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vendredi 10 octobre 2014

Amazones de Novorossiya

Hommage aux femmes du Donbass

Dans le Donbass, des hommes mais aussi des femmes d'Honneur se sont levés et ont pris les armes pour défendre avec courage leurs valeurs, leurs traditions et leurs libertés menacées par une dictature ethnocentrée étrangère et génocidaire.  


Si la guerre est souvent considérée comme une "affaire d'hommes", il ne faut pas cependant négliger le place des femmes dans l'Histoire militaire des peuples...Au contraire car la Femme est non seulement le symbole vivant du sanctuaire défendu, mère, compagne ou fille du guerrier, mais aussi se révèle une participante essentielle à l'effort de guerre. 

Ouvrières, infirmières, ambulancières, messagères, mais aussi combattantes, les femmes sont souvent présentes dans la tourmente, de l'arrière du front jusqu'au coeur des batailles, et leurs actions n'a rien à envier au courage et à l'héroïsme de leurs frères d'armes.

En effet, depuis la nuit des temps, la Femme prend aussi les armes pour défendre ce foyer qu'elle incarne jusque dans son ventre, et de rentrer ainsi dans la légende héroïque des nations, de l'égyptienne Ahhotep, à Geneviève de Galard, l'ange de Dien Bien Phu, en passant par Zenobie la syrienne, Bodicea la celte, Hangaku Gozen la japonaise, Jeanne d'Arc la française, Anne Bonny l'anglaise, Animatou de Zaria l'africaine, Calamity Jane l'américaine, Phûlan Devî, l'indienne, Sophie Magdalena Scholl l'allemande, Laskarina Bouboulina la grecque, Marie-Claude Vaillant-Couturier; Lucie Aubrac, Marie, Dolores, Anne, Françoise, Greta et tant d'autres combattantes connues ou inconnues mais tellement nombreuses dans l'Histoire qu'il manquerait d'étoiles dans le ciel pour nommer toutes ces héroïnes...

Fidèles au passé...

Hercule contre les Amazones, vase grec VIème siècle avant JC
Dans ce panthéon, les Amazones (en grec ancien Ἀμαζόνες / Amazónes ou Ἀμαζονίδες / Amazonídes) occupent une place de choix, mythifiant pour l'éternité l'engagement des femmes au combat. 
Or, plusieurs sources de la mythologie grecque situent ce peuple de femmes guerrières... sur les rives de la mer Noire, où aujourd'hui, les filles de Novorossiya ressuscitent à leur tour la légende...

Les femmes slaves en général et russes en particulier, se sont engagées massivement aux côtés des hommes pendant les guerres et notamment aux XXème siècle où des unités complètes leurs ont même été consacrées, comme le "bataillon de la mort" et ses 2000 volontaires déployées sur le front germano-russe, pendant la Première Guerre Mondiale.


Mais c'est surtout durant la Grande Guerre Patriotique de 1941 à 1945 que, répondant au principe de l'égalité marxiste-léniniste de l'égalité citoyenne des milliers de femmes russes s'engagèrent dès 1941 dans les rangs de l'armée rouge régulière mais aussi dans ceux des partisans. Ces femmes s'engagèrent comme auxiliaires bien sûr mais aussi tankistes, snipers, aviatrices, et elles furent plus d'1 million a combattre sur le front russe pour défendre la Mère Patrie, soit 8% des effectifs totaux engagés pendant le conflit ! 

La moitié d'entre elles seront engagées directement dans les combats...et nombre d'entre elles sont entrées dans la postérité des héros de la Guerre, à l'image de Lyudmila Pavlichenko :



...Exemples pour l'avenir

Lorsque le 13 avril 2014, la junte militaire qui a prit le pouvoir par un coup de force à Kiev déclenche son "opération spéciale", les femmes du Donbass, déjà actives dans les manifestations réclamant la tenue d'un référendum populaire pour une fédéralisation de l'Ukraine, se portent au devant des blindés à Kramatorsk et Slaviansk pour défendre leur terre...


Et lorsque l'opération spéciale devient punitive, frappant les barrages et les quartiers résidentiels de ce peuple qui refuse l'humiliation, les femmes sont plus que jamais en première ligne sous les bombardements criminels des leurs cités et participent, les armes à la main a repousser les assauts blindés des bataillons spéciaux venus les massacrer.

Aujourd'hui les filles de la Novorossiya ont prouvé qu'elles sont dignes des mythiques amazones ou des héroïques combattantes de l'Armée Rouge; défendant avec un courage exemplaire la terre de leurs ancêtres et de leurs enfants !

Cette adolescente s'était portée volontaire avec ses camarades pour défendre leur ville Lissitchansk en août 2014. 72 jeunes âgés de 16 à 18 ans dont 24 filles formant le "Bataillon de la Jeune autodéfense" ... Ces jeunes sans entrainement militaire seulement armés de leur courage et d'un armement léger vont résister pendant 2 jours face à 2000 combattants entraînés et appuyés par des blindés et de l'artillerie. 18 d'entre eux tomberont avant que leurs camarades de se replient et rejoignent la tête haute l'armée de la Novorossiya.

Hommage aux femmes de Novorossiya

Depuis 5 mois, le peuple du Donbass est debout ! 
Malgré les bombes, les humiliations et les insultes mensongères qui pleuvent sur lui...

Le Donbass est debout !

Au milieu des ruines et des charniers où les soudards de Kiev veulent le faire disparaître, le peuple du Donbass est là, sans fierté ni haine, n'écoutant que son devoir et son honneur.

Le Donbass défend sa liberté ! 

Ilona Bonevich, indicatif « Bonja » est Commandant d'une unité spéciale, blessée au feu, deux fois décorée… avec le groupe du commandant Givi ils ont défendu avec l'effectif d'une compagnie d'infanterie (120) la ville d'lovajsk, attaquée par plusieurs bataillons blindés ukrainiens appuyés par des bombardements. Devant la farouche résistance de cette poignée de miliciens, l'ennemi, dépité, avait estimé leurs forces invincibles.... à 3500 hommes !
Une combattante de Novorossiya exemplaire, et dont l'héroïsme exceptionnel n'a d'égal que la modestie et l'humilité d'une femme du Donbass obéissant à son devoir.


Vous pouvez retrouver une interview de "Bonja" au début de la vidéo "The Faces of the Resistance: With Your Own Eyes"  entre 2'04 à 2'40" accessible sur l'excellent site "Beez info" de Claude Rainaudi au lien suivant : Ilona Bonevich, indicatif "Bonja"

Et sur les barrages ou au fond des tranchées, les femmes du Donbass comme leurs aïeules, restent en première ligne "dans le froid et la famine", tout simplement pour obéir à leur devoir, sous les bombardements des Lance-Roquettes Multiples, le tirs des snipers, les insultes abjectes de l'Occident vautré dans sa veulerie... 

Sur cette terre déjà imprégnée du sang de l'Histoire, nombres de ces amazones modernes sont déjà tombées au champ d'honneur ou y ont été blessées, et si elles sont capturées nombre d'entre elles subissent alors viols et tortures avant d'être exécutées au bord d'une fosse commune. 

Et pourtant, regardez les, ces femmes souriantes et belles malgré la peur et la haine qui les enveloppent nuit et jour...













Souvent reléguées dans l'histoire des guerres à un rôle passif ou ignoré, les femmes se révèlent au contraire des combattantes à part entière, et plus encore ! car leur dimension féminine et maternelle leur confère la puissance symbolique de ce pourquoi l'Homme se bat jusqu'au sacrifice suprême, pour son sanctuaire et sa liberté !

Je voulais offrir à toutes ces filles, sœurs, compagnes, mères et "babouchkas" de la Novorossiya, cet hommage, mais je m'aperçois avec tristesse que mes mots ne sont que le misérable écho de l'admiration que je porte à leur courage et leur dignité...

Aussi je me retire, laissant mon coeur leur adresser en silence ma reconnaissance éternelle pour le noble exemple qu'elles nous offrent ...

Erwan Castel


"ce pour quoi nous nous battons a plus de prix que nos vies !"
Alexandre Zakharchenko,1er ministre de la République du Donetsk


LA COURAGEUSE MACHA



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"Amazone blessé" de Franz von Stuck, 1903.


mardi 8 mars 2022

Femmes au coeur des batailles

Vu du Donbass


Aujourd'hui 8 mars est célébrée la journée de la Femme, et permettez au coeur de cette actualité brûlante ce message d'amour et d'admiration pour celles qui sont à mes yeux au coeurs des tempêtes humaines les hautes gardiennes de la Vie, des Traditions et de l'Espérance humaine.

Appeler la Femme "le sexe faible" est certainement une des pires inepties véhiculées par cette phallocratie monothéiste occidentale qui a infecté les mentalités européennes malgré quelques exceptions (qui confirment la règle) tel que le culte marial et le mythe de Jeanne d'Arc par exemple. 

Souvent reléguées dans l'histoire des guerres occidentales à un rôle passif ou ignoré, les femmes se révèlent au contraire des combattantes à part entière, et plus encore ! car leur dimension féminine et maternelle leur confère la puissance symbolique de ce pourquoi l'Homme se bat jusqu'au sacrifice suprême, pour son sanctuaire et sa liberté !

Depuis que je suis arrivé dans le Donbass, les femmes croisées dans les quartier bombardées ou dans les tranchées ne m'ont pas seulement impressionné par leur élégance naturelle mais surtout par leur courage et leur amour de cette terre noire trop souvent rougie du sang de ses enfants, et je comprends pourquoi les mythes grecs à l'origine de ce mythe fondateur situent souvent le peuple des Amazones sur ces rives septentrionales de la Mer Noire où depuis huit années les filles de la Novorossiya ressuscitent leur légende avec une bravoure qui n'a pas à rougir de celle de leurs ainées de l'Armée rouge s'étant déjà levées il y 3 générations seulement contre la folie du nazisme.

La terre de Novorossiya berceau des Amazones légendaires
Hercule contre les Amazones, vase grec VIème siècle avant JC


Si la guerre est souvent considérée comme une "affaire d'hommes", il ne faut pas cependant négliger le place des femmes dans l'Histoire militaire des peuples... Au contraire car la Femme est non seulement le symbole vivant du sanctuaire défendu, mère, compagne ou fille du guerrier, mais aussi se révèle une participante essentielle à l'effort de guerre. Et lorsqu'on regarde de près les révoltes, révolutions et guerres non seulement on y observe des femmes mais nombre d'entre elles y jouent un rôle décisif et symbolique dans l'écriture en lettres de sang des pages héroïques d'une aventure humaine malheureusement douloureuse.

En 2014, lorsque la guerre s'abat sur le Donbass, elles sont nombreuses les mères, les sœurs et les filles qui de Donetsk et Lugansk vont ramasser une arme, une trousse de secours, un sac de munitions et de vivres et se porter, sans ciller au devant de la folie blindée ukrainienne détruisant leurs foyers.

Ilona Bonevich, indicatif « Bonja » en 2014, cette femme commande une unité
spéciale, blessée au feu, deux fois décorée… avec le groupe du commandant Givi 
et un effectif de 120 miliciens seulement elle va défendre la ville d'lliovaïsk, attaquée 
par plusieurs bataillons blindés ukrainiens appuyés par des bombardements. 
Devant la farouche résistance de cette poignée d'amoureux de leur terre, l'ennemi, 
dépité, avait fini par battre en retraite, estimant leurs forces... à 3500 hommes !







Ouvrières, infirmières, ambulancières, messagères, mais aussi combattantes, ces femmes d'honneurs sont souvent présentes dans la tourmente, de l'arrière du front jusqu'au coeur des batailles, et leurs actions n'a rien à envier au courage et à l'héroïsme de leurs frères d'armes aux côtés desquels sont défendus avec courage les valeurs, les traditions et les libertés d'un peuple d'Europe menacé depuis 8 ans par une dictature ethnocentrée et génocidaire aux ordres d'une puissance étrangère.  

Et à l'heure où les villes de la République Populaire de Lugansk, Severodonetsk et Lisichansk sont sur le point d'être enfin libérées par les forces républicaines appuyées par "le vent du Nord" mes pensées vont vers ces adolescents du "Bataillon de la jeune autodéfense" qui, en août 2014 se sont sacrifiés pour permettre aux milices d'échapper à l'encerclement et se replier vers une ligne de front qu'elles tiendront jusqu'à aujourd'hui :


Cette adolescente s'était portée volontaire avec ses camarades pour 
défendre leur ville de Lisichansk en août 2014 : 72 jeunes, et sans 
entraînement militaire, âgés de 16 à 18 ans dont 24 filles avaient formé 
le "Bataillon de la Jeune autodéfense". Ils vont réaliser l'impensable: 
résister pendant 2 jours face à 2000 soldats ukrainiens appuyés par 
des blindés et de l'artillerie. 18 d'entre eux vont mourir pour leur terre 
dont cette jeune fille héroïque, d'autres nombreux seront blessés et 
certains réussiront même à échapper à l'encerclement et rejoindre les 
rangs de la milice de Lougansk. Mémoire éternelle pour ces héros !

Aujourd'hui les femmes du Donbass, comme leurs sœurs palestiniennes, syriennes, yéménites, arméniennes, kurdes ... sont dans leur fidélité au passé un exemple universel pour l'avenir des peuples, de leurs dignité et Liberté. 

En effet, depuis la nuit des temps, la Femme est en première ligne pour défendre ce foyer qu'elle incarne jusque dans son ventre, et de rentrer ainsi dans la légende héroïque des nations: de l'égyptienne Ahhotep, à Geneviève de Galard, l'ange de Dien Bien Phu, en passant par Zenobie la syrienne, Bodicea la celte, Hangaku Gozen la japonaise, Jeanne d'Arc la française, Anne Bonny l'anglaise, Animatou de Zaria l'africaine, Calamity Jane l'américaine, Phûlan Devî, l'indienne, Sophie Magdalena Scholl l'allemande, Laskarina Bouboulina la grecque, Rosa Luxembourg, Louise Michel, Marie-Claude Vaillant-Couturier; Lucie Aubrac, Marie, Dolores, Anne, Françoise, Greta et tant d'autres combattantes connues ou inconnues mais tellement nombreuses dans l'Histoire qu'il manquerait d'étoiles dans le ciel pour nommer toutes ces héroïnes...

Mais ici, dans ce Donbass en guerre j'avoue que les femmes sont exceptionnelles de courage, d'abnégation et de sacrifices pour leur pays et leur peuple, résistant avec une résilience incroyable à 8 années de guerre et de bombardements à caractère génocidaire. 


Peut-être sont-elles portées aussi - et certainement - par cet héritage des femmes slaves en général et russes en particulier, qui se sont engagées massivement aux côtés des hommes pendant les guerres de leur Histoire et notamment aux XXème siècle où des unités complètes leurs ont même été consacrées, comme le "bataillon de la mort" et ses 2000 volontaires déployées sur le front germano-russe, pendant la Première Guerre Mondiale.

Mais c'est surtout durant la Grande Guerre Patriotique de 1941 à 1945 que, répondant au principe de l'égalité marxiste-léniniste de l'égalité citoyenne des milliers de femmes russes s'engagèrent dès 1941 dans les rangs de l'armée rouge régulière mais aussi dans ceux des partisans. Ces femmes s'engagèrent comme auxiliaires bien sûr mais aussi tankistes, snipers, aviatrices, et elles furent plus d'1 million a combattre sur le front russe pour défendre la Mère Patrie, soit 8% des effectifs totaux engagés pendant le conflit ! 

Aujourd'hui les filles de la Novorossiya ont prouvé qu'elles sont dignes des mythiques amazones ou des héroïques combattantes de l'Armée Rouge; défendant avec un courage exemplaire la terre de leurs ancêtres et de leurs enfants !

Certains sourires se sont éteints mais leurs regards continuent à briller dans le ciel de nos mémoires :



En cette journée du 8 mars, j'adresse mon admiration à toutes les femmes qui sont le vrai coeur des hommes et en particulier à celles qui sont au coeur des combats menés pour leur terre dont elles sont les gardiennes éternelles !


Je voulais offrir à toutes ces filles, sœurs, compagnes, mères et "babouchkas" de la Novorossiya, cet hommage, mais je m'aperçois avec tristesse que mes mots ne sont que le misérable écho de l'admiration que je porte à leur courage et leur dignité...
Aussi je me retire, laissant mon coeur leur adresser en silence ma reconnaissance éternelle pour le noble exemple qu'elles nous offrent...

Erwan Castel

"Ce pour quoi nous nous battons a plus de prix que nos vies !"
Alexandre Zakharchenko,
1er président de la République Populaire de Donetsk

"Amazone blessée" de Franz von Stuck, 1903.

dimanche 31 mai 2020

Dans les yeux de ceux qui restent

Une mère du Donbass et son fils à Trudovsky près du front dans le Sud Ouest de Donetsk
Photo Svetlana Kissileva

On peut observer dans le traitement informatif d'un conflit 2 ornières dans lesquelles ont tendance à glisser ceux qui cherchent à rendre compte des événements s'y déroulant: celle de ne montrer que l'action éclatante des uns et des autres et ainsi de se faire l'écho des batailles et manifestations publiques... et celle se contenter d’ânonner des communiqués officiels manichéens et leurs poncifs propagandistes vers d'autres publics qui sont hors de leur portée immédiate. Je pense pour ma part que ces 2 missions sont utiles pour comprendre et faire comprendre et mémoriser pour l'Histoire le déroulement et l'évolution d'un conflit, surtout à une époque post-moderne où la guerre de l'information est quasi aussi vitale que les guerres militaires, économiques ou politiques.

Mais voilà, les combats militaires et les communiqués politiques ne sont en réalité que la minuscule partie visible d'un conflit, et souvent même ils occultent la réalité de la souffrance humaine d'une population précipitée dans la tragédie de la guerre. Et je ne parle pas ici seulement des victimes directes, tués, blessés, bombardés mais aussi de leurs familles, proches et amis qui restent derrière eux, silencieux et souvent invisibles. Ces femmes, ces enfants et ces hommes anonymes portent les pires blessures d'un conflit et qui jamais ne se referment: celles du coeur.

Il est difficile de décrire ces sentiments terribles qui sont souvent l'expression d'un vide vertigineux inconnu dans lequel l'âme a été précipitée et que de surcroît, la pudeur et la douleur veulent souvent garder secrets. Et face à la douleur immense des deuils vécus, le travail du reporter est difficile, car il doit dévoiler sans la violer ou l'exhiber, avec une compassion retenue la détresse profonde de ces personnes tourmentées par la guerre. 


Ceux qui viennent ou vivent dans les Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk et particulièrement au sein de leur population au contact de la guerre, ils rencontrent quotidiennement des histoires humaines terribles éclairées par des regards souvent lointains chargés dune peine indescriptible. Et certaines personnes ont ce talent de pouvoir saisir dans ces miroirs de l'âme que sont les yeux toute la tragédie humaine que des mots ne pourraient décrire avec autant de pureté.

Svetlana Kissileva, née en Ukraine soviétique a choisi de revenir dans son pays après que la guerre ait éclaté dans le Donbass où désormais elle vit et exerce le métier de reporter photographe, Ses photos montrent sans le vernis du commentaire les gens du Donbass où, malheureusement, après 6 ans de guerre inachevée, l'acier, les larmes et le sang font désormais partie de leur quotidien.

Une partie de son travail photographique est visible ici : Svetlana Kissileva

Après plus de 6 années de combats et bombardements subis sur plus de 460 kilomètres d'une ligne de front mordant les portes de nombreuses cités et villages des Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk, il n'y a pas une seule famille qui n'ait pas été touchée intimement par cette guerre abjecte. Maisons ou appartements bombardées, parents tués ou blessés, fratries séparées par la ligne de front ou par l'éloignement d'un membre combattant sur le front depuis des années etc...

Malgré les apparences de centres-villes protégés où semble régner parfois l'insouciance d'une vie moderne, une part importante des esprits des femmes et des hommes du Donbass reste enlacée à cette guerre qui plane au dessus des terrasses rieuses du boulevard Pouchkine comme une épée de Damoclès.

Et dans ces quartiers et villages des républiques du Donbass, il arrive de croiser dans le yeux des gens, pour qui continuer à vivre malgré la peur et le malheur est un acte de résistance, cette lueur étrange à la fois innocente et consciente qui nous apprend plus que que ne sauraient le faire les mots ou les belles paroles, le poids de la guerre et le prix de la Liberté.




En arrivant à Donetsk, j'ai été étonné de voir dans les innombrables espaces verts alternant systématiquement les barres d'immeubles et les lotissements, ces parcs de jeux colorés et soigneusement entretenus, et qui sont pour le visiteur la première expression visible de la place que tient l'enfant dans la société russe du Donbass. En effet, ici l'enfant est roi, pas dans le sens du "pourri-gâté" comme l’interprètent aujourd'hui les sociétés consuméristes occidentales, mais dans celui qu'il incarne le coeur et l'avenir de la famille, ce corps social premier d'une société humaine restée saine.

Lorsque la guerre s'abat sur le Donbass, les enfants deviennent la préoccupation première des familles qui tentent au mieux de leurs sacrifices de préserver leurs santés physiques et mentales tout comme leurs rêves de jeunesse. Mais malgré cela, cette tragédie révoltante qui secoue le coeur de l'Europe depuis 6 années de honte, s'est insinuée dans leurs regards innocents où la flamme de l'innocence s'est éteinte aux souffles des bombardement.




Et derrière chaque enfant, il y a une femme, mère ou grand mère, naturelle ou adoptive, voisine ou éducatrice qui veille sur son avenir et son bonheur. A ce titre les femmes du Donbass sont remarquables, animées d'un courage et d'un dévouement exceptionnels que seule leur beauté parvient à égaler. Nombre d'entre elles sont même parties depuis les premiers combats porter les armes au devant des blindés ukrainiens, et j'ai eu souvent l'occasion d'évoquer ici leur courage qui n'a rien à envier à celui de leurs camarades masculins (ici par ex.: "Amazones de Novorossiya"). 


Mais ces glorieuses combattantes ne doivent pas faire oublier leurs sœurs devant la guerre qui luttent avec un héroïsme silencieux tout aussi admirable contre la peur et la souffrance, sachant rester debout sous les orages d'acier qui fauchent autour d'elles les meilleurs blés de leur peuple, s'acharnant à rester debout pour que soient préservés au delà de la tragédie de l'Histoire, l'avenir et la dignité du Donbass.

"Veuves du Donbass" un clip dédié à toutes ces femmes courageuses
qui dans le silence des vies anonymes du Donbass mènent aussi à
leur manière un combat terrible pour la dignité et la Liberté humaines

Cela faisait longtemps que je voulais, vous évoquer ces regards croisés quotidiennement dans ce Donbass, mais il m'était impossible avec mes mots maladroits de vous montrer dans toute sa pureté cette flamme indicible qui brille dans leurs yeux et qui éclaire toute l'âme de ce peuple exemplaire...

Merci à Svetlana Kissileva de savoir capturer avec amour ces regards dans des photographies qui mieux que n'importe quel mot nous éclairent sur la réalité du Donbass et aussi nous enseignent sur les valeurs essentielles portées par les traditions et les libertés d'un peuple.

Erwan Castel