dimanche 4 février 2018

De l'écrivain officier à l'officier soldat

Zakhar Prilepine est un auteur russe de réputation internationale qui s'inscrit dans la grande tradition des officiers écrivains comme le fut Ernst Jünger.

Ce vétéran de la guerre en Tchéchénie devant la souffrance du peuple du Donbass a rejoint Donetsk où il commande dans un bataillon déployé sur le front.


J'ai eu le plaisir et l'honneur de le rencontrer lors de reportages réalisés avec Svetlana Kissileva en compagnie de Guillaume Chauvin, Yan Morvan et Nicolas Donetti.

Emmanuel Leroy mène de son côté un travail exceptionnel pour briser le silence médiatique occidental et soutenir la population du Donbass Avec son épouse Estelle, Emmanuel a fondé l'association "Urgence Enfants du Donbass" qui depuis 3 ans grâce a la générosité d'un réseau de donateurs aident les enfants du Donbass victimes de la guerre mais aussi les hôpitaux et orphelinats de Donetsk.

Emmanuel a rencontré Zakhar Prilepine à Paris à l'occasion de la sortie de son livre "Ceux du Donbass", lequel m'a fait l'honneur d'une dédicace.



Cette reconnaissance de l'officier au soldat que je suis devenu sur ce front européen du Donbass a plus de valeur à mon cœur que toutes les breloques jetées en pâture aux courtisan(e)s francais(e)s qui rampent dans les alcôves ministérielles de Donetsk.

Erwan Castel



Via Emmanuel Leroy que je remercie vivement :

"Et pour mon ami Erwan Castel qui risque sa peau tous les jours dans les tranchées du Donbass avec ses compagnons de fortune et d'infortune, une superbe dédicace de Zakhar sur son dernier ouvrage "Ceux du Donbass". Une pensée pour toi Erwan et à bientôt à Donetsk avec le livre dédicacé !"

samedi 3 février 2018

Une neige couleur rouge sang !


Hier, notre secteur de Promka, sur le front entre Yasinovataya et Avdeevka a subi de nombreux bombardements ukrainiens aux mortiers de 82mm et 120mm.

La station de filtration d'eau qui alimente en eau potable près d'1 million de personnes, malgré son statut protégé par la convention de Genève et sa position dans la zone neutre à de nouveau subi dans l'après midi des tirs prolongés de l'artillerie ukrainienne.

Notre secteur qui lui est limitrophe à également été visé, notamment la position voisine tenue par nos camarades du bataillon Vostok qui déplorent à l'occasion 1 tué et 2 blessés.

Et ce matin les ukrops ont recommencé leurs bombardements meurtrier tuant encore un soldat et blessant un autre dans toujours dsns ce même secteur de Promka.

2 tués et 3 blessés en 24 heures, voilà un mois de février qui annonce une neige couleur sang !

Les tranchées du Donbass sont devenues le nouveau labyrinthe de l'Europe où un minotaure ukrainien, le plus souvent invisible, vient prélever sa part de sang mais aussi renforcer notre détermination à le combattre jusqu'à la victoire finale !

Erwan Castel

Rions un peu !


Une blague ukrainienne :

- Mr Porochenko, pourquoi l'armée ukrainienne fait la guerre dans le Donbass ?

- Mais parce que l'armée russe y est

- Et pourquoi ne fait-elle pas la guerre en Crimée ?

- Ah parce que là, l'armée russe y est vraiment !

vendredi 2 février 2018

Attaque au cœur de Donetsk !


Hier soir le bâtiment du Ministère de la défense de la République Populaire de Donetsk a été la cible de tirs réalisés avec des lances grenades.

Pour ma part je trouve un amateurisme pitoyable à cette équipe qui a même abandonné une de ses armes dans ce qu'il convient d'appeler une provocation ridicule. J'ai d'ailleurs beaucoup de mal à imaginer une opération planifiée et préparée à un échelon important de l'armée ukrainienne. Cela sent plus une initiative d'éléments isolés ayant tiré plus de bouteilles de Vodka que de roquettes.

Cela cependant nous rappelle que, malgré le front, les services de sécurité, le couvre feu...des éléments hostiles et ennemis peuvent encore circuler et commettre des attentats au cœur de Donetsk.

A l'heure où une radicalisation de la politique ukrainienne prépare une nouvelle offensive contre le Donbass, la vigilance de tous doit être renforcée....

Erwan Castel

Source de l'article : Novorossiya Today

ATTENTAT TERRORISTE À DONETSK : 
DES INCONNUS ONT TIRÉ, VRAISEMBLABLEMENT AVEC UN LANCE-GRENADE,
 SUR LE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE DE LA RPD

D’après le commandant en second des forces armées de la République Populaire de Donetsk Edouard Bassourine, à 19h24 des inconnus ont tiré sur le bâtiment du ministère de la Défense. L’impact a touché la partie où se trouve le service RH où il y avait l’équipe qui assurait la permanence et l’adjoint du ministre de la Défense, le général de brigade Velikorodny.

L’engin avec lequel le tir avait été réalisé, était vraisemblablement un lance-grenade, le 2e, non utilisé, qui a été également retrouvé sur les lieux pourrait être miné. Selon l’enquête préliminaire, il s’agit d’un acte terroriste ukrainien. Tout porte à croire que nous avons affaire à une tentative d’escalade du conflit par Kiev.

d'autres photos sur le lien ci dessus 

Rencontre fortuite au cœur de la cité

066


Nous transitons lors du retour du front via notre base située entre Makeevka et Donetsk, pour l'entretien et la réintégration de l'armement et les compte rendus de mi où ssions. Le manteau blanc de l'Hiver s'est étedu également jusqu'au cœur de la cité et mis à part les axes urbains principaux tout a disparu sous la neige et la glace.


Vendredi 2 février 2018

Sortant de la caserne pour rejoindre mes pénates qu'elle n'a pas été ma surprise de croiser maître Goupil se dandinant tranquillement entre les chaussées et les parcs enneigés au cœur de la cité entre Donetsk et Makeevka...

Diabolisé à cause de sa couleur rousse qui est incompatible avec la stupide symbolique chrétienne, ce " perfide voleur de poules" incarne en fait chez les anciens le feu, la ruse et l'intelligence, et je peux témoigner de sa fonction psychopompe pour avoir croisé et échangé un long regard silencieux avec un renard un matin de 1993 sur le placître de la chapelle du Koat-Keo ou je recueillais au milieu du brouillard un bouquet de bruyère sur la tombe de Yan Vari Perrot pour orner le cercueil d'un certain Alan.... Le Louarn (renard en breton), une figure de proue du mouvement breton du XXeme siècle...

Je retrouve donc ici le Renard, dans ce Donbass en guerre, après une vie de 15 années au royaume du jaguar et de l'anaconda où il avait disparu de mon environnement quotidien. Avec leurs frères sangliers et loups, les renards ont envahi ici les zones du front désertées par la population. Malgré les balles, les mines, et les obus, ils sont là les "sauvages", pour nous rappeler que cette steppe que les hommes se disputent à nouveau depuis 4 ans est d'abord leur territoire, depuis toujours...


Le Donbass malgré (ou à cause de ?) la guerre, les destructions et la misère ne cessera pas de nous offrir de belles et fortuites rencontres tant humaines qu'animales.

Quelques secondes plus tard, le renard et moi disparaissions dans le brouillard, chacun de notre côté vers une chaleur et des saveurs rêvées dans le froid de l'hiver.

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

Enfants d'Europe dans la tourmente

Guillaume et Vika une rencontre complice dans les ruines de Spartak

Ce reportage est plus qu'une photographie de cette nouvelle guerre européenne au milieu de laquelle des enfants tentent de survivre, c'est la rencontre entre 2 êtres humains exceptionnels qui nous offrent un regard sans haine sur la guerre où reste entretenu avec amour la flamme de l'espérance.

Vika est pour ainsi dire une voisine, habitant à Spartak, ce village à l'Est d'Oktyabrsky ou je vis et avec lequel il partage des bombardements et combats ininterrompus depuis bientôt 4 ans.

Guillaume est un ami alsacien, photographe de talent que j'ai eu l'immense plaisir d'accueillir 3 fois à Donetsk pour des reportages saisonniers réalisés sur la guerre.

Tous les deux croisent leur regards, celui de l'innocence et celui de l'expérience avec une pureté qui reste au dessus des idéologies, des intérêts et des pulsions qui secouent les hommes sur les chemins d la guerre...

Merci à tous les deux de savoir rester au milieu de la tourmente tout simplement.....humains !

Erwan Castel

Reportage paru dans Géo Ados





Source internet du reportage ; Cameleo

Le Donbass dans l'attente du Printemps

065

Lever du soleil d'Imbolc sur le champ de bataille de Yasinovataya. Au 2ème plan un cratère de mortier de 82mm ukrainien tiré pendant la nuit

Les saisons sur le front défilent à la vitesse des bombardements déjà le 4ème printemps dans le Donbass qui pointe frileusement le bout de son nez.

Pour Imbolc, un beau soleil est venu réchauffer (plus les cœurs que les corps) des sentinelles postées sur les murs de notre "forteruine", ce poste avancé de la République Populaire de Donetsk accroché au front de Yasinovataya dans le Nord de Donetsk.


Vendredi 2 février 2018

Sous les couleurs chaudes offertes par la lumière le gel continue d'engourdir les pieds et les mains et de donner à l'acier des griffes s'accrochant aux gants.

En face de nous, à moins de 100 mètres, retentissent régulièrement des voix ukrainiennes qui tentent vainement par leurs insultes de lutter contre les morsures de l'hiver au milieu d"aboiements de chiens affamés qui pour le coup paraissent plus humains.

Nos regards vers le levant accueillant portent aussi l'espérance d'un printemps de liberté et de paix pour ce peuple du Donbass qui entre dans sa quatrième année de guerre.

 Piétinement dans le froid du poste de garde

Mourka, notre féline mascotte reste blottie sur mon matelas de fortune guettant le retour d'un soldat armé d'un ouvre boîte... Devenue sourde suite à un bombardement cette chatte a su s'adapter aux nouvelles conditions de sa vie et ses nouveaux compagnons d'infortune à qui elle offre une chaleur et une innocence qui rappellent celles des foyers que nous nous efforçons de protéger avec nos cœurs et nos armes.

Erwan Castel

Ronronnements dans la chaleur du poêle à bois
Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

Fin de la 8ème mission

064

Arrivée au point de ralliement des différents groupes de Piatnashka qui tiennent plusieurs postions sur le secteur. Au premier plan "Rambo" et au second plan "Ramses"

Fin de cette 8ème mission sur le front de Promka, où le froid est maintenant bien installé. Nous rentrons vers Donetsk où nous attendent une bonne table et des sourires réconfortants.

Le  front reste cependant dans nos esprits, tant par les grondements qui continuent de parvenir à nos oreilles que par l'absence de nos camarades qui nous y ont relevé.


Vendredi 2 février 2018

Ce matin nous avons réalisé la rotation qui nous permet de rejoindre Donetsk pour quelques jours de repos... et de lessive.

C'est l'occasion de croiser brièvement les camarades dont les français Philippe Khalfine Sebastien Hairon qui remontent sur leurs positions respectives.

A notre retour, nous retrouvons l'arménien Karen dit "Fransous" (de Tbilissi Géorgie), et les russes "Dobrinia" (de Samara en Russie) "Tiumne" (de Krasnodar en Russie) les 3 nouveaux volontaires qui finissent leur circuit d'incorporation.

Au programme nettoyage de l'armement des locaux et des corps, avant de rejoindre le repos du soldat pour quelques jours et nuits avant de retourner sur les remparts de la République Populaire de Donetsk.

Erwan Castel

"Shakespeare", volontaire de Donetsk et chef du groupe qui nous relève sur "Forteruine"

Avec Alex Siguida, "Zakhar", ingénieur de Donetsk francophile et francophone qui a rejoint le front dès 2014.

"Saliste" un volontaire de Tachkent (Ouzbékistan en Russie) dans le camion qui nous ramène vers Donetsk.
 La route Donetsk-Gorlovka, entre Avdeevka (occupé) et Yasinovataya (DNR) interdit aux civils à cause des bombardements.
Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

jeudi 1 février 2018

L'union fait la force !


Lorsque pendant l'hiver 2013-2014, à Kiev le discours russophobe haineux se radicalise, le mouvement ant-maidan va s'organiser naturellement autour des administrations régionales des oblasts russophones de Sud et surtout de l'Est de l'Ukraine.

Les massacres d'Odessa et Mariupol, l'Opération Spéciale Antiterroriste vont radicaliser le mouvement fédéraliste qui improvise à partir des régions de Donetsk et Lugansk un séparatisme politique et une résistance armée.

Donetsk et Lugansk, sont devenus les frères siamois de cette rébellion, soudés par cette ligne de front partagée dont la charnière à Debalsevo à imposé des les premiers mois de la guerre une coordination et un appui mutuel opérationnel.

Aujourd'hui, la fusion entre les 2 Républiques populaires du Donbass à franchi une nouvelle étape, certainement encouragée par la destitution récente à Lugansk du Président Igor Plotnitsky et une probable nouvelle offensive ukrainienne.

L'Union fait la force, et ce chemin emprunté vers l'union de la DNR et LNR ne peut que renforcer l'espérance des habitants du Donbass , en particulier ceux qui vivent dans les territoires occupés par Kiev.

Espérons que cette année verra cette dynamique politique et la libération des territoires occupés aboutir pour la paix dans cette région qui n'a que trop souffert de l'ingérence criminelle occidentale.

Erwan Castel


Source de l'article : Russie politics

Vers la réunion de LNR et DNR?

Karine Bechet Golovko

Il y a quelques jours, un pas important a été franchi: la conclusion d'un accord douanier entre les deux petites républiques du Donbass. Vu le processus de désagrégation de l'Etat ukrainien, l'union des républiques de Donetsk et de Lugansk est une question de survie pour elle.

La division des deux républiques du Donbass, LNR et DNR, si elle est compréhensible vue la manière dont les évènements s'étaient précipités après le coup d'Etat à Kiev est aujourd'hui un non-sens. Leur territoire est trop petit pour être économiquement viable sans aide extérieure, sans parler de la division des forces face à l'ennemi commun et des risques que cela emporte. L'on se souviendra de la tentative de renversement de LNR il y a quelques mois. 

Une sortie du conflit est d'autant plus incertaine que l'Ukraine n'a pas le choix, car l'Etat continue à se désagréger, ce pouvoir a besoin de la guerre dans le Donbass pour exister. Pour repousser le moment de l'effondrement. A l'intérieur, la situation est en chute libre. L'ouverture des universités a été repoussée, car il n'y a pas d'argent pour les chauffer correctement en hiver, les étudiants passent en cours à distance en attendant le réchauffement climatique. Ce n'est qu'un exemple, mais qui repousse l'Ukraine bien loin du niveau qu'elle occupait avant le Maïdan. Le PIB le démontre, froidement, comme l'a déclaré Y. Timochenko elle-même:
  • « Malheureusement, l'Ukraine est classée dernière de tous les anciens pays soviétiques en termes de PIB par habitant. […] En 2008, le PIB nominal par habitant, c'est-à-dire quand j'étais Premier ministre, était de 8 000 dollars par habitant. Et c'était l'un des premiers au sein des pays de la CEI. Et aujourd'hui, il est de 2 000 dollars par habitant... Le PIB par habitant a été divisé par quatre, et, en fait, c'est le niveau de vie des gens, »

De l'extérieur, aucune aide pacifique n'est non plus à attendre - les Etats-Unis ont besoin de montrer que la Russie est "un danger pour le monde entier", ce que soutient le lobby militaire, afin d'augmenter son budget, déjà plus que conséquent. Il faut bien ensuite entretenir le marché des conflits pour faire tourner la chaîne de consommation. Sans compter le discours rendant la Russie responsable de l'escalade du conflit dans le Donbass tenu par Volker.

La désagrégation de l'Etat ukrainien entraîne une escalade de la violence, latente ou réalisée, à l'intérieur du pays. Un exemple flagrant est celui des milices extrémistes lancées par le parti d'extrême droite "Corps national", sur la base du bataillon Azov et sous la direction de celui qui se fait appeler le Guide Blanc, à savoir le député extrémiste A. Biletsky. Ces milices ont pour but de "nettoyer les rues de Kiev". Ce n'est pas le premier exemple de ce genre. Il y a déjà quelques temps, des députés ayant participé aux combats dans le Donbass avaient créé des milices populaires, le maire de Kiev en avait également créé en réponse et ils s'étaient tous répartis le territoire pour leurs petites affaires (racket, extorsion de fonds, etc). Mais ici, cela va plus loin, Belitsky étant connu pour sa sympathie néonazie et sa xénophobie. Le degré de violence attendu est difficilement prévisible. 


Leur démonstration de force - psychologique - a commencé: 600 jeunes enrôlés ont défilé dans Kiev avant de porter serment à "la Nation ukrainienne" le 28 janvier. Officiellement, ils sont financés par des businessmen, mais le porte-parole du parti extrémiste Corps national, n'a pas précisé lesquels. C'est une forme de privatisation de facto de l'ordre public: ils doivent maintenir l'ordre là où l'Etat n'est plus capable de le faire. 

Ce combat entre les nationalistes et les représentants réguliers des forces de l'ordre est visible également dans l'armée, où selon certaines informations, les bataillons nationalistes tentent de discréditer les commandants militaires. A Kramatorsk, par exemple, et les militaires sont mécontents des nationalistes et les nationalistes des militaires.

Dans ce contexte de désagrégation totale de ce qui reste de l'Etat-pantin ukrainien, il est fondamental pour les jeunes républiques du Donbass de resserrer les liens pour faire front commun. Le renforcement des violences contre elles étant inévitable, car nécessaire à toutes les forces en jeu en Ukraine. Et l'on voit effectivement le déplacement de techniques militaires ukrainiennes et de groupes de renseignement et de sabotage vers la ligne de front.

La conclusion d'un accord douanier entre les deux jeunes républiques de Donetsk et de Lugansk est une réponse logique à la dangereuse dérive de la situation. Comme le déclare Léonid Pacetchnik, nouveau dirigeant de LNR:
  • Sans aucun doute, la signature de ces documents est un rapprochement de nos républiques. Nous n'avons rien à diviser: nous avons un même peuple, une même terre, un même but.

Derrière la réunion douanière et l'intégration économique, c'est l'intégration politique de ces deux entités qui serait une perspective raisonnable.

Karine Bechet Golovko

La dérive stratégique étasunienne




Depuis son intervention en Irak, Washington est engagé dans des guerres permanentes et sans fin tandis que la résistance s'organise autour des zones que son impérialisme n'a pas encore soumis.

L'Oncle Sam contrôle t-il encore sa stratégie du chaos qui semble déraper vers inévitable fuite en avant suicidaire ?

Erwan Castel

Source de l'article : The Economist 

L’humanité au bord de la guerre mondiale

Par James Cogan 
31 janvier 2018

Le magazine The Economist, l’influent hebdomadaire londonien décrit par Karl Marx il y a plus de 150 ans comme « l’organe européen » de « l’aristocratie des finances », a consacré son dernier numéro à « The Next War » (la prochaine guerre) et « The Growing Threat of Great Power Conflit » (la menace grandissante de conflit entre grandes puissances). Son éditorial principal démarre sur un avertissement effrayant :
  • « Au cours des 25 dernières années, la guerre a coûté trop de vies. Pourtant, alors même que les luttes civiles et religieuses ont fait rage en Syrie, en Afrique centrale, en Afghanistan et en Irak, un affrontement dévastateur entre les grandes puissances mondiales est resté presque inimaginable. »
  • « Ce n’est plus le cas […] de changements puissants et à long terme de la géopolitique et la prolifération des nouvelles technologies érodent la domination militaire extraordinaire dont jouissent l’Amérique et ses alliés. Un conflit d’une ampleur et d’une intensité jamais vues depuis la Seconde Guerre mondiale est encore une fois plausible. Le monde n’est pas préparé. »

The Economist envisage un futur dystopique, violent, avec le déploiement de l’armée américaine pour intimider ou détruire les prétendus défis à sa domination partout.

Au cours des 20 prochaines années, The Economist prédit que « le changement climatique, la croissance démographique et les conflits sectaires ou ethniques » sont susceptibles de faire plonger une grande partie du monde dans des « guerres intra-étatiques ou civiles ». De tels confits se dérouleront de plus en plus dans les villes entourées de « taudis » peuplées de millions d’habitants, donnant lieu à de « combats rapprochés, quartier par quartier ». L’avenir réservé à de grandes parties de l’humanité est celui du carnage qui a été observé lors des batailles meurtrières de l’an dernier contre la ville irakienne de Mossoul et la ville syrienne d’Alep.

Mais plus effrayant encore, c’est la série de scénarios qu’il décrit comme une escalade majeure des tensions entre les Etats-Unis et la Russie et la Chine, présentés comme ses adversaires stratégiques, qui menacent à tout moment de provoquer un holocauste nucléaire.

En juillet 2016, Mehring Books a publié A Quarter Century of War(Un quart de siècle deguerre)de David North, qui notait :
  • « Depuis le premier conflit du golfe Persique de 1990-1991, les États-Unis sont en guerre sans interruption depuis un quart de siècle. Tout en utilisant des slogans de propagande comme la défense des droits de l’Homme et la guerre contre le terrorisme pour dissimuler les véritables objectifs de leurs interventions au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Afrique, ainsi que leur confrontation avec la Russie et la Chine, les Etats-Unis se sont engagés dans une lutte pour l’hégémonie mondiale. Alors que les États-Unis tentent de compenser leur faiblesse économique et contrer les tensions sociales internes, leur escalade incessante des opérations militaires menace de déboucher sur une guerre mondiale à grande échelle, entre États dotés d’armes nucléaires. »

Moins de deux ans plus tard, une grande partie de cette évaluation a été reprise par l’un des organes politiques les plus importants du capitalisme anglo-américain. Mais les conclusions tirées par The Economist, s’exprimant en tant que représentant sans faille des oligarques financiers et du grand patronat dont la richesse est liée à la domination mondiale impérialiste américaine, sont exactement le contraire de l’objectif déclaré par David North, celui d’aider à la construction d’un « nouveau mouvement anti-guerre ».

Au contraire, The Economist exhorte les Etats-Unis à développer le hard power (la puissance dure) pour se défendre contre des « rivaux déterminés et capables », présentant l’argument digne d’un sociopathe selon lequel la meilleure garantie de paix est la capacité de l’Amérique à détruire complètement ses adversaires.

La prémisse de l’article spécial est que des mesures urgentes doivent être prises par les États-Unis pour endiguer le déclin de son hégémonie. Elle affirme que si les classes dirigeantes chinoise et russe sont autorisées à réaliser leur ambition d’influence dominante dans leurs propres régions, alors la conséquence « plausible » sera un « affrontement dévastateur entre les grandes puissances du monde » – une guerre mondiale avec des armes nucléaires.

La Chine et la Russie, déclare le magazine dans son éditorial du 27 janvier, « sont maintenant des États révisionnistes qui veulent remettre en cause le statu quo et considèrent leurs régions comme des sphères d’influence à dominer. Pour la Chine, cela signifie l’Asie de l’Est ; pour la Russie, l’Europe de l’Est et l’Asie centrale. »

La conclusion avancée par The Economist est que l’Amérique doit mettre fin à « 20 ans de dérive stratégique » sous les gouvernements successifs, qui auraient « fait le jeu de la Russie et de la Chine ». Dans une série d’articles, son rapport spécial préconise que les États-Unis dépensent des sommes vertigineuses sur les nouvelles armes nucléaires et conventionnelles, y compris les technologies d’intelligence artificielle (AI) robotique, pour s’assurer qu’ils conservent la supériorité militaire qui, jusqu’à présent, a inspiré « la peur chez leurs ennemis ».

Il met en garde contre : « Le danger pressant qui est la guerre dans la péninsule coréenne, peut-être cette année […] Des dizaines de milliers de personnes périraient, beaucoup plus si des armes nucléaires étaient utilisées. »

L’armée américaine est prête à lancer une telle guerre. Elle a déployé en position offensive des bombardiers nucléaires B-2 et B-52 à Guam, et des centaines d’avions de chasse et une armada de navires de guerre dans d’autres bases du Pacifique. Il y a de bonnes raisons de croire que le face à face que Washington a provoqué avec la Corée du Nord, en exigeant que Pyongyang abandonne son programme d’armes nucléaires, est une répétition générale massive pour un futur bras de fer nucléaire avec la Chine.

The Economist pense qu’une « guerre pour empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires semble être une perspective plus spéculative pour l’instant, mais pourrait devenir plus probable dans quelques années ».

Il affirme que les Etats-Unis sont menacés par la soi-disant « zone grise » dans laquelle la Chine, la Russie, l’Iran et d’autres pays cherchent à « exploiter » les « vulnérabilités » américaines dans certaines parties du monde sans provoquer un conflit ouvert. Il donne comme exemples les prétentions territoriales chinoises dans la mer de Chine méridionale, l’annexion de la Crimée par la Russie et l’influence politique de l’Iran en Irak, en Syrie et au Liban.

L’ingérence impérialiste américaine, cependant, est considérée comme entièrement légitime par The Economist. En Syrie, les États-Unis ont mené sept années d’intrigues en vue d’un changement de régime visant à renverser le gouvernement soutenu par les Russes et les Iraniens. L’annonce par Washington de son intention d’occuper de facto un tiers du pays et de rassembler une armée par procuration de 30 000 hommes des milices kurdes et islamistes a créé des conditions non seulement pour des affrontements directs avec l’Iran ou la Russie, mais aussi avec la Turquie, censée être un de ses alliés dans le cadre de l’OTAN.

Comme on pouvait s’y attendre, sur fond de mesures frénétiques aux États-Unis et internationalement visant à imposer un contrôle étatique et la censure sur Internet, le magazine accuse la Russie de chercher à « saper la confiance en les institutions occidentales et à encourager les mouvements populistes en se mêlant des élections et en utilisant des bots informatiques et des trolls sur les réseaux sociaux pour attiser des griefs et des préjugés. »

Les entreprises de technologie, insiste-il, doivent être encore plus intégrées à l’armée, tandis que les entreprises d’Internet doivent travailler avec l’appareil étatique pour supprimer l’accès aux vues oppositionnelles, sous le prétexte frauduleux de combattre les « opérations d’influence » et la « manipulation de masse de l’opinion publique ».

Il note en passant que pour le gouvernement américain, qui affiche déjà des déficits budgétaires annuels proches de 700 milliards de dollars, « trouver l’argent sera un autre problème ».

La vérité est que la subordination de tous les aspects de la société aux préparatifs de guerre sera financée par la destruction continue des niveaux de vie et conditions de vie de la classe ouvrière américaine, combinée à l’élimination de ses droits démocratiques et à la répression de l’opposition.

Dans un écho involontaire au Newspeak de George Orwell, The Economist conclut qu’« une Amérique forte » – armée jusqu’aux dents et menaçant de façon permanente ses rivaux d’anéantissement – est « le meilleur garant de la paix mondiale ».

L’aspect le plus effrayant de l’article, cependant, est qu’il est pessimiste de son propre pronostic que l’impérialisme américain peut intimider ses rivaux à la soumission. Le développement même d’une position militaire de plus en plus agressive à l’égard de la Chine et de la Russie augmente, et non diminue, la probabilité d’une guerre.

« Le plus grand danger », dit-il, « réside dans une erreur de calcul due à une incapacité à comprendre les intentions d’un adversaire, conduisant à une escalade imprévue qui échappe à tout contrôle ».

Ce dont il s’agit, c’est une escalade vers un holocauste nucléaire. L’article cite Tom Plant, analyste du groupe de réflexion RUSI : « Pour la Russie et les Etats-Unis, les armes nucléaires ont conservé leur primauté. Vous n’avez qu’à regarder comment ils dépensent leur argent. »

Les États-Unis vont moderniser tout leur arsenal nucléaire au cours des prochaines décennies pour un coût de 1200 milliards de dollars. La Russie modernise ses missiles, ses bombardiers et ses sous-marins nucléaires. La Chine augmente rapidement la taille et la capacité de ses forces nucléaires beaucoup plus petites, tout comme la Grande-Bretagne et la France. Des discussions sont en cours dans les cercles dirigeants en Allemagne, au Japon et même en Australie sur l’acquisition d’armes nucléaires afin que ces pays puissent “résister” aux États dotés d’armes nucléaires. »

La folie d’une course aux armements nucléaires au XXIᵉ siècle découle inexorablement des contradictions du système capitaliste. La lutte entre les États-nations rivaux pour la domination géostratégique et économique mondiale est le résultat inévitable de sa crise ingérable et du conflit féroce pour le contrôle des marchés et des ressources.

L’époque de la guerre mondiale, écrit le révolutionnaire marxiste Vladimir Lénine, est l’époque de la révolution mondiale. Le renversement du système capitaliste qui engendre le danger de guerre est une nécessité urgente pour la survie de la civilisation humaine.

Le Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections se battent pour construire un mouvement ouvrier socialiste international anti-guerre. La discussion ouverte sur la perspective d’une guerre nucléaire dans les pages de journaux comme The Economist devrait motiver tous les travailleurs et jeunes sérieux à se joindre à notre lutte.

(Article paru en anglais le 30 janvier 2018)