dimanche 10 mars 2019

La force de la volonté

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" Aucun spectacle n'est plus agréable aux dieux 
que celui d'un homme qui se bat contre l'adversité "

Sénèque


Ces derniers jours à Donetsk et à la base de Piatnashka, je rencontre souvent la camarade Rafi Jabar, connu sous son indicatif "Abdullah". Ce volontaire afghan qui a rejoint le front du Donbass dès les premiers combats de 2014 fait partie de ces hommes exceptionnels et rares qui bornent, comme des phares dans une tempête, la navigation de votre vie. 


Dimanche 10 mars 2019

"Abdullah" offre toujours un exemple élevé de l'engagement humain, non seulement au service du Donbass, mais aussi de cet humanisme malmené par la folie des hommes et que l'espérance qui survit dans les coeurs éveillés tente de faire toujours fleurir au milieu des ruines. Car pour nourrir la foi des hommes, les actes concrets est toujours plus efficaces que les idées théoriques. 
Et croyez moi, cet homme est un exemple, tant sur le plan métapolitique, militaire, qu'humain, grâce à une générosité de coeur, une grandeur morale et un courage exceptionnel qui n'ont d'égale que cette humilité qui est chevillée naturellement aux belles âmes. 

En septembre 2017, Rafi perd ses 2 jambes au combat en sautant sur une mine et  il est évacué sur Donetsk entre la vie et la mort. Grâce à l'aide vitale de ses camarades, les compétences des médecins et son moral d'acier, Abdulah non seulement est sauvé mais il continue, malgré sa souffrance et son handicap lourd, à offrir autour de lui son sourire éternel et son énergie incroyablequelques jours à peine après sa terrible épreuve.

Aujourd'hui, Rafi Jabar travaille sans relâche pour pouvoir un jour quitter son fauteuil et, grâce à des prothèses, retrouver un meilleur confort de déplacement et de vie. Un long et pénible travail où il faut, avec des exercices et des réglages sculpter le corps et les prothèses qui sont appelées à en devenir le prolongement. Autour de notre camarade nous sommes plusieurs à l'assister, mais souvent c'est lui qui nous semble être plutôt notre assistant tant son moral invincible et jovial force le respect et même une admiration difficilement retenue.

Lorsque je regarde le corps déchiré de cet homme de 41 ans, je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces autres silhouettes croisées dans les rues de Donetsk, arc-boutées sur des béquilles traînant maladroitement une jambe coupée par l'acier ou le feu, ou sur les  roues d'un fauteuil où se tordent leurs moignons et leurs souffrances. Ces hommes mais aussi ces femmes que la camarde a partiellement fauché sont innombrables entre Donetsk et Lugansk (et aussi en Russie et ailleurs où ils sont retournés comme Alexandre un camarade de combat, lui aussi amputé par une mine en 2015), mais la quasi majorité de ceux que j'ai rencontré et côtoie depuis 4 ans ont su garder, par nature ou volonté, cette dignité humaine incroyable et qui devrait faire mourir de honte les narcissiques de notre société du paraître qui sans cesse se plaignent et se lamentent de maux ridicules avec des mots dont la vacuité rivalise avec leur fatuité.

Rafi Jafar, un "sacré bonhomme !"

Erwan Castel

Les précédents articles sur Rafi Jabar :

Septembre 2014, volontaire afghan, le lien : Un patriotisme supra communautariste
Septembre 2017, blessure sur le front, le lien : Courage Rafi !
Octobre 2017, nouvelles du blessé, le lien : Une force morale incroyable !


Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

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