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jeudi 21 juillet 2022

Du côté d'Avdeevka

Bombardement ukrainien sur Yasinovataya le 21 juillet 2021

Avdeevka est une des villes les plus anciennes de la Novorossiya, fondée au milieu du XVIIIème siècle par Avdeïev et elle deviendra progressivement au XIXème siècle un pôle industriel de la région de Donetsk, jusqu'à abriter la plus grande cokerie d'Europe, dont l'usine moderne a été inaugurée en 1963. Située à 12 kilomètres au Nord de Donetsk, Avdeevka est une ville de 30 km2 qui comptait avant la guerre 35 000 habitants.

Depuis 2014, cette cité industrielle de la République Populaire de Donetsk est occupée par les forces ukrainiennes face à Yasinovataya à l'Est et Donetsk au Sud  qu'elles bombardent quotidiennement depuis 8 ans et de manière intensive depuis le 24 février 2022. Mais surtout, Avdeevka est l'un des principaux points d'appui du de la ligne de front ukrainienne enserrant Donetsk avec Marinka au Sud et Krasnogorovka à l'Ouest de la capitale républicaine. 

Avdeevka est un bastion défensif puissamment fortifié sur ses flancs Est et Sud (face à Yasinovataya et Donetsk) et il est impossible d'engager contre lui des attaques frontales depuis ces directions sans risquer des pertes importantes. En revanche, depuis avril 2022, les forces alliées qui ont réussi à percer la ligne de front entre Avdeevka et Gorlovka progressent lentement dans un saillant enveloppant par le Nord le dispositif défensif le plus faible des forces ukrainiennes . En juin 2022 la route H 20 qui rejoint Konstantinovka est bloquée par les feux de l'artillerie alliée et à la mi juillet elle est atteinte puis franchie par les forces terrestres qui libèrent le village de Kamianka, avant poste extérieur principal de la défense Nord-Est d'Avdeevka.

Front Avdeevka au 19 juillet 2022

Tout comme sur le front Nord Donbass, depuis plusieurs jours, les pressions offensives russo-républicaines se sont intensifiées sur ce secteur clef du front de Donetsk, certainement également motivées par la volonté de mettre fin aux bombardements terroristes quotidiens des forces ukrainiennes sur les populations de Donetsk, Makkevka et Yasinovataya, opérés depuis le secteur d'Avdeevka.

Le 20 juillet, lors de nouveaux bombardements sur
Yasinovataya, les forces ukrainiennes d'Avdeevka, 
dispersent sur des quartiers résidentiels avec des 
roquettes à sous munitions des "papillons", mines 
antipersonnelles qui s'arment à l'atterrissage et 
explosent ensuite au moindre contact physique.

Parmi les systèmes utilisés pour bombarder les positions et les cités républicaines, les obusiers de l'OTAN restent très présents, de déplaçant d'un secteur à un autre en fonction des priorités opératives de l'Etat-Major de Kiev et pour échapper aux ripostes alliées qui commencent à savoir les repérer et détruire rapidement.

Un obus de 155mm OTAN qui est tombé dans une tranchée 
du front de Yasinovataya mais, par chance, sans exploser.

Autre conséquence des bombardements ukrainiens
sur les zones résidentielles républicaines, l'église de
Verkhn'otorets'ke (entre Yasinovataya et Gorlovka) qui 
a été complètement détruite par l'artillerie d'Avdeevka.

Actions et objectifs des forces russo-républicaines 

Afin de capturer le bastion ukrainien d'Avdeevka avec le minimum de pertes, les forces alliées ont engagé des manœuvres d'encerclement pour l'aborder sur son flanc Nord qui est le moins bien défendu, mais aussi couper les voies de ravitaillement et de retraite de sa garnison qui la relie aux bases arrières ukrainiennes de Konstantinovka au Nord et Krasnoarmeïsk à l'Ouest.  Le contrôle opératif d'Avdeevka  sera effectif avec celui des villages environnants, principalement Novokalinovo, Ocheterino et Orlivka, par lesquels transitent la logistique ukrainienne.

Lors des rédentes conquêtes territoriales réalisées au Nord Est d'Avdeevka (secteur Kamianka), les forces alliées ont ramassé de nombreuses armes occidentales parmi le matériels abandonné par les ukrainiens.

En plus des systèmes d'artillerie, des missiles antichars et 
antiaériens, il se trouve de plus en plus d'armement léger
occidental sur le front russo-ukrainien, très souvent servi
par des mercenaires et contractons de l'OTAN 





Comme d'habitude, les forces alliées font précéder leurs assauts sur ces défenses extérieures ukrainiennes par des puissants bombardements assommant leurs réseaux de tranchées et casemates, détruisant ou repoussant vers la ville les blindés et l'artillerie et ouvrant des corridors  offensifs dans les nombreux champs de mines entourant Avdeevka.

Bombardement allié corrigé par un drone d'observation 
des lignes de défense ukrainiennes autour d'Avdeevka.

Obusier russe automoteur de 152mm 2S3 "Acacia"
bombardant les positions ukrainiennes d'Avdeevka 

Les lances Roquettes Multiples sont très importants
pour "saturer" les positions ukrainiennes enterrées 
comme ici avec les roquettes incendiaires du TOS A1.

Mais l'une des missions prioritaires des appuis feu russes est aussi d'appliquer des ripostes rapides sur les points de tir de l'artillerie ukrainienne qui sont repérés et à portée de leurs contre-batteries. La difficulté de neutraliser les bombardements ukrainiens sur les populations civiles réside dans le fait que les batteries terroristes de Kiev utilisent des positions de tir de plus en plus éloignées et éphémères. Il faut donc du temps pour affaiblir leurs forces d'artillerie, tandis que leurs dépôts, plus vulnérables, sont repérés et détruits régulièrement. Ce 19 juillet, 2 lance roquettes multiples ukrainiens de 122mm " Grad" ont ainsi été détruits près d'Avdeevka.

Appui complémentaire de l'artillerie, l'aviation de 
combat russe est très active sur le front Sud de
Yasinovataya, comme  ici une paire de Sukhoï 25 
qui engagent des positions ukrainiennes mais sans 
toutefois pénétrer au dessus du dispositif ennemi 
à cause des nombreux systèmes antiaériens que les 
pilotes anticipent en tirant des leurres thermiques.

Au Sud et à l'Est d'Avdeevka, dans les secteurs de l'aéroport de Donetsk (de Peski à Spartak) et de Yasinovataya (Zone Industrielle de Promka), si la ligne de front reste immobile, elle connait également une intensification des combats entre les positions qui ne sont souvent éloignées les unes des autres que de quelques centaines voire dizaines de mètres (comme à Promka par exemple).

Une unité de la brigade "Piatnashka" engage ici
au Nord-Est de Spartak des bunkers ukrainiens 
avec des lances roquettes antichars RPG 7

Les objectifs des forces alliées (représentées en pointillés sur la carte), s'ils sont en cours de réalisation, demanderont probablement du temps car les forces ukrainiennes, ont considérablement renforcé  et miné leurs défenses depuis 5 mois et disposent d'une couverture efficace menée par une artillerie lointaine et mobile. Par ailleurs les pertes subies par les forces républicaines lors des batailles de Volnovakha, Marioupol et Popasnaya ainsi que l'étirement de la ligne de front vers le secteur de Zaporodje imposent de mener les opérations offensives, où l'attaquant est plus vulnérables que le défenseur, avec la plus grande prudence.

Actions et réactions des forces ukrainiennes 

Du côté de la garnison d'Avdeevka, en plus de la continuation des bombardements terroristes sur les populations civiles déjà évoquée plus haut, les forces ukrainiennes continuent à se préparer à résister à des assauts républicains sur la ville :
  • Une tentative d'empêcher avec des tirs de barrages et des contre-attaques localisées, le contournement Nord de la cité qui couperait les 2 dernières routes de communication vers les bases arrières acheminant la logistique,
  • Un renforcement de la défense au Nord Est de la ville avec des nouvelles positions et champs de mines qui viennent compléter l'inondation des abords entre Kamianka et Avdeevka réalisée le mois dernier. avec la destruction d'un barrage,
  • Un organisation défensive de la zone industrielle de la ville très difficile à bombarder en raison de ses importants stocks chimiques (la cokerie produit aussi 80 000 tonnes de produits chimiques par an), dans laquelle des centaines de civils ont été dirigé.

On observe une fois encore dans Avdeevka l'utilisation par les forces ukrainiennes des infrastructures et populations civiles de la ville pour se cacher et organiser des boucliers humains. Et bien sûr lorsque survient l'inévitable drame de la mort de civils dans les bombardements ou les combats en cours alors, la propagande ukro-atlantiste, ignorant le cynisme des prises d'otages réalisées, accuse les forces alliées de crime de guerre, tout comme sont ignorées les exécutions sommaires observées par des habitants de conscrits  ukrainiens voulant quitter Avdeevka et arrêtés par des nationalistes d'unités spéciales ukrainiennes.

Aujourd'hui, si les 155mm de l'OTAN se font plus discrets dans le secteur de Donetsk (redirigés au Nord vers Gorlovka et Artemovsk) les bombardements ukrainiens au 122, 152mm et roquettes continuent avec une intensité appliquée sur les secteurs de Yasinovataya et Verkhn'otorets'ke, à partir desquels les pressions offensives sur Avdeevka sont lancées.

En conclusion

Pour le moment la route H20 voie principalat reliant Avdeevka à Konstantinovka est sous le contrôle des forces alliées qui y ont détruit de nombreux postes avancés ukrainiens, et vraisemblablement, si des renforts y sont consacrés l'Etat major russe va poursuivre ses attaques pour contrôler les autres routes secondaires et isoler ainsi la garnison ukrainienne estimée à environ 10 000 hommes.

Devant la permanence des bombardements terroristes meurtriers de Kiev contre les populations civiles, la nécessité d'en finir avec cette épée de Damoclès menaçant jour et nuit les familles de Donetsk est devenue une priorité de l'Etat-Major 

Au moment où je termine ce point de situation particulier, un nouveau bombardement ukrainien frappe le centre de Yasinovataya avec 13 nouvelles roquettes de 122mm "Grad". 

Erwan Castel

Nouveau bombardement de Yasinovataya, 21 juillet, par les forces ukrainiennes d'Avdeevka

samedi 21 mai 2022

Assauts autour du bastion d'Avdeevka

Char de combat ukrainien T64 détruit sur le front de Donetsk

Précédemment j'ai évoqué l'importance stratégique de la ville d'Avdeevka située à 10 km au Nord de Donetsk et qui, avec Marinka, est l'un des deux points d'appui sur lesquels repose tout la ligne de front ukrainienne devant Donetsk, et les opérations offensives en cours contre ses défenses. 

Avdeevka est l'un des petits chaudrons en cours de formation le long de la ligne de front du Donbass visant à détruire les uns après les autres les groupements bataillonnaires tactiques du corps de bataille ukrainien dans le Donbass. Sa garnison est estimée à environ 4000 hommes appartenant principalement à la 56e Brigade mécanisée ukrainienne renforcée par des unités d'artillerie, des équipes antichars et snipers ainsi que des groupes de radicaux nationalistes et mercenaires étrangers.

Carte générale du front de Donetsk au 20 mai 2022
Encadré en blanc, le secteur d'Avdeevka à 10 km au Nord de Donetsk

Depuis cette semaine, les bombardements russo-républicains sur ce secteur crucial du front de Donetsk se sont intensifiés, assommant jour et nuit les positions ukrainiennes extérieures et périphériques d'Avdeevka ainsi que les dépôts et états-majors situés dans la ville désertée par la majorité de sa population dont certains s'étaient installés dans des écoles abandonnées pour dissuader les tirs alliés et dans le cas où ils sont finalement repérés et visés offrir à la propagande kiévienne des images alimentant le fantasme d'une armée russe génocidaire.

Voilà une photo qu'on retrouvera sans nul doute dans les 
clabaudages de la propagande ukro-atlantiste qui bien sûr
oublieront de préciser que cette école est fermée depuis
plusieurs semaines et qu'elle était réquisitionnée pour
abriter un état-major et un dépôt de l'armée ukrainienne. 

Dans la conduite des chaudrons piégeant les forces ukrainiennes, le travail de l'artillerie appuyé aujourd'hui par les bombardements de l'aviation et des missiles, est essentiel pour forcer les unités à se replier dans les bastion, détruire leurs forces blindées et d'artillerie mais aussi leurs dépôts et convois logistiques. Formées à l'excellence de l'artillerie soviétique et aguerries par 8 années de guerre dans le Donbass, les unités d'artillerie républicaines (Brigade Kalmius et batteries des brigades mécanisées) montrent aujourd'hui une efficacité redoutable :

Chars ukrainiens de la 54e brigade sous le feu de
l'artillerie de la 100e brigade républicaine sur la
périphérie à l'Ouest d'Avdeevka. En tentant de
s'enfuir les blindés manquent d'écraser de leur
infanterie, et un des blindé est touché et détruit.
Géolocalisation du bombardement. A l'horizon la ville de Donetsk

Sur le front de Donetsk, une batterie d'obusiers
automoteurs de 122mm 2s1 "Godzivka" de la
100e brigade tirent sur des positions d'Avdeevka

Comme dans les autres chaudrons réalisés ou en formation comme ceux de Mariupol (24 février- 21 avril) ou Severodonetsk et Krasni Liman (secteur Nord du Donbass), on observe un retrait rapide des forces ukrainiennes postés sur les avant-postes extérieurs dès les premiers assauts et bombardements importants subis, vers les défenses à l'abri des tissus urbains qui offrent une meilleure protection et le bouclier humain des civils étant restés dans les quartiers résidentiels.
Sous les bombardements et les premiers assauts
des forces russes et républicaines nombre d'unités
ukrainiennes abandonnent les hameaux environnants
pour les périphéries urbaines qui sont mieux fortifiées. 

Les assauts russo-républicaines en cours autour d'Avdeevka s'intensifient sur 3 directions distinctes :

  • Au Nord, la percée se poursuit au Nord de Kamienka, poursuivant significativement l'encerclement d'Avdeevka par le Nord,
  • Au Sud, la libération de Peski qui est un des avant-postes d'Avdeevka situé dans le secteur de l'aéroport de Donetsk se poursuit,
  • A l'Est, les combats font rage pour le contrôle de la partie ukrainienne de la zone industrielle de Promka située entre Avdeeka et Yasinovataya 

Au Nord: couper l'approvisionnement et encercler

Au Nord d'Avdeevka les forces ukrainiennes tentent de freiner le plus longtemps possible la manœuvre d'encerclement engagée par les forces républicaines depuis le front entre Yasinovataya et Gorlovka, qui ont  déjà libéré Novosilevka Druga et les quartiers l'Est de Novobakhmutivka. Lorsque Kamienka sera conquis, la route menant à Kontantinovka sur laquelle s'appuie le front ukrainien sur ce flanc sera franchie et l'étau pourra se resserrer jusqu'aux faubourgs Nord-Est d'Avdeevka.

Véhicule de transport de troupes russe BTR 82A

Face à cette menace, les forces ukrainiennes ont détruit le barrage de la retenue d'eau située au Nord d'Avdeevka pour inonder le secteur à l'Ouest devant l'avancée des forces russo-républicaines. (voir la vidéo ici).

Comme d'habitude, les forces ukrainiennes refusent le combat sur les terrain ouverts qu'ils laissent aux champs de mines pour mener des freinages d'infanterie à partir des hameaux des zones industrielles et quelques bois environnants Avdeevka notamment avec des groupes antichars et des snipers. 

Ici la position d'un sniper ukrainien est
détruite avec un missile antichar filoguidé
sur les défenses extérieures d'Avdeevka.

Au Sud, détruire les avants postes devant Donetsk

Sur le front de l'aéroport de Donetsk, dans la périphérie Nord de la cité, le groupe blindé ukrainien d'Avdeevka dispose de plusieurs postes avancés à partir desquels il peut maintenir une pression d'artillerie sur les positions républicaines et les quartiers résidentiels des districts de Kuybishevski et Kievsky. Les deux principaux postes avancés ukrainiens de ce secteur sont Opitnoe et Peski au Nord et à l'Ouest de l'aéroport . 

Char de combat russe T72 B3

Les milices républicaines de Donetsk avec l'appui des forces spéciales de la 22e brigade russe ont commencé la libération de Peski sur lesquelles s'appuie le dispositif ukrainien devant l'aéroport. Il est probable que les forces ukrainiennes abandonnent bientôt cette localité complètement en ruine depuis 2014 et se replie sur une nouvelle ligne de front Est-Ouest le long d'une petite rivière ponctuée par une succession d'étangs entre Spartak-Opitnoe-Vodyane-Netaïlove-Karlovka...

Venant appuyer les progressions de l'infanterie,
républicaine, un char de combat russe T72 B3 
vient "traiter" une position ukrainienne fortifiée. 

A l'Ouest, conquérir la zone industrielle de Promka

Sans prétention, je connais bien ce secteur du front car mon unité de la brigade "Piatnashka" y est déployée depuis 2016 au milieu des ruines de Promka, une zone industrielle complètement détruite bordant la voie rapide entre Yasinotaya et Avdeevka.

Sniper russe se préparant au combat

Prendre le contrôle de cette zone permettra aux forces russo-républicaines de resserrer l'encerclement d'Avdeevka jusqu'à ses faubourgs Est et de libérer enfin la circulation sur cette voie rapide reliant les fronts de Donetsk et Gorlovka.

Tandis que certaines compagnies ont été déployées sur le front de Marioupol, les autres unités de la brigade internationale "Piatnashka" ont continué leur mission sur le front de Promka, participant ainsi à l'offensive sur Avdeevka. 

Volontaires internationaux de la brigade "Piatnashka"
devenue le 2e bataillon des forces spéciales du 
Ministère de l'Intérieur de la Rép. Pop. de Donetsk.


Du côté ukrainien

Au lendemain de la piteuse reddition de la garnison d'Azovstal qui, malgré son effectif important (2 000 hommes valides) a préféré capituler plutôt que d'offrir au mythe nationaliste ukrainien un "baroud d'honneur", les forces ukrainiennes restant dans le Donbass montrent des signes d'effondrement de leur ligne de front percée dans plusieurs secteurs de ( Severodonetsk, Popasnaya, Gorlovka, Olenovka) et de découragement moral d'autant plus que leur usure opérationnelle est plus rapide que l'arrivée des unités renforts et des armes occidentales tant promises depuis plusieurs semaines. 

Sur le front d'Avdeevka la principale menace pesant sur les groupes bataillonnaires ukrainiens est que les routes E50 et H20 soient coupés par les avancées russo-républicaines, les privant ainsi d'hypothétiques approvisionnements et renforts mais aussi de chemin de repli vers une nouvelle ligne de défense plus à l'Ouest. Et au vu de leurs faibles garnisons et du terrain ouvert qui est difficile à défendre (contrairement aux collines boisées et la rivière Donets dans le secteur Nord du Donbass) leur résistance même la plus longue possible sera balayée rapidement, n'apportant rien à la stratégie ukrainienne à part la perte de leurs effectifs de combat. 

Mais malgré cette évidence le commandement ukrainien qui obéit plus à des fantasmes politiques qu'à une stratégie militaire semble vouloir, comme à Marioupol, sacrifier ses soldats au bucher des vanités d'un pouvoir kiévien soumis aux intérêts atlantistes étasuniens.

Plus vite ces idiots utiles de la ploutocratie mondialiste seront détruits ou se rendront moins les villes où ils se terrent seront détruites par les combats et bombardements libérateurs.

Erwan Castel 

Et pour finir en riant, apprécions le niveau technologique de ces auxiliaires de la puissante et invincible Organisation du Traité de l'Atlantique Nord !:

Sur le front d'Avdeevka des soldats ukrainiens 
cheminant gaillardement vers leurs positions 


lundi 13 décembre 2021

Mamaï, toujours vivant dans les coeurs

Oleg Mamiev, dit "Mamaï" dans les tranchées de Promka - Photo Kristina Melnikova

A l'occasion de l'anniversaire de feu Mamaï, le commandeur de la brigade Piatnashka tué au combat le 17 mai 2018, j'ai rencontré 2 journalistes à Donetsk, Elena Tchinkarenko et Dimitri Steshin qui m'avaient invité à évoquer la mémoire de ce "commandeur" que j'ai eu l'honneur de servir au sein de la brigade internationale Piatsnashka.

Mamaï a rencontré son destin le 17 mai 2018 sur le front de Promka sur l'un des avant-postes que notre bataillon tient sur le front de Yasinovataya au Nord de Donetsk. 

En 6 ans, plus d'une quinzaine de proches camarades ont disparu à l'horizon des tranchées du Donbass, quand d'autres y laissaient un bras ou une jambe. 

Dans les halls des casernes leurs portraits accueillent les vivants, leur rappelant le sens du devoir et le prix de la Liberté. Au pied de leurs regards figés par l'Histoire, de pieuses offrandes viennent saluer leur sacrifice de leurs âmes et alimenter la force de ceux qui ont ramassé leurs armes.

Mais, aux cœurs de ceux qui les ont côtoyé dans la poussière, la boue ou la neige du front, ils sont toujours présents comme les membres de sa famille, comme sont présents à jamais également, mais dans la mémoire, ces autres soldats dont les silhouettes fugaces se sont écroulées un jour dans le réticule de son fusil. 

Les uns et les autres nous rappellent la tragédie de nos destinées humaines qui nous emportent comme des fétus de paille dans la tempête de nos passions.

Erwan Castel

Source de l'article : Novorosinform

"Il n'était pas seulement un commandant de bataillon 
mais aussi un père"

Un volontaire français de "Piatnashka" a parlé de Mamaï

Mamaï se tient au milieu d'une foule lors du 1er défilé de la victoire, le 9 mai 2015
 - Photo Svetlana Kisileva

12 décembre Héros de la République Populaire de Donetsk, Oleg Mamiev (indicatif d'appel Mamai), le légendaire commandant de bataillon de la brigade internationale "Pyatnashka", aurait eu 44 ans.
Si le 17 mai 2018, sa vie ne s'était pas tragiquement terminée sous les tirs de mortiers ennemis aux premières lignes de la "promka"...

Nous avons parlé de Mamaï avec un volontaire de France, Erwan Castel, qui a combattu sous ses ordres. Erwan est un tireur d'élite de la brigade Piatnashka et un ancien officier de carrière dans l'armée française, originaire de la province de Bretagne. En janvier 2015, Ervan est arrivé à Donetsk et s'est porté volontaire pour la milice. En septembre 2019, Erwan a été grièvement blessé par l'explosion d'une mine en première ligne, le privant pratiquement de son bras gauche. Voici ce qu'il a dit à propos de Mamaï :

"Depuis que je suis venu combattre dans le Donbass, j'ai eu plusieurs commandants. Je ne veux pas parler maintenant de savoir si l'un d'eux était meilleur ou pire. Mais Mamai est seul parmi eux ¨qui a laissé des souvenirs indélébiles de lui-même. Il y a différents types d'officiers:  il y a des officiers d'écoles, théoriciens,, il y a ceux qui construisent une carrière militaire, même si tous les deux sont capables parfois de se montrer à la hauteur du champ de bataille. Mamaï appartenait à la catégorie la plus rare des vrais officiers militaires, ceux formés et forgés par les combats. Pour moi, il était l'incarnation vivante d'un vrai chef militaire..

Mamaï commandait les soldats non par ses galons ou son physique athlétique, mais exclusivement par la force de son exemple personnel. Ceci est très précieux pour un soldat ordinaire. C'était un homme simple et modeste, mais en même temps il possédait une autorité incontestable et savait naturellement inspirer l'obéissance. Mamaï avait une carrure athlétique, il était présent aussi bien dans les formations qu'en première ligne et toujours à l'écoute de ses combattants. Les portes de son bureau étaient toujours ouvertes, même pour les simples soldats.

Par exemple, pour illustrer sa personnalité il était venu à sa dernière Parade de la Victoire le 9 mai 2018 en grande tenue, mais sans décoration Et, à mon avis, c'est très caractéristique de lui. Le pathos, la vanité lui étaient étrangers, tout ce qu'il faisait venait du cœur.

Autre détail très important pour moi en tant que militaire : chaque mois, il était en première ligne. Cela pourrait être à l'occasion d'une fête calendaire, d'une fête patriotique ou à l'occasion de l'anniversaire d'un des soldats. Il venait nous voir avec du thé, des bonbons, un gâteau et restait longtemps avec les soldats sur la ligne de front, essayant de connaître quel était leur état d'esprit et quelle était la situation actuelle.

Je suis tireur d'élite dans la brigade Pyatnashka et je me souviens très bien comment Mamaï est venu me voir et m'a demandé de me montrer les positions à partir desquelles j'effectuais l'observation et le tir. J'ai vu qu'il savait à la fois observer l'ennemi et préparer une position de tireur d'élite. De plus, il s'intéressait très sincèrement à mes préoccupations actuelles, si j'avais des problèmes techniques. Pour tous les soldats de notre unité, il n'était pas seulement un chef de bataillon, il était, sans exagération, un  père.

Quelques jours avant de tomber au combat, "Mamaï "était venu nous visiter sur notre
position de Promka du front de Yasinovataya, avec "Snak" notre commandant d'unité 

Avec tous mes camarades nous nous se souviendrons à jamais de cette tragique soirée du 17 mai 2018. J'en parle sincèrement et sans pathos. Le jour où Mamai est mort sur le champ de bataille, j'étais au "bal". Ma position était à environ 500-600 mètres de la position  Donaï, où Mamai a été mortellement blessé.

Ce soir-là, les forces ukrainiennes nous ont tiré dessus très fort. Ils nous ont tiré dessus avec des mitrailleuses lourdes, des mortiers de 82 mm et des lance-grenades AGS. La plus grande partie de notre unité était sur la position en état d'alerte, car nos positions sur les avants postes de Promka sont constamment la cible de tirs, et nous ne sommes séparés par endroits que d'une centaine de mètres des lignes ukrainiennes, ce qui les incite aux provocations.

Vers neuf ou dix heures du soir, un message passa parmi les soldats d'une sentinelle à l'autre que Mamaï avait été blessé. À ce moment-là, nous étions inquiets, mais pas surpris : il était souvent en première ligne, surtout si la situation était tendue. Pour nous, Mamai ne pouvait pas mourir, il était notre commandant de bataillon, et à nos yeux il était immortel. Nous connaissions tous son histoire : c'était un volontaire d'Ossétie, venu dans le Donbass dès les premiers jours du "printemps russe', dans les rangs de l'unité d'alors « Vostok », il participa aux combats aux frontières sud de la république, où il fut grièvement blessé à l'œil à Stepanovka, Il a survécu à de nombreuses batailles majeures en 2014. Pour nous, il était immortel...

Mais aux environs de minuit, de nouvelles informations sont passées par la position annonçant que Mamai était mort de ses blessures. Nous avons été choqués. Mais ce choc ne nous a pas dévasté, ne nous a pas paralysé, mais il nous a fait serrer plus fort l'arme dans nos mains. Mais en même temps, nous avons ressenti un vide dans nos cœurs. Il était notre commandant, aux yeux d'un soldat, un commandant ne doit pas mourir au combat, il doit résister, survivre. Habituellement, un simple soldat sacrifie sa vie sur la ligne de front. À ce moment-là, nous avons ressenti le véritable héroïsme de Mamai. »


A propos des funérailles du commandant du bataillon, Ervan a du mal à retenir ses larmes :

"Après la rotation, nous sommes venus aux funérailles de Mamai à Donetsk. Vous n'avez pas besoin de penser que les militaires sont des gens insensibles. Au contraire, si la guerre ne rend pas les soldats trop émotifs, en revanche elle leur fait ressentir plus intensément les tragédies, la souffrance et la misère autour d'eux, ce fut une journée terrible, mais ce jour-là, j'ai vraiment senti que Mamaï était un vrai héros.

On pensait dire au revoir au commandant en cercle étroit, au sein de ses proches et sa famille militaire, notamment son unité de combat, la brigade internationale "Piatnashka", une unité de combat qui avant tout est une grande famille. Mais lorsque nous sommes arrivés avec des couronnes mortuaires dans le centre de Donetsk, j'ai vu une foule immense de civils affluer en un flot incessant vers l'opéra, où la cérémonie d'adieu a eu lieu. La foule était presque aussi nombreuse que celle qui, quelques mois plus tard, viendrait dire au revoir au premier chef de la RPD, Alexander Zakharchenko. J'ai vu devant moi des dizaines de milliers de personnes qui s'étaient rassemblées pour dire le dernier adieu à Oleg Mamiev. Pour nous, ce fut une reconnaissance inestimable et inouïe non seulement de ses mérites personnels, mais aussi la reconnaissance de nous, ses combattants, et de tout le Donbass.

Le volontaire ossète Mamaï, lors des premiers combats de 2014 

Mamaï n'était pas originaire du Donbass, il était de nationalité ossète. Mais il a réussi, avec toute sa modestie naturelle, à devenir une véritable personnification de la résistance du Donbass. Avec de véritables émotions, je me souviens de ses camarades d'Ossétie, dont certains sont venus ici avec lui pour se battre comme volontaires . Ce sont des gens extraordinaires, comme un bloc de granit brut : simples, durs, mais avec une âme généreuse. Je les ai vus sangloter de manière incontrôlable à l'opéra, où était exposé le cercueil avec le corps de Mamai, et cette image restera à jamais dans ma mémoire.

Un camarade ossète de Piatnashka, sur le parvis de la cérémonie d'adieu à Mamaï

Je me souviens aussi d'une photo prise par Svetlana Kisileva lors du premier défilé de la victoire à Donetsk le 9 mai 2015. On y voit Mamai tenant une petite fille dans ses bras. Il se tient au milieu d'une foule très dense de gens de Donetsk qui se sont rassemblés pour admirer le défilé militaire, et une aura puissante semble émaner de lui.

Oleg Mamiev n'était pas un homme des tribunes, il était un homme du peuple et a toujours voulu être avec le peuple. C'était un homme simple, mais il possédait de telles qualités qu'il incarnait ¨malgré lui la vraie noblesse de l'âme."

Erwan Castel



lundi 17 mai 2021

"Que le souvenir des morts soit la force des vivants !"

399

Oleg Mamïev, "Mamaï", lors du défilé de la victoire du 9 mai 2015 à Donetsk.
il est alors commandant en second de la brigade internationale Piatnashka, 
dont il prendra le commandement plus tard, jusqu'à ce jour funeste du 17 mai
2018, où, sur le front de Yasinovataya, il est mortellement blessé au milieu de
ses hommes, par le feu d'un bombardement ukrainien.
(Photo Svetana Kissileva).

3 ans déjà se sont écoulés depuis la disparition au combat de Oleg Mamiev, le commandeur de la brigade internationale Piatnashka; et pour celles et ceux qui avons eu l'Honneur de le côtoyer et d'Être sous son commandement, "Mamaï" reste dans nos mémoires et nos coeurs un homme exceptionnel et un chef hors norme. 
Le souvenir de cet homme dont la noblesse de coeur n'avait d'égale que l'humilité résistera toujours au temps et à cette triste dissolution des traditions de la brigade opérée par cette bureaucratie sans âme d'un ministère de l'intérieur dans lequel le régiment des forces spéciales, auquel appartenait Piatnashka, a été maladroitement remisé par la nouvelle administration républicaine après l'assassinat (31 aout 2019) du Président Zakharchenko .



Lundi 17 mai 2021

Le 17 mai 2018, Oleg Mamïev était mortellement blessé sur le front de Yasinovataya, au Nord de Donetsk par un bombardement ukrainien frappant la position "Dunaï" dans le secteur de Kruta Balka J'ai souvent évoqué le passage fulgurant de cet officier dans nos vies de volontaires et aujourd'hui encore notre immense et intacte tristesse, que ne réussit pas à éroder la meule du temps, témoigne de l'aura militaire et la noblesse de coeur de cet homme dont le nom est désormais indissociable de la légende de Piatnashka.

Oleg Anatolyevich Mamiev est né le 12 décembre 1977 à Vladikavkaz, en Ossétie du Nord, il vit le déchirement des peuples de Russie jetés hors de leur Mère Patrie par l'effondrement de l'URSS, ce qui  provoquera d'ailleurs, dans sa terre ancestrale, une rébellion séparatiste qui avec celle de l'Abkhazie voisine donnera naissance en 1992 aux républiques populaires d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie. 

Et dans tous ces conflits séparatistes marquant la ligne de fracture soviétique, on observe toujours un afflux de volontaires venir des 4 horizons de l'impérium slave pour soutenir les rébellions  de leurs frères historiques, renouant ainsi avec la tradition des brigades internationales qui marquent l'histoire de la guerre d'Espagne contre le fascisme franquiste. 

Aussi, lorsque le fascisme bandériste œuvrant aujourd'hui pour le grand Capital mondialiste, lance ses chars et avions de combat contre les populations russes du Donbass, on voit arriver dans sa steppe en feu et ses villes bombardées des milliers de volontaires venant soutenir sa résistance. Il faut comprendre ici que l'immense majorité de ces volontaires ne sont pas poussés vers les combats par un fanatisme politique ou un aventurisme militaire, mais parce que fidèles aux valeurs communes et fraternelles qui animent le "sens commun" des peuples, révoltés par la violence criminelle du nouveau régime de Kiev, mais aussi pour défendre cette "idée d'empire" qui a traversé jusqu'à leurs projets d'avenir l'Histoire impériale, soviétique et fédérale russe et qui noue leurs identités particulières dans une destinée supérieure et civilisationnelle à défendre.

Oleg Mamïev, indicatif "Mamaï" rejoint en 2014 le Donbass avec des volontaires
ossètes, et prend part aux premières victoires des milices contre l'agression ukrainienne.

2014 est certainement l'année la plus périlleuse vécue à ce jour dans le Donbass, car les milices d'autodéfense ne sont pas encore équipées correctement, ni même coordonnées entre elles, et plusieurs corps blindés ukrainiens ont réalisé des saillants dangereux notamment à l'Est et au Sud de Donetsk. Mais les forces ukrainiennes, désorganisées et emportées dans leur élan, vont 'bouillir" les unes après les autres dans des "chaudrons" forgés par le courage et les sacrifices de milices républicaines que renforcent chaque jour l'arrivée de nouveaux volontaires ainsi que les moissons de matériels, armes et munitions récoltés sur les champs de leurs victoires successives (frontière, Iliovaisk, Shakhtyorsk, aéroport, Debalsevo...)

D'abord volontaire dans les rangs de la brigade Vostok, "Mamaï" participe à de nombreux combats décisifs durant l'été 2014 le long des frontières avec la Russie, où il est une première fois blessé sérieusement au bras et à l'œil dans le secteur de Stepanovka près de Saur Moghila, 


A peine remis de ses blessures, le volontaire ossète retourne au combat au sein de la brigade internationale "Piatnashka" alors commandée par "Abkhaz", un volontaire d'Abkhazie et qui participe aux côtés des bataillons "Sparta (commandé par Motorola) et Somali (commandé par Givi") aux combats âpres mais victorieux libérant l'aéroport Prokofiev, au Nord de Donetsk. 

La brigade internationale "Piatnashka" (en référence au noyau originel de "15" volontaires) est sans conteste un des hauts symboles de cette "Union des peuples soviétiques" qui anime la rébellion du Donbass, ("sovietsky soyouz" et que les occidentaux formatés par la propagande de la guerre froide doivent ici considérer, non sous un angle politique idéologique mais sous celui d'une union de peupleS autour d'une destinée commune et supra communautaire). 

A l'automne 2014, "Piatnashka", qui est à la pointe de tous les combats depuis sa création en juin 2014, est alors en pleine expansion à partir de volontaires venus de Russie et du Caucase. mais aussi de Serbie, d'Espagne, d'Italie etc. et "Mamaï" devient rapidement un des piliers et le commandant en second de cette Brigade internationale qui continue de sculpter sa légende par la sueur, le sang et les victoires.

Octobre 2014, près de l'aéroport, les volontaires
de Piatnashka se regroupent autour de Mamaï 
(visible dès le début de la vidéo) pour un assaut 
sur des positions ukrainiennes près du terminal.
(les blindés appartiennent au bataillon Vostok)

En 2016, "Mamaï" succède à "Abkhaz" au commandement de la brigade "Piatnashka" qui est alors engagée principalement sur le front de Yasinovataya devenu sous les attaques ukrainiennes incessantes cherchant à s'emparer de la route Donetsk-Gorlovka, un des secteurs les plus "chauds" du front. Malgré ses fonctions d'Etat Major, "Mamaï" va dès que possible sur les avants postes tenus par ses unités de combat, là où son destin va l'attendre un 17 mai 2018...

Alors que je rejoins la brigade après 2 années de service sur les fronts militaire et de l'information, les rotations de mon unité s'enchainent rapidement dans le chaos de la zone industrielle de Promka, rythmées par les tirs ukrainiens qui régulièrement précipitent au delà de l'horizon des vivants de proches camarades.

17 avril 2018, dans la zone industrielle de Promka entre Avdeevka (occupé par
les forces ukrainiennes) et Yasinovataya (forces républicaines), "Mamaï" vient
nous rendre visite sur notre avant poste de section.1 mois plus tard, jour pour
jour, la Camarde allait l'attendre sur une autre position à 500 mètres au Nord.

Plusieurs fois par mois nous recevons la visite de notre "Mamaï" autant paternelle que de commandement à quelques centaines de mètres des positions ukrainiennes. Il rencontre alors chacun des soldats en mission, s'enquérant de leurs observations, de leurs besoins, de leur moral, et n'oubliant jamais d'apporter des grandes pâtisseries à l'occasion d'une fête patriotique ou d'un anniversaire personnel passé en première ligne

Pour ouvrir cet article qui me tient à coeur plus que les autres, j'ai choisi cette photo saisie par Svetlana Kissileva lors de la 1ère parade de la Victoire de 1945 organisée par la République populaire de Donetsk le 9 mai 2015. Sur cette photo de foule on y voit Oleg Mamiev tel qu'il reste dans nos mémoires : un pilier charismatique au milieu du peuple défendu et portant dans ses bras toute l'espérance de son avenir !

J'aimerais tant trouver les mots justes pour décrire ce que cet homme a semé dans nos mémoires et nos coeurs, car "Mamaî" est une borne majeure dans le cheminement intérieur autant que dans l'expérience militaire de chacun de ceux qui l'ont connu et côtoyé dans la boue des tranchées. 

Oleg Mamaïev était de ces soldats authentiques, incarnant cette figure intemporelle et mythique du Chevalier; et qui traverse les âges avec comme panache la force de l'exemple, comme qualité l'humilité du courage et comme noblesse l'intelligence du coeur. A son contact quotidien, particulièrement lors de ces moments partagés aux avants postes de Piatnashka, sur ce front funeste de Promka qui devait l'engloutir, nous ressentions déjà toute l'initiation silencieuse de sa personnalité, humble et attentive et toujours à l'écoute de ses hommes, et beaucoup disions déjà de son vivant qu'il était un père pour la famille de son bataillon. 

17 mai 2018, "Mamaï" vient vers notre position avancée dans Promka sur le
front de Yasinovataya. Il est un des rares chefs de guerre que j'ai suivi en
toute confiance, reconnaissant en lui les compétences militaires acquises
par l'expérience du combat, la justesse d'un instinct tourné vers la réussite
de la mission donnée et l'intelligence d'un coeur soucieux de la vie de ses
soldats. Un chef dans toute la noblesse de sa fonction. Photo Kristina Melnikova

Lorsque "Mamaï" est mortellement blessé ce 17 mai 2018, mes camarades et moi-même étions en poste sur la position "14" un peu plus au Sud de la position "Donaï" où notre chef devait rencontrer son destin. Je me souviens de cet appel radio transmis en milieu de soirée de poste de combat en salle de repos : "Mamaï a été grièvement blessé sur le front". Mais pour nos coeurs, à cet instant il était impossible que ces blessures soient fatales à celui qui incarnait l'esprit immortel de Piatnashka. Hélas nous devions apprendre plus tard que cet homme dont la légende avait précédé sa mort au combat n'avait pas survécu à ses blessures multiples (thorax et tête) reçues lors de ce bombardement ukrainien d'AGS 17 (lance grenades automatique de 30mm)

Nous étions alors sous le choc, devenus par des brèves lueurs aperçues à l'horizon Nord de notre position et le grésillement ému de la radio d'alerte, des orphelins de coeur !

17 mai 2018, sur le front de Yasinovataya, les dernières 
minutes de vie de Oleg Mamïev, lorsque son destin a
ouvert au Monde les portes d'une légende exemplaire.
(extraits du reportage du journaliste Sladkov qui était 
témoin des faits. le lien de la vidéo complète ICI ).
Dans cette vidéo, on observe tout d'abord des échanges
de tirs entre belligérants, situation quotidienne et banale
sur ce secteur du front où les positions sont à portée de 
voix les unes des autres. Puis les forces ukrainiennes
augmentent les tirs, engageant un canon sas recul SPG9
("SAPOG") puis un lance grenade automatique AGS17, une 
arme très prisée dans les guerres de positions tirant des 
grenades autopropulsées de 30mm. A 7'43", une nouvelle
  salve ukrainienne arrive juste dans la tranchée et blesse 
mortellement Mamaï (explosion surlignée). Puis s'en suit
l'évacuation rapide et risquée de Mamaï alors que de 
nouveaux tirs ukrainiens se font entendre.

Aujourd'hui le nom de Piatnashka est indissociable de celui de Oleg Mamïev, son commandeur qui nous laisse en héritage le souvenir éternel d'un homme courageux et humble qui commandait son bataillon à la fois comme un père de famille, un chef de guerre médiéval, et un officier des temps modernes.

Depuis ce tragique 17 mai 2018, "Mamaï" ne cesse de combler l'immense vide de son absence par l'héritage du souvenir déposé dans la mémoire et le coeur de chacun de ceux qui l'ont connu et côtoyé. Il est un repère essentiel à la fois heureux et triste du courant tumultueux de cette page d'Histoire européenne qui s'écrit depuis 7 ans dans le Donbass avec une encre de sang. 

Le 19 mai, au coeur de la cité de Donetsk reconnaissante, une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes est venue saluer la dépouille de cet homme humble et courageux, devenu fils du Donbass, non par le sang reçu mais par le sang versé.

Un soldat, frère d'armes, ami et compatriote ossète de
Mamaï laisse éclater sa peine tandis que la foule arrive
pour saluer ce fils d'Ossétie mort pour sa Liberté.


Le 22 mai, la dépouille de 'Mamaï" s'en est allée vers sa terre natale ossète qui s'est entrouverte pour accueillir son noble enfant et sceller de son sang reçu et versé l'amitié entre ces deux terres russes.  Mais ce jour là, à l'ombre des majestueuses montagnes ossètes en prière, ce n'est pas un corps qui fut enseveli, mais une graine d'exemplarité qui germe depuis dans les coeurs de tous ceux pour qui les mots Liberté, Honneur, Amour et Sacrifice veulent encore dire quelque chose...

Et sa stèle élevée sur la voie des héros au coeur de la cité minière de Donetsk est devenue pour les mémoires un phare qui guide nos actes et nos pensées présentes...

Avec "Mamaï", toujours, pour me souvenir et apprendre, encore...
Photo Kristina Melnikova, février 2020

Oleg Mamïev a désormais achevé son chemin vers la postérité et mais il restera, dans les l'Histoire en mouvement du Donbass et les coeurs libres de ceux qui l'ont connu, cet homme généreux, au commandement naturel fondé sur la force de l'exemple et servi par un charisme tant physique que mental et qui n'avait d'égal que son humilité et son humanité...

...et ceci, aussi longtemps que durera son bronze éternel dans les vents impuissants des vanités humaines. 

Erwan Castel 


Mes articles précédents sur Oleg Mamaïev ici : Mamaï