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jeudi 30 mai 2019

La Guyane sur l'autel de la marchandise



La forêt amazonienne guyanaise qui jusqu'à présent avait été globalemnt préservée du fait du faible développement intérieur de cette ancienne colonie française, subit depuis ces dernières décennies l'assaut des multinationales aurifères pour lesquelles l'or vert est sacrifiable sur l'autel d'une marchandise en quête de l'or jaune...

Il se trouve que je connais assez bien cette problématique aurifère de Guyane, m'étant impliqué, parallèlement à mes 15 années de guide expédition en forêt guyanaise, dans l'étude et la dénonciation des orpaillages clandestins et industriels qui ravagent non seulement l'environnement amazonien de cette région magnifique mais imposent aussi à ses opulations un modèle de société délétère aux impacts multiples (écologique, sanitaire, social, criminel...)

Sur cette carte réalisée par le collectif "Or de question" vous pouvez observer les métastases industrielles qui se développent dans la forêt guyanaise, auxquelles il conviendrait de rajouter les centaines de "placers" clandestins aux extractions et moeurs encore plus néfastes. 

Et les dégats de cet "or-pillage" de la forêt guyanaise qui est de notre responsabilité commune autant que l'Amazonie est un héritage vivant universel à protéger, rayonnent bien au delà de leurs concessions territoriales, ne serait-ce que par les vectorisations de leurs impacts divers via l'aval de leurss bassins fluviaux où leurs voies logistiques d'approvisionnement par exemple. Je pense pour ne pas tomber dans le fanatisme d'un écologisme "hors sol" que seul peut être toléré un orpaillage artisanal et local aux concessions, moyens industriels et durées d'exploitation réduites et contrôlées de manière draconienne pour maitriser au maximum les impacts de lexploitation, la réhabilitation de ses sites et les retours locaux de son activité socio-économique.

Ce combat contre le dépecage de la Guyane par les industriels aurifères n'est pas seulement écologique et local, il est le symptôme d'un capitalisme mondialiste vampirique qui considère l'ensemble du vivant planétaire, humains compris, comme exploitable et consommable dans une vision à court terme et suicidaire. 

Aussi, toutes les résistances les plus diverses des peuples contre la marchandisation de leur sanctuaires, l'hégémonie militaro-politique d'une pensée unique mondilaiste et leur mise en esclavage économique par une ploutocratie internationale qui sont liées dans leur ennemi commun et leurs destinées de combat, doivent aujourd'hui s'unir en conscience pour défendre le projet d'un monde multipolaire respectueux de ses diversités et patrimoines indentitaires qu'ils soient naturels ou humains dans la restauration de leur harmonie originelle.

Voilà pourquoi, et pour répondre à celles et ceux qui me demandent souvent comment et pourquoi je suis passé de l'activisme indépendantsite breton au séparatisme donbassien en passant par le militantisme guyanais, je revendique avec la même ferveur et une cohérence métapolique intime dont mes pensées et mes actes ne sont que les rayons de la roue d'une destinée que je me suis choisie, cette rébellion permanente et souveraine contre la dictature de la marchandise en est à la fois le centre et les contours....

Erwan Castel

Il y a 10 ans, en Guyane , une autre vie mais un même combat ontologique qui continue aujourd'hui dans le Donbass, avec d'autres armes  

samedi 9 mars 2019

Le dernier vol d'un homme libre



Hier, un camarade de Guyane m'a informé du décès de François Susky, un homme exceptionnel côtoyé en Guyane pendant 15 années d'aventure amazonienne. Comment évoquer ce personnage en quelques lignes sans oublier l'essentiel de sa rencontre. Je me souviens comme si je l'avais croisé hier de son visage, figure de gargouille semblant avoir été sculptée par un tailleur de pierre où rayonnait au milieu des sillons des années un regard pétillant et perçant, comme celui des aigles dont il a partagé le royaume toute sa vie.

A 91 ans, ce tchécoslovaque, amoureux passionné de la Guyane a enfin retrouvé le ciel que le poids des années l'avait contraint à déserté il y a quelques années seulement. Depuis l'annonce de sa disparition des souvenirs se bousculent dans ma mémoire, une silhouette recroquevillée sur sa légende, posée sur la place des Amandiers attendant que le soleil couchant lui offre des fulgurances de feu nouvelles pour ses tableaux, un vol mémorable vers Camopi réalisé en 2005 je crois mais au cours duquel l'homme autant que la forêt me sont apparus dans leurs réalités mythiques, des discussions enfin qui aujourd'hui me semblent des graines en germination au milieu de mon chemin qui s'est éloigné de cette terre où chacun peut venir y planter son rêve.

L'avion, qu'il maîtrisait comme un oiseau maîtrise ses ailes, était beaucoup plus pour ce pilote de brousse qu'un simple moyen de transport ou un business vers les communes isolées de Guyane, mais surtout et avant tout le moyen d'embrasser fougueusement la Liberté, d'échapper à la pesanteur de la terre autant qu'à celle du monde moderne et de ses anthropocentrismes suicidaires.

La forêt (dont un inselberg majestueux porte son nom) semblait être son élément vital et même aérien tant les ailes de son avion faisant souvent la révérence à la canopée tandis que les sauts (rapides) des fleuves indomptés lavaient les roues de son vieux "coucou". Son appartement, ou plutôt sa salle de repos entre 2 vols, encombré de souvenirs était toujours dans le ciel de Guyane sur lequel chacun de ses tableaux toujours inachevé, ouvrait une fenêtre pointilliste sur la forêt sacrée de sa liberté. 

Cet homme n'était pas à comprendre mais à ressentir, car il incarne ces rêves qu'on ne peut ni expliquer ni décrire mais qui font que certains hommes peuvent rester debout et libres jusqu'au bout de leur éternelle jeunesse.


Voici un reportage sur Susky à travers lequel 
on découvre la féerie de la Guyane et sa forêt.
Un beau documentaire de Bernard Collet à découvrir.

Dans le Donbass, ce matin j'ai croisé un ancien, vétéran d'Afghanistan, milicien de la première heure dans le Donbass, claudiquant sur ses jambes blessées, les traits tirés et le visage rongé par la barbe grisonnante et la fatigue; mais il avait la même brillance dans les yeux que Susky, cette flamme universelle qui brille unique dans les yeux de chaque homme réellement libre.

Aujourd'hui Susky a pris son dernier vol et nul doute qu'il a rejoint le petit prince d'un autre pilote de la Liberté, pour lui apporter les couleurs des aras, l'ombre des savanes roches, les chants des grenouilles, l'écume des rivières et des odeurs d'orchidées.

Merci à lui de nous avoir montrer que les rêves mêmes les plus hauts sont à la portée de la volonté humaine.

Erwan Castel