mercredi 11 mars 2020

A Donetsk avec Radio France

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Pour son nouveau passage à Donetsk, Mkihaïl Roshine, un ami de Moscou était accompagné par Claude Bruillot, un journaliste reporter de Radio France, venu recueillir des témoignages sur la guerre du Donbass du côté "séparatiste" du front.

Dans le cadre de son reportage sur le conflit du Donbass, Claude Bruillot a voulu rencontrer des acteurs, des témoins, des observateurs et des volontaires connus et inconnus. Sollicité pour participer à ce reportage (et honoré), j'ai accepté cette rencontre afin d'apporter mon modeste regard sur ce conflit qui ravage le coeur de l'Europe depuis plus de 6 années maintenant.

Mercredi 11 mars 2020

19h00, mardi 10 mars, j'arrive au café "!Legend" bordant au Nord la place centrale de Donetsk. où j'ai rendez vous avec Mikhaïl Roshine et Claude Bruillot de l'antenne moscovite de Radio France. 

L'homme est avenant et le regard franc et vif portant au dessus de nos tasses de thés des questions intéressantes et un intérêt sincère à mes réponses que je veux les plus complètes possibles. Contrairement à certains reporters "parachutés" à Donetsk, Claude connaît suffisamment le sujet et semble impartial et attentif dans son entretien.  

Après plus d'une heure de discussion, nous effectuons l'interview autour des thèmes retenus, qui bien sûr sera elle même disséquée comme l'impose le format 5 minutes de la série "Le reportage de la Rédaction" où, qui plus est, plusieurs personnes sont rencontrées. Gentiment Claude m"a prévenu dès la première minute de notre rencontre que je risque d'être frustré par l'extrait forcément trop court qui sera finalement choisi, ce que je comprends et accepte de bon coeur, heureux de rencontrer le micro de Radio France dans le Donbass. 

Et dès le matin du 11 mars, le reportage était diffusé, dans un montage très bien ficelé dont la brièveté de 5 minutes qui est un vrai challenge au vu de l'importance du sujet, explique paradoxalement la nuit blanche qui fut nécessaire à Claude Bruillot pour le finaliser... 

Quand la neutralité du journaliste est trahie par son rédacteur politique

Je vous invite à écouter d'abord le reportage audio avant l'article écrit qui l'accompagne sur le site de France Culture qui, contrairement au plan et contenu radiophonique initial se soumet visiblement au filtre déformant d'une ligne éditoriale politique qui affiche même en filigrane, une partialité pro-ukrainienne évidente, notamment par:
  • Le plan différent dans l’enchaînement des extraits choisis pour l'article
  • Les sous titres pouvant induire une interprétation orientée et manichéenne
Nous avons affaire ici de la part de la rédaction de France Culture à une tentative de manipulation mentale, un type de propagande beaucoup plus dangereuse que celles des chiens de garde en gros sabots tel que les Ukrinform ou Donbass Insider par exemple qui digèrent et recrachent (et avec zèle) que ce qui leur est servi par les communiqués étatiques officiels.
Je ne prendrai comme exemples sur les 7 relevés à la première lecture:les sous titres rajoutés ("Minorité russophone" et  "Ukrainiens malgré tout") qui non seulement ne correspondent à aucune parole recueillie au cours du reportage, mais sont de véritables inepties pour quiconque vient simplement 1 seule journée dans le Donbass (et même au delà). 
  • La langue russe est la langue maternelle et d'usage de l'immense majorité des gens du Donbass (+ de 90%) et reste ainsi socialement majoritaire ... jusqu'à Kiev ! (voir les discours de Zelensky par exemple pendant sa campagne présidentielle, menée principalement en russe)
  • Ensuite, les population de Donetsk et Lugansk depuis le référendum de mai 2014, les élections, es manifestations ou les actes administratifs comme la demande des passeports républicains et russes, prouvent tous les jours leurs attachement à une identité russe et leur volonté de retrouver leur citoyenneté perdue en 1921 lors du transfert vers l'Ukraine de cette partie du bassin du Don.
Et quand bien même un héritage ukrainien serait toujours assumé ici c'est dans la nostalgie d'une Ukraine soviétique, car à part la petite minorité qui a pu bénéficier de la corruption oligarchique, la majeure partie de la population (celle ayant vécue l'effondrement de l'URSS) s'accorde à reconnaitre que son indépendance (1991) a en réalité sonné le début de l'effondrement ukrainien.

"Rendons à César..."

Cela dit, et à chacun de se faire sa propre opinion sur les différence observées  entre l'audio et l"écrit, je remercie vivement Claude Bruillot d'avoir fait le déplacement jusqu'à Donetsk pour donner la parole à des acteurs, des observateurs et des citoyens de cette jeune République Populaire de Donetsk et ce dans un regard professionnel et neutre qu'il est important de souligner ici.

Espérant croiser encore son chemin je tiens à lui exprimer ici ma confiance et sympathie pour le travail réalisé sur cette ligne de crête très étroite qui chemine entre les abîmes sans fond des propagandes qui s"affrontent au dessus des tranchées.

Erwan Castel


Le lien du reportage : France Culture



À Donetsk, la vie suspendue

 par Claude Bruillot

Le reportage de la rédaction

"Il y a cinq ans, à Minsk, un cessez-le-feu était proclamé entre l’Ukraine et le Donbass. Mais dans l’État séparatiste autoproclamé, les armes ne sont jamais vraiment tues. A Donetsk, la vie continue, tant bien que mal. En attendant un hypothétique sommet pour la paix.

A Donetsk, dans le Donbass, la vie presque normale malgré la guerre.• Crédits : Claude Bruillot - Radio France

"À distance des arcanes du pouvoir, il y a aussi à Donetsk des habitants qui se sentent encore ukrainiens malgré tout. C'est le cas d'Anna, une universitaire de 50 ans, née dans le Donbass et qui n'a jamais quitté Donetsk, même aux pires moments des combats. Parce qu'elle savait que ses convictions, ses aspirations, étaient justes :

Difficile de dire si ce sont les séparatistes qui ont rompu à nouveau le cessez-le-feu, ou l'armée ukrainienne, de l'autre côté.

• Crédits : Chadi Romanos - Radio France

Sur les grandes avenues du centre de Donetsk, la vie est différente pour Rouslan, 43 ans, qui tient le Café des Légendes. Loin des accords de Minsk, de la politique et même des combats, auxquels il n'a jamais voulu participer, le restaurateur ne se définit pas comme un séparatiste.

Toute sa famille habite du côté ukrainien. Il téléphone à sa mère tous les jours mais admet qu'il aurait du mal si, aujourd'hui, il devait revivre avec "ceux de Maidan", comme il les appelle.
  • "Je ne peux pas dire que je suis totalement séparatiste. Mais dans un pays avec des gens qui ont organisé ça, on ne peut plus vivre ensemble. Je ne sais pas quand il y aura un jour de la stabilité à nouveau."
Au Café des Légendes, on peut croiser Erwann Castel, un militant breton de 57 ans, ancien officier de l'armée française au 13ème Régiment de Dragons Parachutistes de Dieuze, en Moselle.

A Donetsk, place Lenine, le drapeau russe comme une protection contre le voisin ukrainien.• Crédits : Claude Bruillot - Radio France
Spécialiste à l'époque du renseignement aéroporté, il a tout quitté pour défendre la cause des séparatistes du Donbass. Il a combattu pendant près de cinq ans à leurs côtés avant d'être grièvement blessé par une mine.

Minorité russophone

"Idéaliste", comme il se définit lui-même, Erwann Castel veut la paix pour le Donbass russophone qui l'a adopté. Mais pas à n'importe quel prix :
  • "Au dessus de la paix, il y a la liberté. À l'origine, le Donbass s'est révolté pour défendre son identité culturelle."
Le premier défenseur de cette culture russophone se nomme Denis Pouchiline, président élu de la République populaire de Donetsk. Avant le prochain sommet sur la question du Donbass, programmé au printemps à Berlin, il est sorti de sa réserve.

Le chef des séparatistes affirme notamment qu'il est prêt au retrait de ses troupes sur la totalité des 460 kilomètres de la ligne de front. Tout en sachant que le pouvoir ukrainien est incapable d'assumer la même démarche, sous la pression des nationalistes et d'une partie de la population qui crient à la capitulation : "Nous luttons pour ça d'une façon planifiée, mais l'Ukraine déclare officiellement qu'elle n'est pas prête et essaie de retarder le processus de retrait."
  • "Aujourd'hui, nous n'avons jamais un jour calme. On tire tous les jours, même si ce n'est pas l'artillerie mais plutôt des tirs d'armes automatiques. Si la distance entre les forces armées était plus grande, si personne ne pouvait voir l'autre côté, on pourrait en finir avec les échanges de tirs."
Denis Pouchiline au micro de Claude Bruillot, correspondant de radio France à Moscou.• Crédits : DR - Radio France
Décidé, semble-t-il, à jouer l'ouverture, l'entourage de Denis Pouchiline a néanmoins refusé qu'une question soit posée. Elle concerne le procès aux Pays-Bas de trois Russes et d'un Ukrainien séparatiste, absents aux audiences. Tous quatre sont soupconnés d'avoir participé à la destruction du Boeing de la Malaysia Airlines, abattu au-dessus du Donbass en juillet 2014. Un drame qui avait fait 298 morts.

Ukrainiens malgré tout

À distance des arcanes du pouvoir, il y a aussi à Donetsk des habitants qui se sentent encore ukrainiens malgré tout. C'est le cas d'Anna, une universitaire de 50 ans, née dans le Donbass et qui n'a jamais quitté Donetsk, même aux pires moments des combats. Parce qu'elle savait que ses convictions, ses aspirations, étaient justes :
  • "Je ne veux pas que l'on me dise comment je dois vivre et quelle langue je dois parler."
"L'Ukraine est un pays où les lois ne fonctionnent pas. Où des activistes peuvent faire ce qu'ils veulent. Regardez, ça continue à tirer alors que nous avons un  cessez-le-feu il me semble. Comment avoir confiance ? C'est au gouvernement de trouver des solutions pour que les régions vivent ensemble en Ukraine", poursuit-elle.
  • "Je n'ai pas de problème avec mes concitoyens ukrainiens. J'ai un problème avec ce gouvernement qui a fait de nous des ennemis. Nous ne sommes pas des ennemis."
Reportage Claude Bruillot - Radio France
MAIS mise en forme de l'article par un scriboullard politique de France Culture

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