mercredi 21 octobre 2015

Un mortel cache cache

Un "no man's land" pas si déserté que cela !



Hier après midi 20 octobre, Kiev qui a déjà rompu le cessez le feu 30 fois au cours de la semaine écoulée, a une nouvelle fois violé le processus de paix signé à Minsk...

Il ne s'agit pas cette fois de bombardements meurtriers et aveugles, mais d'une offensive terrestre menée dans le secteur Nord de Donetsk et visant à rompre la ligne de front.

Cet assaut blindé de l'armée ukrainienne a engagé une bataille violente qui a fait rage pendant 1h30, jusqu'à ce que les assaillants soient repoussés en ayant eu 5 tués et de nombreux blessés.

Du côté républicain, la victoire a coûté la vie à un milicien et un de ses camarades a été grièvement blessé.

Les autorités de la République, tout en continuant a retirer leurs armements lourds (+ de 100 mm et chars) de la ligne du front, ont immédiatement transmis un rapport urgent à l'OSCE afin qu'elle constate cette agression nouvelle de Kiev.

Le front montre par cet épisode sanglant la fragilité d'un fil tendu auquel la Paix est accrochée...

Comme dans tous les conflits, le front est constituée en fait de 2 lignes plus ou moins distinctes, l'une républicaine et l'autre ukrainienne... Entre ces 2 lignes se situe une bande de terrain "neutre" dont l'épaisseur varie de 100 mètres lorsque le front est urbain (Marinka, Spartak, Peski etc..) à plusieurs kilomètres, lorsque le paysage de la plaine n'offre pas aux militaires des moyens d'accrocher une ligne de défense cohérente et stable...

Cette zone "neutre", prise entre les feux des belligérants est le terrain de tous les dangers, tirs, mines, incursion des unités de reconnaissance venant définir ou tester le dispositif ennemi... C'est ainsi que depuis plusieurs semaines, dans notre secteur nous observons une recrudescence des missions des razvedkas ukrops, venant au travers de cette zone indéfinie, renifler nos lignes de défense, faire des relevés pour leur artillerie, poser ou enlever des mines et des pièges, antichars ou anti personnels, etc... Et ceci est réciproque...

Si la plupart des emblèmes des unités de reconnaissance sont des prédateurs nocturnes (chauve souris pour les russes et chouette pour les français par exemple) c'est que ces missions s'effectuent principalement sous le manteau opaque et silencieux de la nuit...

Par ailleurs ce "no man's land", n'est pas vraiment un désert humain, des maisons, des fermes voire des hameaux y sont jetés par les opérations militaires, sans oublier les routes et certains chemins, toujours empruntés par des habitants refusant les contraintes de la guerre..

Maisons parfois éventrées par les obus et abandonnées aux chiens errants affamés, mines de charbon moribondes,ou fermes repliées sur une auto-subsistance de survie, les êtres vivants rencontrés dans cet espace surréaliste ressemblent à des fantômes du passé emprisonnés qui attendent que la vie reprenne le cours normal d'une horloge arrêtée par la folie des cupides...

Les razvedkas elles aussi jouent aux fantômes, traversant avec précaution ce lieu ou la mort peut se cacher derrière le silence d'une lisière ou le vide d'une ruelle d'un hameau abandonné hier mais occupé par l'ennemi aujourd'hui...


C'est ainsi que nous avons par exemple, contrôlé un hameau récemment occupé par les soudards de Kiev... 

Après une approche à travers des "zilonkas" (forêts linéaires) où les feuilles automnales jettent un nouveau voile sur les pièges mortels (dont on ne sait plus souvent, après plus d'un an de guerre par qui ils ont été posés...) nous arrivons aux lisières silencieuses de ces petites maisons serrées que domine à l'horizon, la silhouette altière d'un "charta" (usine de charbon)  arrêté par la guerre...

Par les jardins et les premières maisons contrôlées nous nous engageons pas à pas dans un espace semblant échappé au temps : pas âme qui vive derrière les fenêtres aux volets clos, et en dépit des jardins soigneusement tracés, l'amoncellement des feuilles mortes et la froideur des cendres rigidifiées témoignent de la désertion de la vie... 

Des traces en revanche témoignent de passage furtifs entre les murs de certains bâtiments, comme le piétinement d'empreintes semés des mégots d'une sentinelle peu rigoureuse,.
Et dans le froid charrié par le vent d'automne nous attendrons toute la nuit mais en vain, le retour éventuel des fantômes d'en face. La demi-lune blafarde voilée par les nuages chargés des promesses hivernales, est brièvement concurrencée par les fusées éclairantes signalant la nervosité des postes avancés scrutant l'obscurité de la guerre.

Au loin dans l'horizon Nord les détonations assourdissantes et les traçantes se perdant dans le ciel marquent la direction de l'aéroport où la guerre de positions fait rage depuis des mois. 

Au petit matin en quittant le village pour rejoindre notre base et surtout la chaleur de ses vieux fourneaux à bois, nous surprenons la silhouette courbée d'un ancien sarclant la terre ancestrale de son jardin surveillé par ses 2 chiens fidèles et attentifs...

Je garderai cette frêle silhouette comme souvenir de cette mission, comme l'expression humble et anonyme de la Tradition, "cette respiration du passé et du futur" qui accrochée à son jardin jusque dans les pires moments de la guerre, continue a semer et récolter avec amour les fruits de la Terre et de la sagesse humaine...


Erwan Castel, volontaire en Novorossiya.

Sources de l'article :

Site Ria Novosti , le lien : ICI Sur l'attaque ukrainienne du 20 octobre




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