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jeudi 15 novembre 2018

Retour sur Donetsk

267


Fin de cette 27ème rotation sur le front Nord de Donetsk dans la zone industrielle de Promka, entre Yasinovataya et Avdeevka. Je laisse derrière moi un secteur taché par les premières neiges saisonnières, où le gel brutal est certainement responsable de la baisse des provocations ukrainiennes, à l'exception de la journée d'hier où nos postions ont subi un pilonnage de tirs de canons sans recul SPG9 de 73mm et de mitrailleuse lourde Utios de 12,7mm.


Jeudi 15 novembre 2018

Après une nouvelle nuit gelée ponctuée au petit matin par les tirs des mitrailleuses lourdes ukrainiennes de 12,7mm, notre équipe de Piatnashka a été relevé aux premières heures du jour par des camarades de la compagnie pour un retour à Donetsk et surtout au chaud.

Arrivé à la base, nous retrouvons la jungle bureaucratique coutumière des paperasseries médicales, de ceux du transfert ministériel auxquels se rajoute la procédure administrative pour les passeports DNR. une montagne de petits papiers qui s'accumule sur les bureaux... La normalisation engagée depuis l'assassinat d'Alexandre Zakharchenko semble s'accélérer avec la confirmation de Denis Pushilin dans ses fonctions. Désormais pour notre "Brigade Internationale", les survivances révolutionnaires du projet "Novorossiya" telle que le volontariat étranger doivent  passer par des fourches caudines administratives strictes, comme par exemple la détention d'un passeport ukrainien, républicain ou russe. La sélection administrative se rajoute donc à la sélection médicale et militaire.

La Russie qui a initié le retour de la Crimée auprès d'elle, a en revanche dans le Donbass suivi le mouvement initié par la population qui est ethniquement russe et veut une politique convergente. Mais le caractère révolutionnaire du mouvement de résistance au Maïdan a également inquiété le Kremlin qui ne veut pas être entraîné dans une guerre ouverte prématurée avec Kiev et donc l'OTAN, surtout dans le contexte très tendu des dossiers syrien et Criméen. Depuis fin 2014 le Kremlin a donc sans intervenir militairement ni abandonner la population du Donbass à la psychopathie russophobe ukrainienne amorcer un contrôle progressif de la gouvernance des jeunes républiques. Des stratégies de temporisations militaires via les accords de Minsk et politiques via la normalisation russe des structures administratives ont été engagé tandis que l'accrochage économique des territoires séparatistes à la Fédération de Russie était finalisé (encouragé d'ailleurs par un blocus ukrainien).

Sur un chemin de crête entre la guerre totale aux menaces internationales et l'abandon des républiques aux enjeux nationaux, cette realpolitik russe dans le Donbass a décidé après l'assassinat de Zakharchenko et les risques de radicalisation d'une situation déjà explosive, d'assurer pleinement son contrôle en cooptant Denis Pushilin, un politicien modéré et expérimenté au jeu diplomatique même s'il ne fait pas l'unanimité. 

Ce dernier dès ses prises de fonctions intérimaires au lendemain de l'assassinat de Zakharchenko a accéléré la normalisation de la République, et notre bataillon la "Brigade Piatnashka" est au cœur de ces réformes à la fois militaires et administratives. 

Cette stratégie russe appliquée par Denis Pushilin ouvertement et cooptée par la population lors des élections du 11 novembre portée aux urnes par les promesses de poursuite du processus d'intégration dans la Fédération de Russie, constitue donc une rupture dans la continuité. Personnellement je regrette la disparition du projet révolutionnaire, celui de la "Novorossiya", comme la disparition d'une flamme éclairant la nuit, mais c'est ainsi le feu de la passion est remplacé par le radiateur de la realpolitik et il faut parfois contre mauvaise fortune savoir faire bon cœur.

Aujourd'hui je me concentre sur le front militaire, conséquence du choc métapolitique entre la thalassocratie étasunienne et l'empire russe qui subit de la part des occidentaux un assaut protéiforme exponentiel (politique, culturel, économique, militaire, idéologique etc.) de la part de l'impérialisme de la pensée unique occidentale. 

Je suis toujours confiant dans les choix de la Russie, certain qu'à long terme elle agit pour le bien de ses peuples, mais dans mon cœur brûle toujours la flamme de la Novorossiya dont j'espère qu'un souffle prochain ravivera le feu à travers l'Europe. Cet idéal de Liberté des peuples a germé un printemps de 2014 à l'ombre des terrils du Donbass, il attend désormais confiant le moment opportun pour éclore !


En attendant, je préfère mille fois plus les ruines de Promka tendant vers le ciel triste leurs moignons noircis par les explosions aux salons climatisés et superficiel des ministères où le port de masques hypocrite et servile est de mise pour qui veut survivre à l'Histoire en marche.

Car "si nous ne pouvons pas changer le monde, le monde, en revanche ne nous changera pas", et mes yeux et mon cœur se portent plus encore aujourd'hui en direction de Mariupol et de Slaviansk, qui sous la botte ukrainienne attendent leur libération, que du centre ville de Donetsk vitrine propagandiste et royaume des lèches cul que j'ai déserté depuis longtemps.

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

lundi 12 novembre 2018

Le Donbass a voté pour son avenir


Aujourd'hui le peuple du Donbass dans sa grande majorité est allé confirmer dans ses fonctions Denis Pushilin, nommé Président par intérim suite à l'assassinat d'Alexandre Zakharchenko le 31 août dernier.

A Lugansk Leonid Pasechnik qui assurait l'intérim après la destitution du Président Plotnosky à également été confirmé dans ses fonctions par 69 % des suffrages exprimés.

A Lugansk, Leonid Pasechnik, à Donetsk, Denis Pushilin
A travers ce scrutin, les femmes et les hommes du Donbass ont voulu exprimer d'abord en se déplaçant aux urnes leur volonté de disposer de leur destinée, n'en déplaise au satrape de Kiev le "piètre" Porochenko qui est venu pleurer dans les jupes de Merkel et Macron à Paris ce 11 novembre.

Ces 2 gouverneurs des colonies étasuniennes Allemagne, France ont rassuré l'ivrogne de Kiev en déclarant illégales les élections de Donetsk et Lugansk ou près de 80 % des électeurs se sont déplacés pour exprimer leur choix.

Par contre pour ces démocrates occidentaux exemplaires, le coup d'Etat du Maïdan, les massacres d'Odessa et Mariupol, les bombardements de Donetsk et Lugansk et la guerre qui continue a paver son chemin de plus de 20 000 tombes... c'est complètement légal !

Je tresserai avec plaisir le chanvre qui les pendra.

En attendant sur le front du Donbass la guerre continue et les soldats des jeunes Républiques du Donbass soutiennent plus que jamais leur peuple plus libre que jamais. ..

Erwan Castel

Les résultats pour la République Populaire de Donetsk

lundi 5 novembre 2018

"Faire contre mauvaise fortune bon cœur"

Je jette ici pèle-mêle quelques réflexions concernant les élections républicaines et ukrainiennes en cours. Mon devoir de réserve me commande bien sûr d'édulcorer mon écriture, mais ceux qui me connaissent sauront lire derrière mon obéissance fidèle cette liberté de pensée et d'expression que je tiens à conserver en toutes circonstances.


De toute évidence dans l'Histoire du Donbass il y aura un avant et un après Zakharchenko. Car l'assassinat par les services ukrainiens du premier Président de la République Populaire de Donetsk et artisan du rêve républicain a libéré de part et d'autre du front sur le cadavre des accords de Minsk les discours et les réseaux occidentaux et russes qui s'affrontaient jusqu'à cette année par procuration. 

Car jusqu'à présent depuis février 2015, date de la signature des seconds accords de Minsk, les lignes générales militaires et politiques ne bougeaient pas dans le Donbass, chacun attendant sur fond de nouvelle guerre froide entre Washington et Moscou un événement qui reprendrait le cours de la stratégie belliciste engagée aux portes de la Russie depuis 2013 par les néo-conservateurs, et que le retour en Russie de la Crimée, le séparatisme du Donbass, la défaite de ses auxiliaires djihadistes en Syrie et l'élection de Trump ont perturbé depuis 4 ans.

Le 31 août 2018, l'assassinat d'Alexandre Zakharchenko a relancé le jeu sur le "grand échiquier", la Russie s'engageant plus encore dans son soutien aux Républiques de Donetsk et Lugansk, en cautionnant la candidature de Denis Pushilin, en injectant de nouvelles aides financières permettant des augmentations de salaire, en lançant des sanctions économiques contre l'Ukraine etc...

Mais c'est aussi sur le plan diplomatique que le discours de Moscou s'est radicalisé. Confirmant la piste ukrainienne dans l'assassinat de Zakharchenko le Kremlin a nettement durci sa position, adoptant désormais une rhétorique accusatrice claire et argumentée. 

Vasily Nebenzya, l'ambassadeur russe à l'ONU a récemment élargi l'accusation de violation des accords de Minsk par Kiev à ses partenaires occidentaux de l'Union européenne et de Washington. Ce durcissement de la rhétorique russe est la réponse aux positions occidentales de plus en plus bellicistes et bloquantes comme par exemple les livraisons d'armes létales par les USA et le Canada ou la désapprobation française concernant les élections dans le Donbass et exprimée sous forme de mise en garde accusatrice dirigée contre Moscou.

En effet le cynisme des occidentaux concernant les élections prochaines dans le Donbass a franchi la ligne rouge à la fois du ridicule et de l'intolérable car c'est bien l'assassinat du Président Zakharchenko par les services de Kiev (et avec l'aval certain de ses parrains néoconservateurs étasuniens) qui les a provoqué. 

Les occidentaux, finissant par croire leur propre propagande mensongère espéraient un chaos en assassinant Zakharchenko. Or rien ne s'est passé selon leurs prévisions, même pas une représailles militaires contre des forces de Kiev. Donetsk a encaissé le choc avec une retenue exemplaire qui révèle une maturité politique accomplie et une obéissance à la diplomatie russe qui refuse de provoquer une escalade incontrôlable.

Invoquer des accords de paix quotidiennement violés par son propre camp pour rejeter un processus électoral interne est tout simplement de la part des occidentaux une malhonnêteté intellectuelle qui dévoile leur partialité de jugement et leur complicité aux crimes de guerre commis par Kiev depuis 5 ans. Voilà pourquoi Moscou soutient la tenue de ces élections républicaines, surtout que celles qui sont en cours à Kiev ne sortiront pas la paix de l'impasse dans laquelle l'Ukraine l'a jeté avec la gouvernance Porochenko, Timochenko, sa concurrente politique majeure, adopte une ligne encore plus radicale concernant le Donbass.

Les néo-nazis ukrainiens en embuscade

Dans ce duel électoral ukrainien qui oppose Porochenko à Timochenko, les factions nationalistes radicales vont tenter de s'imposer en donnant leurs soutiens à l'un ou à l'autre des candidats qui ont conscience du poids et de la menace qu'ils représentent dans le processus électoral. Ainsi nous avons Arsen Avakov, le Ministre de l'Intérieur et Andrei Biletsky le premier commandant du bataillon Azov et son parti néo-nazi "Corps National" qui soutiennent Timochenko, et de l'autre côté Dmytro Yarosh qui veut "forger la victoire de Porochenko" en échange de faire de ses paramilitaires néo-nazis qu'il vient de rappeler du front pour Kiev, la garde prétorienne présidentielle.

Le résultat de ces pressions des radicaux nationalistes ukrainiens, qui compensent leurs faibles effectifs électoraux par la détention d'une force menaçante (Iarosh a lui-même reconnu que "des excès sont possibles"), est que les discours politiques des 2 principaux candidats ukrainiens restent sur le même schéma d'un programme fondé sur une guerre contre la Russie, cet ennemi N°1 désigné par Washington à ses laquais européens.


Le poids international des élections du Donbass

Si l'argument de Moscou et de Donetsk qui assurent que la tenue des élections n'est pas contraire aux accords de Minsk mais juste une validation interne d'une gouvernance et qui ne concerne que les populations des Républiques, il est évident que ce scrutin va être utilisé comme détonateur ou joker lors des rencontres prochaines qui doivent avoir lieu entre Porochenko et Poutine par exemple.

Et certainement les forces souterraines qui se disputent la gouvernance étasunienne vont-elles tenter de "négocier" des objectifs plus stratégiques à l'occasion de ces élections républicaines et ukrainiennes. 

Plusieurs questions existent dont les réponses vont influencer l'évolution de la situation dans le Donbass et le regard porté sur ces élections du 11 novembre : 
  • Quelle est la position que va adopter Trump concernant Porochenko, candidat à sa propre succession, car son administration est sur ce sujet divisée avec d'un côté Kurt Volker, le représentant spécial US pour l'Ukraine et les néo-conservateurs qui le soutiennent et de l'autre Mike Pompeo le secrétaire d’État américain qui veut son départ. On peut imaginer que Trump en profite pour négocier avec le candidat soutenu l'implantation de bases de l'OTAN voire de missiles à moyenne portée sur le territoire ukrainien.
  • De son côté quelle va être la réaction de Kiev aux élections dans le Donbass. encouragé par les condamnations occidentales du scrutin républicain qui ont même été portées devant le conseil de sécurité de l'ONU, Porochenko pourrait être tenté de lancer une nouvelle offensive sur le front ou de commettre de nouveaux attentats politiques dans le Donbass. Et cette menace d'être elle aussi pour le satrape de Kiev négociable auprès de ses partenaires occidentaux qui ne veulent pas encore franchir le Rubicon vers Moscou, pour obtenir de nouvelles aides ou soutiens.

Une nouvelle distribution des cartes

Alexandre Zakharchenko, tout en étant soutenu et respectant la ligne diplomatique du Kremlin avait su se construire une marge d'initiatives non négligeable pour donner aux République une maturité identitaire et faire entendre leur projet sociétal identitaire auprès du Kremlin. La campagne électorale déclenchée par son assassinat a certainement inquiété le Kremlin qui y a vu un risque de radicalisation brutale et non contrôlée de la politique locale tant vis à vis de Kiev que de la Russie. Or Moscou, fort l'expérience de sortie de route du gouvernement Ianoukovitch en 2014, mais tout en envisageant les pires scénarios, Poutine veut garder désormais le contrôle sur la gestion des crises existant dans sa zone d'influence géo-stratégique.

Soutenir Denis Pushilin est pour le Kremlin certainement plus un choix pragmatique par défaut et servant une realpolitik préférant encore le dialogue à la force plutôt qu'un choix idéologique métapolitique. Optant pour un candidat connu de la diplomatie au chevet du Donbass (Pushilin a été représentant pour Minsk pendant plus de 3 ans), le Kremlin s'est certainement assuré de la servilité du futur président de la République Populaire de Donetsk pour qu'il ne contrarie pas sa vision métapolitique et sa gestion de la crise. 

Car le Donbass, que la Russie ne peut abandonner mais où son armée ne peut intervenir directement, reste un piège armé organisé par les occidentaux contre le Kremlin au lendemain de l'évasion de la Crimée du carcan ukrainien. 
Poutine gère depuis 2014 cette crise devenue guerre comme un braquage qui a mal tourné, où le commanditaire étasunien a demandé à son braqueur ukrainien de prendre le Donbass en otage. 

D’où la priorité pour Moscou de contrôler la politique du Donbass car là aussi, du comportement de l'otage dépendent la réussite ou l'échec de cette crise majeure.

Et les récentes injections financières russes importantes dans le Donbass, aidant à la réalisation immédiates d'améliorations sociaux économiques menées par le Président par interim et candidat Pushilin, confirment et même intensifient le soutien du Kremlin, sa volonté d'atténuer l'impopularité de son poulain jugé ici trop mou et magouilleur et de consolider en retour sa fidélité à une politique de sortie de crise dirigée par la Russie qui est la cible réelle de cette guerre déclenchée entre Donetsk et Lugansk.

En assassinant Zakharchenko via leurs petites mains kiéviennes, les occidentaux espéraient rendre fou furieux le Donbass et le voir ainsi déclencher une guerre débridée imputable à Moscou et surtout un jeu des alliances international contre une Russie finalement obligée d'intervenir dans la défense de sa population du Donbass.
Cette stratégie du chaos occidentale est un donc échec total car le Donbass, après le meurtre de son président s'est encore plus rapproché de la Russie qui désormais contrôle totalement son appareil politique. 
Le 11 novembre prochain, les élections confirmeront Denis Pushilin au poste de Président de la République Populaire de Donetsk (et leader du Donbass), car la liberté du Donbass se joue sur un échiquier immense et dont les joueurs sont très loin de Donetsk et Lugansk... et même de Kiev. 

Quant à Moscou, en imposant les accords de Minsk dans le concert des nations européennes d'une part et en organisant un parrainage serré des gouvernements du Donbass, la Russie cherche à préserver ses intérêts dans la région autant que le sort des populations en évitant prioritairement que le conflit redevienne une guerre ouverte meurtrière et incontrôlable qui entraînerait dans son sillage la Russie et l'OTAN..

Et les enjeux et les menaces qui se jouent ici entre le Dniepr et le Don sont tellement importants tant pour les habitants du Donbass que pour l'avenir des peuples et la Paix mondiale menacés qu'il nous faut d'abord dans notre engagement accorder sa confiance, renouveler sa fidélité aux chefs choisis par ceux qui incarnent le monde multipolaire que nous défendons, quitte à mettre un temps son casque sur les principes de la vraie démocratie.

Car lorsque la guerre a commencé seule la Victoire est importante !
Erwan Castel


mercredi 31 octobre 2018

Démocratie occidentale contre le peuple


Je dois avoir mal suivi mes cours d'instruction civique, d'histoire et de philosophie quand j'étais jeune, car jusqu'à ce que j'observe derrière les rideaux et les écrans de nos gouvernements occidentaux, je pensais que "démocratie" venait de dêmos (« peuple »), et kratos (« pouvoir »). 

Car de facto les régimes occidentaux, qui pourtant se réclament héritiers des émancipations révolutionnaires des peuples d'Europe et des "Droits de l'Homme" que leurs euphories ont ont écrit, méritent plus aujourd'hui le néologisme de "démocratures" que l’appellation de "démocraties". 

Preuve en est la guerre menée par les gouvernements européens aux velléités d'expression des peuples dans le débat politique. Des manifestations ignorées aux référendums invalidés les peuples n'ont que le droit de se soumettre à la pensée et aux intérêts de l'élite ploutocratique qui s'est emparée du système via la bourgeoisie vénale et amorale. Et le verrouillage de cette dictature douce où les parlements nationaux ou européens ne sont plus que des conseils d'administrations au service d'un complexe militaro-industriel apatride, se fait via les organisations internationales, UE, OTAN, et ONU auxquelles se sont soumis volontairement des gouvernements paralysés par la dette et les alliances politiques.

Même le Président de la Commission Européenne, Jean Claude Juncker, dont l'alcoolisme aussi chez lui aussi sa nature réelle, affirme en janvier 2015 au Figaro : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » 

Sur le terrain de l'Ukraine, le mépris des peuples est la caractéristique majeure qui guide les positions des occidentaux dans la gestion de cette crise majeure européenne qu'ils ont provoqué sur le Maïdan en 2014 et qui depuis a dérapé en conflit armé meurtrier dans le Donbass :
  • Février 2014 : les occidentaux soutiennent un coup d'Etat organisé par Washington et mené par la minorité néo-nazie ukrainienne pour renverse le gouvernement Ianoukovitch, démocratiquement élu.
  • Mars 2014 : les occidentaux refusent de valider le référendum (pourtant constitutionnel) de Crimée au cours duquel l'immense majorité de la population demande à revenir dans le giron russe après 60 années d'aventure ukrainienne.
  • Avril 2014 : devant le désir et l'organisation par les fédéralistes d'un référendum populaire dans les oblasts de Donetsk et Lugansk, Kiev envoie son armée bombarder la population qui se rebelle prend les armes et fait sécession.
  • 31 aout 2018 : Le Président élu de la République Populaire de Donetsk, Alexandre Zakharchenko est assassiné dans un attentat terroriste mené par les services ukrainiens 
Suite à cet assassinat, la jeune République de Donetsk mais aussi celle de Lugansk ont lancé un processus électoral pour stabiliser le pouvoir politique à Donetsk et poursuivre la construction républicaine engagé par Alexandre Zakharchenko.

Et c'est là qu'intervient sans honte le cynisme coutumier occidental qui veut aujourd'hui saboter le processus électoral en cours, en agitant comme prétexte qu'il serait incompatible avec le processus de paix signé à Minsk et que l'armée ukrainienne sabote tous les jours par des violations meurtrières mais qui elles ne semblent pas poser de problème à la même communauté internationale qui s'indigne et se pâme à l'idée que les femmes et les hommes du Donbass puissent choisir leur destinée ! 

Ainsi des USA et de leurs plus zélés laquais qui ont demandé une réunion du "Conseil de Sécurité de l'ONU" pour traiter en urgence de ces élections dans le Donbass, rien que ça !

C'est dire combien s'affolent les droitdel'hommistes, donneurs de leçons politiques et autres parangons des démocraties occidentales  lorsque la parole est donné au peuple !

Erwan Castel


Source de l'article : Russie Politics


Karine Bechet-Golovko


Elections dans le Donbass: 
l'ONU revient à l'incantation du fantôme des accords de Minsk


Hier 30 octobre, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni non pas pour examiner, mais pour s'insurger contre l'organisation des élections dans le Donbass, que ses membres estiment, à l'exception de la Russie, violant les accords de Minsk. Que des populations vivant en situation de blocus soient obligées de s'organiser intéresse très peu ces chers garants de l'ordre mondial, qui veulent par là même faire porter la responsabilité de ces élections à la Russie. D'une certaine manière, ils reconnaissent ainsi que l'Ukraine a été choisie pour combattre la Russie, ce qui a été perdu en Crimée, ils tentent de le récupérer dans le Donbass. Le reste n'est qu'un conte pour enfants.

A la demande de la Suède, de la France, des Pays-Bas, des Etats-Unis, de la Pologne et du Royaume-Uni, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni pour traiter de la question des élections dans le Donbass. Mais comme l'a rappelé la Russie, c'est elle qui a obtenu que cette discussion soit publique et non en huis-clos comme initialement prévu.

Les positions sont simples. Pour ces pays, en organisant des élections, le Donbass est coupable de violer les accords de Minsk et la Russie de le soutenir. Pour la Russie, il n'y a pas de violation des accords de Minsk, ce sont des élections locales et les populations sur place, vivant en situation de blocus de la part de Kiev, doivent bien s'organiser pour survivre. Indirectement, ces pays veulent déplacer le curseur des accords de Minsk, concernant les deux parties au conflit que sont l'Ukraine et le Donbass, vers un conflit extérieur entre l'Ukraine et la Russie, oubliant que la Russie n'est pas partie à ces accords, mais comme eux garant.

La France a, pour sa part, parfaitement exécuté son numéro de dévouement aveugle. Son représentant, M. François Delattre, dans sa déclaration, a fait montre de toute la partialité de notre pays. Lorsqu'il s'agit de l'organisation des élections locales, il accuse directement la Russie, mais lorsqu'il s'agit de la dégradation militaire du conflit, de la présence de tanks à la ligne de front, d'artillerie lourde, etc, étrangement il reste dans le flou. Refusant ainsi de devoir reconnaître les violations militaires ukrainiennes, oubliant les appels répétés à l'engagement du conflit de la part de différents responsables et politiques ukrainiens (voir plus en détail notre texte ici).

Les Etats-Unis et leurs pays satellites, dont malheureusement la France fait partie, ont utilisé l'Ukraine contre la Russie. En provoquant, finançant, soutenant le Maïdan, ils ont entraîné la chute de l'Etat ukrainien et les pertes territoriales en Crimée; en envoyant l'armée en 2014 contre les habitants du Donbass, ils ont provoqué cette guerre civile, qui sert des intérêts stratégiques étrangers.

Si je vois très bien où sont les intérêts américains dans la région, directement orientés contre la remontée de la Russie sur la scène internationale, je ne vois pas très bien en quoi consiste l'intérêt pour l'Europe d'avoir un conflit ouvert à ses portes et de l'entretenir servilement?

En conclusion - rien. Le site de l'ONU a publié un compte-rendu. Et c'est tout. Cet organe ne peut résoudre les conflits, il est un espace où il est possible d'en discuter. Pas d'accuser, mais de discuter. Quand les Etats ne sont plus capables de discuter, car leur position est idéologique, cet espace-même perd son sens. Ce que nous voyons de plus en plus souvent.


Karine Bechet-Golovko

lundi 1 octobre 2018

La République en danger / 5

Depuis l'attentat qui a coûté la vie au Président Zakharchenko, la république populaire de Donetsk connait des spasmes politiques de plus en plus violents et inquiétants autour de la succession de son fondateur.

Précédemment j'ai rendu compte d’éventements et d'analyses réalisés autour de ce combat des chefs en cours à Donetsk et qui manque chaque jour un peu plus d'élégance et même d'éthique politique.

Voici un deuxième article signé Karine Bechet Golovko, analysant et commentant les événements qui ont saboté le commencement de la campagne électorale des deux principaux  partis d'opposition à celui de Denis Pushilin, le Président par intérim de la RPD.

Erwan Castel

Source de l'article : Russie Politics

Version russe : Novorossiya.Su


Donbass: l'opération "mains sales"

Karine Bechet Golovko

1er oct.

Comme nous l'avions écrit, la mort de Zakhartchenko, le leader de la jeune République populaire de Donetsk - DNR (voir notre texte ici), a provoqué des tremblements politiques dont l'ampleur ne finit pas de grandir. Sur la vague de l'installation quelque peu douteuse du non moins douteux Pouchiline (voir notre texte ici) à la tête d'un intérim qu'il entend bien rendre définitif, le processus électoral se transforme en opération de neutralisation politique d'un espace tout juste naissant. Faire de DNR un ectoplasme politique, amorphe, ne peut entrer que dans un scénario de renforcement de dépendance ou de rattachement. Mais à qui? Dans tous les cas, ces technologies non seulement ternissent l'image de la Russie mais risquent de soulever des questions de sécurité interne.

De troubles évènements se sont déroulés ces derniers jours, qui ressemblent fortement à un mini coup d'état intérieur. Et cela concerne tant la préparation des législatives, que la préparation des élections du dirigeant de DNR .

Le mouvement Svobodny Donbass (Donbass Libre) est le principal mouvement d'opposition, à la tête duquel se trouve la femme de Gubarev, le principal opposant de Pouchiline. Or, l'assemblée générale qui devait se tenir ce 29 septembre pour donner la liste des candidats aux élections législatives a été l'objet d'une opération de substitution qui, pour les fins gourmets, rappellera ce qui s'était passé avec le parti Pravoe Delo en Russie lorsqu'il fallut lancer l'oligarque Prokhorov, sans aucun succès par ailleurs. A cette époque justement, Sourkov était en charge de la politique intérieure à l'Administration présidentielle russe, qui supervise aujourd'hui le Donbass. Les habitudes semblent avoir la peau dure. Ainsi, le 29 septembre, 400 personnes se sont présentées devant des portes closes, l'assemblée s'est tenue dans la rue et évidemment la liste des candidats n'a pu être établie. Les gens étaient d'autant plus inquiets que Ekaterina Gubareva, leader de ce mouvement, avait disparu.



Pendant ce temps-là, l'agence d'information de la République DAN annonce que l'assemblée générale de Svobodny Donbass s'est parfaitement tenue et que la liste des députés a été établie. En fait, il s'agit d'une autre assemblée générale, qui a été organisée notamment par Roman Khramenkov, obscure candidat lancé faire de la figuration contre Pouchiline, Alexandre Malkov et Yuri Sivokonenko, dont les liens avec le Bloc Timoshenko sont établis. Ce qui est assez surprenant... Ainsi, le mouvement a changé de mains et Ekaterina Gubareva a été écartée. Fragilisant par là même le candidat Gubarev.




Elle est réapparue ensuite ... chez Pouchiline:


Et elle décrit ce qui s'est passé sur le mur de son mari - certes, ce n'est pas objectif, mais pour information:


Ekaterina Gubareva: 
"Vers 10h, je suis sortie de la maison pour aller à l'AG. L'on m'a demandé de venir pour une discussion, où l'on m'a prévenu que l'AG de Svobodny Donbass se passera sans ma participation. Dans la liste Svobodny Donbass, j'étais N°1. Maintenant, je n'y suis plus. Au bout d'un certain temps l'on m'a relâchée, rendu mes affaires. Merci à tous pour votre soutien. Ensuite, je suis tombée chez Pouchiline"

Parallèlement, des méthodes non moins de bandits sont utilisées dans le cadre des élections pour déterminer qui dirigera la jeune République. Gubarev, de son côté, a pu déposer les signatures, bien que des pressions très fortes sont exercées dans les entreprises sur les gens, paraît-il, pour qu'ils ne le soutiennent pas, allant jusqu'à une menace de perdre son emploi. Voici la déclaration en ce sens:


Par ailleurs, l'autre candidat qui pouvait faire de l'ombre à Pouchiline est l'ancien ministre de la défense de DNR, qui se présente sous les couleurs communistes, Khakimzainov a été l'objet d'un attentat. Juste à point, une explosion a eu lieu également ce 29 septembre après l'AG, faisant 4 blessés et permettant de faire brûler les documents devant être présentés à la commission électorale pour l'enregistrement de sa candidature. C'est alors que la même agence d'information de Donetsk, DAN, qui avait légitimé la fausse AG de Svobodny Donbass, déclare que le candidat a lui-même organisé l'explosion - pour se faire de la publicité. Cela rappelle dangereusement la rhétorique ukrainienne et occidentale, notamment sur Odessa et en général dès qu'il y a des victimes civiles: ils se font exploser eux-mêmes, ils se font brûler eux-mêmes. Les réactions dans les réseaux sociaux furent assez virulentes face à ses déclarations. Surtout que d'un point de vue logique, il est dans cette optique impossible d'expliquer pourquoi Khakimzianov a finalement retiré sa candidature. En fin de compte, l'attentat contre lui ressemble beaucoup plus à une menace. Et elle a porté.


Tout cela fait penser à un mini-coup d'état, une sorte d'opération "mains sales". Le premier résultat est de transformer DNR en une sorte d'ectoplasme apolitique, manœuvrable, mais absolument non viable. Il doit donc être réintégré et la question se pose de savoir où.

Si le renvoie vers l'Ukraine est envisagé, la Russie perdra toute crédibilité sur la scène internationale (bien au-delà de la question ukrainienne) et la pression sera mise ensuite sur la Crimée. Sans compter que des attentes fortes de justice continuent à émerger de la population russe et dans le Donbass et que ce mouvement de retour, quelle que soit la communication organisée autour, serait considéré comme une trahison. Il serait surprenant que les gens restent tranquillement chez eux, en tout cas ils pourraient parfaitement être récupérés.

Si le rattachement vers la Russie est organisé, avec de telles méthodes de bandit, l'on sera de toute manière très loin de l'euphorie qui a succédé la Crimée. A quoi bon salir, déstructurer, décrédibiliser? Cela pourrait donner l'idée d'un corps malade. Ce qui ne permettra pas, d'un point de vue cynique et froid, d'en retirer les avantages politiques escomptables.

Dans tous les cas, ces manipulations vont beaucoup trop loin.

Karine Bechet Golovko

Observation personnelle :

Je pense pour ma part que ceux qui tentent aujourd'hui de manipuler le débat électoral dans une République fragilisée par la perte de son leader sont plus connectés aux réseaux du néolibéralisme apatride dont le seul objectif est les intérêts financiers de la ploutocratie internationale et la déstabilisation géopolitique de la Russie. Ce cirque électoral en RPD doit être mis selon moi en perspective avec les élections ukrainiennes à venir, à l'issue desquelles je suis persuadé que les même manipulateurs essaieront de restaurer un dialogue et surtout leur business entre Kiev et Donetsk (et la reprivatisation engagée par Pushilin préparerai alors le terrain) !

samedi 29 septembre 2018

La République en danger / 4


Il y a un mois, disparaissait brutalement le Président fondateur de la République Populaire de Donetsk. Depuis la ville est secouée de spasmes de plus en plus inquiétants et violents, qui sont autant de symptômes d'une guerre des chefs en cours pour sa succession  mais au milieu de laquelle des intérêts étrangers et des méthodes d'un autre âge semblent vouloir refaire surface.

En préambule je tiens à préciser que en tant que soldat servant sur le front du Donbass, je suis soumis à un devoir de réserve et surtout reste fidèle à un engagement personnel vieux de 4 ans mis au service de la République Populaire de Donetsk et que je continue à honorer dans les rangs de mon bataillon.

Mais il reste ma réalité humaine qui depuis toujours refuse d'abandonner son sens critique et s'attache être un observateur engagé tourmenté de questions plutôt qu'un partisan fanatique gonflé de certitudes serviles. Dès le lendemain de l'assassinat d'Alexandre Zakharchenko, j'avais évoqué le danger de voir s'installer dans les alcôves du pouvoir de la jeune république une "guerre des chefs" sur fond de campagne électorale dont l'échéance est prévue le 11 novembre prochain. Depuis les événements qui se sont déroulés à Donetsk, en particulier depuis la prise de fonction intérimaire de Denis Pushilin confirment malheureusement mes inquiétudes et même les dépassent largement dans un crescendo de faits qui semblent appartenir à un processus de plus en plus violent qui ressemble chaque jour un peu plus à un coup d'état politique.

Mais la vie et surtout le combat continuent contre les ennemis du Donbass, et les drapeaux toujours en berne de notre caserne nous rappellent à chaque instant où se situe le devoir d'un soldat en guerre.


1 mois après l'explosion du café restaurant "Separ", les images prises par la vidéo de surveillance du lieu sont rendues publiques et témoignent des dernières secondes de vie d'Aleksandre Zakharchenko.


Lorsque Alexandre Zakharchenko diparait dans cet attentat terroriste, le Donbass ne perd seulement un Homme, un Vétéran de la révolution anti-Maidan de 2014, un artisan de la République populaire de Donetsk, un Président respecté par son peuple mais aussi un atlante qui supportait sur ses épaules le rêve de Liberté de ce peuple ethnique jeté par l'Histoire dans un giron ukrainien devenu fou.

Une République en danger !

La première fois que évoqué ce danger c'était avec un point d'interrogation. Aujourd'hui il est devenu point d'exclamation, surtout après la journée de ce samedi 29 septembre ou une série d’événements inquiétants et violents se sont déroulés dans le cadre du lancement par les partis politiques de la campagne électorale du 11 novembre prochain devant désigner le successeur officiel de Alexandre Zakharchenko. 


Il est difficile de tirer des conclusions "à chaud" d’événements inattendus dont certains sont toujours en cours mais la gravité de leurs réalités obligent l'observateur inquiet que je suis de les évoquer ici avant une analyse plus détaillée et argumentée.

2 partis politiques, autres que celui de feu le Président Zakharchenko au sein duquel Pushilin le Président par interim se présente aujourd'hui, tenaient leur congrès au cours desquels des candidats pour les législatives devaient être désignés. 
  • Le Parti "Donbass libre" au sein duquel on trouve comme leader Ekaterina Gubarev l'épouse du candidat Pavel Gubarev s'est vu refuser l'accès au bâtiment pour tenir son congrès, suite à un "coup d'état" interne d'une fraction des membres qui pour écarté Ekaterina Gubareva de l'agora politique ont fait sécession et élu leur propre liste de candidats, laquelle a immédiatement été validé par le média officiel de la République contrôlé par Pushilin. Il est a noter que au cours de ce remue ménage autour du bâtiment barricadé, Ekaterina Gubareva a été neutralisée pendant plusieurs heures avant de réappaitre chez Pushilin qui l'avait "invité" à un entretien...  
  • Dans la foulée le congrès du parti communiste qui se tenait dans le district de Kuyibishevski a été brutalement interrompu par une explosions qui a blessé 4 personnes dont le candidat aux présidentielles Khakimzainov, un ancien ministre de la défense de la république. Là aussi dans une précipitation singulière, les médias officiels lancent la rocambolesque histoire que  Khakimzainov en quête d'un buzz médiatique pour lançer sa campagne serait l'auteur de l'attentat contre lui-même.  Khakimzainov se désiste aussitôt de la campagne présidentielle accréditant plutôt la version d'une menace physique réelleplus que d'un false flag médiatique.
  • Dans le même temps les 7 sites internet gravitant autour du candidat Gubarev sont brutalement fermés...

Bref je pense que dire qu'un " putain de bordel" est en train de s'installer dans le sillage du Président Zakharchenko est un doux euphémisme ! Il faudra encore attendre je pense pour y voir plus clair et savoir qui sont ceux qui tirent les ficelles et surtout ceux pour qui ils travaillent. 

Je crois personnellement et avec optimisme en la volonté et la puissance du peuple du Donbass, mainte fois démontrées au cours de son Histoire en général et depuis les événements du Maïdan en particulier, et je suis intimement convaincu que les femmes et les hommes de Donetsk, qui ont tant souffert et donné depuis 4 ans ne laisseront pas leur rébellion être détournée de ses objectifs, comme tant de révolutions du passé, par une bourgeoisie cupide et apatride.

Erwan Castel


jeudi 27 septembre 2018

La République en danger / 3

La jeune République Populaire de Donetsk est depuis l'assassinat de son Président et créateur Alexandre Zakharchenko, le 31 aout dernier, secouée par des spasmes symptomatiques d'une lutte de pouvoirs engagée pour la succession présidentielle.

Alors que la logique et le devoir de la charge exigeraient du Président par intérim de rassurer et stabiliser l'opinion choquée par la disparition de son leader, Denis Pushilin semble vouloir tout bouleverser, changer et réformer tous azimuts les administrations autant que les responsables du pouvoir. 

Une révolution politique et administrative qui ressemble de plus en plus à un coup d'Etat politique.

Voici une analyse signée Karine Bechet Golovko des derniers événements survenues à Donetsk depuis le 31 août dernier.

Malgré mon devoir de réserve lié à ma fonction militaire au sein des forces armées de la République Populaire de Donetsk, je me dois de partager cette analyse de faits que beaucoup ici regardent avec une inquiétude certaine.

Erwan Castel

Source : Russie Politics

Version russe : APN

L'avenir de DNR et la très controversée personnalité de Pouchiline


Karine Bechet Golovko

26 sept 2018

Que se passe-t-il à Donetsk depuis la mort de Zakhartchenko? Il est difficile d'y apporter une réponse claire, mais des mouvements inquiétants se produisent autour des élections du futur dirigeant de la jeune république. Beaucoup de questions se posent avec la personnalité du dirigeant par intérim Pouchiline, dont l'arrivée au pouvoir s'accompagne d'un nettoyage ... pas très démocratique. Même s'il est soutenu par une opération de communication qui veut le laisser sans alternative, son premier geste consistant à se débarrasser du président de la Cour suprême, qui avait des doutes sur la légalité de son coup de force contre Trapeznikov, laisse planer un voile assez opaque sur sa conception de l'Etat de droit. Surtout si l'on se souvient de son passé, pas si lointain que cela, assez fructueux, dans les escroqueries pyramidales financières. Peut-on réellement dire que ce soit la personne rêvée pour l'avenir de DNR? Cela dépend finalement de quel "avenir" l'on espère pour DNR.


L'arrivée de Pouchiline à la tête de DNR

Après l'assassinat de Zakhartchenko le 31 août 2018, Trapeznikov avait été nommé par intérim, assez logiquement puisqu'il était le premier vice Premier ministre de la République populaire de Donetsk. Les relations entre Trapeznikov et Timofeev (dit Tachkent), le deuxième vice Premier ministre en charge des finances, étaient tendues, mais vue la situation ils ont déclaré publiquement faire front commun dans l'intérêt de la jeune république. (Très) Peu de temps après, Pouchiline arrive sur le devant de la scène. Il est le représentant envoyé pour les négociations dans le cadre des mythiques accords de Minsk et depuis 2015 a été élu à la tête de l'organe représentatif de la République, le Conseil populaire.

Pouchiline s'adresse au président de la Cour suprême pour que la nomination de Trapeznikov à la tête, même temporaire, de DNR soit déclarée illégale, ce qui lui est refusé. La procuratura, elle, le soutiendra et Trapeznikov écarté, remplacé par Pouchiline.


La mise à l'écart du président de la Cour suprême DNR: une faute politique majeure

C'est alors qu'immédiatement, le 7 septembre, le premier jour de son entrée en fonction, un nettoyage politique est fait, les hommes de Zakhartchenko sont écartés, certains comme Timofeev (accusé de détournements de fonds à grande échelle après avoir été considéré comme un héros) partent en Russie, et sont remplacés par "ses hommes". Le président de la Cour suprême de DNR, en place depuis 2014, est immédiatement remercié et remplacé par Andrei Kim - qui vient de la Procuratura. Comme cela est précisé dans l'oukase N°5 du 7 septembre 2018, Edouard Yakubovsky est écarté et Pouchiline surveillera personnellement l'exécution de cet oukase. Personnellement? 



Jusqu'à quel point, en effet cela est-il personnel? Qu'un dirigeant par intérim puisse démettre de ses fonctions la personne qui est censée être à la tête du système judiciaire rappelle les mauvais jours de toute révolution, qui passe systématiquement par une phase de prise en main des juges. C'est d'ailleurs pour cela que normalement, les capacités de renvoyer certaines personnes-clés sont limitées en période transitoire. Il y va de la légitimité et du nouveau pouvoir qui veut s'installer, ici Pouchiline, et du système institutionnel en général. 

En démettant le président de la Cour suprême de ses fonctions et en nommant un individu venant de la Procuratura, qui fut beaucoup conciliante, Pouchiline a commis une faute politique majeure. Qui démontre un état d'esprit et conduit à s'interroger sur ses capacités à diriger la jeune République dans une période aussi difficile. Mais de cela, ce sera à la population de décider lors des élections.


La mise à l'écart des hommes de Zakhartchenko: du socialisme étatiste au libéralisme débridé ... en période de guerre

D'une manière générale, ce sont les hommes de Zakhatchenko et surtout sa vision de DNR qui est remise en cause, même si chacun déclare continuer l'oeuvre du héros charismatique, cherchant ainsi à bénéficier de son aura. D'une manière très symbolique, le ministère de la défense a été supprimé par une loi du 21 septembre et remplacé par l'Organe républicain du pouvoir exécutif représentant la politique étatique dans le domaine de la défense. Est-ce à dire que la guerre est terminée? Et quelle sera la paix alors?

Dès la mort du Chef de DNR, une opération de communication a été lancée contre Timofeev, qui s'était occupé de la nationalisation dans le Donbass. A notre époque de culte libéral (assez primaire), lancer une opération de type socialisante était un pari risqué, avant tout idéologiquement - la dissidence, quelle qu'elle soit, est rarement admise. Dans les premiers jours de septembre, Timofeev est passé du statut de héros à celui de criminel en fuite. Et surtout, les nouveaux hommes de Pouchiline annoncent la liquidation de l'héritage politique, avec une politique de reprivatisation.

L'on se demande, immédiatement, au minimum, qui va récupérer les actifs ... Mais également s'il a fallu se battre quantre ans, risquer sa vie ... pour une question de business. Certains membres du premier soulèvement estiment que le pouvoir a été repris par le clan fidèle à Yanukovitch (l'ancien président ukrainien démis par le Maïdan) et Kurtchenko (qui s'occupe des biens nationalisés). Leurs intérêts sont croisés économiquement avec l'Ukraine, donc la ligne suivie par Zakhartchenko ne peut être continuée par eux. 

Peut-être faut-il réellement privatiser, peut-être. Mais soulevons quelques éléments de réflexion. Si l'on considère que le Donbass est une des parties de la guerre civile qui a embrasé l'Ukraine suite au Maïdan, peut-on sérieusement penser à l'instauration d'une économie libérale de type dérégulée dans une zone de conflit? Les jeunes institutions ont besoin de constituer un budget, donc de faire entrer les impôts et il fut essentiellement reproché à Timofeev de ne pas faire de cérémonies ici. Les amendes qui avaient été prises sont suspendues, en attendant "que la lumière soit faite".  L'on notera la proximité des arguments entre les "libéraux" du Donbass et de Russie. De faire pression sur le business.

A ce sujet, il faut souligner un autre élément intéressant, concernant cette fois-ci la personnalité de l'individu qui se retrouve à la tête du Syndicat des travailleurs des PMI PME dans le Donbass, qui d'ailleurs entretient de bonnes relations avec son homologue russe. Il s'agit de Roman Pozdniakov. Qui a commencé sa "carrière" dans la pyramide financière MMM, qui fut le plus grand scandale financier en Russie, instaurée par Mavrodi. Passer de MMM au Syndicat, ça ne s'invente pas ...

En fait, cela s'explique par la personnalité de Pouchiline, qui à son arrivée au pouvoir en 2014 dans la période mouvementée a utilisé ses "amis MMM", dont il faisait lui aussi partie. Membre actif de la pyramide financière depuis 2009, il est ensuite entré dans le "parti MMM". Il s'est même présenté en 2013 aux législatives ukrainiennes sous couleur MMM et a obtenu 0,08% (77 voix exactement). Sa carrière politique ne démarrait pas très bien. Mais le conflit dans le Donbass l'a relancée.


Quelle peut-être la crédibilité politique d'un membre important d'une des plus grosses escroqueries financières?

En devenant le candidat favori de certaines élites qui semblent vouloir son élection à la tête de la République populaire de Donetsk, Pouchiline est rattrapé par son passé - plus que flou. Selon l'opinion de certaines personnes impliquées dans le soulèvement populaire de Donetsk, le mouvement de Novorossia avait été fondé par Pouchiline et Tsarev avant les élections, essentiellement, pour permettre une victoire électorale aux premières élections. Sans avoir à son actif de grandes réussites, il est depuis au point mort. En revanche, le mouvement MMM, lancé avant le conflit, a servi de réseau pour la mise en place de certaines "élites" soutenant Pouchiline.

L'on y retrouve le trio de choc: Pouchiline, Kramar et Muratov.



Kramar, député local à Smolensk pour le parti Russie Unie en 2009, entre dans la pyramide MMM en 2011, au même moment où il prend ses fonctions dans le Front populaire russe ONF. En 2012, il rencontre Pouchiline. Après le Maïdan, Pouchiline le nommera représentant officiel de DNR en Russie. Mais sa carrière ne s'est pas arrêtée là, il est également le vice-président du bureau exécutif du "parti" de Pouchiline, "Donetskaya Respublika".

Muratov était aussi député local de 2003 à 2012, pour Russie Unie.  En 2011 il quitte le parti pour MMM, où il estime pouvoir mieux représenter les intérêts des gens. 
Avec la chute de MMM2011, il entre dans MMM2012, puis sera un des membres fondateurs du parti MMM, dont l'assemblée constituante sera organisée à Koursk. Mais le parti ne sera pas enregistré en Russie. Rien de moins qu'un parti politique, même Madoff n'avait pas osé faire de l'escroquerie financière une entreprise politique affichée.

Muratov part en Inde, est arrêté. Lors de sa libération, il part en Ukraine où, avec Pouchiline, ils vont faire le tour des villes pour lancer MMM en Ukraine, notamment dans le Donbass.


Ici, Pouchiline recrutant pour le projet MMM2012

Muratov aussi a été nommé par Pouchiline représentant de DNR en Russie:



Selon les dernières informations publiques, Muratov est à Koursk où il s'occupe de nouveaux schémas financiers appelés Change The World Together (reprenant en substance le slogan MMM) autour des monnaies cryptées. Quels sont ses liens aujourd'hui avec Donetsk, rien n'est publié sur le sujet.


Des élections assez perturbées

C'est dans ce contexte de guerre politique interne et de tentatives de nettoyage de l'espace politico-médiatique autour de cette personnalité aussi contestée qu'impopulaire qu'est Pouchiline que sont lancées les élections pour déterminer de l'avenir de Donetsk. La population a une confiance très relative en Pouchiline, surtout en raison de son passé et du fait qu'il n'a jamais été sur le front, que lors des moments les plus difficiles de 2014, il était principalement à Moscou. 

Mais pour garantir des élections justes, il faut une commission électorale indépendante. Or, Olga Pozdniakova ne sera pas la Pamfilova du Donbass. Olga Pozdniakova est la femme de Roman Pozdniakov, l'ami de Pouchiline et ancien membre de MMM. Dès son entrée en fonction, Pouchiline  a composé, c'est-à-dire nommé, les membres de la commission électorale, par son oukase N°1-1. Ensuite, les membres de la commission ont "élu" comme présidente la femme de Roman Pozdniakov de MMM, Olga Pozdniakova à la tête de la commission électorale.

En passant ...

Il y a aujourd'hui une dizaine de candidats enregistrés. Le grand favori est le très controversé Pouchiline. Il y a ensuite Gubarev, qui fut une figure du début des évènements de 2014 et brièvement  le "gouverneur populaire" de Donetsk, l'ancien ministre de la défense Khakimzianov qui a une position beaucoup plus ferme, etc. Selon une petite enquête de rue, les gens veulent quelqu'un comme Zakhartchenko, ses proches, quelqu'un qui soit honnête, proche des gens, avec une force de caractère. Justement ces personnes qui sont évincées en sous-main.

Bref, en dehors de Pouchiline, qui a le poids politique que peut avoir une marionnette désarticulée, il existe d'autres figures, plus ou moins neuves, impliquées dans la vie de la République, à la réputation beaucoup moins tâchée. Le soutien dont bénéficie le dirigeant imposé par intérim est largement disproportionné à sa popularité. 

Dans tous les cas, il serait bien d'éviter un nouveau "Vladivostok", surtout que le contexte politique n'est pas le même. Cette commission électorale de poche ne sera pas apte à protéger la vox populi et la fragilité de la situation politico-sociale intérieure pourrait avoir des conséquences beaucoup plus graves qu'à Vladivostok. 

Sur le plan géopolitique, la Russie étant considérée à l'international comme le garant de cette jeune république, c'est également sa réputation qui est en cause. Sans compter les millions d'Ukrainiens qui y sont réfugiés, les habitants du Donbass qui comptent sur elle pour garantir la légitimité de ces élections. Il serait bon de s'interroger plus sérieusement sur le déroulement de cette transition du pouvoir à Donetsk.

Car de ces élections dépendra la suite politique du Donbass. C'est un choix fondamental qui se joue ici pour la région. 

Karine Bechet Golovko