samedi 12 janvier 2019

L'effet boomerang d'une censure impossible



Le 4 janvier je donnais mon point de vue sur les effets contre-productifs d'une propagande du Ministère de la défense qui, sans aucun discernement qualitatif quant aux sources et informations, relaie systématiquement et quasi quotidiennement toutes les menaces d'offensive ukrainienne comme vérité absolue et immédiate. 

Aujourd'hui c'est au tour du bureau du commissaire aux droits de l'homme en République populaire de Donetsk d'annoncer au milieu de son premier rapport de l'année que: 
  • "Du 1er janvier au 10 janvier 2019, sur le territoire de la République populaire de Donetsk, il n'y a pas eu de victimes parmi la population civile et le personnel militaire"

Sauf que voilà, il y a ici un problème qui touche, soit la compétence soit l'éthique de celles et ceux qui sont chargés de la communication car, si pour les citoyens civils de la République les pertes annoncées de 3 blessés semblent être réelles (et encore aurait-il fallu signaler le décès cardiaque d'une retraitée suite à un vol par des soldats ukrainiens au poste de contrôle de Gorlovka), en revanche pour les milices défendant son territoire, le "delta" est de 0 à 6, ce qui révèle l'obsolescence d'une propagande dans un monde d'hyper communication, où la Vérité ne peut être cachée longtemps.

En effet, du 1er au 10 janvier 2019, sur le front du Donbass, ce n'est pas 0 mais au minimum 6 miliciens qui ont été tués au combat, victimes de bombardements ou de tirs ukrainiens. Leurs noms, photos et renseignements apparaissent sur de nombreux réseaux sociaux, y compris ceux de leurs familles et même dans ceux de leurs unités militaires. 

Il s'agit de :

          - Alexander Balakin, 23 ans, tué le 1er janvier

          - Dmitry Tomenko, 26 ans, tué le 3 janvier

         - Evgeny Borisovitch Babkin, 48 ans, tué le 6 janvier

         - Sergey Verkhovod, 39 ans, tué le 7 janvier

         - Alexandre Chuchin, 35 ans, tué le 8 janvier

         - Vladimir Verkulov, 45 ans, tué le 9 janvier


Ces volontaires engagés dans les rangs des milices républicaines et qui ont donné leurs vies pour le Donbass libre ne méritent certainement pas une telle dénégation de leurs sacrifices, qu'elle soit involontaire ou politique.

Qu'ils reposent en paix dans les rangs du régiment immortel !

Depuis 4 ans j'observe régulièrement ce décalage entre les statistiques officielles et les chiffres réels des pertes subies je ne sais pas pour quelle raison les informations sont à ce point contradictoires, mais on peut imaginer: 

? fausses informations concernant les décès ? (j'en doute très fortement vu le nombre des sources les confirmant),

? collecte d'informations incomplète de la part des services officiels ? (possible vu la lenteur bureaucratique locale y compris dans la communication)

? volonté politique de cacher des pertes militaires (ou certaines pertes) subies sur le front ? (dans cette dernière hypothèse et dans le contexte d'internet, absolument inefficace et contre-productif).

Quoiqu'il en soit, j'espère que les prochains communiqués officiels de la République Populaire de Donetsk vont corriger cette "erreur" pour le bien de la Vérité et de l'Honneur de ceux qui sont tombés pour elle.

En attendant dans l'hypothèse où il s'agit d'une politique de communication, il est urgent de réfléchir au bien fondé d'une telle occultation volontaire de pertes militaires par le pouvoir politique ou le Commandement militaire, de ses effets contre-productifs car aujourd'hui, une telle propagande n'a aucune chance de survivre dans notre monde hyper médiatisé.


Cacher les pertes militaires 

Il y a certes parfois un intérêt évident à cacher des pertes au combat, mais dans des contextes bien particuliers et pour des durées déterminées, comme par exemple lors d'une opération militaire en cours, car cela donnerait des renseignements opérationnels à l'ennemi, ou lors d'opérations secrètes non autorisées en territoire étranger (comme par exemple les pertes des Forces spéciales françaises déployées en Syrie) .

Or ici ce n'est pas le cas car ce sont des pertes de volontaires engagés dans le Donbass et victimes des tirs sporadiques ukrainiens animant quotidiennement la ligne de front.


Une bonne stratégie doit s'adapter au mouvement du réel 

Lorsqu'il faut choisir, dans l'urgence d'une crise, des modèles de gestion économique, politique etc., mais aussi de communication, il sont souvent choisis dans les livres d'histoire où les mémoires, où ils sont souvent caricaturés par la nostalgie. Et c'est ce que nous pouvons observer de chaque côté de ce front du Donbass dans les discours propagandistes qui s'affrontent, qui malgré d'énormes différences, comme par exemple cette excitation de la haine de l'autre qui est le fond de commerce de la propagande ukrainienne, montrent un archaïsme dans leurs références et méthodes de communication, qui non seulement ne sont plus adaptées à notre monde de l'hyper communication mais se révèlent même contre-productives.

Les Républiques du Donbass, n'ont pas seulement contre elles l'armée ukrainienne qui se masse aux portes de leurs cités mais également toute une bien-pensance occidentale qui contrôle une vision médiatique mondialiste majoritairement répandue dans le monde et dont la propagande de Kiev est le fer de lance. Preuve en est le faible taux de participation des volontaires étrangers au monde russe dans ce conflit pourtant aux menaces internationales.
Je pense pour ma part que les jeunes Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk devraient accorder à leur politique de communication une plus grande importance et surtout une meilleure stratégie adaptée à notre monde post-moderne où internet devient le vecteur d'informations incontournable et le plus important et où une censure, qu'elle soit agressive ou par omission ne peut durer que le temps d'une nouvelle avalanche de l'information par un internaute attentif.

Or c'est avec tristesse que je constate que les médias à Donetsk se réduisent depuis des mois comme une peau de chagrin, et devenant des agences confondant information et communication sont plus des meutes de perroquets atteints du syndrome du larbin que de journalistes d'investigation au service de la population. 

Les seuls qui servent au plus près la Vérité et de façon indépendante (mais au milieu d'autres larbins et imposteurs) sont aujourd'hui essentiellement visibles sur le Net et tout en servant avec passion le mouvement salvateur qui a donné naissance en 2014 aux Républiques populaires.


Pour une Vérité contrôlée mais non censurée

L'information est devenue plus que jamais une arme (preuve en est le rôle joué par les réseaux sociaux dans les mouvements populaires spontanés comme les gilets jaunes ou manipulés comme les révolution arabes), qui si elle n'est pas bien choisie et utilisée peut se retourner contre celui qui la manipule, même si ses intentions sont louables et sa cause juste.

L'exemple sensible du double tranchant d'une politique de communication inadaptée à notre époque est l'utilisation abusive de la censure, celle de l'information ou celle des journalistes. Ce sujet est d'autant plus sensible qu'il concerne une zone de guerre telle que celle du Donbass où les offensives propagandistes ont supplanté les assauts militaires. Kiev s'est particulièrement distingué en incluant dans sa russophobe "chasse aux sorcières", les médias russes et pro-russes, terrorisant leurs journalistes jusqu'à leur expulsions, tortures ou exécutions. 

Malheureusement nous observons aussi dans les Républiques populaires de Donetsk et Lugansk, même si leur méthodes pacifiques sont à souligner, un recours à la censure de l'information ou l'interdiction de territoire pour des journalistes au prétexte simpliste qu'ils soutiennent la politique du régime ukrainien ou de leurs parrains occidentaux. Et les raisons invoquées, sauf celles qui démontrent leurs participation active à la collecte de renseignements militaires pour le camp adverse, sont souvent la conséquence d'une paresse intellectuelle haineuse due essentiellement à des arrivistes occidentaux incompétents venus s'échouer dans le Donbass (comme ceux de l'agence Doni News) par exemple à qui on a confier  la tâche de recevoir leurs demandes d'accréditation (par rapport aux compétences linguistiques)

Ceci est absolument inadmissible et surtout contre productif, car censurer ou même oublier une information, ce n'est que la bloquer quelques jours avant qu'elle ne réapparaisse ailleurs et probablement déformée, de même qu'interdire des journalistes qui ne sont pas coupables d'espionnage militaire ou industriel, cela revient "à leur donner un bâton pour se faire battre" et essuyer ensuite des articles engagés encore plus virulents dénonçant une dictature de l'information.

Une information, tout comme un journaliste peuvent être contrôlés, et doivent être bridés quand cela concerne une zone de guerre, mais jamais interdits arbitrairement comme cela s'observe trop souvent. 

Je dis cela, je ne dis rien, mais je pense sincèrement qu'on ne peut reproduire ce que l'on prétend combattre sans se salir jusqu'à devenir son propre ennemi..

Erwan Castel

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