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samedi 30 juin 2018

Le mythe ukrainien



L'Ukraine moderne est un pays artificiel et démesuré. Né par le forceps des traités internationaux, des conquêtes militaires et des bricolages territoriaux soviétiques, l'unité forcée ukrainienne va se fissurer dès l'indépendance de ce plus grand pays européen à la chute de l'URSS.

La crise ukrainienne ici dans ses racines géopolitiques n'est pas malheureusement unique, elle illustre la problématique de ces frontières tracées sans tenir compte des réalités ethno-géographiques et qui génèrent à plus ou moins long terme des tensions et des conflits autour des pouvoirs uniques autour des peuples réunis et séparés. 

Tant que les nations ne reconsidéreront pas les délires colonialistes de leurs propres évolution, les guerres ne feront que renaître au milieu des ruines de l'effondrement  systémique en cours.

La seule solution et je rejoins ici la conclusion de l'article joint ici, c'est que l'Europe doit évoluer rapidement vers un redécoupage naturel des entités la composant si elle ne veut pas disparaître corps et âme dans le naufrage inévitable de son avatar occidental. Le système occidental, en ayant choisi l'absolutisme de pouvoirs centralisés embourgeoisés est en effet responsable des multiples crises suicidaires qui frappent le vieux continent.

Aujourd'hui les nationalismes qui prétendent lutter contre ces crises et défendre, à travers des discours ethniques ou religieux, les fantasmes des "Etats nations" collaborent en réalité au chaos suicidaire organisé. 
Ce n'est pas dans un retour aux absolutismes artificiels du passé qui ont trahi l'héritage européen que pour mieux nourrir les ambitions d'une pensée unique mondialiste que se trouve une sortie de crise saine mais plutôt dans une projection des valeurs civilisationnelles vers une Europe des peuples audacieuse et débarrassée de sa ploutocratie. 
C'est ce qui est en train de se réaliser dans les Républiques Populaires du Donbass. 

Il faut inverser la vision métapolitique européenne et, au lieu de l'organiser autour de systèmes centralisés descendants, la définir dans une subsidiarité ascendante respectant chaque strate identitaire et son sanctuaire géographique.



En Ukraine mais aussi dans la quasi totalité des Etats modernes, ceci doit être fait, soit par le dialogue ou soit la guerre... mais cela doit être fait, si l'on ne veut pas voir tout simplement disparaître la civilisation européenne.


Erwan Castel

Observation : Dans cet article très bien argumenté, l'auteur cependant associe à tort les projets "Novorossiya" et "Malirossiya" qui sont à mon avis peu comparables car autant le premier est cohérent car correspondant à une entité humaine réelle (russes des rives Nord de la Mer Noire) autant le second est utopique car, contrairement à ce que sous entend l'auteur il ne veut pas bouger les frontières actuelles de ce monstre européen assis entre les chaises occidentale et eurasiatique et créer un nouvel épicentre politique pro-russe à Donetsk.

Source de l'article : Réseau international

Comment diviser l’ex-Ukraine ?


Par Nicholas Nicholaides

C’est un fait bien connu et historique que le territoire appelé « Ukraine » n’est pas un état réel et n’a jamais été un état réel. Il ne s’agit que d’une collection aléatoire de terres, faite par différents souverains au cours de différentes périodes historiques, sans aucun lien entre eux. Et c’est une grande partie des problèmes d’aujourd’hui !

Ainsi, différentes zones principalement à l’ouest et à l’est de la ville russe de Kiev ont été ajoutées par différents Tsars de 1650 à 1917, Lénine a ajouté la zone qui est aujourd’hui Novorossiya, Staline a ajouté les parties les plus à l’ouest, y compris la Galice après la Deuxième Guerre Mondiale et Khrouchtchev a ajouté la Crimée en 1954. Aucune de ces parties n’a jamais constitué un « État ukrainien » – la plupart d’entre elles étaient et sont des terres russes. Les parties occidentales sont principalement polonaises et certaines parties appartiennent respectivement à la Hongrie, à la Slovaquie et à la Roumanie. Et c’est de là que viennent la plupart des nazis d’aujourd’hui, ceux qui – sponsorisés par les USA – ont renversé le gouvernement légal précédent et ont installé une junte mal déguisée.

Déjà pendant la Deuxième Guerre Mondiale, l' »Ukraine » occidentale s’est rangée du côté des nazis et a fourni des dizaines de milliers de soldats pour soutenir Hitler et garder les camps de concentration nazis, alors que le sud-est de l' »Ukraine », Novorossiya, fournissait des dizaines de milliers de partisans et de soldats à l’Armée rouge ! Les collaborateurs nazis ukrainiens de la Seconde Guerre Mondiale sont aujourd’hui les « héros nationaux » de ce pseudo-état. Pouvez-vous imaginer cela dans n’importe quel autre pays européen ? Bien sûr que non ! Mais en « Ukraine » nazie, et dans les pseudo-États baltes, tout est permis et tout est admissible par l’Union Européenne, tant que c’est anti-russe, voire falsification de l’histoire et glorification des collaborateurs nazis !

La future partition de l’ex-Ukraine doit s’assurer que la Galice, Wolyn, Lvov et d’autres régions non russes ne soient pas incluses dans la Novorossiya ou la Malorossiya. Ces parties (Galice, Wolyn, Lvov et autres) devraient être données à la Pologne, à la Hongrie et à la Slovaquie et ainsi de suite, comme il est dit plus haut (Wolyn et la plus grande partie de la Podolie et de la Galice devraient revenir à la Pologne, la Galice occidentale à la Hongrie, la Transcarpathie à la Slovaquie et la Bukovina septentrionale à la Roumanie). La future Novorossiya, Malorossiya et même la Russie elle-même n’a pas besoin de ces zones d’élevage de nazis. C’était une erreur historique de Staline de les incorporer en URSS, tout comme c’était une erreur de chaque dirigeant soviétique/russe depuis, de ne pas les rendre ! Cela aurait éliminé le problème et aurait probablement rendu la Pologne plus positive à l’égard de la Russie aujourd’hui. Un bout d’Ukraine pourrait être préservé dans les régions à l’ouest de Kiev jusqu’aux nouvelles frontières de la Pologne et de la Hongrie et de la Slovaquie si cela est jugé nécessaire. Mais Novorossiya et toutes les terres à l’est de la rivière Dnepr, avec ou sans Kiev (de préférence avec) devraient être incluses dans le monde russe. Que cela se fasse dans l’État de Novorossiya, Malorossiya ou à l’intérieur de la Russie proprement dite est de moindre importance.

L’essentiel est de ne pas laisser l’état actuel des choses être « gelé » dans l’éternité. La junte nazie de Kiev ne doit pas avoir la possibilité d’empoisonner l’esprit d’un plus grand nombre de personnes par des mensonges, des menaces et de la propagande anti-russe :

Pourquoi Ianoukovitch, le président légal, n’a pas été autorisé à utiliser des canons à eau contre les nazis sur Maïdan, alors que Porochenko, le chef du coup d’état illégitime, est encouragé à utiliser des missiles et de l’artillerie contre les civils et les villes du Donbass – la partie libre de Novorossiya.

Pourquoi les référendums de la Crimée et du Donbass ne sont-ils pas reconnus alors qu’ils sont pacifiques et incluent l’opposition (sauf les nazis) alors que les élections simulées au Banderastan sont reconnues par l’Occident alors que toute opposition réelle est emprisonnée ou contrainte de fuir ?

Pourquoi le meurtre de journalistes anti-nazis ukrainiens n’est-il pas condamné en Occident ?

Pourquoi les attaques de la junte nazie de Kiev contre des manifestants pacifiques les 1er et 5 septembre 2014 ne sont-elles pas condamnées par l’UE ?

Pourquoi l’aide humanitaire russe est-elle critiquée, et l’aide militaire de l’OTAN approuvée ?

Pourquoi est-il « autorisé » d’assassiner nos héros en « période de trêve », alors que nos soldats au front ne sont pas autorisés à riposter contre l’ennemi ?

Et qu’avons-nous obtenu jusqu’à présent ?

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter les sanctions – et nous avons … des sanctions.

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter de donner une excuse à l’OTAN pour son expansion – et nous avons des bases de l’OTAN à Novorossiya, dans l’ex-Ukraine.

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter une guerre économique contre les exportations de pétrole et de gaz – et nous n’avons … que cela.

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter la guerre et le massacre – et nous avons eu la guerre et le meurtre ainsi que l’occupation de Novorossiya …

Si tout cela n’est pas un grand « maskirovka » (ruse de guerre) de notre côté, alors ça sent la trahison.

A propos de cette situation, l’optimiste dira : « il y a un grand plan intelligent derrière tout cela, attendez et vous verrez ».

Le pessimiste dira : « tout est perdu ».

Le réaliste dira : « la vérité est quelque part au milieu ».

Je dis juste ceci : Novorossiya et toutes les terres à l’est du Dniepr doivent être libérées de la junte nazie de Kiev – de préférence pacifiquement, mais par la force si nécessaire


mardi 27 mars 2018

Entretien avec Emmanuel Leroy

Lorsque la crise ukrainienne dégénère en guerre ouverte contre les populations russophones du Donbass, Emmanuel Leroy est un des premiers intellectuels à analyser et prendre fait et cause pour la résistance pro-russe de la Crimée, Donetsk et Lugansk.

Contrairement à certains vautours, géopolitologues ou journalistes autoproclamés qui ont flairé dans le Donbass l'occasion de booster leurs portefeuilles clients et grappiller des honneurs, Emmanuel dont la générosité n'a d'égale que la modestie s'est investi avec son épouse dans l'aide humanitaire et particulièrement celle destinée aux enfants victimes de cette guerre qui s'est abattue sur leurs jeux et leurs rêves et a fauché de nombreux blés.

Emmanuel Leroy, qui développe depuis plusieurs années une vision politique basée sur l'harmonie naturelle et historique des peuples d'Eurasie et de ceux d'Europe, réalise également sans relâche des entretiens et conférences pour réveiller les consciences des populations occidentales soumises à une propagande de guerre russophobe suicidaire.

Je profite du partage de cet entretien pour saluer l'ami et remercier l'éveilleur de consciences à qui l'évolution inquiétante des événements internationaux donne malheureusement raison.

Erwan Castel

Source de l'article: Geopolitika



“KIEV PEUT ATTAQUER LE DONBASS 
AVANT LA COUPE DU MONDE EN RUSSIE!”

27.03.2018
Sofia Metelkina

L`interview de Geopolitica.ru avec le politologue, Président de l'association humanitaire Urgence Enfants du Donbass, Emmanuel Leroy au sujet de la situation actuelle dans le Donbass.


- Parlez-nous s`il vous plaît de la situation actuelle dans le Donbass. À votre avis, y a-t-il des risques d'escalade?

- Bien sûr. La situation dans le Donbass est complexe et extrêmement tendue. Il est certain que les occidentaux (avec eux, en particulier, les Anglais et les Américains qui sont impliqués totalement dans ce conflit) veulent pousser les Russes à la guerre. On peut voir cette volonté de provocation en Syrie et dans cette région du Don, mais les tentatives de déstabilisation touchent aussi d’autres pays, comme la Moldavie par exemple où les réseaux Soros sont très actifs pour pousser à la confrontation entre l’Est et l’Ouest.

Toutes les informations qui me reviennent du Donbass par les correspondants que nous avons là-bas font état depuis plusieurs semaines d’une augmentation très nette des tirs de snipers, qui tuent quasiment chaque jour des soldats sur la ligne de front. Manifestement il y a une volonté certaine de la part du régime de Porochenko et de ses amis occidentaux de lancer une offensive dans les prochaines semaines.

Les remontées de terrain que nous avons du Donbass prouvent que depuis la fin de l’année dernière et en violation complète des accords de Minsk 2, l`armée ukranienne est en train de mobiliser des matériels et des troupes en grand nombre derrière la ligne de front. Et ce n`est pas pour faire de la figuration. Il y aura probablement une offensive de l`armée ukranienne et de ses alliés de l`OTAN avant la Coupe du monde de football au mois de juin en Russie. C`est une grande crainte que mes amis du Donbass partagent avec moi, surtout quand on songe aux milliers de civils, dont des centaines d’enfants qui ont déjà payé de leur vie ou de blessures affreuses cette guerre que leur inflige l’occident.


- Que dit-on en France au sujet du Donbass?

- Le problème de la société moderne, qui est avant tout une société du spectacle, c`est que ce dont on ne parle pas dans les médias, ça n`existe pas. La question de Donbass n`est quasiment jamais abordée dans la presse française. Donc, si la télévision n’en parle pas, cela veut dire que le problème n’existe pas. Le Système est passé maître dans l’art de manipuler les foules en créant des écrans de fumée pour que les gens ne voient pas les choses importantes. En revanche, les médias mettront en exergue le message principal, à savoir que les Russes sont des assassins, des tortionnaires, des agresseurs.  La preuve ? c’est qu’ils bombardent des populations innocentes en Syrie, qu’ils ont envahi l’Ukraine, et qu’ils assassinent leurs ex-espions avec des gaz soviétiques. En France, les gens qui s`intéressent à la Russie, à l`Ukraine et au Donbass et d’une manière plus générale aux problèmes de géopolitique dans le monde, c`est un tout petit nombre de personnes - 10% de la population au grand maximum. Et dans ces 10%, une moitié est soumise à la propagande occidentale des médias dominants, croyant que la Russie a attaqué le Donbass, veut arracher le Donbass à l`Ukraine, et est en train de préparer une offensive contre le régime de Kiev etc… Mais l’immense majorité des Français, hélas, ne sait absolument pas ce qui se passe dans le Donbass, ne sait rien des bombes qui tombent tous les jours sur des populations civiles, sur des écoles, des hôpitaux, des résidences…


Grâce aux réseaux sociaux qui aujourd`hui diffusent une autre parole et servent de contre-pouvoir aux médias du système, il y a de plus en plus de gens bien informés qui ont une vision plus équilibrée des choses, plus proche de la vérité, qui savent que l`armée russe n`est pas dans le Donbass, que la Russie n`a pas d`intention d`attaquer l`Ukraine, qu`il n`y a aucun intérêt – ni politique, ni géopolitique, ni économique – et que tout cela n'est que pur mensonge. Mais le Système a bien compris le danger qu’il y a à laisser s’exprimer la pensée dissidente sur les réseaux sociaux, et c’est pourquoi des mesures sont mises en place en occident pour dénoncer ce qu’ils appellent des «fakes news ». La France et l’Allemagne sont particulièrement en pointe dans ce dossier et je suis persuadé que des actions répressives sévères frapperont bientôt ceux qui essayent en Europe de lutter contre les mensonges des médias dominants.


- Avec votre association Urgence Enfants du Donbass, vous avez déjà été 5 fois à Donetsk depuis 2015 pour apporter de l’aide aux enfants en souffrance. Comment se passent vos missions ?

- Restons modeste, il est clair que sans l`aide humanitaire de la Russie, la situation dans le Donbass sur le plan humanitaire serait tragique. La Russie depuis le début des événements a largement contribué à soulager la misère de la population du Donbass. Je n’ai pas une vision globale de tout ce qui se passe dans le domaine humanitaire au Donbass, et je serais bien impudent si je prétendais vous faire un résumé exhaustif de la situation, mais je peux vous faire part de mon expérience personnelle qui a consisté depuis 2015 à rassembler des fonds auprès d’un noyau d’amis, à collecter de l`argent auprès de nos donateurs pour pouvoir engager nos actions sur place. Au départ, nous espérions pouvoir acheminer les dons (vêtements, matériel médical, jouets etc.) de France mais nous nous sommes heurtés rapidement aux grandes difficultés du transport de marchandises vers un pays qui officiellement n’est reconnu par aucun des pays frontaliers. C’est la raison pour laquelle, très vite, nous avons pris la decision d’acheter directement les marchandises sur place. Cela offre deux avantages : ça fait travailler le commerce local et c’est beaucoup plus simple à organiser qu’un transport à partir de Paris. Mais le plus simple pour se faire une idée précise de ce que nous avons fait depuis 2015, c’est encore d’aller sur notre site et de voir les compte-rendu, avec de nombreuses photos, de nos missions humanitaires dans le Donbass.

Il y a beaucoup de petites associations humanitaires dans le Donbass, certaines existaient déjà avant la guerre et d’autres se sont créées depuis. Nous travaillons avec certaines d’entre elles et par exemple nous avons déjà fait des missions ensemble qui ont consisté à aller dans les marchés acheter de la nourriture, et ensuite se rendre près des zones de la ligne de front, dans les quartiers régulièrement bombardés, où habitent les baboushka (grands-mères), les familles avec les enfants et qui n`ont quasiment plus rien pour vivre. Nous avons aussi fait un don de 5000€ à un orphelinat de Donetsk pour qu’ils puissant entreprendre des réparations, notamment d’électricité et de chauffage, détruites par les bombardements de 2015. Nous avons à trois reprises acheté du matériel médical pour l’hôpital de traumatologie de Donetsk. Toutes ces actions sont documentées sur notre site internet avec de nombreuses photos et vidéos.

Mais nous sommes bien conscients que l`aide que nous avons apportée, c`est un goutte d'eau dans l`océan. De mon point de vue, cette goutte d'eau est mieux que rien, mais surtout, nous voulons montrer aux habitants du Donbass que la France, la vraie France, celle du peuple, ne les oublie pas. Même si le discours officiel d’Emmanuel Macron - identique d’ailleurs à celui de ses prédécesseurs - est un discours aligné sur la propagande et les mensonges de l’OTAN, il est important que les populations martyres du Donbass, sachent qu’elles ne sont pas oubliées et qu’il y a encore dans mon pays des gens de coeur qui pensent à elles et qui sont prêts à leur apporter de l’aide.

Dans tous les cas de figure, je ne peux que souhaiter que cette guerre s’achève et que les habitants du Donbass retrouvent la paix et la sérénité. A mon modeste niveau, c’est ce que j’essaye de faire avec mes  amis de Urgence Enfants du Donbass.

Vous avez rencontré l’écrivain-combattant Zakhar Prilepine au salon du livre russe à Paris en février dernier et vous avez convenu de réaliser ensemble une action humanitaire franco-russe dans le Donbass. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

J’ai effectivement eu le plaisir de rencontrer ce grand écrivain russe à Paris qui a eu le courage de mettre sa peau au bout de ses idées en s’engageant dans l’armée de la République Populaire de Donetsk.

Emmanuel Leroy avec Zakhar Prilepine au Salon du livre russe à Paris en février 2018

Nous travaillons actuellement sur les dates où nous pourrions mener cette action ensemble. Nos relations directes sont un peu difficiles car il ne parle ni le français ni l’anglais, et mes connaissances en russe sont plutôt sommaires. Mais nous avons de bons amis communs qui parlent parfaitement le français et le russe, et je suis sûr que nous trouverons rapidement une solution pour monter cette mission humanitaire ensemble. Il est important aujourd’hui de montrer aux propagandiste de haine de l’OTAN et à leurs supplétifs que les peuples n’acceptent plus leurs mensonges et qu’ils sont prêts à travailler ensemble pour briser le cercle de haine dans lequel les Anglo-Saxons tentent de nous enfermer. 

Emmanuel Leroy

mardi 13 mars 2018

L'Eurasie et l'avenir des Républiques populaires du Donbass

Source de l'article : Geopolitika

L’EURASIE ET L’AVENIR DES RÉPUBLIQUES POPULAIRES DU DONBASS


Michael Guerin

En janvier dernier le Parlement ukrainien votait une loi destinée à réintégrer les territoires du Donbass au sein de son territoire et d’y réaffirmer sa souveraineté ; les républiques populaires de Lougansk et Donetsk sont qualifiées de « territoires occupés » par la Russie, le président  Petro Porochenko disposant désormais de pouvoirs exorbitants dont précisément celui de délimiter ces zones « d’occupation ». À n’en point douter cette assurance ukrainienne doit beaucoup au soutien désormais affirmé de Washington, soutien aussi bien financier que militaire s’inscrivant dans le projet géopolitique anglo-saxon d’endiguement de l’Eurasie.

L’Ukraine a toujours constitué une pièce maîtresse dans le cadre de cette volonté d’empêcher l’avancée – autrefois militaire et aujourd’hui diplomatique – de la Russie vers l’ouest, et il nous faut ici évoquer la Fédération Międzymorze à l’origine de l’intermarium ; ce concept géopolitique né en Pologne dans l’entre-deux guerre visait à la construction d’une ceinture d’états s’étendant de la Baltique à la mer noire, regroupant alors la Pologne-Lituanie, (qui fut par ailleurs souveraine au nord-ouest de l’Ukraine du XIVe au XVIIe siècle), la Biélorussie la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la future Yougoslavie et bien sûr l’Ukraine.

  • Le Projet d’intermarium fut réactualisé en 2016 lors d’un sommet international à Dubrovnik, lors duquel naquit « l’initiative des trois mers » ; si cette nouvelle mouture, issue de l’Union Européenne et dont la composition correspond à peu de choses près à celle de la fédération Międzymorze, n’intègre pas pour l’heure l’État ukrainien il va de soi que la soudaine « révolution » survenue en 2013 – alors que Ianoukovytch opérait un rapprochement avec la Russie tout en tournant le dos à l’UE – visait à ramener l’Ukraine dans le giron du marché européen. D’où l’ingérence des puissances occidentales dans ce conflit (1), et l’engagement de personnalités telles que Bernard Henri Lévy ou George Soros en faveur de « l’intégrité territoriale » de l’Ukraine, un principe qui fut pourtant très vite oublié par la communauté internationale en ce qui concerne le Kosovo.

Sans nous livrer à un exposé historique complet, une digression s’impose quant à l’idée de « nation » ukrainienne, dont les contours ne sont pas aussi nets que le prétendent les nationalistes. 

C’est au IXe siècle que les varègues, peuple viking, fondèrent le Rus de Kiev, principauté qui sera le terreau duquel émergeront les peuples russes, biélorusses et ukrainiens; dès la fin du Xe siècle l’orthodoxie est adoptée comme religion, et constituera ainsi le ciment qui unit encore aujourd’hui la Russie et l’Ukraine. Au XIIe siècle le territoire sera envahi par les Mongols, puis par la Pologne–Lituanie au XIVe siècle ; le nord-ouest de l’Ukraine passera alors sous autorité polonaise, le sud-est restant entre les mains des tatars. L’Ukraine deviendra ensuite un état autonome cosaque au cours du XVIIe siècle avant d’être conquis par l’impératrice russe Catherine la Grande au milieu du XVIIIe siècle ; le pays connaîtra cependant une brève période « d’indépendance » entre 1917 et 1922 avant d’être intégré à l’ensemble soviétique. 

Enfin soulignons la particularité de l’Ukraine occidentale ou Galicie, fortement marquée par son appartenance passée aux empires polonais puis autrichien, et au sein de laquelle les communautés catholiques et juives occupèrent une place importante jusqu’à la seconde guerre mondiale. 

Cela suffit à relativiser l’idée d’un État ukrainien unitaire, qui n’apparaît en fait qu’en 1991 lors de la chute de l’URSS. Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’à ce titre, l’existence de l’Ukraine en tant qu’État souverain est une construction reposant presque entièrement sur le rejet de l’entité soviétique, et que l’identité ukrainienne civilisationnelle et originelle ne se distingue de la Russie que par la langue, ce qui est bien peu au regard de l’essence commune slave et orthodoxe. Sur le plan de l’identité culturelle et politique cependant, l’histoire aura creusé un important fossé entre un territoire tel que le Donbass et la partie ouest de l’Ukraine, berceau d’un nationalisme de type occidental et moderne stimulé au cours de la seconde guerre mondiale par l’Allemagne (2) pour contrer la Pologne et la Russie : si la situation géopolitique a depuis considérablement évolué, le revanchisme reste et les arguments ukrainiens n’ont pas changé…La propagande nationaliste ukrainienne est en effet fort évocatrice lorsqu’elle brandit le spectre de la menace « impérialiste russe » ou prétend se battre contre « des communistes ». Cela peut bien évidemment se comprendre de la part d’un peuple qui a fortement souffert du diktat soviétique, notamment lors de la grande famine de 1932–1933 ; il n’en reste pas moins que la nation ukrainienne, tout comme la Russie blanche, a les mêmes racines que la nation Russe et devrait par conséquent former une composante du grand ensemble eurasiatique.
  • Ajoutons à l’intention de ceux dont la sympathie va au « nationalisme ukrainien » que l’Eurasie n’est pas une résurgence de l’ère rouge, mais au contraire une synthèse politique – composant donc avec l’héritage post-soviétique car la Russie, à l’instar de l’Italie, a bien compris qu’un état ne doit jamais renier son histoire sous peine d’ouvrir des brèches dans lesquelles l’ennemi s’engouffrera rapidement – qui transcende les idéologies passées pour mieux s’opposer à l’occident marchand. Outre sa nature impériale, la construction eurasiatique présente un autre caractère traditionnel qui lui vient du rôle fondamental joué par l’Eglise Orthodoxe, donnant à l’ensemble une orientation résolument opposée à la modernité libérale.

Les républiques populaires de Lougansk et de Donetsk se distinguent donc, comme nous le disions plus haut, du reste de l’Ukraine en raison d’une forte prédominance russe (mais également cosaque) ; le Donbass, région industrielle et minière « russifiée » par Staline, est majoritairement russophone et la population « russe ethnique » y est particulièrement forte. Les biélorusses et tatars y sont également bien implantés, et un nombre important de citoyens au sein des deux républiques se réclame toujours d’une identité politique « soviétique ». Cela montre en quoi le Donbass plus que n’importe quelle autre région de l’Ukraine tend à participer à l’émergence d’une « nation impériale » plutôt qu’à un nationalisme de type Völkish3. Multi-ethnique mais préservant l’intégrité des communautés, les républiques populaires de Donetsk et Lugansk sont étrangères aussi bien au cosmopolitisme dissolvant de l’occident qu’au tribalisme ethnique des « nationalistes ukrainiens » ; un point d’équilibre que seule une véritable unité eurasiatique peut pérenniser. 

Sur le plan politico-juridique stricto sensu, les deux Républiques populaires sont indépendantes depuis les referendums d’autodétermination survenus le 11 mai 2014. Le 24 mai un projet de fusion est annoncé, devant donner naissance à la fédération de Novorossia – nouvelle Russie, reprenant ainsi l’appellation en vigueur à l’époque impériale. La Crimée quant à elle obtient son rattachement à la Russie, toujours via referendum, dès le mois de mars de la même année.

Bien évidemment les puissances occidentales et l’Union Européenne ne reconnaissent pas la validité de ces référendums, tandis que le gouvernement ukrainien stipendié considère les républiques populaires de Lougansk et Donetsk comme des « organisations terroristes » ; la répression organisée contre les deux républiques sera néanmoins un échec, et les deux républiques populaires sont aujourd’hui plus souveraines que jamais.
  • Pour mémoire lorsque l’UCK, organisation islamo-nationaliste et narcotrafiquante roulant pour l’Albanie, déclencha une insurrection au Kosovo visant à détruire la souveraineté serbe, elle fut curieusement retirée par les états-unis de la liste des organisations « terroristes » en 1998. 

La déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo en février 2008 ne provoqua pas l’émoi de la « communauté internationale », et la très servile Cour de Justice Internationale dans son avis consultatif de 2010 ne fit pas grand cas de l’intégrité territoriale Serbe. En ce qui concerne la création de l’entité Kosovare, les états occidentaux, l’Union Européenne et l’ONU ont procédé à une extension du droit à l’autodétermination – pourtant circonscrit à l’origine par l’ONU elle même aux situations coloniales ou de subjugation étrangère4 – et consacré sous prétexte de situation « sui generis » un véritable droit à la sécession5.

A l’aune donc du droit international et de ce précédent juridique, analysons sommairement la situation des Républiques populaires de Lougansk et Donetsk.

En vertu de l’ordre juridique international l’apparition d’un état indépendant requiert quatre éléments constitutifs
  1. Un territoire : un état doit tout d’abord avoir une assise territoriale, qui peut d’ailleurs être plus ou moins nettement définie. Dans le cas du Donbass, ce territoire est au contraire clairement défini géographiquement et administrativement, regroupant les deux oblasts de Donetsk et Lougansk.
  2. Une population : l’état doit bien évidemment être constitué d’une population établie sur son territoire de manière stable. Comme nous l’avons vu les républiques populaires de Donetsk et Lougansk ont une population nettement identifiable selon des critères ethniques et linguistiques ; le peuplement de la région du Donbass fut historiquement organisé par l’empire russe au XVIIIe siècle puis par l’URSS. À cela s’ajoute une identité politique post soviétique encore vivace, semblable à celle qu’on rencontre en Biélorussie ou en Transnistrie. 
  3. Un gouvernement : l’État doit être doté d’une autorité gouvernementale englobant l’ensemble de l’appareil politique et administratif, peu importe la nature idéologique de ce dernier. Le critère déterminant est l’effectivité de la gouvernance : celle-ci doit s’exercer sur l’ensemble du territoire, ce qui est le cas pour les magistratures de Igor Plotnitski (Lougansk) et Denis Pouchiline (Donetsk). Les autorités étatiques de ces deux républiques disposent de leurs propre documents administratifs, pièces d’identité, passeport, la république de Donetsk ayant même fondé sa propre banque centrale républicaine le 7 octobre 2014.
  4. La souveraineté : pour qu’il y ait naissance d’un état, c’est à dire d’une personne morale publique, le gouvernement doit disposer d’une pleine et entière souveraineté sur l’ensemble de son territoire et de sa population. Cette souveraineté doit donc être générale et exclusive. Cette condition est à nouveau remplie en ce qui concerne les républiques populaires du Donbass, qui sont seules détentrices de l’autorité souveraine à l’exclusion de Kiev depuis les référendum de 2014 approuvés par environ 90% de la population

La reconnaissance par les états tiers n’entre pas dans les éléments constitutifs de l’État et n’a qu’une portée déclarative relevant d’un processus diplomatique. A ce jour, seule l’Ossétie du Sud a officiellement reconnu les républiques du Donbass; la Russie a cependant promulgué en février 2017 un décret en faveur de la reconnaissance des documents officiels émanant des autorités gouvernementales de Lougansk et Donetsk. En France signalons l’initiative d’Hubert Fayard, ancien élu FN qui a ouvert dans les Bouches du Rhône un centre de représentation des républiques populaires du Donbass avec le soutien de quelques élus locaux de droite. De tels centres ont également vu le jour en Italie, en République Tchèque, en Finlande et en Grèce ; s’il ne s’agit en aucun cas de reconnaissances officielles, de telles initiatives témoignent de l’existence d’un soutien international en faveur des républiques populaires de Lougansk et Donetsk qui sont incontestablement, au regard des éléments que nous avons évoqués, appelées à prendre leur place au sein du grand ensemble eurasiatique…au grand dam des forces démo-libérales occidentales pour lesquelles le régime de Kiev n’est qu’un pion.

Notes :

·       1 Pour détourner l’opinion publique internationale de cette violation du principe de non ingérence dans les affaires intérieures d’un état tiers– l’ingérence ayant été prohibée par la jurisprudence internationale dans deux arrêts fondamentaux de la CIJ, « détroit de Corfou » (1949) et « activités paramilitaires au Nicaragua » (1986) – les états-unis n’ont rien trouvé de mieux que le l’enfumage politico-médiatique faisant état d’une immixtion russe dans les dernières élections présidentielles américaines…

·       2 De manière quasi systématique, les pays européens alliés de l’Allemagne national-socialiste lors de la seconde guerre mondiale ont été intégrés par la suite aux stratégies occidentales visant à endiguer l’Eurasie. C’est le cas de l’Albanie, de la Bosnie, de la Croatie et bien évidemment de l’Ukraine. A l’inverse les états affirmant une identité politique « socialiste » ou « post soviétique » comme la Serbie, la Biélorussie et les républiques du Donbass constituent des forces d’opposition au mondialisme libéral.

·       3 La distinction entre l’Empire, modèle de gouvernance idéal des civilisations indo-européennes, et la nation moderne nous semble fondamentale et c’est pourquoi nous lui consacrerons un chapitre dans notre ouvrage à venir « age de fer »

·       4 Voir les fameuses résolutions 1514 et 2625 de l’assemblée générale de l’ONU

lundi 6 juin 2016

Les causes profondes de la guerre dans le Donbass

Source de l'article : Geopolitika

LES CAUSES PROFONDES DE LA GUERRE DANS LE DONBASS


Emmanuel Leroy

Je vais essayer dans cet exposé de vous présenter ma vision de la guerre que l’occident mène dans le Donbass depuis bientôt deux ans par l’intermédiaire de ses supplétifs de Kiev ou par les mercenaires venus du monde entier pour « casser du moskal » comme certains disent à Lvov.

La grande erreur de mon point de vue, serait de s’en tenir aux apparences, et même de celles qui ont été peu médiatisées, du moins en occident. Ainsi par exemple, tous ici nous savons, grâce à Madame Victoria Nuland que les Etats-Unis ont investi 5 milliards de dollars depuis 1991 en Ukraine. Officiellement, cet argent a été investi pour, je cite Mme Nuland « favoriser la participation citoyenne et la bonne gouvernance… et aider l’Ukraine à devenir prospère, sûre et démocratique ». Il est certain que lorsque l’on vient en Ukraine aujourd’hui, on voit partout la prospérité, la sécurité et la démocratie !

Je ne connais pas le détail de l’affectation de ces 5 milliards de dollars, mais j’ai observé que pendant ces années post-soviétiques en Ukraine comme dans d’autres pays de l’ancien Pacte de Varsovie, on avait vu de nombreux pasteurs évangélistes venir convertir les populations, car la propagande religieuse est une des armes qu’utilisent les anglo-saxons pour subvertir les esprits.

Une partie de ces 5 milliards a certainement été utilisée aussi pour transformer les manuels scolaires et les « ukrainiser » afin de favoriser l’émergence d’un sentiment national ukrainien qui se dresserait contre Moscou ou tout ce qui représente l’âme russe. De la même façon, ont dû être financées par Mme Albright, M. Soros et leurs amis des associations culturelles ou religieuses pour développer les sentiments anti-russes.

Depuis l’élection de Léonid Kravtchouk en 1991 jusqu’à nos jours, c’est-à-dire pendant un quart de siècle, les américains auraient donc investi 5 milliards de dollars pour arracher l’Ukraine à la sphère d’influence de Moscou. Cet argent aura été employé dans les sphères politiques, religieuses, artistiques et culturelles, économiques, afin d’influencer les esprits et de provoquer des mutations profondes dans la pensée des gens par la réécriture de l’histoire, la désinformation, l’occultation de certains faits ou la déformation de ceux-ci. Voilà très exactement la définition de ce que les américains appellent eux-mêmes le « soft power ».

Ce concept développé dans son livre « Bound to Lead » par le professeur américain Joseph Nye dans les années 90 du siècle dernier soutient qu’il est possible d’affirmer sa puissance aujourd’hui par la persuasion et la contrainte douce sans avoir à utiliser d’emblée la puissance militaire ou les moyens de rétorsion. Mais comme les Américains n’ont gardé de leur médiocre mythologie et de leur courte histoire que les bagarres entre les cow-boys et les indiens, ils ont donc ajouté à ce concept de soft power celui de « smart power » ou pouvoir intelligent, c’est-à-dire une combinaison de la force pure (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie…) et de la contrainte qui peut s’appliquer par exemple sous la forme de sanctions économiques comme celles dont souffre la Russie aujourd’hui ou comme l’ont subi des pays comme l’Iran ou Cuba et bien d’autres encore.

Mais ces méthodes de soft power peuvent s’appliquer aussi aux « alliés », je dirais plutôt aux vassaux, c’est-à-dire à des pays comme la France à qui on interdira de vendre des bateaux à la Russie (en violation totale de toute les règles commerciales et du droit international) et à qui on infligera des sanctions financières colossales, comme l’amende de 9 milliards de dollars imposée à la BNP parce qu’elle avait couvert des transactions commerciales avec l’Iran (interdites par les USA) et au motif qu’elle avait utilisé des dollars pour cela.

Bref, comme nous le voyons, ce qu’ils appellent le soft ou le smart power ressemble beaucoup aux méthodes de la mafia où il faut faire beaucoup de révérences au Parrain pour qu’il vous laisse manger votre os dans votre gamelle et qui vous brise les reins si vous l’offensez ou s’il estime qu’il doit vous voler ce que vous possédez.

Mais revenons à la notion de temps. On disait tout à l’heure que les Américains se vantaient d’avoir investi 5 milliards depuis 1991. Une première impression serait de se dire qu’ils travaillent vraiment sur le long terme et qu’il y a au Département d’Etat à Washington ou au Pentagone, des hommes et des femmes en place depuis l’élection de George Bush père, qui ont une haine rabique de la Russie et qui continuent, année après année à porter des coups aux descendants d’Ivan Grozny.

Mais cette première impression, même si elle n’est pas fausse, est largement insuffisante pour comprendre la véritable nature des ennemis de toutes les Russies. Nous allons voir tout à l’heure que les prémisses de cette lutte pour la domination du monde, car c’est de cela dont il s’agit, remontent beaucoup plus loin que les années 90 du siècle dernier, et même bien avant la guerre froide.

Nous étions en février dernier à Moscou, avec mes amis Xavier Moreau et Nikola Mirkovic ici présents, invités par le prestigieux Institut Russe d’analyse Stratégiques (RISI) pour une conférence bilatérale franco-russe sur la lutte contre le terrorisme. Dans mon intervention, j’ai tenté de démontrer que la lutte contre le terrorisme nous ramenait inévitablement vers ceux qui en sont les promoteurs et qui utilisent la haine des musulmans salafistes contre tout ce qui n’est pas l’Islam pour déstabiliser les sociétés que les USA ont décidé de détruire.

J’en veux pour preuve cet extraordinaire aveu paru dans le New-york Times du 23 janvier 2016. Je cite «  Lorsque le Président Obama a secrètement autorisé la Central Intelligence Agency à commencer à armer les combattants rebelles de Syrie en 2013, l’agence d’espionnage savait qu’elle aurait un partenaire disposé à aider à financer l’opération clandestine. C’était le même partenaire sur lequel la CIA s’est appuyée pendant des décennies pour son argent et sa discrétion dans les conflits lointains : le royaume d’Arabie saoudite.

« Depuis lors, la CIA et son homologue saoudienne maintiennent un accord inhabituel pour la mission d’entraînement des rebelles, à laquelle les Américains ont donné le nom de code de Timber Sycamore. Avec cet accord, selon d’actuels et anciens hauts fonctionnaires, les Saoudiens fournissent à la fois des armes et de grosses sommes d’argent, et la CIA dirige l’entraînement des rebelles au maniement des fusils d’assaut AK-47 et des missiles antichars.

« Le soutien aux rebelles syriens n’est que le chapitre en cours d’une relation qui dure depuis des dizaines d’années entre les services d’espionnage d’Arabie saoudite et les États-Unis, une alliance qui a traversé le scandale Iran-Contra, le soutien des moudjahidines contre les Soviétiques en Afghanistan et les combats par procuration en Afrique…

… « Ils ont compris qu’ils ont besoin de nous, et nous comprenons que nous avons besoin d’eux, » a déclaré Mike Rogers, originaire du Michigan, ancien membre républicain du Congrès…

« …Les hauts fonctionnaires n’ont pas révélé le montant de la contribution saoudienne, bien plus importante que celle des autres nations, au programme d’armement des rebelles contre l’armée du président Bachar el-Assad. Mais on estime le coût total de l’armement et de l’entraînement à plusieurs milliards de dollars… ». Fin de citation.

Pourquoi parler du terrorisme et de la guerre en Syrie dans une intervention consacrée aux racines de la guerre dans le Donbass. Eh bien tout simplement parce que ces événements sont liés. Derrière les extrémistes de Praviy Sektor ou les mercenaires polonais, baltes ou anglo-saxons envoyés par le régime fantoche et illégitime de Kiev, il y a les mêmes ONG, les mêmes banques internationales, les mêmes sociétés multinationales, les mêmes « think tanks » que ceux qui opèrent en Syrie, au Yemen ou en Libye aujourd’hui ou qui intervenaient en Tchétchénie et en Géorgie hier.

Mais toutes ces actions terroristes, ces « révolutions de couleur», ces renversements de régime, ce ne sont que les symptômes aigües d’une pathologie bien plus grave et bien plus enkystée dans le monde et que j’ai baptisée l’idéologie anglo-saxonne. Et cette idéologie a pris racine en Angleterre voilà de nombreux siècles.

Qu’est-ce que l’idéologie anglo-saxonne et comment est-elle née ?

Il faut pour cela à mon avis remonter à la période élisabéthaine de la monarchie anglaise, à la fin du XVIème siècle et au début du XVIIème. Cette époque est marquée par les guerres de religion initiées par l’irruption du protestantisme et par l’affrontement de la monarchie française avec la dynastie des Habsbourg sur la scène européenne. En 1600, l’Angleterre ne compte que 4 millions d’habitants quand la France en compte près de 20 millions. Cette faiblesse démographique comparée aux puissances continentales de l’époque, France et empire des Habsbourg et la menace extrême qu’a représentée la tentative d’invasion de l’Angleterre par l’Invincible Armada du roi d’Espagne Philippe II est probablement à l’origine de la politique suivie depuis lors par les élites britanniques (politique du faible au fort), à savoir provoquer la division et l’affrontement chez tous leurs ennemis potentiels. Leur seul atout est la puissance maritime et il leur faudra l’exploiter à fond, par tous les moyens, notamment la piraterie et le commerce.

Le grand rêve de puissance et d’hégémonie mondiale des Anglais est né, selon moi, au retour de l’expédition autour du monde du pirate Francis Drake le 26 septembre 1580 où la part du butin volé aux Espagnols et réservée à la reine Elisabeth représentait selon certaines sources une fois et demie le budget annuel du royaume.

Francis Drake est probablement devenu après ses exploits le modèle à suivre et parmi ses nombreux admirateurs, un en particulier mérite d’être retenu, William Raleigh (cf. controverse Ecole de la nuit), car il est le premier, selon les sources dont je dispose, à avoir conceptualisé l’hégémonie anglo-saxonne sur le monde.

En effet, ce gentilhomme, probablement athée, un peu pirate lui aussi, un peu aventurier et qui finit décapité à la tour de Londres, eut le temps d’écrire avant sa mort un ouvrage intitulé en toute simplicité l’Histoire du monde et dans lequel il affirme : « Qui tient la mer tient le commerce du monde, qui tient le commerce tient la richesse, qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même ».

Donc c’est là, à mon avis, à partir de la prise de conscience de cet exploit de piraterie exceptionnel, qu’est née cette idée de parvenir à la suprématie mondiale par la puissance maritime et l’accaparement des richesses d’autrui.

Mais cette idée, véritablement révolutionnaire, s’est transmise de génération en génération à travers les siècles dans le monde anglo-saxon (par deux sources, souvent liées : source exotérique universitaire et source ésotérique franc-maçonnerie), notamment chez le Britannique Mackinder dont la formule maîtresse est « qui tient l’Europe orientale tient le heartland, qui tient le heartland domine l’île mondiale, qui domine l’île mondiale domine le monde » et qui s’est transformée chez l’Américain Spykman dans la formule plus ramassée « Qui contrôle le rimland gouverne l'Eurasie ; qui gouverne l'Eurasie contrôle les destinées du monde ».

Ce qui est extraordinaire c’est qu’à trois siècle de distance, ces trois personnages partagent tous l’idée de domination du monde et c’est là véritablement qu’il faut comprendre la nature profonde de cette idéologie anglo-saxonne : c’est en toute simplicité l’hégémonie totale sur les affaires du monde, ce qu’ils appellent aujourd’hui la gouvernance mondiale et qui  n’est que la continuation du Grand jeu dont parlait Rudyard Kipling au XIXème siècle.

Et dans ce Grand jeu la plupart des grands acteurs de la scène mondiale ont été vaincus les uns après les autres, souvent par procuration, par le petit peuple britannique qui ne comptait que 4 millions d’individus il y a peine 4 siècles et qui a essaimé à travers le monde avec les pseudopodes du Commonwealth et de la grande Amérique : ce qu’ils appellent eux-mêmes les Fives eyes (Royaume-Uni, USA, Australie, Canada et Nouvelle Zélande).

Voilà mes Chers Amis les raisons pour lesquelles des obus explosent tous les jours dans le Donbass aujourd’hui et tuent indifféremment des hommes, des femmes, des enfants.

Ce n’est pas une guerre civile entre Ukrainiens de l’est et de l’ouest, c’est la suite de la guerre de Crimée de 1856, des deux guerres mondiales et de beaucoup d’autres, bref c’est la poursuite du Grand Jeu de Kipling qui ne cessera que le jour où l’idéologie anglo-saxonne aura triomphé ou aura été vaincue.

La Russie représente aujourd’hui le dernier point de résistance contre l’empire anglo-saxon et ses métastases. Le Donbass est aux avant-postes de cette guerre sans merci.

Stavaï Donbass ! Tenez bon, la liberté du monde dépend de vous !

Emmanuel Leroy