mardi 2 juillet 2019

La permanence de l'Histoire

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En Russie, le 1er juillet est la journée dédiée aux vétérans des combats. A cette occasion et profitant de la proximité du site de Saur Moghila du polygone de Torez où nous réalisons nos entrainements actuellement, notre compagnie est allé visiter ce haut lieu du passé et du présent du fait des combats violents qui s'y déroulèrent à 75 ans d'intervalle.

En effet sur cette plus haute colline du Donbass devenue sacrée par le sacrifice de milliers de soldats de l'armée rouge contre les forces allemandes, se déroulèrent ici en juillet 2014 de nouveaux combats héroïques contre les forces ukrainiennes et faisant à nouveau de Saur Moghila le symbole élevé de la lutte permanente du Donbass pour sa Liberté.



Lundi 1er juillet 2019

Au retour de nos exercices tactiques du jour, nous partons à quelques kilomètres au Sud de notre polygone d'entrainement pour visiter le site historique de Saur Moghila, cette hauteur stratégique dominant d'environ 300 mètres la steppe, et qui fut le théâtre de violents combats et sacrifices en 1943 et 2014.

Lorsque nos pas nous ont hissé au milieu des décombres du monument commémoratif, les discussions joyeuses s'éteignent et les regards des jeunes volontaires (et moins jeunes !) deviennent graves et pensifs. Autour de nous un lieu de la mémoire blessé invitait dans nos esprits cette permanence de l'Histoire que nous vivons dans le Donbass depuis 5 années passées.



Personnellemnt j'ai eu plusieurs l'occasion de venir sur cette colline, seul ou avec des amis, en reportage ou lors de cérémonies, mais à chaque fois l'émotion est intacte au milieu de cet amas de béton et de ferailles gardé par les héros qui y sont tombés en défendant notre liberté. Car depuis les milliers de noms accueillant la montée vers le champ de bataille de 1943 aux sépultues où reposent ses défenseurs de 2014 le couronnant aujourd'hui , le vent de la steppe qui balaie cette colline ensanglantée semble porter jusque dans nos coeurs à l'écoute de l'Histoire les échos de leurs cris et les fracas de leurs combats réunis dans la mémoire... 

Ici pendant l'été 2014, des milices populaires d'autodéfense, unités improvisées aux faibles effectifs et mal équipées vont résister héroïquement pendant 3 mois aux assauts d'un corps blindé ukrainien piégé dans différents chaudrons le long de la frontière russe et qui tente de s'en échapper. 


Bombardements ukrainiens au lance roquette multiple 'Grad" (122mm) 
sur la colline historique de Saur Moghila où le monument commémoratif 
qui est encore debout s'effondrera quelques jours plus tard 

La hauteur de Saur Moghila et sa position centrale dans ce couloir bordant la frontière russe en font le verrou de la victoire. Et dans le dédale des monuments commémoratifs et des boyaux de la grande guerre patriotique, une section de volontaires va tenir jusqu'à la dernière cartouche face aux bombardements et aux assauts blindés ukrainiens qui vont assaillir la colline en juillet 2014. 

Les hommes ici sont tombés les uns après les autres, avec leur chef "Medved", sous les orages de l'artillerie et les assauts blindés ukrainiens et seuls 5 survivants, à court de munitions et blessés, parviendront à s'échapper de la submersion inévitable de leur position par les anciennes tranchées de la seconde guerre mondiale. 
Mais le sacrifice de cette poignée de volontaires n'a pas été vain, bien au contraire car le verrou de Saur Moghila qu'ils ont tenu suffisamment longtemps fermé a permis la défaite du corps blindé ukrainien, le coupant de son ravitaillement logistique et de ses renforts. Les unités républicaines vont récupérer le long de la frontière avec la Russie un nombre important de véhicules de combat, d'armement et de matériel ukrainiens et pouvoir ainsi lancer une contre offensive qui achévera la défaite de Kiev dans un nouveau chaudron à Iliovaisk en septembre 2014.


Une stèle, à quelques mètres de sa sépulture marque l'endroit ou "Medved" le chef de la section défendant la colline est tombé au combat en juillet 2014

Aujourd'hui Medved et ses frères d'armes veillent toujours sur cette colline au nom prédestinée de Saur Moghila (Mont tombe) et au delà de son horizon géographique et symbolique, ils nous offrent l'exemple toujours vivant dans nos coeurs de cette permanence de l'Histoire, des traditions et des valeurs pour lesquelles nous nous battons aujourd'hui, encore et toujours, et qui sont l'armature de la liberté des peuples.

Puissions nous seulement nous montrer dignes de leurs exemple et héritage de combat.


Erwan Castel


Les autres extraits de mon journal du front, le lien ici : Journal du front

Pour les autres articles publiés ici sur ce site historique, le lien ici: Saur Moghila


















lundi 1 juillet 2019

Photos 1er Juillet

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Après un repos flash sur Donetsk partagé entre lessive, grillades et information, nous voici de retour sur le polygone de Torez pour terminer les entraînements et exercices du bataillon.

Hier après midi et en soirée des bombardements ukrainiens autour de Donetsk se faisaient entendre à nouveau jusqu'au coeur de la cité et dans les conversations des fumeurs regroupés devant les cafés et les restaurants...

Alors que le soleil et les vacances invitent les esprits à s'évader un moment, les explosions et détonations précédées de lueurs marquant l'horizon proche des bombardements ukrainiens, rappellent à nouveau chaque jour la fragilité des destinées humaines et la force invincible du destin de la vie...


Lundi 1er juillet 2019

Aujourd'hui, nous entamons la denière semaine de nos manoeuvres sur le polygone de Torez, impatients de retourner sur la pratique de première ligne du front. Au moment de quitter Donetsk, de nouveaux bombardements ukrainiens se faisaient entendre vers le secteur de Spartak, au Nord de Donetsk. Il me semble retrouver l'ambiance sonore du premier trimestre 2015, après que je sois arrivé à Donetsk 

Après avoir retrouvé nos camarades restés au polygone nous rejoignons le terrain désormais familier de nos entrainements, bordé de terrils et parsemé de lisières et de champs...


Les exercices tactiques continuent de transformer en réflexes individuels et collectifs, les actes élémentaires du fantassin qui souvent ne doit sa survie qu'à la rapidité de gestes et de comportements tactiques simples et logiques mais qui ne sont efficaces que conditionnés par des exercices répétés à l'infini.

De mon côte je pars avec mon SVD pour affiner observation et estimation sur des distances diverses et qui changent de celles très courtes auxquelles nous sommes habituées sur le front du Donbass où la plupart de nos postions sont à moins de 500 mètres des avants postes ukrainiens.

Erwan Castel

Les autres extraits de mon journal du front, le lien ici : Journal du front


Le sang de juin


Avec l'arrivée à la présidence ukrainienne d'un Zelensky, la bouche pleine de promesses de cessez le feu dans le Donbass et de discours compatissants envers la région russophone d'Ukraine dont il est issu (ce qui a largement contribué à sa victoire électorale), rien n'a changé sur le terrain de cette guerre qui a fait près de 20 000 morts au coeur de l'Europe et les morts du mois de juin peuvent en témoigner au milieu des pleurs de souffrance de leurs familles et de leurs proches.

Pas moins de 30 tués au cours de ce mois écoulé et probalement autant d'inconnus actuels mais qui vont apparaître à la surface de l'Histoire au cours des prochaines semaines. L'hémorragie qui a recommencé au début de cette année continue donc provoquant la perte, entre tués et blessés, de quasiment une compagnie par mois !

Ces pertes sont essentiellemnt dues aux bombardements ukrainiens qui ne cessent de s'intensifier depuis plusieurs semaines, des tirs de snipers qui sont de plus en plus nombreux sur le front ukrainien (et de mieux en mieux équipés), ainsi que des tirs ciblés à l'aide de systèmes d'armes antichars qui se révélent très performant sur les casemates et postions enterrées au milieu des tranchées.

Tir de missiles antichars ukrainiens sur une casemate républicaine, 
sur le front de Donetsk au courant du mois de juin 2019

De toute évidence ces "tirs hémorragiques", qu'une occupation progressive de la zone neutre facilite en créant des zones de contacts où les positions sont en permanence sous le feu de tirs divers et précis, sont une volonté de Kiev d'épuiser les effectifs et le moral des forces de défense républicaines qui sont déjà 3 à 4 fois moins nombreuses que les effectifs ukrainiens déployés sur les 470 km de front.

La difficulté pour les forces républicaines est que si leur organisation et effectif sont suffisant pour assurer la défense du front, en revanche elles n'ont pas les moyens suffisants pour effectuer une large et profonde percée dans le dispositif ukrainien pour se libérer de son étreinte. De plus de nombreuses positions défensives sont le dos aux premiers murs des cités républicaines (Gorlovka,Yasinovataya, Donetsk, Dokuchaievsk...) et n'ont donc aucune profondeur stratégique ou marge de manoeuvre tactique. 

Les soldats républicains n'ont donc pas d'autre choix que de tenir en attendant que la situation se débloque en s'engageant soit vers une vraie paix stable, soit vers une vraie guerre de mouvement.

Et les pertes subies sur nos lignes républicaine n'en sont pas moins héroïques car elles témoignent de la violence régnant sur ce front occulté du Donbass et des sacrifices quotidiens consentis par ces volontaires locaux et étrangers qui ont voué leurs vies à défendre les populations russes de Donetsk et Lugansk.

Que la terre leur soit légère et leur souvenir éternel !

Erwan Castel

Voici quelques uns des visages disparus au cours de ce mois de juin pour la Liberté du Donbass.


1 juin, Nikita Belyankin, 25 ans


3 juin, Oleg Spichak, 40 ans





4 juin Dmitry Mikhailovich Butko, 39 ans


4 juin, Nikita Rudenko, 23 ans






4 juin, Oleg Trunev, 54 ans


9 juin, Ivan Moiseenkov, 30 ans





9 juin, Ivan Moiseenkov, 34 ans


11 juin, Alexey Grumnitsky, 33 ans







11 juin, Gritsai Bogda, 24 ans


12 juin, Dmitry Cech 







13 juin, Alexander Komarevtsev, 24 ans.


15 juin, Viktor Balabanov, 27 ans






19 juin, Denis Vladimirovich Bludov, 40 ans

20 juin, Alexandre Oumir, 42 ans







20 juin, Nikolaï Kozyrev, 27 ans


21 juin, Alexnader Bessarab, 25 ans





22 juin, Dmitry Piven, 30 ans


23 juin, Andrews Roman, 37 ans






23 juin, Vitaly Zamota

25 juin, Alexander Kostin , 37 ans






26 juin, Dmitry Popov, 28 ans


26 juin, Dmitry Sergeevich, Kovalev, 44 ans

26 juin, Sergey Sidyakin, 47 ans


28 juin, Andrei Volk, 24 ans





28 juin, Nikolas Nenashev, 23 ans


29 juin, Dmitry Parkhomenko, 26 ans