vendredi 29 avril 2022

Le martyr du Donbass continue

Dans le Donbass, le déclenchement des opérations militaires russes, par ses priorités stratégiques (percées du front au Nord de Lougansk et au Sud vers Marioupol pour ensuite encercler les ukrainiens), a cependant toujours maintenu quasi intact le front central entre Donetsk et Gorlovka. Dans ce secteur, les forces ukrainiennes restent puissantes, solidement organisées dans des villes moyennes mais organisées depuis 8 ans en bastions défensifs (Marinka, Avdeevka, Krasnoarmeïsk, Konstantinvka).

Et dans l'exacerbation des combats on observe également celle des bombardements qui pour ceux déclenchés par la partie ukrainienne persistent souvent à viser les quartiers résidentiels pour maintenir contre leurs populations un politique de terreur.

Pour n'évoquer que ces derniers jours et le secteur de Donetsk, des lances roquettes multiples ukrainiens ont frappé quotidiennement Makeevka, au Nord-Est Donetsk, et les quartiers Nord et Sud Ouest de la ville tuant au total 10 civils, blessant 59 autres dont 2 enfants sans compter les destructions multiples occasionnées. 

Le mardi 26 avril, un bombardement ukrainien frappe un quartier résidentiel à l'Ouest de Makeevka, tuant 2 femmes, blessant un homme en provoquant plusieurs destructions sur des bâtiments dont l'usine de produits pharmaceutiques.

Le jeudi 28 avril matin un nouveau bombardement ukrainien avec des lance roquettes multiples de 122mm frappe le marché du quartier "Textile" dans l'Ouest de Donetsk tuant 5 personnes et blessant 25 autres 

Bombardement ukrainien avec des roquettes 
de 122mm (LRM "Grad") du marché de Donetsk
dans le quartier de "Textile" - le 28 avril 2022.

Le jeudi 28 avril toujours, les bombardements ukrainiens sur Donetsk ont continué, frappant le district de Kirovsky (Nord Est de la ville) mais aussi plus au Nord, les villes de Makeevka et Yasinovataya

Au matin du 29 avril c'est un dépôt de carburant 
qui est en feu dans le district de Kirovsky.

Sur Makeevka, depuis leurs position du village de Ocheretino les ukrainiens ont tiré à 18h50 des roquettes de 220 mm (LRM "Uragan") sur un quartier résidentiel, blessant grièvement plusieurs civils. 

A noter que ces tirs meurtriers sont très limités les batteries d'artillerie changeant de position le plus vite possible pour échapper aux ripostes russo-républicaines de l'artillerie et de l'aviation défendant le secteur. Et tout comme pour Donetsk, frappé la veille sur un marché populaire, ce sont à Makeevka des objectifs exclusivement civils (aire de repos et gare routière) éloignés de cibles militaires de plusieurs kilomètres qui ont été visés par les forces ukrainiennes dans des attaques sciemment terroristes et en aucun cas militaires. 

Au total, pour la seule journée du 28 avril, 19 résidents locaux de Makeevka ont été blessés dans les bombardements ukrainiens dont quatre enfants. Parmi eux 3 adultes et 2 enfants dans un état grave, et dans la nuit on apprenait qu'un des enfants, âgé de 12 ans était mort  à l'hôpital des suites de ses blessures. 

Quelques kilomètres plus au Sud-Ouest, les districts périphériques de Donetsk, sont toujours frappés par l'artillerie ukrainienne positionnée sur le front de Marinka comme le district de Petrovsky où un homme de 33 ans a été tué.

Un habitat civil de Petrovsky touché de plein
fouet par l'artillerie ukrainienne le 29 avril matin

Ailleurs, toujours en République Populaire de Donetsk, c'est le village de Novgorodskoye, entre Avdeevka et Gorlovka qui a été subi également un bombardement ukrainien tuant 3 personnes.

Résultat du bombardement ukrainien de Novgorodskoye,

Les forces de défense russes et républicaines sont à l'œuvre jour et nuit, interceptant chaque jours des drones et des missiles ukrainiens jusque dans la profondeur du territoire républicain, et les forces d'artillerie et aériennes s'emploient à mener des ripostes le plus rapidement possible vers les unités d'artillerie ukrainienne avant qu'elles ne changent de position. 

Lance roquettes multiples russes en tirs 
de contre batterie contre des positions de
l'artillerie ukrainiennes dans la nuit du 28.

Peu avant minuit, dans la nuit du 28 au 29 avril, les tirs de l'artillerie ukrainiennes ont repris sur Makeevka et les quartiers Nord de Donetsk provoquant de puissants tirs de contre-batterie russo-républicaines sur ses positions de la couronne de Avdeevka, (10 km Nord  Donetsk) avant que de passer le relais aux forces aériennes russes:

Chasseurs Sukhoï au dessus de Makeevka pour un
raid aérien contre des positions ukrainiennes en
train de bombarder la ville ce 29 avril 2022 matin.

En raison de la menace augmentée des bombardements ukrainiens sur les villes de la République Populaire de Donetsk, les cérémonies commémoratives du 9 mai 1945 ont été annulées tandis que des appels aux dons de sang se sont multipliés en raison d'une recrudescence des blessés dans les hôpitaux (rien que pour la période du 28 au 29 avril, 59 civils ont été blessés sur tout le territoire de la RPD).

Pour terminer cet artiche triste sur ce martyr 
du Donbass qui n'en finit pas voici une vidéo
qui seule, résume cette longue et dramatique 
cohabitation entre les familles de Donetsk et
cette guerre à caractère génocidaire lancée 
contre leur identité russe depuis 8 années.

Si la libération du Donbass est bien engagée au Nord et au Sud grâce à l'appui vital des forces armées russes venues démilitariser ce Golem ukrainien créé par l'OTAN, en revanche elle annonce autant de douleurs que d'espérance pour cette population martyrisée depuis 8 ans. Mais la capacité de résilience de ce peuple admirable ainsi que sa conscience historique de son identité réelle et du prix de la Liberté lui permettent de résister, encore et toujours, à cet avanie criminelle qui dure depuis 8 ans, envers et contre toutes les tentatives diplomatiques de trouver une solution pacifique à cette crise internationale.

Erwan Castel



jeudi 28 avril 2022

L'amnésie occidentale

Ce qui est répété en boucle depuis 2 mois par la bien pensance occidentale et dans un lavage des cerveaux hallucinant, c'est que "la Russie a commencé la guerre en Ukraine le 24 février 2022". 

"Mais merde !" serais-je tenté de dire "rappelez-vous !" :

  • Cette guerre a été annoncée au sommet de Bucarest en 2008 par l'OTAN - qui définit la Russie comme son ennemi - lorsque les USA, prévoient d'intégrer dans leur alliance militaire l'Ukraine et la Géorgie frontalières de la Russie,
  • Cette guerre a été tentée une première fois en 2008 avec l'offensive précipitée de la Géorgie contre l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, laquelle a été immédiatement repoussée par les forces russes protégeant leurs populations russes.
  • Cette guerre a été déclarée sur le Maïdan en 2014 par un coup d'Etat orchestré et financé par les USA pour mettre en place un pouvoir ukrainien fantoche et ouvertement russophobe jusqu'à lancer une guerre locale contre les russes du Donbass.
  • Cette guerre est devenue régionale en 2022, quand Washington refuse les revendications sécuritaires de Moscou pour sa zone frontalière et que Kiev, gavée d'armements occidentaux, s'apprête à lancer une deuxième offensive contre le Donbass.
  • Et cette guerre deviendra mondiale parce que les dirigeants et les populations occidentalisées amnésiques préfèrent suivre servilement une stratégie belliciste mondialiste qui en plus leur est suicidaire plutôt que de reconquérir indépendance et conscience européennes.  

Car ce qui caractérise les occidentaux c'est bien cette amnésie chronique qui leur est injectée par les idéologies successives les asservissant depuis 2000 ans, que ce soit à l'occasion d'une nouvelle religion, économie, conquête, politique, découverte et jusqu'au nouvel événement qui semblent effacer des mémoires les précédents, qui pourtant l'ont souvent provoqué. 

Et cette amnésie, organisée par la doxa dominante mondialiste, s'appuie aujourd'hui sur une hypnose médiatique capable de conduire les foules européennes occidentales, autant que leurs responsables devenus laquais à une hystérie collective. Cette amnésie autant que cette hystérie se révèlent toutes les deux adoratrices du nouveau monothéisme, celui de la Marchandise qui instrumentalise les rêves des "Droits de l'Homme", de la "Démocratie", du 'Droit International". tout en les dogmatisant pour cacher leurs réécriture et détournement au profit d'une ploutocratie mondialiste amorale. 

En avril 2014 j'écrivais que la guerre déclenchée dans le Donbass était l'étape paroxysmique d'une expansion agressive de l'OTAN entamée au lendemain de l'effondrement de l'URSS (qui avait au moins l'avantage d'imposer un équilibre des forces), et que l'apathie des européens face à la tragédie ukrainienne déroulait un tapis rouge à la troisième guerre mondiale. A l'époque, beaucoup ont ri, d'autres se sont moqués, certains ont même insulté mes analyses de modeste veilleur de la vieille Europe guettant le retour inévitable de cet inévitable chaos majeur vers lequel les idéologies communautaro-élitistes l'entraînent depuis plus de 1000 années.

Aujourd'hui, il semble que la sidération se soit emparée des occidentaux suite à l'expansion pourtant logique de ce conflit local du Donbass en guerre régionale, mais tout comme la peur peut faire réagir au delà des capacités connues ou au contraire tétaniser les consciences et les corps, les occidentaux restent amorphes devant l'arrivée du chaos ou pire l'appellent de leurs soutiens à une internationalisation de cette guerre russo-ukrainienne commanditée au delà de l'océan par des fous cupides.

Alors qu'il y a quelques semaines, certains politiciens reconnaissaient que la crise ukrainienne était des plus belligènes et liée à l'hégémonie de l'OTAN aux ordres d'un Nouvel Ordre Mondial voulant briser le non alignement économique de la Russie, son indépendance idéologique et sa position stratégique internationale, depuis le 24 février la quasi totalité d'entre eux sont revenus dans le chœur des esclaves psalmodier les anathèmes russophobes officiels. Et tous ceux qui pensent différemment deviennent pour la bien pensance manichéiste les pestiférés du Monde !

Et l'amnésie d'éclore toujours et encore de la graine de l'hystérie dans le jardin de la servilité occidentale. Mais heureusement il existe encore quelques responsables politiques libres à travers le Monde à rappeler la Vérité à la face des esclaves de la Marchandise :

Ecoutez ce discours magistral du député Shaik Emamà 
au Cap, à l'Assemblée nationale d'Afrique du Sud, !

Nietzsche, ce grand penseur de l'Europe, avait prophétisé à l'entrée des idéologies mortifères occidentales dans l'ère des folies industrielles: « L'Europe ne se fera qu'au bord du tombeau » rappelant le destin cyclique inévitable de l'Histoire du Monde tout comme il l'est de la vie terrestre.  

L'Occident et ses historicités linéaires fantasmées (religieuses, économiques, idéologiques) a jeté un voile opaque à la fois sur l'ordre naturel des cycles mais aussi sur la longue mémoire européenne afin d'imposer aux peuples ses manichéismes hégémoniques. De l'assassinat d'Hypatie d'Alexandrie à l'incarcération de Julian Assange, l'obscurantisme des pensées uniques dominantes se succédant depuis 2000 ans, mène, de dictatures en hégémonies, les peuples au bord d'un abîme pourtant tellement connu des Anciens qu'ils l'immortalisèrent dans les mythes fondateurs de notre civilisation.

Prenons l'exemple de l'antagonisme ontologique porté par les dieux Apollon et Dionysos, protecteurs des arts, pour le premier, solaire et immobile, pour le second, terrestre et mouvant mais que le génie grec a su utiliser, comme les maîtres-bâtisseurs utilisent l'opposition des arcs-boutants, pour élever la sagesse humaine. Et cette opposition mythologique qui , immortalisant des histoires humaines, inaugure la tragédie attique nous rappelle la nécessité vitale de transformer l'antagonisme des apparences en dualité de l'existence  et sublimée par la rencontre de la force et de la volonté dans une harmonie des contraires. 

C'est le grand héritage de ce paganisme hellénique que d'avoir su mettre en pensée pour l'avenir nos plus belles valeurs civilisationnelles.

Aujourd'hui la confrontation qui nous conduit vers un nouvel abîme est celle qui oppose ce monde multipolaire de l'héritage mesuré (Métis) au monde unipolaire du désir illimité (Hubris), laquelle me semble n'être que la continuité contemporaine de cette Tragédie éternelle, exacerbée aujourd'hui par la vision bipolaire d'un Homo Oeconomicus se prenant pour un dieu.

"Le futur appartient à celui qui a la plus longue mémoire" a martelé ce même Friedrich Nietzche en soulevant le voile obscurantiste jeté sur nos sagesses antiques. 

Mais comment faire entendre cette raison aux masses post-modernes déconscientisées par des millénaires de dictature d'une pensée unique protéiforme, asservies par des siècles pouvoirs absolutistes et  des décennies de consumérisme individualiste obsessionnel ?

Il semble que seul un chaos mondial soit en mesure de réveiller les consciences de ces peuples amnésiques et hypnotisés par les crétins et des fous qui les enivrent de leurs fantasmes et croyances manichéistes jusqu'au delirium tremens suicidaire...

Mais n'est ce pas aussi un autre enseignement de cette sagesse commune oubliée, que tout chaos est autant souffrance que naissance et le temps du Ragnarök est peut-être venu pour en finir avec ce monde à la dérive comme nous l'enseignent dans l'edda des scandinaves le poème Völuspá (§45):

"Les frères se battront
Et se mettront à mort,
Les parents souilleront
Leur propre couche ;
Temps rude dans le monde,
Adultère universel,
Temps des haches, temps des épées,
Les boucliers sont fendus,
Temps des tempêtes, temps des loups,
Avant que le monde s'effondre ;
Personne
N'épargnera personne"

Et puisque la mémoire et la raison de l'Etre ont été bannis des coeurs par la folie de l'Avoir, le feu du dieu Surtr (ou de tout autre paladin des apocalypses) achèvera de détruire (enfin) cette "nef des fous" si pertinemment décrite au XVe siècle par l'alsacien Sébastien Brandt. 

Alors les Ases et les hommes qui survivront au crépuscule des dieux pourront bâtir un nouveau monde autour de leur mémoire enfin protégée...

Erwan Castel 


PS: ne pensez-pas que ma pensée est pessimiste... au contraire elle est mue par cette foi (qui n'est pas croyance) en l'ordre de la Nature et cet "optimisme de la Volonté", lesquels m'invitent toujours à une vision collective et lointaine à laquelle je sacrifie sans hésiter mes futiles ambitions, intérêts ou désirs personnels,

mercredi 27 avril 2022

La carte moldave dans la manche de l'Oncle Sam

Le 25 avril 2022, une attaque terroriste ukrainienne a détruit les grandes antennes
radio qui, en Transnistrie relayaient les radios russes à sa population  

Aucun type de conflit n'est cloisonné, surtout dans le jeu des alliances qui tissent la géopolitique et l'économie internationales et j'ai rappelé dans l'article précédent la cinétique de la guerre qui peuvent assez logiquement évoluer d'un conflit local à un conflit régional puis à un conflit mondial,, avec une série de lignes rouges militaires au delà desquelles il est quasi impossible de revenir en arrière avant l'acquisition d'une victoire militaire négociable. 

Et c'est exactement ce qui est observable actuellement dans le Donbass.


1 / Risque d'une extension mondiale du conflit 

Tout d'abord l'évolution géopolitique d'un conflit d'une dimension territoriale à une autre ne se fait pas brutalement, mais est précédée, annoncée par des indices, des événements et des engagements progressifs l'organisant. 

  • Ainsi dans le cas du conflit local du Donbass qui durait depuis 8 ans, la doxa russophobe de plus en plus agressive de Kiev, les violations permanentes des accords de paix (Minsk 2) par les forces ukrainiennes, les concentrations pléthoriques de leurs unités d'assaut sur la ligne de front, tout cela encouragé passivement ou activement par l'OTAN ne pouvait que déboucher à terme sur un conflit régional russo-ukrainien.
  • De même, alors qu'il n'est sorti de sa chrysalide locale que depuis 2 mois, ce conflit russo-ukrainien, porte déjà en lui les germes d'une potentielle mutation mondiale, et toujours cultivés par un bellicisme occidental, dont on peut se demander si  l'OTAN n'est pas effectivement "en état de mort cérébrale", mais pour n'être finalement que mieux asservi et instrumentalisé par l'impérialisme étasunien.
Alors que l'OTAN et ses alliés jettent de l'huile sur le feu en déversant en Ukraine des aides militaires de plus en plus importantes en quantité et qualité jusqu'à exacerber le conflit et même menacer, via leurs auxiliaires ukrainiens, le territoire de la Russie on peut observer que l'onde de choc du séisme ukrainien commence à réveiller ici et là des conflits asymétriques et périphériques à cette tectonique Est-Ouest réveillée : nouveaux accrochages dans le Haut Karabakh entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, tension en Géorgie, des territoires où se trouvent des républiques sécessionistes pro-russes dont les guerres sont juste endormies.

Encore plus grave que ses aides militaires logistiques à l'Ukraine, l'engagement progressivement offensif des ressources de renseignement stratégiques de l'OTAN risque de mettre le feu aux poudres. Depuis 2014, les USA observent le Donbass et les régions frontalière russes, avec un déploiement de drones stratégiques et avions de recherche électronique de plus en plus important (plusieurs unités quotidiennes). Rapidement les informations collectées ont été transmis aux forces ukrainiennes, mais depuis l'extension du conflit, les missions de renseignement de l'OTAN appuient en temps réel les actions offensives des forces ukrainiennes comme par exemple lors de l'attaque réussie contre le croiseur Moskva le 13 avril dernier au large d'Odessa.

Sur le plan militaire, même s'il n'est pas armé, l'engagement direct de l'OTAN dans le conflit russo-ukrainien, avec ses satellites, ses drones, ses avions et probablement aussi ses unités de recherche humaine terrestres a déjà commencé. 

Il faut maintenant aux occidentaux un déclencheur pour pouvoir internationaliser le conflit, et toujours, officiellement, sans en porter le chapeau: 


2 / Alerte en Transnistrie !

Ces derniers jours, une série d'attaques terroristes a frappé la République moldave de Pridnestrovie (PMR), plus connue en Occident sous le nom de Transnistrie. Cette république séparatiste pro-russe qui apparait dès la fin de l'URSS, il y a 30 ans, représente une longue et étroite région coincée entre la Moldavie et l'Ukraine et dans laquelle est déployé un groupe tactique russe d'environ 1500 hommes. 

  • Le 25 avril, le bâtiment du Ministère de la Sécurité nationale a subi des tirs de lance-roquettes antichar dans la capitale Tiraspol. Un autre attaque a été effectuée contre la caserne d'une unité militaire dans le village de Parkany.
  • Le 26 avril, 2 nouvelles explosions ont secoué un relais de radio-diffusion dans le village de Mayak le 26 avril, détruisant les deux plus grandes antennes de la république, lesquelles qui transmettaient les stations de radio russes.
  • Dans la nuit du 26 au 27 avril,  plusieurs drones venant de l'Ukraine ont été aperçus dans le ciel de Transnistrie au-dessus du village de Kolbasna, dans la région de Rybnitsa.
Selon les premières informations, il n'y aurait pas eu de victime mais dans le contexte actuel du conflit russo-ukrainien, ces attentats ont immédiatement eu une répercussion régionale aggravée : la Transnistrie est passée en alerte rouge antiterroriste, tandis que la Moldavie, tout en appelant au calme, a déclaré qu'elle n'écartait pas une option militaire pour résoudre ce vieux conflit avec la Transnistrie dont pourtant les combats ont cessé dès 1992.

Le 27 avril,  Vitaly Ignatiev, le ministre des Affaires étrangères de la RMP (Transnisstrie) déclarait que les auteurs des attentats avaient été repérés par des caméras de surveillance et plus tard observés s'exfiltrant vers le territoire ukrainien.

Quelques heures plus tard d'autres attaques confirmaient ses dires :
  • Le 27 avril, à 08h45, un groupe de sabotage ukrainiens a été repéré s'infiltrant en direction du village pridnestrovien de Kolbasna. Des échanges de tirs ont eu lieu avec les forces de sécurité locales.
A noter que dans ce dernier secteur, qui n'est qu'à 2 kilomètres de la frontière ukrainienne se trouve un dépôt de munitions datant de l'époque soviétique et contenant au minimum, estimé par les autorités moldaves voisines, 20 000 tommes de stocks en provenance du pays mais aussi de la RDA au moment de la réunification allemande.

Il semble donc bien que les "incidents" de Transnistrie ne soient pas des faits divers mais bien des actions planifiées par les forces ukrainiennes.


3 /A qui profite le réveil du volcan moldave ?

Les incidents en Transnistrie sont très graves car ils sont une caisse de résonnance au conflit russo-ukrainien et que surtout cette République pro-russe à l'Ouest de l'Ukraine, malgré ses dimensions minuscules (4163km2) est au coeur une importance stratégique majeure: 


D'abord, c'est une zone tampon entre la Moldavie et l'Ukraine pro-atlantistes qui contrôle la grande majorité des communications terrestres entre la Roumanie (donc l'OTAN) via la Moldavie et l'Ukraine, dont la région stratégique d'Odessa, ciblée par les opérations militaires russes, à seulement une cinquantaine de kilomètres de ses frontières. Les forces russes ont commencé cette semaine à détruire les rares routes et voies ferrées entre Moldavie et Ukraine au Sud de la Transnistrie fermant ainsi l'approvisionnement direct vers Odessa.

Le pont ferroviaire entre Zatoka et Belgorod-Dnestrovsk
qui assurait la principale liaison entre la Roumanie et
l'Ukraine dans la région de la Bessarabie méridionale a
été détruit par un missile de croisière russe "Kalibr",
forçant les aides de l'OTAN vers Odessa à contourner
 la Transnisstrie pro-russe (+ 800km environ) saut si...

Ensuite, le contexte géopolitique local est particulièrement propice pour ouvrir un second front contre la Russie, car ni l'Ukraine, ni la Moldavie ne sont officiellement membres de l'OTAN, donc d'une part cette dernière ne serait pas impliquée juridiquement dans cette extension du conflit et d'autre part la propagande occidentale tout comme pour le conflit du Donbass, commencerait son narratif à partir de la réaction à ce type de provocations terroristes pour, "comme d'habitude" faire porter la responsabilité de la guerre par Moscou.

Pour quel scénario ?

Si l'intérêt pour les ukro-atlantistes d'ouvrir un second front en s'emparant du verrou  transnistrien est évident, en revanche les forces moldaves ne sont pas suffisantes pour y parvenir, même avec l'aide des forces ukrainiennes qui serait forcément réduite du fait de leur priorité donné au front de Nikolaïev et la défense du littoral d'Odessa. 

Aujourd'hui, du côté de la Transnistrie il y a environ 1500 soldats russes et 7500 soldats transnistriens (plus un force de réserve). Du côté de la Moldavie il y a 5 200 hommes et du côté de la Roumanie 70 000 hommes. Mais ce sont certainement les forces polonaises, mieux équipées et entrainées et surtout les plus motivées pour un engagement contre les russes qui seraient en pointe dans des opérations militaires contre Tiraspol.

Donc, on pourrait sans peine imaginer l'engagement d'un corps de bataille polono-romano-moldave qui à la demande du gouvernement de Chisinau interviendrait pour "pacifier" une situation chaotique en Transnisstrie et en coordination avec des attaques menées à l'Est par des forces spéciales et de l'artillerie ukrainiennes par exemple.

Cette situation chaotique, on vient d'en avoir un aperçu avec ces attentats provoquant une mise en alerte de la Transnistrie (jusqu'à annuler les prochaines cérémonies du 9 mai 1945), une convocation du Conseil de Sécurité en Moldavie et un départ précipité d'une partie de la population vers la Roumanie ou l'Ukraine, sera certainement provoqué par des forces spéciales ukrainiennes jusqu'à ce que la Transnistrie demande l'assistance de la Russie et la Moldavie celle de l'OTAN !

La menace de voir la guerre russo-ukrainienne 
arriver chez elles a jeté de nombreuses familles 
de Transnistrie sur les chemins de l'exode.

Pour quels intérêts ?

Pour la Moldavie, politiquement comme militairement un nouveau conflit n'a aucun intérêt, même si le problème de la Transnistrie y est souvent dénoncé comme un obstacle à l'intégration de Chisinau dans l'Union Européenne. Commentant le regain de tension actuel, la présidente moldave, tout en convoquant son conseil ce sécurité national, a répété que "la question de la Transnistrie ne peut être résolue que par des moyens politiques". Mais sérieusement quel poix peut avoir la voix de Maia Sandu dans le concert beliciste des nations occidentales ? Tout au plus elle ne pourra que mettre ses soldats en seconde ligne et laisser les brigades polonaises et roumaines avancer vers la Transnistrie. 

En revanche pour les ukro-atlantistes, imposer à la Russie un deuxième front, à la fois politique et militaire leur permettra de reprendre l'initiative militaire et d'obliger l'Etat Major russe à abattre plus de cartes sur la carte. et de reprendre dans ce secteur une stratégie axée sur la vitesse et très coûteuse en hommes et matériels mais aussi en dommages collatéraux civils (car il leur faudra coûte que coûte s'emparer de Nikolaïev). Et lorsque les unités russes arriveront à Tiraspol elles devront se renforcer considérablement car leur corridor terrestre subira probablement des contre attaques ukrainiennes localisées (mau minimum des bombardements) venant d'Odessa au Sud, de Voznessensk au Nord sans compter potentiellement un contact avec les unités polono-roumaines appelées en renforts.

Pour quelles conséquences ?

Militairement, si un tel scénario devait se produire, il obligerait la Russie à porter des efforts prioritaires dans ce secteur pour réaliser le plus rapidement possible une jonction territoriale avec la Transnistrie et donc de renforcer considérablement ses effectifs qui sur le front de Kherson ne dépassent pas aujourd'hui 30 000 hommes. Ces efforts russes se ferait soit au détriment du front du Donbass, soit en puisant dans les forces de réserves de l'Etat-Major... soit les deux.

Géopolitiquement, cela ouvrirait une internationalisation radicale du conflit, mais sans toutefois y engager l'assistance de défense automatique des pays de l'OTAN, puisque ce front se déroulerait territorialement hors de l'Alliance et sous la seule responsabilité juridique des Etats y participant. 

Et pour conclure ce paragraphe voici le commentaire en date du 27 avril de Arestovich, le conseiller du président ukrainien Zelensky au sujet de la situation en Transnistrie :

  • "La Moldavie devrait se tourner vers l'Ukraine et la Roumanie pour obtenir de l'aide en raison de l'aggravation en Transnistrie. Si la Moldavie se tourne vers l'Ukraine, alors nous pourrons prendre le contrôle de la Transnistrie. Les forces armées ukrainiennes ont suffisamment de forces pour cela »,

Cela confirme bien à qui profite le crime !



4 / Et comme par hasard...

Primo, depuis le début du mois d'avril d'importants Groupes Tactiques InterArmes polonais se sont déployer en Roumanie afin de mener des manœuvres d'entrainement conjointes avec les forces roumaines mais aussi des exercices.... sur le territoire de la Moldavie ! Les forces polonaises déjà déjà arrivées sont estimées à 8000 hommes.

Secundo, le 24 avril, veille des attentats, le Secrétaire d'État américain Anthony Blinken et le chef du Pentagone Lloyd Austin étaient en visite à Kiev, pour étudier entre autres points les moyens d'imposer aux forces russes une extension de leur ligne de contact dans des opérations non préparées dispersant leurs forces militaires.

Lloyd Austin, Zelensky et Anthony Blinken à Kiev

En conclusion

Quoiqu'il en soit, si un tel scénario devait se produire, avec ou sans affrontement entre les russes et les polono-romano-moldaves, il constituerait par son empiétement sur le territoire moldave le franchissement radical de la ligne rouge séparant les dimensions régionale et mondiale du conflit et qui est déjà piétinée par les aides militaires occidentales.Et c'est exactement ce que semblent vouloir les faucons de Washington venus à Kiev ce 24 avril 2022.

Et il n'est pas fantaisiste de penser que d'autres feux pourraient être allumés dans la zone d'influence russe comme par exemple en Asie centrale, ou dans le Caucase... 

Erwan Castel

mardi 26 avril 2022

"C'est en forgeant que l'on devient forgeron"

Voilà 2 mois que l'Europe est meurtrie par un nouveau conflit symétrique de haute intensité et dont la cinétique est en passe de devenir incontrôlable du fait des obstinations idéologiques occidentales vis à vis de la Russie et de l'aveuglement des populations européennes complétement hypnotisées et asservies par une doxa mondialiste totalitaire.

Loin des imposteurs propagandistes qui, s'enivrant de leurs fantasmes manichéistes jusqu'à y croire, veulent nous persuader que l'armée russe est la meilleure armée du Monde (comme le courtisan Moreau) ou que l'armée ukrainienne est en train de gagner la guerre (comme le collabo Tyleman), je vais jeter ici, et sans prétention aucune, quelques observations réalisées depuis deux mois et qui appartiennent une réflexion insoumise entamée il y a plus de trente ans.


1 / La guerre est géopolitique

"L'art de la guerre", ainsi que décrivait le stratège chinois Sun Tsu il y a 25 siècles les conflits militaires tissant l'Histoire humaine, n'est ni une science exacte ni une connaissance théorique mais un domaine exclusivement empirique et complexe, car dépendant du terrain, de la volonté, de la technologie, de la politique, de la psychologie, du courage... et de la chance également.

L'Histoire militaire nous enseigne depuis l'antiquité que toute armée "qui se repose sur ses lauriers", fantasmes, théories et autres propagandes fumeuses, est condamnée à se réveiller dans la douleur de revers et de défaites militaires graves, et que les français se souviennent à ce titre de l'humiliation militaire subie en 1940. 

Depuis 2 mois, les populations européennes, hypnotisées par 2000 années d'occidentalisme fantasmé, semblent découvrir sous le choc médiatique ce conflit russo-ukrainien qui pourtant couvait depuis 8 années comme un volcan dont la tectonique en éveil alerte de son éruption prochaine. Pourtant ce séisme militaire n'est pas surprenant sous notre Soleil et pour s'en convaincre il suffit de prendre un peu de recul historique, de hauteur géopolitique et surtout de reconquérir la sagesse des anciens.

Le grec Thucydide, un contemporain européen de Sun Tzu avait définit il y a 25 siècles déjà les principes de la géopolitique universelle qui fait se mouvoir les relations politiques, économiques, culturelles humaines jusqu'à, parfois, leurs paroxysmes militaires. Thucydide dans ses livres, à la fois philosophiques, poétiques et historiques, souligne entre autres concepts toujours d'actualité:

  • Les oppositions universelles entre la vision réaliste de l'Etre (Métis, la tempérance) et l'idéologie fantasmée de l'Avoir (Hubris, la démesure), 
  • La dynamique dangereuse des alliances pourtant nécessaires mais qui entraîne les guerres vers leurs extensions mondiales,
  • La dérive de la puissance qui, au prétexte de sa protection offerte, impose aux peuples une soumission totale au pouvoir qui la détient,
  • La rivalité entre la Mer et la Terre, les thalassocraties marchandes et les royaumes continentaux, entre la force militaro-économique et le droit de la cité... 

Et si l'on prolonge la pensée de Thucydide, que bien d'autres penseurs ont repris jusqu'à nos jours comme par exemple le sociologue polonais Zygmunt Bauman dans sa métaphore de l'opposition entre "société liquide" et "société solide" critiquant l'Hubris néo-libéral, on s'aperçoit qu'elle est plus que jamais d'actualité dans cette géopolitique, qui depuis des siècles se cristallise autour de la Mer Noire, ce "pivot stratégique de l'Europe" comme l'appelait justement le néolibéral Zbigniew Brzeziński.

On ne peut comprendre ce conflit russo-ukrainien sans le mettre préalablement en perspective de cette géopolitique universelle qui seule permet d'en définir les véritables enjeux et menaces: 

  • Washington et son mondialisme ont remplacé son impérialisme mais toujours dans un Hubris marchand et liquide pour lequel les identités "non alignées" et concurrences économiques ne sont que des ilots à submerger. De même Moscou est devenu la nouvelle Sparte, cité continentale défendant ses traditions et ses identités civilisationnelles dans une notion d'Empire solide défini par la réalité de son sanctuaire et son Histoire et opposée à l'idéologie impérialiste fondée sur des fantasmes hors sol.
  • Dans cette confrontation entre Moscou et Washington, le contrôle de la Mer Noire qui depuis le XVIIIème siècle est l'obsession militaro-commerciale des uns et des autres (à l'époque les empires britannique et russe) est redevenu un enjeu majeur prioritaire, que ce soit pour l'OTAN, qui veut encercler militairement la Russie ("stratégie du Containment"), que pour Moscou qui veut protéger sa zone d'influence sécuritaire qui ici lui est vitale faute de profondeur stratégique occidentale.
  • Après l'échec occidental à vouloir récupérer la Crimée et sa base stratégique russe de Sébastopol (objectif majeur du Maïdan), Washington a commandité la guerre contre le Donbass russe  puis, l'a entretenu par des violations quotidiennes des accords de Minsk tout en la maintenant dans les tranchées militaires et diplomatiques pour ne pas discréditer outrancièrement la junte ukrainienne et, poursuivre une militarisation atlantiste factuelle du pays qui conduirait inévitablement la Russie à réagir violemment.

Pour résumer, la préemption politique de l'Ukraine par la ploutocratie mondialiste est d'abord et avant tout un enjeu stratégique pour son hégémonie militaro-industrielle autant qu'elle est une menace existentielle pour la Fédération de Russie. Ce que les européens ne devraient pas oublier c'est que  lorsqu'il s'agit de sauver sa peau tous les coups son permis, car ils risquent de payer très cher cette stratégie agressive de l'OTAN ordonnée par des faucons de guerre amoraux qui sont aux antipodes du vieux continent.


 2 / La guerre est empirique

Oui, les forces russes ont rencontré des difficultés tactiques et organisationnelles sensibles, et Non, les forces ukrainiennes ne sont pas en train de gagner ce conflit militaire avec la Russie.

Et pour plusieurs raisons : 

D'une part un conflit symétrique et d'une telle intensité ne peut être conclu en quelques semaines et même en quelques mois , sauf capitulation et d'autre part il n'y a pas eu de précédent depuis près de 80 ans et donc des surprises, positives ou négatives, sont inévitables ainsi que la nécessité de réaliser une réévaluation doctrinale en cours d'action pur les 2 belligérants au regard du rapport "coût / bénéfice" de leurs décisions stratégiques et actions tactiques. C'est ainsi dans toutes les guerres (et plus généralement dans toute les actions risquées de l'existence): rien ne se passe généralement "comme prévu" et l'atteinte des objectifs ne dépend souvent que de la faculté à analyser et s'adapter rapidement aux nouvelles situations. Et paradoxalement l'échec est souvent la meilleure école dès lors que l'obstination ne le conduise pas à la défaite.

Ainsi si on regarde les opérations militaires russes des dernières décennies on constate que ses grandes réformes ont été déclenchées au lendemain de difficultés rencontrées sur le terrain :
  • Modernisation des armements suite aux enseignements de la guerre en Afghanistan,
  • Modernisation des procédures tactiques après l'échec de la 1ère guerre de Tchétchénie,
  • Modernisation de la logistique suite aux problèmes vus lors de la guerre en Géorgie,
  • Modernisation de la doctrine du combat urbain suite aux opérations menées en Syrie...

Lorsque l'Etat-Major russe lance ses opérations militaires en Ukraine ce 24 février 2022, pour mettre fin à la guerre dans le Donbass, imposer une neutralité de l'Ukraine et porter un coup d'arrêt à l'extension territoriale de l'OTAN, on peut observer une stratégie d'autant plus ambitieuse que les forces qui lui sont consacrées (env. 150 000 hommes) semblent être relativement faibles par rapport à l'étendue du théâtre d'opérations (2000 kilomètres entre Kiev et Kherson), les forces en présence (260 000 soldats ukrainiens plus 300 000 réservistes rappelés), ainsi que le coefficient du rapport de force "assaillant / défenseur" qui donne toujours un avantage à ce dernier.

Loin de moi l'intention de juger les décisions de l'Etat-Major russe, leurs objectifs politiques, leurs pertinences stratégiques, car d'une part je ne dispose pas de toutes les données qui de plus sont noyées dans le brouillard de guerre des secrets opérationnels autant que des mensonges propagandistes mais de relever des difficultés qui semblent être la conséquence d'évaluations initiales erronées où visiblement des capacités russes ont été surévaluées tandis que des capacités ukrainiennes ont été sous-évaluées.


Y a t-il eu un problème d'évaluation russe ?

Oui et non :

Tout d'abord, il faut rappeler à ceux qui jubilent ou dépriment devant les blindés avions et soldats russes détruits que ce n'est que la dure réalité d'un conflit symétrique de haute intensité qui comme son nom l'indique bien est émaillé de pertes sensibles voire de revers des deux côtés du front jusqu'à les dieux des batailles décident à qui donner les lauriers de la victoire finale. 
 
De même il est malhonnête de faire un focus uniquement sur des pertes subies par l'un des belligérants et de cacher celles subies par l'autre. Cela relève du crétinisme propagandiste qui à l'heure de l'hypercommunication des réseaux internet est totalement abscons et même contre productif !

Voilà pourquoi, pour ne pas rentrer dans le jeu des masturbations propagandistes je ne donnerai aucun chiffres des pertes ukrainiennes ou russes subies, sachant de surcroit qu'aucun de ceux communiqués n'est réel, brouillard de guerre oblige.

Colonne de blindés russes détruits dans une embuscade antichar ukrainienne
à Dmytrivka, à l'Ouest de Kiev, le 2 avril 2022.

Le fait est qu'après 3 semaines d'opérations militaires globalement réussies sur le plan des destructions occasionnées aux forces ukrainiennes, l'Etat-Major russe a été obligé de réorienter sa stratégie et même de réorganiser ses articulations tactiques: 

Vladimir Poutine a nommé cette intervention armée visant à démilitariser l'Ukraine "Opération miliaire Spéciale" ce qui sous entend une doctrine stratégique différente de celle d'une guerre totale menée contre un pays (voir § suivant), laissant notamment la porte ouverte à un retour aux négociations politiques autour des objectifs désignés. Par conséquent 'Etat Major russe a défini des moyens, des cibles et des procédures mesurées qui veulent rester liées à la politique internationale et sécuritaire de la Russie et dans son espace régional frontalier. 

En limitant clairement ses moyens sur le terrain Moscou voulait maintenir sa stratégie : 
  • A sa zone d'influence sécuritaire frontalière qu'elle veut voir légitimement rester politiquement et militairement neutre face à un impérialisme occidental libéré par l'effondrement soviétique.  Rappelons ici que ces revendications russes sont:
rappelées à chaque expansion de l'OTAN... mais en vain, depuis 1991, date où elles avaient été pourtant actées entre Washington et Moscou à l'occasion des discussions autour de la réunification allemande,  
  
- alertées... mais en vain, depuis 2008, lorsqu'au sommet de Bucarest, l'OTAN annonce sa volonté d'intégrer l'Ukraine et la Géorgie.et malgré une première réaction militaire russe en Géorgie), 
 
- martelées... mais en vain, depuis 2014, après le coup d'Etat du Maïdan commandité par Washington et provoquant la sécession de la Crimée et la guerre du Donbass, pour laquelle les accords de paix n'ont jamais été respectés par Kiev,

- exigées...  mais en vain, depuis décembre 2014, par une proposition de traité de sécurité collective, après que l'imminence d'un offensive de Kiev dans le Donbass et la militarisation atlantiste accélérée de l'Ukraine aient été confirmées 

militarisées finalement depuis le 24 février, suite à un nouvel échec de la diplomatie russe à les faire respecter par Washington (qui pourtant les exige pour son espace) et l'obstination de l'Ukraine russophobe à vouloir entrer dans l'OTAN, 

  • A des opérations militaires dont les objectifs sont de mettre fin à un conflit local (Donbass) et surtout éviter que ce conflit régional devienne total risquant ainsi d'évoluer vers une guerre mondiale,
  • Dans un mode opératoires privilégiant les frappes de précision plu tôt que les bombardements massifs afin de préserver autant que possible les populations civiles prises entre les deux feux (d'où la priorité donné aux corridors humanitaires)
  • A un option n'impliquant pas l'engagement radical de la société civile russe dans le conflit (mobilisation générale, économie de guerre...), ce qui impose de mettre entre parenthèse le contrat social de la gouvernance.

Sauf que, 2 mois après le début des opérations militaires russes, force est de constater qu'elles évoluent malgré tout (sauf capitulation improbable  de Kiev) vers un conflit régional de haute intensité et de longue durée dont les perspectives mondiales ne sont pas écartées.


Il y a bien sûr un succès évident à ces opérations militaires russes dans leur objectifs de démilitariser l'Ukraine car les frappes russes réalisées au cours du premier mois ont détruit environ 70% de ses ressources stratégiques (dépôts divers, centres de commandement, parc aérien, usines d'armement etc) empêchant ainsi les forces de Kiev, et malgré leur supériorité numérique, d'engager des contre offensives majeures ou simplement de reprendre l'initiative.

Cependant les objectifs russes n'ont pas été tous atteints : le régime de Kiev n'a pas capitulé, l'OTAN n'a pas renoncé (au contraire), et les forces ukrainiennes ont encaissé le choc initial et même engagé un certaine résistance grâce à des combats d'attrition s'appuyant sur une techno-guerrilla antichar et une défense urbaine dans la profondeur, lesquelles n'ont été rendues possibles que grâce aux formations, aux aides logistiques et à l'engagement du renseignement stratégique de l'OTAN qui depuis avril exponentialise quantitativement et qualitativement ses aide, risquant ainsi de provoquer une extension internationale du conflit.

Ceci et cela a donc conduit l'Etat Major russe à une réévaluation des situations tactiques pour une réorientation de la stratégie 

La première dichotomie observable est le rapport initial entre l'étendue des secteurs militaires traités et la faiblesse des moyens qui leur ont été consacrés, et cette contradiction a été exacerbée par plusieurs difficultés rencontrées par l'Etat major russe:

1 /  Résistance tactique et mentale des forces ukrainiennes qui a été sous évaluée,

2 /  Captation d'effectifs et de moyens importante autour des villes assiégées,

3 /  Rigidité verticale et lente d'une coordination éclatée sur 3 districts militaires,

4 /  Faiblesse persistante de la chaîne logistique russe au delà des 100km,

5 /  Manque d'infanterie pour des engagements urbains ou forestiers sécurisés,

6 /  Modernisation inachevée du champ de bataille terrestre (numérisation, guerrélec), 

Je pense que les difficultés rencontrées et les pertes subies par les forces russes en Ukraine (il faut être idiot pour raconter comme certains que "tout va bien") sont logiques et la conséquence de plusieurs paramètres connus:

  • C'est la première apparition pratique d'un conflit symétrique de haute intensité et il est normal qu'elle bouscule certaines certitudes et théories échafaudées par les stratèges depuis 80 ans,
  • Une sous évaluation des capacités militaires ukrainiennes qui, contrairement au fantasmes pro-russes propagandistes, ont été très nettement améliorées en formation et équipement par l'OTAN,
  • Une sous évaluation de la mentalité ukrainienne qui a subi par le lobby consumériste occidental un lavage russophobe de cerveaux, progressif depuis son indépendance et accéléré depuis le Maïdan,
  • Une surévaluation des capacités militaires russes qui ont montré la persistance d'un atavisme structurel paralysant dans une rigidité de commandement verticale les initiatives horizontales imposées par la guerre moderne,
  • Des contraintes budgétaires (où interviennent peut-être les sanctions) qui ont obligé le Kremlin a modernisé en priorité ses forces stratégiques et de précision (aviation, missiles, forces spéciales) au détriment des forces conventionnelles à la traîne,
  • Un manque d'encadrement de terrain, officier et surtout sous-officiers formés à être autonomes dans les évaluations et prises de décisions tactiques (conséquence de la rigidité structurelle verticale évoquées précédemment).
Pour rééquilibrer ce tableau, je pense pour ma part que Moscou a également aussi limité  qualitativement son engagement militaire en Ukraine, gardant ses meilleures atouts militaires modernes en réserve pour l'éventualité d'une extension internationale du conflit, scénario que l'Etat Major russe a certainement envisagé et étudié. 
Et aujourd'hui, tant la contraction des opérations militaires dans le Donbass que les renforts russes minimum envoyés en Ukraine (une dizaine de Bataillons Tactiques Interarmes) me font penser que la Russie pour ne pas tomber dans un trou noir ukrainien aspirant ses forces a également engagé une guerre d'attrition, à la fois contre l'armée ukrainienne toujours paralysée par ses frappes stratégiques mais également contre la logistique des forces de l'OTAN dont elle sait, pour certaines aides accordées à Kiev, qu''elles ont été obligées de puiser dans leurs stocks stratégiques (pour le missile antichar "Javelin" par exemple).

Pour illustrer ces quelques remarques, j'évoquerai le secteur d'Izioum (Nord du Donbass) où plusieurs unités russes se sont fait clouer dans des embuscades antichars où dans des frappes de mortiers parce qu'elles arrivaient en colonne aux abords de zones forestières ou urbaines non reconnues. Après plusieurs revers, l'envoi d'unités d'infanterie organisées en petits groupes autonomes et équipés sont parvenues à casser les défenses ukrainiennes en s'adaptant à leur fluidité et dispersion. La rapidité et l'initiative, remplaçant la masse, ont permis aux forces russes de s'emparer de ce secteur clé qui était pourtant très bien défendu. Et la même réflexion peut être faite concernant l'emploi des forces spéciales tchétchènes dans la bataille de Marioupol. 


Du côté ukrainien, force est de constater que l'OTAN a su engager une réforme très importante des forces de Kiev, sur les enseignements de ses revers subis en 2014-2015 dans le Donbass où leurs groupes blindés ont été écrasés par seulement quelques bataillons. Ces réformes ont bien sûr porté sur des éléments visibles dans les sources ouvertes comme par exemple les livraisons des matériels occidentaux, mais aujourd'hui au vu de la réactivité des unités ukrainiennes on peut déceler les autres réformes structurelles et doctrinales qui ont été engagées depuis 8 ans comme par exemple :
  • réforme des organigrammes des petites unités pour plus de mobilité,
  • modernisation d'un corps de sous-officiers formé pour développer l'autonomie,
  • nouvelles procédures d'emploi des composantes antichars, antiaériennes... 
  • généralisation de l'emploi des drones d'observation jusqu'au niveau tactique,
  • développement de réseaux logistiques alternatifs et camouflés,
  • entrainement aux combats en zone urbaine etc.
A ces réformes militaires il faut également souligner les réformes plus psychologiques tel que la communication ouverte, la propagande nationaliste, l'intoxication occidentale (russophobie, "american way of life"...)... qui participent à la motivation du soldat sans laquelle la modernisation du champ de bataille ne sert à rien.


Concernant le secteur de Kiev

Mais cette adaptation n'est possible que dans un maintien d'une stratégie globale et la limitation des moyens qui lui sont dédiés, voilà pourquoi l'Etat Major russe a préféré quitter le secteur Nord (de Kiev, Tchernigov et Soumy) lequel est militairement secondaire malgré un enjeu politique évident dont les objectifs (capitulation) n'ont pas été atteints.  Et plutôt que de se maintenir dans ce secteur Nord au prix de renforts importants l'Etat Major russe a préféré se réorienter sur la priorité de ses opérations, à savoir la libération totale du Donbass laquelle n'exclut pas ensuite un retour vers Kiev après la prise de Kharkov ou Odessa. 

Peut-être aussi assiste t-on avec ce départ du secteur Nord à un bluff stratégique russe visant à dégarnir les défenses de Kiev au profit du front central (ce qui a déjà commencé avec l'envoi d'au moins 5 brigades vers Kharkov et Pavlograd), et à y faire revenir le gouvernement, 

Pour faire une précision sur ce retrait russe de Kiev il est complètement débile, comme le prétendent certains propagandistes ukro-atlantistes, de prétendre que ce sont les forces ukrainiennes qui ont repoussé les forces russes, et pire que ces dernières avaient l'intention de capturer Kiev (une mégapole de plus de 800 km2) avec seulement 20 000 hommes.

Incontestablement, même si la dissuasion stratégique russe non nucléaire n'a pas
convaincu les ukro-atlantistes d'abandonner leurs ambitions aux frontières de la
Russie, cette dernière a démontré l'efficacité de ses armes de dernière génération
dont les puissances, portées et précisions lui permettent d'opérer des destructions 
dans la profondeur ennemie et de paralyser des forces numériquement supérieures.


Vers une réorganisation stratégique et tactique russe 

Une fois les forces russes retirées du secteur Nord, on a pu observer des changements structurels dans la conduite des opérations militaires qui sans nul doute ont tenu compte du retour d'expérience des premières semaines du conflit: 

Lieutenant-Général Alexandre Dvornikov

Tout d'abord les forces russes, sur le théâtre d'opérations ukrainien sont passées en la personne du Lieutenant-Général Alexandre Dvornikov sous un commandement unifié afin d'améliorer leur coordination à la fois sectorielle mais aussi interarmes. 
Cet officier russe de 60ans se révèle avoir une solide expérience militaire et notamment concernant la guerre urbaine qu'il a pratiqué en Tchétchénie et en Syrie, et qui s'est imposée à nouveau en Ukraine comme le principal champ de bataille des opérations
Mais surtout il est depuis 2016 le Commandant en chef du district militaire Sud dont dépendent les secteurs Sud et Centre des opérations militaires en cours. Il était donc normal en dehors de toutes les élucubrations entendues à son sujet qu'il soit choisi pour ce poste de général en chef des forces russes en Ukraine.

Concernant les opérations militaires, il est faux de prétendre que le Kremlin a revu à la baisse ses objectifs géopolitiques mais que simplement, ne voulant pas mettre plus de moyens que de raison dans ce théâtre d'opérations; il a demandé à son Etat Major:
  • De séquencer les objectifs militaires en donnant une priorité à la libération de l'ensemble des territoires du Donbass laquelle peut être longue du fait du nombre de villes industrielles organisées en bastions défensifs (environ une dizaine) et de la présence du corps de bataille ukrainien le plus important, le mieux formé et aguerri; et dont la destruction constituera une défaite très importante pour Kiev, tant politique que militaire.
  • D'intensifier les bombardements de précision visant les ressources stratégiques et militaires ukrainiennes mais aussi de les étendre à l'ensemble du réseau ferroviaire et routier civil qui avait été épargné pour les réfugiés en partance vers l'Ouest  mais qui aujourd'hui devient le réseau d'approvisionnement logistique des forces ukrainiennes et notamment celui des aides militaires occidentales qui leur parviennent.
  • De réorganiser les Groupes Tactiques InterArmes russes appelés BTG, qui jusqu'ici laissaient les villes de côté dans des encerclements, en les renforçant avec plus d'infanterie et des forces spéciales nécessaires et adapter pour sécuriser les assauts urbains. Un BTG renforcé c'est environ 800 hommes avec de l'artillerie, des blindés, de l'infanterie, du génie combat, des systèmes antiaériens... lui conférant un autonomie.
  • De renforcer la chaîne logistique  avant de poursuivre les progressions dans la profondeur, et c'est pour cela entre autres raisons que La prise de Marioupol etait un objectif majeur, car désormais elle offre à l'Etat Major russe un port et un aéroport, une voie directe jusqu'à Rostov sur le Don qui vont augmenter considérablement len vitesse et quantités la logistique pour le front Sud du Donbass.

L'école du terrain

Mais le plus grand changement qui a été opéré depuis deux mois (et cela est valable aussi à moindre mesure pour les forces ukrainiennes) c'est l'expérience du combat acquise par les forces russes engagée dans ces opérations militaires. Mon chef d'escadron me disait qu'une mission opérationnelle en territoire hostile valait souvent une année de formation et souvent la remplaçait en terme d'efficacité opérationnelle acquise.


A Marioupol, les mouvements des soldats sont devenus plus "félins" et leurs regards plus attentifs, les instincts se sont aiguisés, les ordres se sont raréfiés, chacun connaissant maintenant son rôle dans l'action de plus en plus franche.

Si les "RetEx" (retour d'expérience) donnent souvent lieu à des remue méninges dans les Etats Majors, pour le soldat du terrain ils sont directement distillés dans ses muscles, ses sens et son instinct, et c'est ici que s'opéré sans nul doute la plus importante évolution empirique du combat et qui donne aux soldats restés debout les armes de la Victoire finale ! 

 
3 / La guerre est cinétique

 
Lorsque Moscou engage la solution militaire pour résoudre la menace ukrainienne il est bon de rappeler que, dans les jours précédents :
  • Du côté de Washington, non seulement la proposition d'un traité de sécurité collective exprimée à plusieurs reprises par le Kremlin (à Washington puis devant l'ONU, l'OTAN, l'OSCE) venait d'être rejetée catégoriquement et sans aucune explication, mais que l'OTAN venait depuis le 17 janvier de mettre en place un pont aérien délivrant quotidiennement aux forces ukrainiennes des dizaines de tonnes d'armes et de munitions.
  • Du côté de Kiev, ses forces déployées dans le Donbass venait non seulement d'intensifier leurs bombardements contre les populations de Donetsk et Lugansk depuis le 12 février mais que surtout, par la voix de son président Zelensky, confirmait publiquement que Kiev ne respecterait pas les accords de Paix, maintiendrait sa demande d'intégration dans l'OTAN et, "cerise sur le gâteau", doterait son armée de l'arme nucléaire.
Dès lors, même si la réaction militaire russe peut paraître à certains violente (mais n'est-ce pas finalement la définition d'une action militaire ?), il n'en demeure pas moins qu'elle intervient après 8 années d'échecs diplomatiques russes à vouloir amorcer les accords de Minsk et contre des menaces existentielles pesant sur les populations du Donbass autant que sur les grands centres névralgiques russes occidentaux. 


La problématique des actions occidentales 

D'un part à cause de leur repli dans les bastions urbains et des aides occidentales continuelles qui compensent et parfois augmentent en qualité les matériels détruits, les forces ukrainiennes disposent encore de capacités antichars et antiaériennes performantes et difficiles à détecter et détruire préventivement car elles s'appuient aujourd'hui sur des moyens portatifs légers dotant l'infanterie comme le missile antiaérien britannique STARStreak (portée 8km, vitesse Mach3) ou le missile antichar "Javelin" (portée 2500m).. 

Alors que dans la phase initiale des opérations, la priorité donnée à la vitesse, aux dépens de la prudence, avait donné lieu à des pertes sensibles aux lisières des villes et des forêts, on observe pour la phase suivante démarrée depuis 1 semaine, un net ralentissement volontaire des progressions russes, qui privilégient désormais la sécurité autant que l'efficacité. Ceci est visible par exemple dans les derniers combats pour Marioupol ou les progressions ont été menées lentement et pour les attaques de l'aviation russe les positions d'Avdeevka (Nord de Donetsk) dont les passes des chasseurs Sukhoï sont réalisées à haute vitesse et très basse altitude pour surprendre et jamais doublées pour éviter la riposte antiaérienne alertée.

Mais ces aides occidentales, dans leurs croissances quantitative et qualitative, risquent de devenir à terme un nouveau problème devant lequel les forces russes devront s'adapter, notamment lorsqu'arriveront sur le champ de bataille les chasseurs MIG 29 polonais, les chars de combat roumains, les obusiers français les drones étasuniens, les véhicules de combat d'infanterie allemands ou les systèmes antiaériens britanniques pour ne citer que quelques exemples des "cadeaux" fournis par 35 pays de l'OTAN et du G7. Il faudra pour l'Etat Major russe intensifier, diversifier et étendre ses attaques aériennes jusqu'aux frontières de la Pologne et de la Roumanie, et probablement, si un jour prochain un missile de croisière livré par le Pentagone frappe une ville russe, attaquer directement les ressources de l'OTAN qui auront été impliquées ((bases et dépôts logistiques en Pologne ou satellites militaires par exemple).

Il y a un mois je ne serais pas permis ce scénario, mais aujourd'hui  devant la démesure des aides occidentales qui ne cherchent - comme de coutume - qu'à provoquer une riposte russe inévitable, je commence à le croire plausible.

Vers une internationalisation territoriale du conflit 

Dans la doctrine stratégique russe il existe 3 types de conflits militaires : local, régional et mondial les deux premiers pouvant évoluer facilement vers le suivant, notamment si viennent s'y greffer sous forme de conflits asymétriques, des proxys manipulés de l'extérieur dans une mécanique d'alliances militaires internationales. 

Ainsi le conflit local du Donbass, devenu régional depuis deux mois continue sa progression vers une guerre mondiale par la seule servilité politique de Kiev aux intérêts de Washington et renforcée par sa dépendance économique totale au système économique mondialiste. Ett on peut observer que cette attitude est partagée par la grande majorité des pays occidentaux  qui forment l'ossature de l'OTAN et du G7.

Lorsque la guerre était "le prolongement de la politique par d'autres moyens" il était encore possible de revenir à la table des négociations assez facilement, mais dès lors que la guerre n'est plus que le prolongement de l'économie par d'autres moyens, l'intérêt financier qui par définition est amoral a remplacé définitivement la raison politique, surtout depuis que la propagande de guerre, en diabolisant l'adversaire, le rend systématiquement et totalement infréquentable comme le serait n'importe quel chef terroriste international. et je fais le pari qu'à partir de cette guerre russo-ukrainienne une "reductio ad Putinum" deviendra l'ultima ration de la bien pensance en lieu et place de la "reductio ad hitlerum" qui est d'autant plus inappropriée que cette doxa dominante soutient désormais une résurgence du nazisme en Europe.

Au lendemain du déclenchement de l'opération militaire ukrainienne contre le Donbass
j'avais trouvé ce dessin pour illustrer ma conviction que ce nouveau séisme au bord de
la Russie nous conduirait à un cataclysme Mondial. J'aurais préféré m'être trompé...

Ce 25 avril, Sergeï Lavrov, le chef de la Diplomatie russe a alerté l'opinion internationale sur cette escalade militaire exacerbée par les aides militaires occidentales exponentielles à l'Ukraine, soulignant que "le risque de Troisième guerre mondiale est réel".

Pendant les 20 dernières années, tandis que l'OTAN poursuivait inexorablement sa reptation vers elle, la Russie a tout fait pour combler les trous dans sa raquette défensive qui étaient la conséquence de plus de 10 ans de délabrement politique moscovite d'abandon militaire et de corruption monstrueuse, Washington a vu les progrès impressionnants des armements russes qui permettent depuis 2008 des réactions également de plus en plus fortes du Kremlin face à l'hégémonie de l'OTAN. Voilà pourquoi les faucons de Washington pressés par leur propre effondrement économique, ont décidé de jouer le tout pour le tout et d'ouvrir en 2014 un conflit purulent sur le flanc occidental  de la Russie en ordonnant à leurs auxiliaires de Kiev d'y jeter du sel pour que jamais ne s'accomplissent les accords de paix signés à Minsk..

Aujourd'hui, après cette première étape impérialiste géopolitique au cours de laquelle le conflit local et asymétrique du Donbass a été joué, l'Hubris occidental est entré une deuxième étape militaire, cette fois régionale et symétrique et où apparait déjà une dimension internationale avec une OTAN déjà engagée contre la Russie sur le plan de la logistique et du renseignement militaires. 

Mais en cherchant à rééquilibrer le rapport des forces technologiques actuellement défavorable à l'Ukraine par un rééquipement énorme dans des types de matériels détruits (artillerie aviation...) et jusqu'à vouloir saturer le champ de bataille avec certaines armes comme par exemple les missiles antichars et antiaériens modernes, les occidentaux basculent sciemment vers une mondialisation du conflit. Et ce n'est pas Poutine qui l'a dit en premier mais Biden lui-même qui, commentant l'idée de la Pologne de livrer ses Mig 29 à Kiev, avait refusé arguant du fait que "cela serait considéré comme un "casus belli" par Moscou" (et les Mig 29 avaient même été rapatriés sur la base de Ramstein en Allemagne).

Ne nous y trompons pas: toutes ces perfusions logistiques hallucinantes envoyées aux forces armées ukrainiennes par Washington et ses laquais ne cherchent pas à sauver le régime de Kiev ou je ne sais quel fantasme démocratique hypocritement agité au dessus des troupeaux occidentaux. Le fait est que Biden n'en a strictement rien à faire des pertes ukrainiennes (et même européennes), tant que leur sacrifice est utile au business étasunien de l'armement et des énergies et sert la stratégie d'affaiblissement économique et militaire de la Russie.

Voilà pourquoi la troisième étape de cette spirale infernale sera l'engagement direct et progressif des forces de l'OTAN dans le conflit, engagement qui peut-être considéré comme déjà amorcé avec ce soutien du renseignement stratégique occidental au profit des forces ukrainiennes au combat et augmenté cette semaine de 7 avions de recherche électronique supplémentaires. D'ailleurs il est aujourd'hui plus que probable qu'un avion de reconnaissance de l'US Air Force P8 "Poséidon" qui était en mission aux mêmes moment et secteur ait joué un rôle dans l'attaque contre le croiseur-amiral Moskva ce 13 avril 2022 au large d'Odessa. 



A noter également dans le menu des provocations russophobes organisées les incidents actuels en Transnisstrie (pro-russe) et Moldavie (pro-UE) qui risquent de voir une première internationalisation du conflit du fait de la présence d'un groupe opérationnel russe à Tiraspol (1500 hommes) et de la politique atlantiste de Chișinău 

Comme d''habitude Washington flirte avec la ligne rouge, agit par procuration ou faux drapeau, pour provoquer étape par étape la Russie qui, devant le chaos organisé à ses frontières n'a pas d'autre choix (quitte à endosser le masque médiatique du méchant) que de frapper haut et fort appliquant l'enseignement de Machiavel :

"On ne doit jamais laisser se produire un désordre 
pour éviter une guerre ; car on ne l'évite jamais, 
mais on la retarde à son désavantage." ("Le Prince")


En conclusion

Comme le rappelait le Docteur Adam Leong Kok Wey il y a un mois, faisant référence lui aussi au bien aimé Thucydide, les opérations militaires russes en Ukraine ont été motivées par  "la Peur, l'Intérêt, et l'Honneur" cette trilogie qui opposa dans le Péloponnèse Sparte à Athènes et leurs alliés...  il y a 25 siècles.
  • La peur de voir l'OTAN atteindre ses frontières occidentales, plaçant ainsi Moscou à moins de 5 minutes des missiles stratégiques de Washington,
  • L'intérêt de conserver sa position stratégique et économique en Mer Noire et même de la renforcer par un cordon littoral jusqu'à Odessa,
  • L'Honneur pour la Russie de défendre sa place et sa vision du Monde laquelle est largement plébiscité par les peuples de la Fédération,
On peut appliquer la même trilogie pour motiver la stratégie étasunienne sauf que cette dernière est dans une dynamique hégémonique tandis que la stratégie russe (malgré la réalité des des opérations militaires) est bien dans une position défensive existentielle, voilà pourquoi elle ne peut que gagner cette nouvelle guerre, et une fois encore dans l'Histoire, européenne ensanglantée, quel qu'en soit le prix !

A l'heure d'aujourd'hui, il devrait y avoir des millions d'européens manifestant chaque jour dans les rues en faveur de la Paix, mais il n'en est rien comme depuis ces 8 dernières années de bombardements dans le Donbass. Et leur veulerie, leur insouciance, leur apathie, leur servilité, leur idiotie... que sais-je encore, sont de facto un blanc seing donné aux fous furieux qui dirigent l'Occident. Pire que cela, lorsque des voix s'élèvent dans les théâtres politico-occidentaux, c'est pour hurler contre Poutine et glorifier les fanatiques nazis du régiment Azov. 

La fin du cycle occidental est décidément bien pathétique mais il reste à espérer que l'Europe renaisse un jour lointain des cendres de l'Occident ! 

Erwan Castel

"On fait la guerre quand on veut, 
on la termine quand on peut."
Machiavel