vendredi 15 mars 2019

Servitudes de la vie militaire

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Cette fois, la rotation sur le front de Yasinovataya, au Nord de Donetsk fut de très courte durée, notre groupe rappelé à la base pour rejoindre l'effervescence très militaire des services et autres préparation à une revue régimentaire prochaine, la première depuis que les 4 bataillons ont été intégrés au sein des forces spéciales du Ministère de l'Intérieur de la République Populaire de Donetsk (VV / MVD)


Jeudi 14 mars 2019

Nous voilà de retour vers la base de Piatnashka où les services et les préparations pour une revue régimentaire nous ont écourté la rotation sur le front. Malgré sa brièveté et son calme, cette mission a éprouvé plus que d'habitude les armes et matériels individuels, confrontés à l'univers boueux caractéristique du printemps sur la steppe. 

La fonte de la neige et de la glace a brutalement libéré la terre des tranchées qu'elles retenaient prisonnière, les faisant plus souffrir que lors d'un bombardement ukrainien. Du coup les pelles, pioches, marteaux et piquets ont a nouveau bondi dans les mains pour redonner un minimum de confort aux passages encombrés des boyaux d'accès où la boue semble remonter le long des jambes maladroites.


Cette fois au fond de mon sac un peu de Bretagne apporté par un ami alsacien m'a accompagné jusqu'au fond du front du Donbass: "sardines-pays", galettes et saucisson qui ont fondu dans la bouche et la mémoire comme des madeleines de Proust, partagées avec mes camarades, heureux de manger autre chose que le sempiternel trio kasha/touchonka/kartochka réglementaire de la milice (semoule de sarrazin, boeuf et patates).

Sur le front, sans toutefois respecter complètement la "trêve de Printemps" par des tirs erratiques réguliers, les ukrainiens nous ont offert un calme relativement stable, certainement trop occupés comme nous à réparer les dégâts causés par la "raspoutitza" locale (fonte des neiges). 

Puis ce jeudi tomba l'ordre de retour vers la base, après avoir été relevés par nos camarades du MVD, pour nous replonger dans les  routines de la base, entretiens divers, préparation aux revues et autres servitudes régimentaires...

Il est loin le temps romantique de l' "opolcheny" (milice) où chacun arrivait avec sa tenue choisie, le plus souvent trouvée et constituée ici et là, apportant une touche originale et unique au grand rassemblement d'uniformes bigarrés et bizarres, où fleurissaient comme seul trait d'union d'identification des rubans de Saint Georges, ou des brassards blancs les jours de combat.

Désormais les uniformes sont.....uniformes de la pointe de la rangers jusqu'au plis du bérât et les insignes réglementaires en bonne et due place conformément au règlement en vigueur.... Et oui la normalisation de la milice n'a pas échappé aux griffes de cette "servitude militaire est lourde et inflexible comme le masque de fer du prisonnier sans nom, et donne à tout homme de guerre une figure uniforme et froide" (Alfred de Vigny). 

Heureusement qu'il reste encore le front où l'homme des casernes s'efface devant l'homme de guerre quand le combat redistribue aux ombres collés à leurs armes les vraies réalités et priorités, celles qui offrent au soldat, loin des plis repassés et des joues lisses, l'intensité d'une vie dansant avec la mort dans des règles qui ne connaissent aucune limite.

Vivement que les silhouettes sans dessus dessous de Promka reviennent autour de moi dans le vacarme des tirs ou du silence qui dans la grandeur anonyme du soldat du front met l'âme humaine à nue 

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

Viktoria, jeune milicienne de Piatnashka dont le courage et la rigueur, tant sur le front qu'à la caserne, n'a rien à envier à celui de ses camarades masculins, bien au contraire !

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