mardi 27 novembre 2018

Une loi martiale presque "made in Porochenko"


Toujours à propos de la crise de Kertch et ses conséquences régionales et internationales, voici une analyse comme d'habitude pertinente de Karine Bechet-Golovko réalisée au le,demain de l'instauration d'une loi martiale partielle en Ukraine par le pouvoir en place.

Personnellement ce qui saute aux yeux lorsqu'on regarde la carte de la zone concernée par cette loi martiale est qu'elle concerne les territoires limitrophes de la Fédération de Russie et bien sût ceux du Donbass en proie à une guerre depuis plus de 4 ans et que la situation risque d' être exacerber par cette loi martiale, tant pour la ligne de front que pour les populations russes des territoires occupés par l'armée ukrainienne.

Erwan Castel


Source de l'article : Russie Politics

Ukraine : avec la loi martiale, Poroshenko a 30 jours pour légalement écraser toute opposition

Les extrémistes mettent le feu au Consulat de Russie à Kharkov
Karine Bechet Golovko

Suite à la provocation dans le détroit de Kertch, où l'Ukraine a envoyé trois navires militaires sans suivre la procédure et a ainsi volontairement violé les frontières russes, provoquant une réponse inévitable de la Russie, Poroshenko a pu, non sans difficultés à l'intérieur, mais avec l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU, faire passer la loi martiale et légitimer ainsi l'ouverture d'un deuxième front, contre toute opposition. La responsabilité de la communauté internationale dans le désastre qui se déroule en Ukraine et le danger que représente ce régime post-Maidan pour la sécurité de la région est pleine et entière.

Comme nous l'avions écrit hier, Poroshenko avait besoin d'un fondement sérieux pour renforcer sa position intérieure déplorable avant des élections qui le donnent perdant dans tous les cas de figure et le clan atlantiste, de son côté, avait besoin de renforcer son combat contre la Russie, qui tourne un peu en rond, sans produire les effets attendus à l'intérieur du pays. Donc, trois navires militaires ukrainiens ont violé les règles de passage du détroit de Kertch entre la mer Noire et la mer d'Azov, obligeant la Russie à défendre sa souveraineté.


Et le Conseil de sécurité de l'ONU a pu incarner cette division, ce qui finalement est sa seule fonction aujourd'hui, puisqu'il correspond à la logique internationale bipolaire d'après-guerre qui n'a plus cours. Dans son communiqué, cette ligne de partage est bien visible. D'un côté, ils ont refusé de traiter la question soulevée par la Russie, membre permanent, sur la violation de ses frontières par l'Ukraine et considèrent en bloc la Russie coupable - de ne pas avoir laissé trois navires militaires traverser sans déclaration préalable ses eaux territoriales. La position est simple: la Crimée est "annexée" donc l'Ukraine est victime, donc elle a carte blanche.


C'est peut-être la raison pour laquelle la police ukrainienne a regardé sans réagir les nationalistes attaquer le consulat de Russie à Kharkov et provoquer un incendie, qui n'a été condamné par aucune organisation, aucun pays. Nous sommes assez loin des idéaux d'état de droit et de démocratie invoqués assez souvent en Europe pour justifier l'attitude de l'Ukraine :

C'est aussi pourquoi certainement, l'ONU ne voit rien à redire au fait que Poroshenko introduise la loi martiale en Ukraine, puisqu'ils veulent à tout prix croire la fable qui leur fut racontée :


Personne ne s'est demandé pourquoi après le rattachement de la Crimée, la loi martiale n'a pas été introduite, ni avec la guerre civile dans le Donbass, question posée par de plus en plus d'analystes ukrainiens "non alignés". Mais là, après que trois navires de guerre, dont deux construits récemment avec l'aide de l'Occident, aient été sans aucune difficulté arraisonnés par les gardes-frontières russes (ce qui au passage montre l'efficacité de tout ce programme international de réarmement de l'Ukraine...), la loi martiale est passée en force par Poroshenko. Peut-être que Poroshenko n'en avait pas besoin avant.

Mais les autres candidats aux présidentielles et les anciens présidents ukrainiens ont unanimement condamné ce pas dangereux et liberticide de Poroshenko contre les élections et son peuple. C'est pourquoi, finalement, la loi martiale a été adoptée non pas pour 60 jours, mais pour 30 jours et sur une partie du territoire. Mais elle jouera dans la mer Noire et dans le détroit de Kertch, ce qui peut pousser à renforcer le conflit avec la Russie.



Or, quoi que veuille croire le clan atlantiste, dont la France qui soutient aveuglement l'Ukraine, les atteintes aux droits et libertés sont particulièrement importantes, car cette loi permet l'introduction d'un régime juridique extraordinaire suspendant les libertés constitutionnelles et légitimant les restrictions de la liberté de circulation, de la liberté de réunion, de l'activité des partis politiques et des médias, les atteintes à la propriété privées, le travail obligatoire des civils pour l'armée, l'internement forcé de citoyens étrangers pouvant être dangereux pour la sécurité nationale, etc. La presse ukrainienne est elle-même inquiète et à la Rada, Timochenko n'a même pas pu énumérer toutes les limitations qu'entraîne la loi martiale sur l'ensemble du territoire, puisque dans le décret de Poroshenko elles ne sont pas limitées au territoire où sera mis en vigueur la loi martiale.

Poroshenko a donc, dans un premier temps, 30 jours pour écraser l'opposition. Ensuite, si nécessaire, il peut tout à fait prolonger la loi martiale. Mais évidemment, la Russie est coupable. Manifestement ,elle sera aussi coupable de ce régime liberticide arrivé sur les cendres du Maidan. C'est, certes, plus confortable. Mais tout a un prix et cette posture met en danger la sécurité européenne.


Car cette masse décérébrée extrémiste lancée hier dans les rues de Kiev exigeant la guerre, la vraie, contre la Russie, pourra sans aucun problème infester les pays européens, amorphes, sans que l'UE ne fasse rien pour aider les populations.

Quels intérêts défendent l'UE et nos dirigeants ? Il est vrai que Macron, face aux mouvements de contestation populaire, doit bien envier Poroshenko ...

Karine Bechet Golovko

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