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vendredi 20 septembre 2019

Pushilin sort de sa chrysalide


Au lendemain de l'échange de prisonniers controversé du 7 septembre que j'ai qualifié pour mapart de "Vaseline" pour mieux faire passer les accords de Minsk (restons polis !) des propagandistes qui ne voient que leurs intérêts personnels du bout de leur nez servile, ont annoncé le commencement du retour du Donbass en Ukraine sous un "statut spécial" volatile.

Le 10 septembre, commentant cet échange et ses analyses concernant l'échange de prisonniers (j'ai vu depuis que Karine Bechet Golovko par exemple avait elle aussi un point de vue convergent), j'écrivais : 
  • "Vraisemblablement le président Pushilin de la République Populaire de Donetsk, bien qu'il accepte dans un certaine mesure le jeu incontournable des diplomaties internationales rappellera bientôt une nouvelle fois qu'elles ne peuvent décider seules de la destinée du Donbass sans l'accord de sa population, laquelle a cette année encore, à l'occasion de la polémique autour du "flash mob maladroit" adressé à Zelensky, réaffirmé sa volonté d'être définitivement séparée de l'Ukraine et d'intégrer la Fédération de Russie, physiquement ou par alliance".
Et la mise au point du représentant de la République Populaire de Donetsk n'a pas tardé: dans un duplex réalisé par la chaîne russe 'Rossia 1' Denis Pushilin, à l'occasion du talk show populaire "60 minutes" en précisant qu'il se faisait le porte parole de sa population a rappelé que "il n'y a rien de nouveau, à savoir que les pensées et les rêves des habitants du Donbass restent les mêmes depuis 2014" et que "leur désir collectif est d'intégrer la Fédération de Russie". Et le Président de la RPD de rappeler concernant cette intégration du Donbass en Russie que des étapes importantes avaient été franchies tels que "la normalisation des établissements d'enseignement supérieur, des processus d'intégration culturels et bien sûr les passeports de la Fédération de Russie".

Concernant les accords de Minsk, Denis Pushilin a confirmé que Kiev continue à en saboter l'application, mais que de toute manière que ces accords se fassent ou ne se fassent pas:  

"l'avenir du Donbass est d'être dans le cadre de la Fédération de Russie."


Cette déclaration du Président Pushilin se veut rassurante vis à vis de la population du Donbass qui s'est posée souvent des questions concernant la ligne politique du successeur de Zakharchenko, notamment à l(occasion de ce flash mob maladroit organisé cet été et qui demandait en final au président Zelensky d'accorder au Donbass un "statut spécial". Mais surtout cette déclaration qui a été faite sur un média principal russe est surtout adressée à la Russie, sa population et ses représentants qui soutiennent dans leur importante majorité  le combat du Donbass pour son intégration au sein de la Fédération.

Je vois pour ma part dans cette déclaration l'expression d'une souveraineté certaine du pouvoir politique de Donetsk qui en se faisant le relais et le défenseur de la volonté de sa population gagne aujourd'hui un équilibre entre une légitimité politique vis à vis de ses citoyens et une indépendance vis à vis des autorités russes qui étaient difficiles à trouver au lendemain de l'assassinat du Président Zakharchenko.

Moi même, tout en renouvelant ma fidélité en la République Populaire de Donetsk, j'avais eu quelques inquiétudes au cours des derniers mois, mais je reconnais qu’aujourd’hui elles commencent progressivement à se dissiper du fait des réactions constructives de la population du Donbass qui reste attentive à sa destinée choisie et à l'écoute du Président Pushilin qui l'accompagne dans l'expression de sa volonté et la réalisation de ses rêves. 

Nous observons donc au sortir de été un président Pushilin qui enfin passe à la vitesse supérieure, montant au créneau pour y faire un rappel nécessaire et rassurant mais,qui est aussi une mise au point claire d'un peuple qui refuse que sa destinée soit dévidée dans un huis clos international d'où ses représentants sont exclus !

Et cette cohésion instinctive entre le pouvoir et son peuple est d'autant plus importante que je pense malheureusement que les pires épreuves pour le Donbass, avant de rejoindre enfin sa mère patrie, sont encore devant lui.

Erwan Castel


jeudi 22 août 2019

Du grand n'importe quoi ... ! ou ?


Les personnes qui me suivent depuis plusieurs années maintenant connaissent mon soutien inconditionnel à la cause du Donbass autant que ma franchise et mon attachement non moins inconditionnel à une liberté de pensée qui est ma raison d'être.

Donetsk n'est pas à l'abri des passions excessives, lesquelles sont d'ailleurs excacerbées par la guerre et sa dépression économique. Et certains esprits s'enflamment au moindre nuage sociétal, le décrivant comme une nuée apocalyptique déferlant sur leurs certitudes...

Ainsi de ces jeunes du mouvement "Jeune garde" qui ont déconné lors d'un rassemblement à Donetsk en s'exhibant dans des postures BDSM inappropriées et choquantes dont les photos ont entrainé des réactions hystèriques sur le net...

Mais y a t-il vrainemnt de quoi "casser 3 pattes à un canard" ou ne faudrait t-il mieux pas savoir "raison garder" ?

Depuis l'assassinat du président Zakharchenko, nous pouvons observer une détérioration sensble de la cohésion populaire nationale au sein de la République Populaire de Donetsk. L'élection forcée de Denis Pushilin, l'épuration de l'appareil d'Etat précédent, les réformes au sein de l'armée etc... ne sont pas toujours bien percues par une population fatiguée de la guerre et des difficultés socio-économiques consécutives.

Certes l'élan patriotique qui a permis au Donbass de se lever pour son indépendance jusqu'aux sacrifices de la guerre reste intact dans les coeurs mais en revanche, force est de constater que la confiance en l'appareil d'Etat a sensiblement diminuée. 

Mais dans ce contexte où l'avenir socio-économique est incertain pour beaucoup de personnes, les susceptibilités politiques et les réactions sociétales sont plus vives, et souvent excessives même si souvent logiques et légitimes. 
Je pense pour ma part sans tomber dans l'accusation excessive, que la nouvelle équipe au pouvoir commet des erreurs importantes dans le domaine de la communication politique et du management de ses organisations gouvernementales. 

J'ai déjà eu l'occasion d'exprimer mon opinion concernant le flash mob et la revendication incongrue d'un "statut spécial" que la majorité des personnes interprètent comme un retour du Donbass en Ukraine et une capitualtion pure et simple. Heureusement, les actions menées depuis par le gouvernement Pushilin (déclarations publiques, poursuite de la normalisation russe des administrations publiques et privées...) en confirmant avec force la volonté politique d'intégrer la Fédération de Russie montrent que le message de la popualtion a bien été entendu. 

Aujourd'hui je veux m'exprimer sur ce que je considère personnellement comme un simple "fait divers", mais à la demande de nombreuses personnes, ici et sur les réseaux, qui me demandent mon opinion.


Au début du mois d'août le mouvement de jeunesse de la République Populaire de Donetsk appelé "Jeune garde" a organisé un rassemblement festif à Donetsk. Dès le lendemain des photos à caractère BDSM prises sur un stand de la manifestation font le buzz sur les réseaux sociaux, choquant nombre de personnes qui les jugent comme une décadence sociétale et une dérive politique grave.

Même si je reconnais le caractère stupide, provocateur et choquant de telles exhibitions, mon opinion est plus modérée et je n'en ferais pas une "affaire d'Etat" comme le veulent certains opposants au gouvernement. 

Nous sommes ici face à des jeunes du XXIème siècle qui ont voulu, sans arrière pensée politique ou subversive, s'amuser et sans nul doute avec une grande part d'auto dérision caricaturée. Même si je n'approuve pas l'expression publique de leur exhibition irresponsable je veux ici dépassionner la polémique et remettre ce fait divers dans le contexte d'une jeunesse qui a besoin ici comme ailleurs et pour toutes les générations passées ou futures... de faire des conneries !

5 ans de guerre, de privations, de couvre feu nocturne, de blocus économique n'étouffent pas les besoins festifs des gens et en particulier d'une jeunesse qui logiquement se précipite avec les excès maladroits de sa génération sur la moindre occasion de s'amuser. 

Cela dit l'évenement mérite une critique vive , notamment, selon moi sur les points suivants:
  • Ce genre d'exhibition n'a pas lieu d'être dans un lieu public 
  • Les animations financées par l'argent public devraient être mieux accompagnées
  • Ces exhibitions insultent le nom de "jeune garde" qui est une organisation patriotique 
C'est certainement ce dernier point qui a le plus choqué les personnes qui ici connaissent tous le sacrifice héroïque des jeunes de la ville de Krasnodon en 1942 qui décident de poursuivre la lutte après l'invasion allemande dans un groupe clandestin appelé "Komsomol". Et lorsqu'une personne ou un collectif hérite par sa mission ou son nom d'un tel souvenir héroïque il a le devoir, dans l'exercice de sa représentation, d'en être toujours digne.

Après voilà, il n'y a pas de quoi non plus en faire une montagne, tout au plus d'administrer une bonne fessée à ces jeunes irresponsables ( ils sont déjà d'ailleurs en tenue pour ça), et de demander aux responsables politiques de donner à l'avenir plus de consignes éthiques aux participants de leurs manifestations. Il y a ici encore certainement une faute de communication interne et externe mais qu'il faut pour garder au même niveau anecdotique que le fait divers en lui-même. 

Car, ce que je constate aussi dans les réactions vives lues sur les réseaux, c'est que pour mieux instrumentaliser politiquement ce fait divers, ses détracteurs, qui semblent avoir oublié leur jeunesse, tombent dans une pudibonderie ou un puritanisme excessifs et tout aussi critiquables que la bévue de ses jeunes de Donetsk.

Une fois de plus il faut, pour ne pas faire de l'intransigeance politique une intolérance morale dogmatique, et dépassionner les débats pour mieux les rendre constructifs, voire passionnants.

Erwan Castel 



vendredi 19 juillet 2019

Ne plus reculer d'un seul pas !

"Une seule patrie unie pour tous - Russie"
Alexandre Zakharchenko (1976-2018)
Aujourd'hui j'ai trouvé sur le réseau social VKontakte (que je vous invite à rejoindre pour s'émanciper de la censure psychotique d'un Facebook collabo) un clip magnifique dans la chanson et son illustration et qui symbolise avec émotion ce Donbass en rebellion contre l'hégémonie mondialiste. Les images nous emmènent rapidement du centre de cette magnifique ville de Donetsk jusqu'à son quartier martyr d'Oktyabrsky qui enchasse l'aéroport international, tous les deux ruinés par plus de 5 années de bombardements ukrainiens ininterrompus.


Et aujourd'hui, 18 juillet 2019, le quartier d'Oktyabrsky a été une nouvelle fois frappé au coeur par cette haine criminelle qui l'assiège depuis près de 2000 jours et 2000 nuits, avec Elena Orlova, une femme de 68 ans tuée par les obus des mortiers ukrainiens et qui écrit de son sang avec les soldats qui continuent de tomber quotidiennement pour sa défense, une nouvelle page de l'histoire tragique et héroïque du Donbass.

Pendant ce temps et comme partout ailleurs, les politiciens s'affrontent dans des combats physiquement moins dangereux mais moralement mortels, et où il n'y a pas d'innocent, cherchant les uns par la ruse, les autres par la perfidie, et beaucoup par l'hypocrisie à en finir avec cette guerre où Donbass rime avec impasse. Lorsque je suis allé dans le jardin aux statues de Donetsk observer le rassemblement organisée autour de la très critiquée campagne "Le choix du Donbass" je n'avais pas encore d'opinion arrétée, écoutant les uns et les autres dans leurs vérités.

Aujourd'hui je voudrais que le prochain rassemblement du mouvement "le choix du Donbass" affiche aussi le compteur des victimes des bombardements ukrainiens et des soldats morts en défendant justement la liberté pour cette population russe de choisir sa destinée. je voudrais aussi qu'il cesse de parler de ce "statut spécial" qui est incompatible avec notre liberté gagnée par 5 années de souffrance. 


"Notre choix - Russie", la population du Donbass, à l'occasion de la campagne "Le choix de Donbass", que ce soit ses sympathisants ou ses détracteurs reste fidèle à la destinée qu'elle s'est choisie en 2014 face aux canons ukrainiens. 
Photo Svetlana Kissileva.

Car le choix du Donbass est là, depuis les paisibles jardins fleuris de Dontesk, remplis de chants d'oiseaux et rires d'enfants jusqu'aux quartiers et tranchées de sa ligne de front criblées de balles et d'éclats d'obus, et il s'exprime depuis 5 ans, non pas avec de l'encre ou un clavier, mais avec des chants et des prières, du sang et des larmes indélébiles.


L'intégration à la Fédératin de Russie ou dans un premier temps son indépendance reconnue dans sa sphère d'influence, il n'y a pas d'autre alternative pour le Donbass libre et ses territoires à libérer ! 


Le choix du Donbass est une réalité humaine et ne peut en aucun cas être l'objet d'une manipulation politique quelle que soit son intention finale !

Voilà pourquoi aujoud'hui, si j'accorde toujours ma confiance à la politique menée dans les républiques populaires de Donetsk et Lugansk (même si je ne suis pas toujours d'accord avec les méthodes employées), je reste cependant attentif et surtout à l'écoute du peuple, de ces femmes et ces hommes de la rue, civils et militaires dont j'ai l'honneur de faire partie et qui vivent quodiennement dans leur chair et leur âme cette guerre. 

Ils sont les vrais gardiens du Donbass, de ses espoirs et de ses peurs vécues.

Et si un gouvernement a le devoir de porter à leur réalisation les aspirations de son peupe, ce dernier a la droit de le les lui rappeler si ils estime que les objectifs sont déformés ou que le pouvoir fait une sortie de route !

Mais me direz vous, le devoir du soldat n'est-il pas d'obéir et de se taire ? Certes mais il ne faut pas oublier que son droit est également de s'assurer que les sacrifices consentis par le peuple, dont il est par essence le bouclier, ne soient pas trahis où se perdent dans les circonvolutions byzantines de discours politiciens calculateurs.

Devant le panneau des votes pour la campagne "Le choix du Donbass", la population par dessus les discours labyrinthiques des politiciens, ne manque pas une occasion de confirmer la volonté exprimée depuis 2014.
Photo Kristina Melnikova.

Et je concluerai par ce très beau texte, écrit par Roger Frey, pour le livre "Les centurions" de Jean Lartéguy et qui imagine une "lettre rapportée par l’écrivain latin Suétone, mort en l’an 160. Elle aurait été écrite voici plus de 18 siècles par le centurion Marcus Flavinius à l’un de ses cousins de Rome, Tertullus, alors qu’il servait à la 2e cohorte de la légion Augusta, au camp de Nambèse, en Numidie, c’est-à-dire dans l’actuel Constantinois".

On peut sans aucune difficulté, en lisant se texte épique, penser au Donbass et à tous ces volontaires venus des quatre horizons pour y aider sa population à défendre son identité et ses traditions russes.


 "Que l’on prenne garde à la colère des légions"


“On nous avait dit, lorsque nous avons quitté le sol natal, que nous allions défendre les droits sacrés que nous confèrent là-bas tant d’années de présence, tant de bienfaits apportés à des populations qui ont besoin de notre civilisation et de notre aide.

Nous avons pu vérifier que tout cela était vrai, et parce que c’était vrai, nous n’avons pas hésité à verser l’impôt du sang, à sacrifier notre jeunesse, nos espoirs.

Nous ne regrettons rien. Mais alors qu’ici cet état d’esprit nous anime, on me dit que dans la ville se succèdent cabales et complots, que fleurit la trahison, et que beaucoup, hésitants, troublés, prêtent des oreilles complaisantes aux pires tentations de l’abandon, et vilipendent notre action.

Je ne puis croire que tout cela soit vrai, et pourtant des guerres récentes ont montré à quel point pouvait être pernicieux un tel état d’âme, et où il pouvait mener.

Je t’en prie, rassure-moi au plus vite, et dis-moi que nos concitoyens nous comprennent, nous soutiennent, nous protègent, comme nous protégeons nous-mêmes la grandeur de l’Empire.

S’il devait en être autrement, si nous devions laisser en vain nos os blanchis sur les pistes du désert… alors que l’on prenne garde à la colère des légions !”.

Volontaire dans le Donbass, peinture de Alexei Kryukov
Aujourd'hui, si son contexte géopolitique est je le reconnais d'une complexité explosive, l'avenir du Donbass est  là: avec une victoire et une Russie à portée de nos mains, et c'est pour cela qu'il nous faut ne pas réaliser un seul compromis qui soit dans les actes une compromission et ne plus reculer d'un seul pas, tant sur le plan éthique, militaire que politique, car comme me le rappelait justement hier une amie en citant Winston Churchill :


"Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur; 
vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre."

Erwan Castel



La chanson originale de Boris Grebenshchikov 


Подмога

Жаль, подмога не пришла, подкрепленье не прислали.
Нас осталось только два, нас с тобою наебали.
Все братушки полегли и с патронами напряжно,
Но мы держим рубежи, мы сражаемся отважно!

Пушка сдохла - все, пиздец, больше нечем отбиваться!
Что ж, закурим, брат-боец, нам от смерти не съебаться!
Жаль, подмога не пришла, подкрепленье не прислали.
Что ж, обычные дела - нас с тобою наебали


Traduction française 

A l'aide !

Dommage, l'aide n'est pas venue, les renforts n'ont pas été envoyés.
Nous ne sommes plus que deux, nous nous sommes fait baiser, toi et moi
Tous les frères sont tombés et c’est juste pour les cartouches,
Mais nous tenons le front et nous nous battons courageusement!

Le canon est mort, c’est fini, il n'y a plus rien pour se battre !
Eh bien, fumons en une, frère d'armes, nous ne pouvons échapper à la mort!.
Dommage, l'aide n'est pas venue, les renforts n'ont pas été envoyés 
Eh bien, chose banale, nous nous sommes fait baiser, toi et moi.


(Merci à Svetlana Kissileva pour la traduction)

mardi 16 juillet 2019

Pour mieux claquer la porte de l'Ukraine ?

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Aujourd'hui s'est déroulé, dans le cadre de la campagne "le choix du Donbass", un rassemblement dans le jardins aux sculptures près de la mairie de Donetsk, action qui continue de susciter des méfiances et critiques acerbes autant que des enthousiasmes et des soutiens populaires.

Je me suis rendu sur place pour regarder de plus près cet évenement créant au sein de la société du Donbass des débats passionnés pour ne pas dire passionnels...


Mardi 16 juillet 2019

A 11h45, je m'approche du podium installé derrière la mairie de Donetsk en traversant un parc aux sculptures déjà rempli, malgré une pluie fien et persistante, d'une foule compacte portant à bout de bras une forêt de drapeaux et de pancartes patriotiques.
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Sur le côté de l'immense panneau ou s'égraine le compteur des signature de la pétition "Le choix du Donbass" des groupes de jeunes artistes de la République se succèdent dans des styles différents pour animer l'événement avec des chansons. L'ambiance est festive et autour de moi les slogans et les symboles confirment tous unanimement que la Russie reste le choix de ce peuple du Donbass qui a pris en main sa destinée en 2014 face aux blindés et avions de combat de l'armée ukrainienne.

Pourtant, sur les réseaux et même parmi des amis, cette campagne menée par le nouveau gouvernement de la République populiare de Donetsk continue de faire grincer les dents de de celles et ceux qui n'y voient qu'un cheval de Troie au service du projet d'intégrer à nouveau le Donbass dans l'Ukraine, en agitant devant lui la carotte du "statut spécial" prévu par les accords de Minsk.

Je ne reviendrai pas sur ce que je pense de ces accords qui ne sont selon mois qu'une capitulation déguisée des républiques du Donbass, j'ai essayésouvent ici de m'expliquer à leur sujet et récemment dans l'article récent ici : "Le diable se cache dans les détails" ou j'évoque d'ailleurs aussi cette campagne "Le choix du Donbass".

Concernant une action, surtout si elle est politique, il convient pour mieux la comprendre et même la critiquer de dépassionner les débats et distinguer dans l'analyse la forme utilisé et le fond exprimé. 

Le Donbass est une terre qui a gagné sa liberté et defende bec et ongles ses traditions et son identité russes par sa sueur et son sang et des sacrifices sans limite que peu d'européens peuvent imaginer aujourd'hui encore devoir exister au XXIème siècle pour faire valoir ses droits les plus élementaires. 

Kiev a franchi depuis longtemps des lignes rougies du sang versé et le point de non retour de cette terre russe du Donbass qui lui fut pourtant confiée pendant près d'un siècle par l'Empire soviétique. Plus de 5 années de guerre fratricide abjecte organisée par l'hégémonie occidentale ont définitivement brisé la réunion historique artificielle de ces 2 peuples slaves. Et aujourd'hui, à Donetsk ou Lugansk, faire réference à un projet - le statut spécial - dont le cadre - Minsk 2- cherche à réintégrer une population meurtrie auprés de ses assassins peut logiquement être interprété comme une insulte envers les souffrances endurées et une trahison envers ce "Printemps russe" qui a libéré la Crimée et une partie du Donbass.

Le fait est que dans sa définition, l'intégration du Donbass au sein de la fédération de Russie est tout simplement incompatible avec celle d'un "statut spécial" qui s'inscrit dans un cadre ukrainien.

Voilà pourquoi je comprends les inquiétudes exprimées, même si je suis convaincu que l'intention finale des autorités de Donetsk et Lugansk, et quelles ont maintes fois exprimé, reste cette intégration du Donbass au sein de la Fédération de Russie (dans les limites des anciens oblasts de Donetsk et Lugansk) et que leur utilisation risquée du terme "statut spécial" a pour objectif de pousser Kiev à la faute.

Je pense, sans prétention ni jugement de personnes, que la politique de communication pour cette campagne a commis des erreurs pédagogiques, n'expliquant pas assez clairement que stratégiquement, cette référence au "statut spécial" des accords de Minsk n'est en aucun cas une acceptation de leur conclusion mais, comme l'a très bien illustré Ivan Prikhodko, le chef de l'adminsitration de Gorlovka, la saisie d'une porte ouverte par les accords félons de Minsk pour mieux pouvoir la claquer au nez de Kiev.
  • "Les gens ne veulent pas retourner en Ukraine. Nous ne retournerons pas en Ukraine ... Nous harmonisons notre législation avec celle de la Fédération de Russie. Nos institutions gouvernementales sont intégrées à la Russie. L'action "Choice of Donbass" est une porte qui claque avant un divorce. Toutes les exigences de l’action correspondent à ce qui est énoncé à Minsk, dans la partie politique de Minsk, que Kiev a si peur de remplir. L'événement "Choice of Donbass" est le dernier clou du cercueil de la politique ukrainienne. C'est une façon de partir et de ne pas revenir de Nenko-Ukraine. Montrez au monde qu'un million de personnes veulent vivre en paix. Zelensky, remplissez les conditions ! Donnez à Donbass le droit de vivre en paix!"

Lorsqu'on écoute la propagande russophobe, la rébellion du Donbass 
est présenté souvent comme le soubresaut ultime de nostalgiques d'un empire 
soviétique révolu. Or, dans la réalité de la rue ou celle du front, il n'en est rien car 
la majorité des activistes, militaires ou civils sont des jeunes résolument tournés 
vers l'avenir et qui d'ailleurs, n'étaient même pas nés lorsque l'URSS a disparu. 


Certes, il subsiste toujours un risque, celui par exemple que Kiev cherche à respecter ses engagements signés à Minsk, mais il est hautement improbable (à moins d'un changement radical de l'ordre mondial exsitant) car il provoquerait et sans l'ombre d'un doute une révolution de palais appuyée par un nouveau "Maïdan" encore plus violent des nationalistes et surtout un sabotage du processus de paix par les USA qui veulent que continue cette guerre du Donbass qui leur offre l'opportunité de militariser l'Ukraine vers l'OTAN et de poursuivre les sanctions éconimiques contre la Russie. 

La population du Donbass ne peut être trahie comme l'a été celle de Kiev pendant le Maïdan, car elle a pris les armes et gagné sa liberté contre toute attente au prix de sacrifices et de souffrances inouies (et qui continuent) scellant à jamais sa volonté souveraine de rejoindre la Russie qui est la terre de ses racines. Les choix du Donbass ne sont pas motivés par le scintillement des miroirs aux alouettes agités par une Union Européenne assistante de l'OTAN, mais ils sont les conséquences assumées et désintéressées d'une conscience identitaire et d'une maturité politque qui ont permis de résister militairement à l'Ukraine tout en bâtissant des nouvelles républiques populaires audacieuses.

Le peuple du Donbass sait faire la différence entre un compromis politique et une compromission morale et les inquiétudes actuelles qui fusent autour de la campagne "le choix du Donbass" doivent être considérées comme une réaction logique et légitime d'une volonté populaire qui tient a garder entre ses mains les cartes de sa destinée. 

En rajoutant en post scriptum d'un texte consensuel la référence clivante du "statut spécial", les initiateurs de cette campagne "le choix du Donbass", ont certainement choisi d'affronter Kiev sur son propre terrain pour mieux démasquer la perfidie de sa politique mais aussi  en déclenchant les polémiques (car les réactions populaires étaient prévisibles), ils signifientt ainsi indirectement à l'ennemi que la population du Donbass refusera toute compromission ouvrant les portes de la trahison.


Aucune ambiguité quant à l'objectif final du choix du Donbass : La Russie !

Et je considère alors les débats passionnés naissant autour de cette campagne "le choix du Donbass" plutôt intéressants et surtout symptomatiques de la bonne santé de cette conscience collective de la population et que 5 années de bombardemenst ukrainiens n'ont pas réussi à émousser. 

Il n'y a pas selon moi d'affrontement idéologque mais juste une divergence des cheminements et méthodes employées mais pour arriver au même résultat: 
  • D'un côté des personnes s'exprimant avec une passion et un coeur ouvert sur un présent douloureux et une espérance pour laquelle ils ont tout donné.
  • De l'autre côté des responsables qui, pour débloquer la situation ont choisi dans une real politik très poutinienne de battre l'ennemi sur son propre terrain en lui répondant.
Mais les uns comme les autres avec des méthodes certes très différentes veulent bien "in fine" la même chose: que le Donbass (et dans la totalité de son territoire) puisse décider de sa destinée et choisir de faire partie de la sphère russe, soit comme république intégrée à la Fédération de Russie ou, en première étape, comme un état indépendant et reconnue par elle.

Il y a ceux qui suivent la campagne "le choix du Donbass" avec confiance et optimisme (tout en gardant les yeux bien ouverts) et ceux qui, en exprimant sans ambages leurs inquiétudes et même leurs peurs, lui rappellent les limites à ne pas franchir et au delà desquelles le gouvernement qui doit les représenter serait désavoué par son peuple souverain.

Et cela s'appelle la démocratie...

Erwan Castel




lundi 15 juillet 2019

"Le diable se cache dans les détails"

"La chute des anges rebelles" de Pieter Brueghel (XVIe siècle)

Depuis 5 ans passés, une guerre saigne le Donbass et menace l'Europe, et il faudrait être complétement cinglé pour ne pas espérer une résolution pacifique à ce conflit meurtrier. Cependant si la Paix a un prix ce n'est certainement pas au détriment de la Liberté et un négociateur, surtout lorqu'il est mandaté par son peuple se doit de ne pas confonfre compromis ("arrangement avec des concessions mutuelles") avec compromisssion ("arrangement conclu par lâcheté ou intérêt").

Lorsque les accords de Minsk ont été conclu en septembre 2014 puis en février 2015 (Minsk 2), beaucoup les ont considéré comme une porte ouverte permettant une sortie de crise, même si dans leur déclenchement il était visible qu'il avaient d'abord pour objectif concret de stopper l'effondrement militaire de Kiev et d'éviter une extension des combats au delà des territoires des républiques du Donbass.

Aujourd'hui, force est de consater que les accords de Minsk sont un échec global, mis à part le déploiement d'observateurs de l'OSCE (mais dont le travail n'a aucune incidence sur le processus de paix), l'instauration d'un dialogue via un groupe de travail tripartite se réunissant régulièerement à Minsk (mais dont les réunions sont presque toujours stériles ou leurs décisions trahies), et l'échange de prisonniers qui en fait la seule avancée concrète réalisée sur le terrain entre les bélligérants (mais qui reste malheureusement rarissime et souvent sabotée par Kiev. 

Sur le terrain; les combats et les bombardements continuent depuis 5 ans et connaissent même un regain meurtrier important depuis cette année. 

Malgré cela, les diplomaties engagées dans ce processus de paix persistent à vouloir le réanimer et le présenter au menu de leurs discussions autour du Donbass comme "la seule alternative existante " et qu'ils centrent autour de la notion de "statut spécial" qui est présenté comme la clef de voûte de l'édification de la paix dans la région...

Si vous tapez "Accords de Minsk" sur les moteurs de recherche de l'internet, les 12 points du protocole de paix apparaissent alors dans une forme résumée et laconique confinant au simplisme, mais si on regarde en revanche les détails du mémorandum, alors le diable finit de sortir complètement des détails et de l'ombre du texte...

Reprenons tout d'abord les points de ces accords de paix signés dans leur dernière mouture le 15 février 2015 à Minsk qui prévoyaient :
  • 1. "Assurer un cessez-le-feu bilatéral immédiatement"
  • Un cessez-le-Feu immédiat et complet à partir de 00 h. 00 min. (heure de Kiev) le 15 février 2015. Le retrait, durant la deuxième quinzaine de février, toutes les armes lourdes à 25 km minimum de la ligne du front afin de créer une zone de sécurité de 50 km l'un de l'autre pour les systèmes d'artillerie de 100 mm et plus, zones de 70 km de large pour les lance roquettes multiples "Grad" et de140 km pour les LRM "Tornado", "Uragan", "Smerch" et les missiles tactiques "Tochka U".
Résultat : cessez le feu non respecté & mainitien sur le front de l'artillerie lourde ukrainienne
  • 2. "Assurer la surveillance et la vérification du cessez-le-feu par l'OSCE"
  • Le déploiement d'observateurs de l'OSCE équipés de moyens techniques appropriés afin de surveiller et vérifier le cessez-le-feu et le retrait des armes lourdes avec l'utilisation de moyens techniques.
Résultat : respecté mais totalement inefficace
  • 3. "Organiser une décentralisation des pouvoirs, par la mise en application d'une loi ukrainienne (loi sur le statut particulier), accordant de manière temporaire l'autonomie locale dans les oblasts de Donetsk et de Lougansk."
  • La Réforme constitutionnelle en Ukraine d'ici la fin de l'année 2015 qui est un élément clé de la décentralisation (en tenant compte des caractéristiques des zones individuelles des régions de Donetsk et de Lugansk, convenues avec les représentants de ces zones), ainsi que l'adoption jusqu'à la fin de 2015 ans de législation permanente sur le statut spécial des zones particulières des régions de Donetsk et de Lugansk.
Résultat : non respecté
  • 5. "Libérer immédiatement tous les otages et les personnes retenus illégalement."
  • La libération et l'échange de tous les otages et personnes détenues illégalement sur la base du principe de "tous sur tous".
Résultat : respecté anecdotiquement et toujours à reculons par les autotités de Kiev
  • 6. "Adopter une loi ukrainienne visant à interdire les poursuites et les sanctions contre toutes les personnes impliquées dans la guerre du Donbass."
  • L'amnistie pour les combattants avec l'adoption d'une introduction de la loi interdisant la poursuite et la punition de ceux qui ont participé au conflit.
Résultat : non respecté par Kiev qui condamne et emprisonne les politiques et militaires 
  • 7. "Poursuivre un dialogue national entre les parties."
  • Le début d'un dialogue sur les modalités des élections locales conformément à la législation ukrainienne et à la loi de l'Ukraine "sur l'ordre temporaire de l'autonomie locale dans des zones sélectionnées des régions de Donetsk et de Lugansk", ainsi que sur le Le futur statut de ces zones sur la base de cette loi. L'adoption par la l'assemblée ukrainienne, la Verkhovna Rada d'un décret indiquant que le territoire est soumis à un régime spécial, conformément à la loi sur la base de la ligne établie dans le mémorandum de Minsk du 19 septembre 2014
Résultat : non respecté 
  • 8. "Mettre en oeuvre des mesures afin d'améliorer la situation humanitaire dans le Donbass."
  • La garantie de l'accès en toute sécurité, la livraison, le stockage et la distribution de l'aide humanitaire aux nécessiteux sur la base du mécanisme international.
Résultat : non respecté à part des exceptions rarissimes du fait du blocus imposé par Kiev
  • 9. "Procéder à des élections anticipées dans les oblasts de Donetsk et de Lugansk."
  • Sur la base de la loi de l'Ukraine "sur l'ordre temporaire de l'autonomie locale dans certaines zones des régions de Donetsk et de Lugansk", les questions liées aux élections locales seront discutées et convenues avec des représentants de certaines zones de la région de Donetsk et de Lugansk, à l'intérieur du groupe de contact tripartite. Les élections auront lieu avec le respect des normes pertinentes de l'OSCE en matière de contrôle par son bureau des Droits de l'Homme.
Résultat : non réalisé
  • 10. "Démilitariser la zone de conflit, en retirant du territoire ukrainien le matériel militaire, les forces armées et les combattants étrangers."
  • Le retrait de toutes les formations militaires étrangères, de l'équipement militaire, ainsi que des mercenaires du territoire de l'Ukraine sous la supervision de l'OSCE, ainsi que le désarmement de tous les groupes illégaux
Résultat : non respecté par Kiev et hors sujet car il n'y a pas d'unité russe dans le Donbass
  • 11. "Mettre en place un programme économique pour favoriser la reprise des activités et de l'économie locale dans le Donbass."
  • La restauration des liens socio-économiques avec les territoires, y compris le paiement des pensions et autres paiements à la population, et la reprise de la fiscalité dans le domaine juridique de l'Ukraine.
Résultat : non respecté concernant les paiements et inacceptable concernant la fiscalité
  • 13. "Assurer la protection personnelle des participants aux consultations."
  • L'activation d'un groupe de contact tripartite, ainsi que la création de sous groupes de travail chargés de la mise en œuvre des aspects respectifs des accords de Minsk.
Résultat : respecté mais sans résultat probant à par les échanges de prisonniers.

Personnellement, alors que les politiciens courtisans du pouvoir économique continuent à nous servir cette soupe insipide de Minsk, je pense que ces accords sont tout simplement INACCEPTABLES, tant pour l'Ukraine que - et surtout - pour les Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk qui sont aujourd'hui, faut-il le rappeler, des républiques INDÉPENDANTES !

Ces accords ne sont pas seulement imparfaits ou irréalisables, mais constituent ni plus ni moins q'une trahison du "Printemps russe" qui a permis à la Crimée et au Donbass d'échapper aux conséquences catastrophiques de coup d'Etat organisé par les occidentaux sur le Maïdan.

On pourrait résumer ces accords de Minsk ainsi :

  • Capitulation militaire du Donbass :
Dans le point 10, les accords de Minsk proposent de démilitariser le Donbass et en particulier "les formations militaires étrangères", "les mercenaires" et "les groupes illégaux". Si aujourd'hui même l'Ukraine reconnait l'inexistence de troupes russes dans le Donbass, en revanche les forces armées républicaines sont toujours non reconnues (donc illégales) et les volontaires étrangers qualifier de "mercenaires" et d'ailleurs condamnés régulièrement par Kiev. Appliquer ce point des accords reviendarit à désarmer complétement les républiques qui se verraient même retirer leurs matériels militaires tandis que l'armée ukrainienne elle, resterait en place et même ses bataillons spéciaux (pourtant illégaux au regard de la constitution ukrainienne).

Dans le point 4, il est question de retirer aux républiques le contrôle de leur frontière avec la Russie et, après une période transitoire assurée par l'OSCE, de le restituer aux gardes frontières ukrainiens dans le cadre du statut spécial du Donbass, ce qui revient à donner à Kiev la possibilité d'encercler totalement le Donbass à sa guise en les coupant de toute logistique avec la Russie. 

  • Capitulation politique du Donbass
L'ensemble des accords de Minsk s'articulent sur un "statut spécial" qui n'est pas autre chose qu'une réintégration du Donbass en Ukraine en 3 étapes : nouvelle constitution ukrainienne, statut spécial et élections locales. Et ici on ne parle pas du statut de "République autonome" comme celuis de la Crimée avant 2014, mais juste d'un statut spécial accordé à des oblasts russophones.

En effet Kiev refuse d'ores et déjà l'idée d'une "autonomie" du Donbass (ce qui constituerait déjà un recul inadmissible par rapport à l'indépendance actuelle) car ce statut l'autoriserait à disposer de ses propres forces de sécurité, d'une liberté de choix politiques et économiques, de droit de veto concernant les décisions internationales ukrainiennes (donc exit l'intégration à l'UE ou l'OTAN par exemple) et aussi du droit d'organiser un référendum populaire d'autodétermination (comme la Crimée en mars 2014).

Il est donc ici question juste d'un "statut spécial" et qui serait certainement centré autour de la reconnaissance du russe comme langue officielle et de quelques miettes économiques et politiques surtout à entretenir la normalisation de son enclos par la création d'une ploutocratie locale affidée à Kiev via des privilèges et passes droit accordés (soit un coktail de corruption ukrainienne et de postcolonialisme occidental).

  • Capitulation juridique du Donbass : 
Dans les points 3, 7 et 9 principalement, il est question pour le Donbass de se soumettre à la législation ukrainienne ("conformément à la législation ukrainienne et à la loi de l'Ukraine", "dans le domaine juridique de l'Ukraine" etc.). Ici non plus, il ne s'agit donc pas d'un accord bilatéral entre 2 parties ayant leurs propres systèmes juridiques mais de la soumission de de celui du Donbass.


  • Capitulation économique du Donbass : 
Dans le point 4 déjà évoqué à partir duquel Kiev pourra achever son blocus, mais aussi dans le point 11, il est question pour résumer que le Donbass qui était avant la guerre la région économique la plus importante de l'Ukraine, redevienne la vache à lait de Kiev, a qui le petit pré cloturé du "statut spécial"..

etc. etc. 

  • L'abandon des territoires occupés par Kiev :
Et l'une des perfidies les plus graves et importantes de ces accords de Minsk sont certainement ces énoncés évasifs comme par exemple ce point 9 et son "ordre temporaire de l'autonomie locale dans certaines zones des régions de Donetsk et de Lugansk"

Que doit t-on entendre par cette définition "temporaire" du statut spécial ? 

Est ce qu'il n'est qu'une étape vers l'intégration à la Fédération de Russie, comme le sous entend la campagne "Choix du Donbass" actuelle, ou plutôt vers son incarcération dans une Ukraine atlantiste comme l'ont imaginé certainement les scribes des accords de Minsk.

Et qu'en est-il des territoires occupés par Kiev et qui vivent sous la botte de son armée depuis 5 ans ?

La mention "certaines zones des régions de Donetsk et de Lugansk" ne laisse aucun doute quand à leur abandon pur et simple à leur sort de zone occupée, ce qui est contraire aux références administratives des accords, à la réalité humaine du Donbass, et aux choix éléectoraux de ces régions de Marioupol, Slaviansk etc... qui ont toujours voté, même depuis la guerre, pour des candidats pro-russes. 

Pétition manuscrite et en ligne concernant "le choix du Donbass"

"Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément..."

Nicolas Boileau (1636-1711)

Dans un article précédent concernant la campagne "Le choix du Donbass" et la pétition lancée dans les républiques de Donetsk et Lugnask, j'avais déjà exprimé des doutes quant à la pertinence de se référer à ce "statut spécial" qui le moteur d'accords de Minsk pervers et qui n'ont jamais décollé.

Et depuis le lancement de cette pétition de nombreux commentaires acerbes confirmant mon inquiétude se font également connaitre sur les réseaux sociaux, allant même jusqu'à évoquer une trahison des autorités des RPD et RPL, là où il n'y a certainement ( je l'espère) qu'une stratégie de dialogue maladroite avec Kiev, dont la communication démagogue et dénuée de pédagogie politique est effectivement critiquable.  

Les accords de Minsk sont de facto un cheval de Troie utilisé en urgence par Kiev après ses défaites militaires de 2014 et 2015 puis pour tenter de soumettre le Donbass via un processus qui ne sert finalement que les intérêts de l'UE et de l'OTAN. Cette stratégie articule son marketing en gonflant l'importance de ce "statut spécial" et en jouant la carte de la prospérité économique entre l'Ukraine et le Donbass. 
Pour forcer l'adhésion populaire, les mondialistes qui souhaitent achever leur travail de préemption de l'Ukraine qu'ils ont commencé sur le Maïdan il y a 5 ans, s'appuient sur la cupidité d'une mouvance libérale qui soit est active et consciemment subversive ("5ème colonne"), soit est naïve pour ne pas dire stupide en s'imaginant pouvoir jouer la carte économique du capitalisme (qui déjà fait partie d'un système dévastateur pour la planète) sans avoir à en subir les conséquences idéologiques qui sont tout aussi destructrices pour les peuples aliénés à sa marchandise... à commencer par eux mêmes. 

Et le Donbass n'est pas à l'abri de cette 5ème colonne pro-libérale qui, sous des agitations communautaristes en trompe l'oeil et des lieux communs propagandistes séducteurs, ne servent que leurs propres intérêts et carriérismes avant les libertés et droits des peuples, comme par exemple le réseau Néant and Co et autres lécheurs de cul (au sens propre et figuré) qui ne viennent à Donetsk que pour se servir et non servir.  

Voilà pourquoi, et même si je comprends - ou du moins espère - qu'entrer dans un dialogue avec Kiev permetttait de mieux travailler pour la paix et faire entendre la voix du peuple du Donbass côté ukrainien, je pense cependant que demander ce "statut spécial" comme le font aujourd'hui les autorités républicaines dans leur campagne "le choix du Donbass" reste très dangereux et peut même être considéré comme une trahison par beaucoup (ce que je ne crois pas personnellement).



Je crois que les polémiques qui surgissent autour de cette campagne "le choix du Donbass" sont à dépassionner pour rendre d'autant plus passionnantes leurs réflexions et qu'il faut aussi les considérer comme le symptôme d'une bonne santé démoctratique des républiques. 
Je ne suis pas manichéen ni machiavélique mais je pense que cette stratégie de communication républicaine, est certes risquée, mais en utilisant l'argument du statut spécial aura pour conséquence de démontrer que le sabotage politique des accords de Minsk à l'image de leur sabotage militaire et ce malgré qu'ils lui soient favorable est de la seule responsabilité de Kiev.

Pourquoi me direz vous ?
  • D'abord parce que Kiev a bati sa rhétorique nationale sur cette guerre dans le Donbass qui plus est lui sert d'excuse pour justifier et ses échecs soco-économiques, et sa mendicité internationale, et la militarisation de son territoire par l'OTAN. 
  • Ensuite parce que les accords de Minsk seraient perçu également comme une capitulation ukrainienne par des radicaux nartionalistes voyant disparaitre subitement leur ennemi fantasmé et cette guerre qui alimente leurs rangs, et qui se retournerainet contre le pouvoir responsable de leur frustration.
  • De plus la gestion d'un Donbass identitairement russe ayant gouté à l'indépendance et subi pendant plus de 5 ans une guerre à caractère génocidaire sera un vrai casse tête à gérer et un gouffre financier, ne serait ce que pour réparer les dégats occasionnés. Sans compter les résistances politiques virulentes qui continueront a venir de cette région majeure, farouchement opposée à l'idée d'une intégration de l'Ukraine dans l'UE et pire encore dans l'OTAN.
  • Enfin une reconnaissance de l'identité particulière du Donbass via un statut spécial et ses privilèges provoquerait aussitôt une réaction en chaîne dans les autres et nombreux particularismes de l'Ukraine, russes, polonais, moldaves roumais... également arbitrairement rattachés à son territoire au XXème siècle.  

Selon moi, il est vital que soit maintenue et clairement exprimée la volonté du Donbass, si chèrement défendue, de se séparer d'une destinée ukrainienne aujourd'hui résolument tournée vers l'OTAN (ce qui n'empèche pas des échanges économiques et dialogues politiques futurs) et de revendiquer avec force et sans condition son retour dans la sphère d'influence russe sous 2 seules options possibles: 
  • Soit l'intégration au sein de la Fédération de Russie d'une République du Donbass dans les limites des anciens oblasts de Donetsk et Lugansk.
  • Soit le maintien et la reconnaissance de l'indépendance actuelle des Républiques de Donetsk et Lugansk de les limites des anciens oblasts de Donetsk et Lugansk. 
Toute autre option finale peut-être légitimement interprétée comme de la lâcheté ou même de la trahison, car si la liberté n'a pas de prix, surtout celle des peuples, elle ne peut pas non plus être sacrifiée, même au profit de cette paix dont les accords de Minsk ne sont que la définition de la prison doré d'un asservissement à la dictature de la marchandise occidentale.

Me concernant, cela ne change pas grand chose à ma mission dans la Donbass, car pour un soldat ses priorités son l'état de son fusil et l'accomplissement de sa mission, peu importe les remugles politiques du moment. 

Car accepter le défi de la guerre est un choix difficile, mais lorsqu'il est fait il faut alors l'assumer jusqu'au bout et ne jamais abandonner, au milieu des sacrifices consentis et des destructions subies, la destinée militaire mènant à la vistoire ou la défaite.

Erwan Castel