Affichage des articles dont le libellé est ANALYSE MILITAIRE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ANALYSE MILITAIRE. Afficher tous les articles

mardi 26 avril 2022

"C'est en forgeant que l'on devient forgeron"

Voilà 2 mois que l'Europe est meurtrie par un nouveau conflit symétrique de haute intensité et dont la cinétique est en passe de devenir incontrôlable du fait des obstinations idéologiques occidentales vis à vis de la Russie et de l'aveuglement des populations européennes complétement hypnotisées et asservies par une doxa mondialiste totalitaire.

Loin des imposteurs propagandistes qui, s'enivrant de leurs fantasmes manichéistes jusqu'à y croire, veulent nous persuader que l'armée russe est la meilleure armée du Monde (comme le courtisan Moreau) ou que l'armée ukrainienne est en train de gagner la guerre (comme le collabo Tyleman), je vais jeter ici, et sans prétention aucune, quelques observations réalisées depuis deux mois et qui appartiennent une réflexion insoumise entamée il y a plus de trente ans.


1 / La guerre est géopolitique

"L'art de la guerre", ainsi que décrivait le stratège chinois Sun Tsu il y a 25 siècles les conflits militaires tissant l'Histoire humaine, n'est ni une science exacte ni une connaissance théorique mais un domaine exclusivement empirique et complexe, car dépendant du terrain, de la volonté, de la technologie, de la politique, de la psychologie, du courage... et de la chance également.

L'Histoire militaire nous enseigne depuis l'antiquité que toute armée "qui se repose sur ses lauriers", fantasmes, théories et autres propagandes fumeuses, est condamnée à se réveiller dans la douleur de revers et de défaites militaires graves, et que les français se souviennent à ce titre de l'humiliation militaire subie en 1940. 

Depuis 2 mois, les populations européennes, hypnotisées par 2000 années d'occidentalisme fantasmé, semblent découvrir sous le choc médiatique ce conflit russo-ukrainien qui pourtant couvait depuis 8 années comme un volcan dont la tectonique en éveil alerte de son éruption prochaine. Pourtant ce séisme militaire n'est pas surprenant sous notre Soleil et pour s'en convaincre il suffit de prendre un peu de recul historique, de hauteur géopolitique et surtout de reconquérir la sagesse des anciens.

Le grec Thucydide, un contemporain européen de Sun Tzu avait définit il y a 25 siècles déjà les principes de la géopolitique universelle qui fait se mouvoir les relations politiques, économiques, culturelles humaines jusqu'à, parfois, leurs paroxysmes militaires. Thucydide dans ses livres, à la fois philosophiques, poétiques et historiques, souligne entre autres concepts toujours d'actualité:

  • Les oppositions universelles entre la vision réaliste de l'Etre (Métis, la tempérance) et l'idéologie fantasmée de l'Avoir (Hubris, la démesure), 
  • La dynamique dangereuse des alliances pourtant nécessaires mais qui entraîne les guerres vers leurs extensions mondiales,
  • La dérive de la puissance qui, au prétexte de sa protection offerte, impose aux peuples une soumission totale au pouvoir qui la détient,
  • La rivalité entre la Mer et la Terre, les thalassocraties marchandes et les royaumes continentaux, entre la force militaro-économique et le droit de la cité... 

Et si l'on prolonge la pensée de Thucydide, que bien d'autres penseurs ont repris jusqu'à nos jours comme par exemple le sociologue polonais Zygmunt Bauman dans sa métaphore de l'opposition entre "société liquide" et "société solide" critiquant l'Hubris néo-libéral, on s'aperçoit qu'elle est plus que jamais d'actualité dans cette géopolitique, qui depuis des siècles se cristallise autour de la Mer Noire, ce "pivot stratégique de l'Europe" comme l'appelait justement le néolibéral Zbigniew Brzeziński.

On ne peut comprendre ce conflit russo-ukrainien sans le mettre préalablement en perspective de cette géopolitique universelle qui seule permet d'en définir les véritables enjeux et menaces: 

  • Washington et son mondialisme ont remplacé son impérialisme mais toujours dans un Hubris marchand et liquide pour lequel les identités "non alignées" et concurrences économiques ne sont que des ilots à submerger. De même Moscou est devenu la nouvelle Sparte, cité continentale défendant ses traditions et ses identités civilisationnelles dans une notion d'Empire solide défini par la réalité de son sanctuaire et son Histoire et opposée à l'idéologie impérialiste fondée sur des fantasmes hors sol.
  • Dans cette confrontation entre Moscou et Washington, le contrôle de la Mer Noire qui depuis le XVIIIème siècle est l'obsession militaro-commerciale des uns et des autres (à l'époque les empires britannique et russe) est redevenu un enjeu majeur prioritaire, que ce soit pour l'OTAN, qui veut encercler militairement la Russie ("stratégie du Containment"), que pour Moscou qui veut protéger sa zone d'influence sécuritaire qui ici lui est vitale faute de profondeur stratégique occidentale.
  • Après l'échec occidental à vouloir récupérer la Crimée et sa base stratégique russe de Sébastopol (objectif majeur du Maïdan), Washington a commandité la guerre contre le Donbass russe  puis, l'a entretenu par des violations quotidiennes des accords de Minsk tout en la maintenant dans les tranchées militaires et diplomatiques pour ne pas discréditer outrancièrement la junte ukrainienne et, poursuivre une militarisation atlantiste factuelle du pays qui conduirait inévitablement la Russie à réagir violemment.

Pour résumer, la préemption politique de l'Ukraine par la ploutocratie mondialiste est d'abord et avant tout un enjeu stratégique pour son hégémonie militaro-industrielle autant qu'elle est une menace existentielle pour la Fédération de Russie. Ce que les européens ne devraient pas oublier c'est que  lorsqu'il s'agit de sauver sa peau tous les coups son permis, car ils risquent de payer très cher cette stratégie agressive de l'OTAN ordonnée par des faucons de guerre amoraux qui sont aux antipodes du vieux continent.


 2 / La guerre est empirique

Oui, les forces russes ont rencontré des difficultés tactiques et organisationnelles sensibles, et Non, les forces ukrainiennes ne sont pas en train de gagner ce conflit militaire avec la Russie.

Et pour plusieurs raisons : 

D'une part un conflit symétrique et d'une telle intensité ne peut être conclu en quelques semaines et même en quelques mois , sauf capitulation et d'autre part il n'y a pas eu de précédent depuis près de 80 ans et donc des surprises, positives ou négatives, sont inévitables ainsi que la nécessité de réaliser une réévaluation doctrinale en cours d'action pur les 2 belligérants au regard du rapport "coût / bénéfice" de leurs décisions stratégiques et actions tactiques. C'est ainsi dans toutes les guerres (et plus généralement dans toute les actions risquées de l'existence): rien ne se passe généralement "comme prévu" et l'atteinte des objectifs ne dépend souvent que de la faculté à analyser et s'adapter rapidement aux nouvelles situations. Et paradoxalement l'échec est souvent la meilleure école dès lors que l'obstination ne le conduise pas à la défaite.

Ainsi si on regarde les opérations militaires russes des dernières décennies on constate que ses grandes réformes ont été déclenchées au lendemain de difficultés rencontrées sur le terrain :
  • Modernisation des armements suite aux enseignements de la guerre en Afghanistan,
  • Modernisation des procédures tactiques après l'échec de la 1ère guerre de Tchétchénie,
  • Modernisation de la logistique suite aux problèmes vus lors de la guerre en Géorgie,
  • Modernisation de la doctrine du combat urbain suite aux opérations menées en Syrie...

Lorsque l'Etat-Major russe lance ses opérations militaires en Ukraine ce 24 février 2022, pour mettre fin à la guerre dans le Donbass, imposer une neutralité de l'Ukraine et porter un coup d'arrêt à l'extension territoriale de l'OTAN, on peut observer une stratégie d'autant plus ambitieuse que les forces qui lui sont consacrées (env. 150 000 hommes) semblent être relativement faibles par rapport à l'étendue du théâtre d'opérations (2000 kilomètres entre Kiev et Kherson), les forces en présence (260 000 soldats ukrainiens plus 300 000 réservistes rappelés), ainsi que le coefficient du rapport de force "assaillant / défenseur" qui donne toujours un avantage à ce dernier.

Loin de moi l'intention de juger les décisions de l'Etat-Major russe, leurs objectifs politiques, leurs pertinences stratégiques, car d'une part je ne dispose pas de toutes les données qui de plus sont noyées dans le brouillard de guerre des secrets opérationnels autant que des mensonges propagandistes mais de relever des difficultés qui semblent être la conséquence d'évaluations initiales erronées où visiblement des capacités russes ont été surévaluées tandis que des capacités ukrainiennes ont été sous-évaluées.


Y a t-il eu un problème d'évaluation russe ?

Oui et non :

Tout d'abord, il faut rappeler à ceux qui jubilent ou dépriment devant les blindés avions et soldats russes détruits que ce n'est que la dure réalité d'un conflit symétrique de haute intensité qui comme son nom l'indique bien est émaillé de pertes sensibles voire de revers des deux côtés du front jusqu'à les dieux des batailles décident à qui donner les lauriers de la victoire finale. 
 
De même il est malhonnête de faire un focus uniquement sur des pertes subies par l'un des belligérants et de cacher celles subies par l'autre. Cela relève du crétinisme propagandiste qui à l'heure de l'hypercommunication des réseaux internet est totalement abscons et même contre productif !

Voilà pourquoi, pour ne pas rentrer dans le jeu des masturbations propagandistes je ne donnerai aucun chiffres des pertes ukrainiennes ou russes subies, sachant de surcroit qu'aucun de ceux communiqués n'est réel, brouillard de guerre oblige.

Colonne de blindés russes détruits dans une embuscade antichar ukrainienne
à Dmytrivka, à l'Ouest de Kiev, le 2 avril 2022.

Le fait est qu'après 3 semaines d'opérations militaires globalement réussies sur le plan des destructions occasionnées aux forces ukrainiennes, l'Etat-Major russe a été obligé de réorienter sa stratégie et même de réorganiser ses articulations tactiques: 

Vladimir Poutine a nommé cette intervention armée visant à démilitariser l'Ukraine "Opération miliaire Spéciale" ce qui sous entend une doctrine stratégique différente de celle d'une guerre totale menée contre un pays (voir § suivant), laissant notamment la porte ouverte à un retour aux négociations politiques autour des objectifs désignés. Par conséquent 'Etat Major russe a défini des moyens, des cibles et des procédures mesurées qui veulent rester liées à la politique internationale et sécuritaire de la Russie et dans son espace régional frontalier. 

En limitant clairement ses moyens sur le terrain Moscou voulait maintenir sa stratégie : 
  • A sa zone d'influence sécuritaire frontalière qu'elle veut voir légitimement rester politiquement et militairement neutre face à un impérialisme occidental libéré par l'effondrement soviétique.  Rappelons ici que ces revendications russes sont:
rappelées à chaque expansion de l'OTAN... mais en vain, depuis 1991, date où elles avaient été pourtant actées entre Washington et Moscou à l'occasion des discussions autour de la réunification allemande,  
  
- alertées... mais en vain, depuis 2008, lorsqu'au sommet de Bucarest, l'OTAN annonce sa volonté d'intégrer l'Ukraine et la Géorgie.et malgré une première réaction militaire russe en Géorgie), 
 
- martelées... mais en vain, depuis 2014, après le coup d'Etat du Maïdan commandité par Washington et provoquant la sécession de la Crimée et la guerre du Donbass, pour laquelle les accords de paix n'ont jamais été respectés par Kiev,

- exigées...  mais en vain, depuis décembre 2014, par une proposition de traité de sécurité collective, après que l'imminence d'un offensive de Kiev dans le Donbass et la militarisation atlantiste accélérée de l'Ukraine aient été confirmées 

militarisées finalement depuis le 24 février, suite à un nouvel échec de la diplomatie russe à les faire respecter par Washington (qui pourtant les exige pour son espace) et l'obstination de l'Ukraine russophobe à vouloir entrer dans l'OTAN, 

  • A des opérations militaires dont les objectifs sont de mettre fin à un conflit local (Donbass) et surtout éviter que ce conflit régional devienne total risquant ainsi d'évoluer vers une guerre mondiale,
  • Dans un mode opératoires privilégiant les frappes de précision plu tôt que les bombardements massifs afin de préserver autant que possible les populations civiles prises entre les deux feux (d'où la priorité donné aux corridors humanitaires)
  • A un option n'impliquant pas l'engagement radical de la société civile russe dans le conflit (mobilisation générale, économie de guerre...), ce qui impose de mettre entre parenthèse le contrat social de la gouvernance.

Sauf que, 2 mois après le début des opérations militaires russes, force est de constater qu'elles évoluent malgré tout (sauf capitulation improbable  de Kiev) vers un conflit régional de haute intensité et de longue durée dont les perspectives mondiales ne sont pas écartées.


Il y a bien sûr un succès évident à ces opérations militaires russes dans leur objectifs de démilitariser l'Ukraine car les frappes russes réalisées au cours du premier mois ont détruit environ 70% de ses ressources stratégiques (dépôts divers, centres de commandement, parc aérien, usines d'armement etc) empêchant ainsi les forces de Kiev, et malgré leur supériorité numérique, d'engager des contre offensives majeures ou simplement de reprendre l'initiative.

Cependant les objectifs russes n'ont pas été tous atteints : le régime de Kiev n'a pas capitulé, l'OTAN n'a pas renoncé (au contraire), et les forces ukrainiennes ont encaissé le choc initial et même engagé un certaine résistance grâce à des combats d'attrition s'appuyant sur une techno-guerrilla antichar et une défense urbaine dans la profondeur, lesquelles n'ont été rendues possibles que grâce aux formations, aux aides logistiques et à l'engagement du renseignement stratégique de l'OTAN qui depuis avril exponentialise quantitativement et qualitativement ses aide, risquant ainsi de provoquer une extension internationale du conflit.

Ceci et cela a donc conduit l'Etat Major russe à une réévaluation des situations tactiques pour une réorientation de la stratégie 

La première dichotomie observable est le rapport initial entre l'étendue des secteurs militaires traités et la faiblesse des moyens qui leur ont été consacrés, et cette contradiction a été exacerbée par plusieurs difficultés rencontrées par l'Etat major russe:

1 /  Résistance tactique et mentale des forces ukrainiennes qui a été sous évaluée,

2 /  Captation d'effectifs et de moyens importante autour des villes assiégées,

3 /  Rigidité verticale et lente d'une coordination éclatée sur 3 districts militaires,

4 /  Faiblesse persistante de la chaîne logistique russe au delà des 100km,

5 /  Manque d'infanterie pour des engagements urbains ou forestiers sécurisés,

6 /  Modernisation inachevée du champ de bataille terrestre (numérisation, guerrélec), 

Je pense que les difficultés rencontrées et les pertes subies par les forces russes en Ukraine (il faut être idiot pour raconter comme certains que "tout va bien") sont logiques et la conséquence de plusieurs paramètres connus:

  • C'est la première apparition pratique d'un conflit symétrique de haute intensité et il est normal qu'elle bouscule certaines certitudes et théories échafaudées par les stratèges depuis 80 ans,
  • Une sous évaluation des capacités militaires ukrainiennes qui, contrairement au fantasmes pro-russes propagandistes, ont été très nettement améliorées en formation et équipement par l'OTAN,
  • Une sous évaluation de la mentalité ukrainienne qui a subi par le lobby consumériste occidental un lavage russophobe de cerveaux, progressif depuis son indépendance et accéléré depuis le Maïdan,
  • Une surévaluation des capacités militaires russes qui ont montré la persistance d'un atavisme structurel paralysant dans une rigidité de commandement verticale les initiatives horizontales imposées par la guerre moderne,
  • Des contraintes budgétaires (où interviennent peut-être les sanctions) qui ont obligé le Kremlin a modernisé en priorité ses forces stratégiques et de précision (aviation, missiles, forces spéciales) au détriment des forces conventionnelles à la traîne,
  • Un manque d'encadrement de terrain, officier et surtout sous-officiers formés à être autonomes dans les évaluations et prises de décisions tactiques (conséquence de la rigidité structurelle verticale évoquées précédemment).
Pour rééquilibrer ce tableau, je pense pour ma part que Moscou a également aussi limité  qualitativement son engagement militaire en Ukraine, gardant ses meilleures atouts militaires modernes en réserve pour l'éventualité d'une extension internationale du conflit, scénario que l'Etat Major russe a certainement envisagé et étudié. 
Et aujourd'hui, tant la contraction des opérations militaires dans le Donbass que les renforts russes minimum envoyés en Ukraine (une dizaine de Bataillons Tactiques Interarmes) me font penser que la Russie pour ne pas tomber dans un trou noir ukrainien aspirant ses forces a également engagé une guerre d'attrition, à la fois contre l'armée ukrainienne toujours paralysée par ses frappes stratégiques mais également contre la logistique des forces de l'OTAN dont elle sait, pour certaines aides accordées à Kiev, qu''elles ont été obligées de puiser dans leurs stocks stratégiques (pour le missile antichar "Javelin" par exemple).

Pour illustrer ces quelques remarques, j'évoquerai le secteur d'Izioum (Nord du Donbass) où plusieurs unités russes se sont fait clouer dans des embuscades antichars où dans des frappes de mortiers parce qu'elles arrivaient en colonne aux abords de zones forestières ou urbaines non reconnues. Après plusieurs revers, l'envoi d'unités d'infanterie organisées en petits groupes autonomes et équipés sont parvenues à casser les défenses ukrainiennes en s'adaptant à leur fluidité et dispersion. La rapidité et l'initiative, remplaçant la masse, ont permis aux forces russes de s'emparer de ce secteur clé qui était pourtant très bien défendu. Et la même réflexion peut être faite concernant l'emploi des forces spéciales tchétchènes dans la bataille de Marioupol. 


Du côté ukrainien, force est de constater que l'OTAN a su engager une réforme très importante des forces de Kiev, sur les enseignements de ses revers subis en 2014-2015 dans le Donbass où leurs groupes blindés ont été écrasés par seulement quelques bataillons. Ces réformes ont bien sûr porté sur des éléments visibles dans les sources ouvertes comme par exemple les livraisons des matériels occidentaux, mais aujourd'hui au vu de la réactivité des unités ukrainiennes on peut déceler les autres réformes structurelles et doctrinales qui ont été engagées depuis 8 ans comme par exemple :
  • réforme des organigrammes des petites unités pour plus de mobilité,
  • modernisation d'un corps de sous-officiers formé pour développer l'autonomie,
  • nouvelles procédures d'emploi des composantes antichars, antiaériennes... 
  • généralisation de l'emploi des drones d'observation jusqu'au niveau tactique,
  • développement de réseaux logistiques alternatifs et camouflés,
  • entrainement aux combats en zone urbaine etc.
A ces réformes militaires il faut également souligner les réformes plus psychologiques tel que la communication ouverte, la propagande nationaliste, l'intoxication occidentale (russophobie, "american way of life"...)... qui participent à la motivation du soldat sans laquelle la modernisation du champ de bataille ne sert à rien.


Concernant le secteur de Kiev

Mais cette adaptation n'est possible que dans un maintien d'une stratégie globale et la limitation des moyens qui lui sont dédiés, voilà pourquoi l'Etat Major russe a préféré quitter le secteur Nord (de Kiev, Tchernigov et Soumy) lequel est militairement secondaire malgré un enjeu politique évident dont les objectifs (capitulation) n'ont pas été atteints.  Et plutôt que de se maintenir dans ce secteur Nord au prix de renforts importants l'Etat Major russe a préféré se réorienter sur la priorité de ses opérations, à savoir la libération totale du Donbass laquelle n'exclut pas ensuite un retour vers Kiev après la prise de Kharkov ou Odessa. 

Peut-être aussi assiste t-on avec ce départ du secteur Nord à un bluff stratégique russe visant à dégarnir les défenses de Kiev au profit du front central (ce qui a déjà commencé avec l'envoi d'au moins 5 brigades vers Kharkov et Pavlograd), et à y faire revenir le gouvernement, 

Pour faire une précision sur ce retrait russe de Kiev il est complètement débile, comme le prétendent certains propagandistes ukro-atlantistes, de prétendre que ce sont les forces ukrainiennes qui ont repoussé les forces russes, et pire que ces dernières avaient l'intention de capturer Kiev (une mégapole de plus de 800 km2) avec seulement 20 000 hommes.

Incontestablement, même si la dissuasion stratégique russe non nucléaire n'a pas
convaincu les ukro-atlantistes d'abandonner leurs ambitions aux frontières de la
Russie, cette dernière a démontré l'efficacité de ses armes de dernière génération
dont les puissances, portées et précisions lui permettent d'opérer des destructions 
dans la profondeur ennemie et de paralyser des forces numériquement supérieures.


Vers une réorganisation stratégique et tactique russe 

Une fois les forces russes retirées du secteur Nord, on a pu observer des changements structurels dans la conduite des opérations militaires qui sans nul doute ont tenu compte du retour d'expérience des premières semaines du conflit: 

Lieutenant-Général Alexandre Dvornikov

Tout d'abord les forces russes, sur le théâtre d'opérations ukrainien sont passées en la personne du Lieutenant-Général Alexandre Dvornikov sous un commandement unifié afin d'améliorer leur coordination à la fois sectorielle mais aussi interarmes. 
Cet officier russe de 60ans se révèle avoir une solide expérience militaire et notamment concernant la guerre urbaine qu'il a pratiqué en Tchétchénie et en Syrie, et qui s'est imposée à nouveau en Ukraine comme le principal champ de bataille des opérations
Mais surtout il est depuis 2016 le Commandant en chef du district militaire Sud dont dépendent les secteurs Sud et Centre des opérations militaires en cours. Il était donc normal en dehors de toutes les élucubrations entendues à son sujet qu'il soit choisi pour ce poste de général en chef des forces russes en Ukraine.

Concernant les opérations militaires, il est faux de prétendre que le Kremlin a revu à la baisse ses objectifs géopolitiques mais que simplement, ne voulant pas mettre plus de moyens que de raison dans ce théâtre d'opérations; il a demandé à son Etat Major:
  • De séquencer les objectifs militaires en donnant une priorité à la libération de l'ensemble des territoires du Donbass laquelle peut être longue du fait du nombre de villes industrielles organisées en bastions défensifs (environ une dizaine) et de la présence du corps de bataille ukrainien le plus important, le mieux formé et aguerri; et dont la destruction constituera une défaite très importante pour Kiev, tant politique que militaire.
  • D'intensifier les bombardements de précision visant les ressources stratégiques et militaires ukrainiennes mais aussi de les étendre à l'ensemble du réseau ferroviaire et routier civil qui avait été épargné pour les réfugiés en partance vers l'Ouest  mais qui aujourd'hui devient le réseau d'approvisionnement logistique des forces ukrainiennes et notamment celui des aides militaires occidentales qui leur parviennent.
  • De réorganiser les Groupes Tactiques InterArmes russes appelés BTG, qui jusqu'ici laissaient les villes de côté dans des encerclements, en les renforçant avec plus d'infanterie et des forces spéciales nécessaires et adapter pour sécuriser les assauts urbains. Un BTG renforcé c'est environ 800 hommes avec de l'artillerie, des blindés, de l'infanterie, du génie combat, des systèmes antiaériens... lui conférant un autonomie.
  • De renforcer la chaîne logistique  avant de poursuivre les progressions dans la profondeur, et c'est pour cela entre autres raisons que La prise de Marioupol etait un objectif majeur, car désormais elle offre à l'Etat Major russe un port et un aéroport, une voie directe jusqu'à Rostov sur le Don qui vont augmenter considérablement len vitesse et quantités la logistique pour le front Sud du Donbass.

L'école du terrain

Mais le plus grand changement qui a été opéré depuis deux mois (et cela est valable aussi à moindre mesure pour les forces ukrainiennes) c'est l'expérience du combat acquise par les forces russes engagée dans ces opérations militaires. Mon chef d'escadron me disait qu'une mission opérationnelle en territoire hostile valait souvent une année de formation et souvent la remplaçait en terme d'efficacité opérationnelle acquise.


A Marioupol, les mouvements des soldats sont devenus plus "félins" et leurs regards plus attentifs, les instincts se sont aiguisés, les ordres se sont raréfiés, chacun connaissant maintenant son rôle dans l'action de plus en plus franche.

Si les "RetEx" (retour d'expérience) donnent souvent lieu à des remue méninges dans les Etats Majors, pour le soldat du terrain ils sont directement distillés dans ses muscles, ses sens et son instinct, et c'est ici que s'opéré sans nul doute la plus importante évolution empirique du combat et qui donne aux soldats restés debout les armes de la Victoire finale ! 

 
3 / La guerre est cinétique

 
Lorsque Moscou engage la solution militaire pour résoudre la menace ukrainienne il est bon de rappeler que, dans les jours précédents :
  • Du côté de Washington, non seulement la proposition d'un traité de sécurité collective exprimée à plusieurs reprises par le Kremlin (à Washington puis devant l'ONU, l'OTAN, l'OSCE) venait d'être rejetée catégoriquement et sans aucune explication, mais que l'OTAN venait depuis le 17 janvier de mettre en place un pont aérien délivrant quotidiennement aux forces ukrainiennes des dizaines de tonnes d'armes et de munitions.
  • Du côté de Kiev, ses forces déployées dans le Donbass venait non seulement d'intensifier leurs bombardements contre les populations de Donetsk et Lugansk depuis le 12 février mais que surtout, par la voix de son président Zelensky, confirmait publiquement que Kiev ne respecterait pas les accords de Paix, maintiendrait sa demande d'intégration dans l'OTAN et, "cerise sur le gâteau", doterait son armée de l'arme nucléaire.
Dès lors, même si la réaction militaire russe peut paraître à certains violente (mais n'est-ce pas finalement la définition d'une action militaire ?), il n'en demeure pas moins qu'elle intervient après 8 années d'échecs diplomatiques russes à vouloir amorcer les accords de Minsk et contre des menaces existentielles pesant sur les populations du Donbass autant que sur les grands centres névralgiques russes occidentaux. 


La problématique des actions occidentales 

D'un part à cause de leur repli dans les bastions urbains et des aides occidentales continuelles qui compensent et parfois augmentent en qualité les matériels détruits, les forces ukrainiennes disposent encore de capacités antichars et antiaériennes performantes et difficiles à détecter et détruire préventivement car elles s'appuient aujourd'hui sur des moyens portatifs légers dotant l'infanterie comme le missile antiaérien britannique STARStreak (portée 8km, vitesse Mach3) ou le missile antichar "Javelin" (portée 2500m).. 

Alors que dans la phase initiale des opérations, la priorité donnée à la vitesse, aux dépens de la prudence, avait donné lieu à des pertes sensibles aux lisières des villes et des forêts, on observe pour la phase suivante démarrée depuis 1 semaine, un net ralentissement volontaire des progressions russes, qui privilégient désormais la sécurité autant que l'efficacité. Ceci est visible par exemple dans les derniers combats pour Marioupol ou les progressions ont été menées lentement et pour les attaques de l'aviation russe les positions d'Avdeevka (Nord de Donetsk) dont les passes des chasseurs Sukhoï sont réalisées à haute vitesse et très basse altitude pour surprendre et jamais doublées pour éviter la riposte antiaérienne alertée.

Mais ces aides occidentales, dans leurs croissances quantitative et qualitative, risquent de devenir à terme un nouveau problème devant lequel les forces russes devront s'adapter, notamment lorsqu'arriveront sur le champ de bataille les chasseurs MIG 29 polonais, les chars de combat roumains, les obusiers français les drones étasuniens, les véhicules de combat d'infanterie allemands ou les systèmes antiaériens britanniques pour ne citer que quelques exemples des "cadeaux" fournis par 35 pays de l'OTAN et du G7. Il faudra pour l'Etat Major russe intensifier, diversifier et étendre ses attaques aériennes jusqu'aux frontières de la Pologne et de la Roumanie, et probablement, si un jour prochain un missile de croisière livré par le Pentagone frappe une ville russe, attaquer directement les ressources de l'OTAN qui auront été impliquées ((bases et dépôts logistiques en Pologne ou satellites militaires par exemple).

Il y a un mois je ne serais pas permis ce scénario, mais aujourd'hui  devant la démesure des aides occidentales qui ne cherchent - comme de coutume - qu'à provoquer une riposte russe inévitable, je commence à le croire plausible.

Vers une internationalisation territoriale du conflit 

Dans la doctrine stratégique russe il existe 3 types de conflits militaires : local, régional et mondial les deux premiers pouvant évoluer facilement vers le suivant, notamment si viennent s'y greffer sous forme de conflits asymétriques, des proxys manipulés de l'extérieur dans une mécanique d'alliances militaires internationales. 

Ainsi le conflit local du Donbass, devenu régional depuis deux mois continue sa progression vers une guerre mondiale par la seule servilité politique de Kiev aux intérêts de Washington et renforcée par sa dépendance économique totale au système économique mondialiste. Ett on peut observer que cette attitude est partagée par la grande majorité des pays occidentaux  qui forment l'ossature de l'OTAN et du G7.

Lorsque la guerre était "le prolongement de la politique par d'autres moyens" il était encore possible de revenir à la table des négociations assez facilement, mais dès lors que la guerre n'est plus que le prolongement de l'économie par d'autres moyens, l'intérêt financier qui par définition est amoral a remplacé définitivement la raison politique, surtout depuis que la propagande de guerre, en diabolisant l'adversaire, le rend systématiquement et totalement infréquentable comme le serait n'importe quel chef terroriste international. et je fais le pari qu'à partir de cette guerre russo-ukrainienne une "reductio ad Putinum" deviendra l'ultima ration de la bien pensance en lieu et place de la "reductio ad hitlerum" qui est d'autant plus inappropriée que cette doxa dominante soutient désormais une résurgence du nazisme en Europe.

Au lendemain du déclenchement de l'opération militaire ukrainienne contre le Donbass
j'avais trouvé ce dessin pour illustrer ma conviction que ce nouveau séisme au bord de
la Russie nous conduirait à un cataclysme Mondial. J'aurais préféré m'être trompé...

Ce 25 avril, Sergeï Lavrov, le chef de la Diplomatie russe a alerté l'opinion internationale sur cette escalade militaire exacerbée par les aides militaires occidentales exponentielles à l'Ukraine, soulignant que "le risque de Troisième guerre mondiale est réel".

Pendant les 20 dernières années, tandis que l'OTAN poursuivait inexorablement sa reptation vers elle, la Russie a tout fait pour combler les trous dans sa raquette défensive qui étaient la conséquence de plus de 10 ans de délabrement politique moscovite d'abandon militaire et de corruption monstrueuse, Washington a vu les progrès impressionnants des armements russes qui permettent depuis 2008 des réactions également de plus en plus fortes du Kremlin face à l'hégémonie de l'OTAN. Voilà pourquoi les faucons de Washington pressés par leur propre effondrement économique, ont décidé de jouer le tout pour le tout et d'ouvrir en 2014 un conflit purulent sur le flanc occidental  de la Russie en ordonnant à leurs auxiliaires de Kiev d'y jeter du sel pour que jamais ne s'accomplissent les accords de paix signés à Minsk..

Aujourd'hui, après cette première étape impérialiste géopolitique au cours de laquelle le conflit local et asymétrique du Donbass a été joué, l'Hubris occidental est entré une deuxième étape militaire, cette fois régionale et symétrique et où apparait déjà une dimension internationale avec une OTAN déjà engagée contre la Russie sur le plan de la logistique et du renseignement militaires. 

Mais en cherchant à rééquilibrer le rapport des forces technologiques actuellement défavorable à l'Ukraine par un rééquipement énorme dans des types de matériels détruits (artillerie aviation...) et jusqu'à vouloir saturer le champ de bataille avec certaines armes comme par exemple les missiles antichars et antiaériens modernes, les occidentaux basculent sciemment vers une mondialisation du conflit. Et ce n'est pas Poutine qui l'a dit en premier mais Biden lui-même qui, commentant l'idée de la Pologne de livrer ses Mig 29 à Kiev, avait refusé arguant du fait que "cela serait considéré comme un "casus belli" par Moscou" (et les Mig 29 avaient même été rapatriés sur la base de Ramstein en Allemagne).

Ne nous y trompons pas: toutes ces perfusions logistiques hallucinantes envoyées aux forces armées ukrainiennes par Washington et ses laquais ne cherchent pas à sauver le régime de Kiev ou je ne sais quel fantasme démocratique hypocritement agité au dessus des troupeaux occidentaux. Le fait est que Biden n'en a strictement rien à faire des pertes ukrainiennes (et même européennes), tant que leur sacrifice est utile au business étasunien de l'armement et des énergies et sert la stratégie d'affaiblissement économique et militaire de la Russie.

Voilà pourquoi la troisième étape de cette spirale infernale sera l'engagement direct et progressif des forces de l'OTAN dans le conflit, engagement qui peut-être considéré comme déjà amorcé avec ce soutien du renseignement stratégique occidental au profit des forces ukrainiennes au combat et augmenté cette semaine de 7 avions de recherche électronique supplémentaires. D'ailleurs il est aujourd'hui plus que probable qu'un avion de reconnaissance de l'US Air Force P8 "Poséidon" qui était en mission aux mêmes moment et secteur ait joué un rôle dans l'attaque contre le croiseur-amiral Moskva ce 13 avril 2022 au large d'Odessa. 



A noter également dans le menu des provocations russophobes organisées les incidents actuels en Transnisstrie (pro-russe) et Moldavie (pro-UE) qui risquent de voir une première internationalisation du conflit du fait de la présence d'un groupe opérationnel russe à Tiraspol (1500 hommes) et de la politique atlantiste de Chișinău 

Comme d''habitude Washington flirte avec la ligne rouge, agit par procuration ou faux drapeau, pour provoquer étape par étape la Russie qui, devant le chaos organisé à ses frontières n'a pas d'autre choix (quitte à endosser le masque médiatique du méchant) que de frapper haut et fort appliquant l'enseignement de Machiavel :

"On ne doit jamais laisser se produire un désordre 
pour éviter une guerre ; car on ne l'évite jamais, 
mais on la retarde à son désavantage." ("Le Prince")


En conclusion

Comme le rappelait le Docteur Adam Leong Kok Wey il y a un mois, faisant référence lui aussi au bien aimé Thucydide, les opérations militaires russes en Ukraine ont été motivées par  "la Peur, l'Intérêt, et l'Honneur" cette trilogie qui opposa dans le Péloponnèse Sparte à Athènes et leurs alliés...  il y a 25 siècles.
  • La peur de voir l'OTAN atteindre ses frontières occidentales, plaçant ainsi Moscou à moins de 5 minutes des missiles stratégiques de Washington,
  • L'intérêt de conserver sa position stratégique et économique en Mer Noire et même de la renforcer par un cordon littoral jusqu'à Odessa,
  • L'Honneur pour la Russie de défendre sa place et sa vision du Monde laquelle est largement plébiscité par les peuples de la Fédération,
On peut appliquer la même trilogie pour motiver la stratégie étasunienne sauf que cette dernière est dans une dynamique hégémonique tandis que la stratégie russe (malgré la réalité des des opérations militaires) est bien dans une position défensive existentielle, voilà pourquoi elle ne peut que gagner cette nouvelle guerre, et une fois encore dans l'Histoire, européenne ensanglantée, quel qu'en soit le prix !

A l'heure d'aujourd'hui, il devrait y avoir des millions d'européens manifestant chaque jour dans les rues en faveur de la Paix, mais il n'en est rien comme depuis ces 8 dernières années de bombardements dans le Donbass. Et leur veulerie, leur insouciance, leur apathie, leur servilité, leur idiotie... que sais-je encore, sont de facto un blanc seing donné aux fous furieux qui dirigent l'Occident. Pire que cela, lorsque des voix s'élèvent dans les théâtres politico-occidentaux, c'est pour hurler contre Poutine et glorifier les fanatiques nazis du régiment Azov. 

La fin du cycle occidental est décidément bien pathétique mais il reste à espérer que l'Europe renaisse un jour lointain des cendres de l'Occident ! 

Erwan Castel

"On fait la guerre quand on veut, 
on la termine quand on peut."
Machiavel 




samedi 9 avril 2022

S'adapter pour vaincre

Voici un nouveau rapport de situation militaire générale que j'ai voulu extraire des gangues propagandistes pro-Kiev et pro-russes de plus en plus stupides et mêmes contreproductives pour les parties prenantes qu'elles prétendent soutenir, car lorsque les mensonges et les fantasmes sont répétés de façon caricaturale, ils crédibilisent l'ensemble des pertinences et vérités qui sont exprimées et jusqu'à leurs auteurs.

Loin des délires des BFM-TV ou STRAPOL je donne ici quelques données factuelles et opinions personnelles non fantasmées concernant la situation du conflit russo-ukrainien qui a prolongé depuis le 24 février celui du Donbass pour la résolution duquel Moscou a été contraint à choisir l'option militaire.

Tout d'abord je rappelle aux excités du bulbe criant "Victoire" ou "Défaite" à la moindre vidéo montrant un kinjal détruisant une caserne ukrainienne ou un Javelin explosant un char russe, que: 

  • Nous assistons depuis plus d'un mois au passage brutal d'un conflit asymétrique (Donbass) vers une guerre symétrique de haute intensité, événement historique qui n'était pas survenu depuis près de 80 ans, période au cours de laquelle ont été réalisé des révolutions dans les technologies, tactiques et doctrines militaires. 
  • Jamais une armée attaquant ou défendant voit ses objectifs ou son calendrier se réaliser comme prévu initialement et toujours elle doit varianter ses actions pour durer, (limiter ses pertes humaines et matérielles), et s'adapter aux avantages et faiblesses de l'adversaire pour mieux le vaincre.
  • Un conflit d'une telle amplitude militaire et étendue géographique (qui peuvent encore évoluer) se déroule obligatoirement dans la durée sur plusieurs phases opérationnelles changeantes et sur plusieurs fronts régionaux dissociés, et qui ne peuvent dans leurs situations particulières refléter la situation générale du conflit.

Voici la situation générale mise à jour sur la base d'une carte publiée par 
le Ministère russe de la Défense corrigeant à la hausse les élucubrations 
des pro-Kiev et aussi, mais aussi à la baisse celles des pro-russes.

L'Etat major russe a annoncé fin mars réorienter sa stratégie en priorité dans la libération du Donbass, les objectifs de sa première phase opérationnelle ayant atteint ses objectifs principaux qui étaient de casser le potentiel offensif des forces ukrainiennes (centres de commandement, dépôts logistiques, dépôts et usines d'armement, casernes, bases aériennes etc...).

Parmi les pertes significatives infligées aux forces ukrainiennes depuis le début des opérations militaires russes, on peut relever à la date du 31 mars : 

  • Environ 30 000 hommes hors de combat (tués, blessés, prisonniers, disparus)
  • 124 avions et 80 hélicoptères, 
  • 345 véhicules aériens sans pilote, 
  • 1 826 chars et autres véhicules de combat blindés, 
  • 195 systèmes de lance-roquettes multiples, 
  • 702 pièces d'artillerie de campagne et mortiers, 
  • 1 704 unités de véhicules militaires spéciaux...
  • A cela, il faut rajouter les destructions des infrastructures et ressources logistiques.

Qu'en est-il réellement du côté ukrainien ?:

  • Sur le plan stratégique, sans conteste les forces ukrainiennes sont à genoux, privées de près de 70% de leurs ressources opérationnelles (plus de 80% pour leur parc aérien) et, pour survivre, sont contraintes de se replier dans les villes,
  • Sur le plan tactique, même si partout les forces ukrainiennes subissent les attaques russes, force est de constater qu'elles ont développé (grâce aux armes de l'OTAN) des résistances mobiles antichars efficaces dans les zones urbaines et boisées,
  • Sur le plan moral, les forces ukrainiennes sont pour le moment toujours debout, bénéficiant d'un énorme soutien politique international et logistique de l'OTAN, ainsi que des succès militaires locaux chantés par une propagande très efficace,
  • Sur le plan mental, même si elles subissent une attrition à terme fatale, les forces ukrainiennes font preuve d'une cohésion combative, et de tactiques fluides et adaptées à un ennemi compact et forcément plus lent que ses groupes mobiles,
  • Sur le plan politique, les opérations militaires russes ont eu pour conséquence certes de désorganiser les structures étatiques mais aussi en retour de provoquer pour le moment un renforcement des sentiments russophobes et le nationalistes ukrainiens existant.
Illustrant cette "température" ukrainienne, la bataille de Marioupol est très significative car, si elle démontre la supériorité des forces russes et républicaines, elle souligne aussi la capacité de résistance, la formation tactique et la préparation logistique des forces de Kiev, aidées par les avantages d'une défense urbaine et le fanatisme des nationalistes constituant leur noyau central.

Cependant, si les ukrainiens semblent reprendre du poil de la bête, il ne faut pas se leurrer car ils combattent encore sur les dotations initiales de leur 1er échelon et avec très peu de batailles consommatrices intenses (comme celle de Marioupol) et, vu que leurs réserves stratégiques sont majoritairement détruites, des pénuries fatales risquent d'entamer sérieusement leurs capacités opérationnelles et leur mental. Nous observons ici cet enthousiasme du défenseur qui constate après le premier assaut qu'il est toujours vivant alors qu'il continue à "pisser le sang" et ce malgré les perfusions des infirmiers de l'OTAN...

Aussi l'Etat Major ukrainien cherche t-il au maximum à gagner du temps, dans le fol espoir que l'OTAN finisse par intervenir plus concrètement, même progressivement (zone d'interdiction aérienne, moyens blindés et aériens...) ou tout au moins remplace équipements de combat et logistique stratégique détruits.

Nous observons effectivement une aide militaire de l'OTAN de plus en plus importante tant en quantité que en qualité du matériel fourni aux forces ukrainiennes : 
  • Une "stratégie de recomplétement" des stocks soviétiques ukrainiens. Depuis plusieurs années, les anciennes républiques socialistes soviétiques (Pologne, pays Baltes, Roumanie etc...) transfèrent leurs équipements et stocks anciens vers l'Ukraine où l'arsenal encore majoritairement de fabrication soviétique est depuis 2014 est en cours d'usure.
  • Une "stratégie d'équipement" des pays de l'OTAN qui, parallèlement à leurs partenariats de normalisation moderne des organisations, tactiques et procédures militaires ukrainiennes, leur livrent progressivement des systèmes d'armes modernes depuis 2017 et dans une accélération exponentielle inédite depuis la mi janvier 2022, soit 1 mois avant l'offensive russe.
Ici, première vidéo montrant le tir d'un missile 
antiaérien britannique "Marlet" sur un drone
russe "Orlan" par un soldat de la 95ème brigade 
d'infanterie mécanisée ukrainienne (Est Izioum).
Ce système antiaérien portatif britannique est un
des plus performants : missile autoguidé, 8 km de 
portée et une vitesse balistique atteignant Mach 1.5

A ces 2 manœuvres logistiques se rajoute aujourd'hui l'éventuelle remplacement par les anciennes républiques socialistes soviétiques de matériels de combat ukrainiens détruits  depuis 1 mois, notamment des avions de chasse, des véhicules blindés, des systèmes antiaériens et des missiles balistiques. Cette éventualité est confirmée par la mise en œuvre préalable d'une "stratégie de roque" effectuant libérant des matériels soviétiques des pays de l'OTAN par leur remplacement par des matériels occidentaux.


Et du côté des forces russes ? 

Malgré un effectif inférieur en nombre et visiblement une sous estimation des capacités défensives ukrainiennes, les forces russes ont réussi à atteindre une grande partie de leurs objectifs grâce notamment à une stratégie audacieuse fondée sur la rapidité d'attaque, la force de frappe et l'étendue des interventions que personne ne pouvait soupçonner au vu des effectifs modestes déployés au frontières de l'Ukraine (environ 200 000 hommes).

Cependant, chaque stratégie ayant son revers, les forces russes sont arrivées depuis environ 10 jours en limite de leurs capacités à progresser plus en avant sur les 5 fronts initialement ouverts (du Nord au Sud: Kiev, Kharkov, Donbass, Zaporodje, Nikolaïev) sans risquer de se mettre en danger dans un étirement de leurs pénétrations à l'avant et de leurs voies d'approvisionnement à l'arrière.

A rajouter à cette limite stratégique atteinte les pertes locales subies par les groupes tactiques russes (et qui ont fait les gorges chaudes chez les ukro-atlantistes), notamment autour d'un tissu urbain important en Ukraine, mais qui sont ici le revers tactique logique d'opérations militaires ayant pour leur phase initiale donné une priorité absolue à la vitesse. dans un pays disposant

Après 15 jours de "guerre éclair", le front russe s'est donc stabilisé, étiré dans la longueur et fixé autour des villes encerclées et confronté aussi à une résistance ukrainienne inattendue qui, même si elle n'a pas repris l'avantage stratégique se révèle cependant tactiquement efficace dans les zones urbaines ou boisées.  
3 options principales s'offraient donc pour l'Etat Major russe :
  1. Soit augmenter ses unité d'assaut en Ukraine, mais en dégarnissant forcément soit d'autres régions militaires de défense soit en entamant une partie de ses réserves stratégiques.
  2. Soit s'arrêter là et négocier la neutralité et l'indépendance de l'Ukraine mais sans avoir vraiment obtenu un avantage militaire écrasant et politiquement exploitable.
  3. Soit réorienter les actions militaires sur des priorités stratégiques, tout poursuivant les bombardements d'objectifs militaires dans tout le pays.

Au vu de leurs mouvements d'unités c'est donc la troisième option qui a été choisie par les forces russes, et je pense que la résistance ukrainienne, de toute évidence plus importante que prévue, a obligé Moscou à réorienter sa stratégie rapidement pour s'adapter, tout en gardant l'avantage initial et surtout reprendre l'initiative des opérations, car actuellement autant les russes qui sont dispersés, que les ukrainiens qui sont affaiblis ne peuvent mener que des attaques ponctuelles ou médiatiques (comme le bombardement ukrainien des dépôts pétroliers de Belgorog en Russie) mais en aucun cas des offensives majeures.

Pour illustrer cette guerre d'attrition menée par les forces russes depuis le 24 février sur les ressources militaires ukrainiennes, pour la seule journée du 9 avril 65 installations militaires ont été ciblées dans toute l'Ukraine, jusqu'à la frontière polonaise (dont 4 postes de commandement et centres de communication, 3 entrepôts logistiques, et 41 points de concentration d'équipements militaires).

Pour résumé, le rapport de forces terrestres (sachant que les unités en défense urbaine ont l'avantage du terrain) ne permet pas à l'une des forces en présence de bousculer la ligne de front générale, d'où la choix de Moscou de concentrer ses efforts sur le Donbass pour y obtenir des victoires décisives.

Voyons rapidement du Nord au Sud les différents secteurs du front (Kiev, Kharkov, Donbass, Kherson).

1 / Sur le front de Kiev à Soumy

Toute campagne militaire est émaillée de victoires et de défaites, de réorientations et abandons, en fonction des objectifs qui doivent s'adapter à l'évolution des actions et réactions permanentes. Le  changement de situation observé dans le secteur de Kiev au cours de la dernière semaine de mars est l'exemple de cette nécessité impérieuse de s'adapter pour vaincre qui a commandé à l'Etat Major russe de replier ses unités pour éviter cet enlisement que tous les ukro-atlantistes appellent de leurs fantasmes.

De toute évidence l'armée russe a atteint de nombreux objectifs dans ce secteur autant qu'elle a rencontré des problèmes rédhibitoires à son maintien dans ce secteur sans y augmenter drastiquement ses moyens.

L'étendue de la zone urbaine de Kiev (plus de 850 km2) pour être conquise et même seulement encerclée nécessiterait d'y engager des forces modernes ou parmi les réserves stratégiques, ce que ne veut pas faire l'Etat Major russe pour le moment.

Donc, dans les zones conquises à l'Ouest de Kiev, les forces russes, après avoir  détruit la majorité du potentiel offensif de Kiev replient en ordre vers le Belarus plusieurs groupes tactiques interarmes pour se reconstituer avant un redéploiement vers d'autres secteurs, notamment Kharkov et le Donbass.

La priorité des forces russes dans le secteur de Kiev ayant été atteinte, elles ont réussi à se retirer grâce au contrôle maximum des axes routiers qui pouvaient être utilisés par les forces ukrainiennes (E95 menant à Tchernigov, H7 menant à Soumy, les routes d'approvisionnement venant de Poltava ou Dnipropetrovsk; mais aussi les axes nécessaires à leurs propres ravitaillements et mobilite comme par exemple les routes Sud/Nord qui passent par Gostomel et Ivankiv (Ouest Kiev)

Le fait est que l'Etat Major russe, en dressant un bilan positif des destructions réalisées, a jugé plus opportun militairement, pour relancer une dynamique ailleurs, de redéployer ses unités du secteur Nord vers d'autres secteurs après leur recomplétement en Russie ou pour certaines peut-être en Belarus. 

Les forces de Kiev, malgré une incapacité à mener des contre offensives en raison des destructions subies et des opérations en terrain ouvert à cause de la supériorité aérienne russe à l'Est du Dniepr, peuvent néanmoins réaliser des attaques limitées dans le temps et dans l'espace contre des unités blindées russes engagées dans les zones urbaines ou boisées entourant la capitale ukrainienne.

Ici ,on peut observer des exemples de cette "techno-guérilla" 
mise en œuvre aux abords des villes mais aussi des forêts 
limitrophes par des petits groupes mobiles antichars en 
véhicules légers ukrainiens opérant avec l'appui de drones.

Ces harcèlements terrestres ukrainiens sur les flancs d'une offensive russe arrêtée pouvant devenir à terme une attrition dangereuse, l'Etat Major russe,  qui veut garder ses principales forces de combat en réserve, a donc décidé de quitter ce secteur tout en poursuivant la destruction des dernières ressources offensives de Kiev pat ses bombardements aériens. 

Tous les observateurs attestent d'ailleurs d'une retraite contrôlée et sécurisée et non d'une débâcle telle que celle décrite par la propagande occidentale pour accréditer le double mythe de forces ukrainiennes reprenant l'initiative des combats jusqu’à des contre offensives et de forces russe paniquées  commettant des crimes de guerre dans leur prétendue débâcle (voir l'article précédent sur Boucha).

Il est significatif de noter que le retrait des groupes tactiques russes du secteur Nord intervient le lendemain de la rencontre diplomatique entre Kiev et Moscou en Turquie (le 29 mars). L'intention du Kremlin était donc sans nul doute de faire une démonstration de bonne volonté concernant un règlement diplomatique du conflit. Cependant le théâtre tragique de Boutcha mis en scène par les ukro-atlantistes a saboté toute possibilité d'un dialogue pouvant naître de ce retrait militaire.

Dans ce changement de stratégie russe opéré sur le front Nord (entre Kiev et Soumy), si Moscou garde l'initiative des opérations militaires et le bénéfice des destructions logistiques importantes réalisées paralysant le potentiel offensif des forces ukrainiennes (et qui continuent chaque jour !), force est de constater que de son côté Kiev transformera cette nouvelle situation en victoire militaire, grâce  à un guerre politico-médiatique dans laquelle les ukro-atlantistes ont nettement l'avantage sur une stratégie de communication russe désuète jusqu'à être momifiée et qui ne s'appuie que sur des communiqués officiels caricaturaux et simplistes..


2 / Sur le front de Kharkov 

En attendant le redéploiement de leurs groupes tactiques du front Nord (et probablement de renforts) les forces russes ont stabilisé le front autour de Kharkov tout en se retirant des zones forestières et urbaines où, sous leurs couverts, les groupes mobiles ukrainiens menaient une stratégie d'attrition usante.


Les opérations militaires majeures de ce front Ouest du conflit se situent dans le secteur de Izioum qui est le point d'appui central (protégé à l'Ouest par Balaklia) à partir duquel est menée l'offensive vers Slaviansk et Kramatorsk, qui sont un secteur vital:

  • pour le corps de bataille ukrainien dans le Donbass qui y a même son Etat Major (aérodrome de Kramatorsk) et ses forces de réserve, 
  • pour les routes d'approvisionnement qui alimentent leur première ligne depuis Poltava et Dnipropetrovsk et la liaison vers les front de Donetsk et de Severodonetsk,
  • pour le secteur de Severodonetsk et Lisichansk qui sont des résistances urbaines efficaces tant qu'elles ne sont pas encerclées par une percée venant d'Izioum.
Il faut noter ici que la configuration du secteur d'Izioum à Severodonetsk, en plus des zones urbaines nombreuses et denses rend plus difficile les opérations militaires offensives car le terrain y est plus accidenté et boisé, ce qui est propice à des lignes de défense naturelles et des tactiques de guérilla antichar. 

Au Nord du Donbass, la région de Kramatorsk- Izioum
contraste avec la steppe ouverte émaillée par de grandes 
cités industrielles, Ici, la Nature barrée par le thalweg de la 
Severodonetsk est cloisonnée par des collines et des bois

Du côté russe nous trouvons notamment la 1ère armée blindée de la garde dont les groupes tactiques ont sans doute été renforcés suite aux retours d'expériences du premier mois d'opérations au cours duquel les zones urbaines se sont imposées comme principal champ de bataille. C'est principalement pour ces batailles urbaines à venir (Slaviansk, Kramatorsk...) que minimum 3 divisions d'infanterie sont venues renforcées cette 1ère ABG (106e parachutiste, 144e et 3e motorisées ). 

En face les ukrainiens ont déployé plusieurs brigades d'infanterie dont 3 brigades d'assaut par air (95e, 79e, 81e) qui sont des brigades mécanisées, 1 brigade parachutiste (25e) et 1 brigade motorisée (57e). A ces unités régulières il faut rajouter des bataillons de défense territoriale, des unités du Ministère de l'Intérieur, des unités nationalistes. 

Ici également l' "Ukrop" applique la stratégie de la terreur !

Alors que de nombreuses unités ukrainiennes montrent dans leur défaite leurs capacités à se battre honorablement, force est de constater que l'appareil politico-militaire des forces ukrainiennes et ses bataillons spéciaux néo-nazis poursuivent un terrorisme monstrueux vis à vis des populations pro-russes du Donbass contre lesquelles leur lâcheté criminelle dirige leur pulsions psychopathes, :

Bombardement des populations de Donetsk, de Yasinovataya, de Makeevka, massacre au missile Tochka U à la gare de Kramatorsk, tout cela bien sûr avec le soutien complice des occidentaux dont la russophobie hystérique relaie aussitôt sans analyser les inversions accusatoires désignant Moscou comme l'auteur de ces crimes de guerre. 

Sur ce front Nord du Donbass, au Nord de Severodonetsk, les forces ukrainiennes s'attaquent désormais aux dépôts chimiques situés dans les secteurs urbains. 

Avant de se replier, les soldats (peut-on vraiment les
appeler ainsi ?) ukrainiens font exploser à Zarya un
dépôt d'acide nitrique à proximité des populations.

C'est déjà dans ce secteur d'Izioum que se déroulent depuis la mi mars les combats les plus violents en dehors de ceux qui déroulent dans les villes. Et les efforts réalisés par les forces russes pour obtenir une rupture du front ukrainien en direction de Barvinkove montrent bien la volonté pour l'Etat major russe de couper les axes de ravitaillement entre le Dniepr et Kramatorsk et, d'amorcer un encerclement du corps de bataille ukrainien articulé autour de Slaviansk et Kramatorsk à l'Ouest, Severodonetsk et Lisichansk à l'Est.

Participant à cette manœuvre russe d'encerclement par l'Ouest, les forces républicaines du 2e Corps d'Armée (Rép. Pop. de Lougansk) mènent également des attaques vers Rubijnoe et Artemovsk pour rompre le front et fixer les forces ukrainiennes (79e et 95e brigade d'assaut aéroporté notamment).

3 / Sur le front du Donbass 

Pour des raisons de lisibilité de la carte, je n'ai pas reporté toutes les unités militaires engagées
mais uniquement les principales, renvoyant à la carte précédente pour celles du secteur d'Izioum.

Ce secteur du front, qui est déjà sous les projecteurs avec la bataille de Marioupol, va certainement devenir le théâtre d'opérations le plus actif des prochaines semaines ce qui n'exclut pas de nouvelles opérations autour de Kherson au Sud ou Kharkov au Nord.

La libération de la totalité des Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk est en effet devenue la priorité des Etat Majors militaire mais aussi politique russes:
  • Dans le Donbass, les forces ukrainiennes ont concentré leur corps de bataille le plus important (150 000 hommes en février). Sa destruction sera une victoire militaire,
  • La libération du Donbass, et vraisemblablement son rattachement à la Russie placera la Russie dans une position de force lors des négociations diplomatiques ultérieures,
  • Cette guerre a commencé en 2014 avec les opérations militaires ukrainiennes contre les populations de Donetsk et Lugansk. Leur libération sera une victoire psychologique.

Sur le front du Donbass, les forces russo-républicaines, malgré des pertes importantes poursuivent avec les forces russes leurs progressions, repoussant les forces ukrainiennes qui ici aussi tentent de s'accrocher dans les zones urbaines ou les reliefs boisés.  

Voilà comment les "envahisseurs" russes sont 
accueillis dans le Donbass : "Nous sommes avec 
vous, nous prions pour vous" disent ces habitants
aux soldats russes tout en apportant des présents 
mots d'encouragement et produits alimentaires.

Au total, les pertes des forces ukrainiennes sur le front du Donbass s'élèvent à environ 18 000 tués, blessés, prisonniers et disparus (soit plus de la moitié de leurs pertes globales (30 000) pour un effectif particulier de 60 000 combattants des 24 unités d'assaut de l' "Opération des Forces Conjointes". Aujourd'hui les forces ukrainiennes ne disposent plus dans le Donbass de réserves opérationnelles qui leur permettraient de mener des actions offensives sans abandonner au préalable des secteurs du front.

Dans la République Populaire de Lougansk

Aujourd'hui, environ 95% de la République Populaire de Lugansk ont été libérés grâce notamment au caractère essentiellement rural composé majoritairement de petits villages difficiles à défendre des zones occupées par les forces ukrainiennes. La progression des forces républicaines a ralenti en arrivant sur les zones urbaines de Severodonetsk et Lissichansk et le relief boisé de la rivière Severodonetsk, où les ukrainiens, bénéficiant de la logistique renforcée et proche venant de l'Ouest via Kramatorsk. 

La nécessité d'engager un encerclement large de ce secteur à partir du Sud du front de Kharkov (secteur d'Izioum) apparait comme la stratégie en cours des forces russes et républicaines.

Cette stratégie d'encerclement a plusieurs objectifs : 

  • Couper les lignes d'approvisionnement logistiques venant de Dnipropetrovsk et maintenant sous perfusion (même très amoindrie) le corps de bataille ukranien,
  • Provoquer un effondrement du dispositif ukrainien dans le Donbass (Kramatorsk étant le pivot Nord de sa ligne de front comme Marioupol était son pivot Sud),
  • Engager une jonction avec les forces venant du Sud (qui seront libérées par la chute de Marioupol pour un chaudron large enveloppant le secteur de Donersk-Gorlovka,
  • Ouvrir la route vers le Dniepr, notamment vers Dnipropetrovsk mais aussi Poltava au Nord par où transitent beaucoup des approvisionnements vers Kharkov.

Dans la République Populaire de Donetsk

Aujourd'hui, environ 55 % de la République Populaire de Donetsk ont été libérés essentiellement dans le Sud, là aussi une région essentiellement agricole et composée de petits villages dans un environnement naturel plat et ouvert, mais on observe ici aussi un ralentissement de la progression des forces russo-républicaines qui aujourd'hui sont concentrées sur l'achèvement du contrôle de Marioupol où il ne reste plus que 2 à 3000 ukrainiens, bientôt à cours de moyens et repliés dans moins de 10% de la ville (principalement dans la zone industrielle d'Azovstal, près du port).

Vue de Marioupol du secteur de l'embouchure de
la Kalmius avec la zone industrielle d 'Azovstal

Le deuxième secteur "chaud" est le front de Donetsk où les forces républicaines avec ici aussi un appui feu significatif des forces russes mènent une pression offensive sur les forces ukrainiennes qui continuent de mener des campagnes de bombardements meurtriers sur les zones résidentielles de Donetsk, Makeevka, Gorlovka... Comme sur l'ensemble des fronts on observe ici aussi une stratégie de repli ukrainien dans les zones urbaines, fortement fortifiées depuis 8 ans de guerre, comme ici les villes de Marinka et d'Avdeevka au Sud Ouest et Nord de Donetsk.

Ces batailles urbaines sont des minotaures de la guerre moderne comme en témoigne les pertes subies depuis 1 mois par le corps d'armée de la République Populaire de Donetsk (plus de 700 tués et 3000 blessés) et imposent aux Etats-Majors à la fois d'y concentrer des forces importantes et de les manœuvrer avec la plus grande prudence. 

La difficulté, qui n'est pas insurmontable, est multiple :

  • Encore une dizaine de villes importantes à libérer dans le Donbass (2 en RPL et 8 en RPD), dont certaines sont des sites industriels sensibles, 
  • Usure du corps de bataille républicain dont les effectifs aguerris sont insuffisants pour mener en même temps plusieurs batailles urbaines,
  • Augmentation des fortifications des villes par des forces ukrainiennes motivées par la résistance honorable de la garnison de Marioupol,
D'où la décision de l'Etat Major russe de réorienter sa stratégie en donnant priorité à la libération du Donbass, tout en poursuivant la destruction aérienne des ressources logistiques et potentiels de combat des forces ukrainiennes.

La couverture aérienne russe au dessus de la région
de Donetsk est de plus en plus importante, pour pouvoir
riposter rapidement aux bombardements ukrainiens sur
les civils opérant depuis des positions de tir éphémères  

Même si sa résistance est sans conteste un important stimulant pour la résistance nationaliste ukrainienne (je ne serai pas surpris si une "division Azov" renait des cendres du régiment éponyme dans quelques semaines), la libération de Marioupol va certainement être un tournant dans l'évolution des opérations militaires. Et la stratégie politico-médiatique actuelle des ukro-atlantistes cherchant à accuser les forces russes de crimes de guerres (souvent organisés par les "ukrops" eux mêmes) montre bien la volonté urgente et prioritaire d'augmenter les sanctions économiques anti-russes mais aussi et surtout l'engagement logistique de l'OTAN qui voudrait compenser les pertes matérielles subies par Kiev.

"Soldat" ukrainien blessé et soigné dans un hôpital républicain, bien sûr pour illustrer
à la fois la barbarie des pro-russes et le fait qu'ul n'y a pas de nazi en Ukraine 


4 / Sur le front de Kherson

Lorsque le 24 février dernier les forces russes ouvrent un front Sud à partir de la Crimée, elles s'engagent dans 2 directions : à l'Ouest vers Kherson sur la route d'Odessa et à l'Est vers Melitopol sur la route de Zaporodje, prenant rapidement le contrôle de ces 2 villes majoritairement pro-russes et progressant même jusqu'à à la rive gauche du Dniepr.

Comme dans le secteur Nord (Kiev), les forces russes se sont repliées sur des positions sécurisées pour mieux pouvoir concentrer leurs efforts sur les opérations dans le Donbass. On peut noter que la ligne de retrait occidentale actuelle correspond à la limite de l'oblast de Kherson, une région qui permet de réaliser la continuité territoriale entre la Crimée et le Donbass.

Comme dans les autres secteurs, les forces aérospatiales russes continuent la destruction méthodique des bases, dépôts et concentrations de matériels ukrainiens. Au cours de ces campagne de "démilitarisation de l'Ukraine", les forces russes ont poursuivi leurs bombardements sur la base navale d'Ochakov qui est un centre des forces spéciales ukrainiennes et leur centre principal de formation, encadré par des SAS britanniques estimés avant février à environ 200 à 300 "instructeurs" et "conseillers militaires". Plusieurs sources évoquent, comme à Marioupol, la destruction de plusieurs membres des SAS, restés à Ochakov, contrairement aux déclarations de l'OTAN déclarant début février l'évacuation de son personnel de l'Ukraine.

Kherson est aujourd'hui sécurisé avec notamment l'arrestation de plusieurs leaders du "Secteur Droit" qui voulaient y mener des opérations clandestines. Plus à l'Ouest le port d'Odessa qui est la base logistique de Nikolaïev se prépare à un débarquement russe quelque part dans sa région, et à cette fin, la Grande Bretagne va fournir incessamment sous peu des systèmes de missiles anti navires aux forces ukrainiennes (confirmé par Boris Johnson à Kiev le 9 avril).

J'ouvre ici une parenthèse à l'intention des pseudos experts qui ont annoncé que les aides militaires "high tech" de l'OTAN aux forces ukrainiennes ne peuvent être immédiatement opérationnelles à cause des délais nécessaires à la formation de leurs servants. Ce genre d'expertise relève tout simplement d'une naïveté déconcertante car il est plus que probable que, derrière de fumeuses vidéos montrant des acteurs en uniforme ukrainien à l'écoute d'instructeurs de l'OTAN sur des champs de tir étasuniens ou britanniques, des servants de l'OTAN accompagneront la livraisons des armes pour qu'elles puisent être engagées immédiatement sur le front :

  • Pilotes des drones kamikazes qui resteront incognitos dans des cabines opérationnelles en Pologne ou même aux Etat Unis,
  • Servants des systèmes de missiles antiaériens ou antinavires qui auront été mis en disponibilité le temps d'un contrat dans des Sociétés Militaires Privées ukrainiennes...

En conclusion


La "guerre éclair" initialement lancée par les forces russes contre les forces ukrainiennes a désormais passé le relais à une guerre d'épuisement des ressources militaires et politiques ukrainiennes sous perfusions occidentales (armes, économie, politique, propagande).

Dire que les russes ont déjà gagné ce conflit est aussi stupide que de prétendre que les ukrainiens leur infligent des défaites écrasantes, car chaque terrain abandonné par l'Etat Major russe correspond à une réorientation des opérations militaires et non à une reconquête ukrainienne qui n'en a plus les moyens.

Du côté russe, les efforts se concentrent sur le Donbass et le soutien aux forces républicaines libérant leurs territoires encore occupés par les forces de Kiev. Mais, même avec le meilleur appui russe, finaliser la libération de la République Populaire de Donetsk va demander encore du temps (plusieurs mois je pense) car les forces ukrainiennes ont adopté une stratégie défensive urbaine à dominante antichar qui leur permet, même avec peu de blindés, d'artillerie et aucune aviation de résister dans des villes que Moscou cherche au maximum à épargner à cause des civils y restant.

Du côté ukrainien, on ne peut que constater une résistance honorable des forces militaires et politiques atlantistes, surtout grâce aux soutiens occidentaux et aux formations, renseignements et armements de l'OTAN qui leurs permettent à défaut de pouvoir renverser l'avantage militaire, de mener une techno guérilla antichars à partir de villes fortifiées, de terrains accidentés et de zones boisées. Mais l'usure du corps de bataille ukrainien ne saurait être compensé par la stratégie d'équipement des pays de l'OTAN, pour la simple raison que toute guerre se fait d'abord avec des hommes.

Quant aux pertes "significatives" que les propagandistes agitent de part et d'autre du front, je dirai qu'elles sont la conséquence normale d'un conflit symétrique et de haute intensité au cours duquel sont mises en œuvre des armes de destruction modernes.


Tant du côté de la Russie que du côté de l'Ukraine où la guerre s'annonce plutôt longue, on ne peut que constater l'actualité de la triade de Clausewitz lorsqu'il décrivait les 3 dimensions psychologique de la guerre :
  • La "Raison", incarnée par le Politis qui décide de la conduite de la guerre,
  • La "Passion", incarnée par le peuple qui subit mais aussi soutient l'effort de guerre, 
  • L' "Honneur", incarné par l'armée qui se bat jusqu'au bout quelle qu'en soit l'issue.
Et la bataille de Marioupol illustre bien cette triade dans des actes héroïques et dramatiques menés de chaque côté du front et que l'Europe croyait confinés dans ces livres d'Histoire.

C'est pour ces raisons, en plus des enjeux stratégiques et menaces existentielles que pour tous représente l'Ukraine, qu'une guerre totale arrive au galop pour bousculer la dictature capitaliste mondialiste et, je l'espère réveiller les consciences européennes (sur ce point particulier, c'est pas gagné !).

Erwan Castel 

A court ou moyen terme, voici l'avenir des soldats des forces
armées ukrainiennes, sacrifiés sur l'autel des intérêts de l'OTAN.
A moins qu'un nouveau pouvoir à Kiev restaure l'indépendance 
réelle de l'Ukraine et l'engage vers la neutralité et la réconciliation.


Quoiqu'il en soit, les terres de Crimée et celles du Donbass sont 
définitivement retournées au sein de leur mère patrie russe et 
avec elles, j'espère toute la Novorossiya bientôt libérée !