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mercredi 5 décembre 2018

1 an déjà !

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"Rex" (à gauche) et "Zaets" pour l'hommage renouvelé d'un souvenir éternel

Il est des souvenirs dans la mémoire qui ne cicatrisent jamais et ceux des camarades tombés au combat font partie de ceux qui des traces profondes qui balisent pour le sentier de la guerre et de la camaraderie.

Le 5 décembre 2017, "Pauk", un jeune homme de 26 ans tombait à nos côtés sur le front de Promka, fauché par un sniper ukrainien quelques heures seulement après la disparition de "Sever" un autre camarade, dont on allait retrouver le corps quelques jours plus tard. 

Un an plus tard, avec les vétérans de l'époque nous sommes allés nous recueillir sur la tombe de notre camarade, accompagnant sa famille dont son père sous l'uniforme et qui a repris l'exact poste de son fils disparu au sein de la brigade Pitanashka.


Mercredi 5 décembre 2018

Ce matin, à peine achevé une mise à jour de l'article consacré aux tués du mois de novembre pour lequel de nouveaux visages apparaissent chaque jour à la surface des réseaux sociaux, nous sommes partis avec "Rex" vers un des cimetières de Makeevka, où reposent côte à côte ses deux fils fauchés par cette putain de guerre, que les gouvernements occidentaux refusent de regarder en face tant ses morts sont le miroir de leur criminelle complicité.

Nous avons étions une douzaine à accompagner silencieusement Rex et sa famille au milieu du labyrinthe gelé d'un cimetière parsemé de tombes fraîches aux portraits de jeunes portant l'uniforme de la République Populaire de Donetsk. Pendant cette lente progression dans la forêt des croix russes les souvenirs surgissaient sous nos pas, ceux des rires et des chants qui remplissaient la chambrée, ceux des longues gardes aux créneaux de Forteruine où chacun veillait sur l'autre, ceux des suées partagées sous la pioche et la pelle dans l'ombre des tranchées et enfin ceux du dernier jour lorsque nos mains crispées portaient le corps sans vie d'un ami vers son dernier voyage. 


Au terme de cette traversée du champ de la douleur, nous retrouvons notre camarade pour le saluer dans nos mémoires et déposer sur son lit de terre gelée un linceul de fleurs couleur sang avant de lever un verre à son souvenir et cette parcelle de courage et d'honneur qu'il nous a laissé en héritage.

Au milieu de nos rangs apparaissaient aussi les fantômes d'autres camarades tombés également au cours de ces années de tourmente qui ont labouré aussi la terre des cimetières du Donbass, de Russie et d'ailleurs, autres sacrifices semant dans nos cœurs autant de promesses de victoire et de paix.

La dignité de la famille n'avait d'égale que son immense pudeur mais la buée salée des regards déposés sur les tombes des deux fils couchés côte à côte trahissait l'immense douleur d'une famille martyrisée par l'Histoire . 

A cet instant c'est tout le Donbass réel qui était là à travers ces silhouettes immobiles et silencieuses dans le vent glacé, debout et serrées les unes contre les autres, sous un ciel chargé de souvenirs et d'espérances. Au loin les détonations sourdes s'échappaient d'un polygone de tirs où d'autres soldats s’entraînent pour poursuivre le combat et défendre la Liberté de leur terre.

A cours de ces cérémonies simples et fraternelles, la communauté retrouve toute la dimension sacrée qu'elle perpétue par des gestes symboliques certainement hérités d'une longue tradition traversant intacte les diverses expressions religieuses et culturelles successives. Ainsi de ce verre de vodka et de ce pain partagés par les vivants mais aussi offerts en offrande aux défunts (avec une cigarette allumée), où de ces trois cuillerées de riz mangées au début du repas qui suit l'hommage donné au cimetière. La vodka le pain et la cigarette ont probablement remplacé au fil des siècles une boisson sacrée, une galette gravée de symboles sacrées et de l'encens incandescent, mais les gestes sont restés et plus important la lumière qui inonde les cœurs des participants.


De retour à la caserne, je m'attelle au contrôle et à la préparation de mon barda, car demain je repars avec d'autres camarades snipers pour une nouvelle mission sur un front aux horizons chargés de nouveaux nuages d'acier menaçants.

Pour le soldat qui se respecte, la guerre n'autorise pas de poser ni le sac, ni le cœur, ni même la fatigue au pied d'une source calme et ensoleillée, mais au contraire, demande à ceux qui se sont engagés sur ses chemins de continuer jusqu'à la victoire car elle seule est en mesure d'honorer à leur juste valeur le souvenir des camarades disparus au combat.

Erwan Castel

Le 9 mai 2017, dans les rangs du "Régiment des immortels", "Rex" portait le souvenir de son fils parti 6 mois plus tôt borner avec les héros du passé et du présent l'immense chemin de l'honneur d'un peuple russe défendant depuis des siècles sa Liberté sacrée

"Celui qui est capable de mourir ne deviendra jamais un esclave. 
Et nous ne parlons pas d’esclavage ethnique ou politique, mais surtout d’esclavage spirituel. 

Si vous êtes prêt à mourir, vous ne pouvez pas devenir esclave de la peur, de la faiblesse, de la timidité. 

En vous réconciliant avec la pensée de la mort, 
vous obtiendrez la plus grande liberté que vous ne puissiez imaginer sur la terre." 

Mircéa Eliade

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

mercredi 7 février 2018

Rencontre dans le souvenir

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 interview de "Zaets"

Hier 6 février, "Zaets" et moi même avons été invité à rencontrer une équipe de reporters russes, pour évoquer la disparition de notre camarade et chef de groupe "Sever" tué au combat le 4 décembre dernier sur Promka.


Mercredi 7 février 2018

Cette évocation à été faite à quelques minutes de notre position, au milieu d'un dépôt ferroviaire complètement dévasté par les combats et les bombardements qui n'ont pas cessé de secouer cette lisière Nord de Donetsk.

 Convoi ferroviaire détruit 
Andreï, dit"Sever" (Nord) était enfant de Sibérie venu depuis la blanche toundra du cercle polaire dans les steppes de la Mer Noire pour défendre la Liberté d'information peuple frère.

Sa mort au combat mais aussi celles de Maxim et Daniel, 2 autres volontaires de la section fauchés eux aussi par des snipers ukrainiens restent vives dans les mémoires de ceux qui continuent à veiller sur les remparts de la République.


Je remercie vivement ces reporters russes d'avoir fait le déplacement jusqu'à nous pour rendre hommage à un homme libre qui par son sacrifice incarne cette fraternité naturelle des peuples de Russie.

Erwan Castel

Andreï dit Sever tué au combat le 4 décembre 2017 sur le front de Yasinovataya

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

vendredi 15 décembre 2017

3 morts pour que vive une espérance


"Mort au combat !", je me souviens de ces inscriptions laconiques "KIA" "RIP" etc... griffant les marbres des cimetières militaires de mon enfance, je marchais alors au milieu de héros silencieux et inconnus.

Puis ce fut à mon tour de prendre ce paquetage auprès duquel l'enfant avait grandi et de servir sous les armes et sous différents uniformes réguliers ou clandestins où la loi des combats vient frapper le camarade, l'ami, le frère d'armes...

Depuis que je suis dans le Donbass des ombres me suivent et m'épaulent toujours sur le sentier étroit choisi par le volontaire. Camarades à peine connus et disparus à Debalsevo, ou compagnons de route de Marinka ou Dokuchaievsk, sans compter ceux que nous ne croiserons plus dans les rues de Donetsk, ils sont là dans la mémoire et le cœur, à la fois comme comme des secrets et des phares éclairant l'âme sur les chemins de la guerre.

   
Vendredi 15 décembre 2017

Dans la brigade Piatnashka que Sébastien Hairon et moi-même avons intégré il y a 3 mois, ces dernières semaines, Maxim, Andreï et Daniel, 3 de nos camarades ont quitté prématurément les rangs de notre section, disparaissant à l'horizon d'une ligne de front fauchés par des balles ennemies dans la force de leur âge et de leur amour pour la Liberté incarnée par cette terre rebelle du Donbass.

Ces 3 hommes jeunes symbolisent par leur haut sacrifice toute la dimension métaphysique qui unit les peuples slaves par delà les idéologies politiques et les flux et reflux historiques.

"Filin"


Maxim était enfant de Ivano-Frankiz cet oblast occidental ukrainien situé près du berceau bandériste de Lvov. Il incarne cette dimension de guerre civile qui déchire le territoire ukrainien dont l'unité fragile des différentes communautés ethniques, culturelles et historiques n'a tenu au XXeme siècle que grâce au mortier soviétique qui donnait à ses populations un sens commun supérieur à leurs différences.
Maxim qui refusait le coup d'Etat du Maïdan, avait rejoint rapidement les rangs de cette milice qui allait devenir l'armée de la jeune République Populaire de Donetsk des ke lendemain des premiers massacres des russophones.

"Sever"


Andreï, lui venait de la lointaine Sibérie, incarnant cette "Civita imperium" slave qui, par delà ses déclinaisons tsaristes ou soviétiques continue d'unir aujourd'hui les peuples pourtant très diversifiés du Monde russe. Ce patriotisme à dimension d'Empire est bien supra communautaire car il fédère autant des communautés orthodoxes que musulmanes ou même païennes, européennes ou eurasiennes, caucasiennes ou asiatiques etc...
Andreï considérait que l'agression subie par le Donbass était une attaque directe contre ce monde russe auquel il appartient par delà les frontières changeantes de l'Histoire et que le défendre c'était défendre sa Sibérie natale.

"Pauk"


Daniel lui était un enfant du Donbass. Il avait grandi à l'ombre de ce paysage de terrils sombres et de clochers étincelants façonnés et protégés par ses ancêtres. Lorsque l'Opération Spéciale Antiterroriste s'abat sur son sanctuaire familiale, menaçant la vie de sa femme et ses 2 enfants, il rejoint les rangs des soldats qui défendent sur le front le droit à cette population de rester russe dans son cœur, sa mémoire et son avenir.


Tous les trois, venus d'horizons différents dans la même fraternité militaire ont sacrifié leurs vies pour un idéal commun : celui du droit des peuples à disposer d'eux mêmes et de défendre leur héritage et identité et leur Liberté par dessus tout.

Ces trois destinées humaines, sublimées par leur douloureux sacrifices, laissent dans nos mémoires les souvenirs d'hommes libres et conscients, amoureux de la vie jusqu'à en mourir. Mais surtout, Maxim, Andreï, Daniel et tant d'autres tombés avant eux au champ d'Honneur laissent dans nos cœurs cette graine d'espérance en un Monde de Paix enfin libéré de la tyrannie des pensées uniques et impérialistes qui étouffent les libertés des peuples.

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

samedi 9 décembre 2017

Le chemin des morts

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Perdre un camarade est un événement pour lequel personne n'est prêt malgré ce risque omniprésent qui rôde dans les missions de guerre. Dima, Igor, Moskva, Dietrich, Mrav, Tuman, Filin, Pauk et Andreï sans compter tous ceux des autres unités croisés un instant sur le front ou à Donetsk...


Samedi 9 décembre 2017

En début de semaine, 2 camarades sont tombés sur le front de Yasinovataya, abattus par des snipers ennemis.

Alors que nous avons pu, jeudi dernier, accompagner la dépouille mortelle de Daniel vers son dernier voyage, celle d'Andreï restait quant à elle toujours introuvable, perdue au milieu de ce champ de ruines battu par les bombardements et les tirs ukrainiens.

Le très mince espoir qu'il soit toujours en vie, fait prisonnier par l'ennemi vient de s'évanouir définitivement ce samedi soir avec la découverte de son corps glacé au milieu du chaos des maisons détruites.

Le chemin des morts va donc à nouveau s'ouvrir pour cet homme qui, répondant à l'appel de son cœur en 2014, avait quitté sa lointaine Sibérie pour les rives de la Mer Noire.

Je me souviens de ces premières journées partagées sur cette ligne de front mortelle de Yasinovataya, lorsqu'il m'évoquait dans une nostalgie et fierté mélangées les ours blancs ou les températures glaciales extrêmes de son pays natal...

Ce soir, pour ce frère d'armes tombé trop tôt au champ d'honneur, les échos d'un chant funèbre, également venu du Nord, résonnent dans mon cœur.

"Que le souvenir des morts soit la force des vivants"

Erwan Castel



(Traduction du chant "Helvegen")

"Le chemin des morts

Qui me chantera,
me lancera dans le sommeil de la mort
quand je marche sur les sentiers de Hell
et que les chemins que je parcours sont froid, si froids.

J’ai cherché les chants,
j’ai envoyé les chants
quand le plus profond des puits
m’a donné les gouttes si marquées par
le pari du Père-des-Morts.

Je le sais bien, Odin,
où tu as caché ton œil.

Qui me chantera,
me lancera dans le sommeil de mort
quand je marche sur les sentiers de Hell
et que les chemins que je parcours sont froids, si froids.

Tôt, à la fin des jours
et les corbeaux savent si je tomberai.

Quand tu es aux portes de Hel
que tu dois pleurer à satiété,
je te suivrai 
avec mon chant, au-delà du Pont-Hurlant.

Tu seras libéré des liens qui t’enchaînent !
Tu es libéré des liens qui t’ont enchaîné !

"Le bétail et la richesse meurent
les parents meurent,
de même, nous mourons nous-mêmes,
mais la réputation
jamais ne meurt
celle qu’il obtient d’avoir été bon honnête et juste

Le bétail et la richesse meurent
les parents meurent,
de même, nous mourons nous-mêmes,
et j’en sais un 
qui meurt encore moins :
c’est le jugement porté sur chaque mort."

mercredi 6 décembre 2017

Un minotaure sans pitié

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Au lendemain de la disparition sur le front de Promka de "Sever", les groupes sillonnent les tranchées et les boyaux à la recherche de leur camarade. Avec chaque heure qui passe c'est également l'espérance de le revoir vivant qui disparaît dans le sablier du temps. 

Mais la Camarde n'avait pas fini de jouer avec la destinée des hommes de Promka.

Le 5 décembre c'est au tour de Daniel dit "Pauk" d'être fauché par un sniper ukrainien, entre le réseau des tranchées et le village détruit des datchas. Fauché à 26 ans, Daniel a rejoint la cohorte des ombres du Donbass.


Mercredi 6 décembre 2017

Sur cette ligne de front, entre Yasinovataya et Avdeevka, dans le labyrinthe moderne des tranchées humaines rôde un autre minotaure, sournois et invisible, apportant son lot de tristesse en échange de sa part de sang.

"Pauk" 26 ans
Cette semaine, en 2 jours, 2 camarades s'en sont allés à l'horizon, fauchés par des snipers ukrainiens qui imposent à tout le secteur un danger mortel permanent...

Difficile de décrire les sentiments qui remuent les tripes de ceux qui restent pour continuer toujours et encore la mission.

La Dignité et le Devoir accueillent aujourd'hui un fin manteau de neige venu comme pour purifier cette terre ensanglantée et offrir un linceul à nos 2 camarades...
Qu'ils reposent en paix, auprès de leurs aînés morts pour la Liberté de cette terre, et dans le cœurs des familles qu'ils ont protégé de leurs sacrifices.

"Sever" 43 ans
Si un jour prochain vous croisez sur votre chemin une chapelle, une source, ou le sourire d'un enfant, pensez je vous prie, par une bougie allumée, une fleur déposée ou un sourire rendu, à ces jeunes hommes, fauchés ici dans la force de l'âge et qui nous ont offert en héritage l'exemple et l'espérance.

A l'extérieur, les tirs nous rappellent le présent et cet avenir à défendre, et ils nous appellent à rejoindre nos postes de combat, encore et toujours, serrant peut-être un peu plus fort dans nos mains ces armes qui attendent une victoire consolatrice...

"Que le souvenir des morts soit la force des vivants""

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front