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jeudi 24 octobre 2019

"Non, rien de rien, je ne regrette rien !"

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Avec mes Frères d'armes de la Brigade Piatnashka

Je suis enfin sorti de réanimation où j'ai dû rester 1 mois en isolement sanitaire et social complet après avoir été fauché par une mine ukrainienne le 23 septembre dernier, sur le front Sud de la République Populaire de Donetsk.

Dans la vie il y a des moments où la destinée choisie croise le destin subi.


Jeudi 24 octobre 2019

Lorsque nous sommes arrivés sur notre nouvelle position ce 23 septembre, j'ai commencé dès les premiers déplacements à reconnaître ses tranchées de combat, d'observation, ses postes de tir, casemates et logis. Et c'est dans l'extrémité d'une tranchée d'observation que je me suis fait piéger par une mine ennemie installée lors d'une opération d'infiltration nocturne comme il s'en produit régulièrement sur ce front où les belligérants ne sont qu'à quelques centaines de mètres les uns des autres.

En une seconde ma vie a basculé: "clic", bond en arrière, explosion dans une boule de lumière et de chaleur qui m'a projeté en avant. Dès mes premiers cris de douleur et d'appel, mes camarades qui étaient dans la casemate voisine se sont précipités pour me porter secours.

Dès lors, une chaîne de solidarité humaine s'est organisée autour de moi depuis la tranchée jusqu'à Donetsk, avec une vivacité et une efficacité exceptionnelles qui dépassent largement le professionnalisme des hommes et des femmes qui m'ont sauvé la vie pour atteindre un élan de fraternité humaine servi par un courage inouï que jamais je n'oublierai.

  • Je n'oublierai jamais les visages haletants de mes camarades qui, après m'avoir administré les premiers soins, m'ont évacué au pas de charge à travers le labyrinthe des tranchées souvent en dépassant leurs propres forces physiques, tout en m'apportant continuellement un soin attentif. Ce qu'ils ont fait relève de l’héroïsme.
  • Je n'oublierai jamais les visages des mes officiers, "Znak", mon commandant de compagnie, lui même grièvement blessé au bras au début du conflit, "Svarog", le chef du bataillon, "Barz" son adjoint... venus en urgence pour suivre mon sauvetage jusqu'à participer eux mêmes au brancardage vers l'ambulance qui me rapatria vers Donetsk.
  • Je n'oublierai jamais le personnel du service des urgences de l'hôpital de Novoazovsk, première étape de mon évacuation sur Donetsk. Je me souviens de toutes ses poches de sang suspendues au dessus de la table d'opération, dons d'inconnus qui participèrent à mon sauvetage. Désormais du sang russe coule dans mes veines de breton. 
  • Je n'oublierai jamais les camarades qui, depuis Donetsk, dès réception de la nouvelle concernant ma blessure ont immédiatement alerté les ministères concernés pour qu'une équipe médicale capable de réussir l'impossible soit mobilisée pour me réceptionner dès mon arrivée à Donetsk, car pour sauver mon bras chaque minute devenait vitale.
  • Je n'oublierai jamais l'équipe de microchirurgie de l'hôpital de Donetsk, son immense professionnalisme qui a évité l'amputation, mais aussi son humanisme exemplaire, sa patience, sa ténacité et sa douceur. Ici, travaillant sans relâche jour et nuit, comme dans les autres hôpitaux, les aides soignantes, infirmières et docteurs font honneur à leur profession et à la République de Donetsk.
Celles et ceux qui m'ont sauvé la vie puis le bras, depuis mes camarades de Piatnashka jusqu'au chef du service de microchirurgie de Donetsk sont du Donbass, mais aussi de Russie, d'Ukraine, du Caucase, de l'Azerbaïdjan; ils sont orthodoxes, musulmans, juifs ou athées... Mais tous ont un point commun: ils œuvrent naturellement de coeur sous l'égide de ce sentiment d'appartenance à une entité humaine supra communautaire née de l'Histoire de toutes les Russies.

Ce sentiment supra communautaire, que j'appelle la "notion d'empire" et qui a été forgée au cours des différentes métamorphoses historiques de la Russie appartient au domaine du coeur et non à celui des certitudes idéologiques qui souvent génèrent des pensées uniques communautaro-centrées (religieuse, ethnique, culturelle etc.) comme celles qui ont fourvoyé l' Occident sur les chemins bellicistes des colonialismes religieux, militaires, économiques, politiques pour imposer, par la force si nécessaire, cette "idéologie du même" qui fait de l'Homme un clone et du clone un esclave.


Je pense modestement avoir été, suite à ma blessure, le témoin de cette solidarité fraternelle, spontanée et héroïque qui est consubstantielle à l'âme russe et je suis éternellement reconnaissant pour tous ces hommes et ces femmes qui l'ont naturellement organisé pour me permettre de témoigner encore et toujours de la noblesse de coeur des peuples de Russie. Et la brigade internationale Piatnashka est une haute illustration de cette fraternité de coeur et de sang.

Malgré l'épreuve toujours en cours je dois dire que je ne regrette rien de mon engagement dans le Donbass et le fait de servir la République Populaire de Donetsk depuis bientôt 5 années.

Je ne peux terminer cette "remise en selle" encore fatigante sans remercier les centaines de personnes qui sur les réseaux ou à Donetsk se sont inquiéter pour moi, m'exprimant une amitié indéfectible. Vos soutiens dans leur nombre et leurs qualités m'ont particulièrement touché. Je vous demande juste du temps afin que je retrouve assez d'énergie pour pouvoir vous répondre et vous remercier de votre empathie fraternelle.

En attendant je vous offre cette chanson russe "Oh les routes" qui évoque la destinée du soldat sur les chemins de la guerre: 

Erwan Castel


lundi 23 septembre 2019

Immersion périscopique !

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Après une mission brève de 4 jours sur le front Nord, une étape de quelques heures en caserne pour une douche et un changement de barda, nos véhicules nous conduisent à nouveau par des routes et chemins nocturnes, cette fois vers le front Sud. 

Le sac à dos déjà chargé des munitions 5.45mm et 7.62 mm 7.62mm emportés sur la première ligne est gonflé désormais des treillis plus épais et autres sous vêtements chauds permettant de supporter les longues attentes dans le vent d'automne. Avant de la refermer pour quelques jours je jette ces quelques lignes sur le fenêtre virtuelle de mon ordinateur.


Lundi 23 septembre 2019

Dans la cour de la caserne les moteurs des véhiculent ronflent déjà sous les clignotements d'une lune blafarde jouant à cache cache avec les nuages, et nous descendons les escaliers chargés de nos sacs et matériels pour une nouvelle rotation sur le front. 

Il devient désormais difficile de "partir léger" face à la dégringolade des températures, surtout nocturnes, auxquelles se rajoutent des pluies ventées froides et pénétrantes. Il y a  2 nuits, sur le front de Gorlovka l'été s'est pris les pieds dans le tapis de septembre avec un mercure qui est tombé à 0°.

Pour cette nouvelle mission sur le front Sud je fais un break de l'internet, n'emportant avec moi que carnet et stylos pour jeter éventuellement des pensées vagabondes entre postes de garde et missions de reconnaissance et je laisse aux Hairon, Néant et autres crétins français le loisir de vomir dans leur jalousie haineuse ou leur psychotiques obsessions égocentriques leurs calomnies et leurs diffamations, car ils décrivent ainsi leur médiocrité mieux que je ne saurais le faire moi-même.  

J'ai quand même eu le temps, pendant ce très court passage à Donetsk, de retrouver un ancien camarade de Piatnashka actuellement dans une bataillon du front Sud et de donner un entretien à des cinéastes, prolongeant toujours plus loin, mon aventure humaine et mes motivations sans les dévier pour autant de leurs racines métapolitiques ni de mes objectifs de vie. Et je suis parfois surpris de ne jamais me lasser de cet étrange conflit du Donbass, situé entre une guerre des tranchées reconstituée et une guerre froide ressuscitée. 

Tout pourtant devraient me fatiguer, la monotonie du paysage, la longueur de cet engagement commencé en février 2015 (et de mon âge commencé "un peu" plus tôt !), la nostalgie des chants d'oiseaux et du ti punch savourés au fond d'un hamac, les efforts et l'attention imposés par un ennemi ukrainien guettant la moindre erreur, les calomnies et les trahisons des arrivistes français et de leurs crétins, les pannes perpétuelles des matériels divers etc...
Et bien non, je suis toujours heureux d'être ici entre quartiers populaires et ligne de front du Donbass au milieu de mes camarades et amis, loin des Tartuffe, des Torquemada et autres courtisans grouillant autour des ministères, ici à Donetsk comme dans tous les centres de pouvoir et d'affaires du Monde entier.

Autour de moi sont les gens du peuple, riches d'histoires et de pensées aussi simples que nobles. Chaque vie croisée sur le parapet d'une tranchée ou dans une ruelle d'Oktyabrsky est un éclat de la dignité humaine authentique, celle qui tisse avec des mains sales et des visages rongés par la barbe la noblesse d'une fraternité humaine silencieuse et désintéressée.

Plus que jamais, lorsque je regarde l'exemple de ce peuple européen du Donbass, toujours debout dans ses traditions après 5 années de larmes et de sang, je me dis que pour se sauver d'elle même l'humanité devrait voir le pouvoir redonner à ses peuples ou plutôt reconquis par eux en détruisant toute prétention absolutiste et tout virus universaliste, qu'il soient idéologiques, religieux, culturels, économiques ou militaires. Les communautés de l'Être doivent renaître des cendres des sociétés de l'Avoir, alors seront jetés l'argent et les montres dans les musées des horreurs aux côtés des bannières des croisades ou du djihad, des éprouvettes des manipulations génétiques, des caméras de surveillances et des battées d'orpaillage...

Car ce monde post-moderne est une folie suicidaire et c'est au sein de la fonction guerrière que se sont réfugiées les dernières vraies valeurs humaines, à condition que l’éthique du soldat, au sens jüngérien de sa mission sociétale (partagée avec celles du Travailleur, de l'Anarque (penseur libre) et du Rebelle) soit préservée. 
Tandis que dans un Occident dégénéré les soldats s'avilissent à n'être plus que les agents de sécurité de complexes militaro-industriels post coloniaux, dans les pays qui sont généralement leurs proies se lèvent des armées populaires authentiques autour de la défense sacrée de leurs sanctuaires qui sont fusion sacrée de territoires et traditions héritées.

Et dans le Donbass je savoure le bonheur d'être au sein de cette milice riche de ses diversités communautés humaines et  que la guerre ici fusionne en juste et légitime armée révolutionnaire, populaire et impériale comme j'ai tenté de l'expliquer à nouveau dans un article récent

Voilà pourquoi, aujourd'hui comme hier et demain, si les dieux de la guerre me prêtent vie, je pars le sac lourd mais toujours le coeur léger vers ces champs mornes du front du Donbass où le sang et la sueur d'amoureux de liberté ensemencent les espérances d'un monde meilleur.

Erwan Castel

samedi 14 septembre 2019

Une attente immobile et silencieuse

365


Dans le cadre du retour de nos missions sur la première ligne du front, je repars avec mon SVD, ce fusil de précision avec lequel je travaille habituellement. Et je consacre cette rotation à lister dans mon optique et ma mémoire les positions ukrainiennes qui nous font face ainsi qu'à repérer différents postes d'observation et de tirs en fonction des moments d'éclairage de la journée.


Samedi 14 septembre 2019

Lorsqu'on est "sniper" sur le front du Donbass, la réalité vécue est loin des images imposées par la fiction hollywoodienne, car le travail est à l'image de cette guerre: comateux. 

A Promka, pour continuer à décrire en comparaison notre nouveau secteur de Sasnovko, les positions ukrainiennes, bien qu’enterrées et fortifiées nous offrent par leur proximité suffisamment de détails sur leurs défenses et leurs activités pour intervenir efficacement contre elles. Ici en revanche le billard qu'est la zone fait que les distances sont 3 à 4 fois plus importantes pour des objectifs toujours enterrés dans le sol de la steppe. Et à 1000 mètres l'embrasure d'une casemate n'est plus qu'un minuscule point dans une silhouette informe boursouflant le sol.

Le travail n'en reste pas moins nécessaire et intéressant pour débusquer les positions ennemies et les traces visuelles ou sonores trahissant leurs activités ou leurs cheminements de liaison.

Et pour éviter d'être trop facilement repérable je sors à découvert loin de nos tranchées qui sont connues et accrochent les regards des observateurs ukrainiens. Dès cet instant c'est la lenteur qui devient la maîtresse des faits et gestes cherchant un emplacement idéal pour fouiller du regard les détails d'un paysage encore nouveau...

Les quelques broussailles où j'ai élu domicile pour quelques heures et surtout le filet de camouflage m'offrent un voile d'ombre allégeant le poids d'un soleil qui pèse encore en ce mois de septembre. Devant moi tout est immobile et, qu'elles soient amies ou ennemies, les casemates et les tranchées tout comme le paysage semblent plongés dans un profond coma que seuls semblent trahir les insectes imperturbables qui poursuivent leur destinée au milieu de nos ruines..


Un jeune chiot, sorti certainement d'une tranchée voisine vient vagabonder un moment devant moi, et je m'amuse à piquer sa curiosité avec des sifflements discrets.

Puis c'est le déclin du soleil et surtout la faim qui me ramènent dans la réalité du temps et de l'espace et sur le chemin du retour vers notre casemate enterrée, son thé chaud et sa fraîcheur réconfortante...

Dans quelques instants le soleil tombera derrière l'horizon ukrainien et commencera alors une nouvelle attente, une nouvelle observation à l'abri des parapets et des casemates fortifiés...

Une journée de plus en moins est sur le point de s'achever dans ce nouveau désert des tartares...

Erwan Castel

vendredi 13 septembre 2019

Tempête en surface !

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Sur ce front du Donbass immobilisé dans l'espace depuis 5 ans, les hommes sont autant terrassiers que soldats, creusant sans cesse sous leurs pieds pour enterrer leurs vies à l'abri des orages d'acier qui griffent quotidiennement la surface de la terre où ils s'accrochent. 
Et notre nouvelle position n'échappe pas à cette haine ukrainienne piétinant les accords de paix et les cessez le feu signés depuis 5 ans. Tirs de mitrailleuses, de lance roquettes automatiques ou de mortiers rythment les journées et surtout les soirées...


Vendredi 13 septembre 2019

La nuit précédente, les "ukrops" nous ont gratifié pendant plus d'une heure d'un "spectacle son et lumière" où est intervenu le panel de leurs armes lourdes de 1er échelon : Mitrailleuses Utios de 12.7mm, bitube antiaérien de 23mm et mortier de 82mm. 

A 23h30 après des tirs provocateurs de mitrailleuses lourdes une "Zouchka" ukrainienne a tracé dans le ciel plusieurs pointillés lumineux que la vitesse supérieure des obus traçants  fait à nos sens précéder les crépitements de leurs départs.


Tirs de ZSU 23/2 ukrainien (distance:  environ 1 500m)


Peu de temps après des sifflements suivis d'explosions de 82mm sourdes et brèves annonçant l'entrée dans cette ce concert nocturne d'un mortier ukrainien surgirent de la direction Ouest. Obus après obus le 82mm a martelé le secteur pendant près d'une demi heure visant particulièrement une casemate voisine occupée également par notre unité. Au total 42 obus ont été tirés sur nos positions qui heureusement n'observèrent aucun tué ni blessé mais juste des dégâts matériels réparables sur les structures de 2 casemates.

Pendant tout ce bombardement martelant la steppe endormie, nous restons dans nos abris, surveillant l'horizon par les encoignures de nos embrasures, tout en comptant les secondes entre les départs des coupes assourdis par la distances et les impacts résonnant dans l'obscurité inondée de poussière. Une vingtaine de secondes entre départ et arrivée dont la cadence va s'accélérer après la fin des réglages par un chevauchement des séquences ou un deuxième mortier venu faire un duo nocturne.

A l'issue de ce "concert" nocturne un silence est retombé sous l'oeil unique de la lune projetant sur le sol labouré les ombres de chouettes revenus après le vacarme...

Au loin vers le Sud un autre bombardement continue à se faire entendre, confirmant que cette tactique d'épuisement menée par les forces ukrainiennes est générale sur l'ensemble du front...



Et vers 01h00 du matin, c'est le froid qui désormais s'abat dans le silence du front tandis que sur le côté de notre casemate enterrée la lune passe d'arbre en arbre comme un ballon que des géants décharnés se passeraient dans un mouvement ralenti dans une trajectoire Est-Ouest poursuivant l'orbe solaire disparue...

Je finis ma garde et rejoint au pied d'une mitrailleuse en dormition la chaleur de mon sac de couchage et la fuite de mes pensées vagabondes...


Erwan Castel

jeudi 12 septembre 2019

La force fragile

363


Dans les tranchées su Donbass, entre les observations tendues pendant les missions et les regards curieux pendant les repos, la moindre trace de vie dans ce paysage dévasté réveille l'esprit du soldat, surtout quand il est enlisé dans une attente silencieuse et immobile.


Jeudi 12 septembre 2019

Au milieu des replis terreux du front du Donbass, nous ne sommes pas les seuls êtres vivants à couler dans ces veines étranges et sinueuses que sont les tranchées. Ainsi de ce petit rongeur de le steppe (peut-être un mulot), zigzaguant d'un bord à l'autre d'une tranchée au fond de laquelle il s'était retrouvé, surgissant de nulle part au pays des géants que nous sommes.

Et je n'ai pas résisté à l'envie de le ramasser pour le remettre en liberté dans l'infini de sa steppe... Au moins jusqu'au prochain canyon abyssal creusé par des intrus humains....

Après l'émotion partagée du premier contact, la minuscule boule de poil à détendu ses quelques grammes de vie au creux de ma main, certainement surprise de n'avoir pas encore senti des griffes, un bec ou des dents éteindre les battements de son coeur dans l'impitoyable mais équilibrée loi de la Nature.

Quels étranges choix que de pouvoir un jour ôter la vie d'un congénère plus lourd que soi et un autre jour de sauver celle d'un être si minuscule que sans la gravité humaine de la guerre il n'aurait pas attiré l'attention même après avoir été écrasé par un godillot arrogant.

Et dans la matrice au milieu de la nuit, l'ombre projetée par la lune d'une chouette en chasse m'invite à fusionner dans mes pensées la proie du matin et le prédateur du soir, tout deux perpétuant souverainement le cycle invincible de la vie.

Cette Nature que l'Homme veut détruire ou asservir survit malgré tout, mais non sans dégâts, à notre espèce suicidaire qui aujourd'hui n'a de "sapiens" que le nom et dont les actions ne sont plus que mort, folie et désolation tant elle s'est séparée de la vraie vie dans un anthropocentrisme arrogant délirant et suicidaire.

A 00h39 un bombardement ukrainien au mortier de 82 mm frappant nos positions me fait troquer le stylo contre un fusil d'assaut et je repousse une nouvelle fois mes pensées à l'horizon lointain de mes espérances.

Erwan Castel

mercredi 11 septembre 2019

Sur position

362


Enfin de retour sur la première ligne du front, après 4 mois de missions de sécurisation de zone, d’entraînements au polygone et de services dans notre nouvelle caserne de compagnie au coeur de Donetsk.

Cette fois, c'est sur le front Sud bien malmené en ce moment que notre unité de la brigade Piatnashka est déployée, face à des positions ukrainiennes certes un peu plus éloignées que celles précédemment combattues sur le front de Yasinovataya, mais qui produisent beaucoup plus de bombardements et de missions de reconnaissances offensives.


Mercredi 11 septembre 2019

Au milieu d'un matin calme après un déplacement nocturne nous relevons nos camarades déployés sur le front Sud de la République Populaire de Donetsk.

Ce front de Sasnovko sous une apparence coutumière de tranchées et casemates en réseaux est cependant différent de celui de Promka où nous étions précédemment engagés au Nord de Donetsk. 
  • Tout d'abord le paysage : alors qu'entre Yasinovataya et Avdeevka c'est une zone industrielle qui est le cadre des affrontements (Promka). Espace semi urbain et très cloisonné qui domine, ici nous sommes au milieu d'une steppe ouverte sur de vastes horizons légèrement vallonnés et au milieu desquels courent de maigres "zilonkas" (haies séparatrices arborées) et chemins de terre désertés.
  • Ensuite la situation militaire : Tandis qu'à Promka oles belligérants sont au contact les uns des autres (entre 100 et 500m), les avants postes ukrainiens ici se sont arrêtées à environ 500 mètres des positions républicaines, Si cette distance réduit le danger des tirs au armes légères, elle permet en revanche aux ukrainiens de réaliser plus souvent des bombardements sans risquer des dommages collatéraux.

C'est dans ce paysage morne d'où la vie semble s'être enfuie que nous réalisons dans le secret des tranchées et des casemates notre passage des consignes et des comptes rendus d'observation, géolocalisation des positions ennemies, déballage des conserves et rations. 

Et tandis que les silhouettes de nos camarades cheminant vers un repos mérité s'évanouissent dans les méandres des tranchées, commence notre première garde au créneau de l'empire, et que frémit sous les flammes d'un réchaud enchâssé dans la paroi de la tranchée le premier café sous un soleil amoureux caressant la steppe où les nuances des verts sylvestres et des jaunes agricoles alternent sous l'azur lumineux d'un été tenace.

Erwan Castel