Pendant 8 années les forces ukrainiennes ont affronté les milices républicaines sur 480 kilomètres de réseaux de tranchées et de casemates dignes de la 1ère guerre mondiale, et l'omniprésence de chaque côté du front d'une artillerie héritée de la puissance soviétique a poussé les belligérants à fortifier en permanence leurs positions car, à Donetsk aujourd'hui comme à Verdun hier, "la sueur épargne le sang".
Dans le Donbass, si le front ukrainien au Sud est tombé après les libérations de Volnovakha et de Marioupol et au Nord, et a reculé au delà du territoire de la République Populaire de Lougansk après celles de Popasnaya, Severodonetsk et Lisichansk, il reste encore de nombreux bastions kiéviens sur le front et particulièrement sur ce front central, entre Donetsk et Gorlovka où se trouve les défenses ukrainiennes les plus solides car bénéficiant d'un réseau dense de localités industrielles propices aux défenses urbaines et directement au contact des deux cités les plus importantes ayant formé la République Populaire de Donetsk.
Tout d'abord, quelques rappels tactiques
Lorsqu'on évoque une ligne de front il serait plus juste de mettre se terme au pluriel car elle est constatée en réalité de plusieurs lignes de front articulées dans la profondeur du champ de bataille depuis les postes d'observation tactique silencieux au contact de l'adversaire et les points d'appui de la première ligne jusqu'aux camps retranchés de la troisième ligne d'où l'artillerie lourde mène sa stratégie d'attrition, en passant par les bastions de la deuxième ligne où se trouvent les forces de combat les plus importantes.
Et ce schéma simpliste varie selon que le dispositif général est offensif ou défensif. Dans le cas d'un dispositif offensif il y a une plus grande concentration d'unités de combat vers l'avant, dans le cas d'un dispositif défensif son potentiel de combat pour une contre attaque éventuelle est plutôt organisé dans la profondeur derrière des unités de freinage et devant une artillerie de barrage.
Depuis le début des opérations militaires russes en Ukraine, l'Etat major kiévien dans le Donbass est passé d'une dispositif offensif qui s'apprêtait à attaquer début mars les républiques irrédentistes de Donetsk et Lougansk à un dispositif défensif s'appuyant sur différents bastions renforcés depuis 5 mois. Voyons ici le secteur particulier de Donetsk :
Rappel :
- Pendant les premiers combats de l'été 2014, Peski est le théâtre de violent affrontements entre les milices et les unités nationalistes ukrainiennes, notamment le bataillon spécial néo-nazi "Dnipro" qui finira par l'occuper le 21 juillet 2014. Depuis les forces ukrainiennes ont fortifié Peski et tous les autres villages environnants le Nord de l'aéroport de Donetsk.
- Lors de la bataille pour le contrôle de l'aéroport de Donetsk pendant l'hiver 2014-2015, les milices républicaines de Donetsk autour des bataillons Sparta commandé par "Motorola" et Somali commandé par "Givi" vont conquérir de haute lutte la zone aéroportuaire du nouveau terminal, tandis qu'à l'Ouest, les forces ukrainiennes s'accrochent au village de Peski, malgré les ordres de repli qui leur sont initialement donnés.
- Depuis 8 ans à partir de Peski les forces ukrainiennes vont continuer à affronter les les milices défendant les quartiers Nord de Donetsk, et bombarder les populations civiles des leurs zones résidentielles. A Peski comme sur les autres points d'appui extérieurs du bastion d'Avdeevka, la population a quitté le village qui n'est plus qu'un champ de ruines où n'ont jamais cessé les échanges de tirs.
Aujourd'hui :
Malgré ce rouleau compresseur dantesque, les unités d'infanterie montant à l'assaut ont du engager des combats difficiles pour libérer Peski, progressant rue après rue, maison après maison et gagnant le terrain parfois au prix de corps à corps meurtriers. De leur côté, les forces ukrainiennes ont subi des pertes très importantes qui les ont obligé de reculer de l'autre côté d'une ligne de petits étangs traversant le secteur tandis que leur artillerie et blindés commençaient leur repli plus au Nord, vers Vodyane et Pervomaïkoe.
Au 7 août, tandis que les bombardements alliés poursuivent la destruction méthodique de toutes les positions ukrainiennes du secteur, et au sol un contournement offensif des 2 étangs a été amorcé à l'Ouest via la route E 50 et à l'Est via la rue Naberezhnaya menant au centre du village.
"Pourtant, nous sommes incapables de briser l'avantage de l'armée russe en artillerie et en effectifs, et cela se ressent beaucoup dans les combats, en particulier dans le Donbass. Peski, Avdeevka, autres directions. C'est juste l'enfer là-bas. Il ne peut pas être décrit avec des mots." Volodymir Zelensky le 4 août 2022
Sur le terrain cette percée de Peski a pour conséquences tactiques :
- De détruire un réseau de fortifications ukrainiennes qui appuyait sur les défenses de Donetsk, et notamment sur le secteur de l'aéroport,
- D'occasionner des pertes importantes au sein des unités régulières défendant le secteur d'Avdeevka,
- De repousser plus loin l'artillerie ukrainienne bombardant Donetsk qui était protégée et positionnée derrière Peski,
- D'ouvrir une progression vers Pervomaïske (5 km) ce qui permettra à partir de cette localité :
- de menacer les autres points d'appui de Vodiane puis Opinoe par le flanc,
- de menacer avec l'artillerie la logistique du bastion d'Avdeevka,
- de contourner Avdeevka par le Sud avec jonction du contournement Nord,
- de poursuivre une offensive en direction de Krasnoarmeïsk
qui se croyait abritée sous le tablier du pont.
En conclusion
Sur le front de Donetsk, même si le plus dur reste à faire avec l'encerclement et la prise d'Avdeevka (à condition que les "ukrops" veuillent s'y maintenir coûte que coûte), une étape importante vient d'être franchie au cours de ces premières journées d'août, un peu comme lorsqu'une porte lourde finit par craquer face à la pression continuelle exercée sur elle.
En plus d'un effondrement physique et moral, les forces ukrainiennes vont devoir rapidement choisir entre s'accrocher à un territoire qu'elle savent perdu et pour lequel elles subissent des pertes quotidiennes catastrophiques.
Aujourd'hui que la victoire des peuples de Russie apparait de plus en plus nettement à l'horizon de ce conflit terrible, ayant probablement déjà fait près de 100 000 morts, l'Ukraine n'a plus que le choix d'accepter sa défaite ou de disparaître totalement.
Erwan Castel


























