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lundi 24 octobre 2016

Fenêtre ouverte sur Donetsk/2

Le monastère crucifié d'Iversky


Si les maisons en ruines, les ponts détruits, et les véhicules calcinés bornent à intervalles réguliers les 400 km de front du Donbass, le quartier d'Oktyabrskyi est certainement l'une des cicatrices les plus vives et les plus symboliques de cette guerre qui depuis 2014 ravage la terre du Donbass.

En effet, dans ce secteur situé sur les lisières Nord de Donetsk et où se poursuivent encore quotidiennement les bombardements de l'armée ukrainienne, se trouve l'aéroport de Donetsk, haut lieu des combats menés entre les unités d'assaut de Kiev et les milices de la cité rebelle, de mai 2014 et janvier 2015. C'est sur ce champ de bataille, entre autres que s’était distingué le regretté Motorola, victime d'un attentat terroriste mortel ce dimanche 16 octobre dernier, et la zone aéroportuaire, aujourd'hui complètement détruite et traversée par la ligne de front active est toujours défendue par son bataillon "Sparta". 

Nous reviendrons dans un prochain article sur ces combats de l'aéroport.


Juste au Sud de la piste de l'aéroport se trouve un lieu de silence, squelette dressé entre les dieux et les hommes qui témoigne autant de leur folie que de leur foi : c'est le monastère des moniales d'Iversky. Pour y accéder on doit d'abord traverser le quartier d'Oktyabrskyi, au Nord de la gare de Donetsk, véritable champ de ruines, toujours bombardé mais où s'accrochent encore des dizaines de familles, et c'est ici aujourd'hui que j'habite...

Une visite d'Oktyabrskyi  par Katia Katina de News Front 

Zigzagant entre les obus et les roquettes non explosés fichés dans le sol le chemin s’arrête à l'entrée du cimetière entourant de ses croix brisées le monastère crucifié. Même les arbres environnants semblent lever des moignons implorant vers un ciel silencieux déserté par les oiseaux. 

L'allée Est du cimetière et l'église (à droite l'aéroport, à gauche Donetsk)
La mère Mikhaïla, higoumène de Saint Iver
Comme dans beaucoup de lieux de culte orthodoxes qui sont élevés autour d'une icône, l'église qui se dresse au milieu du cimetière d'Iversky à quelques centaines de mètres de l'aéroport Sergueï Prokofiev, a été construite en 1997 et consacrée à Notre Dame d'Iviron dont elle renfermait jusqu'en 2014, une copie de l'icône originale qui a traversé les combats avant d'être déplacée dans la cathédrale Saint Nicolas de Donetsk.

Le sanctuaire d'Iver abritait depuis 2001 une communauté de moniales orthodoxes, d'abord métochion (dépendance) du couvent de Saint Nicolas, puis à  partir de 2002, sur décision du Saint Synode, le sanctuaire est devenu le monastère indépendant de Saint Iver.

Lorsque les combats pour l'aéroport commencent, le monastère est rapidement sous le feu de l'armée ukrainienne, mais malgré cela les moniales vont vouloir rester dans leur couvent 

C'est au mois d'août 2014 que les premiers projectiles ukrainiens touchent les bâtiments religieux. Le clocher de l'église, frappé par l'artillerie prend feu et les femmes qui se trouvent alors à l'intérieur (la mère Mikhaïla et trois moniales) quittent précipitamment l'église qui menace de s'effondrer. Les objets sacrés sont toujours à l'intérieur et des tirs de mitrailleuses traversant les murs de l'édifice en interdisent toute approche.

Le clocher de l'église plusieurs fois frappé par les tirs de l'artillerie ukrainienne
Notre Dame d'Iviron
Pendant cette journée où les feux de l'enfer semblent vouloir s'abattre sur Saint Iver; 2 événements incompréhensibles vont survenir, qualifiés aussitôt de miraculeux par les communautés civile et religieuse : le clocher qui sera à nouveau touché une deuxième fois brûle entièrement mais sans s'effondrer à l'intérieur de l'église, et l'icône de Notre Dame d'Iviron sera ressortie intacte d'un lieu où tous les autres objets sont criblé par les balles et les éclats.

Les combats vont continuer chaque jour endommageant de plus en plus le sanctuaire qui est régulièrement touché par les bombardements de Kiev.

Le 18 décembre 2014, le monastère a été pillé par les soudards de Kiev avant qu'ils ne soient repoussés par les forces républicaines.

Si les premiers tirs touchant le monastère pendant l'été 2014 pouvaient passer éventuellement pour des "dommages collatéraux" des bombardements ukrainiens, la fréquence, l'intensité et la durée des tirs suivants montrent bien que ce lieu sacré de la communauté de Donetsk est devenu rapidement une cible symbolique de l'agression génocidaire engagée par Kiev. Depuis 2 ans ce ne sont pas moins de 9 églises orthodoxes qui ont été détruites sur la ligne de front de Donetsk et Lugansk, sans compter une vingtaine d'autres touchées également par les bombardements.

Bombardement ukrainien au phosphore blanc 
du monastère l'Iversky par l'armée ukrainienne
le 31 octobre 2014


Fête patronale de Saint Iver en 2015
Actuellement, les moniales ne vivent plus au monastère mais, lorsque la situation militaire le permet, elles reviennent dans leur sanctuaire martyr, pour nettoyer et tenter de remettre de l'ordre dans l'église malgré la proximité des lignes ukrainiennes qui restent à portée de tir. 
Le 26 octobre est le jour de la fête patronale de la communauté et l'année dernière elle avait été réinstaurée sur le site du monastère dès la'année 2015.

Cette année encore, sous la menace des canons ukrainiens une cérémonie et une bénédiction seront célébrées par l’évêque Hilarion, métropolite de Donetsk et Mariupol en présence de la communauté religieuse et de fidèles  pour respecter la Tradition et montrer que si les soudards ukrainiens ont détruit les murs consacrés, l'âme qui les faisait vivre est quant à elle restée intacte dans le coeurs des fidèles de Donetsk qui préparent dès à présent ce sanctuaire à renaître de ses cendres.

Le 12 janvier, Jacques Closterman et maître Jean Josy Bousquet en voyage d'étude dans la République de Donetsk, se sont rendus sur ce site émouvant du monastère d'Iversky, et ont pu constaté par eux même l'ampleur du drame vécu par la population civile du Donbass touchée ici dans ce qu'elle a de plus sacré : sa foi orthodoxe...


Jacques Closterman se recueillant dans le chœur de l'église d'Iversky miraculeusement intacte
Aujourd'hui les soldats de Sparta et Vostok veillent aux lisières du sanctuaire qui renforce leurs tranchées et bunkers par les remparts de la foi et de l'espérance...

Et c'est un païen qui vous l'écrit !


Erwan Castel, volontaire en Novorossiya

Vue Ouest du monastère, au premier plan le cimetière, au centre l'église et à gauche le couvent

Source de l'article 

- Pravoslavie 


« Les décombres m’impressionnent moins que la pensée de tout ce que les gens ont dû faire pour contribuer à la destruction de la ville » 

(Bertolt Brecht, Journal de travail, 23 octobre 1948)


Façades Ouest et Sud de l'église
Façade Nord e l'église
Le portail de l'église en janvier 2016
Un soldat républicain surveillant les lignes ukrainiennes juste au nord de la piste de l'aéroport
Les murs de l'église
Le bâtiment d'accueil du monastère à côté de l'église
Iversky en septembre 2016 lors d'une de mes fréquentes visites 
Dans une tranchée en bordure de la piste aéroportuaire
Vue Est du monastère à travers le mur du cimetière 


 *
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Bien à vous 
Erwan





mercredi 17 avril 2019

Dans l'ombre de Notre Dame !

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Depuis son cimetière bombardé lui aussi, le squelette de l'église du monastère d'Iversky, au Nord de Donetsk

Bien sûr l'émotion que nous vivons autour du terrible incendie qui a frappé Notre Dame de Paris est légitime et compréhensible, et moi-même j'ai partagé ici ma tristesse devant le martyr d'un des joyaux de l'art gothique européen.

Dès le lendemain du drame, une mobilisation exceptionnelle s'est manifestée spontanément en France mais aussi dans le Monde pour soutenir la restauration de ce patrimoine de l'humanité... et tant mieux pour Notre Dame et aussi cette empathie humaine universelle et cette solidarité que sa souffrance a réveillé...






Mercredi 17 avril 2019

Quelques jours avant l'incendie qui a ravagé notre Dame, j'avais accompagné un journaliste français sur le site du monastère orthodoxe d'Iversky dont le squelette calciné signale à l'horizon de ce quartier où je réside depuis 3 ans, la présence depuis 5 annnés aujourd'hui d'une guerre meurtrière aux portes de la cité. 

Ici, comme dans des dizaines d'autres églises et d'innombrables autres bâtiments et habitations du Donbass, le feu ne s'est d'abord pas élevé vers le ciel, implorant le pardon de morts et le secours des vivants, mais il en est d'abord tombé, craché par les canons et chasseurs bombardiers d'une armée ukrainienne enivrée par haine et la folie.

Bien sûr, je n'ai nullement l'intention de comparer l'incendie de Notre Dame avec les guerres qui détruisent depuis 5 ans des dizaines d'églises dans le Donbass, mais aussi en Syrie ou ailleurs, car évidemment nous ne sommes pas en face du même type de tragédie et contexte (même lorsqu'il s'agit d'attentat terroriste), ce serait insulter les victimes des guerres. 
Car en effet, entre Donetsk et Lugansk, pour prendre l'exemple du Donbass où je vis et me bats depuis plusieurs années, c'est sa population dans son immense majorité russe que le nouveau pouvoir de Kiev veut faire disparaître intentionnellement, dans sa réalité ethnique, culturelle, spirituelle, et même physique.


Et les lieux sacrés (églises, monastères, mosquée, cimétières, mémorials) qui flambent ne sont pas que des destructions civiles parmi d'autres comme en connaissent malheureusement toutes les guerres modernes mais ils sont, pour être très souvent intentionnellement visés, les martyrs de pierre rappelant aux hommes et aux dieux le caractère génocidaire de cette guerre. 

Et cette guerre est aujourd'hui (comme celle du Yemen par exemple) aussi abjecte que le silence médiatique qui l'entoure est obscène et donne l'impression que les quasi 20 000 tués de ce conflit sont massacrés une deuxième fois par l'indifférence de cette opinion internationale qui sait pourtant si bien se mobiliser en d'autres occasion.

Depuis 2014 les églises et monastères du Donbass sont visés délibérément 
par l'artillerie et l'aviation ukrainienne comme ici le bombardement
du monastère d'Iversky dans le Nord de Donetsk en octobre 2014

Et jusqu'en 2019 Kiev continue à vouloir détruire l'église othodoxe russe
comme ici Lyubotin, dans l'Ouest de l'Ukraine où une nouvelle église 
a été incendiée ce 15 avril par les nationalistes ukrainiens.

Voilà pourquoi, au lendemain de la tragédie de Notre Dame, je m'interroge sur les racines de l'empathie humaine et la liberté de conscience des individus, qui semblent aujourd'hui toujours soumises au mainstream médiatique officiel, malgré le nouveau panorama ouvert par les réseaux et médias alternatifs et indépendants auxquels presque tout le monde aujourd'hui est connecté.

Et ici je ne parle pas ici d'aides financières qui par définition sont contraintes et limitées, mais bien de cette prise de conscience et de cette capacité d'indignation qui peut et doit l'accompagner jusqu'à une dynamique populaire et politique, pour que la compassion individuelle devienne à nouveau, comme par le passé, cette arme collective faisant reculer les tyrannies et les injustices.

5 années de guerre dans le Donbass, et chaque jour et chaque nuit, des bombardements, des combats, du sang et des larmes, c'est déjà un martyr dont l'intensité physique et psychologique est telle qu'il est difficile même de décrire la souffrance et le courage de ce peuple dans toute leur plénitude.
Mais 5 années d'une guerre meurtrière subie dans l'indifférence générale d'une "opinion internationale" dont la majorité des européens eux-mêmes ne savent pas situer sur une carte où se situent les champs de ruines du Donbass, c'est tout simplement insupportable !

L'église orthodoxe de Krasny Partisan, entre Donetsk et Gorlovka 
plusieurs fois bombardée par les forces ukrainiennes brûe en 2015

Il parait que la compassion qui est par définition sans limite et sans frontières, est commune à l'espèce humaine (et même chez de nombreux animaux), et je veux bien le croire pour l'avoir observé sur les 4 continents où j'ai trainé mon sac à dos, mais son expression dont la nature est sans conteste universelle sans ne peut s'épanouir pleinement que dans le cadre d'une réelle liberté de conscience individuelle. 

Or, aujourd'hui l'humanité est devenu l'esclave des doxas politico-médiatiques et en particulier celle de la propagande occidentale qui dans une aliénation à sa marchandise veut diriger ses esclaves jusque dans leurs sentiments les plus intimes même lorsque leurs objets méritent naturellement attention et secours. 
Et lorsque cette ploutocratie mondialiste cherche à contrôler les dynamiques émotionnelles à travers des orchestrations et mises en scène du type "Je suis Charlie", elle le fait pour 2 raisons majeures:
  • Pouvoir capitaliser l'événement à son profit, c'est la stratégie de choc décrite par Naomie Klein et qui va même jusqu'à pousser parfois le pouvoir a provoquer les événements pour consolider sa popularité ou légitimer ses actions futures.
  • Pouvoir, grâce au contrôle des médias, sélectionner l'objet de l'attention de l'opinion et donc de la soumettre par une saturation médiatique aux censures et apologies de sa propagande et d'occulter ainsi ce qui ne sert pas sa vision manichéenne.
Aussi j'aimerais voir enfin cette conscience compassionnelle humaine vivre enfin sa vraie liberté plustôt que de suivre comme un papillon les lumières des projecteurs d'une pensée unique qui parfois ne braque avec intensité ses projecteurs sur un événement ou un sujet particulier que pour mieux en garder d'autres, et avec eux le sens critique des individus, dans l'ombre de sa propagande.

Car cela rendrait service à l'Humanité, à tous les peuples en guerre, au Donbass et même à Notre Dame...

Erwan Castel 


Devant le monastère détruit d'Iversky en septembre 2016

mercredi 28 avril 2021

Une église debout sous la mitraille

Dans le quartier d'Oktyabtsky, au milieu d'un cimetière labouré par les bombardements
se dresse l'église de Saint Iveron, martyrisée par l'acier et le feu des soudards mais toujours debout pour soutenir la douleur et l'espérance des familles bombardées.
(photo Svetlana Kissileva)

"La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance."
Charles Péguy

Autant je suis rétif à la pensée unique monothéiste et universaliste que je considère comme un la matrice idéologique du mondialisme dogmatique, autant je suis profondément respectueux et même admiratif de le foi religieuse, ce dynamisme universel qui transcende par une multitude de déclinaisons cultuelles la diversité humaine et ses rapports au sacré développés dans chaque culture traditionnelle.

Dans la steppe du Donbass, les terrils sombres et les dômes dorés cassent en foules innombrables la monotonie d'un paysage où leur alternance offrent aux hommes des bornes terrestres pour les corps et spirituelles pour les âmes dans une rencontre fortuite entre  profondeurs souterraines et hauteurs célestes, entre action et méditation, 

Le monastère Saint Iveron de Donetsk,
Haut lieu de la prière... et de la guerre !

A Iversky les offices religieux ont repris dès qu'une toiture provisoire a été réinstallée
sur l'église bombardée du monastère
(photo Svetlana Kissileva).

Sur les lisières Nord de Donetsk dans ce quartier fleuri d'Oktyabrsky, Iversky était avant mai 2014, un havre de paix, où les chants des moniales et des oiseaux montaient vers le ciel. Mais la guerre lancée contre les russes du Donbass va précipiter ce lieu sacré dans le fracas des combats et des bombardements se disputant pendant plus de 6 mois le contrôle de l'aéroport international Sergei Prokofiev qui domine l'entrée Nord de la cité et ses voies rapides.

Depuis, le quartier d'Oktyabrsky et le monastère d'Iversky qui lentement tentent de renaître de leurs ruines sont toujours la cible des forces ukrainiennes embusquées au Sud d'Avdeevka (au Nord) ou dans les villages de Peski (à l'Ouest) ou de Opitnoe (à l'Est), et ce mois ci encore le sanctuaire a été bombardé par les soudards de Kiev. 

Peu importe pour la population du Donbass, dans l'église d'Ibersky comme dans la mosquée voisine de Krimlosky, les fidèles continuent d'y célébrer leurs cultes défiant de leur foi la haine des agresseurs. Dans le Donbass, l'église en pierre conserve pleinement sa dimension de chair que rappelle l'étymologie grecque originelle de "ekklesia" (assemblée) et plus la mitraille détruit les lieux de prières, plus la foi des communautés se renforce autour de la résilience et de la résistance... 

Les 24 et 25 avril a commencé le temps de la Pâques orthodoxe et qui s'achèvera 
cette année le 2 mai, un moment de foi et d'espérance des communautés et qui
depuis 7 ans 
est exacerbé par les canons de la guerre grondant aux portes des cités.
(photo Svetlana Kissileva).

Tout au long de l'année, les églises orthodoxes qui sont plusieurs par quartiers résonnent de prières, de polyphonies et sont animées par des clercs qui, contrairement à l'église catholique occidentale, n'ont pas abandonné cette dimension symbolique magico-religieuse dans leurs rituels et qui matérialise avec le sacré, ce lien métaphysique qui rassure et exalte l'Homme dans sa quête d'infini.

Et les populations de se retrouver dans le coeur de leurs églises martyrisées pour y chanter leurs traditions pour lesquelles, à quelques centaines de mètres parfois, des hommes dans le secret de leurs tranchées se battent et meurent "tous les jours que Dieu fait".

Erwan Castel


Le martyrologe de l'église chrétienne 
orthodoxe du Donbass

Au cours de cette guerre interminable, les lieux de prière du Donbass, qu'ils soit chrétiens ou musulmans n'ont pas été épargnés par le feu et l'acier des combats ou des bombardements, particulièrement l'église chrétienne orthodoxe dont le culte religieux est le plus répandu dans cette région. La religion orthodoxe a été en première ligne lors de l'offensive initiale ukrainienne il y a 7 ans, ses clercs se portant au secours des âmes bombardées et ses églises étant souvent prises pour cibles par l'artillerie ukrainienne.

Le clergé

Le 31 Juillet 2014, l'archiprêtre Vladimir Kreslyansky est tué par une bombe à
fragmentation dans un quartier résidentiel de Lugansk. Vicaire de l'église de
Saint-Georges de la ville. Ce prêtre, père de cinq enfants, bien que grièvement
blessé il a continué de marcher en priant jusqu'à sa mort .

• Prêtre Sergiy Piven et son épouse Ludmila (Kirovskoe, RPL)
• Prêtre George Nikishov (Pervomaisk, RPL). 
• Archiprêtre Pavel Zhuchenko (Druzhkovka, RPD)
• Archiprêtre Igor Sergienko (RPD)
• Archiprêtre Yevgeny Podgorny (RPD)
• Archiprêtre Vladimir Kreslyansky (RPL). 

Les églises

2014, l'église orthodoxe de Krasny Partisan est frappée à plusieurs reprises
par l'artillerie ukrainienne qui la détruira complétement ainsi que plusieurs
maisons d'habitations et endommagera également l'école située à proximité
(ce village sera plusieurs fois bombardée depuis 2014)

• Église de l'Annonciation dans la ville de Gorlovka
• Église en l'honneur de l'icône de la Mère de Dieu «Tendresse» de la ville de Lugansk.
• Église Bosskresenskiy dans la ville de Slavyansk
• Monastère féminin Iverskiy dans la ville de Donetsk
• Temple de l'ancien Serge de la ville Padonezhskiy de Lugansk
• Église des séraphins pré-semblables de la ville Capov de Slavyansk
• Église de St. Alexander Nevskogo Slavyansk
• Église de la Vierge Icône de la Mère de Dieu à Slavyansk
• Église en l'honneur de Saint-Jean de Kronstadtsky à Kirovskoe.

 



(photos Svetlana Kissileva).

dimanche 26 février 2017

La Foi du Donbass

Le bouclier invisible et invincible du Donbass 


Récemment au cours d'une discussion j'expliquais à un ami comment le polythéiste que je suis pouvait ressentir un profond respect pour cette foi orthodoxe découverte sous les bombardements du Donbass. Le sujet est aussi passionnant qu'infini car il touche la Foi, ce dynamisme spirituel universel et intemporel et qui est une des caractéristiques spécifiques de l'espèce humaine. 
Ernst Jünger écrivait que la guerre déshabille l'âme et la met nue devant la destinée humaine. Quand la guerre a détruit les artifices et les apparences des choses rappelant à notre société  la futilité et la vacuité du paraître, il ne reste à l'Homme que cette impalpable force qui bat au fond de ses entrailles et de son esprit. 

C'est cette force qui fait bondir le milicien de sa tranchée pour pouvoir détruire le char ukrainien qui s'approche de son village en semant la mort .
C'est cette force qui fait se jeter cette mère sur son enfant pour le protéger de son corps quand des centaines de shrapnels détruisent le bus qui les transportent.
C'est cette force qui fait sortir de sa cave cet enfant fatigué et tremblant sur le chemin de l'école au milieu des ruines et des arbres brûlés de son village.

Dans le Donbass, ce peuple admirable dont le courage et l'humilité ne cessent chaque jour de me subjuguer. Malgré les coups répétés d'une armée ukrainienne poussée par une haine génocidaire, les femmes et les hommes du Donbass restent debout au milieu des ruines de leurs maisons et de leurs églises.

Ainsi hier 25 février, alors que les combats et les bombardements ont repris avec virulence depuis plusieurs jours, une foule s'est réunie dans les ruines du monastère d'Iversky, à quelques centaines de mètres des lignes des unités ukrainiennes dont une attaque avait encore été repoussée la veille. 

Dans cet extrait nous pouvons entendre les détonations
résonner à proximité pendant la prière de bénédiction
(Vidéo Sergey Golohoy)

"Folie !" diront certains "Héroïsme !" diront d'autres... mais pour les femmes et les hommes chantant autour des clercs et des moniales, venir célébrer le 20ème anniversaire de la fondation du Monastère de Saint Iver, était pour eux un acte de foi normal et un devoir moral de montrer que le coeur vivant de leur lieu sacré était toujours vivant au sein de toute la communauté en guerre...


A l'issue de la bénédiction donnée par l’évêque Hilarion, le métropolite de Donetsk et Mariupol, la cérémonie religieuse a été célébrée par l’archiprêtre Varsonofy, le vicaire du diocèse de Donetsk, en présence de la communauté des religieuses du monastère et d'une foule importante de fidèles dont la présence a été saluée chaleureusement à la hauteur de leur courage.

Je croise chaque semaine des personnes qui viennent malgré les combats et les bombardements réparer avec de faibles moyens l'église du monastère pour y permettre la tenue de nouvelles cérémonies et rassemblements à l'abri des intempéries. C'est ainsi que depuis 2016, des bâches et tôles ont remplacés la toiture effondrée en 2014 sous les bombardements.


J'ai déjà évoqué plusieurs fois ici ce lieu émouvant d'Iversky, situé à quelques centaines de mètres de chez moi. Ce monastère situé sur les lisières de la zone aéroportuaire abritait avant la guerre une communauté de religieuses orthodoxes, mais qui ont du se réfugier dans Donetsk en 2014 lorsque leur havre de paix et de prière s'est transformé en champ de bataille hurlant.
Aujourd'hui le monastère est en ruine mais toujours entretenu malgré les bombardements qui frappent quotidiennement cette zone il reçoit régulièrement, comme la mosquée située à 1500 mètres environ, la visite des fidèles et des membres de la communauté religieuse qui viennent mètre après mètre nettoyer cette terre sacrée des crachats d'acier de la folie humaine.

Le bâtiment de vie de la communauté  religieuse, avec dans le fond les premiers bâtiments techniques de l'aéroport
Dans le Donbass, à la semblance d'un athanor, le peuple du Donbass va ressortir du feu de la guerre encore plus grand et plus fort, et ce qui s'est passé hier dans l'intimité des murs troués et tremblants du monastère d'Iversky montre qu'il ne s'agit pas d'une rodomontade propagandiste mais bien de la réalité d'un peuple invincible...

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya







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Si l'argent est le nerf de la guerre il est malheureusement également aussi celui de la réinformation pour laquelle j'ai décidé de me consacrer seul et à plein temps malgré une absence actuelle de revenus et une censure de mon travail par les agences de presse occidentales collabos ... et locales, obsédées par la recherche du monopole de l'information.

Merci d'envoyer vos contributions de soutien sur le compte référencé ci après à partir duquel sont envoyés des virements vers le Donbass

Observation : la plus petite somme (équivalent à celle d'un paquet de cigarette) est la bienvenue et vitale ici.

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Bien à vous 

Erwan




lundi 12 février 2018

Regards croisés sur Oktyabrsky


Cette semaine l'équipe de Novorossiya Today est retournée dans le quartier d'Oktyabrsky, au Nord de Donetsk dont la lisière Nord (d'Ouest en Est : Volvo Center, aéroport et Spartak) est, depuis 4 ans bientôt, une ligne de front dévastée où s'affrontent quotidiennement républicains et ukrainiens.

Il y a 2 ans et demi, j'ai fait le choix d'habiter dans ce quartier accessible à mes moyens financiers et pour rester au contact de cette population bombardée pour laquelle je suis venu dans le Donbass.

Depuis 3 ans Donetsk est une ville assiégée sur ses portes Ouest (Alexandrovka, Marinka et Staromikhailovka) et ses portes Nord (ce secteur de l'aéroport).

Et cette ligne de front qui mord les banlieues de la cité a provoqué le surréalisme de 2 univers complètement différents et pourtant qui ne sont séparés que par une demi douzaine de stations de bus :
  • - D'un côté un centre ville où la vie "normale" est réapparue dès 2015 ce qui provoque l'étonnement des visiteurs qui déambulent au milieu des magasins achalandés, des cafés-restaurants, des salles de concert, opéra, théâtre ou cinéma bondés. Ici l'ambiance réussie à faire oublier la guerre qui gronde aux portes de la cité.
  • - De l'autre côté, cette ligne de front qui s'annonce par les cicatrices des maisons en plus nombreuses au fur et à mesure qu'on avance vers le Nord de Donetsk. Là, au milieu des ruines la vie s'est maintenue malgré le danger des bombardements persistants. Si les supermarchés et la plupart des restaurants n'ont pas survécu à la guerre, en revanche les marchés et les magasins de proximité eux sont toujours là, malgré le départ d'une partie de la population et la baisse importante du pouvoir d'achat de celle qui est restée.

La fracture sociétale entre un centre ville qui revit et une périphérie qui survit s'est agrandie considérablement depuis 2 ans. Par exemple, du côté de la gare ferroviaire, on trouve à louer des maisons et des appartements pour 2000 roubles par mois, le café est à 12 roubles en moyenne et on mange bien dans les rares restaurants encore ouverts avec 200-300 roubles. Dans le centre ville vous pouvez en moyenne multiplier les prix par 4.

Cependant il est remarquable de constater que la cohésion sociale résiste à cette fracture économique et que l'état de droit restauré dès le deuxième semestre 2014 par le jeune République de Donetsk est présent jusqu'aux tranchées de ses défenseurs..

Oktyabrsky, qui est à la fois zone militaire et quartier civil, est à ce titre un exemple magistral de la force naturelle de cette population du Donbass qui est armée d'une capacité de résilience exceptionnelle, d'une discipline volontaire et d'une rusticité héritée des épreuves de l'Histoire...

Merci à Svetlana Kissileva pour ce reportage et le partage de quelques uns de mes témoignages.

Erwan Castel

Source de l'article : Novorossiya Today

(PHOTOS) LA ZONE DE L'AÉROPORT DE DONETSK, UNE PLAIE JAMAIS REFERMÉE

Nous gravons lentement les marches de l’escalier à l’intérieur du célèbre « Deviat étages », l’immeuble de 9 étages qui domine la zone de l’aéroport de Donetsk. Toujours débout, c’est sans doute le bâtiment le plus bombardé de tout le Donbass. A cause de son hauteur, il permet d’observer toute la ligne de front depuis le village de Peski jusqu’à la ville de Iassinovataïa ce qui a fait de lui l’épicentre des combats de cette guerre qui, au printemps de 2014, a embrasé l’Est de l’Ukraine.


Voilà ce qu’avait écrit à ce sujet Erwan Castel, engagé comme volontaire auprès des forces républicaines de Donetsk :

« De novembre 2014 à janvier 2015, une guerre urbaine difficile et violente s'engage alors dans les ruines de l'aéroport, au cours de laquelle les forces républicaines mètre après mètre, étage après étage, s'emparent du terminal de l'aéroport et sécurisent les réseaux souterrains utilisés par les "cyborgs" ukrainiens. C'est au cours de ces mois de bataille difficiles que les bombardements ukrainiens qui s'étendent sur le quartier d'Oktiabrski vont être les plus importants.

Le 21 janvier 2015, Kiev admet enfin avoir perdu le contrôle de l'aéroport où l'armée ukrainienne a perdu beaucoup de soldats et de mercenaires occidentaux. 

Lors de cette bataille de l'aéroport de nombreuses unités de Donetsk se sont jetées dans la mêlée, payant chèrement la reconquête de ce lieu autant stratégique que symbolique. le fer de lance bicéphale de cette grande victoire républicaine était les bataillons "Somali" (blindés) du colonel "Givi" et "Spartak" du Colonel "Motorola", tous deux disparues il y a un an dans des attentats terroristes perpétrés au cœur de Donetsk.

Aujourd'hui cette zone particulièrement sensible de la défense de Donetsk continue d'être le théâtre de bombardements et de combats réguliers, notamment sur les zones de "Volvo Center" à l'Ouest et de "Spartak" à l'Est de la zone aéroportuaire qui continue à être bombardée quotidiennement. »


Bien que situé à l’intérieur de l’immeuble, l’escalier est couvert de neige, et il faut faire extrêmement attention où on met le pied pour ne pas glisser sur les décombres qui s’entassent partout. Ce bâtiment, qui au moment des combats a été touché par 6 impacts d’artillerie ukrainienne en une journée, n’a quasiment plus de murs, mais des trous béantes un peu partout.

Arrivés tout en haut, nous avons sous nos pieds Oktiabrski, les ruines de ce qui fut jadis l’aéroport le plus beau de l’Ukraine, entièrement reconstruit à l’occasion de l’Euro 2012, et un peu plus loin les fumées de la cokerie d’Avdeïevka, ville occupée par les soudards ukrainiens d’où ils bombardent la zone urbaine autour de Donetsk.


Après « Deviat étages », nous passons devant les maisons d’Oktiabrski, pour la plupart désertées de leurs habitants et offrant à chaque passant la vue sur leurs entrailles, pour arriver au couvant Iversky et son cimetière. Parole de nouveau à Erwan Castel :



Le monastère crucifié d'Iversky


« Juste au Sud de la piste de l'aéroport se trouve un lieu de silence, squelette dressé entre les dieux et les hommes qui témoigne autant de leur folie que de leur foi : c'est le monastère des moniales d'Iversky. 


Le sanctuaire d'Iver abritait depuis 2001 une communauté de moniales orthodoxes. Lorsque les combats pour l'aéroport commencent, le monastère est rapidement sous le feu de l'armée ukrainienne et, en août 2014, les premiers projectiles ukrainiens touchent les bâtiments religieux. Le clocher de l'église, frappé par l'artillerie prend feu et les femmes qui se trouvent alors à l'intérieur (la mère Mikhaïla et trois moniales) quittent précipitamment l'église qui menace de s'effondrer.

Pendant cette journée où les feux de l'enfer semblent vouloir s'abattre sur Saint Iver; 2 événements incompréhensibles vont survenir, qualifiés aussitôt de miraculeux par les communautés civile et religieuse : le clocher qui sera à nouveau touché une deuxième fois brûle entièrement mais sans s'effondrer à l'intérieur de l'église, et l'icône de Notre Dame d'Iviron sera ressortie intacte d'un lieu où tous les autres objets sont criblé par les balles et les éclats.


Les combats vont continuer chaque jour endommageant de plus en plus le sanctuaire qui est régulièrement touché par les bombardements de Kiev.

Le 18 décembre 2014, le monastère a été pillé par les soudards de Kiev avant qu'ils ne soient repoussés par les forces républicaines.

Si les premiers tirs touchant le monastère pendant l'été 2014 pouvaient passer éventuellement pour des "dommages collatéraux" des bombardements ukrainiens, la fréquence, l'intensité et la durée des tirs suivants montrent bien que ce lieu sacré de la communauté de Donetsk est devenu rapidement une cible symbolique de l'agression génocidaire engagée par Kiev. Depuis 2 ans ce ne sont pas moins de 9 églises orthodoxes qui ont été détruites sur la ligne de front de Donetsk et Lougansk, sans compter une vingtaine d'autres touchées également par les bombardements ».


Photos de Svetlana Kissileva