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jeudi 23 janvier 2020

Flash ! Attaques violentes sur le front Sud

Des mises à jour régulières de l'article seront faites au cours des prochaines heures...


Après les secteurs Nord de Donetsk et Gorlovka qui ont été durement bombardés ces derniers jours par les forces armées ukrainiennes, c'est le secteur Sud de la République Populaire de Donetsk qui est depuis ce soir la cible de violentes attaques appuyées par des bombardements d'artillerie lourde importants.

Les principaux secteurs concernés par les attaques des forces de Kiev sont ceux de Sahanka, Leninskoe et Kominternovo où selon certains témoignages des positions républicaines subissent de violentes attaques au sol. Certaines sources évoquent la prise de positions républicaines par les forces ukrainiennes. non confirmées.

La population vivant à proximité de la ligne de front s'est réfugiée précipitamment dans ses caves en début de soirée, les zones habitées étant également sous le feu nourri de l'artillerie ukrainienne:

22 janvier,  début des bombardements ukrainiens


Ce soir sur le front Sud du Donbass, la petite phrase prononcée en journée par le président ukrainien Zelensky au Forum mondial Economique résonne étrangement dans les caves et les tranchées tremblantes: "Nous avons la possibilité de mettre fin au conflit du Donbass demain" (Zelensky, Davos, 20 janvier) vœu d'avenir ou menace immédiate ?...

Personnellement j'espère que nous assistons à de nouvelles provocations majeures de la part de Kiev qui seront sans lendemain et sans pertes importantes parmi notre population et nos rangs. Cela dit et sans surprise aucune: "exit" à nouveau des belles paroles ukrainiennes à Minsk ! 

Mises à jour :

16h00 : Si la situation sur le front Sud s'est calmée, les bombardements ukrainiens n'ayant pas été suivis d'une offensive terrestre de Kiev ni d'escalade républicaine, en revanche les pressions ennemies sur les positions défensives de la RPD continuent jusqu'aux portes de Donetsk :
23 janvier 2020 en matinée. le quartier Nord de Donetsk résonne 
des bombardements ukrainiens dans le secteur de Volvo Center.


03h00 : Le calme semble être revenu sur le front Sud, Bilan des bombardements ukrainiens en cours.

23h00 : Les informations sur les réseaux militaires sont encore confuses et demandent à être confirmées ou infirmées mais le front Sud de la RPD au niveau de Novoazovsk s'est gravement embrasé ce 22 janvier en soirée. Ce que l'on sait :
  • 22h30: Intensification des bombardements ukrainiens.
  • 22h09: Bombardement ukrainien des villages de Talakovka et Kominternovo. 19 obus de 152 mm ont été tirés.
  • 22h00: Bombardement ukrainien des villages de Pavlopol et Krasnoarmeysk. 26 obus tirés en calibre 152 mm.
  • 22h00: Bombardement ukrainien du village de Sahanka. Avec des canons automoteurs de 152 mm et mortiers de 120 mm.
  • 21h55 :Bombardement ukrainien secteur Novaya Tavria. 38 obus d'un calibre de 152mm ont été tirés.
  • 20h50: Tirs ukrainiens sur le village de Leninskoe. Avec mitrailleuses lourdes.
  • 20h40: Bombardement ukrainien du village de Leninsky. Avec BMP-1 (véhicule de combat d'infanterie (canon de 73mm et mitrailleuse))

Erwan Castel

mardi 7 mai 2019

Photo du 7 mai

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"Comme dans le roman de Cervantès, les éoliennes ressemblent à des dragons... Morts. Et les chevaliers errent a pied, démunis de leur espoir autrefois vivant."

commentaire FB d'un ami brésilien, Abrahão Consolação


Mardi 7 mai 2019

Rappelé à Donetsk le temps des cérémonies du 9 mai, je remonte la ligne de front vers le Nord en traversant un champ étrange d'immenses éoliennes tendant leurs pales immobiles vers les dieux comme pour implorer la fin de la guerre qui a interrompu entre terre et ciel leur danse avec Eole.

La guerre a en effet interrompu cette production d'énergie, la ligne de front coupant les éoliennes de la ville de Mariupol à laquelle elles sont raccordées, et qui est occupée par les forces de Kiev depuis exactement 5 ans, lorsque le bataillon spécial Azov (devenu régiment) avait lancé ses blindés à l'assaut de la ville pendant les commémorations du 9 mai 2014, faisant une centaine de victimes parmi les manifestants.

Depuis ce front Sud de la République Populaire de Donetsk est devenu un des secteurs les plus bombardés avec les Nord de Donetsk et Gorlovka.

Le camion Kamaz du bataillon avale lentement le ruban d'une route devenue lépreuse au fil de l'abandon post soviétique puis des bombardements ukrainiens.

Plus tard les premiers terrils bornant le territoire industriel de Donetsk se profilent à l'horizon de ces 100 kilomètres mais 2 heures et demi se trajet cahoteux...

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

lundi 6 mai 2019

Renfort sur le front

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Dans les rues et les jardins innombrables de Donetsk, les villes et villages du Donbass, les chats et les chiens vivent en harmonie au rythme des ravitaillements de gamelles posées au pied des habitations,  Sur le front du Donbass, on retrouve ces compagnons du quotidien dans les casernes, les bases arrière et jusque sur la première ligne de front oà je peux affirmer dans exagérer que quasiemnt chaque bunker, casemates ou poste avancé à sa mascotte cajolée et nourrie avec attention par les soldats. 

Les chats sont certainement les plus représentatifs de cette relation inter-espèces volontaire et libre, apparaissant un jour pour disparaître le lendemain et réapparaître au gré de leur fantaisie et curiosité. Ainsi de Mourka, Blin ou Cyclope, le dernier petit félin venu nous renforcer sur notre nouvelle position sur le front Sud de la République de Donetsk


Lundi 6 mai 2019

Il a surgi de nulle part, cet enfant de la déesse Freyja, s'approchant de nous timidement en ronronnant et lorgnant de son oeil unique nos gamelles fumantes.

Bondissant au moindre geste pour revenir aussitôt en se frottant à nos jambes, ce jeune chat borgne à pu constater la commune "maladresse" des soldats qui laissant tomber de leurs gamelles et un morceau de lard, et une cuillerée de kasha ou de pâtes....

Rapidement ce jeune chat baptisé "Cyclope" a trouvé répères, réconfort et habitudes comme s'il avait été toujours fsit partie de notre bande...

Les chats et la guerre du Donbass... ou les cent histoires d'une histoire sans fin...

Erwan Castel

dimanche 5 mai 2019

"Mieux vaut prévenir que guérir"

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Nous nous sommes adaptés rapidement à notre nouveau secteur qui est intéressant car également sur une zone où les lignes ukrainiennes et républicaines sont "au contact" à quelques centaines de mètres les unes des autres, avec une activité militaire tès importante.

Alors que les forces ukrainiennes sont massées sur l'avant, comme dans tout dispositif d'assaut nostre défense est quant à elle étalée dans la profondeur dans un maillage de petites unité mobiles disposant de capacités antichars renforcées et d'unités d'artillerie en appui. Ce dispositif défensif classique permet d'absorber un choc blindé sans rompre le contact et d'engager un freinage efficace, le temps que s'organise une contre offensive qui soit repousse l'adversaire soit l'enferme dans un chaudron victorieux comme ceux réalisés en 2014-2015 contre des corps blindés ukrainiens pourtant supérieurs en nombre.

Et pour prévenir le plus vite possible une action offensive ukrainienne, nous multiplions les observations et patrouilles vers les avants postes ennemis.


Dimanche 5 mai 2019

Malgré le calme actuel dans notre secteur, nous maintenons nos patrouilles et missions d'observation sur le front pour prévenir d'éventuelles missions ennemies d'infiltration vers nos lignes de défense.

Au sortir de notre base arrière avant que notre étoile se noie au couchant dans des volutes mordorées, nous croisons dans les rues de ce bourg agricole des vaches de retour de pâturages partagés avec des troupeaux de chèvres.

Plus loin, deux couples revenant du cimetière nous saluent en nous offrant des bonbons et biscuits, pour lesquels (chose étrange) nous trouvons encore facilement de la place dans nos poches gonflées.


Une ambiance campagnarde qui pourrait presque nous faire oublier la guerre s'ils n'y avait pas les sangles des armes, des musettes et des brelages tendues par le poids des chargeurs, des lance roquettes et des grenades, qui tirent sur nos épaules disparaissant bientôt sous les feuillages des sentiers.

La noirceur de la nuit nous aide à aiguiser nos sens, tandis que les trottinements et les envolées d'une nature dérangée s'enfuient vers les taillis environnants.
Devant nous des rafales éparses tracent dans la nuit la ligne de front tandis que nous commençons notre observation silencieuse.

Quelques heures plus tard, et revenant d'un front endormi, nous réveillons les braises de notre feu assoupi pour un dernier thé avant un sommeil récupérateur, avant la prochaine sortie...

Au matin, un bouteillon de lait frais et chaud nous attend à l'entrée du jardin...

Erwan Castel

samedi 4 mai 2019

Photo du 4 mai

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Opération "chachliks" !
Le temps d'une pause avec une partie du "Staff", "Green " de l'Etat Major du bataillon, "Snak" le commandant de Compagnie et la "Starchina" venus nous rendre visite sur le front et partager, sur notre base arrière désormais opérationnelle pour les grillades, un repas au soleil....

Comme quoi le front ce n'est pas toujours les tranchées, les bombardements, la boue ou le gel.....

Erwan Castel

vendredi 3 mai 2019

Du fusil à la faux

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Souvent le soldat doit poser son fusil pour cuisiner, dormir un peu, mais aussi creuser, construire ou réparer les postes de tir et casemates, les maisons et les chemins, et c'est même la majorité de ses heures lorsque le front est enterré dans une guerre de tranchées ou les positions sont soumises à des tirs fréquents de l'artillerie ennemie.


Nouveau retour sur notre base arrière du front Sud où nous abandonnons un instant nos bardas, retrouvant des treillis secs et propres et soupes chaudes ainsi que nos écussons et téléphones.

Et après la remise en condition des armes, des corps et du matériel, nous nous attelons à l'amélioration de la petite ferme abandonnée où nous avons posé nos pénates.



Étanchéifier les fenêtres et le toit, nettoyer la cour et le jardin, tirer des câbles électriques ou installer des douches de campagne... autant de travaux qui soudent encore plus le groupe de combat et nous aident à dormir avant de repartir en mission....



Sur les uniformes fleurissent à nouveau les rubans orange et noir de l'ordre de Saint Georges et qui avaient été choisis en 2014 comme symbole du "Printemps russe" de la Novorossiya....

Les cérémonies des 9 mai (victoire 1945) et 11 mai (indépendance RPD) approchent sous un soleil de plus en plus chaud....

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front


mardi 30 avril 2019

Retour vers le Nord et... Camerone

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"Carel" un jeune volontaire de Carélie venu dans le Donbass pour s'opposer à l'hégémonie étasunienne
Après une semaine de passée sur le front Sud nous remontons vers Donetsk et notre caserne, où  nous attendent les festivités et cérémonies du début mai... 100 kilomètres de routes lépreuses où les chaos du voyage repousse encore pour quelques heures la fatigue du front.


Mardi 30 avril 2019

Ce matin, en bouclant mon sac en vue de la rotation et de notre retour vers Donetsk, je songeais au combat de Camerone qui a fait entrer héroïquement la Legion Etrangère française dans l'Histoire il y a 156 ans aujourd'hui...

Chaque guerre est unique et même chacun de ses combats est unique, mais il flotte à travers l'Histoire souvent l'esprit qui anima les combattants et forgea leur légende héroïque; et certainement comme pour les histoires d'amour ce sont les défaites qui laissent dans les coeurs et les mémoires les plus belles gestes de la Tradition militaire.

Dans le Donbass le combat acharné de Saur-Moghila s'inscrit dans la veine des Camerone, Sidi Brahim, Bazeilles où dans un combat sacrificiel des soldats ont péris dans l'accomplissement de le mission qui leur avait été confiée.

Lorsque nous nous engageons vers les lignes avancées du front, cet héritage chanté dans nos coeurs et transmis de genération en génération est certainement silencieusement caché dans nos inconscients tout comme peut l'être cette belle description de la sentinelle écrite par Antoine de Saint Exupéry et dont l'enseignement nous aide lorsque nous sommes submergés de fatique dans l'obscurité silencieuse d'une garde isolée.

Mais aujourd'hui la clarté qui nous evironne et les cahots de la route m'emmène vers le soleil du Mexique où les anciens ont donné leur sang et l'exemple immortel du courage et du devoir. Mais en arrivant à la caserne une réalité plus prosaïque nous attend au milieu des sacs puants, des treillis sales affamés de lessive et des chiffons et burettes d'huile montant à l'assaut des armes crasseuses...

Des servitudes du présent que les grandeurs du passé nous aident à mieux supporter... 

Erwan Castel

"Ils furent ici moins de soixante
Opposés à toute une armée.
Sa masse les écrasa.
La vie plutôt que le courage
Abandonna ces soldats français
À Camerone le 30 avril 1863"


Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

dimanche 28 avril 2019

Pause Tradition sur le front

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Ce matin la Tradition est venue s'inviter dès les premiers blanchiments de l'Orient, à travers son expression chrétienne orthodoxe encore très vivante dans le Donbass.


Dimanche 28 avril 2019

Dès 4h00 du matin les carillons des dômes dorés attendant les premiers rayons solaires sont parvenus jusqu'à nos positions où est respectée la traditionnelle trêve de Pâques.

Ainsi de ces oeufs décorés des indicatifs des membres du groupe et du traditionnel gâteau de Pâques qui ont été partagés au lever du soleil aux milieu d'accolades fraternelles.

En tant que polythéiste, je respecte d'autant plus la pratique de cette foi orthodoxe que je connais les racines païennes de cette fête printanière et dont on retrouve des témoignages chez les chroniqueurs orientaux et même dans l'ancien testament :

"À l'entrée du sanctuaire, entre le vestibule et l'autel, il y avait environ vingt-cinq hommes. Ils tournaient le dos au sanctuaire et, face à l'orient, ils se prosternaient pour adorer le soleil" (Éz. 8:14-16).

Quand la Tradition universelle est portée et transmise par les traditions particulières :

Cette tradition de Pâques porte d'ailleurs encore son origine chaldéenne dans sa sémantique, avec le pluriel "des pâques" usité dans les expressions poupaires mais que l'on ne trouve pas dans la bible, ou encore l'anglais "easter" qui fait référence au levant solaire.

"Détail" intéressant: dans ce culte printanier de Mésopotamie, les populations païennes pleuraient un vendredi après une période de jeune la mort du dieu Thammuz (nom local d'Osiris) en se tournant vers le Nord, avant de célébrer sa résurrection le dimanche en se tournant vers l'Est du soleil levant (résurrection que "l'Eternel" juge alors être une "abomination" (Éz échelle 8-15). Cette histoire se répète dans la théologie chrétienne tandis que sa symbolique païenne se perpétue par exemple dans l'orientation orientale des églises ou leurs symboles négatifs positionnés sur la façade Nord).

Quant aux oeufs décorés, dont la tradition pré-chrétienne est elle aussi attestée par les chroniqueurs et les archéologues, ils font référence à la déesse Astarté qui est née d'un oeuf tombé du ciel, poussé sur le rivages par des poissons avant d'être couvé par des colombes (cf l'historien Alexandre Hislop "les deux Babylones"). Ce culte est associé à celui de Beltis la déesse des cieux dont on retrouve des équivalents avec le culte de Bel dans le celtisme par exemple...

Et c'est sur les bords de cette mer Noire pu nous nous battons que les archéologues ont trouvé les plus vielles traces d'oeufs décorés, datant de plusieurs milliers d'années avant l'ère chrétienne.

Autant de preuve qu'il existe bien un sacré universel qui malheureusement dégénére au fil de ses expressions dogmatiques religieuses et ecclésiastiques jusqu'à formuler à travers les prosélytismes hégémoniques de l'Histoire, comme le christianisme romain d'hier ou l'Islam politique d'aujourd'hui, le contraire de son message originel.

Tout cela pour vous essayer de vous dire que les déclinaisons du sacré universel, tant détournées par des idéologies ecclésiastiques universalistes, ignorantes et intolérantes (et sécularisées depuis dans le domaine politique), devraient dépasser leurs apparentes différences pour retrouver dans une herméneutique universelle, leurs vraies racines et le sens authentique d'une communion humaine originelle en harmonie avec la Nature, les dieux et "les pâques" de la Tradition.

Bonnes fêtes de Pâques à toutes et à tous dans l'amour du "sol invictus"... et de toutes ses anthropomorphisations divines et humaines !

Erwan Castel


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jeudi 25 avril 2019

Photo du 25 avril

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5h30 lever de soleil sur la mer d'Azov. Au premier plan un bitube ZSU 23-2 "Zuchka" canon antiaérien de 23mm mais très efficace contre des cibles terrestres.... ou maritimes.
Ce nouveau théatre d'opérations sur lequel nous allons être ammenés à effectuer régulièrement des missions diverses est très dépaysant de notre front de Donetsk aux paysages industriels et miniers. Ici l'air marin balaie des champs cultivés et des paturages ou paissent des troupeeaux de bovins et pour aller vers le front nous longeons une côte entrecoupée de petist villages de pêcheurs et de plages où viennent pour leurs premières baignades les familles qui ici aussi continuent à vivre malgré la menaces des canons ukrainiens.


Jeudi 25 avril 2019

Retour de mission sur les rivages de la mer d'Azov au moment d'un lever de soleil (russe bien sûr) qui semble émerger de la ville frontalière de Taganrok. 

Les mouettes dansent en criant autour des barques de pêcheurs quittant le rivage chaque matin avant l'aube, tandis qu'au large passent en se croisant les tankers, porte-containers et patrouilleurs qui font des allers-retours en passant par me détroit de Kertch.

Un tout autre environnement que celui de la zone industrielle de Promka, plus coloré et animé et qui n'est pas sans me rappeler (un peu) la Bretagne.

Erwan Castel

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mardi 23 avril 2019

En chemin vers le Sud

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Mézigue dans les tranchées de Promka en mars 2019 - Photo Guillaume Chauvin
Devant l'aggravation de la situation sur le front Sud, notre régiment a recçu l'ordre de déployer des unités sur le front de Novoazovsk. Un nouveau secteur, une nouvelle situation, un nouveau terrain à découvrir... une nouvelle aventure militaire et humaine.


Mardi 23 avril 2019

Enfin ! après 1 mois à vivre la réorganisation du régiment et le déménagement de notre compagnie dans le centre de Donetsk, nous sortons enfin de la caserne pour retourner vers le front et nos missions opérationnelles qui sont notre raison d'être et l'expression radicale de notre engagement pour proétger la liberté du Donbass.

Et pour bien réinitialiser l'intérêt de retrouver cette première ligne où l'inconnue et le danger exacerbent l'intensité du vécu, même lorsqu'il est envahi par la routine militaire et la discipline du service au front, nous partons vers de nouvelles missions et une nouvelle position sur le front de Novoazovsk où le régiment doit renforcer le dispositif de défense républicain et remplacer aussi les pertes subies ces dernières semaines par les bataillons en charge de ce secteur. 

Le soleil et le rivage venteux de la mer d'Azov vont nous dépayser de Promka, cette zone industrielle morne et gelée qui marque le front entre Yasinovataya et Avdeevka au Nord de Donetsk, et que nous devons également retrouver lors de prochaines rotations.

Photo Guillaume Chauvin
Nos sacs sont repus de matériels et munitions et calés au fond des camions dont on démarre les moteurs pour les plus de 100 kilomètres qui nous séparent de la mer d'Azov, et nos armes affamées bavant l'huile de leur préparation luisent dans nos mains sous la caresse des premiers rayons d'un soleil printannier chargé de promesses...

Et zut je crois que j'ai oublié mon maillot de bain !

Erwan Castel


Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

lundi 22 avril 2019

Les contrastes du Donbass

Le quartier d'Oktyavrsky où j'ai choisi de vivre lorsque je "quitte" le front pour me "reposer"

Dans l'article réalisé sur le dernier reportage photo de Guillaume Chauvin dans le Donbass, j'avais évoqué le constraste surréaliste existant entre la ligne de front complètement ravagée par 5 années de bombardements incessants et des centres urbains où, à seulement quelques stations de bus, une vie moderne et normale continue malgré les difficultés socio-économiques consécutives au conflit et la menace de se retrouver à toutinstant sous un bombardement de l'artillerie ukrainienne.

Depuis qu'il est rentré en "France de l'intérieur" notre fidèle alsacien a déjà publié nombre de ses photos réalisées courant mars entre le front Nord et ses terrils la ville de Donetsk et ses lumières festives nocturnes, le front Sud et ses rivages marins ou les villages du front où survivent des gens écrasés par l'acier et la peur. 

Dans cette région du Donbass où déjà intervient une amplitude saisonnière d'une cinquantaine de degrés entre l'Hiver et l'été, où la rutilence des centres d'affaires éclaire la noirceur des cités ouvrières, la guerre qui fait rage et le déchire depuis 5 ans a surajouté des contrastes extrêmes qu'il est impossible d'imaginer avant de les avoir vécus. 

Merci à Guillaume Chauvin d'avoir saisi ces 2 mondes opposés qui se côtoient et s'épaulent mutuellement, entre réconfort et protection, et qui sont dans ce paysage de terrils et de mines, d'usines et de cheminées, les creusets ontologiques dans les chaleurs desquels l'âme du Donbass forge à Donetsk et Lugansk, la grandeur de républiques populaires chargés d'Histoire et d'Espérance.

Erwan Castel

Il a été pour moi difficile de choisir parmi la centaine de photos déjà publiées par Guillaume Chauvin un échantillon à vous présentez ici, et je vous invite à visiter le site de son agence Hans Lucas pour les regarder avec attention car elles sont plus que des paysages et des visages, elles sont des histoires et des regards de l'Histoire.

Sources des photos : Agence Hans Lucas, portofolio 1 et portofolio 2


Guerre épaisse...

"Les prochaines élections présidentielles en Ukraine s'achèveront ce 14 avril, et outre le redressement d'un pays fébrile économiquement, socialement, ethniquement, et que l'on dit rongé par les passions, la corruption et les amibitions personnelles, les candidats auront aussi la charge de résoudre la guerre civile à l'Est du pays, où le gouvernement actuel combat toujours les républiques auto-proclamées de Donetsk et de Lougansk, qu'il considère comme une simple « opération anti-terroriste » depuis bientôt cinq ans...

L'accès à ces républiques est pour les étrangers de plus en plus restreint, même si au centre-ville de Donetsk, la guerre n'est plus vraiment palpable: depuis 2014, les voitures ont réinvesti les avenues, les militaires n'y sont plus visiblement armés, les affiches à la gloire des héros de la république ont fait place à des panneaux publicitaires, les magasins sont fournis, les étudiants qui s'embrassent ont parfois les cheveux multicolores, et la nuit ne résonne plus des bombardements entrants et sortants. Les seuls indices du conflit en cours sont les nombreuses vitrines encore vides, les immeubles fermés à clef, ou la sirène du couvre-feu qui résonne encore tous les soirs. La guerre, « la vraie », est circonscrite à la ligne d'un front long de 300 km, à l'accès plus restreint encore.

Mézigue dans une tranchée du front de Yasinovataya

À quelques minutes de voiture des bars et des boutiques à la mode, on redécouvre en effet le Verdun de nos livres d'école: dans les villages encore bombardés par l'armée ukrainienne ou ses bataillons nationalistes, ne restent que quelques vieux civils accrochés à leurs jardins, et entre deux maisons éventrées, des soldats séparatistes, locaux où volontaires venus de Russie et d'ailleurs, poursuivent depuis des caves et des tranchées un combat qui s'étire autant que les idéaux s'érodent... Beaucoup ne combattent en effet plus que pour leurs camarades de bataillon, et pour que toutes celles et ceux déjà tombés ne le furent pas en vain. Pour ces combattants et ces civils qualifiés par Kiev de « terroristes », le constat de voir les médias extérieurs acquis au camp adverse malgré les dérives criminelles de bataillons nationalistes (Aidar, Donbass, Praviy Sektor...) renforce une motivation héritée des aïeux soviétiques, qui, pendant la grande guerre patriotique, « luttaient déjà héroïquement contre l'envahisseur nazi ». Bien que conscient des différentes propagandes, chaque camp s'accroche malgré tout à la promesse d'une paix proche, trop de familles ayant déjà été déchirées par ce conflit opposant parfois d'une tranchée à l'autre des cousins et des frères.

Le marché central de Donetsk ouvert 6 jours par semaine

À Donetsk, le nouveau gouvernement local, proche de Moscou et au style plus technocratique que son prédécesseur, peine encore à succéder à la figure charismatique du « petit père » Zakharchenko, assassiné il y a quelques mois dans des conditions encore troubles, dans un attentat aussi bien attribué à Kiev qu'à Moscou. La population préfère quant à elle garder en ligne de mire le retour au confort de vie d'avant guerre, et cette paix promise depuis longtemps, souhaitée même sans victoire évidente, mais pas sans condition, des milliers de vies civiles et militaires ayant déjà été sacrifiées pour réclamer l'autonomie de ces régions du Donbass. Ces dernières demeurent opposées à la russophobie des nationalistes ukrainiens et au gouvernement de Kiev, qu'elles considèrent toujours comme illégitime. Dans un cimetière à l'écart de la ville, une formule sur une croix voisine du tombeau provisoire de l'ex-président résume bien l'état d'esprit de cette rébellion et ses enjeux : « interdit d'oublier, impossible de retourner ».

Abdul Jabar Rafi, "Abdullah", volontaire afghan infatigable malgré une terrible blessure 
au combat qui l'a amputé de ses 2 jambes (voir le lien suivant : ici)

Beaucoup ici, malgré la fierté d'avoir engagé en 2014 une aventure libertaire et romantique en admettent désormais les failles, et regrettent de n'avoir aussi pu y rallier à temps les régions stratégiques russophiles de Marioupol, Zaporoje, Kherson, Karkov, ou Sloviansk. On anticipe donc déjà la disparition à moyen terme de ces républiques, par une hypothétique réintégration à l'Ukraine sous statut spécial - certaines élites locales voyant déjà là leurs intérêts économiques et politiques - ou la fédéralisation avec le voisin Russe qui serait pour beaucoup la conclusion la plus « honorable » et pacifique à ce conflit, malgré la probable récupération des richesses locales par les autorités et les hommes d'affaires russes... Et dans tous les cas, une zone tampon entre la Russie et l'Occident... Le prochain gouvernement de Kiev (et indirectement celui de Moscou) aura donc la responsabilité de prolonger ou non ce conflit fratricide et complexe, bien qu'aucun clip de campagne des candidats n'ose évoquer cette guerre toujours en cours aux portes de l'Europe."

Guillaume Chauvin


"Ces images sont une mise en lumière d'un quotidien que l'Occident refuse toujours de voir"








Vika est une enfant orpheline qui vit avec sa grand mère dans le village 
toujours bombardé de Spartak au Nord de Donetsk, et depuis 4 ans, 
Guillaume va à la rencontre cette fillette qui grandit sous les bombardements.
(voir Vika en 2017, le lien: ici)