dimanche 21 février 2021

Permis de tuer !

Le 20 février 2021, à Gorlovka, les forces ukrainiennes ont initié des affrontements meurtriers
au cours desquels plus d'une dizaine de leurs soldats ont été tués lors des ripostes républicaines.


Aleksey Danilov
Ce 20 février 2021, à l'issue d'une réunion du Comité de Sécurité Nationale et de Défense de l'Ukraine tenue la veille, son secrétaire Aleksey Danilov a péroré lors d'un "Talk Show" télévisé où il s'était précipité que les militaires ukrainiens déployés dans le Donbass "n'ont pas seulement le droit de tirer, mais le devoir de le faire !", rajoutant que, selon lui, le seul responsable de la continuité de la guerre était le Président Russe Vladimir Poutine.

Lors de cette même intervention télévisée Danilov a précisé que des décisions secrètes avaient été prises lors de cette réunion et concernées les scénarios ukrainiens pour le Donbass. 

Quelques heures plus tard plusieurs secteurs du front se sont enflammés sous des tirs ukrainiens et notamment celui de Gorlovka, la ville minière située à 60 km au Nord de Donetsk où dr sont déroulés de violents échanges de tirs meurtriers.

Dans la soirée, les informations filtrant de la ligne de front étaient encore confuses voire contradictoires. Cependant il était confirmé à 22 h00 que :

Bombardements ukrainiens...
  • Très tôt ce matin, dès 04h00 du matin, les forces ukrainiennes ont bombardé violemment le front de Gorlovka dans le secteur les villages miniers de Gagarine et Yuzhnaya et le village de Chigari en face duquel se trouvent des positions du bataillon spécial ukrainien Aydar majoritairement composé de radicaux nationalistes et néo-nazis du "Prayvi sector" (Secteur Droit).

Ainsi, sur le front de Gorlovka, c'est une cinquantaine d'obus de mortier ukrainiens qui se sont abattus à l'aube de ce 20 février sur la périphérie de la ville dont une vingtaine sur le secteur de Golma  tirés par les mortiers de 120mm de la 35àme Brigade ukrainienne.

Il est à noter que les bombardements ukrainiens se sont abattus principalement sur des villages miniers, entre 3h00 et 5h30 du matin, période où sont effectuées les relèves des mineurs . Les  bombardements ukrainiens étaient corrigés par des drones d'observation.

La veille les ukrainiens dans un mépris total des accords de Minsk mais aussi des Conventions de Genève avaient bombardé des positions républicaines avec des obus au phosphore :



Les forces de défense républicaines ont subi des pertes :
  • A 10 heures du matin le porte paroles de l'armée reconnaissait la mort du commandant de l'unité Vladimir Alekseevich Gorbatchev, indicatif "Crystal", ainsi que 2 autres soldats blessés.
Les données concernant les pertes subies sont toujours un domaine sensible et même protégé surtout lorsque les opérations militaires concernées sont toujours en cours. Cependant il est difficile aujourd'hui d'ignorer les déclarations confuses mais qui fusent ici et là sur les réseaux sociaux et qu'il est important de prendre avec beaucoup de prudence. 

20 février. Valera,
indicatif "Lis", 34 ans
Ainsi par exemple pour ces attaques ukrainiennes sur Gorlovka: 
  • D'autres informations non confirmées évoquent dès le matin un minimum de 5 autres tués parmi des forces républicaines. 
  • Plus tard en soirée, d'autres sources évoquent 7 tués et 4 blessés dans le secteur de la mine de Glubokaya.
Quelques heures après les tirs ukrainiens les noms de miliciens tués et identifiés apparaissaient déjà sur les réseaux, comme ceux de Shepetko Evgeny et Valera, en plus de celui de Vladimir Alekseevich Gorbatchev déclaré dans le communiqué officiel initial. 

Si ces chiffres venaient à être confirmés, en totalité ou partie, nous aurions donc une des journées les plus meurtrières pour les forces républicaines depuis les accords de Minsk. 


...et ripostes républicaines :

La violence des frappes ukrainiennes a obligé la défense républicaine à riposter dans des tirs de contre batteries sur les positions ennemies identifiées :
  • Une position de la 35e brigade ukrainienne d'infanterie de marine a été touchée près de Gorlovka,
  • Un dépôt de munitions de la 56e brigade ukrainienne d'infanterie mécanisée a été détruit dans la région de Vodyanoye,
  • Le nombre provisoire des pertes ukrainiennes s'élève à 11 soldats tués l'estimation pour les blessés est encore en cours.
Plusieurs sources confirment que les forces républicaines n'ont reçu l'autorisation de riposter que vers 5h00 du matin, après qu'une de leurs positions ait été détruite par des tirs ukrainiens et que l'aggravation de la situation imposait de répondre aux tirs ukrainiens.


Perspectives

Cette aggravation du front qui a été amorcé il y a environ 1 mois présente ici une exponentialité d'autant plus inquiétante qu'elle fait suite à différentes annonces bellicistes du régime ukrainien évoquant la mise en "œuvre du plan B" (option militaire) pour reprendre le Donbass ("le plan A" étant l'option diplomatique). Et sur le terrain de nombreux renseignements confirmés viennent étayés l'hypothèse d'actions offensives ukrainiennes prochaines, comme par exemple :
  • De nombreux renforts blindés et d'artillerie arrivant dans le Donbass depuis février, en plus des mouvements liés aux rotations habituelles,
  • L'absence observées par l'OSCE de nombreuses pièces d'artillerie lourde ukrainiennes de leurs zones de retrait à 40 km du front (accords de Minsk),
  • Un mouvement généralisé des effectifs combattants de la deuxième ligne du front vers les avants postes,
  • Un approvisionnement de carburant exceptionnellement important réalisé vers les dépôts logistiques de l'"Opération des Forces Combinées" ukrainienne,
  • Une augmentation sensible des missions d'observation des drones ukrainiens et le retour au sol des groupes de reconnaissance et des snipers,
  • Etc
Il est donc fortement probable que les autorités ukrainiennes, bien qu'ayant initié ces affrontements meurtriers de Gorlovka, viennent très rapidement à prétexter des pertes subies lors des ripostes républicaines pour hurler aux balcons internationaux et poursuivre sur le terrain leur escalade militaire. 

Et c'était certainement l'objectif majeur de ces bombardements ukrainiens meurtriers du février 2021, comme semble le confirmer l'arrêt de leurs bombardements juste après la riposte républicaine.
Erwan Castel

Pour les enfants du Donbass

Lorsqu'en 2014 les forces ukrainiennes, dans une folie meurtrière et aveugle commencent à bombarder le Donbass, de nombreux enfants sont tués, blessés et traumatisés. Depuis si les la guerre s'est stabilisée dans les tranchées, la situation humanitaire sur les 460 kilomètres du front reste dramatique pour des milliers de familles qui, sous la menace continuelle des tirs, sont confrontées à des difficultés socio-économiques et sanitaires insolubles tant que dure la guerre. 

Dès 2014, plusieurs initiatives françaises comme "Vostok France" ou "Urgence Enfants du Donbass" ont entrepris d'aider ces familles prises en otage par la guerre à protéger et soigner leurs enfants. Aujourd'hui, si l'aide humanitaire russe supporte une partie importante des frais hospitaliers ou de reconstruction des habitats endommagés par exemple, beaucoup de familles n'ont pas les ressources nécessaires pour acheter nombre de médicaments, vêtements et autres fournitures vitales pour leurs enfants. 

Aujourd'hui, malgré l'éloignement géographique du Donbass, la lassitude de cette guerre, l'omerta des médias occidentaux, sans oublier les difficultés liées à cette crise économico sanitaire qui, elle aussi n'en finit pas, il est vital de ne pas oublier cette population européenne qui est à nouveau menacée par une exacerbation de la guerre.

Pour soutenir les actions humanitaires en faveur des enfants, des appels ont été lancé pour aider l'association humanitaire Vostok France, qui réalise chaque année plusieurs missions humanitaires dans le Donbass. 

Voici le lien d'une cagnotte initiée par le groupe Pro russes et soutenant les projets de Vostok France pour le Donbass. La moindre donation, de quelques euros seulement, représente une aide matérielle et morale très importante pour ces familles en souffrance.

Aidons les enfants du Donbass

Merci d'avance pour votre participation à cette entraide humanitaire où plus qu'ailleurs "ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières ". 

Erwan Castel 

samedi 20 février 2021

1918, 2014: quand le chaos ranime le rêve !

Ce 12 février 2021 une commémoration du souvenir s'est déroulée au pied de la statue de Artiom 

C'était un 12 février... 

Le 12 février 2015, dans les échos des derniers combats du chaudron de Debalsevo où l'armée ukrainienne a subi sa plus cinglante défaite contre les milices républicaines de Donetsk et Lugansk, étaient signés la deuxième mouture des accords de paix pour le Donbass, ("Minsk 2") dont le processus, est toujours au point mort 6 ans plus tard, au milieu de combats et de bombardements continuant d'inonder du sang des morts et des larmes des vivants cette vieille steppe russe du Donbass.

Mais le 12 février dont il est question ici est celui qui en 1918 marqua la naissance, de la République de Donetsk-Krivoï-Rog, certes éphémère mais symptomatique à la fois de l'identité russe de la région et de son dynamisme communaliste identitaire et républicain et dont le rêve inspirera 96 ans plus tard la fondation de la République Populaire de Donetsk dont le drapeau reprend ses couleurs nationales. 

Le 103ème anniversaire de cette République de Donetsk-Krivoï-Roga a donc été célébré au comme il se doit au coeur de la cité minière de Donetsk au pied de la statue de Artem, son fondateur et  président et dont le boulevard central de la ville porte le nom.

"Donbass coeur de la Russie"
Affiche de la République soviétique de Donetsk-Krivoï-Rog, 

Il est généralement incorrect voire trompeur de ne considérer un événement qu'à partir de son déclenchement calendaire sans observer l'identité ontologique des communautés animant l'Histoire dans ses filiations historiques, idéologiques et identitaires. Il en est ainsi par exemple de cette révolution anti-Maïdan des oblasts (régions) de Donetsk et Lugansk qui donne naissance en 2014 à des Républiques Populaires éponymes incarnant à la fois 

  • une résistance radicale contre l'Ordre Mondial de la marchandise ayant renversé le pouvoir malade de Kiev,
  • une revendication politique territoriale, culturelle et historique qui inscrit les particularismes identitaires dans un projet sociétal novateur,
  • un élan amoureux vers une Mère patrie civilisationnelle qu'expriment à la fois les traditions héritées et la volonté d'intégrer la Fédération de Russie.
  • une permanence de cette idée d'empire supra-communautaire a forgé l'unité de la Russie qu'elle soit impériale, soviétique ou fédérale, 
  • une solidarité spontanée des différentes communautés ethniques, religieuses, culturelles ou politiques qu'exprime un volontariat international permanent sur le front,

Un peu d'Histoire:

Iaroslav le Sage (978-1054)

Si le berceau historique de la Russie se situe dans l'actuelle Ukraine (n'en déplaise aux négationnistes bandéristes), cette Rus de Kiev amorce sa dimension civilisationnelle sous la houlette du fils du fondateur "Vladimir le Grand", Iaroslav 1er dit "le sage" qui va éliminer les luttes intestines (et familiales) pour le trône autant que les attaques extérieures comme celles des Petchenègues une peuplade turque préislamique que les russes vont refouler à partir de 1036. 

Or la maturité politique du jeune prince Iaroslav va éclore dans cette région du Don dont son père lui confie l'administration. Alors au contact des communautés anciennes et encore polythéistes il finit par pacifier leurs frontières et même les intégrer dans leur liberté de conserver leurs traditions identitaires et polythéistes. C'est peut-être avec Iaroslav le sage que l'idée d'un empire russe est née.

Les mouvements de l'Histoire vont à partir des invasions mongoles du XIIIème siècle éloigner la Russie de sa steppe natale et peu après sous les poussées polono-lituaniennes à l'Ouest et turco-tatares au Sud la région va éclater en une multitude de communautés vassalisées et exploitées par les féodalismes polonais ou ottomans.

Mais à partir du XVème siècle apparaissent des rébellions antiféodales et identitaires refusant le prosélytisme religieux et la servitude étrangère, comme par exemple les révoltes des ruthènes ou celle des cosaques qui sous le commandement de Bogdan Khmelnitski fondent en 1648 un état indépendant (Hetmanat) dont la partie orientale, après le traité d'Androussovo, se retrouvera sous protectorat moscovite, signalant qu'à cette époque la Russie revient progressivement sur ses terres originelles. 

Catherine II (1729-1796)

C'est au XVIIIème siècle que, sous le règne de l'impératrice de Russie Catherine II, son fidèle Potemkine va au cours de plusieurs campagnes militaires repousser définitivement les ottomans et réintégrer dans l'Empire les terres bordant les Mer Noire et d'Azov et dont les différentes subdivisions (Yedisan, Tauride, et Méotide) formeront la "Novorossiya" cette région russe s'étendant de la Moldavie à l'Ouest au Kouban à l'Est, et théâtre ces dernières années de séparatismes populaires et pro-russes (Transnisstrie, Crimée et Donbass). 

C'est à cette époque que naissent les grands ports et villes de la région et que la puissance géopolitique de la Russie par sa Novorossiya devient internationale (via la porte méditerranéenne de la Mer Noire) permettant un développement rayonnant socio-économique et culturel de l'empire.

Vladimir Ilitch Oulianov 
dit "Lénine" (1870-1924)
statue centrale de Donetsk

Ces "marches" de l'Empire ("Ukraina") bordant la Mer Noire sont les Novorossiya, Malorossiya et Subcarpathie russes et un petit territoire occidental mais passé sous contrôle austro-hongrois appelé Ukraine. Au sortir du 1er conflit mondial, Une superposition chaotique de conflits régionaux, nationaux et internationaux provoqués par la fin de l'empire tsariste va s'emparer de cette région stratégique. En effet, profitant du chaos russe, un premier état ukrainien indépendant (1917-1922) apparait puis disparait aussitôt sous le flux et le reflux d'une invasion allemande qui laisse à son tour la région devenir le champ de bataille entre russes: les "blancs" de Dénikine (aidés par la Triple Entente), les "rouges" de Trotsky et les "noirs" de Makhno qui combattra tour à tour allemands, blancs et rouges avant d'être vaincu par ces derniers.

Créée en 1918, au lendemain du traité de Brest Litovsk, cette jeune République Socialiste Soviétique d'Ukraine, libérée et pacifiée, formera en 1921 avec les 14 autres républiques issues de la Révolution bolchévique, l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, sous la houlette de "Lénine".

Mais revenons dans le Donbass...


La République de Donetsk-Krivoï Rog,

République de Donetsk-Krivoï Rog (DKR), février 1918 - février 1919

C'est au sein de ce séisme régional provoqué par les tectoniques additionnées de la Révolution bolchevique et de la Première guerre mondiale que va naître dans la République de Donetsk-Krivoï Rog (DKR), communément appelée République de Donetsk. Menacée par l'invasion allemande, et écartelée entre les prétentions moscovites à l'Est et ukrainiennes à l'Ouest, cet immense bassin du Don, à l'identité cosaque indépendante, va métamorphoser sa puissance économique acquise avec l'industrie houillère au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle en puissance politique forte fondée sur un communisme originel. 

Et de cette expression politique prolétarienne, à la fois forte d'une puissance économique, d'une identité cosaque mais aussi des menaces pesant sur son identité (russes blancs et allemands) va naître le 11 février 1918 la République de Donetsk-Krivoï Rog, un Etat indépendant de Kiev et de Moscou, bien qu'idéologiquement et militairement allié avec les bolcheviques contre les russes blancs, leurs alliés occidentaux, les allemands et leurs vassaux ukrainiens.

Artyom (1883-1921)
La "République de Donetsk" comprenait les gouvernorats de Kharkov, du Donbass, de Iekaterinoslav, d'une partie de celui de Kherson et de celui de l'armée du Don. Elle fut initiée par Andreïevitch Sergueïev Fiodor et approuvée par les comités populaires locaux qui désignèrent Fiodor dit "Camarade Artyom" comme son premier président.

Si l'histoire de cette République de Donetsk-Krivoï Rog, passe sous les radars des historiographies soviétiques et ukrainiennes, le Donbass en revanche se souvient depuis le XXème siècle de cette page de son histoire au point que la statue de son fondateur Artyom domine l'avenue principale de Donetsk qui porte son nom.
Andreïevitch Sergueïev Fiodor dit Artyom mourra accidentellement en juillet 1921 au cours du test de l'aérowagon entre Toula et Moscou. il sera inhumé à la nécropole du mur du Kremlin, tandis que son fils sera adopté par Staline dont il était l'ami.

Kliment Vorochilov (1881-1969)
D'autres figures émergent au sein de cette République de Donetsk-Krivoï Rog, tel Kliment Efremovitch Vorochilov, qui après avoir été ouvrier métallurgiste à Donetsk puis serrurier à Lugansk va diriger en 1918 la résistance de cette cité contre les forces allemandes avant de partir faire le siège de Tsaritsyne qu'il reprendra aux russes blancs du Général Wrangel pendant l'hiver 1919-1920 et qui deviendra Stalingrad (puis Volgograd). 

Au cours de la défense héroïque de la ville de Lugansk (qui était alors le siège de la DKR) menée par les volontaires de la Vème armée de Vorochilov, les femmes de la cité ont formé des semaines durant des chaines humaines apportant les munitions des cartoucheries, où d'autres épouses et jeunes travaillaient jour et nuit, jusqu'aux tranchées où leurs frères maris et pères se battaient victorieusement contre des forces allemandes pourtant supérieures en nombre et moyens.

Plus tard Vorochilov poursuivra une carrière militaire et politique brillante au sein de l'URSS dont il deviendra commissaire politique et maréchal.

Quant à la jeune République de Donetsk-Krivoï Rog, elle fut rattachée à la première République Socialiste Soviétique d'Ukraine en mars 1918 qui s'étendait alors à l'Est du Dniepr, avant que d'être dissoute définitivement en février 1919. 

Plus tard, l'armée rouge repris le contrôle des anciens territoires russes (pour simplifier, la région à l'Ouest du Dniepr jusqu'aux frontières roumaines et polonaises) étendant par la même occasion le territoire de la République Socialiste Soviétique d'Ukraine, en 1921. L'intégration soviétique du Donbass dans l'Ukraine est la conséquence d'une économie politique décidée par Lénine (laquelle détournera progressivement le marxisme vers l'impasse d'un capitalisme d'Etat contre nature), qui arbitrairement transfère l'industrie florissante du Donbass, (et donc ses territoires et populations russes) vers la jeune république soviétique pour y propulser une économie régionale toujours figée dans une agriculture désuète.      

Les populations russes du Donbass, entre 1921 et 1991 vont cependant continuer à vivre, en tant que citoyens soviétiques la permanence de leur lien identitaire et relationnel avec la Russie, tout comme les autres populations russophones d'Ukraine où celle de la Crimée qui elle ne sera rattachée à l'Ukraine qu'en 1954.

Au moment de l'effondrement de l'URSS, alors que les travaux préparant l'indépendance de l'Ukraine avaient préconisé la création d'un système fédéral adapté à sa diversité communautaire, c'est au contraire un centralisme étatique qui va y être organisé, faisant apparaitre rapidement la dichotomie démographique du pays entre ses populations orientales et méridionales identitairement russes, et ses populations occidentales où une identité polonaise importante porte un regard vers l'Union Européenne. 

Au fil des années, l'effondrement socio-économique de l'Etat ukrainien post soviétique exacerbe les revendications politiques divergentes des communautés qui, malgré une défiance commune vis à vis d'un pouvoir oligarchique corrompu, creusent un antagonisme identitaire et idéologique, entre prorusses antimondialistes et prooccidentaux russophobes 
C'est à cette époque que réapparait en Galicie (à l'Ouest de l'Ukraine) l'idéologie bandériste (néo-nazisme ukrainien) sous forme de partis politiques et organisations paramilitaires, tandis que dans la Crimée russe sont organisés 2 premiers référendums (en 1991 et 1994) accordant à la péninsule une autonomie constitutionnelle renforcée et que dans le Donbass apparait en 2006 le mouvement "République populaire de Donetsk" militant pour l'autonomie territoriale de l'oblast de Donetsk.

  
2014, un rêve ranimé par le chaos

Brandissant les drapeaux tricolores de la République Populaire de Donetsk et de Fédération de Russie,
les populations de Donetsk et Lugansk ne manquent jamais une occasion de descendre en foules pour
soutenir le projet républicain de réintégrer l'espace russe auquel elles sont identitairement attachées.


Tout les éléments étaient donc réunis pour un éclatement de l'Ukraine, et lorsque le coup d'Etat pro-occidental du Maïdan accouche d'un régime totalitaire ethnocentré, russophobe et criminel, à qui répond un mouvement de contestation populaire et pro-russe sur tout l'ancien territoire historique de la Novorossiya, et dont les revendications fédéralistes initiales vont devenir séparatistes provoquant le retour référendaire en Russie de la Crimée, et l'irrédentisme de Républiques Populaires autoproclamées à Donetsk et Lugansk, dans le feu d'un interminable conflit armé avec l'Ukraine 

Il ne s'agit pas ici de retracer la genèse et chronologie de cette rébellion anti-Maïdan du Donetsk et Lugansk et de ses républiques éponymes car ces événements ont été mainte fois abordés et décrits ici et ailleurs depuis 7 ans mais plutôt d'essayer de mettre leurs revendications idéologiques et filiations historiques en perspective d'une réalité permanente dune rébellion européenne protéiforme dont les dynamiques populaires s'articulent depuis des millénaires autour du concept de la Liberté et même de la nature civilisationnelle.de son combat.

En effet, l'Histoire du "Vieux Continent" est certainement émaillée d'autant de mutineries serviles, révoltes paysannes, révolutions populaires et insurrections ouvrières que de guerres étatiques et, du mythe de Prométhée aux révoltes régionalistes actuelles, les valeurs et rêves libertaires n'ont jamais cessé de soulever les peuples européens contre les tyrannies subies, idéologiques, économiques, militaires ou culturels par lesquels s'exerce tout pouvoir politique porté cet étatisme élitiste et consubstantiellement absolutiste. 

Révoltes des bagaudes, résistances germaines ou guerres serviles contre Rome, insurrections valaque contre Byzance, guerres d'indépendance écossaises, révoltes des Karls, des chaperons blancs, des maillotins et autres jacqueries paysannes, révoltes du papier timbré, des jacobites ou des camisards, communards de Paris ou spartakistes de Berlin guerres de décolonisation etc., ces "rébellions" populaires, sociales ou territoriales, deviennent de plus en plus importantes et violentes au fur et à mesure que s'exerce sur les peuples le double carcan du totalitarismes militaro-politique et de l'exploitation socio-économique, dont beaucoup de dictatures bourgeoises et colonialismes marchands ne sont que les formes antérieures du capitalisme mondialiste actuel qui n'est que le paroxysme moderne de sa dimension liberticide et terroriste.

Il est à noter que ce sont souvent des situations de chaos contextuel - et pas forcément en rapport direct avec leurs causes - qui favorisent l'émergence de ces mouvements révolutionnaires, et à ce titre, les révoltes du Donbass, cosaques du passé mais surtout celles, modernes, de la République de Donetsk-Krivoï-Rog en 1918 et des Républiques Populaires de Donetsk & Lugansk en 2014, sont les parfaits exemples de cette permanence identitaire des peuples minorisés restant à l'affût d'un "moment de l'Histoire" pour reconquérir leur Liberté.

De fait, l'identité territoriale ancienne du Donbass russe a été renforcée 

  • d'une part par sa nouvelle orientation économique (dans la deuxième moitié du XIXème siècle) articulée autour d'une production industrielle moderne qui lui offrira dans la période suivante des basculements historiques chaotiques (1ère guerre mondiale, révolution bolchevique, fin des empires européens) une puissance économique rassurante autant qu'un renfoncement ouvrier des mentalités. 
  • d'autre part, la situation géostratégique de la Mer Noire, à la croisée de l'Occident, l'Eurasie et l'Orient, fait de sa steppe côtière un enjeu international de l'affrontement séculaire entre un empire terrestre russe et une thalassocratie anglo-américaine qui veut l'étouffer économiquement et militairement en essayant de lui ravir sa porte maritime vers la Méditerranée (guerre de Crimée 1854, révolution Orange 2004, Maïdan 2014). 

«Le Donbass a toujours été russe!»


Les républiques minières du Donbass russe ont toujours fait preuve dans leur Histoire contemporaine d'une exceptionnelle capacité de résistance courageuse, rapide et très dure contre les hégémonies occidentales menaçant leurs territoires et leurs libertés. Depuis la défense de Lugansk en 1918 par la Ve armée de Vorochilov contre des armées allemandes supérieures en nombre et équipements jusqu'à la résistance de 2014 des groupes civils d'autodéfense face aux blindés ukrainiens, en passant par les bataillons des mineurs de Donetsk menant à Sébastopol,
 armés de leurs seules baïonnettes et pelles et de tranchées, des assauts victorieux contre les soldats du IIIème Reich.

Car persiste dans les coeurs des Hommes et des femmes du Donbass et dans la terre de cette steppe abreuvée de leurs sang et de leur sueur, la mémoire de leur dignité dont 1918 et 2014 sont des piliers soutenant leur Liberté. Et à chaque année la jeune République Populaire Donetsk, qui a repris ses couleurs nationales, se souvient de cette étincelle du 12 février 1918 qui a vu se concrétiser pour la première fois son rêve éternel et que n'ont pas réussi à éteindre les nouveaux orages d'acier qui s'abattent à nouveau depuis 7 ans sur ses cités rebelles.

Cette année, pour le 103ème anniversaire de la République de Donetsk Krivoî Rog un hommage s'est déroulé au monument dédié à Artyom, présidée par  Alekseï Muratov, chef du du mouvement public «République de Donetsk», Vladimir Bidyovka le président du Conseil du peuple de la RPD et Aleksei Kulemzin, chef de l'administration de Donetsk ainsi que d'autres délégations et citoyens de Donetsk venu fleurir la mémoire de Sergeev Fiodor qui est en quelque sorte le grand père de la République Populaire de Donetsk, tandis que passaient sur l'avenue voisine des camions militaires Oural menant des soldats relever leurs camarades sur la première d'un front situé à moins de 6 kilomètres.
A cette occasion, Vladimir Bidyovka  a rappelé que "la mémoire de la République de Donetsk-Krivoï Rog est importante pour que les jeunes se souviennent toujours de leurs racines historiques et culturelles, ainsi que pour connaître les personnages historiques qui ont jeté les bases de ce mouvement. L'un d'eux était le camarade Artyom",

Le Donbass, c'est tout cela mais toujours au service de la résistance libertaire historique d'un peuple refusant toute hégémonie extérieure ou absolutisme intérieur qui conteste ou veut soumettre ses souverainetés territoriales identitaires, qu'elles soient politiques, socio économiques ou culturelles. 

Voilà pourquoi, les jeunes Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk se souviennent avec fierté et émotion de cet éphémère épisode de la République de Donetsk Krivoï Rog comme d'un chêne qui se souviendrait du gland qui un jour a osé semer dans la terre froide de l'automne le printemps lointain de sa Liberté rêvée...

Erwan Castel


vendredi 19 février 2021

La crainte et la tentation du pire


Karine Bechet Golovko, une fois de plus nous livre en cette période de nouvelle escalade militaire dans le Donbass une analyse indépendante et pertinente, loin des rodomontades soporifiques assénées par les propagandistes s'invectivant de chaque côté de la ligne de front.

Dans son article, Bechet Golovko pose les bonnes questions et je rejoins son analyse avec cependant 2 nuances  q:ue j'évoquerai ici en préambule:


1 / "la Russie ne voulait pas intégrer plus que la Crimée"

Même s'il s'inscrit dans une dynamique identitaire commune, le retour référendaire de la Crimée a bénéficié d'une situation différente et avantageuse par rapport à celle du Donbass: 
  • Enjeu géostratégique prioritaire avec Sébastopol et la flotte russe de la Mer Noire.
  • Autonomie constitutionnelle de la péninsule avec référendum autorisé,
  • Bouclier militaire russe avec la garnison de Sébastopol (env 15 000 hommes en 2014)
  • Effet de surprise calendaire (1 mois après le Maïdan) et rapidité d'exécution,
  • Désorganisation d'un pouvoir ukrainien concentré sur une épuration politique kiévienne
  • Attention relâchée de l'OTAN qui pensait avoir enfin avoir gagner l'Ukraine stratégique...
Dans le Donbass en 2014, même si l'enjeu stratégique est moindre l'effet de surprise impossible, le bouclier militaire et un tutorat russe pour accompagner son séparatisme, Moscou a cependant toujours soutenu la dynamique séparatiste des Républiques de Donetsk et Lugansk tout en protégeant ses propres intérêts et maitrisant au mieux les répercusions internationales du séisme ukrainien. 

Je pense que Moscou n'est pas contre la volonté des populations du Donbass de rejoindre la Fédération mais ne pouvait pas en 2014 les intégrer sans risquer de voir l'opération de la Crimée se transformer en victoire à la Pyrrhus par un dérapage incontrôlé des tensions avec Kiev et les occidentaux. 

Poutine a -t-il eu raison ? Je le pense car à cette époque les perspectives d'un apaisement diplomatique sont encore possibles dans les discours et la Russie n'a aucun intérêt à rechercher une confrontation avec l'Occident. 

Cependant, il y a eu des choix stratégiques malheureux fondés sur les paris diplomatiques moscovites et qui se révèleront plus tard être des erreurs stratégiques, comme par exemple la décision d'abandonner prématurément les contre-offensives victorieuses des milices républicaines, après les échecs ukrainiens de Iliovaisk (sept 2014) et Debalsevo (fevr 2015) et qui étaient pourtant en mesure de reprendre aux forces de Kiev, au Sud Mariupol, 2éme ville et port industriel du Donbass (qui alors n'était plus défendue), et au Nord de libérer l'étreinte sur Gorlovka (peut-être jusqu'à Slaviansk) libérant de nombreuses populations et ressources économiques républicaines, augmentant la viabilité sécuritaire des républiques en rapprochant la ligne de front de la limite des anciens oblasts administratifs (laquelle fait d'ailleurs référence dans la géolocalisation des accords de Minsk).


2/ "Une force, contre laquelle il serait problématique pour la Russie d'intervenir, comme la Turquie agissant au nom de l'Azerbaïdjan, pourrait relancer le conflit dans le Donbass"

L'offensive de l'Azerbaidjan contre la république séparatiste arménienne de l'Artsakh a surpris tout le monde dans sa virulence et son ampleur et surtout l'engagement décisif de la Turquie au côtés de Bakou (forces spéciales, logistique et drones d'attaques notamment) sans lequel l'offensive azérie n'aurait certainement pas été envisageable. Et les échos de cette guerre aux confins de l'Arménie de réveiller les rêves des uns et les craintes des autres de voir un "remake" relancer bientôt le conflit du Donbass. Le fait est que Kiev, enthousiasmé par les résultats des drones turcs Bayraktar B2 dans l'Artsakh s'est empressé d'en commandé une cinquantaine supplémentaires à Ankara (6 avaient déjà été achetés en 2018). 

Cependant, même si leurs genèses sont nées d'une histoire soviétique post soviétique commune, les conflits du Haut Karabagh et du Donbass ont aujourd'hui des contextes géopolitiques très différents, et je ne vois pas, à court terme, un pays de l'OTAN s'engager directement dans un conflit contre un Donbass intimement connecté avec la Fédération de Russie, le risque d'y précipiter directement (et prématurément) l'Alliance atlantique, en responsabilité politique et en actions militaires, dans le conflit est trop important et hasardeux.

Je pense que l'OTAN préfèrera dans l'hypothèse d'une sortie des tranchées du conflit du Donbass avancer d'abord des "alliés non intégrés" et donc consommables servant, comme en Syrie par exemple, de proxies militaires consommables autant que de fusibles politiques sacrifiables une fois qu'ils seront "éparpillés façon puzzle" par les missiles et l'aviation russes. 

C'est probablement dans cette perspective agressive mais prudente de l'OTAN, que vient d'être réactivé le projet d'une triple alliance militaire soutenue et équipée par les occidentaux entre l'Ukraine, la Géorgie et la Moldavie qui toutes les trois sont:
  • Gouvernées par des régimes pro-occidentaux, russophobes et confrontés à des séparatismes régionaux (Transnisstrie, Ossétie/Abkhazie et Donbass), 
  • Des auxiliaires de l'alliance Atlantique qu'ils rêvent fébrilement d'intégrer, comme le démontre le zèle avec lequel ils participent déjà à ses exercices interalliés, 
Bien sûr, personne ne sera dupe que les forces étrangères qui pourraient éventuellement intervenir aux côtés des ukrainiens (tout comme les Sociétés Militaires Privées) ne seraient avec ces derniers que les marionnettes consommables de Washington équipées par les USA et missionnées pour prolonger et amplifier le chaos dans la région, mais tout en maintenant (certes hypocritement) la responsabilité officielle occidentaux à l'abri du Droit international et de la dynamique des alliances atlantistes.

Ceci n'étant bien sûr que mon humble avis....

Erwan Castel

Source de l'article : Russie Politics 

Etats-Unis / Russie : 

L'interminable conflit du Donbass réactivé

par Karine Bechet-Golovko

" L'échec des mécanismes mis en place par les accords de Minsk pour résoudre le conflit dans le Donbass est flagrant, ils ont permis de geler le conflit en attendant l'émergence d'une volonté politique, quelle qu'elle soit, pour faire pencher la balance dans un sens ou dans l'autre, à savoir vers une intégration du Donbass en Russie ou de son retour en Ukraine. En attendant, les populations restent balancées entre attente et attentats, inquiétude d'une reprise du conflit et désespoir de ne jamais le voir finir. Dans la jeune République de Donetsk, les dirigeants se disent prêts au combat. Mais pour quel combat ? Pensent-ils réellement que les Etats-Unis arrivent dans une phase de dégel du conflit sur le mode de la guerre éclaire dans le Haut-Karabagh, car la phase finale de la guerre globale pour la Russie est arrivée ? Ou bien le combat à gagner est justement celui qui se déroule maintenant, gelé et engluant. Pour quel combat la Russie est-elle prête aussi ?

Denys Pouchiline, à la tête de DNR, de déclarer ne pas exclure une attaque massive de l'armée ukrainienne contre le Donbass et d'assurer que la doctrine militaire en tient compte et prévoit une réponse. Le représentant de DNR dans le groupe de contact de déclarer que, vue l'intensification des violations des accords de Minsk par l'Ukraine ces derniers-temps, un retour à une phase chaude du conflit n'est pas exclu. En effet, en février, pour la première fois depuis juin dernier, le calibre des tirs a augmenté ainsi que leur fréquence.

Certes, l'élection de Biden redonne des ailes à l'Ukraine, engluée dans un conflit qui la dépasse, qui la détruit. Mais peut-on pour autant sérieusement attendre une véritable opération militaire atlantiste sous drapeau ukrainien ? Ici, deux scenarios sont envisageables.

Dans un premier cas, les Etats-Unis ont besoin de ce conflit gelé pour continuer à faire pression sur la Russie. Bien que les Etats-Unis dénoncent officiellement une activité déstabilisatrice de la Russie, qui serait un danger pour tous les membres et partenaires de l'OTAN, revenir alors à un scénario prioritairement militaire serait étonnant si les Etats-Unis n'envisagent pas une attaque géopolitique finale contre la Russie :

  • Tout d'abord, parce qu'il ne correspond pas à la manière dont l'Ukraine mène cette guerre. La tentative initiale d'une intervention militaire rapide s'est soldée par un échec cuisant, dont seul l'arrêt des combats avec les accords de Minsk l'a sauvée d'une défaite totale. L'implantation de "conseillers" de l'OTAN permet aujourd'hui une certaine stabilité. Ce cadeau a été possible, également parce que la Russie ne voulait pas intégrer plus que la Crimée. 
  • Ensuite, parce que l'évolution du conflit montre du côté ukrainien à la fois un discours défensif, disant toujours devoir se défendre et non pas assumer une attaque. Pour l'instant, le clan atlantiste ne peut pas se permettre une véritable guerre, avec des morts en pagaille, du sang, de la chaire brûlée. C'est trop voyant, cela sent trop fort. Les oripeaux du mythe de la démocratie triomphante n'y survivraient pas. 
  • Enfin, la technique mise en place du côté ukrainien est celle d'une guerre sale, digne d'un Etat terroriste. Dernière illustration en date : dans la petite ville martyre de Gorlovka, la voiture d'un des commandants militaires a explosé, en pleine ville, avec sa fille à bord.

Pour l'instant, la Russie hésite fortement à s'engager dans un processus juridique d'intégration du Donbass, elle digère encore sur la scène internationale la Crimée, elle apporte une "aide humanitaire" au Donbass - et en ce sens, elle ne l'abandonne pas. Cette hésitation est objectivement discutable, puisque de toute manière la situation internationale n'en serait pas aggravée, en tout cas pas pour cette raison, mais c'est le choix politique fait à ce jour par les élites dirigeantes. La Russie continue à soutenir le Donbass, à poser des pions : facilitation d'obtention de la nationalité russe, accords de reconnaissance des diplômes avec certains établissements supérieurs, etc. Et dans le combat diplomatique entre la Russie et le clan atlantiste (US /UE), la carte du Donbass est aussi une carte jouée : si vous poussez trop, on peut y penser ... Ne serait-ce que pour cela, il serait surprenant que les Etats-Unis relancent un véritable conflit, avec tous les investissements que cela comporte, pour permettre à la Russie de ne plus avoir d'hésitation ... En revanche faire couler les blessures, jusqu'à épuisement du patient, en alternant les phases de soin et d'écoulement, cette stratégie est prévue pour durer.

N'oublions pas qu'aujourd'hui, aucun des conflits en cours n'arrive à être purgé, car des négociations politiques interviennent, suspendent, font durer, dès qu'une situation peut être militairement réglée. Il serait surprenant que le Donbass fasse exception. Quel acteur en jeu aurait le courage d'une volonté étatique ?

C'est bien le deuxième cas, celui d'un dégel du conflit dans le but d'un discrédit insurmontable de la Russie, qu'il faut envisager aussi, surtout après l'intervention militaire aussi inattendue qu'efficace menée officiellement par l'Azerbaïdjan contre l'Arménie dans le Haut-Karabagh, qui a ramené la Turquie aux frontières de la Russie dans la région, Russie qui n'est pas intervenue contre cet étrange "ami" turc, membre de l'OTAN. Car si les Etats-Unis, avec le retour des Démocrates, comprennent qu'il est temps d'attaquer la Russie frontalement, que le combat pour le monde global entre dans une phase finale, le Donbass est l'angle idéal d'attaque. Une force, contre laquelle il serait problématique pour la Russie d'intervenir, comme la Turquie agissant au nom de l'Azerbaïdjan, pourrait relancer le conflit dans le Donbass. Gelé, tant que cela est nécessaire, car dans le Haut-Karabagh, les morts étaient possibles, pas de journalistes, aucun problème sanitaire : c'était le moment de la guerre. Si la Russie n'intervient pas alors militairement pour sauver le Donbass, le pouvoir en place perd le soutien de la population et le pays risque le crash avec une très faible intervention extérieure. 

Finalement pour quel combat les dirigeants de DNR se déclarent-ils prêts ? Celui qui est gelé, pas vraiment militaire mais avec des éléments armés, pas vraiment meurtriers mais avec des victimes, ce long combat qui rappelle les tranchées, mais avec une résurgence de vie, ce combat qui vide de sa substance toute vie qu'il faut gagner. Et vite. Ou le conflit décongelé, éclair, qui va mettre la Russie face à un choix stratégique qu'elle n'a pas vraiment envie de faire aujourd'hui.

Karine Bechet-Golovko

jeudi 18 février 2021

"Le crapaud qui veut se faire aussi gros que l'ours"


Ce 17 février 2021, un groupe aérien de l'armée française a été intercepté par des chasseurs russes alors qu'il s'approchait de l'espace aérien de la péninsule de Crimée, soit un nouvel épisode de cette nouvelle adaptation de Jean la Fontaine, en version du "crapaud qui veut se faire aussi gros que l'ours"...


Le contexte

Depuis que, à la faveur de la rupture constitutionnelle ukrainienne provoquée par le coup d'Etat du Maïdan, la Crimée a organisé en mars 2014 son retour référendaire au sein de la Russie conformément au droit souverain des peuples de disposer d'eux mêmes, son territoire mais également ses espaces maritimes et aériens font à nouveau partie intégrante de la Fédération de Russie, fermant ainsi une courte parenthèse ukrainienne de 60 années dont 37 au sein de l'URSS.

Mais depuis 7 ans, le nouveau pouvoir de Kiev et ses parrains occidentaux ne réussissent pas à digérer cette volonté populaire quasi unanime (96.7%) du peuple de Crimée qui leur a coupé l'herbe sous le pied, l'un des objectifs majeurs du coup d'Etat télécommandé du Maïdan - pour ne pas dire le premier - était d'expulser la flotte russe de la Mer Noire de la base de Sébastopol.

D'où cette hargne indicible des pays de l'OTAN, sur fond de guerre ukrainienne ouverte dans le Donbass, de multiplier les sanctions économiques contre la Fédération de Russie ainsi que les gesticulations militaires provocatrices autour de la péninsule russe, et qui semblent même plus hystériques que celles de l'armée ukrainienne elle-même qui depuis 2014 (à par 2 ou 3 pitoyables initiatives personnelles de sabotages ratés), est restée sagement loin des frontières russes.

Parmi les gesticulations de l'alliance atlantique autour de la Crimée on peut observer, entre autres provocations et pressions militaires : 

  • la construction de quais militaires à Odessa (pour la Royal Navy) et d'une base de côtière de l'OTAN à Ochakov (à l'Ouest de la Crimée), 
  • une permanence de missions navales des pays de l'alliance se relayant en Mer Noire pour des missions d'observation et d'écoute électronique,
  • un enchainement d'exercices terrestre et navals interalliés de l'OTAN autour de la Crimée et  auxquels participent les forces ukrainiennes,
  • Des entrainements de tirs de missiles terre-mer réalisés régulièrement par l'armée ukrainienne à proximité des eaux territoriales de Crimée,
  • Etc.
  • Et enfin, ce qui nous intéresse ici:  des vols d'observation réalisés dans l'espace aérien international ou ukrainien par des drones stratégiques ou des avions de l'OTAN,
Régulièrement je signale ici des activités aériennes de l'OTAN, drones "Global Hawk" furetant le longs des frontières russes et de la ligne de front du Donbass ou avions de reconnaissance et de guerre électronique espionnant le dispositif de la flotte russe de la Mer Noire au large de la Crimée. Ces activités aériennes de l'OTAN, bien que de plus en plus fréquentes ont généralement des vols qui restent parallèles aux limites de l'espace aérien russe et par conséquent ne déclenchent pas des alertes de la part des forces de défense de la Fédération de Russie.


Les faits

Or ce 17 février des avions de combat Mirage 2000 de l'armée de l'air française accompagné d'un avion ravitailleur KC 135 ont été interceptés par des chasseurs russes Sukhoï 27 alors qu'ils s'approchaient de l'espace aérien russe de la péninsule de Crimée. 

Vidéo de l'interception du groupe aérien français 
par les chasseurs russes Su 27, le 17 février 2021 

Il est a noter que cette interception pacifique réalisée dans l'espace aérien international est autorisée par le droit international dans le cadre de la prévention des incidents armés, comme le précise d'ailleurs le communiqué du Ministère de la Défense russe au sujet de cette interception :

«Pour identifier les cibles aériennes et prévenir la violation de la frontière de Russie, deux chasseurs Su-27 ont décollé. [...] Les équipages de chasseurs russes ont identifié les cibles aériennes comme un groupe d’avions de l’Armée de l’air française composé d’un ravitailleur KC-135 et deux appareils d’aviation tactique Mirage 2000, et ils ont été escortés au-dessus de la mer Noire"

Dès après leur interception les aéronefs français ont changé leur cap, tandis que les chasseurs russes regagnaient leur base. 

Itinéraire final du KC 135 ravitailleur de la base d'Istres qui accompagnait
les 2 chasseurs Mirage 2000 D vers la péninsule de Crimée.

De fait ce n'est pas la première fois que des avions de l'armée de l'air française réalisent des missions de reconnaissance des défenses de la péninsule de Crimée, mais depuis ces derniers mois leurs vols se rapprochant de plus en plus de l'espace aérien de la Fédération ont provoqué plusieurs interceptions de la part des chasseurs russes :

  • En août 2020, 1 "Atlantique 2" [ATL2] de la Marine nationale française, enapproche de la frontière russe intercepté dans cette zone a été intercepté par un chasseur Sukhoï 27 
  • En octobre 2020, ce sont déjà 2 Mirage 2000D français qui sont interceptés par des Sukhoï 27 au-dessus de la mer Noire à proximité de la Crimée. 
  • En décembre 2020, c’est 1 Transall C-160G "Gabriel" de l’Escadron électronique aéroporté 1/54 Dunkerque qui s’est fait intercepté avec un KC-135 ravitailleur et un RC-135 (guerre électronique) de l’US Air Force par un Sukhoï 30.

Ce nouvel "incident" aérien du 17 février 2021 (qui en réalité n'en est pas un) intervient cependant dans un nouveau contexte marqué par un regain vif des tensions entre Washington et Moscou, une aggravation du front militaire du Donbass, un nouveau sommet de l'alliance atlantique (par visio conférence) et quelques jours seulement après que Kiev ait "autorisé les avions de l'OTAN à survoler l'espace aérien de la Crimée" (dans une outrecuidance provocatrice qui n'a d'égale que l'immense lâcheté de ce régime de marionnettes ukropithèques dont pas un seul avion ou drone n'a osé se rapprocher de l'espace russe depuis 7 ans !).

Dans la foulée de cette déclaration irresponsable du régime ukrainien, les forces de défense aérienne russe ont reçu l'autorisation d'abattre tout aéronef violant leur espace aérien au de la péninsule de Crimée.

Sur cette carte: la péninsule russe de Crimée, les limites de ses espaces aériens 
et maritimes et les portées de ses missiles antiaériens S300 et S400 auxquelles 
il faudrait rajouter les rayons d'action de ses chasseurs d'interception rapides.


Et ces cons de français de venir dans la foulée, et pour le compte de l'oncle Sam, renifler les défenses russes de la Crimée !


La mission

Sur cette capture d'écran on distingue de gauche à droite le KC135 ravitailleur, les 2 mirages
2000D français puis l'un Sukhoï 27 russes venus les intercepter avant l'espace aérien russe.

En dehors de l'évidente intention de provoquer le système de défense russe de la péninsule russe de Crimée (pour identifier et analyser la réaction de sa défense  aérienne), le groupe aérien français était de toute évidence en mission de reconnaissance aérienne et électronique comme l'attestent les nacelles ASTAC équipant les 2 mirages 2000D interceptés ce 17 février.

2000D avec ASTAC
La nacelle de reconnaissance tactique ASTAC (pour Analyseur de Signaux TACtiques) visible sous le fuselage des 2 mirages 2000D, est un 'pod" de guerre électronique conçu Thales et en dotation depuis les années 2010.
Ce type de matériel qui équipe aujourd'hui tous les chasseurs de dernière génération est capable de collecter du renseignement d’origine électromagnétique, de la détection des mesures et contre mesures militaires jusqu'à la récupération des données issues des technologies personnelles de type téléphones, ordinateurs ou GPS. 

Vraisemblablement les mirages 2000D français participaient à l'une des missions de l'OTAN chargées de définir ce qu'on appelle l' "ordre de bataille électronique" de la péninsule russe de Crimée… 
Dans la guerre moderne cet ordre de bataille électronique permet d'identifier de localiser les réseaux électroniques (détections, conduite de tirs, transmissions, observations, etc) pour pouvoir les attaquer avec des contre mesures adéquates.



Conclusion

Que Macron envoie ses forces armées jouer les chiens de chasse pour le grand veneur étasunien il confirme bien la servilité irresponsable dans laquelle la France est tombée alors qu'elle possédait encore il y a quelques décennies une puissance militaire et politique lui garantissant une indépendance constructive au service de la Paix européenne. 

Aujourd'hui l'arrogance de son maître yankee semble avoir infecté la raison de ce crapaud parisien qui en s'approchant de l'ours serein "s'étend, et s'enfle, et se travaille, pour égaler l'animal en grosseur", oubliant la leçon de monsieur de la Fontaine et de sa grenouille, cette "chétive pécore qui s'enfla si bien qu'elle creva".

Effectivement, aujourd'hui comme hier:

"Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs, 
Tout marquis veut avoir des pages."

J'espère juste que les pilotes francais mettront des couches pour leurs prochaines missions au large de la Crimée russe car elles risquent de leur être très utiles !

Erwan Castel



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