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mercredi 12 janvier 2022

Au Kazakhstan la vérité fait surface


L'intervention militaire de la Russie et de 5 autres pays de l'OTSC est un total succès et le retrait de ces forces qui ont appuyé la sécurisation du pays pendant que l'armée kazakhstanaise rétablissait l'ordre dans les villes en proie aux émeutiers, commencera le 13 janvier prochain.

L'OTSC, articulée autour des capacités militaires russes de pouvoir projeter sans délai des forces massives à des milliers de kilomètres de leurs bases, apparait désormais comme l'équivalent de l'OTAN, à la grande différence près que, contrairement à l'alliance atlantique qui est devenue une arme offensive aux ordres de Washington, cette organisation de défense n'intervient que dans des missions défensives et sur demande des Etats concernés.

Cette intervention fulgurante de la Russie pour venir en aide au Kazakhstan a complètement  décontenancé la Maison Blanche dont le secrétaire d'Etat a envoyé une demande balbutiante au président Tokaïev, lui demandant pourquoi il avait demandé à l'OTSC qui est sous commandement russe d'intervenir pour l'aider à rétablir l'ordre dans son pays (comme si le Kazakhstan pays souverain d'Asie centrale avait des comptes à rendre à Washington !)

10 jours après le début des manifestations qui ont plongé le Kazakhstan au bord d'un chaos mortel, et tandis que l'ordre revient dans le pays grâce à l'appui des soldats de la paix de l'OTSC mené par la Russie, la vérité commence à se frayer un chemin au milieu des exagérations propagandistes et on peut dire aujourd'hui que ce pays qui est la clef de voûte de l'Asie centrale a été victime à la fois de l'incurie d'un pouvoir oligarchique finissant, provoquant une guerre de clans politiques et de revendications socio-économique populaires et légitimes aux manifestations parasitées par des mafias locales et des agents étrangers.

Pour résumer la crise majeure qui frappe le Kazakhstan est la conséquence du pourrissement d'un pouvoir oligarchique qui non seulement a failli à ses devoirs socio-économiques mais a également ouvert les portes du pays à des officines subversives étrangères qui ont facilement organisé sur l'impopularité du pouvoir des réseaux pour initier et encadrer des soulèvements populaires au profit d'un basculement du pays dans le camp occidental. Le doublement du prix du carburant (de 60 à 120 tenge) aura suffit à mettre le feu aux poudres.

Avant que n'interviennent la Russie, l'officiel président Tokaiev restait l'otage du système mis en place par son prédécesseur Nazarbayev qui, après 29 ans de pouvoir oligarchique sans partage, s'était en réalité juste retiré dans l'ombre d'un Conseil de Sécurité national d'où il continuait à diriger un appareil d'Etat dont nombre de responsables lui étaient redevables. Après que Nazarbayev ait démissionné de ses fonctions au Conseil de sécurité (au profit de Tokaïev) et au lendemain de l'arrivée des forces de l'OTSC, le discours officiel a nettement changé :

S'il est toujours question d'une tentative de coup d'Etat ayant instrumentalisé une protestation populaire, les communiqués ont abandonné le fantasme initial d'une invasion de 20 000 combattants étrangers envahissant les rues d'Almaty (même si effectivement quelques dizaines de mercenaires y ont été tués ou arrêtés) pour se concentrer sur des trahisons au sein des services de sécurité qui ont laissé faire et pour certains même aider les émeutiers tout en reconnaissant par les réformes engagées, la légitimité de la contestation populaire. 

Dans un communiqué récent, le président Tokaïev, certainement libéré du système Nazarbayev par l'intervention de l'OTSC qui a autant sécurisé les enquêtes internes autant que les sites extérieurs, a déclaré :

  • Que le Kazakhstan a subi une tentative de coup d'Etat,
  • Que les services de sécurité ont au couvert et même participé aux troubles, 
  • Que l'armée est restée loyale et efficace, et a rétabli l'Etat de droit avec l'aide de l'OTSC,
Et surtout: 
  • Il accuse un groupe d'oligarques du clan Nazarbayev d'avoir provoquer cette situation en s'éloignant des intérêts du peuple, pour récupérer tous les bénéfices de la croissance économique du Kazakhstan. 
  • Il accuse les douanes (appartenant aux services de sécurité) de ne pas surveiller correctement la frontière chinoise, laissant et participant au passage de milliards de dollars sans contrôle, donc sans taxe.
Parmi les mesures immédiates prises 
  • Un audit des banques et fondations appartenant à cette oligarchie pour reprendre de l'argent et en faire bénéficier le pays et le peuple.
  • Suppression de plusieurs taxes et gel des salaires des fonctionnaires pour 5 ans.
  • Retour des prix du carburant au niveau précédent la crise....

Qu'en est-il des trahisons internes kazakhstanaises ?

Dans ce domaine un brouillard persiste encore quant aux tenants et aboutissants des implications internes aux manifestations mais on peut observer qu'en plus du limogeage du gouvernement, une épuration est en cours dans l'appareil d'Etat kazakhtanais et notamment au sein du KNB, le Comité de Sécurité Nationale du Kazakhstan: 
  • Nazarbayev, l'ancien président du KNB a (été) démissionné du poste de Directeur, qui aujourd'hui est occupé par le président Tokaiev lequel peut enfin peut prendre possession de ses pleins pouvoirs.
  • Karim Massimov, l'acien directeur du Comité de Sécurité National a été arrêté pour avoir caché des informations "sur des camps d'entraînement de militants islamistes dans les régions montagneuses du pays"
  • Deux autres directeurs adjoints du KNB ont été également arrêtés pour leurs responsabilités dans la crise survenue et les émeutes qui ont porté atteinte à la sécurité nationale du Kazakhstan.
De plus des connexions ont été révélées entres ces traitres et des oligarques très proches de Nazarbayev, ce qui confirme l'existence d'une opposition entre l' oligarchie installée et les vues politiques du président Tokaïev qui voulait engager des réformes anticorruption. Et c'est là qu'apparait toute la perversité d'une oligarchie corrompue par les USA en échange d'ingérences croissantes occidentales, qui va tenter de renverser l' "empêcheur de tourner en rond"  par ceux là mêmes qui souffrent de leur système capitaliste.

Et là encore un parallèle est à faire avec les événements du Maïdan ukrainien : lorsque le président Ianoukovitch ne cédant pas au chant des sirènes occidentales et abandonne le projet économique avec l'UE, les oligarques ukrainiens comme Korchinsky vont exciter des manifestations populaires avec des éléments extrémistes connus des services de sécurité corrompus du SBU pour provoquer des heurts et radicaliser le mouvement vers un coup d'Etat. Ainsi comme plus tard au Kazakhstan, les services de sécurité ukrainiens  ukrainiens ont laissé se développer des camps d'entrainement paramilitaires de l'organisation néo-nazie Trident de Dmitry Iarosh dont le parrain n'est autre que Valentin Nalyvaichenko, un des directeurs du SBU ! (on retrouvera cette implication de membres des services de sécurité plusieurs fois comme par exemple lors du massacre d'Odessa où ils couvrent les radicaux néonazis opérant contre les manifestants fédéralistes).

Et la triangulation mondialiste entre USA, oligarchie locale et extrémistes utiles qui a opérer la bascule de l'Ukraine dans le camp occidental apparait encore au Kazakhstan, les radicaux islamistes prenant la place des radicaux bandéristes dans le rôle des idiots utiles de l'impérialisme mondialiste:

Et comme par hasard ! qui retrouve t-on sur cette photo prise en 2015
au Kazakhstan ? : Joe Biden, alors vice Président des USA et son fils
Hunter Biden, accompagnés de Kenes Rakishev (à gauche) un des plus
riches oligarques du Kazakhstan et... Karim Massimov, le Directeur du 
Comité de Sécurité Nationale du Kazakhstan. Le businessman Hunter
Biden, qui profite depuis des années du népotisme de son paternel, est 
en affaire avec Kenes Rakishev, au Kazakhstan mais aussi en Ukraine où
il est placé au conseil d'administration de Burisma, une société holding
gazière ukrainienne, au lendemain du coup d'Etat du Maïdan soutenu par
l'administration Obama. Quant à 
Karim Massimov, il ouvre les portes du
KNB aux services occidentaux via des partenariats "antiterroristes"...

Je pense qu'il n'est pas nécessaire de faire un dessin pour mieux comprendre...


Qu'en est-il des responsabilités étrangères dans le chaos ? 

Aujourd'hui il est évident que les chiffres annoncés initialement concernant les effectifs de d'agents étrangers dans les émeutes ont été largement exagérés pour détourner l'attention d'e la légitimité d'un mouvement de protestation populaire (qui dans la majorité des villes n'a pas dégénéré en émeutes violentes) amalgamant les manifestants avec ceux des émeutiers et ceux des émeutiers avec les quelques agents étrangers repérés. Cependant cela ne veut pas dire pour autant que les accusations d'ingérences étrangères sont des allégations totalement mensongères.

Plusieurs indices montrent que des agents étrangers pro occidentaux ou pro turcs ont été effectivement actifs dans cette révolution ratée :

Primo : un réseau important d'ONG étasuniennes du réseau Soros, de conseillers militaires de l'OTAN, de sociétés économiques occidentales, d'associations culturelles et droitsdel'hommistes étasuniennes s'est progressivement implanté au Kazakhstan en graissant au passage les pattes des oligarques locaux (voir l'article ici).

Secundo : une coordination pilotée de l'étranger via les réseaux internet des actions de déstabilisation, dont la rapidité des actions, les moyens dédiés et l'organisation démontrent une préméditation et une préparation bien antérieure à cette hausse des prix qui a déclenché les manifestations.

Tertio :  la présence effective, bien que faible, d'étrangers parmi les émeutiers, et dont certains ont été payés pour participer aux manifestations et que l'on retrouve aux premiers rangs des émeutiers avec les extrémistes locaux (ce qui n'est pas sans rappeler la procédure employée sur le Maïdan), 

Dans un article précèdent sur le Kazakhstan, j'avais évoqué le rôle, avoué par lui-même, de l'opposant politique et escroc international Mukhtar Ablyazov dans la coordination des manifestations, ainsi que les connexions des émeutiers avec le réseau terroriste "Etat Islamiste".

Et d'autres noms très intéressants apparaissent chaque jour comme par exemple celui de Andreï Nikolaievich Garbouziouk qui est un des administrateurs des réseaux sociaux chargés d'informer et coordonner les manifestations au Kazakhstan. Or, ce Garbouziouk, n'est ni plus ni moins qu'un lieutenant colonel des forces armées ukrainiennes chef l'unité militaire A2455 appelée du 83ème 83e TsIPSO qui est  un "Centre d'informations et d'opérations psychologiques" basée à Odessa !

DCK un des réseaux utilisés pour informer et coordonner
les actions subversives au Kazakhstan et qui a permis de
repérer les agents ukrainiens à l'œuvre dans cette crise.
Cet officier ukrainien, né le 13 décembre 1981 dans le village de Novaya Chertoriya district de Lyubarsky, région de Jitomir est diplômé de l'Institut militaire d'électronique radio. Garbouziouk travaille en étroite collaboration avec Ablyazov planqué à Paris derrière un statut de réfugié politique et des ressortissants kazakhstanais vivant en Ukraine comme par exemple Eldos Nasipbekov (23 ans) et Zamanbek Tleuliyev (27 ans), 2 ressortissants kazakhs qui opèrent sous contrôle des services spéciaux ukrainiens (SBU) et d'agents étasuniens dans une antenne kiévienne du  "DCK", ("Choix Démocratique du Kazakhstan") une ONG étasunienne appartenant aux réseaux Soros. Ensemble ils ont créé le "quartier général du DCK" en Ukraine. 
Par ailleurs, plusieurs adresses moscovites (par exemple l'association "Legalis"') ont été repérées dans ce réseau ukraino-kazakhstanais, ce qui explique probablement l'arrestation d'une trentaine de sympathisants kazakhtanais pro occidentaux en Russie impliqués dans les actions subversives en cours.


Kassym-Jomart Tokaïev, président de la République du Kazakhstan depuis 2019


Exit le système "Nazarbayev" pourrait-on dire, et même si ce dernier n'est pas encore ponté du doigt directement il y a de grande chance que la capitale Nour Oustan (prénom de Nazarbayev) retrouve un jour prochain celui d'Astana et que soient virées du pays les ONG occidentales et autres partenariats atlantistes qui mènent depuis des années des campagnes subversives anti-russes dans le pays. 

Même si bien sûr il faudra attendre les actes pour juger de la sincérité du président Tokaïev, et que ce dernier devra probablement faire des compromis pour assurer une réforme stable de  l'appareil d'Etat, on peut cependant relever avec optimisme ses déclarations d'intentions formulées ce 10 janvier 2021 qui prône l'instauration d'un contrat économique social avec les peuples du Kazakhstan:

1. Le Kazakhstan entend mettre fin au système oligarchique et devenir un État méritocratique, 2. En septembre sera présenté un ensemble de réformes socio-économiques structurelles, 
3. La société "Opérateur ROP", de Aliya,la fille de Nazarbayev fermée (300 millions $ volés)
4. Tous les oligarques seront obligés de donner de l'argent à un fonds social populaire,
5. Le moratoire sur les inspections des participants aux marchés publics a été levé. 
6. Réforme du marché des carburants pour réguler plafonner les prix,
7. Garantie des investissements et actifs sur le territoire du Kazakhstan. 
8. Lutte contre bureaucratisation et réforme "pour le rapprocher du peuple" de l'appareil d'État,
9. Numérisation des procédures administratives,
10 Renforcer la lutte contre le chômage et les aides aux jeunes,
Etc...

Exit donc le système Nazarbayev, et même si ce dernier ne sera pas probablement inquiété son empire financier et ses réseaux d'influence s'effondreront rapidement sous la menace de haute trahison pesant sur leurs acteurs. Espérons qu'une nouvelle ère de stabilité et surtout de prospérité sociale commence au Kazakhstan.

Mais surtout, cette crise majeure que vient de traverser le Kazakhstan et où pointait sans aucun doute une tentative de coup d'Etat pour finaliser la bascule occidentale du pays commencée sous couvert d'une oligarchie corrompue a non seulement échoué mais même, au grand dam de Washington, en plus de libérer les pouvoirs présidentiels des griffes d'une oligarchie contrôlée, cet échec a opéré un retour radical d'Astana dans la zone d'influence de la Russie, et sous l'œil bienveillant d'une Chine avec qui elle est partagée.

Sur cette carte des projets de développements économiques sino-russes,
qui sont le cauchemar de l'impérialisme étasunien en Europe on voit bien
l'importance cruciale du Kazakhstan et la nécessité pour Washington de le
contrôler, en plus de sa position stratégique aux frontières de la Russie.


Et quand revoilà la pourriture française...

Il est certain que d'autres dossiers pourris et connexions nauséeuses vont remonter à la surface de ce grand nettoyage des égouts kazakhstanais et je ne serai pas surpris de voir la France s'illustrer ici encore dans le domaine des coups tordus profitant aux intérêts de son complexe militaro industriel mondialiste.

En effet pour ne citer qu'un volet de la puanteur mondialiste française il faut rappeler l'importance que revêt le contrôle des importations d'uranium pour Paris et qui conditionne une grande partie de sa politique néocoloniale criminelle en Afrique de l'Ouest, laquelle est aujourd'hui mise à mal par le renversement de plusieurs de ces laquais locaux. Or face aux risques d'émancipation de la "Françafrique", sur fond de crise énergique majeure en Europe augmentant la productions électrique nucléaire française, le Kazakhstan, qui est le 1er pays exportateur d'uranium avec 40% de la production mondiale, devient pour Paris la cible prioritaire du marché de l'Uranium.

Mais au Kazakhstan, pour les industriels français "ça coince" aussi, car si depuis l'ouverture du pays aux investissements occidentaux, le français "Orano "et le canadien Cameco s'y sont précipités pour en extraire l'uranium, les parts de l'entreprise publique locale "Kazatomprom" avec qui ils sont légalement tenu d'établir un partenariat, dans la joint-venture Inkai ,sont brutalement passées de 40 et doivent atteindre 60% du marché... en 2022 !

Rajoutez à cela que le principal opposant politique kazakhstanais s'est réfugié à Paris pour fuir la justice de plusieurs pays, et que la France, tout comme le Canada, sont les larbins zélés d'un l'impérialisme étasunien qui rêve de pouvoir faire pression sur les exportations d'uranium à destination de la Russie et de la Chine etc On voit ici qu'un coup d'Etat au Kazakhstan consolidant un système oligarchique pur et dur où l'économie serait donnée à des intérêts privés occidentaux croissants intéresse pleinement les vautours financiers français autant que les faucons de guerre étasuniens. Convergence des intérêts et des méthodes....

Car derrière chaque révolution colorée, coup d'Etat se cachent toujours sous les belles banderoles droitdelhommistes vantant les avantages de la démocratie, la réalité d'une dictature ploutocratique mondialiste aliénant les peuples à sa marchandise liberticide.

Ce qui est certain c'est que le président Kassym-Jomart Tokaïev doit se souvenir aujourd'hui de la justesse de la remarque du président Poutine lors de son intervention à la réunion du club du Valdaï en 2019 :

Lors d'une réunion du Valdai International Club, le président du Kazakhstan a 
souligné à quel point il était bon que son pays renonce aux armes nucléaires et 
et reçoive en retour des investissements étrangers. Alors, concluant l'intervention 
optimiste de son homologue kazakhstanais, Vladimir Poutine a lancé sur le ton de
la plaisanterie :  "Saddam Hussein le pensait également !" 

Erwan Castel

samedi 8 janvier 2022

Le levier kazakhstanais



Voici un nouveau point de situation sur le Kazhakstan où les combats continuent entre les forces de sécurité et les groupes armés qui ont infiltré les manifestations, et qui m'a semblé important de réaliser car désormais les connexions de ces terroristes avec les réseaux auxiliaires de l'OTAN sont confirmées et révèlent même un rôle joué par les uktrea nationalistes ukrainiens, dont les actions menées en 2014 sur le Maïdan font visiblement référence auprès des "Mambets" kazakhs de 2022.

Point de situation sur l'opération antiterroriste en cours

Bien que reprenant progressivement le contrôle des zones urbaines ravagées par les émeutiers, les forces de sécurité kazakhtanaises rencontrent encore quelques poches de résistance tenues par des groupes armés aujourd'hui encerclés.

Situation de la crise au Kazakhstan, au 7 janvier 2022
  • symbole jaune : manifestations pacifiques (zone majoritairement russophones)
  • symbole bleu : manifestations avec émeutes,
  • symbole rouge: manifestation avec attaques armées (où se déroule l'opération antiterroriste)
Les secteurs les plus critiques se situent dans le Sud du pays, ce sont des villes majoritairement kazakhes à fortement peuplées et proches des frontalières Sud où des renforts logistiques et djihadistes en provenance d'Afghanistan ou d'Ouzbékistan peuvent emprunter les chemins de contrebande. Cette dernière hypothèse est d'ailleurs confirmée par la présence de nombreux étrangers parmi les personnes armées arrêtées.

Face à la violence des groupes armés qui s'attaquent autant aux forces de l'ordre qu'à des civils, commerces et infrastructures collectives, le président Tokaïev a donné l'ordre à ses forces de sécurité menant l'opération antiterroriste dans le Sud du pays de tirer sans sommation et pour tuer tout terroriste ou bandit qui refuse de déposer les armes. Au 7 janvier 2022 le calme semblait revenir dans Almaty dont certains quartiers ont été complètement dévastés par le passage des émeutiers  estimés à 20 000 personnes. Dans le même temps le président kazakhstanais a rappelé que les revendications socio-économiques exprimées de manière pacifique, ont été entendues par les autorités.

Les autorités ayant coupé Internet, dans ce nombreux secteurs, les manifestants utilisant les réseaux sociaux pour coordonner leurs actions, les images des événements parviennent faiblement et avec du retard. Cependant plusieurs vidéos permettent de confirmer l'ampleur des destructions occasionnées par les émeutiers et les groupes armés depuis seulement quelques jours:
Le centre d'Alma Ata complètement dévasté par 
les pillages et les combats des 4 derniers jours.

Une intervention russe musclée... et très diplomatique

Tout d'abord, l'opération de maintien de la Paix envoyée au Kazakhstan par l'Organisation du Traité de Sécurité Collective et pour laquelle un pont aérien exceptionnel acheminant des milliers de soldats d'élite est en cours, est une réponse favorable à une demande d'assistance initiale venant d'Astana et non une ingérence de Moscou.


Ensuite, en accord avec l'Etat major kazakhstanais, les casques bleus qui sont une force  internationale (Russie Arménie, Belarus, Tadjikistan, Kirguizstan...) conforme aux accords de sécurité collective de la CEI, ne seront pas impliquées directement dans l'opération terroriste en cours mais déployées pour sécuriser des points sensibles (aéroports, gares, sites industriels etc) et gouvernementaux et les frontières extérieures du pays, laissant aux forces de sécurité nationales le soin de "laver le linge sale en famille" avec le maximum de leurs effectifs.. 


Un nouvel accès d'hystérie occidentale

Mais, malgré cette volonté d'organiser l'intervention au Kazakhstan dans la légalité du droit et des traités internationaux signés entre les parties, cette opération de maintien de l'ordre dont la Russie est la cheville ouvrière est pour que le camp occidental un nouveau prétexte fallacieux pour engager une nouvelle campagne russophobe hystérique contre Moscou: 

Etasuniens, britanniques, allemands et bien sûr français se précipitent sur fond de russophobie délirante pour critiquer les opérations de maintien de l'ordre dans les rues kazakhstanaises et l'intervention de forces de l'OTSC pour les soutenir.

Lister les vociférations pathétiques des thuriféraires d'un impérialisme mondialiste qui plus est se révèle être partie prenante dans ce chaos organisé au Kazakhstan serait trop long, et je me conterai ici de ne citer que quelque unes de leurs interventions toutes aussi pitoyables que bellicistes.

Force est de constater, en préambule, que depuis 30 ans le système Nazarbaiev a constitué un terreau idéal pour y faire germer une révolution de couleur à cause d'un pouvoir oligarchique corrompu,  népotique de plus en plus impopulaire qui de plus, par cupidité a ouvert les portes de son pays au Soft Power étasunien qui a mené depuis 30 ans une stratégie de subversion via des ONG, des sociétés industrielles, des centres culturels etc... Aussi, plus que d'habitude je me garderai éloigné de toute forme de vision manichéiste si chère aux larbins propagandistes.

Commençons par les USA, très certainement surpris par la fulgurance de la réaction de la Russie et ses alliés face à la crise Kazakhstanaise, avec Jen Psaki la porte parole de la Maison Blanche qui a déclaré du haut de l'arrogance du "gendarme du Monde" autoproclamé: 
  • "Washington surveille le processus d'introduction du contingent de l'OTSC au Kazakhstan, ainsi que les actions de ce contingent afin de L'administration américaine va déterminer le degré de légitimité de l'introduction du contingent de l'OTSC en République du Kazakhstan. Les États-Unis ont des questions sur la légalité de la demande du Kazakhstan de déployer un contingent de l'OTSC dans le pays.".
Autre larbin de la ploutocratie mondialiste,: Marko Buschman le ministre de la Justice de la République fédérale d'Allemagne, qui a déclaré au lendemain du déclenchement de l'opération antiterroriste d'Astana que que "le Kazakhstan a quitté le cercle des pays civilisés". 

Mais la palme de la connerie pour le moment revient certainement à la chilienne Michelle Bachelet, l'actuelle 
Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, qui a déclaré que "toutes les personnes arrêtées et détenues au Kazakhstan devraient être libérées parce qu'ils n'ont fait qu'exercer leur droit de manifester pacifiquement". 
Cette collabo débile devrait être lâchée en uniforme kazakhstanais dans les rue d'Almety où ont été tués des dizaines de policiers (certains décapités) ainsi que des civils, des centaines de blessés, plus d'1 milliard de dollars de destructions et dégâts sur des bâtiments publics et privés, sans compter les milliers de pillages, vols et viols pour qu'elle puisse apprécier le "pacifisme" de ses manifestants !

Sans oublier l'incontournable incendiaire français mondialiste BHL pour qui la russophobie est la principale de ses drogues quotidiennes et qui lui non plus n'a pu s'empêcher de vomir sa connerie haineuse :


Et bien sûr on peut observer que toute cette meute mondialistes où les clébards de l'Union Européenne veulent "être plus royalistes que le roi", en profite bien sûr comme au moment de la crise migratoire bélarusse pour accuser la Russie des pires maux de la Terre.


Des liaisons dangereuses sans équivoque 

Parmi les "mambets" (surnom populaire donné aux kazakhs) arrêtés par les forces de l'ordre sont plusieurs étrangers ou kazakhstanais membres de la nébuleuse terroriste islamiste comme par exemple un certain Arman Dzhumageldiev (Dikiy Arman), un chef de gang local soupçonné d'être un des principaux meneurs des émeutes et qui s'avère être en connexion avec les services spéciaux turcs pour le compte desquels il a déjà activement soutenu la récente guerre entre les arméniens et les tuco-azéris . 

Dikiy Arman ici dans un décor des nationalistes
turcs de Bozkur appelés " les loups gris"

Depuis 2015 Dikiy Arman a initié plusieurs organisations nationalistes kazakhes promouvant à la fois un communautarisme russophobe si chère à l'OTAN, et un panturquisme néo-ottoman si cher à Erdogan.  

Quant à l'ex-directeur de la banque la Bank Turan Alem (BTA Bank) Mukhtar Ablyazov, déjà évoqué dans un article précédent il vient de confirmer lui-même son rôle dans cette révolution colorée kazakhstanaise . Ce criminel est condamné pour de multiples détournements de fonds et impliqué dans plusieurs escroqueries internationales et assassinats (liste rouge Interpol), mais qui est protégé par un Etat français qui lui a accordé le droit d'asile politique sous prétexte que règne au Kazakhstan une dictature (mais ce qui n'a pas empêché Sarkozy de décerné la légion d'honneur à Nazarbaïev). Or le 7 janvier, dans une interview accordée à Reuters à Paris, Ablyazov qui s'est qualifié de "chef de l'opposition et des manifestations au Kazakhstan" a déclaré :"Ils me consultent tous les jours sur ce qu'il faut faire"

Dans l'analyse pertinente de Pépé Escobar qui suit cet article, on apprend aussi de probables connexions du mouvement de protestations kazakhstanais avec les services secrets britanniques. Cette hypothèse n'a rien de surprenant lorsque l'on sait que Londres (où Ablyazov est arrivé lorsqu'il a fuit la justice de son pays) agit depuis le XIXème siècle en Asie centrale pour contrecarrer l'influence des chinois dans la région dans une stratégie qui aujourd'hui est entrée en convergence avec celles des services spéciaux turcs pour manipuler ensemble les djihadistes turcophones du Kazakhstan dans des optations de déstabilisation dans le Haut Karabagh, en Syrie (avec la "Imarat Kavkaz") et jusqu'en Chine avec les extrémistes Ouighours.  

Et si on rajoute à ces renseignements les faits indiscutables du terrain où on observe une logistique et des modes opératoires rodés, une coordination des actions, une vitesse d'exécution des procédures etc., cela écarte définitivement l'hypothèse selon laquelle il ne s'agit que d'un soulèvement populaire spontané et  légitime.

Dans ce reportage on peut voir des extraits de
caméras de surveillance filmant des véhicules
apportant dans les rues de Alma Ata des armes
et des munitions à des manifestants

Ailleurs ce sont des arrestations de "mambets" au
cours desquelles des armes sont souvent saisies,
confirmant l'existence de ces approvisionnements 

Armes saisies sur des manifestants arrêtés 



Quand les "ukrops" viennent au secours de "mambets"

Alors qu'un parallèle peut être déjà réalisé entre les manifestations ukrainiennes de 2014 et celles kazakhtanaises de 2022 qui de plus interviennent comme par hasard juste avant des sommets Est-Ouest sur l'Ukraine on commence à voir des indices de connexion entre les nationalistes ukrainiens et les nationalistes kazakhstanais partageant en commun avec l'OTAN dont ils sont les idiots utiles une russophobie hystérique et violente 
 
1 / Mukhtar Ablyazov coordonne le travail de son réseau au Kazakhstan, via Kiev. 

2 / Des groupes ukrainiens font le relais pour animer la propagande russophobe:

Vidéo réalisée en Ukraine portant la déclaration
d'un prétendu 'Front de Libération du Kazakhstan"

3 / Le leader ukrainien du groupe ultranationaliste Bratstvo associé aux Frères musulmans a déclaré que des milices ukrainiennes pénétreront le Kazakhstan pour aider les groupes armés kazakhs à combattre les forces russes et gouvernementales.

Qu'ils soient directement aux commandes des manifestations ou simplement des pirates cherchant à détourner leurs revendications vers un changement de pouvoir, les occidentaux visiblement utilisent cette crise kazakhstanaise comme un nouveau levier pour tenter de déstabiliser encore une zone frontalière russe... sauf que la Russie joignant les actes aux paroles est intervenue avec une fulgurance massive pour rétablir l'ordre. Du coup le levier risque de devenir rapidement un boomerang pour les occidentaux, car l'opération de maintien de la paix de l'OTSC ne fera que renforcer les relations entre Moscou et Astana et par effet collatéral risque même de durcir le positionnement russe sur son flanc occidental et, je l'espère, d'accélérer l'intégration des républiques du Donbass au sein de la Fédération de Russie, vraisemblablement avec une première reconnaissance de leur existence étatique.

En conclusion de ce point de situation d'une crise qui est loin d'être terminée, et pour compléter la liste des chevaux de Troie étasuniens implantés par la cupidité de Nazarbaiev que j'ai commencé de citer dans un article précédent je pense important dans le contexte sanitaire actuel de mentionner ce laboratoire de virologie construit en 2010 à Almaty avec des fonds étasuniens et que Washington a même décrit comme "le plus grand laboratoire biologique d'Asie centrale  dont la fonction est de rechercher et de préserver des virus extrêmement dangereux"

Dans un article du 11 juillet publié sur le site Web "Stanradar" du Kirghizistan il est précisé que les États-Unis sont le véritable propriétaire de ce laboratoire biologique ultra sensible. Parmi les missions de cette laboratoire étasunien installé aux frontières de la Russie et de la Chine sont celles de collecter des données ADN de la population locale, des animaux et des plantes, ainsi que des agents responsables de maladies dangereuses, de mener des tests et des expériences à la fois sur les résidents et sur les animaux agricoles et sauvages. De là à imaginer une étude d'attaque bactériologique contre la Russie et la Chine ou plus immédiatement de penser à la sécurisation de ce lieu lors des émeutes, il n'y a qu'un tout petit pas à faire !

Bref une crise complexe comme des poupées russes, avec une protestation populaire légitime qui cache des émeutiers mafieux qui cachent des connexions terroristes qui cachent des liens avec des officines subversives occidentales, le tout sur fond de crise vive entre Moscou et Washington au sujet de l'Ukraine.

A suivre...

Erwan Castel


Source de l'article : Strategic Culture


Pépé Escobar


Pépé Escobar
Maidan à Almaty ? Oh oui. Mais c'est compliqué.

D'abord, est-ce que tant de peur et de dégoût sont liés au gaz ? Pas vraiment.

Le Kazakhstan a été plongé dans le chaos pratiquement du jour au lendemain, en principe, en raison du doublement des prix du gaz liquéfié, qui ont atteint l'équivalent (russe) de 20 roubles le litre (à comparer à une moyenne de 30 roubles en Russie même).

Ce fut l'étincelle de protestations à l'échelle nationale couvrant toutes les latitudes, du principal centre d'affaires d'Almaty aux ports de la mer Caspienne d'Aktau et d'Atyrau et même de la capitale Nur-Sultan, anciennement Astana.

Le gouvernement central a été contraint de réduire le prix du gaz à l'équivalent de 8 roubles le litre. Pourtant, cela n'a fait que déclencher la prochaine étape des manifestations, exigeant une baisse des prix des denrées alimentaires, la fin de la campagne de vaccination, un âge de la retraite plus bas pour les mères de nombreux enfants et – last but not least – un changement de régime, avec son propre slogan : Shal, ket! (« A bas le vieil homme. »)

Le "vieil homme" n'est autre que le leader national Nursultan Nazarbayev, 81 ans, qui, même s'il a démissionné de la présidence après 29 ans au pouvoir, en 2019, reste à toutes fins pratiques l'éminence grise kazakhe à la tête du Conseil de sécurité et l'arbitre de la politique intérieure et étrangère.

La perspective d'une autre révolution des couleurs vient inévitablement à l'esprit : peut-être le jaune turquoise, reflétant les couleurs du drapeau national kazakh. Surtout parce que juste au bon moment, des observateurs avertis ont découvert que les suspects habituels – l'ambassade américaine – avaient déjà « mis en garde » contre des manifestations de masse dès le 16 décembre 2021.

Maidan à Almaty ? Oh oui. Mais c'est compliqué.

Almaty dans le chaos

Pour le monde extérieur, il est difficile de comprendre pourquoi une grande puissance exportatrice d'énergie comme le Kazakhstan doit augmenter les prix du gaz pour sa propre population.

La raison en est – quoi d'autre – le néolibéralisme débridé et les manigances proverbiales du marché libre. Depuis 2019, le gaz liquéfié est négocié électroniquement au Kazakhstan. Ainsi, le maintien des prix plafonds – une coutume vieille de plusieurs décennies – est vite devenu impossible, car les producteurs étaient constamment confrontés à la vente de leur produit en dessous du prix de revient alors que la consommation montait en flèche.

Tout le monde au Kazakhstan s'attendait à une hausse des prix, tout comme tout le monde au Kazakhstan utilise du gaz liquéfié, en particulier dans ses voitures converties. Et tout le monde au Kazakhstan a une voiture, comme on me l'a dit, avec regret, lors de ma dernière visite à Almaty, fin 2019, alors que j'essayais en vain de trouver un taxi pour me rendre au centre-ville.

Il est assez révélateur que les manifestations aient commencé dans la ville de Zhanaozen, en plein dans le hub pétrolier/gazier de Mangystau. Et il est également révélateur qu'Unrest Central s'est immédiatement tourné vers Almaty, accro aux voitures, le véritable centre d'affaires du pays, et non la capitale isolée et lourde d'infrastructures gouvernementales au milieu des steppes.

Au début, le président Kassym-Jomart Tokayev semblait avoir été pris comme un cerf face à la situation des phares. Il a promis le retour des prix plafonds, a instauré l'état d'urgence/le couvre-feu à la fois à Almaty et à Mangystau (alors à l'échelle nationale) tout en acceptant en masse la démission du gouvernement actuel et en nommant un vice-Premier ministre anonyme, Alikhan Smailov, comme Premier ministre par intérim jusqu'à la formation de un nouveau cabinet.

Pourtant, cela ne pouvait pas contenir les troubles. En succession rapide comme l'éclair, nous avons eu la prise d'assaut de l'Almaty Akimat (bureau du maire) ; les manifestants tirent sur l'armée ; un monument de Nazarbayev démoli à Taldykorgan ; son ancienne résidence à Almaty reprise ; Kazakhtelecom déconnecte tout le pays d'Internet ; plusieurs membres de la Garde nationale – véhicules blindés inclus – rejoignant les manifestants à Aktau ; Les guichets automatiques sont morts.

Et puis Almaty, plongée dans le chaos le plus complet, a été virtuellement saisie par les manifestants, dont son aéroport international, qui mercredi matin était sous sécurité renforcée, puis dans la soirée était devenu territoire occupé.

L'espace aérien kazakh, quant à lui, a dû faire face à un embouteillage prolongé de jets privés en partance pour Moscou et l'Europe occidentale. Même si le Kremlin a noté que Nour-Sultan n'avait demandé aucune aide russe, une « délégation spéciale » s'envola bientôt de Moscou. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a souligné avec prudence : « nous sommes convaincus que nos amis kazakhs peuvent résoudre indépendamment leurs problèmes internes », ajoutant : « il est important que personne n'interfère de l'extérieur ».


Conférences de géostratégie

Comment tout cela a-t-il pu dérailler si vite ?

Jusqu'à présent, le match de succession au Kazakhstan avait été principalement perçu comme un succès dans le nord de l'Eurasie. Les grands seigneurs locaux, les oligarques et les élites compradores ont tous conservé leurs fiefs et leurs sources de revenus. Et pourtant, officieusement, on m'a dit à Nour-Sultan fin 2019 qu'il y aurait de sérieux problèmes à venir lorsque certains clans régionaux viendraient se rassembler – comme pour affronter «le vieil homme» Nazarbayev et le système qu'il a mis en place.

Tokayev a lancé l'appel proverbial "à ne pas succomber aux provocations internes et externes" - ce qui est logique - mais a également assuré que le gouvernement "ne tombera pas". Eh bien, il tombait déjà, même après une réunion d'urgence essayant d'aborder le réseau enchevêtré de problèmes socio-économiques avec la promesse que toutes les « demandes légitimes » des manifestants seront satisfaites.

Cela ne s'est pas déroulé comme un scénario classique de changement de régime, du moins au début. La configuration était celle d'un état de chaos fluide et amorphe, car les – fragiles – institutions du pouvoir kazakh étaient tout simplement incapables de comprendre le malaise social plus large. Une opposition politique compétente est inexistante : il n'y a pas d'échange politique. La société civile n'a pas de canaux pour s'exprimer.

Alors oui : il y a une émeute en cours – pour citer le rhythm'n blues américain. Et tout le monde est perdant. Ce qui n'est pas encore tout à fait clair, c'est quels clans en conflit enflamment les manifestations – et quel est leur programme au cas où ils auraient une chance de prendre le pouvoir. Après tout, aucune manifestation « spontanée » ne peut surgir simultanément dans toute cette vaste nation pratiquement du jour au lendemain.

Le Kazakhstan a été la dernière république à quitter l'URSS en train de s'effondrer il y a plus de trois décennies, en décembre 1991. Sous Nazarbayev, il s'est immédiatement engagé dans une politique étrangère autoproclamée « multivectorielle ». Jusqu'à présent, Nur-Sultan se positionnait habilement comme un médiateur diplomatique de premier plan – des discussions sur le programme nucléaire iranien dès 2013 à la guerre en/contre la Syrie à partir de 2016. L'objectif : se solidifier comme le pont par excellence entre l'Europe et l'Asie.

Les nouvelles routes de la soie, ou BRI, dirigées par les Chinois, ont été officiellement lancées par Xi Jinping à l'Université de Nazarbayev en septembre 2013. Cela s'est rapidement rapproché du concept kazakh d'intégration économique eurasienne, conçu d'après le propre projet de dépenses du gouvernement de Nazarbayev, Nurly Zhol (« Bright Path »), conçu pour dynamiser l'économie après la crise financière de 2008-2009.

En septembre 2015, à Pékin, Nazarbayev a aligné Nurly Zhol avec la BRI, propulsant de facto le Kazakhstan au cœur du nouvel ordre d'intégration eurasienne. Sur le plan géostratégique, la plus grande nation enclavée de la planète est devenue le principal territoire d'interaction des visions chinoise et russe, de la BRI et de l'Union économique eurasiatique (EAEU).

Une tactique de diversion

Pour la Russie, le Kazakhstan est encore plus stratégique que pour la Chine. Nur-Sultan a signé le traité CSTO en 2003. C'est un membre clé de l'EAEU. Les deux pays ont des liens militaro-techniques importants et mènent une coopération spatiale stratégique à Baïkonour. Le russe a le statut de langue officielle, parlé par 51% des citoyens de la république.

Au moins 3,5 millions de Russes vivent au Kazakhstan. Il est encore tôt pour spéculer sur une éventuelle « révolution » teintée des couleurs de la libération nationale si l'ancien système finirait par s'effondrer. Et même si cela arrivait, Moscou ne perdra jamais toute son influence politique considérable.

Le problème immédiat est donc d'assurer la stabilité du Kazakhstan. Les protestations doivent être dispersées. Il y aura beaucoup de concessions économiques. Un chaos déstabilisant permanent ne peut tout simplement pas être toléré – et Moscou le sait par cœur. Un autre – roulant – Maidan est hors de question.

L'équation biélorusse a montré comment une main forte peut opérer des miracles. Pourtant, les accords de l'OTSC ne couvrent pas l'assistance en cas de crises politiques internes – et Tokayev ne semble pas enclin à faire une telle demande.

Jusqu'à ce qu'il le fasse. Il a appelé le CSTO à intervenir pour rétablir l'ordre. Un couvre-feu militaire sera imposé. Et Nur-Sultan pourrait même confisquer les actifs d'entreprises américaines et britanniques qui parraineraient prétendument les manifestations.

C'est ainsi que Nikol Pashinyan, président du Conseil de sécurité collective de l'OTSC et Premier ministre d'Arménie, l'a formulé : Tokayev a invoqué une « menace pour la sécurité nationale » et la « souveraineté » du Kazakhstan, « causée, entre autres, par une ingérence extérieure ». Ainsi, le CSTO « a décidé d'envoyer des forces de maintien de la paix » pour normaliser la situation, « pour une durée limitée ».

Les suspects déstabilisateurs habituels sont bien connus. Ils n'ont peut-être pas la portée, l'influence politique et la quantité nécessaire de chevaux de Troie pour maintenir le Kazakhstan en feu indéfiniment.

Au moins, les chevaux de Troie eux-mêmes sont très explicites. Ils veulent une libération immédiate de tous les prisonniers politiques ; changement de régime; un gouvernement provisoire de citoyens « honorables » ; et – quoi d'autre – « retrait de toutes les alliances avec la Russie ».

Et puis tout devient une farce ridicule, alors que l'UE commence à appeler les autorités kazakhes à « respecter le droit de manifester pacifiquement ». Comme pour permettre l'anarchie totale, le vol, le pillage, des centaines de véhicules détruits, des attaques au fusil d'assaut, des guichets automatiques et même le Duty Free de l'aéroport d'Almaty complètement pillé.

Cette analyse (en russe) couvre certains points clés, mentionnant « Internet regorge d'affiches de propagande préétablies et de notes de service aux rebelles » et le fait que « les autorités ne nettoient pas les dégâts, comme Loukachenko l'a fait en Biélorussie. "

Jusqu'à présent, les slogans semblent provenir de nombreuses sources – vantant tout, d'une « voie occidentale » vers le Kazakhstan à la polygamie et à la charia : « Il n'y a pas encore d'objectif unique, il n'a pas été identifié. Le résultat viendra plus tard. C'est généralement la même chose. L'élimination de la souveraineté, la gestion externe et, enfin, en règle générale, la formation d'un parti politique anti-russe.

Poutine, Loukachenko et Tokayev se sont longuement entretenus au téléphone, à l'initiative de Loukachenko. Les dirigeants de tous les membres de l'OTSC sont en contact étroit. Un plan de match directeur – comme dans une « opération antiterroriste » massive – a déjà été élaboré. Le général Gerasimov le supervisera personnellement.

Maintenant, comparez-le à ce que j'ai appris de deux sources d'informations différentes et de haut niveau.

La première source était explicite : toute l'aventure kazakhe est parrainée par le MI6 pour créer un nouveau Maïdan juste avant les pourparlers Russie/US-OTAN à Genève et Bruxelles la semaine prochaine, afin d'empêcher tout accord. De manière significative, les « rebelles » ont maintenu leur coordination nationale même après la déconnexion d'Internet.

La deuxième source est plus nuancée : les suspects habituels tentent de forcer la Russie à reculer face à l'Occident collectif en créant une distraction majeure sur leur front oriental, dans le cadre d'une stratégie de chaos roulant tout le long des frontières de la Russie. C'est peut-être une tactique de diversion intelligente, mais les renseignements militaires russes surveillent. Étroitement. Et pour le bien des suspects habituels, cela ne peut pas être interprété - de façon inquiétante - comme une provocation à la guerre."

Pépé Escobar

vendredi 7 janvier 2022

L'ordre contre le désordre

Vu du Donbass

Unité aéroportée russe en route vers le Kazhakstan pour appuyer l'opération anti terroriste
du gouvernement contre les émeutiers pro-occidentaux

Il est des moments où, passez moi l'expression "ça fait chier d'avoir raison". Lorsque beaucoup trop de personnes jugeaient le départ d'Afghanistan des forces étasuniennes d'humiliation pour Washington, j'avançais l'hypothèse qu'en réalité il ne s'agissait que d'une passation de commandement au cours de laquelle les faucons étasuniens confiaient la garde du chaos afghan à ceux qui avaient été le prétexte de leur intervention initiale en échange d'une exportation du terrorisme salafiste vers les pays non alignés de la région. Farouchement attachés à leur fantasme d'une déroute étasunienne en Asie Centrale, certains se sont moqués, d'autres m'ont même insulté ne supportant pas voir leur pensée unique misérable contestée. 

Or qu'apprenons nous aujourd'hui des services de renseignements russes et kazakhstanais via Konstantin Kosachev, vice-président du Conseil de la fédération de Russie:  

"Au Kazakhstan, des militants du Moyen-Orient et d'Afghanistan opèrent, ils ont déjà encerclé au moins deux emplacements des forces armées kazakhes déployées, leur offrant une résistance professionnelle et efficace. Et ce n'est plus une protestation civile et encore moins le cas intérieur du Kazakhstan. C'est une menace pour nous tous".

Et effectivement, d'autres sources confirment que parmi les membres des groupes armés en action contre le régime Kazakhstanais figurent des jordaniens, des irakiens, des syriens, et autres membres de l'organisation terroriste l'Etat Islamiste, et qui auraient pour beaucoup transité par l'Afghanistan pour venir servir le chaos mondialiste au Kazakhstan.

Aujourd'hui en Russie et dans sa zone d'influence, il n'existe quasiment plus de conflit, révolution ou même protestation sociale qui ne soit pas connecté et même souvent commandité et piloté par des agents étrangers occidentaux, c'est une réalité héritée de la guerre froide mais qui depuis 30 ans s'est intensifié et surtout radicalisé en modes opératoires de plus en plus violents.

Et pour éviter d'être taxé de "complotiste paranoïaque" je citerai ici un rapport de 2019 de la "RAND Corporation" ("Research ANd Development") qui est un think thank stratégique étasunien très influent, et qui proposait une liste d'actions prioritaires pour intensifier la déstabilisation de la Fédération de Russie, en soutenant ou fomentant contre elle et ses alliés des guerres hybrides :

  1. Fourniture d'armes létales à l'Ukraine...                                  Fait  
  2. Soutien aux terroristes en Syrie...                                           Fait
  3. Changement de pouvoir au Belarus...                                     Echec
  4. Aggravation des tensions dans le Caucase du Sud...             Fait
  5. Diminution de l'influence russe en Asie centrale...                  En cours.
  6. Provoquer la présence russe en Moldavie...                           Attendu.

Et les tensions entre Moscou et Washington s'aggravant chaque jour depuis le Maïdan, il est plus que vraisemblable que nous assistions à une recrudescence d'actions violentes organisées autour de la Russie (voire même sur son territoire) dans toute sa zone d'influence, comme aujourd'hui dans le Kazhakstan. 


Evolution de la situation au Kazakhstan :

Pour ce qui est de l'évolution de la situation, les forces de sécurité kazakhstanaises sont à priori en train de reprendre le contrôle du terrain, appuyées par les premières unités d'une force de maintien de la Paix internationale envoyée, à la demande du gouvernement d'Astana, par la Russie, le Belarus, l'Arménie, le Tadjikistan et le Kirghizistan, membres avec le Kazakhstan de l'Organisation du Traité de Sécurité Collective. 

6 janvier 2022 à Alma Ata (Almaty), de violents combats 
avec armes de guerre opposent  les émeutiers à des forces de
sécurité qui nettoient la ville rue après rue, étage après étage.

6 janvier 2022, arrivée des forces russes au Kazakhstan,
par gros porteurs Il 76 et qui sont immédiatement dirigées
vers les points sensibles pour en assurer la sécurité.

Dans Alma Ata (Almaty) les combats entre les forces de sécurité et les émeutiers se poursuivent au milieu de quartiers dévastés par les pillages organisés, et le bilan provisoire très lourd révèle bien une organisation, un équipement et même des tactiques du côté des manifestants qui excluent définitivement la thèse d'un soulèvement populaire spontané :
  • 18 tués et 748 blessés parmi les forces de l'ordre !
  • 30 morts parmi les émeutiers selon le siège de la coordination indépendante,
  • 2298 arrestations, des centaines d'armes saisies,
Après s'être fait initialement surprendre par la tempête de violences jaillissant des manifestations, malgré le limogeage immédiat du gouvernement, la diminution du prix du gaz liquide et son plafonnement, le pouvoir a engagé une riposte à la hauteur des attaques et des pillages subis et qui ont visé autant les structures gouvernementales que la population dot des centaines de magasins, lieux publics, centres culturels etc. ont été pillés et saccagés.

A Alma Ata une équipe de journalistes a été mitraillée a essuyé les tirs d'émeutiers qui ont tué leur chauffeur et blessé un reporter. Ailleurs dans la ville c'est le Directeur adjoint de l'académie des frontières qui a été tué ainsi que plusieurs cadets.

Si les forces de sécurité ont repris le contrôle de nombreux carrefours urbains et bâtiments, la situation reste difficile car de nombreux groupes d'émeutiers organisés continuent de résister et ont bloqué certains quartiers d'Almaty où des fusillades et des explosions continuent jour et nuit (là aussi la logistique militaire des manifestants révèle une préparation bien antérieure aux événements, voire une aide extérieure comme l'observe ci dessus Konstantin Kosachev). Ailleurs, des manifestations ont repris, comme par exemple à Aktau (A l'Ouest sur les bords de la Mer Caspienne) où les manifestants bloquent la route de l'aéroport.

Ici devant le parlement régional d'Aktiobé (Au Nord Ouest du pays)
une voiture bélier (certainement conduite par un de ces "manifestants 
pacifiques" récemment évoqués par l'Union Européenne) fonce sur les 
forces de l'ordre, qui ne tirent même pas, blessant un policier qui est ensuite 
tabassé au sol. Il ne manque plus qu'un BHL, chemise blanche et tignasse au 
ventapplaudissant ces  "glorieux manifestants pacifiques portant les valeurs 
de la démocraties au coeur d'un dictature sanguinaire" (Maïdan 2014) pour
signer ce nouveau simulacre de révolution populaire aux portes de la Russie.


L'Etat major qui dirige l'Etat d'urgence appliqué à tout le pays et coordonne l'opération antiterroriste a annoncé que "ceux qui refusent de déposer les armes seront détruits". Dans la capitale Nur Sultan (ex Astana) les bâtiments gouvernementaux sont désormais sécurisés au maximum 

Les forces de réaction rapide des pays de l'OTSC (Organisation du Traité de Sécurité Collective) dont l'assistance urgente a été demandée par le président Kassym-Jomart Tokaïev continuent d'être déployées sur les centres névralgiques du pays (dépôts, centres industriels, aéroports, stations de communications...). 5000 parachutistes russes sont déjà arrivés, d'autres unités russes mais aussi belarusses, kirghizes, arméniennes et tadjikes viennent renforcer ces casques bleus dont la mission de maintien de la paix durera "aussi longtemps que nécessaire".

Vraisemblablement, lorsque l'Etat de droit sera rétabli et que les réseaux et soutiens étrangers des manifestations auront été prouvés, le Kazhakstan va entrer dans une nouvelle période géopolitique dont le premier acte sera de foutre à la porte du pays toutes ces organisations du soft power étasunien que la cupidité de Nazarbaiev a laissé venir semer leurs graines subversives russophobes.

Quand aux parrains occidentaux et leurs larbins ukrainiens, je ne doute pas un seul instant qu'ils poussent des cris d'orfraie dès qu'apparaitront le visage tuméfié d'un émeutier kazhak, ou les casques de soldats russes protégeant un carrefour...

Peu importe, le Kazhakstan ne rejoindra pas leur funeste tableau de chasse et mieux encore il est devenu un avertissement pour toute nouvelle tentation mondialiste du côté du Belarus ou de l'Ukraine par exemple...

Erwan Castel