mercredi 28 avril 2021

Une église debout sous la mitraille

Dans le quartier d'Oktyabtsky, au milieu d'un cimetière labouré par les bombardements
se dresse l'église de Saint Iveron, martyrisée par l'acier et le feu des soudards mais toujours debout pour soutenir la douleur et l'espérance des familles bombardées.
(photo Svetlana Kissileva)

"La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance."
Charles Péguy

Autant je suis rétif à la pensée unique monothéiste et universaliste que je considère comme un la matrice idéologique du mondialisme dogmatique, autant je suis profondément respectueux et même admiratif de le foi religieuse, ce dynamisme universel qui transcende par une multitude de déclinaisons cultuelles la diversité humaine et ses rapports au sacré développés dans chaque culture traditionnelle.

Dans la steppe du Donbass, les terrils sombres et les dômes dorés cassent en foules innombrables la monotonie d'un paysage où leur alternance offrent aux hommes des bornes terrestres pour les corps et spirituelles pour les âmes dans une rencontre fortuite entre  profondeurs souterraines et hauteurs célestes, entre action et méditation, 

Le monastère Saint Iveron de Donetsk,
Haut lieu de la prière... et de la guerre !

A Iversky les offices religieux ont repris dès qu'une toiture provisoire a été réinstallée
sur l'église bombardée du monastère
(photo Svetlana Kissileva).

Sur les lisières Nord de Donetsk dans ce quartier fleuri d'Oktyabrsky, Iversky était avant mai 2014, un havre de paix, où les chants des moniales et des oiseaux montaient vers le ciel. Mais la guerre lancée contre les russes du Donbass va précipiter ce lieu sacré dans le fracas des combats et des bombardements se disputant pendant plus de 6 mois le contrôle de l'aéroport international Sergei Prokofiev qui domine l'entrée Nord de la cité et ses voies rapides.

Depuis, le quartier d'Oktyabrsky et le monastère d'Iversky qui lentement tentent de renaître de leurs ruines sont toujours la cible des forces ukrainiennes embusquées au Sud d'Avdeevka (au Nord) ou dans les villages de Peski (à l'Ouest) ou de Opitnoe (à l'Est), et ce mois ci encore le sanctuaire a été bombardé par les soudards de Kiev. 

Peu importe pour la population du Donbass, dans l'église d'Ibersky comme dans la mosquée voisine de Krimlosky, les fidèles continuent d'y célébrer leurs cultes défiant de leur foi la haine des agresseurs. Dans le Donbass, l'église en pierre conserve pleinement sa dimension de chair que rappelle l'étymologie grecque originelle de "ekklesia" (assemblée) et plus la mitraille détruit les lieux de prières, plus la foi des communautés se renforce autour de la résilience et de la résistance... 

Les 24 et 25 avril a commencé le temps de la Pâques orthodoxe et qui s'achèvera 
cette année le 2 mai, un moment de foi et d'espérance des communautés et qui
depuis 7 ans 
est exacerbé par les canons de la guerre grondant aux portes des cités.
(photo Svetlana Kissileva).

Tout au long de l'année, les églises orthodoxes qui sont plusieurs par quartiers résonnent de prières, de polyphonies et sont animées par des clercs qui, contrairement à l'église catholique occidentale, n'ont pas abandonné cette dimension symbolique magico-religieuse dans leurs rituels et qui matérialise avec le sacré, ce lien métaphysique qui rassure et exalte l'Homme dans sa quête d'infini.

Et les populations de se retrouver dans le coeur de leurs églises martyrisées pour y chanter leurs traditions pour lesquelles, à quelques centaines de mètres parfois, des hommes dans le secret de leurs tranchées se battent et meurent "tous les jours que Dieu fait".

Erwan Castel


Le martyrologe de l'église chrétienne 
orthodoxe du Donbass

Au cours de cette guerre interminable, les lieux de prière du Donbass, qu'ils soit chrétiens ou musulmans n'ont pas été épargnés par le feu et l'acier des combats ou des bombardements, particulièrement l'église chrétienne orthodoxe dont le culte religieux est le plus répandu dans cette région. La religion orthodoxe a été en première ligne lors de l'offensive initiale ukrainienne il y a 7 ans, ses clercs se portant au secours des âmes bombardées et ses églises étant souvent prises pour cibles par l'artillerie ukrainienne.

Le clergé

Le 31 Juillet 2014, l'archiprêtre Vladimir Kreslyansky est tué par une bombe à
fragmentation dans un quartier résidentiel de Lugansk. Vicaire de l'église de
Saint-Georges de la ville. Ce prêtre, père de cinq enfants, bien que grièvement
blessé il a continué de marcher en priant jusqu'à sa mort .

• Prêtre Sergiy Piven et son épouse Ludmila (Kirovskoe, RPL)
• Prêtre George Nikishov (Pervomaisk, RPL). 
• Archiprêtre Pavel Zhuchenko (Druzhkovka, RPD)
• Archiprêtre Igor Sergienko (RPD)
• Archiprêtre Yevgeny Podgorny (RPD)
• Archiprêtre Vladimir Kreslyansky (RPL). 

Les églises

2014, l'église orthodoxe de Krasny Partisan est frappée à plusieurs reprises
par l'artillerie ukrainienne qui la détruira complétement ainsi que plusieurs
maisons d'habitations et endommagera également l'école située à proximité
(ce village sera plusieurs fois bombardée depuis 2014)

• Église de l'Annonciation dans la ville de Gorlovka
• Église en l'honneur de l'icône de la Mère de Dieu «Tendresse» de la ville de Lugansk.
• Église Bosskresenskiy dans la ville de Slavyansk
• Monastère féminin Iverskiy dans la ville de Donetsk
• Temple de l'ancien Serge de la ville Padonezhskiy de Lugansk
• Église des séraphins pré-semblables de la ville Capov de Slavyansk
• Église de St. Alexander Nevskogo Slavyansk
• Église de la Vierge Icône de la Mère de Dieu à Slavyansk
• Église en l'honneur de Saint-Jean de Kronstadtsky à Kirovskoe.

 



(photos Svetlana Kissileva).

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