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lundi 13 décembre 2021

Mamaï, toujours vivant dans les coeurs

Oleg Mamiev, dit "Mamaï" dans les tranchées de Promka - Photo Kristina Melnikova

A l'occasion de l'anniversaire de feu Mamaï, le commandeur de la brigade Piatnashka tué au combat le 17 mai 2018, j'ai rencontré 2 journalistes à Donetsk, Elena Tchinkarenko et Dimitri Steshin qui m'avaient invité à évoquer la mémoire de ce "commandeur" que j'ai eu l'honneur de servir au sein de la brigade internationale Piatsnashka.

Mamaï a rencontré son destin le 17 mai 2018 sur le front de Promka sur l'un des avant-postes que notre bataillon tient sur le front de Yasinovataya au Nord de Donetsk. 

En 6 ans, plus d'une quinzaine de proches camarades ont disparu à l'horizon des tranchées du Donbass, quand d'autres y laissaient un bras ou une jambe. 

Dans les halls des casernes leurs portraits accueillent les vivants, leur rappelant le sens du devoir et le prix de la Liberté. Au pied de leurs regards figés par l'Histoire, de pieuses offrandes viennent saluer leur sacrifice de leurs âmes et alimenter la force de ceux qui ont ramassé leurs armes.

Mais, aux cœurs de ceux qui les ont côtoyé dans la poussière, la boue ou la neige du front, ils sont toujours présents comme les membres de sa famille, comme sont présents à jamais également, mais dans la mémoire, ces autres soldats dont les silhouettes fugaces se sont écroulées un jour dans le réticule de son fusil. 

Les uns et les autres nous rappellent la tragédie de nos destinées humaines qui nous emportent comme des fétus de paille dans la tempête de nos passions.

Erwan Castel

Source de l'article : Novorosinform

"Il n'était pas seulement un commandant de bataillon 
mais aussi un père"

Un volontaire français de "Piatnashka" a parlé de Mamaï

Mamaï se tient au milieu d'une foule lors du 1er défilé de la victoire, le 9 mai 2015
 - Photo Svetlana Kisileva

12 décembre Héros de la République Populaire de Donetsk, Oleg Mamiev (indicatif d'appel Mamai), le légendaire commandant de bataillon de la brigade internationale "Pyatnashka", aurait eu 44 ans.
Si le 17 mai 2018, sa vie ne s'était pas tragiquement terminée sous les tirs de mortiers ennemis aux premières lignes de la "promka"...

Nous avons parlé de Mamaï avec un volontaire de France, Erwan Castel, qui a combattu sous ses ordres. Erwan est un tireur d'élite de la brigade Piatnashka et un ancien officier de carrière dans l'armée française, originaire de la province de Bretagne. En janvier 2015, Ervan est arrivé à Donetsk et s'est porté volontaire pour la milice. En septembre 2019, Erwan a été grièvement blessé par l'explosion d'une mine en première ligne, le privant pratiquement de son bras gauche. Voici ce qu'il a dit à propos de Mamaï :

"Depuis que je suis venu combattre dans le Donbass, j'ai eu plusieurs commandants. Je ne veux pas parler maintenant de savoir si l'un d'eux était meilleur ou pire. Mais Mamai est seul parmi eux ¨qui a laissé des souvenirs indélébiles de lui-même. Il y a différents types d'officiers:  il y a des officiers d'écoles, théoriciens,, il y a ceux qui construisent une carrière militaire, même si tous les deux sont capables parfois de se montrer à la hauteur du champ de bataille. Mamaï appartenait à la catégorie la plus rare des vrais officiers militaires, ceux formés et forgés par les combats. Pour moi, il était l'incarnation vivante d'un vrai chef militaire..

Mamaï commandait les soldats non par ses galons ou son physique athlétique, mais exclusivement par la force de son exemple personnel. Ceci est très précieux pour un soldat ordinaire. C'était un homme simple et modeste, mais en même temps il possédait une autorité incontestable et savait naturellement inspirer l'obéissance. Mamaï avait une carrure athlétique, il était présent aussi bien dans les formations qu'en première ligne et toujours à l'écoute de ses combattants. Les portes de son bureau étaient toujours ouvertes, même pour les simples soldats.

Par exemple, pour illustrer sa personnalité il était venu à sa dernière Parade de la Victoire le 9 mai 2018 en grande tenue, mais sans décoration Et, à mon avis, c'est très caractéristique de lui. Le pathos, la vanité lui étaient étrangers, tout ce qu'il faisait venait du cœur.

Autre détail très important pour moi en tant que militaire : chaque mois, il était en première ligne. Cela pourrait être à l'occasion d'une fête calendaire, d'une fête patriotique ou à l'occasion de l'anniversaire d'un des soldats. Il venait nous voir avec du thé, des bonbons, un gâteau et restait longtemps avec les soldats sur la ligne de front, essayant de connaître quel était leur état d'esprit et quelle était la situation actuelle.

Je suis tireur d'élite dans la brigade Pyatnashka et je me souviens très bien comment Mamaï est venu me voir et m'a demandé de me montrer les positions à partir desquelles j'effectuais l'observation et le tir. J'ai vu qu'il savait à la fois observer l'ennemi et préparer une position de tireur d'élite. De plus, il s'intéressait très sincèrement à mes préoccupations actuelles, si j'avais des problèmes techniques. Pour tous les soldats de notre unité, il n'était pas seulement un chef de bataillon, il était, sans exagération, un  père.

Quelques jours avant de tomber au combat, "Mamaï "était venu nous visiter sur notre
position de Promka du front de Yasinovataya, avec "Snak" notre commandant d'unité 

Avec tous mes camarades nous nous se souviendrons à jamais de cette tragique soirée du 17 mai 2018. J'en parle sincèrement et sans pathos. Le jour où Mamai est mort sur le champ de bataille, j'étais au "bal". Ma position était à environ 500-600 mètres de la position  Donaï, où Mamai a été mortellement blessé.

Ce soir-là, les forces ukrainiennes nous ont tiré dessus très fort. Ils nous ont tiré dessus avec des mitrailleuses lourdes, des mortiers de 82 mm et des lance-grenades AGS. La plus grande partie de notre unité était sur la position en état d'alerte, car nos positions sur les avants postes de Promka sont constamment la cible de tirs, et nous ne sommes séparés par endroits que d'une centaine de mètres des lignes ukrainiennes, ce qui les incite aux provocations.

Vers neuf ou dix heures du soir, un message passa parmi les soldats d'une sentinelle à l'autre que Mamaï avait été blessé. À ce moment-là, nous étions inquiets, mais pas surpris : il était souvent en première ligne, surtout si la situation était tendue. Pour nous, Mamai ne pouvait pas mourir, il était notre commandant de bataillon, et à nos yeux il était immortel. Nous connaissions tous son histoire : c'était un volontaire d'Ossétie, venu dans le Donbass dès les premiers jours du "printemps russe', dans les rangs de l'unité d'alors « Vostok », il participa aux combats aux frontières sud de la république, où il fut grièvement blessé à l'œil à Stepanovka, Il a survécu à de nombreuses batailles majeures en 2014. Pour nous, il était immortel...

Mais aux environs de minuit, de nouvelles informations sont passées par la position annonçant que Mamai était mort de ses blessures. Nous avons été choqués. Mais ce choc ne nous a pas dévasté, ne nous a pas paralysé, mais il nous a fait serrer plus fort l'arme dans nos mains. Mais en même temps, nous avons ressenti un vide dans nos cœurs. Il était notre commandant, aux yeux d'un soldat, un commandant ne doit pas mourir au combat, il doit résister, survivre. Habituellement, un simple soldat sacrifie sa vie sur la ligne de front. À ce moment-là, nous avons ressenti le véritable héroïsme de Mamai. »


A propos des funérailles du commandant du bataillon, Ervan a du mal à retenir ses larmes :

"Après la rotation, nous sommes venus aux funérailles de Mamai à Donetsk. Vous n'avez pas besoin de penser que les militaires sont des gens insensibles. Au contraire, si la guerre ne rend pas les soldats trop émotifs, en revanche elle leur fait ressentir plus intensément les tragédies, la souffrance et la misère autour d'eux, ce fut une journée terrible, mais ce jour-là, j'ai vraiment senti que Mamaï était un vrai héros.

On pensait dire au revoir au commandant en cercle étroit, au sein de ses proches et sa famille militaire, notamment son unité de combat, la brigade internationale "Piatnashka", une unité de combat qui avant tout est une grande famille. Mais lorsque nous sommes arrivés avec des couronnes mortuaires dans le centre de Donetsk, j'ai vu une foule immense de civils affluer en un flot incessant vers l'opéra, où la cérémonie d'adieu a eu lieu. La foule était presque aussi nombreuse que celle qui, quelques mois plus tard, viendrait dire au revoir au premier chef de la RPD, Alexander Zakharchenko. J'ai vu devant moi des dizaines de milliers de personnes qui s'étaient rassemblées pour dire le dernier adieu à Oleg Mamiev. Pour nous, ce fut une reconnaissance inestimable et inouïe non seulement de ses mérites personnels, mais aussi la reconnaissance de nous, ses combattants, et de tout le Donbass.

Le volontaire ossète Mamaï, lors des premiers combats de 2014 

Mamaï n'était pas originaire du Donbass, il était de nationalité ossète. Mais il a réussi, avec toute sa modestie naturelle, à devenir une véritable personnification de la résistance du Donbass. Avec de véritables émotions, je me souviens de ses camarades d'Ossétie, dont certains sont venus ici avec lui pour se battre comme volontaires . Ce sont des gens extraordinaires, comme un bloc de granit brut : simples, durs, mais avec une âme généreuse. Je les ai vus sangloter de manière incontrôlable à l'opéra, où était exposé le cercueil avec le corps de Mamai, et cette image restera à jamais dans ma mémoire.

Un camarade ossète de Piatnashka, sur le parvis de la cérémonie d'adieu à Mamaï

Je me souviens aussi d'une photo prise par Svetlana Kisileva lors du premier défilé de la victoire à Donetsk le 9 mai 2015. On y voit Mamai tenant une petite fille dans ses bras. Il se tient au milieu d'une foule très dense de gens de Donetsk qui se sont rassemblés pour admirer le défilé militaire, et une aura puissante semble émaner de lui.

Oleg Mamiev n'était pas un homme des tribunes, il était un homme du peuple et a toujours voulu être avec le peuple. C'était un homme simple, mais il possédait de telles qualités qu'il incarnait ¨malgré lui la vraie noblesse de l'âme."

Erwan Castel



lundi 17 mai 2021

"Que le souvenir des morts soit la force des vivants !"

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Oleg Mamïev, "Mamaï", lors du défilé de la victoire du 9 mai 2015 à Donetsk.
il est alors commandant en second de la brigade internationale Piatnashka, 
dont il prendra le commandement plus tard, jusqu'à ce jour funeste du 17 mai
2018, où, sur le front de Yasinovataya, il est mortellement blessé au milieu de
ses hommes, par le feu d'un bombardement ukrainien.
(Photo Svetana Kissileva).

3 ans déjà se sont écoulés depuis la disparition au combat de Oleg Mamiev, le commandeur de la brigade internationale Piatnashka; et pour celles et ceux qui avons eu l'Honneur de le côtoyer et d'Être sous son commandement, "Mamaï" reste dans nos mémoires et nos coeurs un homme exceptionnel et un chef hors norme. 
Le souvenir de cet homme dont la noblesse de coeur n'avait d'égale que l'humilité résistera toujours au temps et à cette triste dissolution des traditions de la brigade opérée par cette bureaucratie sans âme d'un ministère de l'intérieur dans lequel le régiment des forces spéciales, auquel appartenait Piatnashka, a été maladroitement remisé par la nouvelle administration républicaine après l'assassinat (31 aout 2019) du Président Zakharchenko .



Lundi 17 mai 2021

Le 17 mai 2018, Oleg Mamïev était mortellement blessé sur le front de Yasinovataya, au Nord de Donetsk par un bombardement ukrainien frappant la position "Dunaï" dans le secteur de Kruta Balka J'ai souvent évoqué le passage fulgurant de cet officier dans nos vies de volontaires et aujourd'hui encore notre immense et intacte tristesse, que ne réussit pas à éroder la meule du temps, témoigne de l'aura militaire et la noblesse de coeur de cet homme dont le nom est désormais indissociable de la légende de Piatnashka.

Oleg Anatolyevich Mamiev est né le 12 décembre 1977 à Vladikavkaz, en Ossétie du Nord, il vit le déchirement des peuples de Russie jetés hors de leur Mère Patrie par l'effondrement de l'URSS, ce qui  provoquera d'ailleurs, dans sa terre ancestrale, une rébellion séparatiste qui avec celle de l'Abkhazie voisine donnera naissance en 1992 aux républiques populaires d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie. 

Et dans tous ces conflits séparatistes marquant la ligne de fracture soviétique, on observe toujours un afflux de volontaires venir des 4 horizons de l'impérium slave pour soutenir les rébellions  de leurs frères historiques, renouant ainsi avec la tradition des brigades internationales qui marquent l'histoire de la guerre d'Espagne contre le fascisme franquiste. 

Aussi, lorsque le fascisme bandériste œuvrant aujourd'hui pour le grand Capital mondialiste, lance ses chars et avions de combat contre les populations russes du Donbass, on voit arriver dans sa steppe en feu et ses villes bombardées des milliers de volontaires venant soutenir sa résistance. Il faut comprendre ici que l'immense majorité de ces volontaires ne sont pas poussés vers les combats par un fanatisme politique ou un aventurisme militaire, mais parce que fidèles aux valeurs communes et fraternelles qui animent le "sens commun" des peuples, révoltés par la violence criminelle du nouveau régime de Kiev, mais aussi pour défendre cette "idée d'empire" qui a traversé jusqu'à leurs projets d'avenir l'Histoire impériale, soviétique et fédérale russe et qui noue leurs identités particulières dans une destinée supérieure et civilisationnelle à défendre.

Oleg Mamïev, indicatif "Mamaï" rejoint en 2014 le Donbass avec des volontaires
ossètes, et prend part aux premières victoires des milices contre l'agression ukrainienne.

2014 est certainement l'année la plus périlleuse vécue à ce jour dans le Donbass, car les milices d'autodéfense ne sont pas encore équipées correctement, ni même coordonnées entre elles, et plusieurs corps blindés ukrainiens ont réalisé des saillants dangereux notamment à l'Est et au Sud de Donetsk. Mais les forces ukrainiennes, désorganisées et emportées dans leur élan, vont 'bouillir" les unes après les autres dans des "chaudrons" forgés par le courage et les sacrifices de milices républicaines que renforcent chaque jour l'arrivée de nouveaux volontaires ainsi que les moissons de matériels, armes et munitions récoltés sur les champs de leurs victoires successives (frontière, Iliovaisk, Shakhtyorsk, aéroport, Debalsevo...)

D'abord volontaire dans les rangs de la brigade Vostok, "Mamaï" participe à de nombreux combats décisifs durant l'été 2014 le long des frontières avec la Russie, où il est une première fois blessé sérieusement au bras et à l'œil dans le secteur de Stepanovka près de Saur Moghila, 


A peine remis de ses blessures, le volontaire ossète retourne au combat au sein de la brigade internationale "Piatnashka" alors commandée par "Abkhaz", un volontaire d'Abkhazie et qui participe aux côtés des bataillons "Sparta (commandé par Motorola) et Somali (commandé par Givi") aux combats âpres mais victorieux libérant l'aéroport Prokofiev, au Nord de Donetsk. 

La brigade internationale "Piatnashka" (en référence au noyau originel de "15" volontaires) est sans conteste un des hauts symboles de cette "Union des peuples soviétiques" qui anime la rébellion du Donbass, ("sovietsky soyouz" et que les occidentaux formatés par la propagande de la guerre froide doivent ici considérer, non sous un angle politique idéologique mais sous celui d'une union de peupleS autour d'une destinée commune et supra communautaire). 

A l'automne 2014, "Piatnashka", qui est à la pointe de tous les combats depuis sa création en juin 2014, est alors en pleine expansion à partir de volontaires venus de Russie et du Caucase. mais aussi de Serbie, d'Espagne, d'Italie etc. et "Mamaï" devient rapidement un des piliers et le commandant en second de cette Brigade internationale qui continue de sculpter sa légende par la sueur, le sang et les victoires.

Octobre 2014, près de l'aéroport, les volontaires
de Piatnashka se regroupent autour de Mamaï 
(visible dès le début de la vidéo) pour un assaut 
sur des positions ukrainiennes près du terminal.
(les blindés appartiennent au bataillon Vostok)

En 2016, "Mamaï" succède à "Abkhaz" au commandement de la brigade "Piatnashka" qui est alors engagée principalement sur le front de Yasinovataya devenu sous les attaques ukrainiennes incessantes cherchant à s'emparer de la route Donetsk-Gorlovka, un des secteurs les plus "chauds" du front. Malgré ses fonctions d'Etat Major, "Mamaï" va dès que possible sur les avants postes tenus par ses unités de combat, là où son destin va l'attendre un 17 mai 2018...

Alors que je rejoins la brigade après 2 années de service sur les fronts militaire et de l'information, les rotations de mon unité s'enchainent rapidement dans le chaos de la zone industrielle de Promka, rythmées par les tirs ukrainiens qui régulièrement précipitent au delà de l'horizon des vivants de proches camarades.

17 avril 2018, dans la zone industrielle de Promka entre Avdeevka (occupé par
les forces ukrainiennes) et Yasinovataya (forces républicaines), "Mamaï" vient
nous rendre visite sur notre avant poste de section.1 mois plus tard, jour pour
jour, la Camarde allait l'attendre sur une autre position à 500 mètres au Nord.

Plusieurs fois par mois nous recevons la visite de notre "Mamaï" autant paternelle que de commandement à quelques centaines de mètres des positions ukrainiennes. Il rencontre alors chacun des soldats en mission, s'enquérant de leurs observations, de leurs besoins, de leur moral, et n'oubliant jamais d'apporter des grandes pâtisseries à l'occasion d'une fête patriotique ou d'un anniversaire personnel passé en première ligne

Pour ouvrir cet article qui me tient à coeur plus que les autres, j'ai choisi cette photo saisie par Svetlana Kissileva lors de la 1ère parade de la Victoire de 1945 organisée par la République populaire de Donetsk le 9 mai 2015. Sur cette photo de foule on y voit Oleg Mamiev tel qu'il reste dans nos mémoires : un pilier charismatique au milieu du peuple défendu et portant dans ses bras toute l'espérance de son avenir !

J'aimerais tant trouver les mots justes pour décrire ce que cet homme a semé dans nos mémoires et nos coeurs, car "Mamaî" est une borne majeure dans le cheminement intérieur autant que dans l'expérience militaire de chacun de ceux qui l'ont connu et côtoyé dans la boue des tranchées. 

Oleg Mamaïev était de ces soldats authentiques, incarnant cette figure intemporelle et mythique du Chevalier; et qui traverse les âges avec comme panache la force de l'exemple, comme qualité l'humilité du courage et comme noblesse l'intelligence du coeur. A son contact quotidien, particulièrement lors de ces moments partagés aux avants postes de Piatnashka, sur ce front funeste de Promka qui devait l'engloutir, nous ressentions déjà toute l'initiation silencieuse de sa personnalité, humble et attentive et toujours à l'écoute de ses hommes, et beaucoup disions déjà de son vivant qu'il était un père pour la famille de son bataillon. 

17 mai 2018, "Mamaï" vient vers notre position avancée dans Promka sur le
front de Yasinovataya. Il est un des rares chefs de guerre que j'ai suivi en
toute confiance, reconnaissant en lui les compétences militaires acquises
par l'expérience du combat, la justesse d'un instinct tourné vers la réussite
de la mission donnée et l'intelligence d'un coeur soucieux de la vie de ses
soldats. Un chef dans toute la noblesse de sa fonction. Photo Kristina Melnikova

Lorsque "Mamaï" est mortellement blessé ce 17 mai 2018, mes camarades et moi-même étions en poste sur la position "14" un peu plus au Sud de la position "Donaï" où notre chef devait rencontrer son destin. Je me souviens de cet appel radio transmis en milieu de soirée de poste de combat en salle de repos : "Mamaï a été grièvement blessé sur le front". Mais pour nos coeurs, à cet instant il était impossible que ces blessures soient fatales à celui qui incarnait l'esprit immortel de Piatnashka. Hélas nous devions apprendre plus tard que cet homme dont la légende avait précédé sa mort au combat n'avait pas survécu à ses blessures multiples (thorax et tête) reçues lors de ce bombardement ukrainien d'AGS 17 (lance grenades automatique de 30mm)

Nous étions alors sous le choc, devenus par des brèves lueurs aperçues à l'horizon Nord de notre position et le grésillement ému de la radio d'alerte, des orphelins de coeur !

17 mai 2018, sur le front de Yasinovataya, les dernières 
minutes de vie de Oleg Mamïev, lorsque son destin a
ouvert au Monde les portes d'une légende exemplaire.
(extraits du reportage du journaliste Sladkov qui était 
témoin des faits. le lien de la vidéo complète ICI ).
Dans cette vidéo, on observe tout d'abord des échanges
de tirs entre belligérants, situation quotidienne et banale
sur ce secteur du front où les positions sont à portée de 
voix les unes des autres. Puis les forces ukrainiennes
augmentent les tirs, engageant un canon sas recul SPG9
("SAPOG") puis un lance grenade automatique AGS17, une 
arme très prisée dans les guerres de positions tirant des 
grenades autopropulsées de 30mm. A 7'43", une nouvelle
  salve ukrainienne arrive juste dans la tranchée et blesse 
mortellement Mamaï (explosion surlignée). Puis s'en suit
l'évacuation rapide et risquée de Mamaï alors que de 
nouveaux tirs ukrainiens se font entendre.

Aujourd'hui le nom de Piatnashka est indissociable de celui de Oleg Mamïev, son commandeur qui nous laisse en héritage le souvenir éternel d'un homme courageux et humble qui commandait son bataillon à la fois comme un père de famille, un chef de guerre médiéval, et un officier des temps modernes.

Depuis ce tragique 17 mai 2018, "Mamaï" ne cesse de combler l'immense vide de son absence par l'héritage du souvenir déposé dans la mémoire et le coeur de chacun de ceux qui l'ont connu et côtoyé. Il est un repère essentiel à la fois heureux et triste du courant tumultueux de cette page d'Histoire européenne qui s'écrit depuis 7 ans dans le Donbass avec une encre de sang. 

Le 19 mai, au coeur de la cité de Donetsk reconnaissante, une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes est venue saluer la dépouille de cet homme humble et courageux, devenu fils du Donbass, non par le sang reçu mais par le sang versé.

Un soldat, frère d'armes, ami et compatriote ossète de
Mamaï laisse éclater sa peine tandis que la foule arrive
pour saluer ce fils d'Ossétie mort pour sa Liberté.


Le 22 mai, la dépouille de 'Mamaï" s'en est allée vers sa terre natale ossète qui s'est entrouverte pour accueillir son noble enfant et sceller de son sang reçu et versé l'amitié entre ces deux terres russes.  Mais ce jour là, à l'ombre des majestueuses montagnes ossètes en prière, ce n'est pas un corps qui fut enseveli, mais une graine d'exemplarité qui germe depuis dans les coeurs de tous ceux pour qui les mots Liberté, Honneur, Amour et Sacrifice veulent encore dire quelque chose...

Et sa stèle élevée sur la voie des héros au coeur de la cité minière de Donetsk est devenue pour les mémoires un phare qui guide nos actes et nos pensées présentes...

Avec "Mamaï", toujours, pour me souvenir et apprendre, encore...
Photo Kristina Melnikova, février 2020

Oleg Mamïev a désormais achevé son chemin vers la postérité et mais il restera, dans les l'Histoire en mouvement du Donbass et les coeurs libres de ceux qui l'ont connu, cet homme généreux, au commandement naturel fondé sur la force de l'exemple et servi par un charisme tant physique que mental et qui n'avait d'égal que son humilité et son humanité...

...et ceci, aussi longtemps que durera son bronze éternel dans les vents impuissants des vanités humaines. 

Erwan Castel 


Mes articles précédents sur Oleg Mamaïev ici : Mamaï

dimanche 17 mai 2020

Les larmes n'ont pas séché

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Il y a 2 ans mourait au combat Oleg Anatolyevich Mamaiev, indicatif "Mamaï", commandeur de la brigade internationale Piatnashka (2ème bataillon du régiment des forces spéciales de Donetsk, aujourd'hui intégré au sein du Ministère de l'Intérieur). Depuis ce 17 mai 2018, d'autres événements douloureux ou joyeux se sont accumulés dans les mémoires de celles et ceux qui ont rejoint cette nouvelle déchirure européenne où se déroule depuis 6 ans un bras de fer meurtrier entre les auxiliaires ukrainiens de l'OTAN et les volontaires défendant les peuples de la Russie, mais le souvenir de cette soirée tragique de printemps où Mamaï tomba au champ d'honneur reste vive dans les coeurs de celles et ceux qui l'ont côtoyé, même un court instant...

Aujourd'hui, un rassemblement a été organisé au coeur de Donetsk pour honorer la mémoire de Mamaï, sous les caresses d'un soleil printanier revenu et les auspices de la fraternité et la mémoire, de l'amitié et l'espérance.


Dimanche 17 mai 2020

Car le destin et l'engagement de ce fils d'Ossétie ayant offert sa vie au Donbass pour défendre les libertés et les traditions d'un monde russe commun, incarne cette résistance inouïe d'une rébellion contre une hégémonie occidentale hystérique qui a fait de l'armée ukrainienne le fer de lance d'une stratégie européenne de l'OTAN, russophobe hystérique.

J'ai essayé dans ce blog de décrire ce rapport quasi filial qui existe entre Piatnashka et Mamaï, depuis l'annonce de sa disparition, par exemple à l'occasion de ses funérailles ou de l'inauguration de son buste sculpté dans l'allée des héros au coeur de Donetsk. 

Aujourd'hui le nom de Piatnashka est indissociable de celui de son 2ème commandeur, tué au combat et qui nous laisse en héritage le souvenir éternel d'un homme courageux et humble qui commandait son bataillon à la fois comme un père de famille, un chef de guerre médiéval, et un officier des temps modernes.

Ce  17 mai 2020, les hommes et les femmes de Piatashka, du régiment, mais aussi des amis, des membres du gouvernement... sont venus saluer Mamaï à l'ombre de l'immense monument dédié à la victoire de 1945. Pour une fois, je relate dans ce journal un événement auquel je n'ai pas pu malheureusement participer, cloué une fois encore au lit par les douleurs d'une blessure pas encore guérie. Mais le coeur y était, et je ne manquerai pas dès que possible d'aller à mon tour saluer Mamaï, comme régulièrement lorsque je viens dans le centre ville de Donetsk, et lui confier mes fraternelles pensées.


A l'occasion de cet anniversaire tragique, Katérina Katina, reporter de guerre qui accompagna souvent Mamaï sur les positions de Piatnashka a réalisé ce reportage spécial émaillé d'extraits de ses reportages sur le front avec la brigade internationale.


"Les héros ne meurent pas, ils vivent à jamais dans nos cœurs !"

De la matrice de la guerre naissent les héros cette race légendaire que la mémoire antique situait avec justesse dans ses mythes anciens entre les hommes, ces "dieux mortels" et les dieux, "ces hommes immortels". Mamaï est un héros a bien des titres et qui aujourd'hui incarne cette figure intemporelle du "volontaire", des volontaires du Donbass dont on célèbre désormais l'engagement chaque 6 mai.


Lorsque sa terre ossète s'est entrouverte pour accueillir Mamaï, ce n'est pas un corps qui fut enseveli, mais une graine d'exemplarité qui germe dans les coeurs de tous ceux pour qui les mots Liberté, Honneur, Amour et Sacrifice veulent encore dire quelque chose...

2 années ont passé mais il me semble que c'était hier, et quant à la route tracée par Oleg Anatolyevich Mamaiev elle restera éternellement ouverte pour les coeurs rebelles et volontaires.


Erwan Castel


La légende de Mamaï ne doit pas nous faire oublier qu'il fut aussi et d'abord 
un mari et un père qui laisse derrière lui son fils Zaur qui vient d'avoir 3 ans
et son épouse Larisa qui témoigne par sa tristesse le souvenir de cet homme 
dont les nobles valeurs l'ont su garder tout simplement humain...

Tous les articles de ce blog consacrés à Mamaï : ici

samedi 22 février 2020

La mesure du temps de guerre

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Photo Kristina Melnikova

Bien que toujours enfermé dans un carcan d'acier retenant mon bras et ma personne dans une oisiveté hospitalière, je n'ai pas vu arriver ce mois de février 2020 qui sonne ma cinquième année d'engagement dans le Donbass...

Déjà 5 ans ! et pourtant j'ai l'impression parfois que je suis arrivé hier à Donetsk tant l'intensité des événements, bons ou mauvais restent brûlante à mon esprit. Mais c'est aussi certainement due à cette relation singulière entre l'Homme et le dieu Chronos, imposée par toute guerre vécue et qui plonge les vivants dans un autre sablier du temps où la Mort devient la mesure première d'un fleuve devenu torrent.

Samedi 22 février 2020

C'est en regardant la photo de la stèle dédiée à Oleg Mamaiev, le commandeur de Piatnashka tué au combat en mai 2018, et parue dans l'article de Zvezda relatif à mon engagement dans le Donbass que je me suis pris à mesurer ce temps de guerre qui passe tel un torrent sauvage, étrangement et irrégulièrement au rythme des morts qu'on dépose sur ses berges noyée noyées de larmes.

Car, dans ce maelstrom de passions homicides qui conduisent les hommes, même les plus justes, à se déchirer à force baïonnettes, balles ou obus dans l'inconnu d'un instant présent capricieux, rares sont les moments où l’âme peut poser le sac remplis des devoirs à nourrir et des fatigues à étancher pour profiter des rares eaux calmes de sa destinée. 

De mon côté je vis, depuis ma blessure et ma mise entre des parenthèses hospitalières, dans cet état particulier entre les morts et les vivants où je suis dans ce courant de la guerre, à la fois un spectateur vivant de ses berges mortes et un nageur inerte entraîné dans son courant intense.

Et dans ce courant particulier de la guerre qui alterne celui d'un marais inconnu avec celui d'un torrent fou, le glas des morts devient étrangement le seul carillon qui scande et inscrit dans les mémoires la danse du temps, surtout au milieu de la dramatique et immobile monotonie d'une guerre de tranchée sans fin. Et devant le souvenir des camarades tombés dans nos tranchées, où des civils innocents fauchés dans nos rues, la fonction matricielle de la guerre prend toute sa dimension métaphysique, fusionnant la Mort et la Vie  dans cette expérience intérieure de l'âme si brillamment décrite par Ernst Jünger, jusqu'à les rendre consubstantielles l'une à l'autre, car comme l'écrivait Georges Bataille, "la vie a sa plus grande intensité au contact de son contraire"...

Il y a  2 ans, le 17 avril 2018, Mamaï était venu sur la première ligne de Promka nous visiter, et partager gâteaux et sourires avec ses hommes . Il allait être tué 1 mois plus tard à quelques centaines de mètres de là, sur ce front funeste de Yasinovataya.

Oleg Mamaïev était de ces soldats authentiques, incarnant cette figure intemporelle et mythique du Chevalier; et qui traverse les âges avec comme panache la force de l'exemple, comme qualité l'humilité du courage et comme noblesse l'intelligence du coeur. A son contact quotidien, particulièrement lors de ces moments partagés aux avants postes de Piatnashka, sur ce front funeste de Promka qui devait l'engloutir, nous ressentions déjà toute l'initiation silencieuse de sa personnalité, humble et attentive et toujours à l'écoute de ses hommes, et beaucoup disions déjà qu'il était un père pour la famille de son bataillon. 
A sa mort, Mamaï a comblé l'immense vide de son absence en legs déposé dans la mémoire et le coeur de chacun de ceux qui l'avaient côtoyé et compris. Il est une stèle à la fois heureuse et triste dans la mesure du temps qui nous entraîne au fil tumultueux de cette page d'Histoire européenne qui s'écrit depuis 6 ans dans le Donbass. Et sa stèle élevée sur la voie des héros au coeur de la cité est devenue pour les mémoires un phare qui guide nos actes et nos pensées présentes...

Le Chevalier, la Mort et le Diable de Albrecht Dürer illustre en 1513 siècle cette
relation particulière de l'Homme avec le temps à travers la figure du chevalier
stoïque cheminant vers sa destinée volontaire, au milieu de la Mort et du Diable . 

Ce ne sont donc pas seulement 5 années qui se sont écoulées autour de moi mais surtout par leur souvenir vif, plus d'une douzaine de disparitions de camarades connus, tombés en chemin parmi les milliers disparus dans cette guerre oubliée au coeur de l'Europe. 

Et devant le souvenir de Mamaï immortalisé dans le bronze et dans les coeurs, je suis tenté de plagier Georges Bernanos qui écrivait qu' "on ne meurt pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres, ou même les uns à la place des autres (Le Dialogues des Carmélites) et de penser tout haut que la guerre cette mère des Hommes nous enseigne que pour ne pas être esclave du temps et sentir ses griffes lacérer nos rêves, on ne doit pas vivre chacun pour soi, mais les uns pour les autres, ou même les vivants à la place des morts pour que leur souvenir soit la force de ceux qui chemine sur les chemins d'une éternelle jeunesse...

Erwan Castel


" Que le souvenir des morts soit la force des vivants "

Dominique Venner

vendredi 13 décembre 2019

Mémoire éternelle


Le 12 décembre 1977, dans la ville de Vladikavkaz, en Ossétie du Nord, naissait Oleg Anatolyevich Mamaiev qui devait devenir en 2016 le commandant charismatique de la brigade internationale Pyatnashka unité défendant les premières lignes de la République populaire de Donetsk depuis les premiers combats de 2014 et qui était devenue lors de la modernisation des milices le 2e bataillon spécial de reconnaissance et d’assaut du régiment des forces spéciales du chef de la DPR (unité militaire 02707).

Le lieutenant colonel Oleg Mamaiev, indicatif "Mamaï" a été tué au combat le 17 mai 2018, à Kruta Balka, une position défendue par son bataillon dans la zone industrielle du front de Yasinovataya. Sa disparition est toujours vive dans les mémoires et son nom est désormais associé à celui de Piatnashka, cette brigade qu'il commandait comme un père fondant son autorité sur la fraternité et l'exemple. 

Ce 12 décembre 2019, "Mamaï" aurait eu 42 ans, et les fidèles de son bataillon, non pris par les services et le front, sont venus lui rendre hommage devant son buste érigé au coeur de la capitale de la République Populaire de Donetsk qui lui a décerné la plus haute distinction militaire. 

Car si le temps passe,  le souvenir de ce commandeur, héros de la République Populaire de Donetsk, reste intact dans les coeurs et pour ceux qui l'ont côtoyé "Mamaï" reste à jamais un chef, un père et un exemple sur le chemin de l'Honneur !

Depuis mon lit d’hôpital où je suis toujours cloué depuis le 23 septembre, mes pensées ont rejoint celles de mes camarades avant de s'envoler vers ses belles montagnes d'Ossétie aux pieds desquelles repose désormais notre commandeur.

Cette petite vidéo de cet hommage simple et émouvant se passe de commentaires...
Plus le temps passe et plus l'empreinte laissé par cet homme humble et généreux est profonde et initiatrice dans les coeurs de ceux qui l'ont côtoyé. 

Comme un père, jamais nous ne l'oublierons !

Erwan Castel


Pour les articles et vidéos concernant "Mamaï" et publiés ici, voir le lien ICI

mardi 21 mai 2019

Pour l'Eternité

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Le buste du commandeur "Mamaï", dévoilé par Larisa sa veuve et leur fils Zaur, est la première stèle ouvrant l'allée des héros au coeur de Donestk et dans les champs de le mémoire éternelle.

Dans le coeur historique et symbolique de Donetsk, dans une allée du parc du "Leninsky Komsomol" menant au monument-musée de la guerre, un buste en bronze de Oleg Mamaïev dit "Mamaï", commandeur de la Brigade Piatnashka tué au combat il y a un an, a été inauguré en présence des présidents des Républiques de Donetk et d'Ossétie du Sud.

Pour cette nouvelle cérémonie d'hommage à ce chef de notre bataillon, paternel et exemplaire, nos coeurs dans lesquels il n'a pas disparu étaient serrés mais aussi fiers de voir notre commandeur entrer ainsi et légitimement dans la légende et la postérité.


Mardi 21 mai 2019

Nous sommes au "Leninsky Komsomol Park" au coeur de la ville de Donetsk

Au dessus de nos têtes immobiles, accompagnant la foule qui arrive au pied du monument de la Grande guerre patriotique, un vent attenuant les brûlures du soleil fait chanter les drapeaux de la République Populaire de Donetsk brandis par des volontairesdu mouvement de la jeunesse républicaine.

Pour cette cérémonie clôturant la série de celles de mai (1er, 6, 9, 11, 17), les femmes et les hommes de Donetsk sont venus en grand nombre saluer la mémoire de ce frère ossète venu défendre leur liberté et devenu fils du Donbass par son sang versé le 17 mai 2019 sur le front de Promka, entre Yasinovata et Avdeeka. 
Et dans ses uniformes chamarrés d'or et d'argent, une garde d'honneur formée par les cadets, accueille en silence le public puis les autorités...


Notre bataillon quant à lui est également rassemblé et sa garde aux drapeaux porte près de la stèle de son commandeur les couleurs des républiques de Donetsk et d'Ossétie du Sud, de la Russie et de la Brigade internationale Piatnashka.


Pour cet hommage, de nombreuses personnalités ont fait le déplacement jusqu'à Donetsk pour saluer la mémoire de ce volontaire ossète : Denis Pushilin, Président de la République Populaire de Donetsk, mais aussi Anatoly Bibilov, président de la République d'Ossétie du Sud, Alexander Boroday, chef de l'Union des volontaires du Donbass, Ahra Avidzboî "Abkaz" fondateur de Piatnashka ainsi que des ministres et députés d'aujourd'hui ou d'hier...




Après que la stèle ait été dévoilée, à l'issue des discours, par la veuve d'Oleg Mamaïev Larisa tenant dans ses bras Zaur leur fils, nous sommes allés saluer le buste du commandeur avant de partir vers la base de la brigade pour un second rassemblement autour de l'inauguration d'une plaque commémorative à l'entrée de son Etat major.


"Mamaî" par son engagement international, ses faits d'armes et sa personalité incarne ce "Printemps russe" qui traduit le réveil identitaire russe, au sein des populations russes et russophones d'Ukraine, mais aussi d'Ossétie, d'Abkhazie, de Transnisstrie etc pour qui cette relation avec le monde russe n'est pas seulement historique mais charnelle. Et les volontaires venus de tous horizons pour se battre sur ce front du Donbass contre la dictature criminelle de la marchandise sont de ces hommes désintéressés, sont aux antipodes de ces courtisans à breloques et affairistes attirés par les lumières du pouvoir: leur chemin est celui de l'Honneur et non des honneurs. Mamaï était l'un d'eux, et par son sacrifice il est devenu leur exemple vivant éternellemnt dans les coeurs .

Le 9ème épisode de la série documentaire sur le Donbass, 
écrit par Semen Pegov reporter de guerre pour WarGonzo,  
a été diffusé le 17 mai, 1 an après la disparition de Oleg 
Anatolyevich Mamaiev , "Mamaï", et lui est consacré.


Arrivés à la base "Sarmat" de la Brigade, nous avons retrouvé nos camarades rentrant des serrvices du front ou des casernes pour inaugurer ensemble la plaque commémorative en l'honneur de "Mamaï" et toujours en présence de sa famille et du Président de l'Ossétie du Sud qui ne manque jamais de venir nous saluer à chacun de ses déplacements à Donetsk.

Au cours des différents discours entendus au fil de la journée, le ton a été unanimement donné par tous les intervenants, parlant du "Monde Russe" et de la Fédération de Russie comme seule et unique mère patrie des enfants d'Ossétie ou du Donbass. Il est évident que cet hommage rendu à un héros mort pour le Donbass est l'occasion d'affirmer avec la force de son sacrifice cette volonté commune d'intégrer la Russie qui est écrite aujourd'hui avec le sang de tous ces volontaires qui depuis 5 ans défendent à la fois sa terre historique, mais aussi ses valeurs civilisationnelles.


Oleg Mamaïev a désormais achevé son chemin vers la postérité et il restera dans les mémoires de l'Histoire du Donbass aussi longtemps que durera son bronze dans les vents impuissants du temps. 

Et pour nous qui l'avons connu et cotoyé sur le front, "Mamaï" restera dans nos coeurs cet homme simple et généreux, fondant son commandement exemplaire et naturel sur la force de son exemple et un charisme tant physique que mental et qui n'avait d'égale que son humilité.

Pour rappel, voici un reportage de guerre signé Sladkov sur
Mamaï au front de Yasinovataya. On y voit dans le montage
les dernières minutes de la vie du commandeur, ce 17 mai 2018

Les autres articles sur Mamaï parus dans ce blog ici : "Mamaï"
Erwan Castel


Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front