samedi 30 juin 2018

Le mythe ukrainien



L'Ukraine moderne est un pays artificiel et démesuré. Né par le forceps des traités internationaux, des conquêtes militaires et des bricolages territoriaux soviétiques, l'unité forcée ukrainienne va se fissurer dès l'indépendance de ce plus grand pays européen à la chute de l'URSS.

La crise ukrainienne ici dans ses racines géopolitiques n'est pas malheureusement unique, elle illustre la problématique de ces frontières tracées sans tenir compte des réalités ethno-géographiques et qui génèrent à plus ou moins long terme des tensions et des conflits autour des pouvoirs uniques autour des peuples réunis et séparés. 

Tant que les nations ne reconsidéreront pas les délires colonialistes de leurs propres évolution, les guerres ne feront que renaître au milieu des ruines de l'effondrement  systémique en cours.

La seule solution et je rejoins ici la conclusion de l'article joint ici, c'est que l'Europe doit évoluer rapidement vers un redécoupage naturel des entités la composant si elle ne veut pas disparaître corps et âme dans le naufrage inévitable de son avatar occidental. Le système occidental, en ayant choisi l'absolutisme de pouvoirs centralisés embourgeoisés est en effet responsable des multiples crises suicidaires qui frappent le vieux continent.

Aujourd'hui les nationalismes qui prétendent lutter contre ces crises et défendre, à travers des discours ethniques ou religieux, les fantasmes des "Etats nations" collaborent en réalité au chaos suicidaire organisé. 
Ce n'est pas dans un retour aux absolutismes artificiels du passé qui ont trahi l'héritage européen que pour mieux nourrir les ambitions d'une pensée unique mondialiste que se trouve une sortie de crise saine mais plutôt dans une projection des valeurs civilisationnelles vers une Europe des peuples audacieuse et débarrassée de sa ploutocratie. 
C'est ce qui est en train de se réaliser dans les Républiques Populaires du Donbass. 

Il faut inverser la vision métapolitique européenne et, au lieu de l'organiser autour de systèmes centralisés descendants, la définir dans une subsidiarité ascendante respectant chaque strate identitaire et son sanctuaire géographique.



En Ukraine mais aussi dans la quasi totalité des Etats modernes, ceci doit être fait, soit par le dialogue ou soit la guerre... mais cela doit être fait, si l'on ne veut pas voir tout simplement disparaître la civilisation européenne.


Erwan Castel

Observation : Dans cet article très bien argumenté, l'auteur cependant associe à tort les projets "Novorossiya" et "Malirossiya" qui sont à mon avis peu comparables car autant le premier est cohérent car correspondant à une entité humaine réelle (russes des rives Nord de la Mer Noire) autant le second est utopique car, contrairement à ce que sous entend l'auteur il ne veut pas bouger les frontières actuelles de ce monstre européen assis entre les chaises occidentale et eurasiatique et créer un nouvel épicentre politique pro-russe à Donetsk.

Source de l'article : Réseau international

Comment diviser l’ex-Ukraine ?


Par Nicholas Nicholaides

C’est un fait bien connu et historique que le territoire appelé « Ukraine » n’est pas un état réel et n’a jamais été un état réel. Il ne s’agit que d’une collection aléatoire de terres, faite par différents souverains au cours de différentes périodes historiques, sans aucun lien entre eux. Et c’est une grande partie des problèmes d’aujourd’hui !

Ainsi, différentes zones principalement à l’ouest et à l’est de la ville russe de Kiev ont été ajoutées par différents Tsars de 1650 à 1917, Lénine a ajouté la zone qui est aujourd’hui Novorossiya, Staline a ajouté les parties les plus à l’ouest, y compris la Galice après la Deuxième Guerre Mondiale et Khrouchtchev a ajouté la Crimée en 1954. Aucune de ces parties n’a jamais constitué un « État ukrainien » – la plupart d’entre elles étaient et sont des terres russes. Les parties occidentales sont principalement polonaises et certaines parties appartiennent respectivement à la Hongrie, à la Slovaquie et à la Roumanie. Et c’est de là que viennent la plupart des nazis d’aujourd’hui, ceux qui – sponsorisés par les USA – ont renversé le gouvernement légal précédent et ont installé une junte mal déguisée.

Déjà pendant la Deuxième Guerre Mondiale, l' »Ukraine » occidentale s’est rangée du côté des nazis et a fourni des dizaines de milliers de soldats pour soutenir Hitler et garder les camps de concentration nazis, alors que le sud-est de l' »Ukraine », Novorossiya, fournissait des dizaines de milliers de partisans et de soldats à l’Armée rouge ! Les collaborateurs nazis ukrainiens de la Seconde Guerre Mondiale sont aujourd’hui les « héros nationaux » de ce pseudo-état. Pouvez-vous imaginer cela dans n’importe quel autre pays européen ? Bien sûr que non ! Mais en « Ukraine » nazie, et dans les pseudo-États baltes, tout est permis et tout est admissible par l’Union Européenne, tant que c’est anti-russe, voire falsification de l’histoire et glorification des collaborateurs nazis !

La future partition de l’ex-Ukraine doit s’assurer que la Galice, Wolyn, Lvov et d’autres régions non russes ne soient pas incluses dans la Novorossiya ou la Malorossiya. Ces parties (Galice, Wolyn, Lvov et autres) devraient être données à la Pologne, à la Hongrie et à la Slovaquie et ainsi de suite, comme il est dit plus haut (Wolyn et la plus grande partie de la Podolie et de la Galice devraient revenir à la Pologne, la Galice occidentale à la Hongrie, la Transcarpathie à la Slovaquie et la Bukovina septentrionale à la Roumanie). La future Novorossiya, Malorossiya et même la Russie elle-même n’a pas besoin de ces zones d’élevage de nazis. C’était une erreur historique de Staline de les incorporer en URSS, tout comme c’était une erreur de chaque dirigeant soviétique/russe depuis, de ne pas les rendre ! Cela aurait éliminé le problème et aurait probablement rendu la Pologne plus positive à l’égard de la Russie aujourd’hui. Un bout d’Ukraine pourrait être préservé dans les régions à l’ouest de Kiev jusqu’aux nouvelles frontières de la Pologne et de la Hongrie et de la Slovaquie si cela est jugé nécessaire. Mais Novorossiya et toutes les terres à l’est de la rivière Dnepr, avec ou sans Kiev (de préférence avec) devraient être incluses dans le monde russe. Que cela se fasse dans l’État de Novorossiya, Malorossiya ou à l’intérieur de la Russie proprement dite est de moindre importance.

L’essentiel est de ne pas laisser l’état actuel des choses être « gelé » dans l’éternité. La junte nazie de Kiev ne doit pas avoir la possibilité d’empoisonner l’esprit d’un plus grand nombre de personnes par des mensonges, des menaces et de la propagande anti-russe :

Pourquoi Ianoukovitch, le président légal, n’a pas été autorisé à utiliser des canons à eau contre les nazis sur Maïdan, alors que Porochenko, le chef du coup d’état illégitime, est encouragé à utiliser des missiles et de l’artillerie contre les civils et les villes du Donbass – la partie libre de Novorossiya.

Pourquoi les référendums de la Crimée et du Donbass ne sont-ils pas reconnus alors qu’ils sont pacifiques et incluent l’opposition (sauf les nazis) alors que les élections simulées au Banderastan sont reconnues par l’Occident alors que toute opposition réelle est emprisonnée ou contrainte de fuir ?

Pourquoi le meurtre de journalistes anti-nazis ukrainiens n’est-il pas condamné en Occident ?

Pourquoi les attaques de la junte nazie de Kiev contre des manifestants pacifiques les 1er et 5 septembre 2014 ne sont-elles pas condamnées par l’UE ?

Pourquoi l’aide humanitaire russe est-elle critiquée, et l’aide militaire de l’OTAN approuvée ?

Pourquoi est-il « autorisé » d’assassiner nos héros en « période de trêve », alors que nos soldats au front ne sont pas autorisés à riposter contre l’ennemi ?

Et qu’avons-nous obtenu jusqu’à présent ?

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter les sanctions – et nous avons … des sanctions.

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter de donner une excuse à l’OTAN pour son expansion – et nous avons des bases de l’OTAN à Novorossiya, dans l’ex-Ukraine.

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter une guerre économique contre les exportations de pétrole et de gaz – et nous n’avons … que cela.

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter la guerre et le massacre – et nous avons eu la guerre et le meurtre ainsi que l’occupation de Novorossiya …

Si tout cela n’est pas un grand « maskirovka » (ruse de guerre) de notre côté, alors ça sent la trahison.

A propos de cette situation, l’optimiste dira : « il y a un grand plan intelligent derrière tout cela, attendez et vous verrez ».

Le pessimiste dira : « tout est perdu ».

Le réaliste dira : « la vérité est quelque part au milieu ».

Je dis juste ceci : Novorossiya et toutes les terres à l’est du Dniepr doivent être libérées de la junte nazie de Kiev – de préférence pacifiquement, mais par la force si nécessaire


jeudi 28 juin 2018

Photo du 28 juin

Suite de la nouvelle rubrique "Photo du jour" de mon journal du front, choix d'une photo illustrant la journée, un moment fort vécu ou une esthétique ressentie ... 

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Retour ce jeudi 28 juin 2018 vers Donetsk pour quelques jours de repos en caserne et à la maison. A notre arrivée Mourka nous accueille avec des ronronnements forts, réclamant une semaine de caresses en retard. De nouveaux visages apparaissent ici et là attestant que la dynamique du volontariat pour le Donbass est toujours vive.

La caserne est écrasée par une chaleur estivale poussant à l'issue des nettoyages de l'armement et du matériel les hommes fatigués vers des sommeils récupérateurs.

De mon côté avec mon ordinateur portable, j'ouvre cette petite fenêtre virtuelle sur le monde, observant les secousses de la tectonique géopolitique, essayant de répondre aux nombreux messages, et aussi de m'évader en musique avec des musiques scandinaves et celtiques rappelant les racines européennes prè-chrétiennes pour lesquelles je me bats et qui ressourcent mon mon cœur.

La nuit, le sommeil, redevenu léger après la récupération du corps, est interrompu par les détonations sourdes de l'artillerie qui zèbrent l'horizon Nord de flashs anarchiques aux couleurs étranges, parfois tirant sur le violet. 

La guerre, elle, ne se repose jamais et nous appelle sans cesse à venir danser avec la Mort au bal de la Liberté des peuples...

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front


Un exemple de musique scandinave que j'affectionne 
et mets en fond sonore quand je travaille, lis ou me repose



mercredi 27 juin 2018

Photo du 27 juin

Suite de la nouvelle rubrique "Photo du jour" de mon journal du front, choix d'une photo illustrant la journée, un moment fort vécu ou une esthétique ressentie ... 

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Mercredi 27 juin 2018

En revenant d'une position voisine dans le jour déclinant, les couleurs nacrées du ciel dans lesquelles contrastaient les silhouettes écorchées des arbres m'ont appelé à méditer un instant sur la guerre et cet univers si particulier qui émerge des combats et des bombardements. 

Cette permanence des respirations de la Nature, de la souris qui se faufile entre les débris d'un garage explosé par les bombardements, jusqu'au soleil qui continue ses majestueuses coloration du ciel, imperturbable aux fracas des combats, désavoue cette apparence de désolation définitive du paysage pour lui donner cette dimension d'un chaos d'où la vie va un jour à nouveau s'élancer vers un nouveau cycle où je l'espère les hommes auront retrouvé leur liberté légitime.

Sur cette photo, à gauche les murs criblés d'impacts de notre "Forteruine" dont il ne subsiste plus d'un étage et demi ayant résisté aux orages d'acier. Dans l'angle du bâtiment, son grand pylône affaissé d'où la régulation électrique du secteur était effectuée avant la guerre. A gauche les squelettes brûlés des arbres bombardés qui tendent leurs moignons vers le ciel. Au premier plan, le parapet d'une tranchée ponctuée de postes de combats et casemates et reliant les positions entre elles. A l'horizon, juste derrière les ruines et les arbres, les positions ukrainiennes sont à moins de 300 mètres.

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front 

L'OTAN persiste et signe


Tandis que les Trumpolâtres prédisent que l'énergumène de la Maison Blanche va casser l'OTAN, certains même de délirer en évoquant un départ des USA de cette alliance militaire sous commandement étasunien, cette dernière continue sa stratégie d'expansion territoriale avec comme objectif principal de se positionner autour de la Russie et ses alliés.

Ainsi de la proposition d'intégration dans l'OTAN de la Colombie, pays voisin de l'irréductible Vénézuela et ses réserves pétrolières, ou encore de l'accord entre la Grèce et la Macédoine ("du Nord" maintenant) qui le veto d'Athènes pour son intégration dans l'alliance encerclant la Serbie.

Côté Europe de l'Est et particulièrement Mer Noire, l'OTAN persiste et signe dans sa stratégie agressive contre la Russie qu'elle appuie d'une inversion accusatoire des plus hallucinantes.

Prenons par exemple 2 événements qui viennent de se produire ces derniers jours sur l'échiquier européen  :

LE FOU UKRAINIEN ET LE PION GEORGIEN

Le 25 juin, le Département d'Etat étasunien, par la bouche de Wess Mitchell son secrétaire d'Etat adjoint pour les affaires européennes et eurasiennes,  a annoncé une augmentation des fournitures d'armes à l'Ukraine et la Géorgie.

Devant le Comité sénatorial des affaires étrangères, Mitchell a déclaré que l'augmentation des aides militaires "d'autodéfense" leur était nécessaire pour s'opposer à une "Russie qui les menace militairement". Cette politique d'armement aux frontières de la Russie est désormais possible depuis la levée de l'embargo Obama sur les armes à destination de l'Ukraine et la Géorgie.


Système etasunien de lance missile antichar "Javelin" livré par Washington à l'Ukraine et la Géorgie.

Ces livraisons d"armes ont d'ailleurs  déjà commencé en Ukraine avec la livraison de 37 postes de tirs et 210 missiles antichars "Javelin" le mois dernier pour un montant de 47 millions de dollars. D'autres lots arrivent comme des fusils de précision de type Barret etc... Au total 200 millions de dollars.
Et 250 autres millions de dollars seront également consacrer à Kiev dans le domaine de ma sécurité et du renseignement militaire.

La Géorgie bénéficie également d'un  programme d'assistance militaire similaire: Formation  et équipements (par exemple 72 postes de tir et 410 missiles Javelin pour un montant de 75 millions $.

Mais il ne fait pas perdre de vue que dans le ligne de mire de ces programmes d'equipenents se profile l'intégration de ces pays dans l'OTAN, comme l'a confirmé fin mai, le chef du département d'Etat étasunien Mike Pompeo qui a déclaré que Washington et Tbilissi travaillent sur l'adhésion de la Géorgie.

CONSEIL DE GUERRE DE SOLDATS DE L'OMBRE 

Dans le même temps se tenait à Kiev une rencontre entre les représentants des services de renseignements militaires de  l'Ukraine, la Bulgarie, la France, la Géorgie, la Moldavie, la Roumanie, la Turquie, le Royaume-Uni et les États-Unis.



Cette réunion  intitulée "Black Sea Intelligence Forum" a rapidement pris l'allure d'un conseil de guerre contre la Russie justifiant sa convocation en raison de "l'une des plus grandes menaces à la sécurité nationale de chacun des pays participants du forum et de la sécurité mondiale en général a été déterminée par les actions agressives de la Fédération de Russie".

Cette assemblée des soldats de l'ombre, "chouettes" et autres oreilles au service de l'OTAN a convenu de déployer plus de ressources militaires de renseignements sur les frontières de la Russie et dans la zone conflictuelle de la Crimée et du Donbass. D'autres résolutions ont été prises telles qu'un renforcement de la coopération entre les  services  de renseignements nationaux, la tenue de reunions bilaterales et multilaterales régulières etc.



Les 11 et 12 juillet prochains de tiendra dans son nouveau siège a Bruxelles le 26ème sommet de l'OTAN. Se souvenant de l'hystérie russophobe qui avait dominé  a Varsovie en 2016 le 25ème sommet de l'alliance, il sera très interssant d'observer celui ci à l'aune de l'escalade engagé par les USA malgré les discours parfois apaisant d'un Trump qui dans les faits jette plutôt de l'huile sur le feu depuis son arrivée à la maison Blanche, où les commandes du porte avion USA semblent bloquer sur le cap de ses prédécesseurs. 

Pendant ce temps là la situation sur la ligne de front du Donbass ne cesse de s'aggraver causant désormais des pertes quotidiennes du fait de la reprise des bombardements et de ses attaques de l'armée ukrainienne... équipée et encadrée par l'OTAN.

Erwan Castel


Le nouveau logo des services de renseignements ukrainiens, avec la chouette pointant son glaive sur la Russie, symbole de la mentalité atlantiste dirigeant la nouvelle Ukraine.

mardi 26 juin 2018

Photo du 26 juin

Suite de la nouvelle rubrique "Photo du jour" de mon journal du front, choix d'une photo illustrant la journée, un moment fort vécu ou une esthétique ressentie ... 

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Mardi 26 juin 2018

Aujourd'hui, il semblerait que sur notre secteur du front de Yasinovataya nous ayons de nouveaux "voisins d'en face" au vu du drapeau sable et vermeil hissé dans les armatures d'un bâtiment située à 70 mètres de notre "Forteruine".

Après le drapeau ukrainien, ici à gauche sur la photo et très fatigué, le drapeau étasunien qui est reparti avec le corps de son proprio, voici donc le drapeau de "Prayvi Sector". 

Ce "secteur droit", qui sert de refuge psychiatrique aux radicaux ukropithèques et autres psychopathes nationalistes occidentaux venant faire des safaris dans le Donbass, essaye depuis ses massacres d'Odessa et Mariupol (mai 2014) d'agiter la terreur au bout d'une hampe. 

Il ne nous manque plus que le drapeau du bataillon néo-nazi Azov,  avec sa rune wolfsangel récupérée dans l'héraldique scandinave de la Waffen SS, et la collection des signes ralliant les idiots utiles de l'Oncle Sam en Ukraine sera quasi complète.

Erwan Castel

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Nuit blanche sur Promka

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Suite à l'annonce de l'attaque meurtrière d'une position voisine tenue par le bataillon Vostok, le secteur a été mis en alerte maximale et la nuit a été éclairée quasiment sans interruption par les duels de balles traçantes crachées par les meurtrières se faisant face.


Mardi 26 juin 2018

Vers 19h30 plusieurs tirs d'AGS 17 arrivent entre les 2 positions tenues par Piatnashka dans ce secteur de Promka sur le front de Yasinovataya (Nord de Donetsk), suivi aussitôt par des tirs croisés et très nourris d'armes légères, fusils d'assaut, mitrailleuses et roquettes antichars. 

Il n'en fallait pas moins pour déclencher une alerte maximale surtout dans le contexte de l'attaque ukrainienne du matin qui a décimé un groupe complet du bataillon Vostok positionné à 500 mètres environ de "Forteruine". Postes doublés, mitrailleuse légère en position à l'étage, munitions supplémentaires distribuées sur tous les postes de combat, et quelques minutes plus tard chacun scrute les alentours répliquant sans compter à chaque rafale tirée sur "Forteruine".

Dans cette vidéo de 15 secondes, on voit des balles traçantes 
ukrainiennes dépasser notre position vers des positions voisines 
qui sur le parapet de la route de Donetsk-Gorlovka nous appuient.
A la 6ème seconde, une grenade à fusil explose contre notre mur 

Lorsque les premières lueurs de l'aube viennent surprendre les groupes à 4h00 du matin, les tirs ne diminuent pas pour autant et vont se prolonger encore 3 heures environ avant de diminuer leur intensité ce qui permet de revenir au régime normale et par rotations d'aller faire dormir les yeux.

Erwan Castel

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lundi 25 juin 2018

Photo du 25 juin

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Lundi 25 juin 2018


Ce soir, sur le front de Yasinovataya, au Nord de Donetsk, des tirs ukrainiens sporadiques griffent nos positions, dans un concert de sifflements aux stridences variées captant l'attention de tous. 

Dans un méandre de la tranchée reliant nos 2 positions, un sniper chargé de patience, fouille l'horizon à la recherche d'un mouvement trahissant un tireur ou un observateur ennemi. 

Encore et toujours les hommes vont se relayer au rempart enterré et silencieux de la République, sous le regard goguenard de Dame Lune qui semble slalomer dans son ascension entre les silhouettes des arbres décharnés.

Erwan Castel

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Kiev remet les couverts

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Le village martyr de Sahanka dans le Sud de la République de Donetsk 

Comme d'habitude, les circonvolutions cyniques de la dernière réunion des accords de Minsk n'a pas réussi pas à éteindre le feu qui couve depuis 3 ans sur le front du Donbass, tout au plus les soudards de Kiev diminuent - ils leurs attaques quelques heures ou quelques jours.

Ainsi de la journée d'hier où les attaques ukrainiennes ont repris leur escalade sur l'ensemble des zones de contact du front : l'arc Svitlodarsk (Nord de Debalsevo) Gorlovka, Yasinovataya, l'aéroport et Volvo Center (Donetsk Nord), Zaitsevo (Donetsk Ouest), Dokuchaïevsk (Sud de Donetsk) et le secteur de Shirokino (Sud République) où de nouveaux bombardements ont frappé le village de Sahanka (voir photos) faisant de nouvelles victimes civiles.


Lundi 25 juin 2018

Dans le secteur de Promka où nous sommes déployés entre Yasinovataya et Avdeevka, les ukrops ont déclenché une série d'attaques sur nos position : tirs aux armes d'infanterie mais aussi bombardements de grenades propulsées (AGS 17) de roquettes RPG et obus de mortier de 82mm.

Mais c'est une position voisine tenue par le bataillon Vostak, une unité amie qui a subi l'attaque principale de la journée lorsqu'un commando ennemi a réussi à pénétrer dans son dispositif de défense et de tuer plusieurs soldats (5 tués et 4 blessés). 

Malgré la proximité de la position, peu d'informations nous sont parvenues sur cette attaque ukrainienne survenue à l'aube et qui a décimé la quasi totalité d'une position du bataillon Vostok avec qui nous partageons la défense de ce secteur du front, et il est probable que l'enquête terminée les formations recueillies restent confidentielles. Pour l'unité Vostok qui est aussi en première ligne depuis les premiers jours de la guerre, cette semaine s'annonce très difficile et rallonge la liste déjà longue de ses soldats tombés pour la défense de Donetsk.

Suite à cette tragédie, nous sommes en alerte maximale sur tous les postes de combat et engageons certainement plusieurs nuits blanches pour l'ensemble des effectifs déployés sur ce secteur du front. 

Les échanges de tirs, armes d'infanterie, mitrailleuses lourdes, grenades propulsées roquettes antichars etc. ont repris dès la fin d'après midi entre les positions républicaines et ukrainiennes et s'intensifient considérablement au fur et à mesure que le soleil décline à l'horizon...
Erwan Castel





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Mamaï, héros de la République


Le 17 mai dernier le Commandeur de la Brigade Piatnashka était tué au combat sur la position "Dunaï" du front de Yasinovataya au Nord de Donetsk. 

Sa disparition brutale n'a pas été un choc émotionnel que pour nous ses soldats qui le considérions comme un père autant qu'un chef militaire exceptionnel comme en témoignent les milliers de personnes venues s'incliner devant sa dépouille mortelle autant dans le Donbass que dans sa terre natale d'Ossetie du Nord.

A ses funérailles une personne dira : "C'est une perte irremplaçable pour toute la République. Les gens sont venus honorer la mémoire d'un homme qui, jusqu'au dernier jour, se battait pour la liberté de notre pays, était toujours en première ligne. Il restera dans nos coeurs un héros. Mémoire éternelle"


Aujourd'hui 25 juin, Alexandre Zakharchenko, président de la République Populaire de Donetsk par décret n°181 a décerné à Oleg Mamaiev à titre posthume le titre de "héros de la République" plus haute distinction de la RPD   

Le décret présidentiel rappelle : 

" Oleg Mamiev, originaire d'Ossétie du Nord, a pris part aux hostilités en Ossétie du Sud. Puis, après le coup d'Etat à Kiev, il est venu dans le Donbass. Dans les rangs l'unité "Vostok", il a participé à de nombreuses opérations militaires. Plus tard, il a intégré la Brigade "Pyatnashka" et en prendra rapidement le commandement.

La vie du chef de bataillon Mamai s'est interrompue le 17 mai alors qu'il défendait la République Populaire près de la localité de Yasinovataya. Mamiev grièvement atteint est décédé de la suite de ses blessures.

Les habitants de la république lui ont dit au revoir le 19 mai. La cérémonie funèbre a eu lieu dans le bâtiment du Théâtre académique de Donetsk. Les dirigeants de la République Démocratique Populaire, ses camarades, et les résidents locaux sont venus dire au revoir à Mamaï"


Pour nous autres ses soldats toujours déployés sur le front de Yasinovataya, Mamaï reste pour nos coeurs notre " Com'bat" guidant à jamais nos actes par le souvenir indélébile de son exemple. 

Erwan Castel



dimanche 24 juin 2018

Photo du 24 juin

Suite de la nouvelle rubrique "Photo du jour" de mon journal du front, choix d'une photo illustrant la journée, un moment fort vécu ou une esthétique ressentie ... 

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Dimanche 24 juin 2018


Allez un peu de poésie dans ce monde désespérant, histoire de montrer que la beauté finit toujours par triompher de la laideur.

Ce soir entre 2 de nos positions défendues par Piatnashka sur le front de Yasinovataya, un Soleil couchant portant encore les flammes solticiales m'a fait un clin d'oeil à travers les ruines d'un bâtiment pulvérisé par 3 années de bombardements ukrainiens.

De quoi faire naître un sourire sur les visages fatigués et faire éclore dans les cœurs l'espérance bâillonnée par la guerre.


Erwan Castel

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Une griffe étasunienne

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Sur le front figé de Yasinovataya, au Nord de Donetsk, les jours se suivent et malgré des rythmes réguliers,ne se ressemblent pas et régulièrement nous réservent même des surprises.


Dimanche 24 juin 2018

En fin d'après midi ce dimanche 24 juin, dans une chaleur rendue presque tropicale par les pluies des dernières heures, les tirs ukrainiens ont repris sur le secteur, annonçant par le fait que les observateurs de L'OSCE et du SCKK étaient bien rentrés de leur mission sur l'usine de filtration d'eau située à 1 kilomètre.

Tirs coutumiers de kalashnikovs, de mitrailleuses légères, ponctués ici et là par des grenades propulsées et de roquettes diverses. Mais ce sont les snipers surtout qui continuent à harceler nos positions régulièrement de leur tirs dont notre camarade "Donskoï" a payé de sa vie la précision des tirs.

Aujourd'hui des vols isolés et lourds ont retentit en fin d'après midi sur notre position jumelle laissant résonner résonner des impacts sourds et pénétrants dans les poutres, les sacs de terre ou les blocs de béton protégeant nos postes de tirs et tranchées.


Photo comparative entre les calibres en usage courant fusil d'assaut 5.45, fusil à lunette SVD 7.62 mm et a priori le calibre 50 (12.7mm) récupéré aujourd'hui.

Baïonnette à la main un soldat à extrait un de ces ovnis dont le calibre 12,7 long n'appartient pas à l'arsenal soviétique ou ukrainiens mais apparemment appartement celui des occidentaux.

Ce n'est pas la première fois que nous trouvons des calibres OTAN utilisés contre nous. Déjà en décembre 2017 dans les décombres des étages de "Forteruine" nous avions déniché un calibre identique à celui tiré aujourd'hui sur une tranchée. 

Ces armes du type du fusil M82 barret si elles ont fait jusqu'à present de tres rares mais remarquées apparition dans les mains de quelques mercenaires fortunés ont commencé cette année à être importées officiellement en Ukraine dans le cadre des aides occidentales à son armée engagée dans une guerre contre la population du Donbass.

Officieusement délivrées à titre "exclusivement défensif" ces armes cime on pouvait s'y attendre se retrouve très vite en première ligne ukrainienne dans les violations quotidiennes du cessez le feu signé à Minsk.


Erwan Castel 




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samedi 23 juin 2018

Une fois n'est pas coutume

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Au milieu de cette escalade des armes observée dans le Donbass et qui inquiète même l'OSCE, la journée d'hier a été dans notre secteur de Yasinovataya au Nord de Donetsk particulièrement calme jusqu'à l'ennui. 


Samedi 23 juin 2018

La journée et nuit de ce 22 juin furent particulièrement calmes à part quelques tirs sporadiques brisant la monotonie d'une journée écrasée parc la chaleur. 

Devant ce silence des armes, les hommes en ont profité pour se reposer mais aussi améliorer le confort des tranchées qui poursuivent lentement, à coups de pioche et de pelle.


Vers 13h00, une série de tirs éclatent dans les tranchées, dirigés vers un étrange aéronef qui dans le ciel promène un drapeau ukrainien. A priori il n'y a pas que nous qui trouvons me temps long...

Après observation dans la lunette de tir, il ne s'agit pas d'un robe l'ais d'une grappe de ballons qui traîne cette provocation dans le ciel.. La distance est élevée (1km environ) et les conditions de tir vers le ciel, très difficiles) je réussis toutefois à éclater un ballon au bout de la 7 ème cartouche avant que le vent n'emporte le drapeau ukrainien au Nord. La récréation est terminé et les danses des pelles et des pioches peuvent reprendre.

Dans ce paysage désolé par les bombardements, les fantômes des arbres semblent observer les hommes devenus des insectes s'enfonçant dans la terre retournée entre leurs racines.


Ailleurs cette même Nature que la guerre des Hommes a martyrisé nous offre des leçons de résistance qui ne cesseront jamais de m'étonner. Entre les oiseaux qui nichent dans la carcasse rouillé d'un char, les renards qui prolongent les cratères des obus en terriers, ou les faisans qui continuent leur vie au milieu des ruines indifférents aux balles qui parfois leurs sont destinées, la Vie naturelle montre ici toute sa puissance. 

Même les plus petites plantes sont capables de prouesses extraordinaires, comme celle de s'extraire des sacs de protection remplis de terre et où leurs graines avaient été enfermées.


Bref, autour de nous entre le jour et la nuit, ça piaille, glappit, criaille tandis que les cerises et les framboises avec les fleurs colorent les arbustes qui tentent de cacher la misère du champ de bataille. 

Le soir "bizarrement" aucun bombardement ukrainien est venu animer la soirée et la nuit fut à l'image de la journée, son silence n'étant perturbé que par le trottinement des rongeurs et le cri des oiseaux nocturnes.

Principalement dûe à des missions du SCKK, le Centre de coordination et de contrôle du cessez le feu puis de l'OSCE cette journée fut presque reposante où pour une fois, la guerre n'a pas joué son habituel d'écorcheuse.

Erwan Castel 


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vendredi 22 juin 2018

La gauche se réveillerait-elle ?... enfin !


Depuis le début de la crise ukrainienne les soutiens à la rébellion du Donbass émanent majoritairement en France de la mouvance nationaliste et droite radicale, qui de leur idéologie ethnocentrée et centralisatrice foncent ici pour soutenir une rébellion séparatiste d'idéologie communiste... cherchez l'erreur !

Bien sûr le discours des nationalistes français qui viennent ici est globalement anti-mondialiste et rejoint ici la dynamique des Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk mais guère plus. De l'autre  côté du front, d'autres fachos sont observables dans les rangs des bataillons spéciaux ukrainiens ou de leurs soutiens hexagonaux pas plus génés de servir quant à eux les pires mondialistes sionistes qui ont mis main base sur Kiev.  

La plupart des nationalistes qui viennent dans le Donbass, ici ou en face, sont guidés par une vision fantasmée de la Russie dont les Républiques de Donetsk et Lugansk se sont érigées en poste avancées depuis 2014. Pour les uns Poutine veut restaurer un empire soviétique hégémonique, pour les autres il est le bon despote protégeant les valeurs d'une Russie blanche et chrétienne. Car les uns comme les autres héritent d'une pensée nationalistes définie obligatoirement sur une appartenance communautariste ( alors que la Russie est en réalité une fédération héritée de cette notion d'Empire supra communautariste qui unit des chrétiens aux musulmans des européens aux asiatiques tous leS peupleS et communautéS du pays)

De l'autre côté de l'horizon politicien français la position de la "gauche" concernant la crise ukrainienne et particulièrement la guerre dans le Donbass est ridicule pour ne pas dire lamentable et pathétique.

En effet, alors que les discours et les slogans agités par les tribuns communistes ou insoumis  prônent la reconquête politique des peuples et leur résistance face à la dictature de la marchandise organisée en Europe par le couple militaro-industriel UE/OTAN au service de la ploutocratie mondialiste, la guerre qui a éclatée ici laisse indifférents la plupart des leaders de gauche.

Et pourtant, tous les ingrédients idéologiques sont là : coup d'Etat organisé par Washington, résurgence du nazisme soutenu par l'UE, référendums démocratiques, crimes de guerres soutenus par l'OTAN, résistance armée des couches basses et moyennes de la société, création de républiques populaires épurées de l'oligarchie post soviétique etc...
Or, le Donbass devrait au contraire être cité en exemple par Mélenchon, qui pourtant à une position saine et vive concernant la Syrie, car les républiques sont un laboratoire démocratique et un champ de bataille militaire mettant en oeuvre les valeurs qu'il prétend défendre. 

Mais voilà il y a les intérêts électoralistes et certainement les lobbys "amis" qui ont misé sur ce territoire immense (le plus grand pays d'Europe)

Andrea Kotarac est un jeune élu du parti des "Insoumis" qui relève le niveau et depuis 2014 s'intéresse et soutient la résistance du Donbass. Il est venu à titre privé. Certes ce sont ses origines serbes (tout comme Nikola Mirkovic un autre français soutenant Donbass) qui l'ont certainement plus sensibilisé au sort des populations slaves d'Ukraine que Dupont ou Duchmol pour qui consciemment ou inconsciemment le rideau de fer continue d'exister lorsqu'on parle de "l'Est".

Andrea Kotarac décrit ici avec pertinence, et sur fond d'analyse géopolitique internationale, la situation du Donbass en cette veille de coupe du monde de football en Russie.

Un grand merci à lui, espérant que son initiative personnelle soit transformée par l'arrivée prochaine d'un groupe officiel de parlementaires et d'élus (de gauche ET de droite, poussons le rêve jusqu'à l'utopie) dans le Donbass. 
En effet je pense qu'il est temps que des élus viennent officiellemnt pour observer et témoigner par delà les propagandes qui  de chaque côte du front concourent pour la palme du ridicule médiatique, de la réalité de ce territoire européen déchiré dont la population, coincée entre le bélier de l'OTAN et la muraille russe souffre depuis 4 ans un martyre intolérable.

Erwan Castel


Source de l'article : NRT 

Donetsk : au cœur de l'Europe, une guerre oubliée


 Andrea Kotarac

Alors qu’en 2014, tout le monde se passionnait pour la situation en Crimée, ce n’est plus la cas aujourd’hui, alors que la situation ne s’est pas améliorée.

« – Tu es un mercenaire serbe.

– Non, je suis socio du Média et élu français.

– Ma patience a des limites jeune homme, donne-moi ton flingue ! »

C’est sur ces paroles avec un douanier, le jour de mon anniversaire, que je réussis quand même à entrer en République populaire de Donetsk (RPD), un territoire non-reconnu, formellement déconseillé par France Diplomatie et niché entre la Russie et l’Ukraine. Après le référendum de Crimée, au sud de l’Ukraine, où les citoyens se sont déclarés pour la réunification à la Russie, deux républiques font sécession vis-à-vis de Kiev de la même manière, en 2014, les républiques populaires de Lougansk et de Donetsk. Sur le chemin vers la ville de Donetsk, plusieurs portraits d’Alexandre Zakharchenko, le président de la République, avec les dates des 9 et 11 mai. La première faisant référence à la fête de la victoire sur les Nazis et les sacrifices soviétiques, la seconde étant relative au 4ème anniversaire de la République.

Arrivé à destination, il faut peu de temps sur place, pour comprendre, dès la tombée de la nuit, que les combats se poursuivent, malgré un cessez-le-feu. A quelques kilomètres de Donetsk, sur les lignes de front face à l’armée ukrainienne, plusieurs tirs d’artilleries et détonations peuvent s’entendre depuis la ville et toute la nuit. Cela se reproduira chaque soir malgré les observateurs de l’OSCE présents sur place. Après la révolution de couleur de Maïdan en 2014 et la chasse du président Ukrainien Ianoukovitch (souvent qualifié de pro-Russe par la presse occidentale), les commentateurs européens se sont enthousiasmés du tournant pro-UE de l’Ukraine. La nouvelle ayant même permis le déplacement de Bernard-Henri Lévy en personne aux côtés des manifestants. Depuis, comme ailleurs, plus aucun média ne s’est intéressé sur le débouché concret du putsch: la guerre civile. Depuis 2014, il est recensé, d’après le secrétariat d’Etat américain, plus de 10.000 morts et près de trois millions de réfugiés (dont 2 millions de déplacés) dans ce conflit européen. Le 12 mai dernier, depuis l’Italie, Angela Merkel s’est dite très préoccupée par la situation en Ukraine déplorant chaque soir « des violations de la trêve et des pertes humaines » quotidiennes au cœur de l’Europe.

Sur ce territoire, se confrontent deux visions, celle de l’OTAN et de la rupture avec la Russie (gouvernement Ukrainien), de l’autre, les Russophones, proches de la Russie et contre l’avancée de l’OTAN (Est Ukrainien). Sans compter,les divisions historico-culturelles, linguistiques et surtout la position stratégique de l’Ukraine, principale raison et étincelle de ce conflit entre frères Slaves.


2015 : les accords de Minsk II
Si, d’une part, la République de Donetsk fonctionne tel un véritable Etat doté de son administration, sa police, son armée, ses écoles, ses universités, drapeaux et plaques d’immatriculation, laissant penser à une aide conséquente de Moscou. D’autre part, ont été constatées plusieurs livraisons d’armes de Washington et même la négociation de ventes par M. Le Drian de plusieurs hélicoptères de combat Français au gouvernement de Kiev. Pourtant en 2015, était signé entre les Républiques sécessionnistes et Kiev, un accord de paix : les accords de Minsk II.

​La France, l’Allemagne et la Russie étant garants de cet accord, validé par l’OSCE ayant dépêché ses observateurs sur place.

​Outre le cessez-le-feu, les amnisties, les échanges de prisonniers, et tout autre point non respecté, les accords demandaient, le cas échéant, le changement de la Constitution Ukrainienne laissant place à l’autonomie des Républiques au sein de l’Ukraine et donc, en dernier lieu, l’intégrité des frontières de l’Ukraine. Kiev n’ayant toujours pas opéré ces changements constitutionnels.

​Après le symbole Catalan, la même question se pose donc pour la stabilité de l’Europe : autodétermination des peuples à disposer d’eux-mêmes ou principe d’intégrité des frontières ?



L’indépendance du Kosovo et l’ouverture de la boîte de Pandore

Si les pays de l’OTAN accusent le Kremlin de vouloir défendre sa sphère d’influence par la force (ce que Moscou dément), face à leur avancée vers l’Est, de l’autre côté de ce nouveau mur, le cas du Kosovo est dans toutes les têtes, que ce soit pour la Crimée, ou pour les deux républiques de Donetsk et de Lougansk.

​En effet, en 1999, l’OTAN avait opéré de manière illégale, en bombardant durant trois mois, jours et nuits, l’allié historique de la France et de la Russie, la Serbie, n’épargnant ni les journalistes de la TV nationale, ni même l’ambassade de Chine de Belgrade. La campagne aérienne atlantiste se déroulait alors sans accord de l’ONU, ni du conseil de sécurité. Au final, l’opération de l’OTAN débouchait il y a dix ans, à la déclaration d’indépendance du Kosovo et sa sécession de la Serbie. La majeure partie des états de l’OTAN, dont la France, s’étaient précipités pour reconnaître le nouvel état croupion. Aujourd’hui, le Kosovo abrite toujours la plus grande base américaine d’Europe et n’est toujours pas reconnu par l’ONU.

​Alors, me répond-on dans les rues de Donetsk, « pourquoi la France ou les Etats-Unis peuvent reconnaître l’indépendance du Kosovo en défendant leurs intérêts militaires et pourquoi la Russie, ne pourrait-elle pas répondre de la même manière, elle, qui vous avait largement averti de cette erreur à l’époque ? »



Donetsk : redoublement de violence avant la Coupe du Monde

Au-delà des débats juridiques, reste que depuis quelques jours, les combats entre les forces ukrainiennes et l’armée de la République de Donetsk redoublent de violence. Le 18 mai 2018, dans la ville de Gorlovka, il est comptabilisé dix morts du côté ukrainien, accusé par Donetsk de bombarder des civils et de tenter de percer les lignes de Front. Le 21 mai, au-delà des blessés et des morts de chaque côté, ainsi 3 soldats de Donetsk sont faits prisonniers. Le 22, un bus explose. Hier, le pont stratégique à Ivanovka reliant Gorlovka et Lougansk a été bombardé par l’Ukraine. On observe que les combats s’attachent souvent à la reprise de mines de charbon. En effet, si le territoire de la RPD est petit, il était considéré comme le centre industriel de l’URSS. Son détachement de l’Ukraine priverait Kiev d’apport de matière énergétiques notamment. En bref, plus un jour ne se passe sans compter des victimes au cœur de notre continent et dans l’indifférence des médias braqués sur le Royal Wedding.

A Donetsk, il est reproché aussi à l’Ukraine d’utiliser des armes interdites par les conventions internationales, et de redoubler de violence à l’approche de la Coupe du Monde qui se tient actuellement en Russie, pour tenter de gagner du terrain avant le deuxième événement sportif attirant le plus de téléspectateurs de la planète.

​Espérons qu’en finale, ce sera la paix qui sera championne du monde.

 Andrea Kotarac