jeudi 24 mars 2022

La phase finale de la bataille de Marioupol

Il reste encore quelques unités ukrainiennes s'accrochant dans des quartiers isolés 

A Marioupol, les combats continuent à faire rage entre les forces ukrainiennes et les forces russo-républicaines lesquelles ont réussi à investir environ 70% de ce port industriel qui est devenu depuis 20 jours un enjeu majeur, à la fois militaire, politique, médiatique et psychologique.

La destruction de ce bastion militaire des radicaux nationalistes ukrainiens parmi lesquels sont de nombreux bandéristes et néo-nazis revendiqués constituera une nouvelle étape décisive: 
  • Dans le déroulement des opérations militaires en éliminant un groupe opérationnel ukrainien important, en libérant les unités qui le combattent pour les redéployer sur d'autres secteurs prioritaires, notamment sur le front de Donetsk (Marinka et Avdeevka),
  • Dans les négociations entre Kiev et Moscou qui verra sa position renforcée pour imposer ses conditions à traité de paix potentiel (démilitarisation et neutralité de l'Ukraine, reconnaissance de la Crimée russe et du Donbass indépendant, rupture des contrats avec l'OTAN...)
Le 23 mars 2022, les forces armées russes ont une nouvelle fois proposé aux dernières unités ukrainiennes affaiblies poursuivant le combat dans le centre ville habité de déposer les armes avant minuit.


Sur le terrain, si dans les quartiers libérés les habitants par centaines quittent l'enfer dans lequel ils ont vécu au milieu des combats et des bombardements souvent sans eau, électricité ni ravitaillement et sous la menace des radicaux nationalistes, dans les quartiers encore occupés par les forces ukrainiennes où les combats et bombardements continuent, malgré la situation humanitaire de la population de plus en plus catastrophique et leur inévitable défaite prochaine, les "ukrops", dans une obstination fanatique, refusent de déposer les armes.

Sur cette carte générale aux lignes de front changeantes, on observe qu'il ne reste
plus que 2 petites zones de la rive gauche de la Kalmius encore contrôlées par les
forces ukrainiennes. Dans les quartiers en cours de ratissage (zones vertes) il reste
quelques tireurs ukrainiens isolés ou des soldats se cachant dans les habitations.

Tactiquement, les combats en zone urbaine sont parmi les plus durs, car la progression y est très lente, les pertes humaines et matérielles importantes imposant pour les assaillants un rapport de force d'environ 5 contre 1, et les consommations de munitions estimées 20 fois plus élevées qu'en terrain libre. Et la bataille pour Marioupol confirme ces caractéristiques !

Après avoir délogé les résistances 
ukrainiennes des zones industrielles
les forces russes  et républicaines 
les poursuivent dans les quartiers
résidentiels où leurs survivants se
sont réfugiés pour un dernier combat.

Après avoir pris pied au Nord Ouest et Sud Est de Marioupol (1ère ville portuaire du Donbass, cité industrielle majeure, 2ème plus grande ville de la République Populaire de Donetsk), les forces républicaines, appuyées par les forces russes ont progressé en isolant progressivement les quartiers par le contrôle des boulevards principaux. Voilà pourquoi sur la carte sont visibles 3 zones marquant les avancées des forces russo-républicaines les zones conquises et sécurisées (en rouge) les zones conquises mais où subsistent encore des tireurs isolés et des fuyards ukrainiens (en vert) et les zones encore contrôlées par les forces ukrainiennes (en bleu) et où se concentrent aujourd'hui les combats et bombardements.

Un bâtiment sur un carrefour qui était organisé en position défensive ukrainienne

Dire, comme certains propagandistes pro-russes de salon que la prise de Marioupol est une victoire aisée pour les forces russes et républicaines est aussi stupide que le discours des propagandistes pro-ukrainiens qui prétendent que les forces russes rasent complétement la ville. Comme toujours, la réalité est ailleurs et dans la cas présent révèle que si des destructions et des pertes civiles collatérales sont effectivement et malheureusement observées, on constate que la majorité des bombardements de l'artillerie et de l'aviation sont des tirs ciblant des objectifs militaires confirmés et qu'ensuite les troupes au sol prennent beaucoup de risques pour investir sans appui lourd les bâtiments et limiter leurs attaques sur les groupes ukrainiens affrontés.

Vue aérienne du front de mer de Marioupol où 
sont visibles de nombreuses destructions, et à
l'Est, du côté d'Azovstal, des fumées marquant 
l'avancée des combats et bombardements.

Les défis de la prise de Marioupol 

La difficulté de la prise de Marioupol est qu'elle est une ville moderne avec de grands boulevards qui permettent des contrôles dans la profondeur urbaine en offrant des portées  tirs aux armes lourdes comme les chars de combat, ceux qui progressent en couverture de l'infanterie ou ceux qui sont embossés et en embuscade

Chars T64 B du régiment "Azov" sur un grand boulevard 
de Marioupol. L'emploi des chars observée est celle d'une
tactique de harcèlement, où les blindés très rapidement 
tirent quelques obus à l'abri des bâtiments résidentiels 
avant de sa cacher ou se replier vers une autre position.

D'autre part, la densité d'infrastructures industrielles représente une surface importante avec des bâtiments élevés de béton et d'acier permettant d'y organiser des positions protégées. Ce tissu industriel est concentré principalement autour du port industriel à l'embouchure de la Kalmius, notamment sur sa rive gauche où se situe "Azovstal", la plus grande aciérie d'Europe où se sont retranchés de nombreux radicaux nationalistes ukrainiens. 

Bord de mer à Marioupol, où se déroulent les derniers combats importants 

Ailleurs la ville est constituée d'immeubles d'habitations massifs et élevés et aménagés également pour des positions antichars, de snipers qui appuient les groupes mobiles au sol. Ces résistances mobiles et organisées dans la profondeur ralentissent considérablement la progression des unités russo-républicaines qui cherchent à subir et provoquer dans la population le minimum de pertes :

Progression d'une unité tchétchène dans un quartier
résidentiel de Marioupol occupé par des positions
ukrainiennes organisées au milieu de la population.

Enfin, illustrant une stratégie défensive observée depuis le début des opérations russes, les forces ukrainiennes tentent d'en ralentir la progression en se repliant dans les villes à partir desquelles elles organisent des "festungs" dont la protection principale est le maintien de la population civile pour éviter au maximum des bombardements massifs et dont force principale s'appuie sur la présence de nombreux groupes de radicaux nationalistes qui fanatisent la défense et l'arsenal antichar important constitué par les armes héritées de l'arsenal soviétique mais surtout les derniers missiles antichar livrés massivement par l'OTAN et qui se révèlent très efficaces dans les combats urbains :

Destruction en zone urbaine d'un véhicule blindé 
par un missile de l'OTAN "Javelin" ou "NLAW".

Du côté des civils


Depuis que les forces républicaines ont pris le contrôle des accès extérieurs de Marioupol, on observe un départ important des familles fuyant les combats où leurs habitats détruits Dès la sortie de la ville, les équipes du Ministère des Situations d'Urgence les réceptionnent, les soignent, et les dirigent ensuite vers des centres où ils sont pris en charge par les services sociaux comme à Donetsk où des écoles et des hôtels ont été réquisitionnés pour les accueillir. 

Colonne des véhicules civils quittant Marioupol 

Les forces russes et républicaines, alors que précédemment seulement quelques dizaines de personnes avaient réussi à s'échapper ont réussi l'évacuation de 81 958 civils de la ville de Marioupol qui ont été prises en charge par les services de la Fédération de Russie ou de la République Populaire de Donetsk. Rien que le 23 mars ce sont 8 487 personnes qui ont été évacuées de Marioupol par les forces russo républicaines alors que les combats font toujours rage dans la ville.

Parallèlement aux évacuations des zones bombardées
les forces russes délivrent aux habitants des autres quartiers 
une aide humanitaire et médicale importante de Russie.

Après avoir refusé l'accès des habitants de Marioupol aux corridors humanitaires organisés par la RPD et la RF,
Après avoir bloqué les habitants comme bouclier humain dans les habitations transformées en positions de combat,
Après avoir volontairement incendié nombre de maisons et d'immeubles au moment de leur repli vers le centre ville,

Voilà que les Forces ukrainiennes complètement nazifiées viennent de refuser par deux fois de déposer les armes, après la proposition russe de mettre fin aux combats destructeurs au cours desquels de nombreux civils sont tués ou blessés.

Alors que leur défaite est inéluctable, les combattants ukrainiens, infectés par une russophobie intégriste venue d'un autre âge sombre européen, préfèrent poursuivre dans une obstination qui ne relève pas d'un héroïsme militaire mais d'un fanatisme stupide et criminel.

Ce comportement fanatique et criminel des radicaux ukrainiens qui persistent à organiser le chaos autour de leur agonie est d'autant plus stupide que la résistance militaire qu'ils opposent depuis 20 jours aux forces russes et républicaines est tout à fait honorable. 

Erwan Castel

Dernière minute !

Au matin du 24 mars, dans le port de Berdiansk situé à l'Ouest de Marioupol, le "Orsk", un grand navire de déparquement russe ainsi que plusieurs dépôts maritimes sont en feu. Accident ? Bombardement par missile ? sabotage ? ou opération amphibie nocturne ukrainienne venant de Marioupol ? 

L'hypothèse d'une action ukrainienne ne me surprendrait pas, les ukrainiens cherchant à compenser la perte de Marioupol par des attaques ponctuelles sur les forces russes (mais sans toutefois pouvoir conquérir le terrain).

24 mars 2022 matin ,à 68 km à l'Ouest de 
Marioupol, le port de Berdiansk est en feu

Aux dernières nouvelles, l'attaque ukrainienne sur Berdiansk aurait été réalisée avec un ou plusieurs missiles Tochka U

Une autre vidéo sur Berdiansk sur 
laquelle on voit un deuxième navire
quitter le port tandis que brûlent le
premier et des dépôts environnants


mardi 22 mars 2022

Retour sur un nouveau mensonge médiatique

Dans la nuit du dimanche au lundi 21 mars 2002 un centre commercial de
 Kiev a été détruit. Mais était-il encore réellement un centre commercial ?

Après les contes occidentaux des bombardements russes de la centrale de Zaporodje (à Ernegodar), de la maternité et du théâtre de Marioupol, j'en passe et des meilleurs, voici celui d'un centre commercial qui aurait été volontairement bombardé par les forces russes au Nord Ouest de Kievpour y faire un massacre parmi les civils. Et ce sermon cathodique de passer en boucle depuis 48h sur les lobotomiseurs médiatiques occidentaux !

Je tiens à préciser en préambule que je nie pas des pertes civiles collatérales lors des bombardements russes ou ukrainiens appuyant des combats en zone habitée. C'est la dramatique réalité des guerres urbaines que les capacités des armes modernes amplifient. 

Mais il faut savoir raison garder et surtout discerner les actions militaires attentionnées, celles inévitables, et celles qui délibérément mettent la population civile en danger mortel. 

Pour illustrer cette dernière réflexion l'exemple de ce bombardement russe sur Kiev est significatif à la fois des tirs de précision que l'armée russe applique sur des objectifs militaires géolocalisés et le déploiement recherché des forces ukrainiennes au milieu de quartiers résidentiels pour utiliser cette même population comme bouclier humain.


1/ L'artillerie ukrainienne au milieu des civils

Lorsqu'une bataille urbaine est engagée jusqu'à une situation d'encerclement serré d'une ville il est impossible pour ceux qui la défendent de ne pas se positionner dans ses quartiers, mais dans la géographie urbaine des villes modernes il existe de nombreux espaces ouverts comme par exemple les parcs et les zones industrielles qui ont de très faibles densité démographiques. A titre personnel je me souviens des unités de mortier républicaines défendant Donetsk dans le quartier de l'aéroport où j'habitais alors et prenant position dans des zones inhabitées pou prévenir des pertes civiles en cas de contre batterie ukrainienne.

Dans de nombreux articles depuis 8 ans j'ai montré, images à l'appui, cette procédure criminelle ukrainienne de "planquer" leurs unités d'assaut et d'artillerie entre les habitations civiles et les récentes batailles de Volnovakha et Marioupol le montrent de façon éclatante. 

A Kiev et de nombreuses autres villes, cette tactique criminelle visant à éviter des bombardements massifs sur leurs positions est systématiquement utilisée par les forces ukrainiennes. Et voici pour l'illustrer les tirs d'un Lance Roquettes Multiples ukrainien positionné directement à côté d'immeubles d'habitations au centre de Kiev:

2/ Les tirs de précision des forces russes

Depuis le 24 février, et dans une guerre symétrique moderne de haute intensité, on peut observer une nouvelle stratégie russe qui privilégie les tirs de précision à des destructions massives (lesquelles peuvent être cependant choisies si nécessaire) et surtout à des assauts frontaux d'infanterie et de chars qui sont extrêmement coûteux en hommes et matériels. De plus la présence dans les zones urbaines disputées d'une population civile bloquée, voire maintenue de force au milieu des combats est un facteur important pour opérer avec un maximum de prudence.

Ces opérations militaires sont aussi l'occasion pour l'Etat Major russe de démontrer le niveau opérationnel de ses unités de combat, l'efficacité de sa chaîne logistique, et l'efficacité redoutable de ses dernières armes technologiques. 

Les missiles russes, qu'ils soient sol sol, air-sol ou sol-air, défient depuis 20 jours tous les système de défense ukrainiens et montrent leur capacité à détruire à 1000 km de distance avec une précision métrique des cibles bétonnées et enterrées, comme lors du premier engagement du missile hypersonique Khinzal sur un dépôt ukrainien enterré. Dans la vidéo ci après on peut observer la précision et la puissance des missiles air-sol russes dans la bataille de Marioupol qui détruisent des entrepôts de l'aciérie "Azovstal" réutilisés par les forces ukrainiennes.

3/ Le bombardement du centre commercial "Retroville"

Ayant la supériorité aérienne depuis les premiers jours de leurs opérations militaires, les forces russes sont en mesure de localiser (avec des drones notamment) puis de les détruire avec précision (missiles, aviation ou artillerie) des objectifs militaires prioritaires comme par exemple des postions d'artillerie, leurs dépôts et postes de commandement.

Regardons précisément, grâce aux vidéos des drones russes couvrant cette opération de bombardement et que les médias occidentaux qualifient de "criminelle" ce qui s'est réellement passé sur ce centre qui visiblement n'est plus en activité commerciale.


1 / LRM de 122 mm "Grad" en action dans la périphérie de Kiev
2 / Suivi du camion de recomplétement roquettes jusqu'au dépôt 
3 / Géolocalisation du dépôt militaire dans le centre commercial 
4 / Destruction du dépôt avec un missile russe Kalibr ou Iskander

Et voici 2 photos qui attestent que d'une part le centre commercial ne fonctionnait plus en tant que tel et qu'il était réquisitionné par les forces ukrainiennes pour y planquer des dépots de munitions et véhicules blindés :

Voici la fréquentation normale du parking de
ce centre commercial lorsqu'il est ouvert, à
comparer avec les voitures de la vidéo.

Sous le porche à droite du dépôt du centre
quelques jours avant sa destruction sont visibles 
plusieurs véhicules militaires ukrainiens 

Lorsque des unités militaires en opération subissent des tirs massifs de la part de l'artillerie ennemie (ce qui est le cas avec l'utilisation de lance roquettes multiples Grad) elles doivent en priorité neutraliser cette force d'artillerie ou ses approvisionnements. Dans ce conflit, les batteries d'artillerie d'une part sont disséminées dans l'espace et d'autre part changent en permanence leurs positions pour éviter au maximum de subir des tirs de contre-batterie. L'idéal est donc de les atteindre par leur logistique qui elle utilise des dépôts fixes.

C'est ce qui a été fait ce 21 mars sur Kiev, et dans la nuit pour limiter au maximum les victimes civiles collatérales.

En conclusion

Alors comment croire ce nouveau conte de la propagande occidentale qui prétend nous présenter un nouveau massacre perpétré par les russes en Ukraine ? Car, malgré les 8 victimes annoncées dans les communiqués ukrainiens et qui sont chacune un drame humain, si l'intention de l'Etat Major russe avait été de faire un carnage, le bombardement aurait été réalisé en journée et non la nuit, et cela aurait été fait avec plusieurs armes à fort rayonnement plutôt qu'avec un missile concentré sur sa cible. 

S'il est regrettable d'observer des victimes parmi la population civile se retrouvant à proximité immédiate des bombardements et des combats en cours, s'il est malheureusement logique que des propagandes peu scrupuleuses instrumentalisent cet inévitable drame des combats modernes en zone urbaine, il est surtout intolérable que des soldats, non seulement ne cherchent pas à protéger les civils (évacuation humanitaire des villes, éloignement de leurs positions des zones résidentielles) mais les mettent volontairement en danger mortel au seul prétexte d'essayer de se protéger des frappes adverses. 

Dans ce dernier cas, et conformément aux conventions internationales, nous sommes en présence de crime de guerres.

Erwan Castel

lundi 21 mars 2022

Mes entretiens avec Michel Collon et Guy Boulianne

2 entretiens longs réalisés pendant cette première quinzaine de mars depuis Donetsk et que je partage finalement sur ce blog, non par narcissisme mais pour mémoire et archives.

Depuis que la Russie a déclenchée ses opérations militaires en Ukraine, NON POUR COMMENCER UNE GUERRE CONTRE KIEV MAIS POUR FINIR CELLE que ce régime de Kiev post Maïdan aux ordres de l'OTAN mène depuis 8 ans contre les populations du Donbass, je suis chaque jour sollicité par des amis, des médias officiels ou alternatifs pour apporter mon point de vue sur la situation dans cette région du Monde et qui évolue dans une vitesse militaire et un brouillard propagandiste qui ne rendent pas toujours facile l'observation de la réalité.

Tout d'abord ce fut Michel Collon, un cousin belge dont je suis avec enthousiasme les pertinentes (et percutantes) analyses depuis des années qui m'a fait l'honneur d'un entretien le 4 mars 2022 pour son média Investig`action:

"Et si la guerre d’Ukraine n’avait pas commencé le 24 février 2022, mais huit ans plus tôt? Dans ce nouveau numéro de Michel Midi, Michel Collon reçoit Erwan Castel, un ancien soldat français parti combattre les milices néofascistes dans le Donbass en 2015. Un témoignage éclairant sur une partie trop peu évoquée du conflit."

Le lien ici : Michel Midi

Cette guerre en Ukraine depuis 8 ans m'a permis aussi de découvrir et rencontrer d'autres penseurs libres qui dans leurs terroirs et parfois aux antipodes de mon sanctuaire actuel enrichissent de leurs réflexions et leur humanité ma vision du Monde et mes combats pour les peuples et la Nature.


Quelques jours plus tard, le 13 mars, j'ai vécu un deuxième entretien passionnant avec Guy Boulianne et François-René Milot, des "cousins du Québec" qui résistent depuis le coeur de la thalassocratie anglo-américaine dans la pure tradition de ces anarques européens qui ont éclairé les consciences dans les tempêtes millénaires de nos civilisations.

Le lien ici : Guy Boulianne Info

"Je vous invite à revoir une entrevue en direct de la République Populaire de Donetsk avec le tireur d’élite (sniper) Erwan Castel, volontaire dans la Brigade internationale Piatnashka. Cette entrevue a eu lieu dimanche le 13 mars 2022 à 12H (Montréal) — 19H (Moscou) — 17H (Paris) et fut diffusée simultanément sur les plateformes Youtube, Twitter, VKontakte. L’entrevue est aussi disponible sur Internet Archive, Bitchute, Odysee, Rumble et UGEnet.

J’ai eu le bonheur d’animer cette entrevue avec l’assistance de François-René Milot, créateur et animateur de Zradio, un média alternatif de libre expression qui a pour mission d’analyser les enjeux médiatiques et géopolitiques qui se cachent derrière le brouillard de la guerre de l’information. Nous avons abordé différents sujets concernant le conflit qui se déroule actuellement en Ukraine : la situation militaire ; la russophobie et les médias mensonge ; l’histoire du Donbass et de l’Ukraine ; l’expansion de l’OTAN ; la guerre du Donbass depuis 8 ans ; et bien sûr l’engagement personnel de Erwan Castel.

Né le 6 juin 1963, Erwan Castel rêve d’une « Europe aux cents drapeaux » dont l’unité serait fondée sur le respect de ses peuples natifs et fondateurs et la reconnaissance de leurs identités dans une vision fédérale fondée sur les principes de subsidiarité et de démocratie participative. « Breton, polythéiste et européen », successivement officier parachutiste français, militant indépendantiste breton puis guide expédition en Amazonie française, il a décidé de rejoindre la rébellion du Donbass s’opposant à l’opération militaire lancée contre sa population russe en 2014 par les putschistes du Maïdan.

Resté attentif à la tectonique géopolitique du monde, Erwan Castel qui s’est engagé depuis environ 25 ans dans un combat antimondialiste de plus en plus prononcé, décide au moment du Maïdan de dénoncer la propagande de guerre occidentale sur les réseaux sociaux où il essaye de ré-informer l’opinion. En juin 2014, il décide d’abandonner sa situation privée et professionnelle et de rejoindre le Donbass, ce qu’il réalisera en janvier 2015. Engagé début février 2015 dans l’armée de la République Populaire de Donetsk, il a servi sur les fronts de Debalsevo, Marinka, Dokuchaievsk et Donetsk avant de devenir volontaire en 2017 dans la Brigade internationale Piatnashka et servir sur le front de Yasinovataya en tant que tireur d’élite (sniper)."


La guerre de l'information a suivi l'escalade de la guerre militaire, devenant un combat prioritaire qu'il convient de mener en dehors des ornières des propagandistes car leurs fantasmes finissent toujours à terme par les ridiculiser (je ne m'en plaindrai jamais) mais surtout être contre productifs à la cause qu'ils prétendent défendre .

Erwan Castel

samedi 19 mars 2022

Jour Z + 22, les opérations militaires en Ukraine


Au niveau des négociations entre Moscou et Kiev, nous assistons à un nouvel enlisement des discussions, les représentants de la marionnette "Zelensky" admettant des principes lors des réunions avec les russes, comme par exemple l'engagement pour une neutralité de l'Ukraine mais qu'ils démentent aussi dès le lendemain. Il est vrai également que même si l'armée ukrainienne est en très mauvaise posture, elle est encore debout et il faudra attendre certainement que des villes comme Marioupol ou Kharkov tombent pour que la raison - peut-être - reviennent s'imposer dans ce comédien "serviteur du peuple" devenu un président fantoche "serviteur de Biden" et qu'il arrache à l'Ukraine le collier de sa servilité atlantiste.


A / Situation générale 

Lorsqu'on regarde la carte générale niveau Ukraine, et même si localement l'Etat Major russe continue à progresser vers ses objectifs, comme par exemple dans la ville de Marioupol assiégée (voir ICI) ou dans l'encerclement de Kiev, on observe une ligne de front qui globalement n'a pas changé malgré l'avantage des forces russes. 

Cependant, sur le terrain, les colonnes russes continuent leurs missions de progression, et surtout de bouclage des résistances rencontrées et sécurisation de zones, tandis que leurs forces aérospatiales poursuivent les destructions des infrastructures militaires et logistiques des forces ukrainiennes.

Alors pourquoi cette ligne de front à l'échelle du pays semble être stagnante ?:

1 / Les batailles urbaines

  • Tout d'abord je pense que l'Etat Major russe est obligé de s'adapter à cette stratégie ukrainienne qui consiste à rompre le combat en terrain libre où les appuis feu et blindés russes dominent largement et pour se réorganiser dans des réseaux de défenses urbaines à dominante antichar (grâce aux aides militaires de l'OTAN notamment) qui aujourd'hui sont présents dans une dizaine de villes totalement ou partiellement encerclées (Kiev, Irpin, Tchernigov, Soumy, Kharkov...) Or ces villes, dont certaines sont immenses (Kiev 700km2, Kharkov 350 km2...), par les enjeux et les menaces qu'elles représentent semblent être devenues une des priorités pour l'Etat Major russe: 

- Car bien que contournées ces villes encerclées de plus en plus nombreuses immobilisent autour d'elles des forces importantes qui ne peuvent pas être déployées à l'avant,

- La situation humanitaire pour les populations enfermées dans les villes assiégées devient chaque jour de plus en plus critique et rend leur libération urgente, soit par des évacuations, soit par des conquêtes,

- Beaucoup de ces villes assiégées sont devenues les symboles politiques de la résistance ukrainienne ainsi que des bataillons nationalistes qui s'y sont repliés pour communiquer autant que pour combattre,

- Attaquer ces bastions urbains, où les appuis aériens et d'artillerie sont forcément moins efficaces, peut s'avérer très couteux en hommes, matériels et logistiques d'autant plus si on cherche à épargner au maximum les civils, 

Le ratio minimum recommandé pour un assaut urbain rapide est de 5 contre et 1, effectifs que l'Etat Major russe ne peut engager sur l'ensemble des villes assiégées et il n'a donc que 3 options pour résoudre la problématique des résistances urbaines: 

  1. soit raser les villes, ce qui est exclu du fait de la présence encore importante d'une population civile, 
  2. soit de rameuter beaucoup de renforts afin de pouvoir mener des assauts directs simultanés, 
  3. soit de concentrer ses efforts sur un bastion à la fois militaire, symbolique et politique dont la chute provoquera vraisemblablement un effet domino sur les autres résistances.
Cette 3ème option est en ce moment à l'œuvre sur le front du Donbass avec la bataille pour Marioupol à laquelle un nombre important d'unités russes et républicaines : 
  • Après avoir fait tomber Volnovakha qui était le point d'appui Nord de Marioupol, les bombardements et attaques sur les périphéries ont permis de prendre pied dans le réseau défensif de la ville à l'Ouest puis à l'Est pour engager rue après rue la libération progressive des quartiers puis leur sécurisation militaire et humanitaire. Par ces compromis entre bombardements, assauts au sol, vitesse et prudence, la ville devrait tomber dans les prochains jours.
  • Dans le même temps, d'importantes préparations offensives d'artillerie et d'aviation sont déjà à l'œuvre sur le secteur d'Avdeevka, un autre point d'appui vital de la ligne de front ukrainienne devant Donetsk et, dans la foulée de leur victoire sur la mer d'Azov des unités russo-républicaines remonteront alors vers le Nord pour engager l'assaut sur cette importante ville industrielle, si ses occupants n'ont pas décroché après la perte de Marioupol.
  • La perte de Marioupol sera pour Kiev une défaite morale majeure, car cette ville, en plus d'être un bastion militaire majeur dans le Donbass est le symbole de la mer d'Azov, celui des bataillons spéciaux via le régiment spécial "Azov" qui en a fait sa vitrine et aussi un des symboles forts par la propagande occidentale, de la résistance ukrainienne. Après Marioupol et Avdeevka, les forces de Kiev dans le Donbass vont se replier progressivement vers le Dniepr pour éviter leur encerclement devant Donetsk..
Dans leurs batailles urbaines les forces russes 
disposent d'une supériorité d'artillerie qui, par
ses tirs puissants et précis permet de détruire
de nombreuses défenses avant l'attaque au sol.


2 / Le grand chaudron du Donbass

Parallèlement au siège de Marioupol les opérations conjointes russes et républicaines ont engagé d'une part des offensives depuis le Sud et le Nord pour tenter un encerclement larges des forces ukrainiennes de Kramatorsk jusque devant Donetsk, lesquelles sont actuellement fixées et désorganisées par des opérations offensives locales menées surtout sur les secteurs de Marinka et Avdeevka, les points d'appui ukrainiens au Sud Ouest et au Nord de Donetsk.

Si les offensives Nord et Sud parviennent à faire jonction rapidement, elles couperont les voies logistiques ukrainiennes venant de Zaporodje et Dnipropetrovsk (sur le Dniepr) empêchant tout renfort et surtout toute retraite. Je rappelle ici que le corps de bataille ukrainien dans le Donbass était avant le 24 février la plus grosse concentration d'unités de combat et de stocks logistiques en Ukraine (env 150 000 hommes) car Kiev avait prévu d'attaquer les républiques de Donetsk et Lougansk au début de ce mois de mars.

Or, pour cette stratégie prioritaire, l'Etat Major russe a dirigé vers le Donbass les nouvelles unités de choc arrivant sur le front ainsi que les forces d'appui qui leur sont nécessaire pour boucler les forces ukrainiennes du Donbass ce qui sonnera le glas du régime de Kiev et, libérant la totalité des républiques de Donetsk et Lougansk, atteindra un des objectifs majeurs de l'Etat Major russe. 

3 / Une pause opérationnelle classique

Comme n'importe quel coureur, un corps de bataille en mouvement offensif a besoin de trouver un deuxième souffle pour prolonger sa stratégie et surtout l'adapter aux inévitables nouvelles situations imposées par les réactions ennemies qui lui imposent de nouvelles variantes et priorités. 

De plus après 20 jours de combats offensives la logistique devient une priorité absolue de part l'allongement des voies d'approvisionnement les entretiens, réparations et remplacements nécessaires etc. et si les forces russes n'ont pas rencontré de problèmes logistiques jusqu'ici, maintenant qu'elles sont enfoncées à l'intérieur du dispositif ukrainien elles doivent sécuriser les itinéraires logistiques existant, créer des dépôts intermédiaires avant de poursuivre plus en avant. 

Enfin un nouvel échelon opérationnel russes important est observé arrivant sur les différents fronts de ces opérations militaires, avec notamment le déploiement de matériels lourds d'artillerie ainsi que de matériels blindés modernes qui vont prendre la relève des T72 modernisés jetés dans le premier mouvement offensif.

Les forces russes sont très loin d'avoir déployé leur meilleur arsenal dans ces premières semaines de combat, il garde en réserve leurs blindés modernes, leurs missiles hypersoniques, leurs forces aéroportées etc... qui pourraient être engagées progressivement si le pouvoir de Kiev persiste à refuser l'évidence de sa défaite.

Les pertes ukrainiennes au 19 mars 2022



B / Situations particulières
Survolons maintenant la situation dans les quatre secteurs principaux du front où se déroulent des batailles à la fois militaires mais aussi politiques et médiatiques, à savoir du Nord au Sud : Kiev, Kharkov, Marioupol et Nikolaïev.

1 / La bataille pour Kiev

Dans le Nord de l'Ukraine, autour de Kiev, siège du pouvoir politique et verrou militaire sur le Dniepr, les forces russes poursuivent leur manœuvre d'encerclement de cette immense mégapole de plus de 800 km2. 

Pendant que les forces aérospatiales russes poursuivent leurs bombardements sur les infrastructures militaires, logistiques et de communication ukrainiennes, les forces terrestres russes poursuivent l'encerclement de Kiev en descendant le long des rives droite et gauche du Dniepr. Aujourd'hui il ne reste plus que la voie logistique au Sud de la capitale qui reste ouverte mais soumise à des bombardements.

L'usine de Kiev "Artem" de Kiev, qui produit des 
missiles air-air, des systèmes d'entretien des armes 
d'aviation, des missiles antichars, ainsi que des 
instruments et des équipements pour avion, a été 
détruite par des tirs de missiles russes.

Après les quartiers Nord de Kiev, abordés la semaine dernière par l'avant garde russe, les combats ont gagné les banlieues Est et Ouest de la mégapole, tandis que la ville d'Irpin à l'Ouest résiste toujours à son encerclement. A noter que depuis leur arrivée à Gostomel (Ouest Kiev) les forces tchétchènes, spécialistes du combat en zone urbaine sont engagées en première ligne dans la bataille pour Kiev.

Au Nord Ouest entre Tchernigov et Nizhnin il reste des unités ukrainiennes prises au piège dans un chaudron mobile russe qui suivant leur retraite vers Kiev les épuise par des bombardements et harcèlements.

Globalement les forces russes tout en fixant sur leurs positions les défenses ukrainiennes par des reconnaissances offensives et des bombardements ont amorcé un encerclement plus large des zones de résistances, la priorité préalable à la capture des villes étant de les couper de leurs voies de ravitaillement.

2 / La bataille pour Kharkov

A Kharkov, qui est la deuxième plus grande ville d'Ukraine avec ses 350 km2, est à la fois un bastion militaire important, un carrefour logistique vital pour la poursuite des opérations russes dans la profondeur et un symbole politique qui pèse fortement dans les négociations en cours. Les forces russes qui poursuivent leurs manœuvres d'encerclement large de la ville accentuent leurs bombardements sur ses infrastructures militaires, logistiques mais aussi politiques, lesquelles sont aux mains des nationalistes ukrainiens, venus très nombreux pour tenir cette ville clef de l'Ouest du pays.

obs: je n'ai pas pu déterminer précisément la ligne de front entre Oktirka et Kharkov, c'est une estimation

Comme pour Kiev, les forces russes exercent sur la périphérie de Kharkov des pressions offensives pour y fixer ses forces de défense tandis que venant des secteurs de Okhtirka et Balaklia des offensives sont lancées pour un encerclement large de Kharkov et surtout pour couper ses voies de ravitaillement Sud, que l'Etat major russe veut également récupérer à son profit pour poursuivre son offensive vers le Dniepr.

Bombardements russes sur la périphérie de 
Kharkov, quartier de Severnaya Saltovka


Comme pour Marioupol et Volnovakha sur le front du Donbass, certains quartiers
de Kharkov sont durement touchés par les combats et les bombardements.

A l'Est de la ville les combats s'intensifient pour le contrôle de Tchougouïev qui est le verrou Est de la défense de Kharkov.

3 / La bataille pour Marioupol

Sur le front du Donbass au bord de la mer d'Azov, le port industriel de Marioupol est sur le point de tomber après 10 jours de bombardements et combats intenses menés par les forces russes et les forces de la République Populaire de Donetsk (voir articles précédents) qui ont accéléré leurs assauts pour libérer la population civile d'une catastrophe humanitaire gravissime.

La chute de ce bastion militaire ukrainien et symbole des nationalistes néonazis (notamment du régiment spécial "Azov") va avoir des répercussions militaires, psychologiques et politiques importantes :  

  • Militairement, les unités russes et républicaines engagées dans la réduction du chaudron de Marioupol vont pouvoir être engagées maintenant au Nord et notamment vers Donetsk où des pressions offensives sont déjà en cours contre les points d'appui ukrainiens de Marinka et Avdeevka (Sud Ouest et Nord de Donetsk),
  • Psychologiquement, la chute de Marioupol, qui était une des vitrines principales de la résistance ukrainienne va porter un coup au moral des autres unités encerclées ou sur le point de l'être, et un effet domino est probable dans les jours à venir, à commencer par les villes du Donbass encore occupées par les forces de Kiev,
  • Politiquement, Marioupol est une victoire importante pour Moscou, sur le plan de la libération du Donbass, sur celui de la démilitarisation du régime ukrainien mais aussi sur celui de la dénazification de l'Ukraine, avec la destruction du régiment "Azov", unité ouvertement néo-nazie et symbole des radicaux nationalistes de Kiev.
Le dernier carré des militants néo-nazis du régiment
"Azov" se sont retranchés dans l'usine Azovstal 

A noter également que la chute de Marioupol va permettre à Moscou militairement de porter également plus d'efforts vers l'offensive sur Zaporodje puis Dnipropetrovsk (après l'encerclement des forces ukrainiennes du Donbass) les grandes villes situées sur le Dniepr, et diplomatiquement de négocier avec Kiev dans une position encore plus renforcée.

4 / La bataille pour Nikolaïev

Dans le secteur de Nikolaïev, au Nord-Ouest de la Crimée, Nikolaïev est une ville importante de 500 000 habitants qui se situe à un carrefour à partir duquel peuvent être lancées des offensives, vers le Nord et surtout vers le Sud-Ouest en direction d'Odessa (1 million d'habitants) qui est le plus grand port ukrainien, mais aussi le trait d'union qui permettrait à Moscou d'établir une continuité territoriale de la Transnisstrie au Donbass (et jusqu'à Kharkov) en passant par la Crimée, ce qui correspondrait approximativement à l'ancienne Novorossiya russe d'avant la révolution bolchevique.

Pour poursuivre vers Odessa, les forces russes doivent impérativement contrôler Nikolaïev.

On peut observer sur cette carte cette pause opérationnelle des troupes russes qui sont confrontées à la fois à des résistances ukrainiennes pour la réduction desquelles elles ont besoin de plus de forces et d'autre part à des défis logistiques dont les voies d'approvisionnement s'étirent et ont également besoin d'être renforcées avant de pouvoir progresser vers l'avant.

En attendant un reprise de leurs offensives, les forces russes poursuivent leurs bombardements avec une intensité accrue :

La caserne de la 79e brigade d'assaut aérien ukrainienne située au centre 
ville de Nikolaïev a été détruite par une frappe précise d'un missile 
Kalibr russe bilan: 30 tués minimum et des dizaines de blessés 

Au Nord de Nikolaïev une avancée russe a été cependant réalisée, vraisemblablement pour couper des voies d'approvisionnement vers la ville, commencer son encerclement large par le nôtre, mais aussi peut-être pour atteindre la centrale nucléaire "Sud Ukraine" et la sécuriser comme précédemment la centrale de Zaporodje à Ernegodar.

Conclusion

Ces opérations militaires en Ukraine révèlent, par l'intensité des combats, des bombardements, l'ampleur des manœuvres et des logistiques engagées, tous les caractéristiques d'une guerre moderne symétrique au coeur d'une Europe industrialisée. 

Si les propagandes continuent à déféquer de part et d'autre du front leurs communiqués victorieux , le terrain en revanche remet nombre de pendules à l'heure et notamment : 

  • Que l'armée ukrainienne, qui était encore présentée hier comme désorganisée, non motivée, avec des problèmes très importants de logistique, de discipline, de commandement etc. reste debout, certes dans un effondrement progressif irréversible, mais capable encore d'opposer des résistances à l'abri des densités urbaines nombreuses en Ukraine.
Des photos satellites de la ville de Zaporodje montre l'armée ukrainienne en train 
d'organiser et renforcer les défenses de cette grande ville située sur les bords du Dniepr et approchée par les forces russes venant du Sud et bientôt de l'Est. 
Une ville de 334 km2 et plus de 700 000 habitants.
  • Que l'armée russe a montré ses capacités à mener des opérations multiples sur un large front (plus de 2000 km), d'avancer vers ses objectifs en s'adaptant rapidement aux difficultés rencontrées, de mener des frappes aériennes et de missiles lointaines et précises, et de répondre efficacement aux défis logistiques très importants imposés par le rythme des opérations, ainsi qu'aux situations humanitaires frappant les populations.
Destruction de 2 BMP ukrainiens
  • Que les occidentaux, contrairement à de nombreuses analyses et déclarations se sont engagés dangereusement sur la voie de la confrontation mondiale avec la Russie avec notamment une guerre économique à outrance au prix de dommages collatéraux suicidaires, et des aides militaires exponentielles aux forces ukrainiennes arrivées à des engagements directs camouflés (drones kamikaze, mercenaires, renseignement).
Si la Russie a perdu la guerre de l'information, arque boutée à des procédures et des communications désuètes et contrôlées par des responsables vivant encore au siècle dernier, en revanche elle va gagner la guerre militaire car disposant d'un armement exceptionnel, de soldats formés et entrainés et surtout de réserves de combat immenses. 

Artillerie des Forces aéroportées russes à 4 km des 
positions ukrainiennes défendant Kiev dans le 
secteur de Moshchun, 122mm D30 en action.






vendredi 18 mars 2022

Le combat de l'Empire contre l'impérialisme

A Marioupol, ce grand port industriel de la mer d'Azov, de violents combats se déroulent entre les forces ukrainiennes et les forces conjointes de la République Populaire de Donetsk et de la Fédération de Russie dont l'objectif est de libérer la ville mais aussi de détruire le régiment spécial "Azov" ce fleuron de la mouvance bandériste qui en Ukraine a fleuri depuis le Maïdan et rêve d'un nouvel Etat nazi au coeur de l'Europe. 

Ici, je renverrai dos à dos à la fois les mondialistes fantasmant sur une humanité hors sol au service d'un cosmopolitisme consumériste apatride et les nationalistes communautaristes fantasmant sur une Russie poutinienne défendant exclusivement les valeurs chrétiennes et la race blanche. 

En réalité, la grande Russie, tsariste, soviétique ou fédérale a conservé en elle cette "notion d'Empire" supra communautaire et réunissant dans une même destinée commune des peuples aux ethnies, aux religions, aux cultures, aux traditions différentes. Plusieurs fois je me suis exprimé ici sur cette "Union des peuples" qui réuni sans la dissoudre la diversité d'un empire, se fortifiant des différentes identités le composant et les fortifiant en retour de leurs puissances additionnées. 

La Tchétchénie fait partie de ces territoires de la Grande Russie qui paya un lourd tribut à cause de l'intégrisme idéologique, entrainée par les radicaux islamistes dans 2 guerres meurtrières entre 1994 et 2009 (environ 175 000 morts). Réintégrée au sein de la Fédération de Russie la Tchétchénie, dans une grande autonomie, bénéficie et participe désormais à la stabilité et la défense de la Russie.

Le président Tchétchène Ramzam Kadyrov demandait depuis le début du conflit du Donbass à pouvoir envoyer des unités tchétchènes protéger les populations du Donbass bombardées quotidiennement par les soudards de Kiev occupant une partie de leurs territoires. En attendant l'ordre du Kremlin, nombre de volontaires individuels, vétérans des guerres du Caucase sont venus gonfler les rangs des milices républicaines de Donetsk et Lugansk. 
Puis cette inévitable guerre européenne, que j'annonçais dès 2014, est arrivée et le président Poutine a alors répondu favorablement à son "fantassin" tchétchène comme Kadyrov aime à se définir et aussitôt des unités de combat sont sorties de leurs montagnes du Caucase pour venir dans la steppe du Donbass chasser ces bandéristes et autres néo-nazis hallucinés.

Depuis plusieurs jours, les forces tchétchènes, aux côtés des forces républicaines et d'autres forces russes libèrent la ville chrétienne de Marioupol des néo-nazis d'Azov au cri de "Allāhu ʾakbar !", bousculant tous les préjugés des islamophobes et des poutinolâtres occidentaux qui pour la plupart, accrochés à un centralisme étatique et à un communautarisme identitaire n'ont toujours pas compris l'extraordinaire puissance d'une notion d'empire réalisée entre des peuples unis.

Dans Marioupol, une unité tchétchène sécurise
un ensemble d'immeubles où se cachent encore 
des tireurs du régiment "Azov", disséminés au 
milieu de civils utilisés comme boucliers humains.

Pourquoi des tchétchènes ?

La brigade tchétchènes arrivée en Ukraine et dans le Donbass et forte de plus de 10 000 "kadyrovites" présente plusieurs avantages pour le bon déroulement des opérations militaires russes :
  • Tout d'abord ce sont des combattants rompus et aguerris aux combats en zone urbaine, ce qui explique qu'ils ont été déployés directement sur Kiev et Marioupol par exemple,
  • Dans les rangs des bataillons spéciaux ukrainiens se trouvent des tchétchènes du bataillon djihadiste "Dudayev" contre lesquels les kadyrovites ont des comptes à régler, 
  • Mais les unités tchétchènes sont également une composante du "soft power" russe, excellant dans les soutiens psychologiques et humanitaires auprès des populations, 
  • L'action des combattants tchétchènes a de plus une composante humanitaire forte et portée par une stratégie de communication pour une fois efficace et adaptée,
  • Leur réputation de combattants sans pitié est un élément important de la guerre psychologique menée contre les néo-nazis des unités spéciales ukrainiennes...

Aujourd'hui, le président de la Fédération de Russie, dans un discours où il rappelait les objectifs des opérations militaires déclenchées en Ukraine citait, quant à lui l'évangile de Saint Jean : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis" (Jean, XV, 9), apportant une pierre chrétienne à cette notion d'empire pour laquelle entre Occident et Eurasie combattent et meurent des chrétiens, des athées, des païens, des juifs, des musulmans, des bouddhistes... des communistes, des monarchistes, des nationaux bolchéviques, des anarchistes, des asiatiques, des européens, des caucasiens, des sibériens...

Dans le Donbass depuis 8 ans, à Marioupol et aujourd'hui ailleurs, se déroule un guerre qui n'est que la bataille première de cette guerre à dimension civilisationnelle qui vient d'éclater de l'Empire contre l'impérialisme, des peuples contre les tyrans, du sens commun universel contre l'universalisme de la dictature, des communautés de l'être contre la société de l'avoir, de la raison contre la folie. 

Voilà pourquoi les dieux et les déesses des batailles nous donneront la victoire et la porteront au delà des océans !

Erwan Castel