lundi 22 février 2021

De la guerre et des morts et des mots

 

Pour la troisième journée consécutive, la périphérie de la ville minière de Gorlovka, située à 100 km au Nord de Gorlovka, est sous le feu de l'artillerie ukrainienne, tandis que le bilan sanglant réel des bombardements ukrainiens du 20 février n'est pas encore connu.
Dès le lever du Soleil, des rapports du front signalaient des tirs ukrainiens sur les front de Gorlovka et Donetsk (secteurs de Shirokaya Balka, Zheleznaya Balka, Glubokaya, 19/20, Kirovo, la périphérie de Komsomolets, Kurganka, Bessarabka, Khimik, Mertutny, Izotovo, Michurino, 6/7, Stalsbyt et autres zones de première ligne adjacentes) et qui s'intensifiaient en début de matinée.

21 février, les "ukrops" continuent leurs bombardements 
sur Gorlovka où ils ont encore utilisé leur artillerie lourde.

Sur le front de Donetsk, la situation est également très tendue depuis les bombardements ukrainiens du 17 février, qui depuis, sont suivis par une continuité de provocations sur l'ensemble de la périphérie Ouest de la cité.

18 février, la défense de Donetsk riposte sur un
dépôt de munitions de la 56e brigade ukrainienne 
une unité responsable des bombardements du 17.
Localisation du dépôt ukrainien détruit à Vodyanoe juste au Nord Ouest 
de l'aéroport de Donetsk. Au minimum 1 blessé grave côté ukrainien, le 
sergent Khlopko, brûlé au troisième degré, et évacué à Krasnoarmeisk.

Aujourd'hui, 22 février 2021, à 10 h 06, un drone de frappe ukrainien à courte portée, a bombardé des positions de la milice populaire de Lugansk près du village de Kalinovo, (au Nord Est de Debalsevo) en larguant des munitions d'AGS 17 (40mm).

Du côté des renforcements du dispositif offensif ukrainien plusieurs informations confirmées signalent l'arrivée d'unités blindées, mécanisées ou d'artillerie sur le front comme par exemple un convoi ferroviaire en provenance de Krasnoarmeisk et arrivant à Avdeevka, au Nord de Donetsk, ou ces 22 obusiers lourds tractés, 2A36 "Hyacinth-B" de 152mm, 152 mm) et 4 canons antichars MT-12 Rapira de100 mm signalés arrivant dans le Donbass par les observateurs internationaux de l'OSCE.

Dans ce début de soirée du 22 février, les bombardements 
ukrainiens continuaient sur la périphérie de Gorlovka comme 
ici près du village minier de Gagarine.

1 civil de 21 ans grièvement blessé à Aleksandrovka

Plus tard c'est au tour de la périphérie de Donetsk d'être bombardée par les ukrainiens, et particulièrement le secteur d'Aleksandrovka au Sud Ouest de la cité ou un civil de 21 ans, 
Alexander Sleptsov a été blessé dans la cavité abdominale par un éclat d'obus, transporté en urgence à l'hôpital 14 du district voisin de Petrovsky, il était encore sur la table d'opération en fin de soirée.

Alexander Sleptsov, 21 ans, habitant d'Aleksandrovka, a été grièvement blessé le 22 février par l'artillerie ukrainienne.



Retour sur les bombardements meurtriers du 20 février


Dans un article précédent, je faisais état de bombardements ukrainiens meurtriers sue le secteur de Gorlovka ayant obligé les forces républicaines à riposter dans des tirs de contrebatteries non moins meurtriers. 
  • Or à ce jour une opacité concernant les pertes subies est toujours maintenue par les autorités de la République Populaire de Donetsk, provoquant de la part des camarades des miliciens disparus, de leurs familles et d'une grande partie de la population incompréhension, spéculation et parfois même colère. Et ces bombardements du 20 février semblent, face à cette habitude de minimiser les pertes subies semble être la goutte qui fait déborder le vase de l'opinion générale. 
Sans entrer ici dans les querelles des chiffres ou le jugement de personnes, je pense que cette polémique autour des pertes subies est symptomatique d'une incapacité pour les autorités politiques - de tous les pays dont les républiques populaires de Donetsk et Lugansk - à s'adapter à la réalité d'une hypercommunication débridée et incontrôlable diffusant sur les réseaux d'informations alternatifs et sociaux les événements vécus ou observés et en temps réel. 

Pour ma part je comprends à la fois :
  • ceux qui considèrent que la divulgation des pertes subies est contraire à la confidentialité qu'imposent des actions militaires en cours et dont les données pourraient servir de renseignements au commandement ou à la propagande de l'ennemi.
  • ceux qui ressentent que l'absence d'opérations militaires dynamiques ne justifie pas ce secret autour des pertes subies et que le silence officiel qui les entoure est souvent ressenti comme une indifférence vis à vis de ceux qui sont tombés sur le front.
Cependant, le souvenir des morts est aussi la force des vivants et cacher injustement la mort au combat d'un seul soldat, non seulement trahi son sacrifice mais aussi peut ébranler le moral de ses camarades, et je l'écris cela en connaissance de cause, car le groupe de volontaires que nous formions fin 2015 au sein de la Vème brigade avons décidé de changer d'unité après que la mort au combat de notre camarade Dietrich ait été cachée par le commandement.

Honorer ses morts, tous ses morts, est un devoir moral  pour honorer leur mémoire mais aussi un acte de commandement préparant le mental des soldats aux prochains combats.. 


Miliciens tués le 20 février 21

Vladimir Gorbatchev, 56 ans
Ainsi pour les bombardements ukrainiens du 20 février, alors que le chiffre officiel et toujours inchangé communiqué à 10h00 du matin par Edourd Basurin le porte parole de la Défense de la République Populaire de Donetsk, des estimations plus dramatiques allant de 5 à 20 républicains tués sont apparues au même moment sur les réseaux. 

Le fait est que de Lugansk à Mariupol, des correspondants militaires et des civils, des miliciens et leurs familles partagent naturellement les nouvelles du front qui avec les réseaux de communication modernes peuvent être et sont diffusés instantanément sur des réseaux d'un internet devenu le champ de bataille principal de la guerre de l'information. 
Evgeny Shepetko, 47 ans

Cette réalité d'une information parfois anarchique et non vérifiée, peut inquiéter une certaine paranoia (légitime sur un front militaire) voire contrarier la doxa politique officielle mais, serais-je tenter d'écrire: "c'est ainsi". Et devant cette fatalité moderne de la vulgarisation et multiplication des capacités de communiquer et d'informer, il serait à mon avis préférable pour les communicants officiels de tous les horizons de chercher à accompagner cette réalité libertaire plutôt que de rester sur des informations partielles et dirigées, ou pire sur des censures propagandistes et qui deviennent même contreproductives dès l'ouverture des réseaux alternatifs.
 
Oleg Tkachenko, 27 ans
Aujourd'hui des noms et des visages de miliciens tués par les bombardements ukrainiens du 20 février viennent rejoindre dans la tristesse et le silence celui de Vladimir Gorbatchev, "le mort officiel": Evgeny Shepetko, Oleg Tkachenko, Dmitry Syrovatsky, Sergey Petrenko, Valery Alekseev. Et la liste macabre n'est peut-être pas terminée (Igor Bezler le premier commandant de la défense de Gorlovka avec laquelle il est restée en contact évoque le chiffre de 20 tués).



Dmitry Syrovatsky, 37 ans
Paix à leurs âmes, ils peuvent rejoindre le régiment des immortels de la Grande Russie avec confiance car nos coeurs ne les ignorent pas, et nos mémoires ne les oublieront jamais !



Sergey Petrenko, 57 ans







 Valery Alekseev, 34 ans.









, 46 ans

Vladimir Snout


Dernière minute :

Danil Bezsonov, un vétéran de la première heure (siège de Slaviansk 2014) et actuellement Sous-ministre de l' information de la République Populaire de Donetsk confirme et regrette que des pertes républicaines aient été cachées à l'issue du bombardement de Gorlovka du 20 février. 

Merci à lui de restaurer la confiance que certaines décisions bureaucratiques malheureuses peuvent ébranler.

Il écrit ceci: 

"Quand j'étais dans la milice et que je participais aux hostilités, moi, comme mes autres camarades, j'avais très peur. Tout ce qui se passait était effrayant. La douleur était terrible, la mort était terrible, la peur était terrible... 
Mais le pire était de mourir en tant que soldat sans nom. C'était effrayant de disparaître pour que votre famille et vos amis ne sachent pas ce qui s'était passé ... Ils ne connaissaient pas votre acte et la signification de votre mort.
Lorsque la ligne de démarcation de combat se déplace dans une direction ou une autre, elle est déjà appelée front. Quand il y a ce mouvement et quand il y a une stratégie, le but de ce mouvement, alors, bien sûr, il est logique de cacher les pertes afin que l'ennemi ne possède pas pleinement la situation opérationnelle complète dans une perspective temporelle précise. Mais en présence de nombreuses années d'arrêt, de présence d'Internet et des réseaux sociaux, il ne sert à rien de cacher des pertes. Cela ne fera que démoraliser les combattants survivants, qui ne voudront pas sombrer dans l'inconnu lors de la prochaine bataille, et convaincra également la ressource de mobilisation que servir dans l'armée est stupide.

Je me demande si les hauts commandants d'une armée dans le monde qui prennent la décision de dissimuler des pertes ont déjà éprouvé une telle peur eux-mêmes? Comment enlever aux soldats morts le droit à leur mémoire héroïque? Bien sûr, la question est rhétorique, philosophique, très abstraite et ne nous concerne pas, mais quelqu'un d'autre en théorie profonde. "


En résumé, voici un débat franc et important tel qu'il s'en produit dans le Donbass malgré la guerre, et qui montre toute la dimension démocratique vivante et la santé républicaine animant les citoyens de Donetsk.

Erwan Castel

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