jeudi 23 novembre 2017

Prolongations sous la neige

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L'Hiver dont l'avant garde avait fait son apparition début novembre est arrivé en force sur le front Nord de Donetsk donnant au paysage dévasté une apparence irréelle ou un drap immaculé tente de cacher la misère d'un paysage ravagé par la folie des hommes


Jeudi 23 novembre 2017

La nouvelle est tombée au réveil : notre mission est prolongée d'une semaine !

Pour compenser ce report d'un retour et repos sur Donetsk, la neige est venue nous apporter un air de Noël autour de notre position.

Depuis 2 jours en effet, le Général Hiver à établi ses campements dans le Donbass. L'aspect sinistre de ce paysage martyrisé du front est atténué par ce pansement immaculé adoucissant les arêtes des pierres brisées, comblant les cratères des obus et cicatrisant les plaies des tranchées....

Il n'y a, dans cette monochromie que les pauvres arbres, dont les silhouettes décharnés et noircies par le feu des canons qui nous rappellent les dégâts de la folie humaine qui se cachent sous la neige.

Pour le guetteur, ce blanc manteau est un allié précieux qui donne à la nuit une clarté de pleine lune et un fond blanc aidant à discerner les silhouettes, découpant leurs ombres rampantes, cachant les pièges du terrain et alertant la sentinelle par des crissements au premier pas d'un intrus.

"Kucha" un volontaire russe venu de son Kamcahatka lointain défendre le Donbass
Car les sons également rebondissent sur cette couche lisse et durcie par le gel, apportant à nos sens en alerte toutes les indices de vie à l'entour jusqu'aux voix des ukrainiens terrés dans une ruine prolongeant la nôtre a moins de 100 mètres, et qui s'expriment entre eux dans cette langue russe que leur propagande haineuse et débile jure d'éradiquer ! !

Bref, la veille aux avants postes de l'Empire continue, animée par la foi en cette Victoire qui libérera le Donbass, l'Ukraine et l'Europe du joug de l'impérialisme étasunien et des laquais de cette "Union Européenne" si mal nommée...

À jeudi prochain !


Erwan Castel


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mardi 21 novembre 2017

La mort d'un chien

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Mourka dans un échange de chaleur  est elle aussi attentive au monde extérieur
Sur le front, sous le vol des corneilles et des geais, quelques chats et renards courent à la recherche de rongeurs en faisant décoller des faisans survivants. Si la nuit les chiens nous alertent par des aboiements de leur présence ici et là dans des recoins du front, il est très rare d'en apercevoir sur la première ligne...

Et pour cause !:


Mardi 21 novembre 2017

11h00, entre 2 rafales énervées de kalashnikovs, un gémissement canin brise le silence éphémère d'un front écrasé par la neige et le feu.

Depuis les embrasures du mur Ouest, je cherche ce pauvre animal tandis que me parviennent les rires bêtes et méchants des ukrainiens commentant leur tir aussi lâche que facile (nous sommes à moins de 100 mètres de la première position ennemie)

Ces soudards perdus dans leur ennui et leur stupidité se sont laissés guider par leur haine inassouvie, visant ce pauvre animal qui errait dans son univers dévasté, peut-être fidèle aux ruines d'une datcha familiale ou aux caresses d'un soldat nourricier.

J'ai fouillé ce terrain labouré de mon regard indigné, cherchant en vain, au milieu du chaos battu par les feux ennemis ce pauvre chien pour mettre fin à son agonie insupportable. J'aurais aimé aussi à cet instant, cédant certainement à une forme de haine, trouver aussi dans ma ligne de mire son assassin , pour mettre fin à sa pitoyable débilité.

Malheureusement, je n'ai pu venger la mort de ce compagnon fidèle de l'Homme pas plus qu'abréger ces souffrances. Je suis donc retourné songeur me préparer pour mon tour de garde approchant, m'accrochant à la maigre satisfaction que cet acte haineux et gratuit, qui fait passer le pire animal sauvage pour un être civilisé, n'ait pas été le fait d'un soldat républicain. Quelle honte cela aurait été en plus de cette tristesse !

Mourka, notre fidèle vagabonde féline est venue me seconder dans mon observation de cette espace au frontières du néant, écoutant avec moi les derniers spasmes de ce pauvre loup devenu chien à travers les âges pour finalement être trahi par celui qu'il aide, protège et pour qui il a sacrifié sa liberté sauvage...

Peu à peu les gémissements se sont évanouis dans le froid et le silence d'une neige devenue linceul...

Le front, c'est aussi cela, un monde clos où les destinées "des âmes qui brûlent" et mises à nues par la guerre, fusionnent fraternellement devant cette fragilité de la Vie qui lui confère en retour cette valeur inestimable et sacrée que nous avons juré de défendre dans les tranchées du Donbass...

Erwan Castel

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samedi 18 novembre 2017

Une nuit sur le front du Donbass

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Samedi 18 novembre 2017

Alors que la journée à été aussi calme qu'ensoleillée, à part quelques et rafales éparses de vent et de balles, le froid mais aussi les bombardements et tirs de l'armée ukrainienne ont progressivement retrouvé leur intensité et rythme habituels peu avant le crépuscule.

Voici une petite vidéo prise au milieu de la nuit et qui vous donnera une petite idée de l'ambiance régnant sur cette ligne de front où souvent les forces en présence sont au contact l'une de l'autre (entre 100 et 300 mètres)

Pas d'image bien sûr sur cette vidéo nocturne en situation tactique mais vous pouvez, au milieu des rafales des armes automatiques, tirs de mortiers, canon sans recul, roquettes et grenades propulsées distinguer parfois des traçantes et munitions explosives.

Bref, ne nuit "normale" entre Yasinovataya et Avdeevka, sur fond de cessez le feu signé à Minsk bien sûr !

Erwan Castel


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vendredi 17 novembre 2017

Une terre drainée par la sueur et le sang

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Si les hommes se battent souvent pour une terre, à conquérir ou à défendre, ils se battent toujours, pour la quasi majorité des soldats, dans un contact intime avec cette dernière qui colle à leur peau sous les uniformes dont les couleurs tentent de les fusionner ensemble. 

Dans le Donbass, la nouvelle guerre des tranchées fait disparaître les soldats dans cette terre noire et collante qui fait la caractéristique et la richesse de ses terre riveraine d'une mer, elle aussi noire. 

Lorsque nous revenons du front notre sueur sent cette terre qui coule de nos poches, de nos chaussures et sacs à dos et jusqu'aux pages de mes carnets de route... 

Depuis des mois elle fait partie de nous... ou plus exactement c'est nous qui faison partie d'elle !


Vendredi 17 novembre 2017

Aujourd'hui dans les derniers spasmes ensoleillés d'un automne s'accrochant au cri des faisans et au vol de oiseaux, je profite d'une accalmie des tirs ukrainiens pour sortir à l'extérieur de notre "forteruine".

Et je regarde devant moi, les différentes strates de cette terre du Donbass, couronnées de cette couche noire si riche qu'Hitler avait ordonné d'en voler des trains entier pour améliorer les sols les plus pauvres du Reich.

Devant ce livre ouvert par la coupe de la tranchée je me prends à songer aux Hommes qui ont foulé et défendu ce sol depuis des millénaires...

Si seulement cette terre du Donbass, tant remuée par les soldats et les ouvriers de l'Histoire pouvait parler...

... Elle nous raconterait  (entre autres) :

Les rassemblements des premières tribus préhistoriques saluant aux sommets des collines rasantes le soleil solsticial,

Le creusement par les sarmates d'une dernière demeure remplie d'or et d'argent offerte à l'une de leurs guerrières,

Les raids esclavagistes des tatars sur les bords de la Mer Noire, à partir de leur tête de pont criméenne, 

Les premières processions orthodoxes de la Russie nouvelle unifiée autour de son berceau de La Rus de Kiev. 

Le déferlement mongol de la Horde d'or sur les villages et jetant cette steppe sur le grand échiquier aux confins des empires, 

Le galop des chevaux rythmant le chants et les libertés des cosaques incarnant cette région russe du Don libérée et restaurée, 

Le martèlement des "gueules noires", s'enfonçant dans la houille de la terre à des profondeurs au delà du possible,

Le grondement des panzers bousculant l'ordre soviétique mais réveillant aussi son âme russe éternelle et invincible, 

Les chants de victoire de l'armée rouge, ressac victorieux libérant cette terre slave mais aussi l'Europe du nazisme...

Et aujourd'hui, cette nouvelle guerre du Donbass d'ouvrir sur cette vieille terre européenne une nouvelle page de son Histoire héroïque. Chaque tranchée, creusée sous les obus d'une Ukraine suicidaire et folle est un nouveau sillon où les hommes et les femmes de ce peuple magnifique, sous le regard des héros du passé, sèment à nouveau par leur courage et leur foi, l'espérance de leurs libertés conquises. 

Si cette terre noire du Donbass est sacrée c'est aussi parce qu'un pacte éternel a été signé dans le sang et la sueur de ses enfants, ces enfants de la grande Russie qu'elle nourrit  depuis des millénaires et qui ont juré de défendre leur mère patrie...

Et si cette terre noire ne parle pas, alors des Hommes la chanteront encore et toujours ! 

Erwan Castel


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Donbass e(s)t matrie européenne


Souvent on me demande, concernant mon engagement anargyre pour et dans le Donbass pourquoi je suis venu, breton de Guyane prendre les armes (et le stylo) pour défendre cette rébellion entre Occident et Eurasie...

La question est d'autant plus complexe que la réponse est en partie intuitive je vais essayer d'aborder ici ma motivation métaphysique .

Je suis un fervent partisan de la subsidiarité ascendante (défendue par Althusiuss Johannes au XVème siècle) qui est une vision sociétale présidant dans l'Histoire à la vie des empires (au sens antique de la notion) et des fédérations qui en sont les héritières. Je ne reviendrai pas sur cette opposition entre Empire (fédéralisme) et Nation (centralisme) déjà évoquée plusieurs fois dans des posts précédents.

Mais, cette vision ascendante qui s'exprime autant dans les domaines politiques, culturels ou spirituels a considérablement modifié les limites de mes identités. Ces dernières se sont trouvées élargies à l'aune d'une Histoire reçue, d'une expérience vécue, d'un héritage de plus en plus initiatique et que je veux assumer contre les vents et les marées des intérêts et divisions géopolitiques temporaires du moment...

Ainsi, suis-je breton de cœur et conscient d'appartenir à ce peuple celtique aventurier qui a su toujours garder "sur chaque lames de la mer et chaque motte de la terre" ( E.Renan) et malgré les totalitarismes subis, une identité ouverte au Monde et forte de son rôle fondateur.
Ensuite, je suis français de raison, conscient d'appartenir aussi à ce grand pays dont les vents de l'Histoire sont venus faire claquer le drapeau tricolore sur la terre de mes ancêtres et dans un héritage temporel.
Enfin je suis européen d'esprit, conscient de sortir de cette glèbe païenne multi-millénaire qui est le socle civilisationnel commun sur lequel les "arbres-peuples" européens sont nés et se sont développés en partageant des "fruits-valeurs" cultivés à travers les âges et les cycles.


Les peuples d'Europe sont en effet comme les arbres de cette forêt amazonienne que je connais : en apparence tous différents, mais toutefois entremêlés et unis dans leurs origines (racines) comme dans leurs devenirs (branches). Si un arbre tombe, il entraîne dans sa chute comme dans un effet domino les autres arbres qui lui sont liés (chablis). Je pourrais prolonger cette métaphore arbres/ peuple à la souplesse des troncs (adaptation) et leur densité (héritage) par exemple.

Mais je terminerai par les lianes, ces végétaux extraordinaires (les plus longs de leur règne) qui, enracinés dans cette même glèbe matricielle s'élancent vers le ciel comme des haubans qui s'accrochent mais aussi solidarisent entre eux les différents arbres jusqu'à l'ultime canopée, tournée vers l'inconnu et le Soleil...

C'est la "liane-conscience" qui garde vivante (dans le coeurs des hommes libres) cette identité européenne protéiforme, des origines au futur de la civilisation. ..

Lorsque le Donbass est attaqué dans son corps et ses traditions, dans son identité et son Histoire, je subis alors en conscience cette agression comme une attaque contre des valeurs communes pour lesquelles je suis debout et qui définissent cette Europe des peuples frères et libres que je suis venu défendre ici...

Car, si la Bretagne est ma "patrie" au sens étymologique du terme, l'Europe est quant à elle ma "matrie", au sens d'un héritage civilisationnel fondateur et d'une conscience supra identitaire intuitive.

Voilà pourquoi, par delà les combats anti-mondialistes, antifascistes, fédéralistes et humanitaires que mène aussi ici, je suis venu défendre le Donbass, et une Europe des peuples, du mieux que je peux, armé de mon caractère breton, mon histoire française et ma foi païenne.

Erwan Castel, 
de nationalité bretonne 
citoyenneté française et i
dentité européenne !

Une rencontre hors du temps

Le Donbass attire (pour le meilleur ou le pire) beaucoup de gens atypiques et j'ose espérer que dans quelques années, si les dieux et mon fusil d'assaut me prêtent vie je ne retiendrai dans mes souvenirs que les meilleurs d'entre eux.

Yan Morvan fait partie de ces hommes inclassables à l'intelligence de cœur rare et au professionnalisme maîtrisé à la perfection par un regard juste et une écoute humble.

Si le champ de bataille du Donbass est désormais dans l'inventaire mémoriel et artistique de Yan, cette rencontre bretonne aux confins de l'Eurasie et l'Occident borne mon aventure humaine dans le Donbass d'une belle pierre blanche !

Merci à Yan et à sa boîte magique pour cette rencontre hors du temps exceptionnelle.

Erwan Castel

Source de l'article : Novorossiya Today



Né à Paris en 1954, Yan Morvan est reconnu comme l’un des plus grands spécialistes de la photographie de guerre, Il a couvert les conflits Iran/Irak, le Liban, l’Irlande du Nord, le Kosovo entres autres.

Dans le cadre de son travail sur le 2e volume de son projet "Les champs de batailles", Yan Morvan est venu récemment dans le Donbass. Voici, en avant-première et en exclusivité pour l'agence NRT24 (tous les droits réservés), quelques clichés qui il a pris au cours de son séjour à Donetsk pour vous donner un aperçu du regard qu'il porte sur le conflit qui sévit depuis 3 ans et demie au sud-est de l'Ukraine.

" Alors que les médias sont de plus en plus contrôlés par des intérêts politiques et économiques, que les élites ont perdu le sens de la réalité, mon rôle est de raconter des tranches de vie du quotidien des gens mais aussi de l’histoire de mon pays. Je souhaite que ces documents restent et qu’ils soient une trace de notre histoire. Je ne fais pas de la photographie pour faire de l’argent mais pour que ces photographies s’inscrivent dans la durée. Mon travail est un travail sur le temps. C’est une interrogation sur le temps. Le reste n’existe pas. 

...

L’homme moderne veut être immortel. L’homme antique voulait être éternel. La différence font que tes exploits te rendre éternel, alors que l’immortalité c’est quelque chose de trivial. Finalement, ce n’est pas l’immortalité que je cherche mais l’éternité à travers mes photographies." (Source)



Voir dans le lien de Novorossiya Today ci dessus un petit album de quelques unes des photos prises par Yan Morvan lors de son séjour dans le Donbass

jeudi 16 novembre 2017

Retour dans le merdier

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Nous commençons à être accoutumés au décor de ce champ de bataille dévasté dans lequel nous défendons les avants postes de la République Populaire de Donetsk entre Yasinovataya et Avdeevka. Un vrai "merdier" où chaque mêtre est envahi par les décombres des combats et bombardements et sous la menace permanente des tirs ukrainiens.


Jeudi 16 novembre 2017

Depuis mardi nous attendons en nous préparant pour notre redéploiement sur la première ligne, entre Yasinovataya et Avdeevka.

Le branle-bas de combat à été lancé ce matin à l'issue d'un copieux petit déjeuner. Nous chargeons nos sacs, déjà alourdis par les équipements et les munitions, des traditionnelles conserves de touchonka et kassa grillée cette fois additionnées d'un sac de patates et d'oignons qui nous motive à prendre ces kilos supplémentaires.

En fin de matinée, nous embarquons dans notre camionnette qui vit sa 2ème retraite, 3ème reconversion et 4ème mobilisation (ou quelque chose comme ça).


Une petite demi heure plus tard nous débarquons à l'abri du parapet de la 4 voies Donetsk - Yasinovataya, sous un soleil radieux malgré les grondements roulants de Lance Roquettes Multiples Grad (122mm) qui font trembler l'horizon Nord (secteur Gorlovka). 
Les bombardements de cette artillerie lourde de saturation, déjà rares, sont aujourd'hui déclenchés à une heure inhabituelle.

A la sortie du labyrinthe des tranchées, qui maintenant n'a plus de secret pour nos rangers boueuses, nous relevons l'unité de la Brigade en position dans notre "forteruine" depuis plusieurs jours.

La dernière fois, "Filin" avait prématurément quitté ce groupe de nos camarades, abattu par un sniper ennemi. Cette fois, ce sont les ukrops qui ont payé, et par 2 fois, le prix du sang de notre camarade. L'information tombe, laconique entre les consignes habituelles, avec une satisfaction sans joie, témoignage d'une guerre sans haine menée de ce côté du front.

A peine les sacs posés, les gardes aux créneaux aménagés dans les crevasses des murs bombardés et les services s'emparent de nous.

Pendant mon premier tour de garde de la journée, l'artillerie lourde ukrainienne continue ses pilonnages au Nord. Puis, c'est au tour de notre secteur d'être le théâtre de tirs et ripostes de divers calibres, lance grenades automatiques (AGS), canon sans recul (SAPOG), mortier de 82mm et armes d'infanterie diverses.

Peu avant 14h00, une accalmie nous permet d'entendre à nouveau les rumeurs mécaniques d'une vie imperturbable qui continue dans Yasinovataya, à quelques centaines de mètres à l'Est de la 4 voies bombardée.

Aujourd'hui la garde prend fin dans les couleurs chaudes d'un soleil déclinant et dont je salue la générosité, tandis qu'un froid timide s'avance entre les ruines aux ombres rampantes pour une relève nocturne....

Je rentre par des couloirs encombrés et obscurs dans le secret de notre position où m'attendent quelques heures de repos avant la suivante garde, en compagnie du fidèle poêle à bois qui, tel un grognard impérial, râlant et fume, mais répond toujours "présent !" au service du front.

J'ouvre une boîte de sardines que je déguste à la lueur d'une bougie sur une tartine de pain, grillé lentement par le bois sacrifié

C'est "Noël" à mon estomac !


La guerre, ses dangers, son inconfort, son univers extrême a au moins l'avantage de renouer le corps et l'esprit de l'Homme devenu soldat avec ces choses les plus simples qui, tout bien réfléchi, sont les rayons de la roue de la Vie qui mène à son bonheur central.

La guerre exacerbe la profondeur affective des choses simples qui dans notre mode moderne est altérée sous une routine sociale, des empressements modernes ou des ambitions matérielles.

Ainsi ce pain grillé aux odeurs de sardine, qui retient avec plaisir la fatigue, ou ce thé bouillant apporté par un camarade au milieu d'une garde glacée, ou encore ce feu de bois rythmant par son crépitement la danse magnétique de flammes qui offrent dans l'étreinte de l'obscurité, chaleur et lumière.

Mais cette vie sur le front, si particulière et intense, et réduite à un instant présent infini (et si difficile à décrire), transmute aussi les sens et le cœur du soldat lorsqu'il revient au calme à l'arrière de ce qui semble être une autre planète.

Alors, au cœur de la cité défendue, tout devient sublime : le sourire féminin qui ouvre la porte à la barbe crasseuse courbée sous le sac et la fatigue, le rire des enfants jouant avec un chat ronronnant au milieu de jouets en désordre, les mains d'une babouchka traçant devant un sourire un signe de croix, la chaleur d'un bain, la douceur d'un parfum...

Toutes ces choses en apparence simples et banales deviennent alors athanor, offrant au soldat redevenu un homme un sens à sa vie et une force invincible à son engagement.

Tel est mon ressenti, loin de l'héroïsme et de l'indifférence, que j'essaye de partager ici simplement, pour mieux comprendre peut-être (autant moi que vous d'ailleurs) la vie sur le front et les résonances intimes de cette guerre du Donbass qui a réveillé le cœur de l'Europe....

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

Cynisme, parjure et trahison de Kiev



Voici une déclaration de Natalia Nikorovona, la Ministre des Affaires Etrangères de la République Populaire de Donetsk rendant compte de la énième réunion du groupe de contact réalisé à Minsk autour des accords de paix signés il y a 3 ans maintenant. 

Tout comme sur le front militaire où nous observons quotidiennement des provocations de l'armée ukrainienne et sabotages d'un cessez le feu par des bombardements et incursions dans la zone neutre, sur le front diplomatique , les représentants de Kiev restent enfermer dans une position de blocage, refusant toute ouverture de dialogue pour engager un processus de paix pourtant signé par eux.

Il y a, dans ce jeu cynique de Kiev, une volonté flagrante des autorités de Kiev (certainement pilotée par le pouvoir profond occidental qui mène cette stratégie du "grand échiquier" décrite pat Zbigniew Brzezinski) de gagner du temps.

Les néo-conservateurs mondialistes qui ont parrainé et tirent toujours les ficelles des dirigeants ukrainiens "jouent le chrono" des arrêts de jeu de Minsk le temps pour Washington d'attendre le moment opportun (ou critique par rapport à la Syrie par exemple) pour réactiver un front  sur le flanc occidental de Moscou. 

Pendant ce temps là, le sabotage des accords de Minsk permet à Kiev : 

-de provoquer les Républiques et Moscou 
-de restaurer son armée avec l'aide de l'OTAN
-de voter la loi de réintégration du Donbass

Une fois que toutes les moyens (militaires et légaux) auront été réunis et les conditions engagées (agonie politique du régime de Kiev ou effondrement du système financier mondial ou désintégration définitive du Proche Orient américano-sioniste etc...), alors, sur le grand échiquier, les néo-conservateurs, pour tenter par la guerre de sauver la ploutocratie mondialiste, lanceront leur cheval fou ukrainien vers la tour russe du Donbass...

Erwan Castel

Source de l'article : Novorossiya Today

LA MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE LA RPD NATALIA NIKONOROVA : « KIEV ESSAIE DE SABORDER LE RÈGLEMENT PACIFIQUE DU CONFLIT ».

La réunion du groupe politique pour le règlement de la situation dans le Donbass s'est tenue le 15 novembre dernier. A son issue, la ministre des Affaires étrangères de la RPD Natalia Nikonorova a fait une déclaration suivante :

« Nous ne constatons pas que la partie ukrainienne est prête à ouvrir un dialogue constructif avec les représentants des deux Républiques Populaires du Donbass. L'obstacle principal est le refus permanent des représentants de Kiev d'aborder la discussion sur le sujet principal, à savoir trouver un compromis dans l'ordre par lequel le statut spécial du Donbass entrera en vigueur. Malgré toutes tentatives du pouvoir ukrainien de présenter l'adoption de la loi « Sur la création des conditions pour un règlement pacifique de la situation dans certaines régions des oblasts de Donetsk et de Lougansk » comme le respect adéquat de ses engagements, le statut spécial ne fonctionne toujours pas. Les représentants de l'Ukraine à Minsk, selon leur propre déclaration, ne sont pas mandatés pour discuter de l'ordre par lequel le statut spécial du Donbass entrera en vigueur.

Pour tout argument, Kiev se contente de lire toujours le même texte à chaque réunion. Plutôt, que d'entamer une réelle discussion, Kiev préfère le langage des ultimatums, en déclarant qu'il refuse de discuter des questions qui sont à l'ordre du jour suite à la concertation du groupe de Contact. La partie ukrainienne tente par tous les moyens de saborder le travail du groupe politique avec pour argument que toutes les questions politiques sont incluses dans la Feuille de Route qui fait l'objet de travail du format Normandie. Nous ne pouvons considérer ces déclarations absurdes comme une intention de saborder tout le processus de Minsk et ne pas tenir ses engagements pour trouver une solution pacifique au conflit. En parallèle, Kiev poursuit l'examen de la loi « Sur la réintégration du Donbass » qui ne peut déboucher que sur regain des tensions et la mise en place du scénario du règlement par la force. En même temps, les représentants de l'Ukraine continuent d'ignorer les représentants des deux Républiques Populaires en tant que la seconde partie du conflit et refusent le dialogue. Ils font ainsi preuve de manque de volonté de supprimer les causes du conflit autour d'une table de négociations. Or, la situation ne peut pas être réglée sans qu'un accord soit trouvé dans tous les aspects politiques et sans que le statut spéciale soit accordé au Donbass, conformément à l'Ensemble de mesures prévu par les accords de Minsk. En essayant de contourner cette condition, les pouvoirs kiéviens font preuve du mépris envers leurs engagements internationaux, envers les leaders de pays faisant partie du format Normandie et surtout leur refus d'instaurer la paix ».

Source: minsitère des Affaires étrangères de Donetsk

Traduction; Svetlana Kissileva

mercredi 15 novembre 2017

Un délire qui risque de devenir réalité

Que L'OTAN, échafaude des hypothèses de guerre et organise et prépare ses ressources à y être engagées, c'est une activité somme toute logique pour une organisation militaire ...

MAIS :

si on considère sa dimension politique contrôlée par des néo-conservateurs étasuniens qui orientent l'Europe vers une nouvelle guerre thérapeutique pour leur économie vacillante,

Lorsqu'on observe le développement offensif et hors de son sanctuaire des moyens de l'OTAN théoriquement au service d'une défense européenne,

Avec en plus pour confirmer la désignation claire et violente par le haut commandement de l'OTAN de la Russie comme étant "l'ennemi principal" ... non de l'Europe mais des États Unis...

Il y a de quoi s'inquiéter sérieusement et de craindre que l'Europe ne soit sacrifiée dans une guerre contre Moscou décidée par Washington, et dont L'OTAN serait le cheval de Troie, l'Union Européenne les laquais, les Européens la chair à canon et l'Ukraine, peut-être le détonateur (dont la mèche à déjà été allumée !)

Erwan Castel

Source de l'article : Réseau international


Mercredi et jeudi, les ministres de la Défense des pays de l’OTAN se sont réunis à Bruxelles pour discuter des plans d’une escalade militaire majeure en Europe. Alors que le gouvernement Trump alimente le conflit avec la Russie et la Chine dans le Pacifique avec des menaces d’attaque nucléaire américaine contre la Corée du Nord, l’OTAN prévoit une modernisation majeure de ses installations militaires en Europe pour mener une guerre avec la Russie.

L’OTAN prévoit deux nouveaux grands centres de commandement militaire en Europe. L’un, probablement en France ou au Portugal, coordonnerait des opérations navales à grande échelle pour transporter des troupes américaines en Europe et détruire des navires de guerre russes dans l’Atlantique. L’autre, probablement en Allemagne ou en Pologne, coordonnerait le transport terrestre des forces de l’OTAN à travers l’Europe pour attaquer la Russie, notamment en veillant à ce que les frontières intérieures en Europe n’arrêtent pas le transit rapide des forces de frappe de l’OTAN vers l’est.

Dans son article qui passe en revue ces plans avant le sommet, le magazine d’information allemand Der Spiegel a carrément écrit : « En langage clair : l’OTAN se prépare à une éventuelle guerre avec la Russie ».

Lors de sa conférence de presse à Bruxelles, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a tenté d’imputer la responsabilité de la Russie de cette situation. « Nous avons réduit la structure de commandement à la fin de la guerre froide, car les tensions ont diminué », a déclaré Stoltenberg, « mais nous avons vu une Russie qui a investi de nombreuses années dans ses capacités militaires, modernisé ses capacités militaires, et qui n’exerce pas seulement ses forces conventionnelles, mais aussi ses forces nucléaires, et que l’on a vu utiliser la force militaire contre un voisin : l’Ukraine […] L’OTAN doit être capable de répondre à cela. »

Les affirmations selon lesquelles le renforcement de l’OTAN est une réponse à l’agression russe sont des mensonges politiques. La Russie effectue des exercices militaires sur son propre sol. C’est l’OTAN qui, après un quart de siècle de guerres au Moyen-Orient, a renversé un gouvernement ukrainien pro-russe par un coup d’État à Kiev en 2014, qui envoie ses troupes jusqu’aux frontières de la Russie. Les menaces de Trump d’annihiler la Corée du Nord avec « un feu et une furie comme le monde n’en a jamais vu », lancées à l’occasion de l’anniversaire du bombardement atomique américain de Nagasaki cette année, étaient un signe indubitable du rôle agressif et, franchement, insensé des puissances impérialistes de l’OTAN.

Au sommet de Bruxelles, les responsables de l’OTAN ont clairement indiqué qu’ils prévoyaient une guerre terrestre majeure contre la Russie, qui possède le deuxième plus grand arsenal nucléaire du monde après les États-Unis. Le ministre lituanien de la Défense, Raimondas Karoblis, a déclaré que la construction de nouvelles bases était essentielle, car le retard dans le transport des troupes et des armes à travers l’Europe pour combattre l’armée russe signifiait « plus de pertes et des risques supplémentaires […] le temps est très important ici. »

Expliquant les commentaires de Karoblis, le Washington Post affirmait que « la rapidité avec laquelle l’OTAN peut réagir à toute agression russe pourrait faire la différence entre combattre pour défendre les frontières de l’OTAN et des combats beaucoup plus durs pour reprendre du territoire déjà perdu. »

De telles discussions sur la planification de la guerre de l’OTAN cachent au public que ce que l’OTAN projette est une guerre qui dégénérerait rapidement en un échange nucléaire dévastateur entre l’OTAN et la Russie qui ferait des centaines de millions, voire des milliards de morts.

Ceci est largement reconnu par les fonctionnaires du gouvernement et les analystes de la politique étrangère. Mike Kofman, du US Center for Naval Analyses, a écrit que le « problème de la fixation sur la dissuasion de guerre conventionnelle dans la lutte balte est que, comme dans l’ancienne impasse entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie, cette guerre présente des possibilités d’escalade nucléaire. La plupart des experts russes que je connais dans la communauté de l’analyse militaire, y compris ceux de Russie, pensent pas vraiment qu’il y ait une chance qu’une bataille conventionnelle avec l’OTAN reste conventionnelle. »

Passant en revue le risque d’une guerre entre l’OTAN et la Russie dans les pays baltes, le site Web américain National Interest a commenté : « Une telle guerre dégénérera presque certainement en une guerre nucléaire complète entre les deux superpuissances nucléaires de la planète – ce qui veut dire que tout le monde est perdant. »

Néanmoins, le sommet de Bruxelles a agressivement poussé un renforcement de l’OTAN dans les États baltes et en Scandinavie contre la Russie. La Finlande s’est jointe à onze autres pays dans le cadre d’un programme visant à acquérir de vastes stocks de missiles américains air-sol de haute précision. Cela s’est produit après que la Suède a organisé son plus grand exercice militaire depuis 23 ans en septembre, avec 19 000 soldats suédois et des forces américaines, françaises, danoises, finlandaises, norvégiennes, estoniennes et lituaniennes. En mars, la Suède a rétabli la conscription dans une politique qui, selon les responsables de la défense, visait à préparer le pays à la guerre contre la Russie.

Plus largement, le sommet de l’OTAN a discuté des plans de guerre partout dans le monde. Les puissances de l’UE se sont engagées à envoyer 3000 soldats de plus pour participer à l’occupation de l’Afghanistan par les États-Unis. Dans la foulée de l’escalade des tensions entre la Turquie et ses principaux alliés de l’OTAN, les États-Unis et l’Allemagne, un accord aurait été conclu entre la Turquie, la France, l’Italie et l’Espagne pour collaborer au développement de systèmes de missiles pour la Turquie.

Ce mouvement de guerre est objectivement enraciné dans les politiques menées par les puissances de l’OTAN, dirigées par les États-Unis, depuis la dissolution stalinienne de l’URSS en 1991. Washington mena des guerres avec le soutien de diverses puissances européennes en Irak, en Yougoslavie, Afghanistan, Libye, Syrie et au-delà. Alors que Washington voulait utiliser sa puissance militaire pour cimenter son hégémonie mondiale en tant que puissance dominante dans l’alliance de l’OTAN et dominer la masse continentale eurasienne, ces guerres se sont avérées être des déboires horribles, sanglants et coûteux qui ont fait des millions de morts.

Tandis que Washington menace de lancer une guerre majeure en Asie de l’Est, visant en fin de compte à briser l’élan du défi croissant posé par la Chine aux intérêts impérialistes américains par la Chine, les conflits s’intensifient également au sein même de l’OTAN. Surtout après la décision de l’Allemagne de remilitariser sa politique étrangère, depuis l’élection de Trump et la décision de retrait britannique de l’Union européenne (UE) en 2016, qui a retiré de l’UE le meilleur allié militaire des États-Unis en Europe, les tensions entre les puissances majeures de l’OTAN ont explosé.

Ces tensions sont apparues peu de temps après l’élection de Trump, lorsque Trump a menacé d’imposer des tarifs douaniers pour tenter de couper les exportations de voitures allemandes vers les États-Unis.

Dans un document de prospective consulté par Der Spiegel, intitulé « Perspectives stratégiques 2040 », l’armée allemande prévoyait la possibilité d’une « désintégration de l’UE » et l’éruption de guerres à travers l’Europe. Après des « décennies d’instabilité », écrit-il, on pourrait avoir une situation où « l’élargissement de l’UE est largement abandonné, d’autres États ont quitté l’UE et l’Europe a perdu sa compétitivité mondiale dans de nombreux domaines. Le monde de plus en plus désordonné, parfois chaotique et conflictuel a radicalement changé l’environnement de sécurité allemand et européen. »

Dans ces conditions, les responsables de l’OTAN ont souligné leurs projets de collaboration continue avec l’UE alors même que les pays de l’UE, menés par l’Allemagne et la France, ont annoncé des plans pour un pacte militaire commun. La Coopération structurée permanente (PESCO), qui sera signée à Bruxelles le 13 novembre, serait destinée à mettre en commun des ressources pour créer des systèmes d’armement conjoints, à mettre en place une structure de commandement militaire et à faciliter les opérations conjointes de différentes nationalités. Cependant, ce pacte exclurait non seulement les États-Unis, mais aussi la Grande-Bretagne, qui quitte l’UE.

Les responsables de l’OTAN, conscients de la large opposition à la guerre avec la Russie dans la population européenne, ont proposé que l’UE aide à coordonner les efforts politiques plus larges visant à promouvoir la guerre. L’OTAN sera en pourparlers étroits avec les gouvernements, les banques, la police et les services de renseignement à travers l’Europe qui sont chargés d’essayer d’imposer des plans de guerre à la population européenne.

Stoltenberg a déclaré : « Bien sûr, la mobilité militaire ne concerne pas seulement les militaires. Cela nécessite une approche pan-gouvernementale. Il est donc important que nos ministres de la défense sensibilisent nos ministres de l’intérieur, des finances et des transports aux exigences militaires. »

Le danger principal dans cette situation est que de larges masses de la classe ouvrière en Europe et dans le monde ne sont pas conscientes du fait que la possibilité d’une guerre mondiale catastrophique est vraiment pressante, et à quel point les pertes d’un tel conflit seraient dévastatrices. C’est pourquoi le WSWS souligne l’urgence de construire un mouvement anti-guerre international fondé sur la classe ouvrière et une perspective socialiste et anti-impérialiste, et demande le soutien actif de ses lecteurs dans la diffusion de ses textes contre la guerre.

Alex Lantier

source: https://www.wsws.org/fr/articles/2017/nov2017/otan-n11.shtml

Retour aux avants postes du Donbass

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A défaut d'une routine que le danger interdit, nous sommes désormais accoutumé aux rythme de travail de la brigade, alternant entre services à la caserne, missions au front, et repos à la maison.


Mercredi 15 novembre 2017

Après quelques jours et nuits de repos passés loin des explosions et des crachats, je suis retourné au régiment pour une nouvelle rotation sur la ligne de front au Nord de Donetsk.

La guerre du Donbass, enlisée dans les tranchées depuis les accords de Minsk, fait de nous des sentinelles subissant les tirs permanents d'un ennemi qui reste pour la plupart du temps invisible à nos yeux et lignes de mire.

De notre côté le feu de nos armes est exceptionnel, seulement s'il est justifié et les cibles acquises. Point de débauche de haine (ou d'exaspération) et de gaspillage de munitions. Cela dénote de la maturité des soldats, d'une discipline et d'unités disposant d'un encadrement professionnel et actif.

Cette différence des comportements qui est la conséquence d'une différence des mentalités montre, s'il en était besoin, la différence identitaire existant entre le Donbass russe et l'Ukraine prise en otage par un bandériste occidentale (d'une région rattachée au pays que en 1939 par l'armée rouge)

Nous assistons à un choc des systèmes et des idéologies qui plonge un pays, qui n'a existé factuellement qu'en tant que République Socialiste Soviétique au XXeme siècle, dans une désintégration logique menant à une guerre civile manipulée par un Occident soumis à une russophobie exogène au service d'intérêts mondialistes...

Dans nos tranchées, bunkers et postes de combat, nous sommes évidemment bien loin de cette tectonique géopolitique, même si nous sommes déployés sur une de ses failles principales
Notre attention majeure est de tenir notre secteur, de veiller mutuellement à la sécurité des camarades de combat... et de dormir et manger dès que possible.

Volontaires sur le front du Donbass, nous ne sommes pas des héros, mais juste des hommes conscients et libres et qui veulent le rester.

Erwan Castel


Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front