lundi 17 décembre 2018

Opération Mariupol / 4

Le lieutenant-colonel Eric Adams, superviseur des préparatifs d'offensive de l'armée ukrainienne dans le Donbass

(Points de situation précédents ici : Mariupol / 1, Mariupol / 2, Mariupol 3, Les pions avancent)

Que se passe t-il sur le front du Donbass qui est entré une nouvelle fois en ébullition au lendemain de l'incident de Kertch provoqué par Kiev le 25 novembre dernier ?  Dans un premier temps les services de renseignement républicains et russes avaient annoncé une forte probabilité d'offensive ukrainienne dans le secteur Sud de la République Populaire de Donetsk pour le 14 décembre. Et les préparatifs militaires ukrainiens observés dans le secteur de Mariupol ces 2 dernières semaines ont confirmé la réalité de cette menace et qui est toujours d'actualité.

Aujourd'hui, on évoque comme nouvelle fenêtre de tir pour une attaque ukrainienne d'envergure dans le Donbass les derniers jours de la loi martiale renouvelable imposé par le pouvoir de Kiev en pleine campagne électorale présidentielle.

Tout d'abord évoquons quelques paramètres qui ont provoqué le report de cette offensive ukrainienne dont l'importance des préparatifs militaires montre bien bien qu'elle n'est pas un effet d'annonce propagandiste mais une menace réelle qui pèse sur une ligne de front qui depuis 4 ans se tend chaque jour un peu plus.


Une épée de Damoclès russe contre un poignard ukrainien

Pourquoi le 14 décembre aucune action d'envergure n'ba été engagée par Kiev sur le front ?
  • Peut-être un retard dans les préparatifs d'assaut, où le déploiement de la chaîne logistique,
  • Probablement un effet de surprise anéanti par les communiqués républicains dévoilant les plans de l'offensive et les détails de sa préparation et son déclenchement, 
  • Certainement une météo défavorable où des pluies et un dégel ont rendu le terrain libre boueux et difficile pour les véhicules blindés avec un plafond nuageux et des brouillards persistants peu propices aux observations et missions aériennes
  • Etc.
A ces facteurs locaux il faut également rajouter des facteurs extérieurs :
  • L'attente du feu vert des occidentaux sans les soutiens duquel, politique, médiatique mais aussi militaire (au minimum logistique et renseignement), un coup de force ukrainien prolongé est voué à l'échec. Si dans la provocation de Kertch a été l'opportunité pour les occidentaux dans un nouvel accès de russophobie hystérique, de demander de nouvelles attaques économiques anti-russe notamment contre le gazoduc North Stream 2, en revanche, une internationalisation du conflit dans le Donbass peut être une arme à double tranchant incontrôlable pour les parrains du Maïdan
  • Le feu rouge d'une Russie déjà irritée par la provocation de Kertch et qui, devant la préparation offensive de Kiev dans la secteur de Mariupol, a été on ne peut plus clair : les forces russes déjà renforcées dans la zone frontalière avec l'Ukraine ont non seulement élevé leur niveau d'alerte de combat mais également déployé de nouvelles unités terrestres, maritimes et aériennes d'assaut, sans compter les forces stratégiques comme les missiles à longue portée par exemple. Moscou ne permettra pas que Kiev engage une nouvelle offensive meurtrière dans le Donbass et qui plus est en direction de ses frontières !
«Selon les informations dont nous disposons et que nous somme enclins à croire, Porochenko envisage d'organiser une provocation à la frontière avec la Russie, 
à la frontière avec la Crimée pour la dernière dizaine de décembre. 
Il se verra opposer une riposte vaste comme la mer, je vous l'assure»

Sergueï Lavrov, Ministre russe des Affaires Etrangères

Cela dit Kiev, n'a pas changé ses intentions de réaliser un coup de force dans le Donbass, dont les objectifs militaires, politiques et médiatiques alimentent à la fois la stratégie globale occidentale et la politique nationale de son valet ukrainien, entre autres :
  • Casser la ligne de front et mobiliser les forces armées républicaines en les coupant 
  • Prolonger la loi martiale en Ukraine jusqu'au report indéterminé des élections 
  • Exciter la répression contre le clergé orthodoxe du patriarcat de Moscou 
  • Provoquer la Russie, soit en l'obligeant à intervenir, soit a recueillir les blessés des combats
  • Exacerber la crise en mer d'Azov et donc en Crimée
  • Accélérer l'engagement de l'OTAN en Ukraine et les sanctions russophobes dans le Monde
  • Etc.
C'est dans ce contexte particulièrement tendu que vient d'arriver à Mariupol le lieutenant-colonel Eric Adams, attaché militaire adjoint de l’ambassade des USA en Ukraine. Le 14 décembre, à l'Etat major du régiment "Azov", le conseiller militaire étasunien a convoqué à une réunion à huis clos les commandants ukrainiens du groupe tactique opérationnel «Vostok» commandé par le commandant de la 81ème brigade aéromobile ukrainienne, le général Yevgeny Moisyuk. Ce groupe tactique Vostok est composé des 79e, 128e, 36e et 56e brigades ukrainiennes ainsi que les unités d'artillerie et le bataillon «Aratta»).


 Le général Yevgeny Moisyuk qui est reconnu comme un criminel de guerre à Donetsk 

Adams, après ses réunions de travail à Mariupol, a rejoint l'Etat major de l'Opération des Forces Combinées situé à Kramatorsk, à 100 km au nord de Donetsk. 

Il faut noter ici que le lieutenant-colonel Adams n'est pas un officier d'ambassade classique, dont la carrière a été orientée vers la diplomatie militaire, mais un officier US aguerri ayant une longue expérience du combat.


Reste à savoir quand, où et comment se déroulera cette attaque 

Sur le Front Sud, nous avons les 4 brigades ukrainiennes sus mentionnées (79e, 128e, 36e et 56e), soit 12 000 hommes avec véhicules blindés déployés en ordre de bataille dans le secteur de Mariupol avec des forces spéciales, des unités d'appuis artillerie, aérien et des unités logistiques.



Sur le front Nord, des unités de chars et véhicules de combat d'infanterie de la 93e brigade mécanisée ukrainienne sont arrivés en gare de Konstantinovka. Plus de 60 blindés ont été déchargés des trains, qui viennent renforcer un autre groupe tactique fort d'environ 20 000 hommes et articulé autour de 6 brigades d'assaut (les 58ème, 1ère, 81ème, 30ème et 93ème) avec 120 chars d'assaut, auxquelles il faut rajouter un groupe d'artillerie renforcé de divisions de lance roquettes multiples Smerch et Uragan (soit au total plus de 250 canons et 110 lance roquettes multiples).



A ce stade il est important de signaler que les zones où sont déployés ces groupes tactiques ukrainiens correspondent aux secteurs où Kiev a opéré depuis plus de 3 ans sa stratégie des "sauts de crapauds" qui consiste à envahir la "zone grise", officiellement démilitarisée et large de 2 km minimum, jusqu'à créer des zones de contacts où les belligérants ne sont qu'à quelques centaines de mètres maximum les uns des autres. 
Cette situation est difficile tant au niveau de l'application d'un théorique cessez le feu signé à Minsk que du temps de réaction offert en cas d'attaque ennemie. 

Autant dire que les forces ukrainiennes ont de très grandes chances, dans l'option d'un assaut blindé de type "coup de poing", de briser la première ligne de défense républicaine. Reste à savoir pour quelle exploitation, surtout dans cette guerre du Donbass où la plupart des actions militaires se révèlent avoir d'abord des objectifs politiques.

Tout d'abord, même si les niveaux technique, opérationnel et structurel des "ukrops" se sont améliorés, ainsi que leur effectif qui a augmenté jusqu'à un rapport de 5 contre 1 en leur faveur, ils ne sont toujours pas en mesure de s'engager dans des combats urbains, surtout avec leur logistique et leur moral défaillants.
De même, une tentative de couper les républiques de Donetsk et Lugansk par un assaut Nord Sud semble très hasardeux car long et menacé par des chaudrons potentiels multiples avant que les forces ukrainiennes puissent organiser des systèmes défensifs protégeant leur corridor offensif. 

Il faut donc plutôt chercher une tentative de percée vers les frontières russes, selon un axe Ouest-Est et dans le Sud de Donetsk où la distance à parcourir est inférieure à 100 km et la zone faiblement urbanisée, (voir les articles concernant l' "axe Sud")

Cela dit "ceci n’empêchant pas cela", il est très fortement probable que l'ensemble de la ligne du front soit activé les jours précédents l'attaque pour appliquer le principe tactique universel et intemporel qui est de fixer les forces de réserve de l'ennemi avant le débordement et l'assaut.

Une fois l'assaut enclenché, des variantes interviennent liées aux moyens engagés par les uns et les autres à la durée de l'offensive et aux interventions éventuelles de l'OTAN et de la Russie dans les opérations qui peuvent faire partie des objectifs de Kiev. 



Du coup, on peut imaginer 3 scénarios principaux : 
  • Une offensive limitée dans l'espace et le temps et qui chercherait a atteidre des objectifs politiques et militaires mais en essayant de na pas provoquer d'intervention russe. Cette option serait basée principalement des bombardements et la capture d'une zone contestée (Debalcevo par exemple dont l'évacuation ukrainienne s'est terminée après la signature des accords de Minsk).
  • Une offensive touchant les frontières avec la Russie pour couper les forces républicaines impliquer la Russie soit passivement (ouvertures de ses frontières aux blessés et à la logistique républicaine) soit activement (soutien militaire aux milices). la réussite de cette offensive dépend de l'intervention potentielle de forces d'interposition type ONU pour créer une zone tampon et protéger les gains territoriaux de Kiev.
  • Une offensive majeure et meurtrière qui provoquerait une riposte russe d'envergure jusqu'au port de Mariupol qui serait organisé alors par Kiev en bastion retranché offensif avec une population civile prise en otage par les combats. Ceci dans l'espoir de précipiter une internationalisation du conflit et une intervention de l'OTAN.
Dans les 3 scénarios, et quel que soit les résultats militaires, les élections seront annulées et pour le candidat Porochenko c'est "gagnant-gagnant", sauf si la Russie va jusqu'à la chute du régime de Kiev que les occidentaux auront abandonné.


Quoiqu'il en soit, il faudra pour Kiev un prétexte, un "casus belli", avant de déclencher ses opérations offensives et les présenter comme de la "légitime défense". Ce détonateur qui sera une provocation peut être un false flag chimique par exemple ou un bombardement délibéré sur les territoires occupés par Kiev seront attribués aux forces républicaines. Ce volet n'est pas un problème pour Kiev surtout avec le soutien inconditionnel et fanatique des occidentaux et l'incident de Kertch l'a démontré en novembre. Ce qui est sûr c'est que les victimes de cette "opération sous faux drapeau" seront certainement des civils du Donbass (à moins qu'il ne sacrifie encore de ses militaires).

Quant à la date, on peut imaginer que la phase préparatoire (false flag et pressions offensives sur tous le front) avant l'échéance de la loi martiale initiale (26 décembre) dont le renouvellement est l'objectif politique immédiat de Porochenko. A l'issue de cette prolongation de la loi martiale, si les opérations militaires ukrainiennes s’arrêtent, on saura alors que l'annulation des élections est le seul objectif politique recherché par cette escalade (en plus des objectifs économiques et médiatiques anti-russes habituels) 

Et on sera reparti pour un tour d'hémorragie lente et d'éternisation du conflit !

Un homme pourrait nous dire quelle option va jouer Kiev dans les jours prochains, et son nom est Adams, lieutenant-colonel étasunien et contremaître de l'architecte du Maïdan.

Erwan Castel



Article référence : Top War

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