mardi 17 avril 2018

La nuit féconde

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Sentinelle aux aguets dans "forteruine", une position républicaine accrochée entre Yasinovataya et Avdeevka au Nord de Donetsk.
Des pensées nocturnes me rappellent celles d'un officier écrivain que j'ai eu l'immense honneur de rencontrer au début des années 80 et qui, avec d'autres penseurs libres, devait orienter à jamais mon regard sur le monde.

« Où sont les cloîtres sacrés où l’âme a conquis, durant ses minuits triomphants, le trésor de la grâce ? Les colonnes des solitaires, monuments d’une société plus parfaite ?

Où pourrions-nous trouver encore la certitude que les pensées et les sentiments ne périssent point, et qu’il existe comme un second registre caché où toute dépense reparaît, dans un lieu très éloigné, sous la forme d’une recette ?

Le seul souvenir qui puisse me rassurer me vient d’instants de la guerre où soudain la flamme d’une explosion arrachait aux ténèbres la silhouette isolée d’un poste qui, l’esprit le savait, était là depuis longtemps.

Durant ces nombreuses et terribles gardes de nuit, un trésor fut amassé qui ne sera consumé que très tard »

Ernst Junger, Le Cœur aventureux


Mardi 17 avril 2018

Sur le front, les gardes s'enchaînent aux missions et corvées, à peine ponctuées par de courts moments de repos légers, que les bruits de guerre présents ou attendus viennent perturber.

Pendant les postes de nuit, si les sens sont concentrés à l'entour sur cette obscurité et ce silence que la flamme d'un canon ou des pas intrusifs ennemis peuvent déchirer, en revanche il arrive souvent que les pensées de la sentinelle vagabondent vers des horizons lointains...

Ainsi, les absences aimées du cœur autant que les bruits haïs du Monde viennent s'inviter dans les pensées du soldat isolé dans la nuit, repoussant au loin sa fatigue et même donnant un sens renforcé à sa mission.

Ce soir, alors que les tirs ukrainiens continuent de marquer une nouvelle escalade sur le front du Donbass je songe, désespéré par ses récents bombardements sur la Syrie, à cette Europe occidentale, malade de ses dirigeants et cette impuissance des peuples à enrayer le chaos subi.

Et dans cette fin d'un monde, le Donbass apparaît plus que jamais comme un récif au milieu de la tempête. 
Devant lui, un monstre agonisant se débat engloutissant crise après crise l'héritage européen. Derrière lui, un empire eurasiatique qui résiste tant bien que mal aux assauts répétés du mondialisme vampirique.

Mon engagement ici est à la fois personnel et européen. J'ai mis au bout d'un fusil cet amour pour les peuples premiers en général et en particulier ceux qui, de l'Atlantique à l'Oural, sont les forgerons et les gardiens de cette Tradition native de notre civilisation européenne.

“La tradition est un choix, un murmure des temps anciens et du futur. Elle me dit qui je suis. Elle me dit que je suis ... parce qu'on se doit d'abord à soi-même.” (Dominique Venner)

Or, cette civilisation européenne a été trahie au cours des siècles par des impostures de pensées uniques esclavagistes servant, par le biais de clercs et de princes affidés, la dictature colonialiste d'une marchandise criminelle.

Le fric, en devenant la référence suprême a tout saccagé, de la fondation des nations jusqu'aux relations sociétales entre les individus.

A l'exemple héroïque du Donbass, les peuples doivent se soulever contre les dictateurs de la marchandise qui les envoient à l'abattoir pour sauver leurs banques. 
Et il ne s'agit pas de préserver ces États nations hors sol qui depuis 2000 ans ont ouvert les portes des cités et de la pensée européenne au chaos universaliste. Il ne s'agit pas non plus de sauver ces communautarismes ethniques ou religieux agités par des nationalismes paniqués dont la seule bouée percée est la haine de l'autre.

Il s'agit de sauver la Tradition européenne par des actes désintéressés et des pensées amoureuses qui la protégeront comme graine en hiver de l'effondrement de ce monde... en attendant le retour du printemps.

Sur le mur d'un couloir, une rafale ukrainienne énervée et impuissante vient ponctuer ma pensée et me fait sourire.

Comne en Syrie, le peuple du Donbass, en résistant depuis 4 ans à l'agression atlantiste a sauvé son héritage identitaire, expulsé les oligarques mondialistes et reconquis ses lettres de noblesse.

En effet contre toute attente, le Donbass en guerre a réussi, avec une aide retenue de la Russie, à fonder une vraie république populaire, à dimension sociale et humaine et redonner son âme à une patrie charnelle européenne.

Que plus de 20 000 volontaires de différents pays, après 4 années de guerre continuent à défendre jour après nuit, cette République Populaire de Donetsk (alors que Kiev doit avoir recours à des mobilisations pour la bombarder) prouvent que le rêve d'une Europe des peuples est possible et que son cœur a recommencé à battre entre Donetsk et Lugansk !

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

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