jeudi 19 septembre 2019

Libérez Hubert Fayard !


Le 4 avril 2019, Hubert Fayard, représentant honoraire de la République Populaire de Donetsk en France est interpellé sous chef d'accusation de proxénétisme. Depuis plus de 5 mois cet homme est en prison sans jugement, et dans les conditions de torture psychologique d'un isolement carcéral arbitraire dont les conditions et l'absence de jugement révèlent une instrumentalisation politique de la justice par un régime français russophobe et pro ukrainien.

Récemment Thierrz Zurba, internaute et soutien du Donbass évoquait un "silence sépulcral" autour de l'incarcération de Hubert Fayard, et je ne peux malheureusement qu'abonder dans cette définition alarmante et scandaleuse, car à part quelques personnes du réseau, et blogueurs dont je fais partie, aucun média ni réseau officiel ne se fait l'écho de cette incarcération arbitraire qui met la vie d'un homme en danger et salit (une fois de plus) l'éthique de la Justice française.
Pas même (ou plutôt surtout pas) le réseau Moreau/Néant n'a alerté l'opinion concernant le sort de Hubert Fayard, tant ces ambitieux, obsédés par le monopole de la représentation française sont même certainement satisfaits de voir mis hors jeu un homme qui ne fait pas partie de leur bande d'arrivistes affairistes et d'intrigants calomniateurs.

Sur ce blog j'ai expliqué plusieurs fois les raisons politiques évidentes de cette mise hors jeu du représentant du Donbass en France dont les actions commençaient à gratter sérieusement les collabos élyséens du régime criminel de Kiev :
  • Ouverture d'une centre de représentation de la République Populaire de Donetsk à Marseille
  • Voyages de soutien fréquents en Russie, Crimée et dans le Donbass
  • Victoire juridique contre l'Etat  français voulant dissoudre l'association hébergeant le centre
  • Jumelage de la provençale Marignane avec la ville russe de Crimée d'Evpatoria ,
  • Etc 
Le régime macronien, critiqué par ses amis fascistes de Kiev pour l'existence de ce centre pro-russe voulait donc autant ses représailles judiciaires qu'offrir un gage de collaboration au client ukrainien de son appareil militaro-industriel otanesque.

Et le calendrier de l'arrestation de Hubert Fayard réalisée et médiatisée quelques jours avant la visite des présidents ukrainiens sortant et entrant à Paris prouve s'il en était besoin le caractère politique de cette opération russophobe menée sur le territoire français.

Dans une perfide et une lâcheté typiquement occidentales, l'attaque politico-juridique a invoqué une affaire de proxénétisme, jetant ainsi un sordide voile d’immoralité sur Hubert Fayard éclaboussant le centre de représentation, le réseau de soutien au Donbass et surtout écartant officiellement le motif politique de son arrestation même si personne n'est dupe qu'il en est sa motivation et son objectif.

Ici je tiens à faire une observation à destination de celles et ceux qui s'interrogent sur le silence des autorités à Moscou et Donetsk concernant l'incarcération arbitraire et abusive de Hubert Fayard. 
  • Primo, interpeller officiellement Paris pour protester ou même demander des éclaircissements serait considéré, au vu du chef d'accusation officiel avancé, comme de l'ingérence étrangère dans la justice française, ce qui est contraire aux principes diplomatiques défendus par Moscou.
  • Secundo, le Ministère des Affaires Etrangères de Donetsk n'en reste pas moins sensible et inquiet quant au sort de son représentant français et s'informe officieusement par le réseau de ses amis en France de l'état de santé de Hubert Fayard et de l'évolution de la procédure juridique.
Cela précisé il est évident qu'il faut engager une action de médiatisation concernant cette arrestation politique inadmissible et l'incarcération abusive qui l'a suivi. Médiatiser est aujourd'hui le seul moyen pour faire réfléchir et fléchir cette justice française complétement asservie à la propagande de guerre occidentale. 

Mais cela ne peut se faire qu'en France en créant des pétitions, des communiqués auprès des médias, des manifestations devant le tribunal, des questions au gouvernement etc...

Du côté des médias russes les interrogations et les alertes concernant l'incarcération de Hubert Fayard commencent à apparaître, principalement grâce au soutien actif et infatigable d'Emmanuel Leroy, ami du prisonnier politique, politologue et acteur majeur du soutien français au Donbass avec notamment son association humanitaire "Urgence Enfants du Donbass" qui intervient depuis 5 ans sur le front. L'action militante et désintéressée axée autour de valeurs fraternelles et de convictions idéologiques solides et profondes (pas comme certains autres "pro russes" de salons) a poussé Emmanuel Leroy a être le lanceur d'alerte et le porte parole de son ami et représentant honoraire de la République Populaire de Donetsk. Et je tiens ici à saluer son action efficace et noble car au delà de la personne d'Hubert Fayard il s'agit de défendre la Liberté et la Vérité bafouées quotidiennement et partout par cette dictature amorale de la marchandise.

Précédemment j'ai publié ici un des entretiens accordés à des médias russe par Emmanuel Leroy sur l'affaire Fayard 

De mon côté, je continuerai modestement à informer du mieux que je peux et relayer toute action visant à faire éclater la vérité sur cette agissement dictatorial du gouvernement français, et surtout pour exiger la libération d'un homme qui aujourd'hui est en danger de suicide tant les pressions psychologiques sur sa personne et sa famille sont importantes.

Au delà de ses défauts et ses contradictions, comme tout à chacun, Hubert Fayard est un homme franc qui, parce qu'il soutient le combat du Donbass pour sa liberté et ses traditions, est victime d'une injustice flagrante fruit d'un montage politico-judiciaire indigne d'une démocratie droitdel'hommiste et qui veut jeter sur sa personne et le Donbass qu'il représente une opprobre abjecte et criminelle.

Erwan Castel

Rien de nouveau à l'Ouest


On peut vraiment se demander si les forces ukrainiennes ne redoublent pas leurs provocations meurtrières à chaque fois que les accords de Minsk reviennent sur l'avant scène internationale. Ces escalades militaires initiées par Kiev sont par exemple systématiques les veilles des réunions du groupe de travail tripartite chargé de la mise en oeuvre du processus de paix. 
De même, depuis le dernier sommet du G7 où il a été décidé d'une nouvelle réunion du "Quartet Normandie" (Russie/Ukraine/Allemagne/France) et à l'issue de l'important échange de prisonniers du 7 septembre dernier, les forces armées ukrainiennes ont intensifié leurs tirs contre les territoires des républiques du Donbass.

Ainsi du 7 au 17 septembre 2019, 7 militaires au minimum sont morts sur le front du Donbass (Républiques de Donetsk et Lugansk) et 8 civils ont été blessées, dont 2 femmes. 
L'armée ukrainienne, malgré la volonté de cessez le feu renouvellée lors de la réunion du groupe de travail à Minsk, malgré l'échange de prisonniers cherchant à "calmer le jeu", continue de déverser sur les territoires des républiques du Donbass des tonnes de munitions. Depuis le 7 septembre plus de 250 obus de gros calibres ont ainsi été tirés par les forces de Kiev.

De plus, les observateurs internationaux ont relevé une activité de déploiement de matériels lourds (blindés et artillerie) vers la ligne de front 3 fois supérieur ) la moyenne. Si les déplacements ukrainiens des armes lourdes prohibées par les accords de Minsk (calibre supérieur à 100mm) se faisaient avant discrètement en contournant les agglomérations à la faveur de la nuit, ils se réalisent désormais en plein jour et pleine ville comme à Mariupol, ville occupée par Kiev qui a vécu ces derniers jours de nombreux embouteillages provoqués par des convois militaires montant vers le front.  



J'ai choisi pour illustrer ici à la fois les violations ukrainiennes des accords de Minsk mais aussi la psychopathie de leurs auteurs 2 exemples parmi leurs attaques des derniers jours :

  • Le 11 septembre, en début d'après midi, les forces ukrainiennes mitraillent une maison d'habitation civile du village de Trudovsky situé à la lisière Sud Ouest de Donetsk avec des munitions traçantes.. Quelques minutes plus tard une unité des pompiers du district de Petrovsky arrivent sur place pour combattre l'incendie provoqué. Malgré que le STKK (Centre de coordination du Cessez le feu) ait prévenu le commandement ukrainien du secteur de leur mission de secours, l'artillerie ukrainienne va bombardé le site où les pompiers travaillent depuis une demi heure, blessant 3 d'entre eux dont un grièvement. Les ukrops sont coutumiers de cette tactique criminelle visant à dissuader les unités de secours de sauver les personnes et les habitations de la ligne de front.


  • Le 16 septembre, ​Roman Dzumaeva, 28 ans est assassiné à Mariupol. Ce jeune homme, ancien volontaire de la brigade Piatnashka était assigné à résidence en attendant son jugement par le tribunal de Mariupol où il était retourné pour aider sa mère. Des paramilitaires ukrainiens sont venus à son domicile pour l'abattre froidement. Comme je l'ai mentionné dans le précédent article, cet assassinat, qui n'est pas le premier, préfigure du régime de terreur qui sera instauré dans le Donbass si les républiques de Donetsk et Lugansk réintègrent l'Ukraine, même sous "statut spécial".

Si on rajoute à ces faits divers quotidiens d'une guerre larvée les manœuvres de l'OTAN "Rapid Trident" qui se déroulent dans l'Ouest ukrainien et auxquelles participent 3000 "ukrops" dans des scénarios uniquement offensifs, ou les discours changeant d'un gouvernement Zelensky qui maintenant remet en cause le statut spécial demandé par Minsk pour le Donbass et l’amnistie pour les participants au conflit, on peut considérer que la paix est toujours dans une impasse, alors que Kiev, avec l'aide des occidentaux, continue d'ouvrir une autoroute à la guerre contre la Russie.

Erwan Castel

mercredi 18 septembre 2019

Un assassinat précurseur si...


Le 16 septembre 2019, Roman Dzhumayev, un jeune homme de 28 ans et père d'une fillette est mortellement blessé de plusieurs coups de feu à son domicile de Mariupol. Il décédera sur le seuil de son appartement avant l'arrivée de l'ambulance..

Ce fait divers dramatique est à mettre en perspective avec la guerre qui ravage le Donbass  depuis plus de 5 ans et surtout ce simulacre de processus de paix signé à Minsk en février 2015, et qui cherche à réintégrer les territoires des républiques de Donetsk et Lugansk en Ukraine.

Car Roman Dzhumayev, a été lâchement assassiné par des nationalistes ukrainiens parce qu'il avait participé à la résistance du Donbass dans les rangs de la Brigade Pyatnashka dont je fais partie. La triste nouvelle a choqué les anciens de la Brigade qui connaissaient ce jeune homme franc et généreux, toujours prêt à aider autrui. 

Lorsqu'il quitte l'armée il prend le risque de se rendre à Mariupol, en zone occupée par l'Armée ukrainienne pour y aider sa mère après avoir vendu son appartement et acheté une camionnette pour vendre du café. En septembre 2017, des paramilitaires ukrainiens l'ayant repéré sont allés chez sa mère pour la voler et la menacer et Roman qui voulait la protéger a été arrêté à l'issue de la bagarre provoquée. 

Relâché en août 2019 mais assigné à résidence, Roman Dzhumayev était inscrit sur la liste des prisonniers à échanger et attendait son jugement ce 20 septembre. 

Ce meurtre n'est malheureusement pas un cas isolé, et l'imprudence fatale de Roman ne doit pas faire oublier que son sort attend tous ceux qui reviennent en Ukraine aujourd'hui et tous ceux qui le seront demain si les accords de Minsk aboutissent. 

Car derrière les rideaux des belles promesses d'amnistie, de statut spécial et autres hypocrisies diplomatiques occidentales et ukrainiennes se cachent les assassins bandéristes qui ont toujours pignon sur rue et imposent tant sur le front et les territoires occupés du Donbass que dans les régions russophones d'Ukraine un régime de terreur meurtrière sous le regard indifférent et même souvent complice des forces de sécurité gouvernementales.

Il est de notoriété et même de déclaration publique que l'Ukraine a prévu, dans les wagons de Minsk 2, d'instaurer une "lustration" de la population du Donbass (arrestations, camps de rééducation, déplacement des populations etc...). Et le gouvernement Zelensky a confirmé récemment par la voix de son ministre de la justice qu'il était hors de question d'appliquer l'amnistie (pourtant prévu par les accords de paix) aux volontaires ayant participé à des combats sur le front. 

Depuis 2014, il y a environ 100 000 personnes qui, à un moment donné, ont pris les armes pour défendre les territoires de Donetsk et Lugansk attaqués par l'armée ukrainienne. Cela représente des dizaines de milliers de résidents locaux auxquels il faut rajouter les milliers qui ont dans un engagement politique ont soutenu ouvertement le séparatisme armé du Donbass, et bien sûr leurs familles... 

Si Minsk 2 devait aboutir par la trahison des élites, à court ou moyen terme ces accords de paix n'auront fait qu'ouvrir les portes du Donbass aux génocidaires ukrainiens. Et dans les mois qui suivront cette réintégration sous "statut spécial", des assassinats politiques comme celui notre camarade Roman se compteront très rapidement par milliers... 

Voilà pourquoi il est important de rappeler que mettre ses idées au bout d'un fusil, à titre individuel ou collectif, n'est pas une décision anodine, et que lorsqu'elle est prise il faut l'assumer et la mener à son terme, surtout lorsque la cause que l'on défend, telle que celle du Donbass est juste et noble. 

Adieu Roman, paix à ton âme et puisse ton martyr faire réfléchir les irresponsables qui veulent tendre la main et faire confiance à nos ennemis.

Erwan Castel

mardi 17 septembre 2019

En mémoire de Promka

366


Dans le calme dominical nous revenons à Donetsk pour quelques heures de repos avant de repartir pour de nouvelles missions, juste le temps de "faire dormir les yeux" et nettoyer le barda couvert de cette terre des tranchées qui, boue ou poussière, nous colle aux corps, armes, treillis et matériels avec un zèle tenace et méticuleux...


Lundi 16 septembre 2019

Ce lundi 16 septembre alors que je profite de la saveur des fruits colorant les ruelles et jardins du quartier d'Oktyabrsky où je réside, je suis appelé à la base "Sarmat" de la brigade Piatnashka pour y recevoir une nouvelle décoration, lié à mon action réalisée sur le front de Yasinovataya au Nord de Donetsk entre 2017 et 2019.

Cette médaille a été réalisée spécialement cette année pour récompenser ceux qui ont marqué la défense de ce secteur du front du Donbass où les belligérants s'affrontent dans des positions quasiment au contact les unes des autres et au milieu d'un chaos semi urbain, semi lunaire...


Pour moi, les quelques grammes métalliques de cette médaille sont chargés de très nombreux souvenirs nés au milieu des ruines de "Promka", cette zone industrielle située entre Yasinovataya (républicains) et Avdeevka (ukrainiens), et en premier lieu ceux des camarades tués au milieu de ce chaos où se côtoient, s'invectivent et s'affrontent depuis plus de 5 ans des hommes qui hier encore partageaient les mêmes bancs d'école ou de stade de football.

C'est sans nul doute ces camarades de notre unité tombés à "Promka", "Filin", "Sever", "Pauk" et "Mamaï" notre "Com'Bat'", comme tant d'autres des unités voisines , qui méritent plus que moi cette décoration du front de "Promka", et si je l'accepte aujourd'hui c'est aussi pour mieux témoigner de leur sacrifice.


Dans mon parcours réalisé dans le Donbass, "Promka" reste mon expérience la plus longue et certainement la plus intense, celle de 2 années de rotations, accroché aux ruines d'un ancien bâtiment industriel, dans celles des datchas voisines ou dans les tranchées de cette zone pulvérisée par 5 années  de combats et de bombardements.

C'est dans ce décor qu'avec mes camarades nous avons certainement le plus croisé la Camarde, un jour sifflant à nos oreilles, frappant les murs derrière nous, ou d'autre jours traversant des embrasures que certains occupaient seulement quelques secondes auparavant. Mais, tout comme dans un accident de la route évité de justesse par chance ou par réflexe, ce n'est qu'après coup que l'âme mesure l'intensité et la gravité de ce moment où la Mort nous a invité à danser. 

"Promka" est aujourd'hui indissociable de l'histoire de la brigade Piatnashka, car ses volontaires en ont tracé une grande partie des lignes de défense qu'ils ont maintenu pendant des années face aux pressions offensives ukrainiennes, et c'est aussi ici, au coeur de ce front bouillant que "Mamaï" notre commandeur a été tué au combat le 17 mai 2018. 


Ma contribution à la défense de ce secteur du front de Yasinovataya pourrai se résumer à ces quelques chiffres: 245 jours et nuits de missions,17 tirs revendiqués dont 8 confirmés s'il n'y avait pas aussi et surtout cette charge émotionnelle donnée par les attaques ukrainiennes, la camaraderie, et ce décor dantesque au milieu duquel il nous semblait parfois n'être que des fantômes perdus entre deux mondes. 

J'espère un jour retrouver le chemin de ces postions perdues au milieu de nulle part entre Yasinovataya et Avdeevka pendant ou après cette guerre initiatrice du Donbass.


Et si demain je ne devais accrocher qu'une seule médaille à ma veste, sans hésitation ce serait celle ci tant elle symbolise aujourd'hui mon engagement sans retour pour cette terre du Donbass.

Erwan Castel


samedi 14 septembre 2019

Une attente immobile et silencieuse

365


Dans le cadre du retour de nos missions sur la première ligne du front, je repars avec mon SVD, ce fusil de précision avec lequel je travaille habituellement. Et je consacre cette rotation à lister dans mon optique et ma mémoire les positions ukrainiennes qui nous font face ainsi qu'à repérer différents postes d'observation et de tirs en fonction des moments d'éclairage de la journée.


Samedi 14 septembre 2019

Lorsqu'on est "sniper" sur le front du Donbass, la réalité vécue est loin des images imposées par la fiction hollywoodienne, car le travail est à l'image de cette guerre: comateux. 

A Promka, pour continuer à décrire en comparaison notre nouveau secteur de Sasnovko, les positions ukrainiennes, bien qu’enterrées et fortifiées nous offrent par leur proximité suffisamment de détails sur leurs défenses et leurs activités pour intervenir efficacement contre elles. Ici en revanche le billard qu'est la zone fait que les distances sont 3 à 4 fois plus importantes pour des objectifs toujours enterrés dans le sol de la steppe. Et à 1000 mètres l'embrasure d'une casemate n'est plus qu'un minuscule point dans une silhouette informe boursouflant le sol.

Le travail n'en reste pas moins nécessaire et intéressant pour débusquer les positions ennemies et les traces visuelles ou sonores trahissant leurs activités ou leurs cheminements de liaison.

Et pour éviter d'être trop facilement repérable je sors à découvert loin de nos tranchées qui sont connues et accrochent les regards des observateurs ukrainiens. Dès cet instant c'est la lenteur qui devient la maîtresse des faits et gestes cherchant un emplacement idéal pour fouiller du regard les détails d'un paysage encore nouveau...

Les quelques broussailles où j'ai élu domicile pour quelques heures et surtout le filet de camouflage m'offrent un voile d'ombre allégeant le poids d'un soleil qui pèse encore en ce mois de septembre. Devant moi tout est immobile et, qu'elles soient amies ou ennemies, les casemates et les tranchées tout comme le paysage semblent plongés dans un profond coma que seuls semblent trahir les insectes imperturbables qui poursuivent leur destinée au milieu de nos ruines..


Un jeune chiot, sorti certainement d'une tranchée voisine vient vagabonder un moment devant moi, et je m'amuse à piquer sa curiosité avec des sifflements discrets.

Puis c'est le déclin du soleil et surtout la faim qui me ramènent dans la réalité du temps et de l'espace et sur le chemin du retour vers notre casemate enterrée, son thé chaud et sa fraîcheur réconfortante...

Dans quelques instants le soleil tombera derrière l'horizon ukrainien et commencera alors une nouvelle attente, une nouvelle observation à l'abri des parapets et des casemates fortifiés...

Une journée de plus en moins est sur le point de s'achever dans ce nouveau désert des tartares...

Erwan Castel

Fayard, un prisonnier sacrifiable


Le 4 avril dernier, Hubert Fayard qui est le représentant honoraire de la République Populaire de Donetsk en France, était arrêté sur inculpation de proxénétisme et sous une couverture politico-médiatique disproportionnée...juste avant la visite en France de Porochenko et Zelensky, respectivement aujourd'hui l'ancien et le nouveau président ukrainien.  

Depuis 5 mois Hubert Fayard a quasiment disparu dans les geôles macroniennes, où il est maintenu arbitrairement et abusivement en isolement et sans jugement, et pour cause car victime d'une arrestation politique sous couvert d'accusations diffamantes et calomnieuses.

Aujourd'hui le prisonnier politique Fayard est devenu l'otage d'une politique félonne qui sait que sa libération déclenchera de sa part une contre attaque légitime et victorieuse pour que soit lavé son honneur et que les organisateurs politiques de cette parodie judiciaire soient traînés devant un vrai tribunal, s'il en existe encore un digne de ce nom dans cette "démocrature" française.

Hubert Fayard est aujourd'hui en danger physique car les pressions exercées sur lui et sa famille sont de nature à le pousser au suicide, et seule une médiatisation de son incarcération politique abjecte peut aujourd'hui le soutenir et faire plier la justice asservie au politique. 

Emmanuel Leroy est un militant du soutien au Donbass très actif et efficace, et surtout son désintéressement et son éthique le pousse à défendre ici Hubert Fayard et à dénoncer la machination politico-judiciaire dont il est victime. Soit dit en passant cette incarcération politique a eu comme avantage (et certainement le seul) de révéler définitivement l'imposture du réseau Moreau/Brayard/Néant, qui n'écoutant que leur couardise et leurs intérêts personnels se gardent bien de prendre la défense de cet homme qui égratigne leur psychotique besoin d'avoir le monopole du soutien français dans le Donbass. Nul doute que si Hubert Fayard avait fait partie de leur réseau sectaire, les Moreau, Néant et autres Tartuffe et Torquemada propagandistes français dans le Donbass auraient déclenché un tsunami de déclarations indignées sur leurs réseaux officiels et collabos...

Voici par contre un des entretiens fraternels et désintéressés accordés aux médias russes concernant Hubert Fayard, par Emmanuel Leroy à l'occasion de sa mission d'observateur aux élections à Moscou.

Erwan Castel

Source : Rambler

Un politologue français a commenté l'arrestation 
du chef du bureau de représentation de la RDP  


MOSCOU , 13 septembre - RIA News. 

"Le cas de Hubert Fayard, responsable de la représentation de l'autoproclamée  République Populaire de Donetsk en France, incarcéré à Marseille, est un cas politique. Son arrestation a été provoquée, entre autres, par le mécontentement des autorités françaises face à la décision du tribunal de refuser de fermer le centre de représentation du DNR, a déclaré à RIA Novosti le secrétaire général du Mouvement International de la Souveraineté populaire, et fondateur de l'association humanitaire "Urgence enfants du Donbass", le politologue Emmanuel Marc Andre Leroy.

Hubert Fayard, chef de la représentation de la RDP à Marseille, a été arrêté en France en avril. Il a été rapporté qu'il avait été arrêté pour soupçon de proxénétisme.

"Hubert Fayard est en prison à Marseille depuis plus de six mois. Son cas est absolument politique. Je pense que M. Fayard a été arrêté par les autorités françaises pour plusieurs raisons, dont la première est son courage d'ouvrir un bureau de représentation de la République populaire de Donetsk en France", a déclaré Emmanuel Leroy .

Selon l'expert, la décision prise ultérieurement par la ville d'Aix-en-Provence, dans le Sud de la France, de ne pas fermer le centre de représentation a «frappé» les autorités françaises. "Fayard a gagné le procès et les autorités françaises l'ont arrêté", a déclaré le politologue.

La deuxième raison de la détention de Fayard, selon Leroy, est «symbolique et importante». "Fayard a été l'un de ceux qui ont participé au jumelage de la ville de Marignane, dans la banlieue de Marseille, et de la ville d'Eupatoria, en Crimée. Les maires de ces deux villes se sont rencontrés en Crimée en mai 2018 pour établir des relations amicales entre Marignan et Eupatoria. Cela a été largement rapporté dans la presse et a suscité beaucoup de colère chez les autorités françaises, ainsi que chez les Ukrainiennes", a expliqué Leroy.

L’interlocuteur de l’agence a souligné que l’histoire des soupçons de proxénétisme de Fayard était une invention. "Fayard est un citoyen modèle que les autorités françaises ont mis en prison. Il a eu le courage d'agir en tant que représentant des habitants du Donbass, qui ont été sous les bombes jour après jour. Les informations que j'ai pu obtenir sur cette affaire indiquent que nous parlons d'un plan rusé", a déclaré Leroy.

Le centre de représentation de la RPD a été inauguré à Marseille en septembre 2017. Son chef a rappelé que sa mission était d'informer les habitants de la France de la situation réelle dans le Donbass. Le centre RPD en France est le cinquième bureau de représentation de ce type en Europe occidentale. Des bureaux similaires étaient auparavant ouverts en Finlande, en République tchèque, en Grèce et en Italie.

Comme Fayard l'a expliqué précédemment, le bureau de la DPR à Marseille est un organisme public créé conformément au droit français. Le centre est appelé à coordonner l'aide humanitaire, les échanges d'étudiants et à effectuer des tâches d'information. Il est financé par des dons privés volontaires. 
L'ouverture du centre de la DPR à Marseille a provoqué une réaction négative du pouvoir à Paris. Comme l’a déclaré à l’époque le ministère des Affaires étrangères de la République, la France, qui "reste attaché à l’intégrité territoriale de l’Ukraine et ne reconnaît pas la formation des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk", n’a pas l’intention de reconnaître le statut diplomatique à ce centre.

Le bureau du procureur régional d'Aix-en-Provence, en France, a demandé la fermeture du centre de représentation du DNR, mais le tribunal a décidé de refuser la plainte du procureur."

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vendredi 13 septembre 2019

Tempête en surface !

364


Sur ce front du Donbass immobilisé dans l'espace depuis 5 ans, les hommes sont autant terrassiers que soldats, creusant sans cesse sous leurs pieds pour enterrer leurs vies à l'abri des orages d'acier qui griffent quotidiennement la surface de la terre où ils s'accrochent. 
Et notre nouvelle position n'échappe pas à cette haine ukrainienne piétinant les accords de paix et les cessez le feu signés depuis 5 ans. Tirs de mitrailleuses, de lance roquettes automatiques ou de mortiers rythment les journées et surtout les soirées...


Vendredi 13 septembre 2019

La nuit précédente, les "ukrops" nous ont gratifié pendant plus d'une heure d'un "spectacle son et lumière" où est intervenu le panel de leurs armes lourdes de 1er échelon : Mitrailleuses Utios de 12.7mm, bitube antiaérien de 23mm et mortier de 82mm. 

A 23h30 après des tirs provocateurs de mitrailleuses lourdes une "Zouchka" ukrainienne a tracé dans le ciel plusieurs pointillés lumineux que la vitesse supérieure des obus traçants  fait à nos sens précéder les crépitements de leurs départs.


Tirs de ZSU 23/2 ukrainien (distance:  environ 1 500m)


Peu de temps après des sifflements suivis d'explosions de 82mm sourdes et brèves annonçant l'entrée dans cette ce concert nocturne d'un mortier ukrainien surgirent de la direction Ouest. Obus après obus le 82mm a martelé le secteur pendant près d'une demi heure visant particulièrement une casemate voisine occupée également par notre unité. Au total 42 obus ont été tirés sur nos positions qui heureusement n'observèrent aucun tué ni blessé mais juste des dégâts matériels réparables sur les structures de 2 casemates.

Pendant tout ce bombardement martelant la steppe endormie, nous restons dans nos abris, surveillant l'horizon par les encoignures de nos embrasures, tout en comptant les secondes entre les départs des coupes assourdis par la distances et les impacts résonnant dans l'obscurité inondée de poussière. Une vingtaine de secondes entre départ et arrivée dont la cadence va s'accélérer après la fin des réglages par un chevauchement des séquences ou un deuxième mortier venu faire un duo nocturne.

A l'issue de ce "concert" nocturne un silence est retombé sous l'oeil unique de la lune projetant sur le sol labouré les ombres de chouettes revenus après le vacarme...

Au loin vers le Sud un autre bombardement continue à se faire entendre, confirmant que cette tactique d'épuisement menée par les forces ukrainiennes est générale sur l'ensemble du front...



Et vers 01h00 du matin, c'est le froid qui désormais s'abat dans le silence du front tandis que sur le côté de notre casemate enterrée la lune passe d'arbre en arbre comme un ballon que des géants décharnés se passeraient dans un mouvement ralenti dans une trajectoire Est-Ouest poursuivant l'orbe solaire disparue...

Je finis ma garde et rejoint au pied d'une mitrailleuse en dormition la chaleur de mon sac de couchage et la fuite de mes pensées vagabondes...


Erwan Castel

jeudi 12 septembre 2019

La force fragile

363


Dans les tranchées su Donbass, entre les observations tendues pendant les missions et les regards curieux pendant les repos, la moindre trace de vie dans ce paysage dévasté réveille l'esprit du soldat, surtout quand il est enlisé dans une attente silencieuse et immobile.


Jeudi 12 septembre 2019

Au milieu des replis terreux du front du Donbass, nous ne sommes pas les seuls êtres vivants à couler dans ces veines étranges et sinueuses que sont les tranchées. Ainsi de ce petit rongeur de le steppe (peut-être un mulot), zigzaguant d'un bord à l'autre d'une tranchée au fond de laquelle il s'était retrouvé, surgissant de nulle part au pays des géants que nous sommes.

Et je n'ai pas résisté à l'envie de le ramasser pour le remettre en liberté dans l'infini de sa steppe... Au moins jusqu'au prochain canyon abyssal creusé par des intrus humains....

Après l'émotion partagée du premier contact, la minuscule boule de poil à détendu ses quelques grammes de vie au creux de ma main, certainement surprise de n'avoir pas encore senti des griffes, un bec ou des dents éteindre les battements de son coeur dans l'impitoyable mais équilibrée loi de la Nature.

Quels étranges choix que de pouvoir un jour ôter la vie d'un congénère plus lourd que soi et un autre jour de sauver celle d'un être si minuscule que sans la gravité humaine de la guerre il n'aurait pas attiré l'attention même après avoir été écrasé par un godillot arrogant.

Et dans la matrice au milieu de la nuit, l'ombre projetée par la lune d'une chouette en chasse m'invite à fusionner dans mes pensées la proie du matin et le prédateur du soir, tout deux perpétuant souverainement le cycle invincible de la vie.

Cette Nature que l'Homme veut détruire ou asservir survit malgré tout, mais non sans dégâts, à notre espèce suicidaire qui aujourd'hui n'a de "sapiens" que le nom et dont les actions ne sont plus que mort, folie et désolation tant elle s'est séparée de la vraie vie dans un anthropocentrisme arrogant délirant et suicidaire.

A 00h39 un bombardement ukrainien au mortier de 82 mm frappant nos positions me fait troquer le stylo contre un fusil d'assaut et je repousse une nouvelle fois mes pensées à l'horizon lointain de mes espérances.

Erwan Castel

mercredi 11 septembre 2019

Sur position

362


Enfin de retour sur la première ligne du front, après 4 mois de missions de sécurisation de zone, d’entraînements au polygone et de services dans notre nouvelle caserne de compagnie au coeur de Donetsk.

Cette fois, c'est sur le front Sud bien malmené en ce moment que notre unité de la brigade Piatnashka est déployée, face à des positions ukrainiennes certes un peu plus éloignées que celles précédemment combattues sur le front de Yasinovataya, mais qui produisent beaucoup plus de bombardements et de missions de reconnaissances offensives.


Mercredi 11 septembre 2019

Au milieu d'un matin calme après un déplacement nocturne nous relevons nos camarades déployés sur le front Sud de la République Populaire de Donetsk.

Ce front de Sasnovko sous une apparence coutumière de tranchées et casemates en réseaux est cependant différent de celui de Promka où nous étions précédemment engagés au Nord de Donetsk. 
  • Tout d'abord le paysage : alors qu'entre Yasinovataya et Avdeevka c'est une zone industrielle qui est le cadre des affrontements (Promka). Espace semi urbain et très cloisonné qui domine, ici nous sommes au milieu d'une steppe ouverte sur de vastes horizons légèrement vallonnés et au milieu desquels courent de maigres "zilonkas" (haies séparatrices arborées) et chemins de terre désertés.
  • Ensuite la situation militaire : Tandis qu'à Promka oles belligérants sont au contact les uns des autres (entre 100 et 500m), les avants postes ukrainiens ici se sont arrêtées à environ 500 mètres des positions républicaines, Si cette distance réduit le danger des tirs au armes légères, elle permet en revanche aux ukrainiens de réaliser plus souvent des bombardements sans risquer des dommages collatéraux.


C'est dans ce paysage morne d'où la vie semble s'être enfuie que nous réalisons dans le secret des tranchées et des casemates notre passage des consignes et des comptes rendus d'observation, géolocalisation des positions ennemies, déballage des conserves et rations. 

Et tandis que les silhouettes de nos camarades cheminant vers un repos mérité s'évanouissent dans les méandres des tranchées, commence notre première garde au créneau de l'empire, et que frémit sous les flammes d'un réchaud enchâssé dans la paroi de la tranchée le premier café sous un soleil amoureux caressant la steppe où les nuances des verts sylvestres et des jaunes agricoles alternent sous l'azur lumineux d'un été tenace.

Erwan Castel

mardi 10 septembre 2019

Passage rapide à Donetsk

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De retour d'une mission dans le secteur de Gorlovka au Nord de la République Populaire de Donetsk, et avant de repartir vers le Sud dans le secteur de Novoazovsk, je profite de quelques heures de repos pour écraser ma fatigue dans l'insouciance d'une cité animée et festive profitant des dernières belles journées ensoleillées d'un été qui se retire doucement sur la pointe de ses crépuscules.


Mardi 10 septembre 2019

Et loin des crétins utiles et autres Brayard arrivistes léchant les culs d'affairistes aMoreau qui sèment le Néant dans les réseaux de soutien pro-russe qui ne sont pas libéraux comme eux, je savoure une bonne bière en compagnie de véritables amis...

Avant de rejoindre la caserne et le départ vers nos nouveaux avants-postes du front Sud, je passe saluer le président Alexandre Zakharchenko et Oleg Mamaiev, le commandeur de Piatnashka tous deux tués par cette guerre du Donbass et qui ont bien mérité de festoyer ensemble au Whalala.

A nous désormais de mériter des valeurs humaines et de combat qu'ils nous ont laissé en héritage.

Erwan Castel


La reculade du Kremlin

Une partie des prisonniers libérés par Kiev lors de cet échange du 7 septembre 2019

Le 7 septembre, dans le cadre des accords de Minsk, un échange de prisonniers a été réalisé entre l'Ukraine et la Russie. Cet événement positif important n'est pas une première, mais il a pris une dimension internationale particulière du fait de la libération par Moscou du prétendu cinéaste Nenstsov mais réel terroriste (qui n'a commis qu'un court métrage de d'une qualité bien plus mauvaise que les explosifs découverts chez lui) et des 24 marins ukrainiens arrêtées lors du coup de force organisé par Porochenko dans le détroit de Kertch en novembre 2018.

35 personnes ont donc été échangées de part et d'autre, incluant un effectif important libéré par Moscou (24 marins + Sentsov)

Le cas de Vladimir Tsemakh est révélateur de l'absurdité de la nouvelle équipe de Kiev qui après avoir fin juin kidnappé chez lui, en territoire de la RPD, cet ancien officier de la défense antiaérienne républicaine dans une opération risquée du SBU le libère maintenant après avoir voulu en faire un témoin clé dans le crash du MH17 en juillet 2014 dans lequel l'hystérie occidentale persiste à vouloir accuser la Russie.

Certes on ne peut que se réjouir de la libération de ces prisonniers politiques et militaires  détenus dans les geôles du SBU, mais cette opération ne doit pas devenir un arbre cachant la forêt, car il reste au minimum 255 personnes qui sont incarcérées en Ukraine pour leur engagement pro-russe, dont 152 est généralement détenues dans des prisons secrètes et dont on est sans nouvelle depuis plusieurs années pour certaines d'entre elles. Parmi elles de nombreux volontaires du,Donbass, ukrainiens, russes et même étrangers qui sont venus défendre les républiques de Donetsk et Lugansk.

Si la coïncidence de cette échange de prisonniers avec les commémorations de la libération de Donetsk par l'armée rouge il y a 75 ans est considérée comme un symbole fort par la Ministre Morozova en charge des Droits de l'Homme dans la RPD, je pense pour ma part qu'il est important de rapprocher plutôt cet échange avec la prochaine réunion du Format Normandie (Russie Ukraine Allemagne France) qui doit avoir lieu dans quelques jours. 

Car de toute évidence Vladimlir Poutine, en libérant notamment les marins ukrainiens arrêtés lors de la provocation de Kertch a voulu offrir un cadeau royal à un Zelensky pressé de solder l'héritage Porochenko de sa politique et peut-être aussi un gage de bonne volonté pour la résolution diplomatique du conflit du Donbass... Certains de considérer que ce geste d'apaisement du Kremlin a pour conséquence d'amener la Russie en position de force à la table des négociations de Minsk où toutes les parties prenantes organisent depuis 5 ans une procrastination à le fois de l'escalade militaire mais aussi du naufrage diplomatique européen provoqué par ce coup d'Etat du Maidan qui a libéré une stratégie russophobe criminelle occidentale. 


A Lugansk comme à Donetsk les commémorations des libérations des cités du Donbass par l'armée rouge il y a 75 ans ont été une nouvelle occasion pour la population de renouveler son attachement à la Russie et sa volonté de s’intégrer à la fédération. 

Pour ma part je ne partage pas du tout cet optimisme mécanique des propagandistes serviles qui exhibent à la moindre occasion leurs idolâtries stupides. Pour plusieurs raisons je pense même que cet échange de prisonniers est plutôt favorable à Kiev et constitue une reculade de Moscou. 

Mais tout d'abord peut-on vraiment parler d' "échange de prisonniers" ?

Car en toute logique un échange de prisonniers est réalisé entre les 2 belligérants d'une guerre et concerne des combattants militaires ou éventuellement politiques engagés dans le conflit. Or ici nous observons : 
  • Un échange réalisé entre Kiev, certes belligérant du conflit et Moscou qui en revanche ne l'est pas et intervient seulement en tant que signataire des accords de Minsk.
  • D'un côté Kiev libère des prisonniers politiques et militaires impliqués dans le conflit et de l'autre Moscou libère des criminels et des terroristes qui ont été arrêtés ailleurs.
Je vois deux conséquences à cette dissymétrie de l'opération :
  1. Moscou en étant un acteur décisionnel de l'échange se présente désormais comme partie prenante au conflit au même niveau que Kiev
  2. Les Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk qui sont déjà écartées des négociations sont ici le dindon de la farce 
Et surtout, cet échange est un tube de vaseline présentée pour mieux faire passer le retour des négociations de Minsk sur l'avant scène internationale, accords de paix qui, rappelons le, organisent surtout sous couvert de cessez le feu et d'actions humanitaires une capitulation des Républiques via ce "statut spécial" qui sous entend un retour en Ukraine. Ce retour en Ukraine revient après 5 années d'un conflit meurtrier et inachevé à conduire les populations pro-russes de Donetsk et Lugansk vers l'abattoir dans leurs territoires redevenus oblasts où, à part le droit de pleurer en russe, elles n'auront ni droit de référendum ou de veto, ni armée, ni contrôle des frontières etc... et donc seront à la merci d'une épuration russophobe des services de sécurité ukrainiens, répression qui est déjà annoncée par de nombreux responsables politiques à Kiev.

Une amie de Kharkov vivant aujourd'hui en Russie, me disait justement il y a quelques jours: "Le Donbass ne peut être vaincu mais il peut être trahi "


Moreau ou l'art de se montrer pour dire n'importe quoi 

Dès l'annonce de cet échange de prisonniers qualifié d' "historique" par les certains (alors que ce n'est pas le premier) on a pu assister dans les studios feutrés des médias à toutes sortes de logorrhées insipides d'experts autoproclamés, tel ce Xavier Moreau à qui on devrait donner l'indicatif de "Girouette" tant ses analyses versatiles révèlent autant un syndrome du larbin qu'une absence totale de colonne vertébrale idéologique (sauf si on considère l'ultra libéralisme d'intérêts affairistes personnels comme une idéologie métapolitique). 
C'est ainsi que cet intriguant qui recherche par un réseau de censeurs et calomniateurs le monopole pour éviter l'analyse contradictoire a soutenu tour à tour depuis 5 ans le projet Novorossiya, et les accords de Minsk, et le statut spécial, et l'intégration dans la Fédération de Russie et nous parle aujourd'hui d'une "autonomie" (terme plus rassurant que statut spécial sauf qu'il n'est pas mentionné dans ces accords de Minsk pour la simple raison qu'il est inacceptable pour KIev et les occidentaux du fait de son pouvoir constitutionnel, son droit de veto et référendum. 
Et dans un discours dithyrambique à l'égard de Zelensky, Moreau en nous présentant le retour du Donbass en Ukraine via le statut spécial nous montre ici la vacuité de son argumentaire idéologique. En effet, peu lui chaut l'avis de la population du Donbass dont il approuve que sa destinée soit décidée dans un huis clos à Minsk. Lorsque l'on soutient en 2014 référendum populaire de Crimée face au coup d'Etat du Maïdan c'est aussi pour défendre le "droit des peuples à disposer d'eux mêmes" qui est un droit universel et inaliénable, et qui ne doit pas être agité ou ignoré en fonctions au gré de la cupidité ou de la servilité des analystes. Je suis sûr que si demain les autorités grâce auxquelles il fait son business entre France et Russie lui demande de porter un slip bleu banane, nul doute que Moreau le mettra sur sa tête avant que de courir vers les caméras de RT ou de TV Libertés !

Moreau est un français que j'ai appris à découvrir au fil de ces années dans le Donbass à travers ses interventions et surtout de son réseau de calomniateurs et d'intrigants. "Expert" autoproclamé vivant à Moscou mais toujours enlisé dans un jacobinisme papiste et un anticommunisme primaire, Moreau jette dans les vents changeants de ses intérêts personnels des écrans de fumée pro-russes pour cacher la réalité de son réseau d'affaires collabo. Dans cet interview il nous offre la consternante réalité d'une vision manichéiste et d'une servilité pitoyables qui aujourd'hui le mène à avoir envers Zelensky, un angélisme au moins égal à sa précédente diabolisation de Porochenko.

Car, après la programmation d'un nouveau sommet  "Format Normandie", la réalité de cet échange n'est pas comme le prétend Moreau "gagnant gagnant", mais consacre d'abord et surtout la légitimité présidentielle de Zelensky alors qu'il n'est rien d'autre qu'une nouvelle marionnette occidentale et un impuissant incapable de faire respecter le cessez le feu à ses troupes déployées sur le front du Donbass. 

Car avant de se masturber sur les rodomontades du nouveau maître de Kiev et l'idolâtrie d'accords de Minsk stériles, encore faudrait-il que l'officier Moreau prenne le temps de regarder la faisabilité technique de leur application. Car pour arriver à un vrai cessez le feu il faudrait que Kiev :
  • Libère la zone grise que ses troupes envahissent depuis 2016 jusqu'au contact avec les défenses républicaines
  • Retire les pièces d'artillerie supérieures à 100 mm conformément aux accords 
  • Cesse les tirs de provocation et les vols de drones
  • etc...
Il faudrait aussi que les signataires des accords mettent en place des moyens coercitifs pour les faire respecter comme par exemple le gel des subventions accordées à Kiev  après chaque bombardement des populations du Donbass...

Et je parie que on va nous resservir bientôt le joker des casques bleus en force d'interposition et qui sera applaudi par les Moreau and Co si jamais le Kremlin réalise encore une nouvelle reculade diplomatique. Ce déploiement de casques bleus dans le contexte de la guerre civile du Donbass ouvrirai la porte au scénario croate qui par leur intermédiaire a autorisé dans le passé un processus d'épuration ethnique criminelle à l'encontre des populations serbes.

Les femmes et les hommes du Donbass ne sont pas dupes et savent pertinemment que les accords de Minsk cherchent à imposer leur capitulation, tout comme les passeports russes leur offrent une sortie de secours. A part les courtisans et les vautours d'un centre ville artificiel qui s'en iront à nouveau de Donetsk (comme en 2014) pour protéger leurs petits culs de bourgeois, l'immense majorité de la population restera devant leurs maison les armes à la main pour défendre leur liberté et leur indépendance.  

Vraisemblablement le président Pushilin de la République Populaire de Donetsk, bien qu'il accepte dans un certaine mesure le jeu incontournable des diplomaties internationales rappellera bientôt une nouvelle fois qu'elles ne peuvent décider seules de la destinée du Donbass sans l'accord de sa population, laquelle a cette année encore, à l'occasion de la polémique autour du "flash mob maladroit" adressé à Zelensky, réaffirmé sa volonté d'être définitivement séparée de l'Ukraine et d'intégrer la Fédération de Russie, physiquement ou par alliance.

Pour finir, j'invite Xavier Moreau pour sa prochaine visite dans le Donbass à sortir des salons feutrés des ministères et des hôtels de luxe de Donetsk pour passer, non pas une heure sous l'oeil des caméras, mais quelques jours au milieu de sa population vraie, celle dont les discours et les sentiments ne sont pas travestis par les rodomontades propagandistes et les duperies diplomatiques qu'à force de les fréquenter il finit par prendre pour la réalité.

Et reste à espérer que cette reculade du Kremlin n'a été réalisée finalement que pour mieux acculer Kiev au mur de ses engagements et lui sauter ensuite à la gorge...

A bon entendeur salut !

Erwan Castel