformer son économie pour produire les biens qu'elle avait jusqu'ici l'habitude d'importer.

Quel rôle ont joué les sanctions européennes dans cette crise économique?

Pris dans la tempête, Vladimir Poutine cherche à atterrir en évitant au maximum les turbulences.

Poutine estime que les sanctions ont contribué, à hauteur d'un quart, à la crise actuelle. En réalité, celle-ci est surtout due à la jonction de facteurs dont nous avons parlé, et notamment au retard de l'économie russe dans la mondialisation. Poutine souhaite donc désormais réformer le système de production, grâce à l'argent du pétrole et du gaz: c'est son principal défi pour les années à venir.

On peut toutefois dire que les sanctions ont été contreproductives, sur le plan géopolitique. Elles pourraient pousser la Russie à conclure une alliance avec la Chine militaire. Elles renforcent également les forces anti-occidentales du pays.

Quelle est, selon vous, la part de responsabilité des Etats-Unis dans la chute du rouble?

Chacun sait que les Etats-Unis, l'Arabie Saoudite et l'Europe ont déjà utilisé une tactique similaire pour causer la chute de l'Union soviétique.

Poutine aurait pu, lors de son intervention, accentuer ce point, et jouer sur la fibre patriotique, en blâmant les pays étrangers. Fort heureusement, il a préféré tenir un discours plus mesuré, tout en lançant quelques piques à l'Occident. Son but, désormais, est de recréer un climat d'entente, et non de mettre le feu aux poudres. Pris dans la tempête, il cherche à atterrir en évitant au maximum les turbulences.

Ces difficultés économiques peuvent-elles infléchir la politique de Vladimir Poutine?

Dans son discours, le président russe a mis l'accent sur l'idée de l'autonomie, de l'autosuffisance: il souhaite, implicitement, une Russie indépendante, notamment vis-à-vis de l'Occident. Il préfèrerait mettre en place un nouveau pôle avec la Chine et l'Inde.

Poutine reste un personnage incontournable de la vie politique russe, et sa chute n'est, à mon sens, qu'un fantasme. Les Russes restent soudés, regroupés derrière leur chef, tout particulièrement lors des épreuves difficiles.

La principale question est celle du délai: le président russe pourra-t-il tenir ses engagements? Va-t-il réussir à transformer l'économie nationale? Il a d'ores et déjà demandé aux russes des efforts supplémentaires pour améliorer le pays.

Sa chute, finalement, est-elle aujourd'hui imaginable?

Absolument pas. Poutine reste un personnage incontournable de la vie politique russe, et sa chute n'est, à mon sens, qu'un fantasme.

Les Russes restent soudés, regroupés derrière leur chef, tout particulièrement lors des épreuves difficiles. Ils ont survécu malgré les 25 millions de morts du communisme, et les 26 millions de victimes du nazisme. Ils ont su résister aux 1800% d'inflation de 1992, qui paralysaient le pays. Ils savent endurer la souffrance, et n'ont pas peur des difficultés.

Cette mentalité est parfois difficile à comprendre pour un occidental. Une anecdote est, à mon sens, révélatrice: je regardais, en compagnie d'un ambassadeur américain chevronné, une discours de Barack Obama, dans lequel le président américain se félicitait d'avoir isolé les russes. L'ambassadeur déclara alors qu'il aurait mieux valu isoler Poutine, et qu'Obama était un néophyte. Je lui répondis que le président devrait relire Tolstoï ; et lui me lâcha: «Non: il faut qu'il lise Tolstoï».

Vladimir Fédorovski, 
entretien réalisé par Wladimir Garcin

Sources de l'article
- Site "FIGARO.FR", le lien : ICI

Les autres analyses de Vladimir Fédorovski publiées sur ce blog, le lien : ICI

mardi 16 décembre 2014

Spéculation sur le rouble

Analyse de  Jacques Sapir

Publié sur le site "RUSSEUROPE" le 16 décembre 2014

Le rouble a été durement attaqué hier, lundi, et a connu une nouvelle baisse importante. En réaction, la Banque Centrale de Russie a monté son taux directeur de 10,5% par an à 17%. Cette réaction, dont on peut comprendre la logique, risque d’être insuffisante. Compte tenu de la nature des attaques spéculatives dont le Rouble est l’objet, seul des mesures de contrôle des capitaux sont en mesure de ramener le calme sur le marché des changes.

I. Un mouvement clairement spéculatif

Il est clair désormais que le rouble fait l’objet d’attaques spéculatives. Les causes structurelles de sa baisse sont connues :

(1) Baisse des prix du pétrole.

(2) Endettement des entreprises russes en Dollar et nécessité pour ces entreprises de rembourser pour 120 milliards de Dollars dans le deuxième semestre de 2014.

(3) Raréfaction des dollars sur le marché russe du fait des sanctions financières imposées par les Etats-Unis et appliquées par nombre de banques européennes.

(4) Conjoncturellement, hausse de la demande de dollars pour payer les importations de biens de luxe du fait des fêtes de Noël.

Ces causes sont connues. Mais il est aussi clair que l'on est en présence d'un mouvement spéculatif. Les effets de ce derniers peuvent être lus dans les graphiques suivants.

Graphique 1

Volumes sur le marché des changes – Marché au comptant

Graphique 2

Volumes sur le marché des changes – Marché à terme

Sources : graphiques 1 & 2 – Banque Centrale de Russie et Marché Interbancaire des Changes (MICEX-MMVB)

On sait aussi que les pressions à la baisse devaient se ralentir, voire s’inverser, au début de 2015. Les remboursements des entreprises russes doivent baisser fortement en 2015 et l'on peut penser que le prix du baril de pétrole va remonter à partir de février, en raison de risques que cette baisse fait courir à l'économie américaine. Rien ne peut justifier les mouvements récents, rien sauf le spéculation. L’ampleur des mouvements récents traduit en réalité une spéculation de la part d’acteurs russes mais aussi étranger (des fonds spéculatifs). C’est cette spéculation à la baisse qui a provoqué la chute brutale du Rouble lundi 15 décembre.

Graphique 3

Mouvement des remboursements

Source: Banque Centrale de Russie. Estimation du solde positif de la balance commerciale de la Russie à 10 milliards de dollars par mois.

II. Une réaction logique mais sans doute inefficace.

Dans ce contexte, la décision prise dans la nuit du 15 au 16 par la Banque Centrale de Russie se comprend parfaitement. Pour casser la spéculation elle monte fortement les taux afin de rendre le rouble plus cher. Les agents qui contracteraient des emprunts en roubles pour les transformer en dollars devront payer bien plus cher. Mais, un taux de 17% par an n’est pas dissuasif pour ce genre de spéculation où les positions prises le sont à la journée voire, au plus, à la semaine. La BCR devra alors soit continuer de faire monter ses taux soit noyer le marché par des ventes massives de dollars afin de faire remonter brutalement le Rouble et de prendre les spéculateurs à contre-pied, leur faisant perdre beaucoup d’argent.

C’est donc une stratégie possible, les réserves en devises de la BCR sont largement suffisantes, mais c’est une stratégie couteuse. Les montants que la BCR devra accepter de dépenser pourraient atteindre les 100 milliards de dollars en quelques semaines si elle veut faire du mal aux spéculateurs. Par ailleurs, cette très forte hausse des taux aura des conséquences très négatives pour l’économie, au moment ou de nombreuses entreprises russes cherchent à investir pour développer des productions de substitution aux importations. Dans ces conditions, soit il s’agit d’une politique de court terme, et on verra ce qui se passe sur le marché des changes très vite, soit la BCR devra se résoudre à introduire un contrôle des capitaux comme nous le lui avons conseillé depuis plusieurs mois.

III. Des mesures de contrôles sont plus efficaces.

Il est en effet connu que des mesures de contrôle des capitaux sont des armes efficaces face à un marché qui est l’objet de mouvements spéculatifs. L’ampleur de cette spéculation conduit à des mouvements de capitaux importants, qui sont parfaitement identifiables et qui peuvent être interdits ou qui peuvent donner lieu à des pénalités dissuasives. Par ailleurs, un contrôle des capitaux a pour effet de déconnecter les taux d’intérêts internes et ceux des marchés internationaux. Il devient possible de baisser les taux d’intérêts, ce qui est profitable pour l’industrie et les entrepreneurs.

Des mesures de ce type ont été appliquées avec succès dans plusieurs pays. Elles sont désormais recommandées dans ce type de situation par le FMI et par de nombreux économistes. Mais, il est clair que c'est une décision politique. La BCR avait exclu en octobre le recours à des mesures de ce type. Elle va devoir prouver très rapidement que l’arme des taux peut être efficace. Dans le cas contraire, il faudra qu’elle mette très rapidement (d’ici à la semaine prochaine) en place un mécanisme efficace de contrôle des capitaux.

Jacques Sapir
__________

Sources de l'article 
- Site "RussEurope", le lien : ICI

vendredi 5 décembre 2014

Les russes "encaissent le choc" ..

Comment les Russes réagissent à la chute du rouble


par Alexeï Lossan

4 décembre,2014 , publié sur le site "RUSSIAN BEYOND THE HEADLINES"

La chute du rouble va réduire le pouvoir d'achat de la population, et le nombre de pauvres en Russie atteindra son maximum depuis quatre ans, prévoit le ministère russe du Développement économique. Les sondages d'opinion montrent que les Russes dépensent plus d'argent en nourriture et préfèrent voyager à l'intérieur du pays.

La chute du rouble va réduire le pouvoir d'achat de la population, selon le ministère russe du Développement économique. Ces deux derniers mois, le cours de la monnaie russe a chuté d'environ 50% par rapport au dollar et à l'euro. En conséquence, d'après le ministère, la part des pauvres (sont considérés comme telles les personnes dont les revenus sont inférieurs au seuil de subsistance) va atteindre 11,7% de la population totale, son maximum depuis quatre ans.

« A cause de l'affaiblissement du rouble, beaucoup essaient de se protéger contre la dépréciation de la monnaie en achetant des produits chers à longue durée de vie, surtout s'il n'y a pas d'alternative russe à ces derniers. Dans ce contexte, on constate une hausse active de la demande », remarque Alexeï Kozlov, principal analyste d'UFS IC. Cependant, selon lui, il s'agit d'une tendance de court terme, et la chute du rouble aura toute une série de conséquences, notamment une hausse de la pression inflationniste, une réduction du marché des consommateurs et une augmentation des coûts des crédits, qui provoqueront un ralentissement de la croissance économique. Surtout, comme il ressort des sondages, les Russes dépensent plus d'argent en nourriture et préfèrent voyager à l'intérieur du pays.

Premières conséquences

« Le secteur de la consommation est sous forte pression, le niveau de vie baisse. Les consommateurs réduisent leurs dépenses capitales – appartements, automobiles, ou encore en produits et services qui ne sont pas de première nécessité », explique Maxime Kliaguine, analyste pour Finam Management. Selon lui, pour la première fois depuis la crise de 2008-2009, on enregistrait dès septembre une baisse des salaires réels de 1% sur l'année. Et selon les chiffres du premier semestre publiés par l'Office national des statistiques Rosstat, les ventes au détail en Russie sur un an à prix constant ont diminué de près de moitié : de 3,9% à 2,7%. Si l'on étudie les chiffres sur l'année, on peut prédire que la croissance annuelle sera la plus faible de ces cinq dernières années, affirme Kliaguine.

Dans ce contexte, les retards dans le remboursement des crédits augmentent au sein de la population. D'après les données publiées par la Banque centrale le 3 décembre, au 1er novembre, la part des prêts non-remboursés par des citoyens ou non-résidents après plus de 90 jours est passée à 7,9%. La dernière fois que de tels indices ont été enregistrés remonte au 1er février 2011. Comme le précise le ministère, la croissance des délais de remboursement est due à la détérioration du niveau de vie de la population, notamment à cause des retards de salaires, de la baisse des revenus et des licenciements. De plus, la plupart des crédits ont été souscrits en roubles. Selon les observations de l'agence Fitch, à la fin du mois de septembre 17% des crédits accordés par les banques étaient en roubles, presque tous à des entreprises.

L'inquiétude grandit

En dépit de la dépréciation du rouble et du mécontentement général, la population continue de conserver ses économies en roubles. Une enquête du Centre panrusse de l'opinion publique montre que deux tiers des Russes suivent l'évolution du rouble (65%) et plus de la moitié (53%) se disent préoccupés par l'affaiblissement de la monnaie nationale. Malgré tout, seuls 7% des Russes ont converti leurs roubles ces deux derniers mois. Selon un autre institut statistique, le Centre Levada, 80% des personnes interrogées ont remarqué que les prix augmentaient et que le niveau de vie baissait. Les sondés estiment que ce ralentissement économique est dû à la chute des cours pétroliers (45%), aux sanctions occidentales contre la Russie (33%) et à la réunification de la Crimée (30%). La société Romira remarque de son côté que la part des personnes interrogées qui économisent et se privent de certains produits alimentaires est passée de 8% à 20%. Surtout, un tiers des ménages a dû réaménager son budget pour la nourriture et les biens de première nécessité. D'après les prévisions de VTB Capital, la part des dépenses alimentaires dans le budget des Russes pourrait passer de 31% à 40%.

Cependant, selon le directeur du département analytique de Russ-Invest Dimitri Bedenkov, « la confiance dans la monnaie nationale est un facteur important du processus d'investissement, qui stabilise l'économie et garantit le cycle normal de régénération et de fonctionnement du marché ». Par ailleurs, selon l'Agence fédérale du tourisme, le nombre de voyageurs russes à l'intérieur du pays a déjà augmenté de 30% sur fond de flambée  du dollar et de sanctions.

Alexeï Lossan
__________
Sources de l'article : 
- Site "RUSSIAN BEYOND THE HEADLINES", le lien : ICI

jeudi 4 décembre 2014

Wall Street vient de lancer un boomerang

Le rouble et le krach boursier de l'or 


Attention mes chers amis, nous rentrons dans la dernière ligne droite de la fin de l’année et cela va commencer à secouer fermement. Les raisons sont multiples, mais pour moi la principale c’est la guerre économique menée par l’Occident à l’égard de la Russie de Poutine.

Le rouble, la monnaie russe, a perdue cette semaine 15 %. Depuis le début de l’année, la monnaie russe a perdu près de 40 % de sa valeur. C’est énorme. Déjà en Russie l’inflation augmente très fortement en particulier sur les produits alimentaires.

La Banque centrale russe ne fait rien et ne dit pas grand-chose, ce qui ne veut pas dire que rien ne va se passer… Poutine est en train de préparer le coup de pied de l’âne et il va déstabiliser les marchés, et le point faible c’est le marché de l’or.

La chute du pétrole cache en réalité une terrible bataille géopolitique tellement vaste qu’il est très difficile pour le moment d’en déduire les contours. Néanmoins, la Russie ne va pas rester là à contempler sa ruine.

Poutine pourrait laisser le rouble s’effondrer encore quelques jours, laisser les marchés jouer la vente du rouble à découvert et les laisser s’enférer. Puis, lorsque le rouble arrivera sur une résistance majeure vers le bas… il suffit de déclarer que l’on va rendre le rouble convertible en or… et là, c’est le massacre et une hausse fulgurante prenant tous les opérateurs à revers…

Il va se passer cela ou autre chose, mais il va y avoir une réaction économique russe et elle risque de faire mal à certains.

La question est aussi de savoir si les Chinois pourraient suivre les Russes.

L'article du site "LES ECHOS.fr", le lien ici : Le rouble a vécu sa pire journée depuis 1998

Charles SANNAT
__________

Les sources de l'article 
- Site "LE CONTRARIEN MATIN", le lien : ICI