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samedi 28 décembre 2019

Patriotisme amoureux contre nationalisme haineux


Depuis bientôt 6 ans des femmes et des hommes meurent dans une guerre du Donbass qui n'en finit pas de secouer l'Europe, épicentre d'une nouvelle fracture Est-Ouest près de 30 ans après une guerre froide. Et pour cette guerre très localisée dans son activité mais aux menaces et enjeux internationaux, on observe de part et d'autre du front une radicalisation d'idéologies nationales mais qu'il est cependant impossible de réduire à de simples nationalismes s'affrontant idéologiquement et militairement sur fond de crise ukrainienne.

Car d'un côté comme de l'autre, les objectifs concrets aussi bien que les visions sociétales pour lesquels les belligérants s'affrontent dépassent largement leur territoires revendiqués pour atteindre le niveau d'un affrontement métapolitique opposant un monde unipolaire occidental organisé autour de la fluidité d'échanges capitalistes à un monde multipolaire russe bâti sur la solidité de son histoire et ses traditions identitaires héritées. Et l'une comme l'autre de ces visions ontologiques opposées s'appuient sur le sentiment d'appartenance de l'Homme à un espace géographique pour mobiliser à leurs profits des forces humaines vives, tant politiques, sociales que militaires.

Loin de moi l'ambition de faire ici une critique du nationalisme en général, je n'en ai pas les compétences et surtout parce que cette analyse est très complexe du fait que chaque nationalisme exprimé est unique dans ses racines historiques et idéologiques autant que ses mythifications et instrumentalisations politiques.

Cependant force est de constater que la crise ukrainienne dans son ensemble et la guerre qu'elle a provoqué dans le Donbass sont un champ d'observations intéressantes sur ce sujet des nationalismes, et je me propose ici d'en partager quelques unes.


Nostalgiques réactionnaires contre révolutionnaires conservateurs

De l'aveu même des occidentaux, le coup d'Etat du Maïdan s'est appuyé pour renverser le gouvernement Ianoukovitch début 2014, autant sur les soutiens politico-médiatiques et financiers des occidentaux que sur la violence des groupes paramilitaires nationalistes ukrainiens, renforcés par des agents des services étasuniens et des mercenaires étrangers.

Et pendant cet hiver 2013-2014 s'est réalisée l'alliance idéologiquement improbable de nationalistes néo-nazis avec la ploutocratie des démocraties occidentales et ses oligarques juifs ukrainiens. Mais fomenter ce type d' "alliances contre nature" n'est pas une nouveauté pour l'impérialisme anglo-étasunien, et il suffit d'observer toutes ses connexions complices avec le salafisme idéologique et terroriste (de la création de l'Arabie Saoudite à l'encadrement récent des djihadistes en Syrie en passant par les talibans d'Afghanistan dans les années 80 etc.) pour s'en convaincre. 
Le fait est que nous observons en Ukraine des nationalistes ethno-centrés parmi les plus radicaux du moment se mettre au service d'un mondialisme dont la stratégie vise à réduire au néant toute forme de particularisme identitaire qui par définition s'oppose au nivellement humain de la dictature de la marchandise. Et tout comme les talibans afghans des années 80 c'est une russophobie psychotique partagée et étendue aux alliés de Moscou qui motive souvent ses alliances criminelles dont  les divorces inéluctables conduisent à des  bains de sang internes...

Du côté de l'Europe occidentale, la guerre dans le Donbass a provoqué une fracture au sein de la mouvance nationaliste qui comme en France se sépara en 3 blocs principaux :
  • Les "réactionnaires nostalgiques"  pro ukrainiens, pétris par les lieux communs russophobes d'une propagande occidentale, soit nazie soit atlantiste, et qui voient dans le Maïdan la résurgence potentielle d'un Etat nation de type fasciste et militarisé contre une Russie diabolisé. C'est ainsi qu'une partie des nationalistes occidentaux soutient les parti néo nazis ukrainiens Svoboda, et Secteur Droit et leur nébuleuse paramilitaire jusqu'à fournir des volontaires aux bataillons spéciaux engagés contre le Donbass. Ces "idiots utiles" sont comme des insectes attirés par les marches aux flambeaux des bandéristes ukrops et qui ne voient pas que ce sont leurs ennemis idéologiques, ceux que Rousseau appelait les "cosmopolites" bourgeois qui les ont allumé...
  • Les "conservateurs révolutionnaires" pro russes, qui considèrent la Russie comme le dernier grand bastion défendant les valeurs civilisationnelles qu'ils défendent contre le tsunami mondialiste. Malheureusement ces nationalistes occidentaux pro-russes fantasment souvent sur le modèle russe et son pouvoir cherchant à y projeter leur vision d'un Etat centralisateur communautaro-centré qu'incarnerait le pouvoir fort de Poutine. Ces " utopistes échoués" ne comprennent pas la complexité de l'empire russe qui survit depuis plus de 1000 ans à ses métamorphoses impériale, soviétique et fédérale et qui est à l'opposé d'un jacobinisme simpliste, malgré des valeurs communes indéniables.
  • Les "nationalistes opportunistes et lâches", qui regardent ailleurs quand cela chauffe mais tout en tendant leurs gamelles électoralistes pour continuer à "bouffer à tous les râteliers" sans jamais prendre de risque sur le chemin du pouvoir politicien. Tantôt nationalistes européens contre l'Union Europénne, tantôt autruches nationalistes regardant ailleurs quand arrive le danger. Ainsi par exemple de  ces personnalités du FN ou du parti républicain qui profèrent de beaux discours pro-russes, histoire de gratter quelques billets pour leurs campagnes politiques françaises ou leurs business moscovites; mais refusent de venir dans le Donbass soutenir une résistance pro-russe concrète à l'impérialisme atlantiste.
Or je pense que pour soutenir sincèrement la Russie en général et la rébellion du Donbass en particulier il faut abandonner les dogmes idéologiques en cours et qui infectent les cervelles nationalistes occidentales depuis 2000 ans, comme de nombreuses autres idéologies étatiques. Le mal est cette vision d'un pouvoir centralisé et communautaro-centré soit autour d'une ethnie, soit autour d'une religion et qu'incarne une personnification du pouvoir politique qui séduit à la fois les tyrans et les faibles. Certes Poutine est l'homme fort de la Russie, certes l'orthodoxie est la religion majeure de la Fédération de Russie, mais la vision ontologique de cet immense pays où jamais ne se couche le soleil (11 fuseaux horaires) n'est pas fondée que sur ces 2 piliers mais surtout sur une notion d'empire de type civilisationnel à l'intérieur duquel chacun des peuples le constituant continue d'exercer ses coutumes, cultes et cultures identitaires (ce qui est totalement opposé à la pensée unique occidentale, qu'elle soit religieuse, économique ou politique). 


Nationalisme descendant contre patriotisme ascendant 

Mais là où la fracture entre nationalistes est certainement la plus profonde c'est dans ses dynamiques d'expression et même de construction qui s'opposent radicalement malgré des valeurs antimondialistes partagées. En effet nous observons 2 principales dynamiques identitaires et qui se déclinent en systèmes politiques opposés :
  • Une dynamique descendante qui émane d'un pouvoir politique centralisé qui définit arbitrairement l'identité unie des personnes vivant sur les territoires qu'il a conquis au cours de l'Histoire. Cette identité est souvent forcée par une propagande et une éducation contrôlées dont l'objectif principal est de créer et distiller dans les esprits un mythe national pour uniformiser les citoyens et les conditionner à l'existence d'une nation unique et pour beaucoup d'entre eux, souvent hors sol. L'histoire des expansionnismes divers (religieux, économiques, politiques, culturels etc.), européens ou coloniaux des Etats-nations occidentaux nous donnent des exemples continuels de ces pensées uniques hégémoniques généralement communautaro-centrées.
  • Une dynamique ascendante qui émane du peuple et construit le "Politis" d'une nation dans le cadre de son identité humaine réelle qui est la résultante d'un territoire naturel qui forge une culture elle même matrice d'une identité nationale (au sens étymologique de "natio" c'est à dire « groupe humain de la même origine »). Après cette filiation peuple-nation, la formation d'un Etat en est la conséquence historique éventuelle et non la cause ontologique et légitime comme cherchent à nous le faire croire les centralismes politiques qui aiment d'ailleurs entretenir une confusion entre Peuple, Nation et Etat ("L'État, c'est moi" de Louis XIV ou "la raison d'Etat" de Machiavel, sont parmi les piliers qui fondent l'absolutisme politicien des futurs Etats nations occidentaux).

Et cette opposition de ces dynamiques ascendantes ou descendantes des définitions identitaires n'est pas nouvelle. Elle trouve déjà une illustration au XVème siècle dans la querelle opposant Jean Bodin, le théoricien d'un pouvoir centralisateur et placé au dessus des lois, à Althusius Johannes, l'héritier de cette relation du citoyen à l'empire antique à l'intérieur de laquelle les identités et les traditions des peuples le composant sont respectés par le pouvoir (cet héritage impérial va survivre en partie sur les territoires de l'ancien empire romain germanique qui restent pour beaucoup encore des systèmes fédéraux). 

Et si vous ne savez pas reconnaître lequel des sentiments exprimés est un nationalisme descendant, forcé et artificiel et lequel est un patriotisme montant, naturel et charnel, il suffit d'écouter les discours des uns et des autres : les propagandes nationalistes sont fondées l'infaillibilité du pouvoir autant que sur la haine (et la peur) des autres, donnant ainsi naissance à des communautarismes suprématistes, tandis que les propagandes patriotiques entretiennent la démocratie ("demos kratos") l'amour des siens, de ses traditions lointaines et le respect des autres.


Communautés de l'Être contre sociétés de l'Avoir

Et la guerre du Donbass est à ce titre l’expression la plus radicale et violente de cette opposition entre un nationalisme descendant du concept idéologique d'un pouvoir suprématiste et un nationalisme ascendant émanant d'un "sens commun" d'un peuple naturel face à des événements dramatiques menaçants et réveillant, par delà toute idéologie politique, son "inconscient collectif".


  • D'un côté nous avons un globalisme atlantiste qui cache ses ambitions hégémoniques derrière le nationalisme bandériste ukrainien qu'il excite et qui est consubstantiellement englué dans un antibolchévisme nazi et désuet mais servant efficacement la russophobie qui lui a succédé d'un Occident conditionné par 40 années de guerre froide et une propagande de guerre d'une stratégie étasunienne qui lui a survécu. 

  • De l'autre côté nous avons le patriotisme du peuple russe du Donbass, mais dont le territoire a été arbitrairement déplacé en Ukraine par Lénine il y a un siècle et coupé de sa "mère patrie" depuis la chute de l'empire soviétique, qui réagit unanimement lorsque son identité, ses libertés mais aussi ses vies sont menacées par le nouveau pouvoir de Kiev. 
On pourrait certes s'arrêter ici et se contenter de l'observation géopolitique des enjeux et menaces du moment de cette crise ukrainienne et de son paroxysme qu'est la guerre du Donbass, mais je pense que ce serait une erreur que de ne pas mettre ses événements historiques dans la perspective métapolitique plus large et lointaine du champ historique des idées qui dans une spirale d'actions et réactions provoquées façonnent et parfois détruisent le monde.

Car au delà de la résistance acharnée d'un Donbass naturellement russe face à un occidentalisme ukrainien forcé, nous assistons dans cette région bordant la Mer d'Azov aux confins de l'Europe et l'Eurasie à un affrontement entre 2 visions ontologiques radicalement opposées: d'un côté celle d'un monde unipolaire gouverné par une ploutocratie mondialiste apatride et de l'autre côté celle d'un monde multipolaire ancré dans les traditions et les identités de ses peuples natifs. 

Et de cette confrontation mortelle est en train de naître un nouveau paradigme dont les Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk ne sont certainement que les prémices européennes : celle de la reconquête par les peuples de leurs libertés depuis trop longtemps bafouées par les princes et les clercs d'hier ou les marchands d'aujourd'hui. 

Ce à quoi nous assistons dans le Donbass sous sa forme la plus radicale, c'est une rébellion supra communautariste et apolitique d'un peuple contre la dictature de la marchandise que servent en Ukraine les canons de Kiev. Le Donbass, c'est le réveil de l'Europe, dans une subsidiarité ascendante dynamique, pour le grand combat des communautés de l'Etre contre les sociétés de l'Avoir qui veulent détruire sa civilisation et mettre en esclavage ses populations natives.

Erwan Castel

jeudi 25 septembre 2014

"Les idiots utiles" du Nouvel Ordre Mondial

Alain de Benoist dénonce ici le positionnement trouble et incohérent des nationalistes ukrainiens qui de facto ne font que servir les intérêts d'une hégémonie étasunienne qu'ils prétendent combattre...

Il ne faut pas oublier d'étendre le qualificatif et la fonction d'"idiots utiles" à tous les pseudo-nationalistes qui dans l'Europe gouvernée par des satrapes du Nouvel Ordre Mondial, soutiennent par principe les criminels de Svoboda et Prayvi Sector entre autres... Ils collaborent directement à la mise en esclavage des peuples européens. 

L'esprit de la "Révolution Conservatrice"

Cette "affaire ukrainienne" aura provoqué au sein de la mouvance nationaliste une véritable fracture permettant de distinguer les réactionnaires bornés prêts à n'importe quelle alliance sulfureuse pour restaurer des échecs des idéologies du passé, avec les conservateurs qui en assument l'héritage et cherchent à projeter leurs valeurs dans le futur imaginé d'un monde en pleine mutation...

Erwan Castel

"Ces nationalistes ukrainiens qui jouent le jeu des USA..."

Entretien avec Alain de Benoist
24 septembre 2014


Entretien réalisé par Nicolas Gauthier, et publié sur "BOULEVARD VOLTAIRE", le lien : ICI 

À en croire l’actualité ukrainienne, nous voilà revenus au « bon vieux temps » de la guerre froide, époque à laquelle tout était simple : les « gentils » d’un côté, les « méchants » de l’autre. L’histoire se répète ?

L’histoire ne se répète jamais, mais il y a des constantes historiques. La tension entre la puissance de la Terre, représentée par le continent eurasiatique, et la puissance de la Mer, représentée par les États-Unis, en est une. Retour à la guerre froide ? Je dirais plutôt qu’elle n’a jamais cessé. La preuve en est que l’OTAN, qui aurait dû disparaître en même temps que le Pacte de Varsovie, s’est au contraire transformée en une machine de guerre américano-centrée à vocation planétaire. Dès la chute du mur de Berlin, elle n’a eu de cesse de s’implanter à l’Est, en violation flagrante des assurances données à Gorbatchev au moment de la réunification allemande. La crise ukrainienne s’inscrit dans ce contexte. Il s’agit, pour les Américains, d’être présents jusqu’aux frontières de la Russie – ce que celle-ci ne peut évidemment pas accepter. Vous imaginez les USA acceptant l’installation de bases russes au Mexique ?

La nouveauté, c’est que l’Europe n’a même plus l’excuse de la « menace soviétique » pour justifier son atlantisme. La façon dont l’opinion publique est systématiquement désinformée à propos de l’Ukraine atteste de l’état de servilité dans lequel l’Union européenne est tombée. Le gouvernement issu du coup d’État de la place Maïdan envoie ses bombardiers et ses blindés tirer sur les « séparatistes » russophones, la guerre civile a déjà fait 2.500 morts, et ceux-là mêmes qui accusaient hier Bachar el-Assad de « massacrer son propre peuple » applaudissent des deux mains (ou s’en foutent complètement).

Quant aux nationalistes ukrainiens, dont les objectifs n’étaient pas méprisables, leurs erreurs d’analyse ont fait d’eux les dindons de la farce. En s’engageant les armes à la main contre leurs compatriotes, ils n’ont obtenu le départ d’un oligarque pro-russe que pour l’échanger contre un oligarque encore plus corrompu, un roi du chocolat aux ordres de Washington et de l’Union européenne, qui compte sur les Occidentaux pour sauver de la faillite une Ukraine désormais retombée au niveau d’un pays du tiers monde. Ce qui revient à dire qu’ils sont tombés de Charybde en Scylla.

La vérité est qu’il n’y a pas de solution militaire à la crise ukrainienne. Et que cette crise est gravissime. Si Kiev n’accepte pas d’instaurer un système fédéral permettant à chacune des composantes du pays, à commencer par le Donbass, de bénéficier de son autonomie, la guerre civile va s’étendre et l’Ukraine se brisera en deux, sinon en trois. La Russie pourra alors moins que jamais rester inerte. Or, comme l’a dit ici même Dominique Jamet, une confrontation armée entre le Kremlin et une Ukraine devenue membre de l’OTAN est de nature à dégénérer en troisième guerre mondiale. Les Américains ne peuvent pas ne pas en être conscients. Faut-il alors penser que c’est ce qu’ils recherchent ?


Vladimir Poutine expliquait récemment que la grande faute de l’Occident a été d’avoir obligé l’Ukraine à choisir entre l’Est et l’Ouest, alors que la vocation naturelle de ce pays était plutôt d’établir un « pont » entre eux. Paroles de bon sens ?

Bien entendu, mais il y a bien d’autres frontières qui peuvent servir de « pont » (on aurait pu dire la même chose à propos de l’Alsace-Lorraine, ce qui n’a pas empêché la Première Guerre mondiale d’éclater). En 1823, les États-Unis se sont dotés de la doctrine Monroe, qui interdit toute intervention étrangère dans leur zone d’influence. Le drame de l’Europe est qu’elle n’a pas de doctrine Monroe. Alors qu’elle est fondamentalement complémentaire de la Russie, elle s’inféode chaque jour un peu plus à Washington. Oubliée l’« Europe européenne », il n’y a désormais plus qu’un couple euro-américain sans aucune vision stratégique de ses intérêts, et dont le leadership de Washington constitue le plus petit dénominateur commun. Ne se faisant visiblement plus d’illusions sur les Européens, Poutine, de son côté, se tourne vers la Chine et vers les BRICS. Qui sait que, dans les semaines qui viennent, l’Inde, le Pakistan, l’Iran et la Mongolie vont devenir membres à part entière de l’Organisation de coopération de Shanghai, qui réunit déjà la Russie, la Chine, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Kirghizistan, soit plus de trois milliards d’habitants ?


En dépit de la propagande médiatique, Poutine conserve en France un indéniable capital de sympathie, tant à droite qu’à gauche d’ailleurs. Etes-vous de ceux qui voient en lui un « sauveur », dont il faudrait suivre l’exemple ?

Pas plus que je ne suis de ceux qui le jugent avec des formules toutes faites qui ne reflètent jamais que leur ignorance (« nouveau tsar », « ancien kagébiste », « dictateur rouge-brun », etc.), je ne suis un poutinolâtre. Vladimir Poutine n’a certainement pas que des qualités. Sa politique intérieure, ses méthodes de gouvernement peuvent sans doute être critiquées. Il y aussi, chez lui, une sorte d’indécision qui l’empêche de trancher clairement entre les différents clans qui le conseillent. Mais il n’en est pas moins évident que c’est un grand, sinon un très grand chef d’État – l’un des seuls qui existent aujourd’hui. Fort d’un taux de popularité qui excède aujourd’hui 90 %, il a remis la Russie sur ses rails, et aspire à lui rendre le rang qui lui revient. Il veut que cette Russie soit fidèle à son histoire et pense que son peuple mérite d’avoir un destin. C’est déjà énorme. Le simple fait que les États-Unis voient en lui l’obstacle n° 1 à l’instauration du nouvel ordre mondial qu’ils veulent imposer justifie à lui seul qu’on lui apporte un soutien mérité. Car ce contre quoi il se dresse nous menace aussi. Ici et maintenant.

Alain de Benoist

Sources de l'article
- Site "BOULEVARD VOLTAIRE", le lien : ICI



lundi 14 avril 2014

Réflexions de Candide à propos du conflit ukrainien

Publié initialement sur Facebook le 13 avril 2014

En réponse à Pascal Lassalle, 

Par "totalitaire" j'entends toute forme de politique qui méprise les peuples et use de la violence pour imposer son pouvoir, cette violence pouvant être physique, mais aussi économique ou médiatique par exemple. Aujourd’hui, l'hégémonisme étasunien agit ainsi, au nom d'intérêts militaro-industriels et en manipulant lâchement les identitaires qu'ils soient religieux comme en Syrie ou nationalistes comme en Ukraine. 

MA POSITION

Je ne suis dans cette crise ni russophile ni américanophile mais surtout pas américanophile...juste européen. Aussi je trouve hallucinant que les Prayvi Sector soutiennent un gouvernement uniquement sur la base d'une russophobie certes logique mais qui appartient au passé. Sont-ils aussi naïfs (ou cupides) pour ne pas voir que l'UE n'a d'"Europe" que le nom et qu'elle n'est plus qu'un misérable bureau d'enregistrement des décisions de Washington ? Car c'est justement dans un projet de fédéralisation et étendu progressivement à l'Europe, que ses régions naturelles (que j'aime entendre nommées "patries charnelles") pourront reconquérir leurs sanctuaires physiques et métaphysiques !

LES INGÉRENCES

La Russie est certainement présente pour servir ses intérêts, aider les populations à organiser leur défense, sécuriser les manifestations et obtenir le référendum pour la fédéralisation, mais si Poutine intervient c'est parce que depuis le revers syrien, l’Ukraine est devenue un enjeu européen et international visé par l'OTAN pour contrer la diplomatie russe renaissante. Aussi, l’UE soutient aveuglément la violence des insurgés, rejetant les propositions et les accords politiques, la CIA qui occupe depuis des semaines un étage complet du QG de la SBU à Kiev, intervient depuis le Maïdan à travers des unités de société de sécurité "privées" identifiées à plusieurs reprises, et les tués du Maïdan sont le fait de tireurs communs et vraisemblablement provocateurs, etc...

LE REFUS DU SYSTÈME MONDIALISTE

Les crises qui secouent le monde moderne montrent l'exaspération des populations qui redéfinissent leur avenir selon des identités naturelles et traditionnelles connues. "Chasser le naturel et..." lorsque ce retour aux sources n'est que révolte contre le monde moderne, il ramène souvent à des recroquevillements identitaires, des résurgences réactionnaires d'idéologies perdantes ou des guerres ethniques ou religieuses par exemple.

Mais, si ce refus du monde moderne et de sa bipolarité universaliste, s'appuie sur une réflexion universelle respectant la pluralité naturelle, cela peut je pense ouvrir la pensée vers une réinvention des valeurs dans le futur...

L'IDÉE FÉDÉRALE

En Ukraine, la guerre de la désinformation est des deux côtés et il est difficile de se faire une opinion neutre et objective, aussi j'essaye d'être à l'écoute d'un réseau présent sur le terrain et qui témoigne de ce qu'il voit tous les jours, plutôt que des acteurs ou propagandistes politiciens… 
Or que voit-on aujourd’hui dans l’Est ? : un soulèvement populaire et volontaire (police et milices locales comprises) pour réclamer une organisation politique nouvelle respectant identité et spécificité régionales. Rien à voir avec la Crimée, si ce n'est le refus de reconnaître légitime le gouvernement de Kiev, car à aucun moment jusqu'à aujourd'hui, le rattachement à la Russie était la revendication principale. Au contraire, les manifestants expriment une volonté de rester dans une Ukraine nouvelle et fédérale ! 

LA FUITE EN AVANT 

C'est justement l'intimidation, les menaces et la violence des laquais étasuniens de Kiev qui risquent de les pousser dans les bras de la Russie ... Mais c'est peut-être ce que recherche les USA : créer un "Casus Belli" en Ukraine pour pouvoir renégocier en Syrie ... quitte à sacrifier l'unité de l'Ukraine dont la population est le cadet de leur soucis ! De son côté la légitimité du gouvernement s’effrite chaque jour et l’unité de l’Ukraine appartient désormais au passé. Acculé, et de moins en moins sûr de transformer le coup de force du Maïdan dans le scrutin présidentiel de mai, le parti du Président Alexandre Tourtchinov est peut-être poussé par ses nouveaux créanciers occidentaux de rechercher une envenimation du conflit pour, via une intervention extérieure (OTAN ou casques bleus) obtenir par la force (comme d’habitude avec la stratégie étasunienne) une étrange stabilité chaotique. 

LES NATIONALISTES

Même si je trouve incongru les discours propagandistes qui se réfèrent systématiquement à la 2° guerre mondiale (qui explique mais ne justifie pas), force est de constater que les nationalistes est-ukrainiens semblent obsédés par leur héritage historique anti-russe et persistent à rallumer les feux du passé plutôt que d’oser une vraie "troisième voie" nouvelle et réellement patriotique. 
Je rêve de les voir dépasser enfin les étiquettes et refermer les blessures du passé et même pourquoi pas, se rapprocher de politiciens ukrainiens indépendants comme Vladimir Goloub du parti communiste pour refuser toute forme d'allégeance et s'intéresser en priorité au bonheur des peuples  ... 
Mais pour cela, il faudrait dépoussiérer l'idéologie des crispations fanatiques du passé et, tourner un regard mature vers un avenir imaginé et non répété... 

CONCLUSION

C'est là, je pense que les mouvements identitaires européens ont leur rôle à jouer et plutôt que de saluer par principe les agitations de symboles historiques communément reconnus, sortir des manipulations réalisées par les empires actuels et imaginer ensemble, avec les ukrainiens, une Europe nouvelle et multiple sortie de sa bipolarité désuète et suicidaire.

Bien à vous

Erwan Castel, le 13 avril 2014


Pour suivre les événements au quotidien le lien ici : Ukraine, chronologie du conflit
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Pour lire les autres articles de ce blog sur le même sujet le lien ici : Blog alawata - Ukraine