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vendredi 18 novembre 2016

Donetsk sous le feu mondialiste

La bête ne veut pas lâcher sa proie


Faisant suite à 2 jours de bombardements en crescendo, l'armée ukrainienne qui avait maintenu ses pilonnages pendant la journée a procédé depuis le début de la soirée a des tirs importants réalisés par son artillerie lourde mais également ses armes d'appui des échelons inférieurs comme les mortiers, lance grenades automatiques et mitrailleuses lourdes.

Les tirs réguliers qui ont frappé pendant la journée la périphérie Nord et Ouest de Donetsk se sont intensifié entre 18h00 et 22h00 hier soir pour se poursuivre ensuite jusqu'à 01h00 di matin environ . Ces pilonnages ont été effectué sur l'ensemble de la ligne de front de Donetsk mais également sur le territoire de la République de Lugansk, dans le secteur de Stakhanov, près d'Altchevsk.

Au total Kiev a réalisé 1760 violations du cessez le feu au cours de la journée du 18 novembre !

Durant la semaine écoulée le total des violations ukrainiennes du cessez le feu pour la seule DNR s'élève à 6467 
Cette nouvelle aggravation de la situation militaire dans le Donbass dissone énormément de l'euphorie observée suite à la victoire de Donald Trump et malgré un espoir partagé de voir la folie de l'Hegemon mondialiste étouffée, je crains que la réalité soit malheureusement différente des spéculations lancées par les anti-mondialistes depuis 10 jours. En effet il serait bon de ne pas oublier que derrière les commentaires élégiaques qui donnent l'impression que Trump est un sorte de héros invincible sorti d'un comix américain pour sauver le Monde, se trouve la réalité d'un homme seul contre qui s'opposent l'ensemble d'un système mondialiste tissé par les araignées néoconservatrices depuis plus de 50 ans : OTAN, APCE, UE, OMC,OSCE etc... et imaginer qu'il va pouvoir "inverser la vapeur" en 2 temps 3 mouvements parce qu'il occupe la Maison Blanche relève d'une utopie immature qui cède à la tentation de personnifier un projet politique.

Nous ne devons pas baisser la garde car d'une part Trump (qui n'est pas encore aux commandes) n'est pas un magicien et que l'establishment ne va certainement pas jeter l'éponge, mais au contraire organiser sa contre attaque pour brider le nouveau pouvoir voire le changer avec ou sans la volonté du peuple.

Et cette contre attaque de la bête mondialiste pourrait bien s'appuyer sur le volcan ukrainien qui peut à tout moment entrer dans une nouvelle phase éruptive dans le Donbass, et les récentes évolutions de la situation militaire semblent le confirmer comme le rappelle ici Françoise Compoint pour la revue "Sans Frontières" 


Erwan Castel, volontaire en Novorossiya


Source de l'article, le lien ici : Sans Frontières


Escalade dans le Donbass. 
Pourquoi OTAN et CIA n’abandonnent pas la partie


par Françoise COMPOINT

"On y avait cru aux douces heures de Minsk-1. On y avait cru aux âpres heures de Minsk-2. On n’y croit plus et l’on n’y croira plus jamais. D’ailleurs, Zakhartchenko, n’a-t-il pas certifié lui-même lors d’une conférence de presse qu’il n’était plus question de proroger avec ou sans nouvelles conditions des accords bafoués par les FAU avec la bénédiction tacite des puissances atlantistes bien servies par les silences sélectifs de l’OSCE. Pas de Minsk-3, 25 ou 100 à l’horizon. La solution se trouve ailleurs.



Sur le terrain, le déploiement de 90.000 militaires sur toute la ligne de front, le grondement des MLRS qui va crescendo et la recrudescence des hostilités autour de Gorlovka et Slavianoserbsk n’annoncent que ce qui a déjà été confirmé par le ministère des Affaires étrangères russe: les FAU se préparent à percer sur trois axes: Donetsk-nord coupant de facto Donetsk de Gorlovka, Donetsk-sud depuis les environs de Volnovakha et du côté de Novoazovsk depuis Marioupol bloquant ainsi toute avancée éventuelle des forces républicaines vers la mer d’Azov. S’agirait-il d’un percée supposée décisive vu l’état exsangue du budget militaire ukrainien et les réticences du FMI, de la BCE et de l’UE à continuer leur soutien matériel à Kiev? De toute façon, l’état piteux de la grivna, la chute vertigineuse et continue du PIB ukrainien, les sanctions gazières russes ainsi que le coût exorbitant d’une seule journée de guerre sont autant de facteurs qui en d’autres circonstances auraient dû mettre un terme à la guerre depuis belle lurette. Mais il n’en est rien et il n’en sera rien. Cet argent manifestement venu de nulle part et qui tue n’a d’autre prix que celui du papier et de l’encre vert grisâtre qui servent à le produire. Ce qui nourrit le brasier ukraino-donbassien n’est que la continuation de ce qui avait nourri le Maïdan sans que l’on n’ait pu croire à ses débuts qu’une révolution orange achevée dégénère in fine en guerre par procuration camouflée en guerre civile. Cette guerre par procuration qui oppose l’OTAN à la Russie, l’impérialisme universaliste au national-souverainisme, a pris les traits d’une guerre d’usure. Une guerre d’usure ne pouvant durer indéfiniment et les solutions diplomatiques proposées par le quartet de Normandie ne valant plus rien, un dénouement militaire prompt et particulièrement violent serait à prévoir. Simplement, ni les Américains ni les puissances européennes occidentales n’en voudront. L’idéal pour eux serait de faire durer la partie aussi longtemps que possible. La motivation étasunienne est la plus complexe. Elle découle de trois prémisses.

Primo, s’il est vrai que le complexe militaro-industriel US n’est pas prêt à s’endormir sur ses lauriers – premier budget mondial de la Défense avec, de trois fois inférieur, le budget chinois, et de cinq fois inférieur, le budget russe – la modernisation de l’arsenal nucléaire américain semblait avoir été repoussée aux calendes grecques sous Obama. Les négociations sur le nucléaire iranien et le retrait des troupes américaines d’Afghanistan ont fragilisé les positions des néoconservateurs. Les vetos russe et chinois en Syrie ont aussi joué leur rôle qui à son tour a été renforcé par la décrédibilisation tout à fait spectaculaire des politiques Bush-Obama au Moyen-Orient suite aux prises de distance de Daesh quant à son démiurge washingtonien. Aussi terribles fussent-ils pour les populations qui payent la note, les dérapages du néoconservatisme ont contribué au développement du modèle multipolaire car de plus en plus d’Etats européens conscients du danger regardent du côté de l’Est. Il fallait par conséquent rétablir l’image de l’Ennemi suprême en jouant sur le crédulité béate des peuples européens. La Russie rendossa ce statut relégué aux oubliettes depuis l’ère Gorbatchev son pseudo-expansionnisme devant horrifier en premier lieu les pays Baltes et la Pologne à l’exemple de l’annexion criméenne et des troupes russes sillonnant les steppes du Donbass. L’accusation en miroir a toujours été le point fort des services de propagande atlantistes. Le conflit qui sévit actuellement en DNR-LNR a redoré le blason de l’Alliance atlantique en plongeant les pays traditionnellement russophobes et les Etats occidentaux satellisés dans un état d’hystérie préventive qu’il convient d’entretenir. Cette guerre d’usure minant le Donbass et l’ensemble de l’Ukraine n’est que le reflet d’une immense guerre d’usure économique et psychologique que les USA sont en train de mener contre l’UE. 


Secundo, les insuccès accumulés de la CIA et le conflit qui a opposé son chef, John Brennan, au chef de la Commission de contrôle des activités de la CIA, Dianne Feinstein, a sensiblement secoué le renseignement qui a lui aussi joué sur la menace russe en Europe. Du coup d’Etat « démocratique » réussi de Kiev aux petits bonhommes verts guerroyant contre les FAU de Marioupol à l’oblast’ de Lougansk, il a tout fait pour justifier son existence dans le format repoussant qu’on lui connaît et qui n’est pas sans repousser les Américains eux-mêmes après qu’ils aient appris que Guantanamo et ses méthodes ne relevaient pas du cas isolé.

Après une telle campagne de réhabilitation, pas question de se désintéresser du dossier ukrainien lui qui offre plusieurs leviers de pression à la fois.

Tertio, n’oublions pas que pour assurer sa pérennité tout Empire tend à l’expansion. Quand il ne s’étend pas par la guerre – expansion directe – il élargit ses zones d’influence, un peu à l’image d’une pieuvre qui étend ses tentacules. La stratégie du chaos est certes une notion rabattue mais c’est la seule qui explique encore et toujours l’émergence de nouvelles zones grises autour de la puissance à neutraliser. En l’occurrence, la Russie. Le cas transnistrien est celui d’un conflit gelé que l’on croyait sur le point d’être réchauffé il y a près de trois mois, avec la nomination de Saakachvili gouverneur d’Odessa, que l’on oublia durant juillet et qui resurgit la semaine dernière avec les menaces de M. Jagland à l’encontre d’une Moldavie indocile. Si l’on arrive à geler le conflit donbassien en le dégelant à l’occasion, non seulement l’Ukraine n’arrivera jamais à redresser son économie – à quoi bon puisque c’est maintenant une colonie US – mais la Russie continuera à faire des cauchemars.

S’en suit que l’aide du FMI sera assurée au compte-gouttes. Il ne s’agit pas d’en finir de sitôt avec le Donbass. La motivation de l’UE est bien différente: Bruxelles voudra bien sûr une énième version de Minsk espérant, d’une façon dirais-je miraculeuse, ne pas être impliqué. Oui, il a bel et bien soutenu le Maïdan et la quasi-totalité de ses conséquences, mais cela partait de bonnes intentions! Tout comme aujourd’hui, il espérerait que la diplomatie l’emporte sur la barbarie pour mettre ultérieurement en relief son rôle de médiateur irremplaçable. Or, une solution radicale ne peut être qu’une solution essentiellement militaire présupposant une contre-offensive massive de la part des DNR-LNR, c’est-à-dire une exacerbation sans précédent du conflit. Déjà qu’il ne sait comment payer le lourd tribut migrationniste qui lui incombe, l’UE aura à assumer les retombées de son suivisme pro-américain en Ukraine. Si les Républiques l’emportent, Washington perdra un levier de pression extraordinaire. L’heure est grave.


Avant tout pour la Novorossia ce qui s’illustre par cette conclusion sans concession de Zakhartchenko : « Nous n’avons pas d’autre choix que de remporter cette guerre. Vaincre, c’est notre devoir »"
Françoise Compoint

















jeudi 27 août 2015

De l’Ukraine à la Syrie: comment mieux narguer la Russie?

La journaliste politique Françoise Compoint nous livre ici une une nouvelle et pertinente analyse


S’il est flagrant que l’UE se fait régulièrement avoir par l’Empire thalassocratique qui est parvenu à la coincer de deux façons – et via le conflit ukranien et via les flux migratoires torrentiels, sponsorisés et grandement encouragés en sous-main – il est non moins flagrant que la Russie est elle aussi dans le collimateur, également de deux façons: sans surprise, via la fausse impasse ukrainienne et, cette fois très clairement, via le dossier syrien.

Voici quelques éléments d’analyse permettant de valider la thèse cinglante de Gordon Duff, vétéran de la guerre du Vietnam, co-rédacteur en chef et président du conseil d’administration de Vietnam Today, selon lequel il s’agirait de confronter Russie et OTAN sur l’échiquier syrien avec l’implication de la Turquie, membre de l’OTAN et candidate (sporadique) à l’entrée dans l’UE. Le terrain d’action y dépasse la relativement humble échelle donbassienne puisqu’en l’occurence c’est tout le Levant et l’Irak qui sont concernés. On l’a vu et revu, les FAU sont assez désarmées face aux FAN, forts avant tout de ce que leur adversaire n’a pas: une absence totale de choix – vaincre ou mourir – et une somme de convictions qui fait que le mouvement de résistance républicain est parfois comparé à celui de la guerre civile espagnole. Comme il n’y aura pas de Minsk-3 pas plus que de Minsk-2 en réchauffé, la Russie, garante du respect des accords de paix, aura légalement le droit d’intervenir ce qui ne sera pas le cas pour l’OTAN si le passage à l’acte résolu des FAU est avéré et démontré au vu et au su de la communauté internationale. Avec tous les systèmes de surveillance dont disposent notre modernité – satellites, drones, renseignement – plus tellement besoin des témoignages sélectivistes de l’OSCE pour démontrer ce qui est à démontrer. En ce sens, la diplomatie russe a su déjouer les multiples pièges que les USA lui tendaient depuis juin 2014 en plongeant Kiev dans un état de désarroi à peine dissimulable et Washington dans l’incertitude la plus totale. Le problème, c’est que ce dernier n’abandonne jamais. Pour continuer à vivre au-dessus de ses moyens, il lui faut transformer le pôle d’attraction russe en pôle de répulsion. En d’autres termes, le désaimanter tout en continuant à morceller les zones à exploiter.

Déjà en août 2012, le Figaro évoquait l’éventuelle création d’une zone tampon en Syrie. Les arguments avancés étaient alors d’ordre humanitaire l’afflux de réfugiés ne cessant évidemment de croître. L’idée muta par la suite en projet de création d’une zone d’exclusion aérienne à la frontière turco-syrienne, à l’image, je présume, de ce que fut un projet similaire mis à exécution en mars 2011, en Libye, et qui permit à l’OTAN de bombarder tout son soûl un pays prospère dont il ne reste plus rien. Zone d’exclusion aérienne ou pas – un projet repoussé aux dernières nouvelles – on sait maintenant que la création d’une zone tampon est inéluctable. Selon un responsable militaire américain récemment interrogé par AFP, il serait question d’un soutien militaire et logistique aux “partenaires au sol des USA”, c’est-à-dire, l’on croirait tomber des nues, aux milices de l’ASL.

Primo, il est bien connu que la fameuse opposition modérée dont on nous rabâche les oreilles depuis plus de trois ans s’est soit reconvertie en “opposition” islamiste avérée dont al-Nosra fait partie, soit a rejoint les forces loyalistes. Nous en avons la confirmation à travers une assez récente interview de la révérende Mère Agnès-Mariam de la Croix, supérieure de Saint-Jacques le Mutilé, qui a même souligné que la majeure partie des combattants concernés avait fini par se fondre dans les rangs de l’armée arabe syrienne.

Secundo, il serait intéressant de savoir comment est-ce que des restes d’ASL se sont retrouvés au nord de la Syrie. Ces restes – car il y en a, en effet – sont tous parqués en Turquie et sont solidaires du panislamisme prôné par Ankara. Alors pour en revenir à  cette sombre histoire de zone tampon, qui sont donc les alliés des USA? Comment se fait-il qu’Erdogan se livre à coeur joie et avec la bénédiction américaine au pilonnage et au bombardement du PKK, principale force de résistance anti-EI soutenue par son homologue syrien, le YPG? Comment se fait-il que l’Arabie Saoudite, allié privilégié des USA, ne soit pas invitée à rejoindre la coalition? Comment se fait-il que les frappes de cette même coalition conduise à une augmentation du nombre de djihadistes autour des zones visées les victoires sur l’EI les plus cruciales étant entre-temps remportées par l’armée syrienne? Et comment se fait-il, puisque nous y sommes, que la création de cette zone tampon coïncide avec l’avancée des troupes loyalistes? C’est à ce moment précis qu’Ankara et les States décident d’outrepasser le veto russe en lançant une opération au sol.

Rappelons que ladite décision est également ultérieure à la rencontre, le 10 août, de Poutine avec l’ambassadeur turc. On rapporte que le Président russe n’a pas été tendre vis-à-vis d’Erdogan dont il a dénoncé les liens de proximité avec l’EI. Réalité ou manipulation journalistique, il est certain que l’ancrage chronologique de ces deux évènements – rencontre Poutine/ambassadeur turc puis violation en cours du veto russe sur toute ingérence étrangère en Syrie – n’a rien d’aléatoire.

Nous savons que la Turquie suit à la lettre les instructions de Washington, cela d’autant plus que le pays est au bord de la guerre civile et qu’Erdogan craint de partager, au mieux, le sort de Ianoukovitch, au pire, celui de Kadhafi. Ce suivisme fort naturel a été récemment confirmé par la suspension du Turquish Stream, début août, et par le faux soutien de la Turquie à une coalition absolument fallacieuse, soutien visant en fait à masquer une ingérence terrestre projetée dans le nord de la Syrie.

La riposte russe ne s’est pas fait attendre. Selon al-Quds al-Arabi, journal londonien arabophone financé par le Qatar et dont les sources sont en général plus que fiables, Moscou a engagé la construction d’une deuxième base militaire en Syrie, base qui serait encore plus “sophistiquée” que celle de Tartous. Devrions-nous en être surpris? Je ne pense pas sachant déjà que 2014 fut marqué par des négociations tournant autour de ce projet. N’oublions pas que le communiqué de Genève ratifié en juin 2012 ne dit pas explicitement si oui ou non Assad devrait partir. Il serait d’ailleurs illogique qu’il l’indique sachant que seul le peuple syrien qui par définition est souverain  – pas Washington, pas Riyad, pas Ankara ou Moscou ou encore Paris – peut en décider. Les présidentielles de juin 2014 ont confirmé qu’Assad devait rester. Or, nous y revenons, Genève prévoyait la mise en place d’un organe de transition comptant parmi ses membres et des anciens d’Assad et des membres de l’opposition. Nous savons pertinemment que ce propos n’a aucun sens en temps de guerre quand il en va de la survie d’un pays inondé de djihadistes. Qui plus est, l’élection d’Assad à une écrasante majorité (88%) deux ans après la signature de l’accord a lui aussi démontré qu’il n’y avait aucun sens à ce qu’un gouvernement de transition hybride soit crée ou alors il faudrait admettre que François Hollande avec ses 20% de moyenne générale devrait se plier aux mêmes exigences! On se retrouve donc propulsé dans un récent passé quand l’UE et les USA en tête n’envisageaient rien d’autre que la destitution immédiate et sans conditions du Président syrien entendant collaborer avec une opposition non-représentative au regard du score présidentiel de 2014.

Comme Assad n’a aucune raison de partir et que l’armée arabe syrienne remporte victoire sur victoire, il s’agit tout bonnement de détruire la Syrie. Avec l’aide de la Turquie et des ONG sulfureuses contribuant à piller les merveilles du pays. Au fait, voudrait-on nous faire croire que la chute de Palmyre a surpris ceux qui n’y ont vu que la défaite (très locale!) de l’armée syrienne? Comme si le suivi satellitaire effectué ne permettait pas de repérer les déplacements de l’EI et sa progression vers la perle du désert! Peut-être est-ce aussi en vertu d’un mauvais suivi (ou d’un don de voyance orientée?) que le journaliste Olivier Ravanello a écrit un article où il dépeint la chute du couvent Saint-Jacques le Mutilé qui par la grâce de Dieu est pourtant bel et bien sur place, fait confirmé par sa supérieure précitée, Mère Agnès-Mariam de la Croix.

En découlent deux constats:

Poutine, quoiqu’ait pu supposer le journaliste Mike Whitney (voir “Poutine, est-il prêt à lâcher Assad?”, 14 août 2015), n’abandonnera pas son allié syrien qui était et reste le seul Président légitime de la Syrie. L’idée que le Kremlin encourage de nouvelles élections “libres et équitables multipartites” selon les termes de Genève n’a aucun sens celles-ci ayant eu lieu en 2014. On ne va tout de même pas recommencer le même manège tous les ans!

– Les USA, servis sur place par la Turquie, membre de l’OTAN et sponsor numéro 1 de l’EI, ont décidé de rattraper leur échec ukrainien par un regain d’activité déconstructive en Syrie sachant précisément que Poutine ne “lâchera” pas Assad.

Quelque chose de très grand va se jouer durant 2016. Ce sera notamment le cas si Mme Clinton accède au pouvoir.

Françoise Compoint
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Sources de l'article : 

- Site Novorossiya Today, le lien : ICI


samedi 17 janvier 2015

Le Donbass, uni dans le malheur et dans l'espoir

Reprise sanglante dans le Donbass. Témoignage


Reportage de Françoise Compoint

Publié le 16 janvier 2015, sur le site "LA VOIX DE LA RUSSIE", le lien : ICI (avec fichier audio)

Françoise Compoint
Les discours conciliateurs tenus il y a peu par l’ambassadeur de France en Russie, M. Jean-Maurice Ripert, s’inscrivent dans la ligne assez vague et en réalité très peu productive des rencontres consacrées au dossier ukrainien qui ont précédemment eu lieu entre le chef de la diplomatie russe et ses homologues occidentaux.

Les voies de l’enfer sont pavées, dit-on, de bonnes intentions. Que dire si ces intentions sont iniatialement dénaturées et que l’antichambre du paradis européen promis à une partie de l’Ukraine est l’enfer dans lequel la mainmise étasunienne a plongé le Donbass ?
Mon premier voyage à Donetsk a eu lieu début décembre, quelques jours avant la dite « trêve » du 9.12. Celle-ci devrait être toujours de vigueur jusqu’à nouvel ordre. Or, comme j’ai pu le constater lors de mon deuxième voyage – entre le 9 et le 13 janvier – non seulement cette trêve n’était nullement respectée mais, bien au contraire, l’intensité des opérations répressives lancées surpassait tout ce que j’ai pu voir le mois dernier et tout ce que mes collègues ont pu voir depuis le début de la guerre. L’artillerie lourde ukrainienne se défoulait sur Donetsk comme s’il s’agissait d’un immense champ de bataille et que les civils étaient une armée à décimer.


Contexte militaire. Escalade des hostilités

Dans la nuit du 11.01 au 12.01 une pluie de roquettes (de type BM-21 Grad) et d’obus inonda la ville. Les quartiers les plus exposés – Kievsky, Koujbishevsky, Kirovsky et Petrovsky – sont immédiatement revenus aux heures sanglantes de l’été 2014. Dans la ville même, parmi les civils, le bilan oscille entre 10 et 14 morts en trois jours (sur la période du 11-13 janvier), dans l’ensemble, il faut y ajouter la tragédie de Volnovakha où un bus arrêté à un chekpoint ukrainien a été pris pour cible. 12 personnes ont été tuées sur le coup. On ignore pour le moment s’il s’agissait d’une roquette Grad envoyée depuis les positions de la Résistance, de tirs de mitrailleuse et/ou de mitraillettes à une cinquantaine de mètres du checkpoint ou encore, selon une version plus récente et plus documentée, d’une mine à fragmentation guidée. Une enquête trilatérale a été lancée.

Ce qui préalablement met la puce à l’oreille, c’est la spécificité des orifices perforant les vitres ainsi que l’état général du bus. Il suffit de voir l’état plus que piteux des immeubles touchés par des lance-roquettes multiples pour comprendre que du bus il ne devait rester qu’une carcasse fumante et pas un seul rescapé. Serait-on derechef dans une logique de provocation ou de false flag ? Rien ne permet de l’exclure sachant que, primo, la tragédie a eu lieu lors de la session plénière du Parlement européen au cours de laquelle, sans surprise, M. Porochenko a demandé à Martin Schulz d’inscrire la RPD et la RPL dans la liste des organisations terroristes, secundo, une récupération quasi-immédiate intervint aux USA où Marie Harf, porte-parole adjointe au département d’Etat US, pointa du doigt la responsabilité, avérée selon elle avant toute enquête, des insurgés « pro-russes », donc, de la Russie qui ne tiendrait pas les engagements de Minsk. Peu après, inspiré du précédént parisien, le slogan Je suis Volnovakha gagna les réseaux sociaux ukrainiens, on pouvait entre autres l’apercevoir collé sur l’ordinateur d’un présentateur du journal d’information sur une chaîne ukrainienne. Après les accolades du Président ukrainien avec son homologue français, on voit bien comment la boucle a finalement été bouclée.

Entre-temps, les combats pour la reprise de l’aéroport reprenaient de plus belle. Dynamique favorable à la Résistance malgré la poursuite d’une stratégie à laquelle Alexandrer Zakartchenko, chef de la RPD, entendait renoncer avec l’exacerbation des hostilités. Il s’agit de la rotation plus ou moins régulière des troupes ukrainiennes garantissant leur retrait via un couloir humanitaire ouvert par les forces d’autodéfense. Bien des experts se montrent de plus en plus critiques de cette tactique certes magnanime mais contraire aux intérêts de l’insurrection.

Il semble bien difficile d’expliquer ces rotations salutaires pour l’armée ukrainienne à moins de retenir deux hypothèses, la première étant que la Résistance ménage autant que possible ses effectifs en privilégiant quand l’occasion se présente l’option diplomatique, la deuxième consistant à reconnaître que malgré la destruction systématique de son infrastructure et les souffrances endurées, le Donbass persiste à garder une perception fraternelle de l’agresseur ce qui n’a rien de réciproque. Les exactions tant cruelles qu’inutiles perpétrées contre les civils dans les zones contrôlées par l’armée et surtout les bataillons dits punitifs en sont la démonstration flagrante. Slaviansk et Marioupol où de très jeunes filles sont la première proie des groupes bandéristes terrorisant les villes occupées ne font pas exception. Toute personne véhiculant une opinion jugée contraire à l’idéologie radicale imposée est passible de mort.

Il faut donc se mettre à l’évidence :

- L’escalade prématurée du conflit – on s’attendait à ce que la cocotte-minute saute vers le printemps - tient sans doute au fait que Kiev est dans l’impasse. En tant que telle, la trêve n’a aucun sens dans la mesure où aucune mesure géopolitique concrète ne l’encadre. Fédéraliser ? Ce genre de discours a perdu de son actualité suite à la violation récurrente des accords de Minsk. Laisser « partir » le Donbass en lui accordant l’indépendance étatique revendiquée ? Cela ne correspond ni aux intérêts économiques d’une Ukraine très peu industrialisée, ni aux attentes de l’Etat profond américain et de son banquier, le FMI, qui n’ont pas payé le putsch de février pour se contenter de voir des Ukrainiens s’entretuer dans le cadre d’une confrontation formellement civile. Or, une rupture de plus en plus sensible est à relever entre les plans titanesques mais irréalistes des clans oligarchiques dispersés à travers leurs fiefs, avachis sur leurs avoirs, pour certains loyaux à Kiev pour d’autres non comme c’est le cas de Kolomoïski et les aspirations d’un peuple qui dans sa majorité n’a aucunement envie d’aller mourir au Donbass.

D’une façon générale, très peu d’Ukrainiens sont prêts à mourir pour récupérer le Sud-Est comme le montrent si bien des statistiques faisant état d’un nombre croissant de déserteurs et de conscrits potentiels préférant la prison au champ de bataille. Sachant qu’aucun Européen n’est prêt à mourir pour l’Ukraine unie – même les mercenaires présents sur place préférent lancer en première ligne « les petits jeunes » nouvellement débarqués – on se demande qui va finalement se battre pour un pays maladivement désintégré avec un gouvernement qui selon la juste formulation de DSK « [n’a rien donné] à l’exception de la colère et de la haine ». Pour demander, en effet, il faut donner. Le demandeur est allé trop loin dans ses demandes, c’est aussi un peu le sens caché du message sous-entendu par l’ancien patron du FMI qui parle en bien meilleure conaissance de cause que n’importe qui d’autre.

- Il n’y a pas de fumée sans feu. Il y a quelques jours, un groupe de diversion ukrainien aurait gagné Donetsk via l’aéroport. On ignore ce qu’il devint. Si cette percée a véritablement eu lieu, elle s’inscrit dans le cadre des opérations de purge frappant le pourtour de la ville dans le but de forcer le cordon de la Résistance. Ce plan, si Kiev le trouve réalisable, suppose une opération éclair reposant en grande partie sur l’effet de surprise.

- Enfin, n’oublions pas que la Rada suprême avait adopté un projet de loi signifiant la sortie du statut hors-blocs de l’Ukraine. Une intégration du pays à l’OTAN devrait à terme s’en suivre. Dans la logique d’un proverbe bien connu selon lequel il faut battre le fer pendant qu’il est chaud, les autorités ukrainiennes entendent récupérer le Donbass au plus vite. Là encore, qui sait si Washington n’a pas fixé des délais précis.


Contexte humain

J’ai eu la chance de m’entretenir avec des gens très différents. Des passants, des chauffeurs de taxi, des vendeuses, des journalistes, des résistants, des personnes très âgées dont un certain Ivan Kharitonovitch, 93 ans, ancien mineur qui aujourd’hui, intrépide, balaie la neige sous les obus. Il ne semble plus les remarquer. Pour lui, le Donbass tiendra. J’ai côtoyé des mères de famille dont certaines ont rejoint les forces de la RPD parce qu’elles ne voulaient pas que leurs enfants apprennent à encenser Bandera dès l’école primaire. J’ai croisé des passants qui s’empressaient de rentrer chez eux avant que la nuit ne tombe et qui, à la question de savoir ce qu’ils pensaient de Porochenko, avaient le plus grand mal à maîtriser leurs émotions. J’ai eu la chance aussi – car la guerre dévoile ce qu’il y a de meilleur et de pire en l’homme ce qui constitue une importante expérience existentielle – de passer la nuit dans une vieille maison villageoise avec une collègue et des résistants. Sur une dizaine de personnes, il n’y avait qu’un seul volontaire russe de Volgograd. Il y avait également deux ressortissants d’Odessa qui n’ont pas pu pardonner le massacre du 2 mai dans la maison des syndicats. Plus qu’un sentiment de vengeance, c’était l’Idée de renverser un régime ultra-violent minée par une idéologie malsaine qui les guidait. Ils n’avaient vraiment pas froid aux yeux.

Ce courage à toute épreuve, je l’ai entrevu dans les yeux de tout petits enfants qui jouaient dans les cours enneigées. Un tir d’artillerie retentit après une longue période de silence tombal que nous savourions ma collègue et moi depuis un bon quart d’heures. Je frissonnai. La petite fille qui jouait à ma droite n’avait même pas sourcillé. Elle continuait, parfaitement indifférente au bruit, à décorer son bonhomme de neige. La même indifférence (on s’habitue à tout) se lisait sur le visage de sa maman. Ailleurs, une grand-mère nous salua avec beaucoup de bonté en demandant au passage, l’air fatigué, quand est-ce que ce cauchemar allait enfin cesser. Cette question, bien entendu rhétorique, courait littéralement les rues. Je l’ai entendu plus d’une fois. Aux stations de bus, dans les magazins, dans les cours. Je revois aussi ce vieil homme du village Kirovskoye, très pauvrement habillé, qui nous tendit un sac de mandarines et des petits pains en demandant de partager avec les résistants. Si donc je devais résumer ce contexte humain tellement immense, tellement incernable et beau en trois mots je dirais « courage », « bonté », « solidarité ». Il y a beau avoir deux Républiques en gestation au lieu d’une – ce qui en bien des points est critiquable – les gens sont clairement unis dans la malheur mais aussi et surtout dans l’espoir.

Si les combats dureront encore bien longtemps, il semblerait que janvier, février au plus tard soient des mois décisifs pour l’avenir de la Novorossia. Le peuple le sent bien. Il se recueille.

Françoise Compoint