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vendredi 26 juin 2020

Les armes ukrainiennes de l'attrition

Position républicaine sur le secteur de Promka (front de Yasinovataya au Nord de Donetsk) bombardée par l'artillerie lourde ukrainienne (ici obusier de 122 mm) fin mai 2020

Au sortir de la belle parade réalisée le 24 juin en hommage à la victoire de 1945, retour sur la dure réalité du front du Donbass où les forces ukrainiennes ne cessent pas, depuis plusieurs semaines, d'harceler les positions républicaines avec les obusiers et les mortiers lourds de leur artillerie.

J'évoque ici 4 types d'armes fréquemment utilisées par les ukrainiens lors de leurs violations quotidiennes du cessez le feu sur le front du Donbass : mortiers, drones, obusiers et missiles antichar. 

Outre ces tirs qui sont violations du cessez le feu les "ukrops" utilisent des armes lourdes (de calibres supérieurs à 100 mm) et des drones qui sont théoriquement prohibés sur le front, et ceci en toute impunité malgré les observations quotidiennes de leurs uyilisations par les observateurs internationaux de l'OSCE.

Depuis ces 2 dernières années la précision de l'artillerie ukrainienne est de plus en plus importante, conséquence entre autres:
  • de la formation poussée des servants réalisée dans les camps entrainement, de plus en plus souvent par des instructeurs de l'OTAN,
  • de la connaissance parfaite du terrain et de la localisation des positions républicaines qui n'ont pas bougé depuis plusieurs années,
  • de l'assistance quasi systématique de drones au moment des pilonnages ukrainiens, qui observent les résultats des tirs et permettent ainsi de les corriger


1er exemple: MORTIER DE 120mm



Le mortier est l'artillerie de prédilection de l'infanterie, on le trouve à tous les échelons du front, mortiers de 60mm, de 82mm et de 120mm, ces derniers rentrant dans la catégorie des armes lourdes, dont l'emploi relève du 2ème échelon régimentaire. D'un transport et d'une mise en oeuvre rapides leur distance de tir allant jusqu'à 5 - 8km selon les types de munitions les place hors de portée des armes collectives des premières lignes où sont tirés leurs obus aux charges diverses et très efficaces.

Bombardement ukrainien au mortier de 120 mm d'une position républicaine 
Vidéo du drone d'observation et de correction de tir, publiée le 24 juin 2020.
Localisation du bombardement, entre Donetsk et Gorlovka , au Nord du village de Betmanove, dans le secteur de Krasnei Partizan.

2ème exemple: LE DRONE 


L'entreprise ukrainienne "Matrix UAV", a développé un drone armé  d'un lance-roquette de type RPG-26 ou RPG-7, voire d’une bombe de 5 kg

Depuis les interventions étasuniennes en Afghanistan, l'emploi des drones n'a cessé d'augmenter sur tous les théâtres d'opérations militaires et même aujourd'hui jusque dans dans des missions policières. On distingue principalement 2 catégories de mission: drone d'observation et drone de combat, ainsi que 2 échelons d'emploi déclinant des caractéristiques très différentes ( autonomie, altitude, portée, dimensions etc.): drone tactique et drone stratégique. 

La rareté des points hauts, la guerre de tranchée organisée autour de zones minées impraticables, font des drones les moyens idéaux pour porter un regard vers l'ennemi, identifier ses moyens et localiser ses positions. Dans l'emploi de l'artillerie, ces drones d’observation servent également pour observer en temps réel les résultats des tirs et ainsi de donner des informations très précises pour les corriger si nécessaire.

Aujourd'hui, et malgré leur interdiction sur le front par les accords de Minsk (art 7 du mémorandum), les quadricoptères ukrainiens que l'on trouve jusqu'au niveau des compagnies sont en permanence au dessus des tranchées, tandis que des drones plus importants et même des monstres stratégiques de l'OTAN tel que le "Global Hawk", qui fournissent plusieurs fois par mois des renseignements aux forces de Kiev.

Si les drones d'attaque n'ont pas été employés sur le front du Donbass, s'alignant ainsi sur le retrait de l'aviation ukrainienne (un des rares points des accords de paix qui soit respecté), en revanche on observe de plus en plus fréquemment des bombardements effectués à partir de drones modifiés. Au début, il s'agissait d'une grenade accrochée anecdotiquement sous un drone, puis les bricolages des ukrops se sont généralisés et améliorés et aujourd'hui des drones de taille plus importante ou de type avion larguent régulièrement des obus de mortier sur des positions défensives mais aussi des cibles civiles républicaines

Bombardement aérien ukrainien à partir d'un drone modifié 
d'un véhicule de combat d'infanterie républicain de type BMP1.

3ème exemple: L'OBUSIER LOURD

Obusier automoteur de 122mm 2S1 "Godzilla" 
Lorsque l'Ukraine soviétique accède à son indépendance à l'issue de l'effondrement de l'URSS, son armée conserve son arsenal (à part l'armement nucléaire) parmi lequel cet immense parc d'artillerie qui caractérise les forces armées russes.

La diversité et le parc de l'artillerie ukrainienne, même s'il commence à être très vieillissant, reste important: des missiles balistiques Toshka U aux mortiers lourds de 120mm, des obusiers de 100, 122, 152, 203 mm etc. tractés ou automoteurs aux lances roquettes multiples de 122, 220, 300 mm etc. Kiev a amassé dans le Donbass une artillerie de siège et d'assaut toujours opérationnelle grâce notamment à l'aide des anciennes républiques soviétiques devenues membres de l'OTAN et qui se débarrassent de leurs vieux stocks soviétiques.

Fortement présente dès les premiers combats de Slaviansk en 2014, l'artillerie ukrainienne n'a cessé d'être de plus en plus engagée sur le front du Donbass jusqu'à devenir l'arme principale de Kiev, depuis l'enfouissement, en guerre de position, des 460 kilomètres du front dans des tranchées et des casemates...

Aujourd'hui, les "ukrops" ont développé des petits groupes d'artillerie mobiles afin d'échapper au mieux à la fois aux tirs des contre batteries républicaines et aux observateurs de l'OSCE, car les canons lourds (plus de 100mm) doivent, delon les accords de paix, être retirés du front (au delà de 30 km).  Ces unités d'artillerie lourde, fortes des renseignements fournis par les drones d'observation ukrainiens mais aussi étasuniens procèdent depuis plusieurs mois à des bombardements systématique des positions défensives républicaines mais aussi régulièrement à des campagnes de terreur sur les zones résidentielles proches du front.

Bombardement ukrainien avec des obusiers de 122 mm d'une position républicaine 
située dans la zone industrielle de Promka sur le front de Yasinovataya.
Localisation du bombardement sur le front de Yasinovataya, un secteur difficile dont plusieurs positions sont tenues par les volontaires de la brigade Piatnashka.

4ème exemple: LE MISSILE ANTICHAR





Au départ, les postes de tir de missiles ont été conçus pour le combat antichar défensif, mais progressivement, avec notamment l'intensification des combats en zone urbaine, ces systèmes d'armes très mobiles et légers aux munitions diversifiées sont se révélés très efficaces contre des positions abritées et même enterrées. Et lorsque la guerre des tranchées refait son apparition dans le Donbass, les armes antichars (fusils, canon sans recul, lance-roquettes et missiles) sont naturellement dirigées contre les casemates et blockhaus qui arment les centaines de kilomètres de boyaux et tranchées. 

Le missile le plus courant utilisé de chaque côté de la ligne de front du Donbass est certainement le "Tour", ce missile filoguidé de 120mm tiré par le système d'arme 9k111 "Fagot" (AT4 Spigot dans son appellation OTAN) ou son successeur 9M113 Konkurs par exemple et qu'on peut trouver soit en poste de tir terrestre ou monté sur véhicule. Sa portée est de 2500 mètres.
Ces armes antichars disposent en outre d'une gamme de munitions spécialisées particulièrement efficaces contre des positions protégées comme par exemple les charges thermobariques ou perforantes.

Tir d'un missile antichar ukrainien sur une position républicaine
aménagée dans une mine abandonnée sur le front de Golmoisky.
La cible est ici une station radar républicaine "psnr-8 kredo-m1"
chargée de repérer et localiser les tirs de l'artillerie de Kiev.
Localisation  du tir sur le front au Nord Est de Gorlovka, dans le secteur de Golmovsky (24e brigade ukrainienne)

On pourrait multiplier les exemples de ces bombardements ukrainiens réalisés sur le front du Donbass, en totale violation des engagements signés par le régime de Kiev et en toute impunité malgré les rapports quotidiens des observateurs de l'OSCE en faisant état. Et chaque jour des défenseurs républicains tombent sur ce front interminable, tués ou blessés mais aussi des civils qui régulièrement sont sous les tirs ukrainiens intentionnels. 



Nous assistons donc bien dans le Donbass, depuis la signature à Minsk d'accords de paix morts nés, à une guerre d'attrition initiée par Kiev et qui logiquement provoque régulièrement des ripostes républicaines légitimes qui tentent de faire cesser les violations du cessez le feu.

Et depuis cette année tandis que les derniers lambeaux des accords de paix s'envolent dans les vents d'une hypocrisie occidentale russophobe, la pression monte de plus en plus sur le front du Donbass où les échanges de tir entre ukrainiens et républicains sont de plus en plus meurtriers... 

Moscou, par la voix de son Ministère des Affaires Etrangères, l'a même reconnu cette semaine: les espoirs d'une résolution diplomatique, en échec depuis 5 ans, du conflit sont bien dans une impasse... Le risque de voir l'escalade militaire se poursuivre et même sortir de ses tranchées est donc de plus en plus réel, car il semble malheureusement que la force soit bien le seul langage que comprennent ces "ukrops", complètement soumis à l'hystérie russophobe de l'OTAN et le fanatisme du narratif néo-nazi entretenu par KieV et ses parrains occidentaux.

Erwan Castel

mardi 9 juillet 2019

L' UR 83P "Urki" au combat


Depuis plusieurs jours les rapports de situation du front font état d'une exponentialité meurtrière des bombardements ukrainiens, engageant les forces de défense républicaines à riposter contre les unités responsables de ces violations du cessez le feu.

Ce 8 juillet 2019 au matin, les forces de défense de la République Populaire de Donetsk ont envoyé un message clair au commandement de l' "Opération des Forces Combinées" ukrainienne en détruisant sur le front de Marinka (Sud Ouest de Donetsk) une position ukrainienne, vraisemblablement un dépot de munitions, à l'aide d'une roquette UR83P.

Tir d'un UR83P sur une position ukrainienne sur le front de Marinka
On distingue nettement, confirmant l'importance de l'explosion initiale, une explosion secondaire qui atteste la destruction en chaine de matières explosives 

Le commandement ukrainien a reconnu l'utilisation contre ses positions de Marinka du système d'arme UR 83P des républicains dont il précise la "puissance explosive équivalente à 250 mines antichar", mais affirme en même temps n'avoir subi "aucune perte" ("ben voyons !").

Photos prises par les ukrops sur le site bombardé par l'UR83P



Initialement le système d'arme UR83P, qui est un dérivé de l'UR77, lance des roquettes destinées à des missions de déminage de zone. Sa charge projetée à plus de 400 mètres (acordeaux détonants remorqués par la roquette) est de près de 1 400 kg et capable d'ouvrir un couloir dans un champ de mines de 6 mètres minimum sur plus de 100 mètres de longueur. La mise en oeuvre de l'UR83P peut se faire au sol, de la plateforme d'un camion ou mêm depuis le pont d'un bateau. Sa mise en oeuvre est réalisée par 2 sapeurs.

Un UR 83 P au sol. On distingue nettement le lanceur, les 2 cassettes contenant les cordeaux détonants et au premier plan, le cable de feinage permettant de réguler la distance du tir et à l'intérieur duquel se trouve le cable électrique de mise à feu de la charge explosive.
  • Poids du lanceur : 36kg
  • Poids total du système d'arme : 230 kg
  • Charge explosive projetée : 1380 kg
  • Temps d'installation : 90 minutes
  • Temps de mise en oeuvre : 2 minutes
  • Servants : 2 


Ce n'est pas la première fois que les forces de défense républicaines utilisent ce système d'armes du génie de combat dans ses versions UR77 et UR83 à des fins défensives contres des positions ukrainiennes avancées. En effet, on trouve ce système d'arme dans les combats du Donbass dès les premiers mois de la guerre, lorsque les premières unités d'autodéfense républicaines devaient improviser avec les faibles moyens récupérés ici et là dans les casernes et dépêts abandonnés ou saisis à l'ennemi.

Généralement on observe sur le front du Donbass ce système d'arme monté soit sur une plateforme de camion, soit sur un MTLB, ce véhicule blindé polyvalent de l'époque soviétique, aux multiples variantes et transformations possibles.

 Décembre 2014, pendant les combats pour l'aéroport de Donetsk, un UR83P monté sur camion Oural attend sous le pont de Putilovka avec un BTR du bataillon Sparta.


Février 2016, dans le secteur de Zaitsevo soumis à des tirs quotidines de l'artillerie ukrainienne, un UR 77 républicain monté sur véhicule blindé MTLB

Grace à son traitement de zone, puissant et efficace, l'utilisation de l'UR83P pour une riposte (voire pour une action offensive comme la reconquête de l'aéroport de Donetsk pendant l'hiver 2014-2015), est un exemple de l'adaptation des forces de défense républicaines pour riposter à l'agression permanente des forces ukrainiennes, et qui plus est avec des moyens qui ne sont pas prohibés par les accords de Minsk imposant le retrait de l'artillerie lourde de la ligne de front )))).

Une telle utilisation au combat de ce système de déminage a également été observé en Syrie par l'armée nationale lors de sa reconquête du territoire sur les djihadistes.

Ici un reportage de l'agence News Front sur un polygone de la République Populaire de Lugansk. On peut y voir à l'entrainement au tir un UR83 (00'20") et un UR77 (01'20"). 
Si on compare lesexplosions de leurs charges avec celle beaucoup importante observée lors du tir sur les positions ukrainiennes de Marinka, on peut en conclure que ce dernier a bien touché une source explosive, probablement un stock de munitions en dépôt ou embarqué.

Ce système d'arme du génie de combat s'avère donc également opérationnels sur d'autres objectifs que des champs de mines et, en plus des destructions dévastatrices réalisées, son effet psychologique est très important sur l'ennemi.

Erwan Castel


mercredi 6 mars 2019

Un dinosaure au combat

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L'évolution militaire s'articule autour du combat entre la lance et la cuirasse qui traverse intact les âges historiques et technologiques des armées. Aujourd'hui la guerre du Donbass qui s'enterre depuis 5 ans sur 300 kilomètres de front est le théâtre où se joue ce duel où les belligérants du fond de leurs casemates rivalisent pour trouver à la fois les moyens de percer les blindages de l'autre et de se protéger de ses armes toujours plus performantes.

Au cours de cette rotation menée sur le front de Yasinotaya, notre unité a ainsi redéployé sur les positions tenues par la Brigade Piatnashka à Promka des fusils antichars pour répondre aux retour de mitrailleuses ukrainiennes de 12,7mm "Utios" installées au fond de bunker semi enterrés.


Mercredi 6 mars 2019

Notre groupe de combat dispose sur "Forteruine", en plus des armes individuelles de dotation, d'armements collectifs d'appuis et antichars dont 2 fusils de précision de calibre 12,7 (Shok) et 14.5 mm (PTRS 41). Et c'est sans conteste ce dernier fusil qui a été la vedette de cette nouvelle rotation. 

Et pour cause ! car il s'agit ni plus ni moins que d'un vétéran de la deuxième guerre mondiale que les milices ont rappelé au service des armes pour défendre les Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk . 

Depuis 4 ans je croise régulièrement sur le front la silhouette rustique et démesurée de ce fusil antichar soit dans ses versions PTRD ou PTRS et qui semblent être la preuve que les géants des légendes ont réellement existé. 

Jugez-en par vous même (ici version "PTRS 41"):

Longueur du fusil : 2,20 m
Longueur du canon : 1,22 m
Poids de l'arme : 22 kg
Calibre : 14.5mm x 114mm
Chargeur : 5 cartouches
Portée pratique : 400 mètres
Portée maximale : 815 mètres
Vitesse initiale : 1013 mètres/seconde
Perforation : 40mm de blindage à 100 mètres
Ce fusil a été conçu entre les deux dernières guerres mondiales par le fabricant d'armes Sergei Simonov pour remplacer le calibre 12,7mm devenu trop faible pour percer les nouveau blindage des chars d'assaut.

Cette version PTRS est la version semi-automatique du PTRD initial mais qui ne va pas réussir à dépasser sa fiabilité (beaucoup de tireurs préfèrent le PTRD au PTRS plus lourd et dont le mécanisme s'encrasse plus rapidement pendant les tirs).

Après que la guerre éclate en 1941, les usines d'armement soviétiques vont produire en masse ces fusils antichars qui vont obtenir de nombreux résultats sur le front de l'Est contre les véhicules blindés allemands qui durent même s'équiper de plaques de blindages supplémentaires pour mieux résister à ces tueurs de chars. 
Rapidement les fusils antichars furent utilisés avec efficacité contre les positions de mortiers, les nids de mitrailleuses et même les casemates enterrées. 

Lorsque la guerre revient frapper aux portes du Donbass en 2014, les groupes d'autodéfense improvisent complétant les arsenaux récupérés dans les casernes et les combats par les vieux stocks soviétiques subsistant au fond des dépôts (côté armement, les russes conservent tout), et on a même vu des vieux chars être déboulonnés de leurs stèles commémoratives et remis en service sur les premiers barrages de la milice.

Officiellement à la retraite depuis 1945 (date à laquelle leurs productions furent interrompues), les PTRD/PTRS furent rappelés sous les drapeaux des jeunes Républiques de Donetsk et Lugansk qui se souvenaient de leurs prouesses sur le front de l'Est. Et les blindages des BMP, BMD et BTR envoyés par Kiev contre la population du Donbass d'être à leur tour troués par ses fusils qui n'ont pas pris une ride !

Lorsque le front s'enterre à l'issue de la signature des accords de Minsk (février 2015), ces vieux dinosaures d'acier restent en première ligne pour une utilisation contre les positions fortifiées que l'armée ukrainienne fait progresser chaque année un peu plus au milieu de la zone grise (théoriquement démilitarisée).

Outre sa fonction symbolique évidente, l'utilité de ce type d'arme est tellement réel que les ateliers d'armement de la République de Donetsk conçoivent un nouveau fusil sur le même principe mais d'un calibre de 12.7mm moderne et surtout plus disponible que le vieux 14.5mm : Le Shok républicain était né dans la lignée de son ancêtre soviétique.

Tir au PTRS 41 sur casemate ukrainienne 
Front de Yasinovataya, le 27 février 2019

Le "spécimen" qui est en service sur "Forteruine" est un vaillant grand père de 75 ans qui a bonne crosse bon nez et continue à cracher ses balles blindées quotidiennement et avec précision en compagnie de son hériter républicain. Et lorsque l'on manie ce monstre d'acier il est difficile de ne pas penser avec émotion à ses premiers tireurs, coiffés de leurs boudinovkas de laine à étoile rouge tirant sur les blindés allemands pendant la "grande guerre patriotique"... 

Au milieu des éraflures de l'Histoire la date de naissance du PTRS reste visible et fière
En venant dans le Donbass, je ne pensais vraiment pas servir un jour une arme pour laquelle n'importe quel musée d'histoire réserverait une place de choix dans sa collection des armes légendaires...

Cette semaine, nous avons souvent fait appel aux 2 fusils en service sur notre postion, le Shok et son ancêtre PTRS 41, pour riposter aux tirs réguliers d'une mitrailleuse ukrainienne de 12,7mm "Utios" positionnée devant notre position. Et pour déplacer rapidement ce géant d'acier dans les tranchées sinueuses et étroites, lors des changements fréquents des postions de tir, le tireur et son observateur ne sont pas de trop :

Changement de position du binôme PTRS 41 dans les tranchées de Promka
Le premier est l'observateur qui tient également un périscope de tranchée TR 8,
le second porte un coussin de confort coincé entre épaule et crosse pendant le tir. 

Le PTRS / PTRD est une arme immortelle qui symbolise autant la fiabilité de l'armement russe (et sa rusticité) que la permanence de l'Histoire dans la défense de l'empire eurasiatique. De plus les succès de ce vieux dinosaure d'acier sur un front du XXIème siècle montre également s'il en était besoin après les guerres du Vietnam ou d'Afghanistan par exemple, que l'important au combat n'est pas forcément la technologie "up to date" de l'armement mais aussi et surtout la valeur et la foi de ceux qui l'utilisent.    

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

PTRD 41 au combat sut le front de l'Est en 1943

PTRS 41 au combat sur le front du Donbass en 2019

mardi 24 avril 2018

Le missile antichar "Fagot"

Les armes du front / 3


Sur le front moderne, les armes antichars connaissent souvent des extensions d'emploi, notamment dans les guerres urbaines ou les guerres de positions où les belligérants se retranchent dans des positions fortifiées qu'ici on appelle d'ailleurs, empruntant à la langue française : "blindages".

Dans l'arsenal antichar des République populaires de Donetsk et Lugansk, on trouve une panoplie impressionnante de canons et "tubes" divers issue des stocks soviétiques récupérés lors de l'insurrection (l'Ukraine disposait encore des stocks les plus importants hors Russie hérités de la guerre froide). Canon Rapira, lance roquettes RPG 7, 22, 26 etc. ainsi que des système de missiles filoguidés comme le 9k111 "Fagot" (AT4 Spigot dans son appellation OTAN).

Le Fagot est un système d'arme antichar de 2ème génération qui fait son apparition en 1962, en même temps que le 9m113 "Konkurs" avec qui il partage le même lanceur. le principe est un tir de missile qui reste connecté au poste de tir par des fils fins qui se dévident au fur et à mesure et permettent au tireur d'en corriger la trajectoire. 


On peut trouver ce système d'armes soit embarqué soit transportable (12kg) avec une mise en oeuvre très rapide. 
  • Le missile de 120mm emporte 1,7 kg d'explosif capable de percer de 200 à 400 mm de blindage selon l'inclinaison
  • La portée est de 2500 m et le taux de réussite pour des servants engrainés approche les 90%.  
  • La vitesse de vol du missile après départ est de 190 mètres secondes et la cadence de tir d'un poste peut être de 3 missiles par minutes.
Sur le front du Donbass, ce type d'arme antichar longue portée vient compléter les divers  RPG de courte portée et on peut observer, comme ces derniers son utilisation contre les bunkrers et les positions fortifiées des tranchées.

Tir au but sur une position fortifiée de "Prayvi Sector" en avril 2018


De chaque côté du front, ce type d'emploi de missile antichar contre des casemates est quasi quotidien et très souvent efficace. Voilà pourquoi il serait naïf de croire le ministère ukrainien de la défense ainsi que son mentor le Pentagone lorsqu'ils affirment que les livraisons des missiles américains Javelin sont exclusivement réservées à un usage défensif contre les blindés russes. 

Les armes antichars ne risquent pas de se taire et encore moins d'attendre de cibler un blindé pour continuer à aboyer dans les replis invisible des zilonkas (forêts linéaires) et embrasures des bâtiments effondrés.

Erwan Castel



jeudi 1 mars 2018

Le SVD Dragunov

Les armes du front / 2


Depuis que le front du Donbass est gelé (en ce moment au propre comme au figuré) la guerre de position continue à entretenir le conflit essentiellement avec l'emploi quotidien de l'artillerie de proximité et lourde et aussi les "snipers" qui mènent une guerre de harcèlement sur les nombreuses "zones de contact" provoquée par l'invasion ukrainienne de la zone neutre située entre les deux lignes de tranchées.

Du côté républicain nous trouvons 2 catégories de snipers: 
  • des "tireurs de précision" intégrés dans les unités jusqu'à l'échelon du groupe de combat 
  • des "snipers" travaillant au niveau du bataillon sur des missions isolées et ponctuelles.

Du côté ukrainien c'est la même répartition des fusils de précision, mais on observe également des unités spécialisées composées exclusivement de snipers et observateurs et qui nomadisent sur le front de secteur en secteur. Beaucoup de ces sections de snipers sont des groupes de mercenaires étrangers, géorgiens, lituaniens, polonais voire avec des tireurs occidentaux.

Cette activité particulière, si elle est réelle et efficace, entretient aussi "le mythe du sniper" qui alimente les propagandes de guerre et dissuade l'ennemi de tenter drs incursions à l'extérieur des tranchées.

Si des calibres particuliers sont observés de temps en temps sur le front, issus de l'arsenal des fusils de chasse pour gros gibier ou des armes de l'OTAN, le "Dragunov" reste la star incontestée des fusils à lunette en action de chaque côté du front du Donbass.

Le Snaïperskaïa Vintovka Dragounova (SVD), « fusil de précision Dragounov » à remplacé le SVT 40 et le légendaire Mosin Nagant 91/30 devenus obsolètes.

Mise en service en 1963, ce fusil de précision semi-automatique a été conçu autour de pièces redimensionnées pour tirer des munitions du calibre 7,62x54mm russe classique (commune à la mitrailleuse légère PKM) ou améliorées (type B32 et T46).

Sa portée pratique est de 200 à 800 mètres environ avec des groupements inférieurs à 10 cm à 500 mètres (h+l). 
Ses organes de visée sont soit une lunette de tir fixée sur un rail ou une visée mécanique (oeilleton, guidon, alidade) en cas de déficience de la lunette.


La lunette la plus fréquente est la lunette diurne PSO 1 de grossissement x4 et qui est munie d'un pare soleil et d'une batterie permettant un rétro éclairage de son alidade de visée en cas de mauvaise visibilité.

Cette lunette est efficace jusqu'à 400/500 mètres dans les conditions actuelles du front enterré du Donbass où les combattants en tranchée ou casemates ne sont que très partiellement repérables.

Sur le front de Promka comme sur les autres "zones de contact" de cette guerre de tranchées du Donbass, les SVD sont particulièrement redoutables eu égard aux distances inférieures à 500 mètres.

Neutralisation d'un binôme d'observateurs d'artillerie ukrainien

Le danger permanent que font peser les snipers de chaque côté du front conditionne en grande partie la physionomie de la première ligne (tranchées et casemates) ainsi que les comportements (utilisation des périscopes d'observation par exemple).

Erwan Castel


mardi 13 février 2018

Le SPG9 "Sapog"

Les armes du front / 1

Sapog ukrainien déplacé à dos d'hommes,

La quasi totalité des armes utilisées sur les 2 côtés du front du Donbass est issue de l'arsenal soviétique ukrainien. C'est un arsenal ancien mais toujours opérationnel et très complet.

Les armes antichars sont parmi les familles les plus diversifiées des armes russes. Du fusil antichar de la seconde guerre mondiale au missile antichar filoguidé, les "tubes", canons, lance roquettes sont pléthore jusqu'à l'échelon du groupe de combat.

En préambule il faut préciser que le qualificatif d'arme "antichar" est ici réducteur leur utilisation largement étendu, surtout dans une guerre de position, aux bâtiments, casemates, blockaus (appelés d'ailleurs "blindages") qui deviennent aussi les cibles de ces armes perforantes. Voilà pourquoi il faut reviser les commentaires officiels concernant la livraison des armes antichars occidentales à Kiev présentées exclusivement comme "défensives face à une attaque blindée russe"

Sur Promka, les positions belligérants étant tellement proches les unes des autres (jusqu'à moins de 100 m) les unités privilégient les armes d'appui rapproché à tir tendu pour éviter au maximum les dommages collatéraux des tirs moins précis de mortiers ou d'artillerie lourde par exemple.

Appui important sur toutes ces zones de contact" du front du Donbass, le canon sans recul SPG 9 fait quotidiennement entendre le sifflement de ces roquettes de 73mm. Même si violer les accords de Minsk ne dérange pas les ukrainiens, ce type d'arme d'un calibre inférieur à 100mm n'étant pas pris en compte dans le retrait exigé des armes lourdes, a incité les soudards de Kiev a multiplier son emploi.

Mis en service au début des années 60 le 
"Sapog" comme l'appellent les soldats est la version portative du canon de bord du BMP 1, le véhicule de combat d'infanterie soviétique.

C'est un petit canon de 60 kg (avec trépied) qui peut être transporté discrètement et rapidement par un binôme jusqu'aux premiers postes avancés du front.

Sa mise en oeuvre est très rapide (2 minutes pour des servants entraînés) et il peut tirer plusieurs types de munitions explosives d'environ 4 kg (PG9) ou à fragmentation de 5 à 7 kg environ (OG9) et dont les portées varient autour de 1000 mètres pour les explosives et plus de 4000 mètres pour les fragmentation.

Impact de Sapog au niveau de notre position, 2ème étage,

Le principe de la munition est une roquette stabilisée (avec de petites ailettes) et munie d'une charge additionnelle qui s'active après le tir, "boostant" la vitesse initiale de 300 à 700 mètres/seconde. C'est la combustion de cette charge additionnelle qui provoque le sifflement sourd caractéristique du vol du Sapog.

Sur le front de Yasinovataya, les ukrainiens tirent quotidiennement au Sapog sur nos positions situées dans l'ancienne zone industrielle ou sur la route de Donetsk-Gorlovka, à partir de positions changeantes situées entre 300 et 500 mètres de portée.

De notre côté nous disposons également de ce canon sans recul SPG 9 qui nous permet épisodiquement de "traiter" également des objectifs fortifiés ukrops.

Erwan Castel

Tir d'un Sapog sur un bunker républicain de la route Donetsk-Gorlovka