dimanche 26 juin 2016

Une soirée ordinaire...


Il est difficile de décrire la vie sur ce front du Donbass oscillant à chaque instant entre guerre et paix, car nous sommes très loin des guerres habituellement décrites dans les studios d'Hollywood comme dans les académies militaires classiques...

Officiellement, nous sommes dans une trêve régie par les accords de Minsk 2, au cours desquels le Président Porochenko s'est engagé par exemple à retirer ses armes lourdes (d'un calibre supérieur à 100 mm) de la ligne de front.

Mais ça c'est officiellement...

Car dans la réalité, les femmes et les hommes qui tiennent nuit et jour ce mince cordon de sécurité vivent un enfer quotidien pour protéger la population du Donbass et qu'elle puisse continuer à vivre parfois à quelques centaines de mètres des positions pilonnées par l'artillerie ukrainienne.

Regardez cette vidéo tournée ces jours-ci à Avdeevka, une ville minière accrochée à la lisière Nord de Donetsk. Depuis 2 ans ce secteur est le théâtre de violents combats et soumis à des bombardements, qui depuis ce mois de juin connaissent une fréquence et une intensité sans cesse croissantes.


Ceci est le quotidien des femmes et des hommes du Donbass, que des salopards, planqués dans les alcôves ministérielles ou les rédactions climatisées occidentales, osent traiter de "terroristes" ou de sanguinaires soldats russes ! 

Avant la guerre, ils étaient étudiants, paysans, enseignants, mineurs, artisans ou paysans, jusqu'au jour où on leur a dit que leur langue maternelle n'existait plus pour la nouvelle Ukraine, que les monuments aux morts où sont gravés le noms de leurs pères et grands pères seraient détruits, et que les bibliothèques et les théâtres russes seraient fermés etc...

Puis un jour ils ont entendu les chars de combat labourant leur terre tandis que les avions de combat effrayaient les oiseaux et jetaient leur ombre sur les bulbes scintillants des clochers orthodoxes. 

Alors fidèles à leurs coeurs et leur devoir ils ont posé leurs tabliers et leurs outils pour rejoindre leur pères et leurs frères déserteurs qui refusaient la démence de cette opération spéciale sortie des fumées du Maïdan.


Depuis plus d'un an que je vis au milieu de ce peuple exceptionnel; je ne me lasse jamais d'entendre l'histoire de leur rébellion héroïque commencée sur des barrages de pneus et palettes renversés d'où émergeaient quelques vieux fusils au milieu des bâtons de la révolte... Pour les premiers combats, avant de récupérer le matériel abandonnés ou pris à l'ennemi, les premiers volontaires encaissaient alors le choc des troupes d'assaut ukrainiennes armés seulement des vieux fusils de leurs pères et de la Foi de leurs grands pères. 

Deux ans plus tard, ils sont toujours là, défendant leur victoire sous les coups erratiques et haineux d'une armée ukrainienne enragée et débile qui ne cherche plus qu'à tuer pour tuer !

Aujourd'hui le front du Donbass s'embrase à nouveau, lentement mais surement, car les ukrainiens, profitant des rotations de leurs unités, ont repris leurs campagnes de bombardements et continuent de rapprocher toujours plus des matériels d'assaut : canons automoteurs, chars de combat, véhicules blindés d'infanterie etc...

Rien que pour la journée d'hier, 482 tirs ukrainiens ont été enregistrés sur le territoire de la République de Donetsk (205 obus de 120 mm et 243 de 82 mm plus des tirs de 73 mm de BMP et des grenades propulsées (AGS) Aujourd'hui les bombardements ont repris à Dokuchaievsk, Zaitsevo, Gorlovka mais aussi dans le Sud de la République vers Shirokino, à Talakov, Kominternovo et Sahanka.

Le front oscille donc entre guerre et paix : dans une semaine, dans un jour ou dans une heure tout peut basculer et venir rompre le chaos monotone, soit dans par arrêt total des combats invitant la paix ou soit par un déluge de feu précédant une nouvelle offensive générale de Kiev...
Et cette guerre que l'on ne veut pas nommer en Occident est ainsi immobilisée comme un funambule au dessus d'un volcan dans une étrange atmosphère entre une "drôle de guerre" vs 1940 et une "guerre des tranchées" vs 1916...

Au moment où j'écris ces lignes, le canon tonne à nouveau sur Gorlovka, et les voix dans les tranchées, s’effaçant instinctivement devant les sens réveillés, se muent en chuchotements, tandis que les regards et les mains s'assurent de la proximité de la compagne d'acier au courbe chargeur...

Près de la porte la mascotte canine du groupe attend patiemment les reliefs du repas, 
2 hommes se préparent pour la prochaine relève, 
j'écrase un moustique sur mon écran lumineux. 

Au loin, sous un ciel d'été étoilé, le silence est revenu, 

et le Donbass est toujours debout !

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya



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