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dimanche 1 octobre 2017

Un homme libre au service de la Liberté


Nicolas est un volontaire français arrivé en mai 2015 dans le Donbass. Nous avons servi ensemble plusieurs mois sur le front faisant converger nos motivations différentes au profit de la population du Donbass victime d'une agression militaire à caractère génocidaire lancée par Kiev à l'issue du Maidan (avril 2014).

N'en déplaise aux Gogo, Vitkine et autres chiens de garde de la ploutocratie mondialiste diabolisant la rébellion du Donbass, Nicolas (tout comme Sébastien ou moi même) n'est pas vraiment représentatif de la "fachosphère" francaise, au contraire des autres français venus faire des safaris dans les bataillons spéciaux ukrainiens que nous combattons.

Nicolas est resté un camarade loyal et discret, et son engagement dans les rangs du bataillon Prizrak en République de Lugansk est plus que respectable car il a vécu une période difficile sur le front Au Nord de Debalsevo soumis à des pressions offensives ukrainiennes importantes et meurtrières.

Aujourd'hui Nicolas fait un break bien mérité après 28 mois sous les drapeaux de la DNR et la LNR, mais son paquetage comme son coeur restent prêts pour répondre à l'appel du devoir si le feu de la haine embrase a nouveau sa patroe d'adoption.

Des français ayant porté (légitimement) l'uniforme pour le Donbass, nous ne sommes plus que 3 dont 2 qui rempilons aujourd'hui. Je ne parle pas des autres français(es), imposteurs échoués venus a Donetsk y poser leurs échecs, rancœurs et vices pour espérer gratter dans des treillis immaculés des honneurs et vivre, loin des quartiers bombardés qui sont pourtant leur fond de commerce. comme des petits apparatchiks aux frais des naïfs et des crédules gobant leurs jérémiades de calomniateurs.

Nicolas montre aujourd'hui une maturité métapolitique renforcée par un engagement sur le front du Donbass et surtout, ce qui me plaît beaucoup malgré les nuances idéologiques importantes nous identifiant, il a su conserver un sens critique en dehors des ornières propagandistes et des soumission serviles partisanes.

Il incarne cet engagement de pensée et d'action et cette force de caractère qui permet de se mettre au servie d'un cause sans altérer pour autant sa liberté de pensée.

Erwan Castel


samedi 18 mars 2017

La Foi et l'Espérance

La beauté de la Vie contre la laideur de la Mort


"La guerre… Je vois des ruines, de la boue, des files d’hommes fourbus, des bistrots où l’on se bat pour des litres de vin, des gendarmes aux aguets, des troncs d’arbres déchiquetés et des croix de bois, des croix, des croix… Tout cela défile, se mêle, se confond. La guerre…" 
Roland Dorgelès, "Les croix de bois"

Cette fois, je vous invite à rencontrer une famille qui vit au milieu des ruines près de l'aéroport de Donetsk. Avec leur 2 enfants ce jeune couple a vécu la guerre, restant dans leur maison même au plus fort des combats. Leur histoire, à la fois héroïque et banale symbolise la résistance de ce peuple du Donbass, gardien de ses traditions, animé par la Foi et l'espérance et l'exemple de son Histoire. 
Nous reviendrons à la rencontre de ses femmes et ses hommes d'Oktyabrsky, héros inconnus et désarmés d'une guerre au caractère génocidaire abject et sournois que les Néo-cons ont lancé contre la Russie


Chroniques d'Oktyabrsky - 2



Depuis 3 ans bientôt la haine de Kiev pour les russes du Donbass qui demandent à vivre dans le respect de leur identité culturelle et historique s'est transformée en guerre à caractère génocidaire. Chaque jour et chaque nuit, des bombardements quotidiens ont transformé une ligne de front en champ de ruines apocalyptique au milieu desquelles, contre toute attente, la vie civile s'accroche encore refusant de céder à la peur et à la mort...

C'est le cas d'Oktyabrsky, un quartier qui appartient au district de Kuybichesky et qui est situé au Nord de Donetsk, à proximité de l'aéroport Sergei Prokoviev lequel, depuis mai 2014 de violents combats opposent les forces républicaines et l'armée ukrainienne pour le contrôle de cette zone stratégique et symbolique située à moins de 20 minutes en voiture du centre ville de Donetsk.

Avant la guerre, autour d'un aéroport international flambant neuf qui avait été modernisé à l'occasion de la coupe de l'Euro 2012 de football, ce quartier bordé d'étangs où de petites maisons individuelles alternent avec des immeubles était réputé pour offrir un cadre de vie paisible tout en restant proche du centre ville. Lorsque la guerre éclate ce quartier se retrouve en première ligne et subit les tirs des "punisseurs" ukrainiens qui depuis l'aéroport bombardent la population civile jusque dans le centre ville de Donetsk. De septembre 2014, les milices républicaines vont se lancer à la reconquête de cette zone aéroportuaire qui sera finalement libérée en janvier 2015 (voir un résumé ici)

Ce 17 mars, accompagné de Svetlana Kissileva et Yana Basha de Novorissiya Today que je remercie pour la qualité de leurs photos (et de leur compagnie !), nous partons à la rencontre de Luyba et d'Alekseï qui survivent depuis 3 ans au milieu des ruines de leur quartier.

Malgré les accords de Minsk (Septembre 2014) le quartier d' Oktyabrsky continue d'être pilonné chaque nuit par l'artillerie ukrainienne. Sur cette carte, les bombardements réalisés dans ce secteur en 2016 (sachant que les pires ont été réalisés en 2014 et début 2015)
Malgré la violence des combats et bombardements, un nombre important d'habitants décide de rester dans leurs maisons endommagées, par choix ou par obligation, et depuis 3 ans offrent au monde un exemple de résilience héroïque...

Avec Luyba dans son quartier Photo S. Kissileva
Lyuba, avec son mari Alekseï et leurs 2 enfants, Alexandre et Dimitri, font partie de ses gens exceptionnels qui ont décidé de s'accrocher coûte que coûte à leur sanctuaire résistant à la haine et la mort par l'amour de la vie. Luyba réalisant des visites familiales de l'autre côté du front, nous a demandé de conserver l'anonymat pour se protéger et ainsi que les siens qui sont dans la zone occupée par l'armée ukrainienne. 
Nous avons donc pour cette rencontre, changé les prénoms et évité les photos identifiables.

Depuis 3 ans toutes les vies ici ont été bouleversées, les rêves détruits et l'environnement naturel et social envahi par la mort et les destructions. Lorsque la crise ukrainienne du Maïdan se transforme en coup d'état renversant le gouvernement Ianoukovitch, Lyuba qui suit les événements ne s'imagine pas un seul instant que l'enfer va se déchaîner un jour autour de sa maison. L'inquiétude va commencer à surgir en avril lorsque les premiers combats éclatent à Slaviansk (100km au Nord Ouest de Donetsk) et à partir de là, les événements comme les orages d'acier se précipitent vers la ville aux 1 millions de roses. 


Le jardin bombardé quelques minutes après que la famille soit partie se réfugier dans la maison
Cette jeune femme à la beauté rayonnante se souviendra certainement toute sa vie de ce 26 mai 2014, jour où la guerre fit irruption dans sa vie quand son père jouait avec ses enfants dans le jardin. Des chasseurs bombardiers ukrainiens ont alors crevé l'azur du ciel déchaînant l'enfer sur les abords de l'aéroport que des miliciens venaient de prendre sous leur contrôle.

Le quartier où habite Lyuba et Aleksei, transformé en paysage lunaire
par les combats de 2014-2015 et qui continue à subir quotidiennement
des bombardements ukrainiens en provenance d'Avdeevka et Peski.
Photo Yana Basha
Car cette famille habite à quelques centaines de mètres à peine de l'aéroport et se retrouve alors aux premières loges d'une des plus violentes batailles réalisées dans le Donbass et qui va se poursuivre pendant des mois avec des bombardements tellement intenses que les services d'urgence ne peuvent intervenir sur le secteur où chaque jour des civils tombent sous les obus. L'électricité, l'eau et le gaz sont coupés, et autour de Luyba, d'Alekseï et de leurs deux enfants, les maisons s'effondrent sous les incendies et les coups directs de l'artillerie lourde et des chars de combat ukrainiens. 

L’aîné des 2 garçons, lorsque les bombardements s'abattent sur le quartier subit un traumatisme psychologique grave, il perd l'usage de la parole et depuis, il est suivi par un pédo-psychiatre qui tente de chasser de son esprit la peur des "orages" qui depuis plus de 2 noëls tonnent en permanence dans le ciel. Grâce aux dons j'espère pouvoir prendre en charge une grande partie des soins qui aujourd'hui sont devenus exorbitants pour ses parents (voir en fin d'article).

Lorsque les canons et les avions de chasse ukrainiens commencent à écraser la population sous leurs tirs, comme beaucoup de pères, de maris, de frères, le compagnon de Luyba s'engage dans la milice pour défendre sa terre. Alexeï se battra sur les fronts de Gorlovka et Donetsk avant d'être réformé suite à une blessure.
Pendant cette période, la mémoire de Luyba déborde de souvenirs à la semblance de cauchemars, hurlements perçant le fracas des combats , les vitres qui explosent les toitures qui s'effondrent sur les incendies, puis les morts et les blessés que l'on évacue comme on peut entre 2 bombardements, plus tard ce sont les chiens et les chats errants affamés qui dévorent mutuellement leurs cadavres rougissant la neige. 

Trop d'images sombres se bousculent à l'évocation de cette guerre et le beau regard de Luyba se noie dans ses souvenirs aux plaies encore ouvertes.



En 2015, après que les soldats républicains aient chassé les derniers "cyborgs" ukrainiens du labyrinthe d'un aéroport complètement détruit, la situation dans le quartier s'est stabilisée malgré la persistance de bombardements et de combats sur une ligne de front qui s'est éloignée seulement dun kilomètre. 

Mais pour cette jeune femme de 30 ans le cauchemar continue, son mari qui avait été admis à l'hôpital 21 du quartier (lequel subit plusieurs bombardements) après plusieurs mois de coma et 3 opérations cérébrales décède. Luyba est effondrée mais reste debout au milieu des ruines en protégeant ses 2 garçons comme elle le peut. Cette année là, rue après rue, maison après maison, l'eau et l'électricité sont rétablis progressivement et en 2016, les réparations des logements encore habités peuvent commencer grâce à l'aide humanitaire en provenance de la Russie et l'organisation remarquable du jeune Ministère des situations d'urgences.

Photo Svetlana Kissileva
Luyba, qui travaillait avant la guerre dans une administration d'Etat au centre de Donetsk, gère aujourd'hui un petit commerce situé à 1 kilomètre plus au Sud près d'une gare mais dont l'activité commerciale a complètement chuté à cause de la guerre (la gare a connu également plusieurs bombardements et jusqu'à ce mois de février 2017), aussi la famille réussit-elle à peine à survivre dans leur maison endommagée, avec de maigres revenus qui ne permettent ni investissement ou réparation quelconque...

Mais malgré cela, la vie continue et l'espérance fleurit dans toutes les conversations autour d'un café servi selon les traditions de l'hospitalité qui maintiennent élevés la dignité et le respect qu'elle inspire en retour.

Luyba nous a invité à découvrir son quartier où dans les ruelles silencieuses et sans voiture; bornées de maisons, d'écoles et de magasins totalement détruits, survit une population incroyable qui réalise même toujours, au milieu des cratères d'obus et des débris de la guerre, le nettoyage printanier coutumier des jardins et parterres...

Car c'est aussi dans ces gestes quotidiens, ménagers et traditionnels qu'au milieu des ruines d'Oktyabrsky la Vie gagne son combat sur la Mort et tel un Phoenix réaniment Oktyabrsky de ses cendres. Lorsque l'on évoque les guerres on parle souvent des héros qui écrivent en lettres de sang l'Histoire militaire et glorieuse, mais il ne faut pas oublier ces civils qui dans l'ombre des maisons silencieuses continuent malgré la peur et la misère à entretenir la flamme du foyer qui brûle dans le coeur des soldats et leur donne le courage de se battre.

Nous continuons la discussion, tandis que dehors résonnent des tirs de lance grenades automatiques (AGS 17) qui explosent dans le secteur de l'aéroport dont le terminal est tenu depuis 2 ans par la bataillon Sparta. 
Plus tard, en fin d'après-midi, passant par les secteurs de Volvo Center et de la Gare, récemment touchés par des bombardements, nous retournons dans le centre ville bruyant de Donetsk, cet autre facette du Donbass, elle aussi surréaliste, et aux antipodes d'une ligne de front pourtant toute proche, que je m'empresse de rejoindre...

Il est 6h30 ce samedi 18 mars, et comme chaque matin, l'artillerie ukrainienne ouvre la journée par des aboiements de haine meurtrière... 

Je pense à Yulia,  Katia, Luyba, Alexandra, Sergeï, Andreï et tant d'autres qui sont dans ce quartier où j'ai décidé de vivre depuis 2016, et où l'on peut côtoyer chaque jour des personnes dont le courage et l'humilité sont animés par une foi indestructible et qui leur donnent encore la force, au milieu de ruines toujours bombardées, d'offrir aux passants un sourire chargé d'espérance.

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya

Pour retrouver de nombreuses autres photos de ce reportage :

Le reportage en russe, le lien ici : Espoir et foi   
Le reportage en français, le lien ici : Lyuba du quartier d'Oktyabrsky 


Lyuba dans son petit magasin avec ses 2 enfants 



Pour lire les autres chroniques et articles sur ce quartier de l'aéroport, le lien ici : Oktyabrsky

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Projet humanitaire pour Oktyabrsky

Lorsque les dons personnel reçus dépassent mes besoins minima de vie quotidienne  je consacre alors le surplus à aider les gens de mon quartier, notamment les personnes âgées et les familles bombardées. S'il est impossible d'aider tout le monde, il est aussi difficile de choisir vers qui diriger es actions importantes tant il y a de personnes prioritaires. Hier par exemple c'était Yulia et Alex pour la réparation de leur maison bombardée (38 500 roubles environ) et aujourd'hui, pour la famille de Luyba, grâce aux dons, j'ai pu déjà leur donner 8000 roubles pour aider au règlement des frais médicaux de leur enfant malade. Mais ce n'est pas assez car ces frais s'élèvent à 50 000 roubles par trimestre sans compter les déplacements vers la ville où est traité l'enfant et qui est située à plus de 200 km. 

Même si la Russie et la République de Donetsk apportent une aide importante notamment pour les matériaux de reconstruction des maisons bombardées, il manque encore pour de nombreuses habitants des besoins importants pour leur permettre de survivre. (alimentation, équipements, vêtements, fournitures scolaires, médicaments,travaux, transports etc...)

Il faut savoir qu'ici la majorité des personnes qui sont restées dans le quartier vivent avec moins de 50 euros par mois et, même si la vie est beaucoup moins chère que dans notre Occident consumériste et décadent, cela ne permet pas malgré tout de restaurer le confort de vie minimum que la guerre a détruit. 

Chaque jour c'est un billet glissé dans la poche d'un mendiant, une facture de gaz payée, ou des réparations réalisées, mais j'avoue que cette aide est autant une pierre de Sysiphe qu'une goutte d'eau dans l'océan... Grâce à la générosité des personnes qui me soutiennent j'ai pu aider une quarantaine de personnes depuis de début de l'année, et je veux continuer et si possible développer cette action.

Si vous voulez aider les gens d'Oktyabrsky, merci d'envoyer vos contributions de soutien sur le compte référencé ci après à partir duquel sont envoyés des virements vers le Donbass, en mentionnant "OKTYABRSKY" et aussi si possible vos coordonnées.

Les dons sont ensuite regroupés et directement adressés aux personnes aidées par mandat Western Union, le seul moyen de faire parvenir de l'argent en international.

Observation: la plus petite somme (l'équivalent d'un paquet de cigarette) est ici la bienvenue et vitale ici.

En vous remerciant par avance de votre soutien moral et matériel 

Bien à vous 


Erwan



mercredi 9 novembre 2016

Un sourire au milieu des ruines

Survivre dans le quartier d'Oktyabrsky 

Sur la ligne de front, au Nord de Donetsk des familles continuent à survivre au milieu des ruines 

Il existe bien aujourd'hui 2 Donetsk qui offrent au visiteur à vingt minutes de trajet la réalité de 2 antipodes surréalistes :

  • D'un côté, le centre ville, qui semble recouvert d'une bulle spatio-temporelle sous laquelle une vie privilégiée s'organise entre les Ministères, les salons et les restaurants luxueux. Dans ce coeur de la DNR, l'élite républicaine tente de maintenir le cap tracé en 2014 par la rébellion malgré les tentatives de détournement d'une meute de vautours qui cherchent a créer autour du pouvoir une cour de nouveaux apparatchiks s'auto congratulant à force privilèges et médailles. 
  • Puis, sans transition il y a la "ligne de front" c'est à dire la périphérie Nord et Ouest de la cité rebelle où depuis plus de 2 ans les bombardements ukrainiens rappellent cruellement la vraie vie quotidienne des femmes et des hommes du Donbass. Les noms de ces quartiers résonnent depuis 2 ans comme la douloureuse litanie d'un martyrologe sans fin : Aleksandrovka, Trudovsky, Petrovsky, Staromikhaïlovka, Kuybishevsky, Peski, Spartak etc...
Au Nord de Donetsk le quartier d'Oktyabrsky où j'habite depuis 1 an bientôt fait partie de cette ceinture de feu qui délimite le nord de la cité. Ce secteur est devenu au fil des combats et des bombardements qui le frappent depuis mai 2014, un véritable champ de ruines, symbole de cette agression insensée ordonnée par le pouvoir pro-atlantiste mis en place par Washington lors du coup d'état du Maïdan. 

J'ai eu déjà eu l'occasion d'évoquer ce quartier symbolique de Donetsk parsemé d'éclats d'obus de mortiers, de canons où la quasi totalité des maisons, quand elles n'ont pas été entièrement détruites par la guerre, en portent les profondes stigmates (voir le marché de la Gare, et le monastère d'Iversky par exemple)

Aujourd'hui, je vous invite à regarder à nouveau ce quartier à travers le témoignage d'une femme à la fois extraordinaire et ordinaire car depuis plus de 2 ans elle survit comme tant d'autres habitants du Donbass au milieu des ruines avec un courage inouï qui n'a d'égal que l'amour qu'elle porte pour cette terre noire dans laquelle sont cultivés à la fois son héritage familial et ses rêves de bonheur...


Un quartier au coeur de la tourmente 


Oktyabrsky se situe au Nord de Donetsk, entre les villages de Peski à l'Ouest et Spartak à l'Est et la clef de voûte de ce quartier est l'aéroport international Sergueï-Prokofiev. Ce complexe aéroportuaire qui avait été entièrement modernisé à l’occasion du championnat de football de l’Euro 2012, n'est pas seulement un objectif stratégique vital pour le contrôle de la ville mais également la fleuron et le symbole de la prospérité de cette région minière, la première région économique d'Ukraine. 

Lorsque la guerre éclate, Yulia et son mari Alexeï après un séjour de 4 années en Irlande étaient revenus s'installer sur leur terre natale les sacs à dos remplis de projets. Lorsque l'opération spéciale antiterroriste est dirigée par Turtchinov puis Porochenko contre la population du Donabss, Alexeï est alors chef d'entreprise et Yulia travaille dans une entreprise à Makeevka au Nord Est de Donetsk. 

Alors qu'à 100 km au Nord Ouest, Igor Strelkov et ses miliciens dans des combats acharnés fixent le gros de l'armée ukrainienne autour de Slaviansk et Kramatorsk assiégées, Kiev lance un premier assaut aéroporté sur l'aéroport de Donetsk, que 200 miliciens viennent d'investir le 26 mai 2014. Ces combats particulièrement violents soulignent l'importance stratégique de cette zone: des unités héliportées ukrainiennes reprennent l'aéroport grâce à des appuis aériens réalisés par des chasseurs bombardiers Sukhoï 25, Mig 29 et des hélicoptères d'assaut Mi24. Les miliciens vont réussir à circonscrire l'attaque ukrainienne à la zone aéroportuaire dont il engagent alors le siège. 

Oktyabrsky se retrouve au premières loges de l'Histoire...

Le 5 juillet, menacé d'un encerclement total et d'un anéantissement de ses forces,Strelkov se replie de Slaviansk vers Donetsk, talonné par les unités blindées ukrainiennes qui arrivent aux portes de Donetsk le 11 juillet 2014. Secoué par des tirs sporadiques depuis 1 mois,  le champ de bataille de l'aéroport entre alors de nouveau en éruption violente. Les forces séparatistes tentent de reprendre le contrôle de la zone aéroportuaire à partir de laquelle l'artillerie ukrainienne acheminée commence à bombarder la ville. L'assaut républicain est repoussé par les ukrainiens et les combats se transforment rapidement en violents duels d'artillerie. Le feu de Kiev s'abat alors sur Oktyabrsky, plongeant brutalement Donetsk au coeur de la tourmente. Yulia se souvient :

"Toute la nuit les bombardements avaient fait trembler les murs de la maison, et ce matin là, lorsque je suis partie sur la route du travail  j'ai du faire demi tour effarée par le nombre de corps qui jonchaient les rues du quartier... je me suis réfugiée chez moi en pleurant. Quelques jours plus tard l'artillerie lourde ukrainienne a pilonné à nouveau le quartier, touchant entre autres le terrain de sport de l'école voisine. Plusieurs jeunes qui y jouaient ont étaient fauchés par les tirs, dont un garçon  de 12 ans qui a été décapité . Plus tard mon chien trouvera un morceau de sa tête éparpillée aux alentours, c'était horrible !"

Plus de 70 000 habitants quittent alors Donetsk effrayés par la violence des combats qui s'abattent sur leur cité magnifique et paisible forte d'un million d'âmes, mais la plupart décident de rester par choix ou aussi parce qu'ils n'ont pas le choix et beaucoup, hommes et femmes révoltés par cette agression insensée et génocidaire rejoignent alors en masse les rangs de la milice et  se précipitent au devant des blindés ukrainiens qui menacent leurs foyers. Alexeï, le mari de Yulia fait partie de ces volontaires qui avec de maigres armes mais un courage immense se lancent dans la défense héroïque de Donetsk. 

Les bombardements s'intensifient frappant chaque jour et chaque nuit des zones résidentielles à l'arrière de la ligne de front pourtant vides d'objectifs militaires. Yulia décide alors de se réfugier dans son garage situé juste à côté de la petite maison héritée de ses parents mais dont les murs de briques dépourvus de fenêtres et surtout la fosse d'entretien bétonnée lui offrent une meilleure protection  contre les bombardements.

"J'ai vécu pendant 7 mois dans ce garage où j'avais déplacé beaucoup de mes affaires, et je me réfugiais chaque nuit dans la fosse d'entretien pour essayer d'y dormir un peu entre 2 bombardements", se souvient Yulia.

Pour survivre Yulia trouve des petits jobs dans Donetsk, et en décembre 2014 elle décide, malgré le danger de retourner vivre dans sa maison qui est plus adaptée aux conditions hivernales que le garage devenu glacial.

Nous sommes en janvier 2015, depuis septembre et malgré la signature des accords de Minsk, les forces ukrainiennes déployées dans l'aéroport de Donetsk continuent de bombarder régulièrement la ville de Donetsk, obligeant les forces républicaines a engager alors une contre-offensive début octobre 2014 pour les déloger de ce dernier espace public de la ville occupé par  Kiev. Les combats violents contre les "cyborgs" ukrainiens parmi lesquels on compte de nombreux mercenaires occidentaux vont durer 3 mois, jusqu'au 21 janvier 2015 où Kiev reconnait avoir perdu le contrôle de l'aéroport qui n'est alors plus que ruines dantesques.

L'aéroport de Donetsk le 16 janvier 2015
"Quelques jours après avoir quitté le garage pour vivre à nouveau dans ma maison, un nouveau bombardement de l'artillerie lourde ukrainienne a frappé notre rue... c'était l'enfer !  Le garage et la maison voisine ont été touchés de plein fouet par des obus de 152mm tirés par des obusiers 2S3 Akatsiya et qui les ont complètement détruits" 

Le garage détruit la carcasse de la voiture et la fosse d'entretien qui servit d'abri pendant 7 mois
Malgré les bombardements qui continuent, les voisins se précipitent vers les lieux bombardés pour secourir les victimes de la folie ukrainienne. Dans la rue enfumée par les incendies, l'étage du garage s'est effondré sur la voiture et l'incendie qui fait rage menace de se propager à la maison de Yulia et Alexei aux fenêtres explosées et dont la toiture et les murs en bois sont criblés et percés par les éclats d'obus. Par miracle personne n'a été blessé et malgré la peur tous les effort se concentrent pour éteindre les flammes...

L'incendie est maîtrisé malgré les bombardements qui continuent à frapper le quartier, et lorsqu'une voisine venue secourir Yulia retournera chez elle quelques moments plus tard elle découvre que sa maison touchée de plein fouet par un obus ukrainien n'est plus qu'un amas de murs et poutres calcinés ! :


Pendant cette terrible période, Yulia vit également le décès de ses 2 parents à quelques mois d'intervalles,: l'enfer et la malédiction semblent s'être donné rendez-vous dans le bal de sa vie. Mais ici dans le Donbass l'Histoire a appris aux femmes et aux hommes nés à l'ombre des terrils à ne jamais baisser les bras et à conserver en leurs coeurs même meurtris la Foi et l'Espérance. Yulia s'accroche à cette maison qui était celle de ses parents et dans laquelle elle survit aujourd'hui avec Alexeï qui est revenu du front, malgré que les bombardements aient détruit les alimentations en eau, en gaz et électricité. 

Aujourd'hui, le couple reconstruit patiemment pierre après bois leur maison martyrisée, tandis que quotidiennement l'artillerie ukrainienne continue chaque nuit ses pilonnages du secteur. Yulia travaille depuis plusieurs mois à mi-temps dans un petit restaurant pour un salaire qui suffit à peine à survivre. En fin d'après midi après être rentrée à pied de son travail, ce petit bout de femme qui pourrait donner des leçons de courage à de nombreux hommes qui paradent dans les bars, se précipite dans son lit pour dit-elle "m'assurer de quelques heures de repos avant que ne reprennent les bombardements ukrainiens". En effet chaque soir entre 22h00 et 02h00 (plus tôt depuis une dizaine de jours) les ukrops nous gratifient dans ce quartier de tirs de mortiers, de tanks et d'artillerie lourde.

Malgré cet enfer, cette femme du Donbass, contre toute attente garde le sourire et nous donne à chaque instant de sa vie une leçon de courage et d'humilité que beaucoup d'occidentaux geignards et désabusés, vautrés dans leur fauteuils en cuir devant leurs écrans plats devraient méditer. 

Au milieu des ruines inutiles, le sourire pur de la vie reste intact, animé par les forces invincibles de la Liberté et de la Foi
La capacité de résilience de ce peuple magnifique est certainement la force la plus extraordinaire qu'il m'ait été donné de rencontrer dans ma vie. Chaque jour passé ici je ne cesse d'admirer ces femmes et ces hommes du Donbass qui malgré le déferlement de haine et d'indifférence qui s'abat chaque jour sur eux n'ont jamais cédé ni à la peur ni au désespoir. 

Loin des buffets rutilants où des honneurs sont distribués à des imposteurs venus lécher les bottes (pour rester poli) du gouvernement de la République de Donetsk, je suis fier d'être ce quidam de la lointaine Guyane venu vivre quotidiennement au milieu de ces ruines et témoigner de la noblesse d'âme de ce peuple slave hors du commun. Yulia, Alexeï et tant d'autres sont les gardiens exemplaires des valeurs civilisationnelles européennes qu'il est grand temps de réveiller dans les coeurs des occidentaux corrompus.

Loin des honneurs serviles ils incarnent en toute humilité l'Honneur du peuple russe.

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya

"Promenade" au milieu des ruines d' Oktyabrsky

Malgré les accords de Minsk (Septembre 2014) le quartier d' Oktyabrsky continue d'être pilonné chaque nuit par l'artillerie ukrainienne. Sur cette carte les bombardements réalisés dans ce secteur en 2016 (sachant que les pires ont été réalisés en 2014 et début 2015)


La maison de Yulia et Alexeï, fenêtres explosées, murs et toitures éventrées...
Dans un quartier voisin les immeubles n'ont pas échappé à la haine de Kiev
Certaines rues pourtant loin des positions défensives républicaines ont été entièrement détruites 
La belle mosquée de Donetsk reste épargnée au milieu des bombardements 
Mais derrière de nombreux  portails éventrés règne le chaos et la désolation


Un petit clin d’œil moscovite sur cette terre russe dans son coeur et sa chair


Que des bonnes fées continuent à protéger ...



Comme Yulia que je remercie de fond du coeur de m'avoir accueilli pour ce témoignage 


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S'il vous plaît, pour m'aider dans ce travail de réinformation

Si l'argent est le nerf de la guerre il est malheureusement également aussi celui de la réinformation pour laquelle j'ai décidé de me consacrer seul et à plein temps malgré une absence actuelle de revenus et une censure de mon travail par les agences de presse occidentales collabos ... et locales, obsédées par la recherche du monopole de l'information.

Merci d'envoyer vos contributions de soutien sur le compte référencé ci après à partir duquel sont envoyés des virements vers le Donbass

Observation : la plus petite somme (équivalent à celle d'un paquet de cigarette) est la bienvenue et vitale ici.

En vous remerciant par avance de votre soutien moral et matériel 

Bien à vous 
Erwan





samedi 28 novembre 2015

Aleksandr, la pierre d'angle de l'unité

De la Russie au Donbass en passant par la Légion



Depuis 3 mois un volontaire de grande valeur est présent au sein de notre groupe de volontaire, et ceux qui ont l'habitude de me lire savent que je suis avare des superlatifs, et si je fais une exception c'est bien parce que Aleksandr Nabiev est un homme exceptionnel.

Ce russe né dans sur les plateaux de l'Oural près de Tcheliabinsk il y a 37 ans.  Après avoir travaillé dans des mines de charbon Aleksandr s'est engagé dans l'armée pendant 3 ans,et passionné d'Histoire militaire il s'intéresse alors à l'aventure de la Légion Étrangère française au point de rejoindre ses rangs et servir sous le képi blanc pendant 10 années, pendant lesquelles il servira au 2ème Régiment Etranger Parachutiste à Calvi ,puis au 1er Régiment Etranger à Aubagne.

Durant ce passage à la Légion, Aleksandr s'est également intéressé avec passion à la France, sa culture, son Histoire, et sa maîtrise parfaite de notre langue au point de pouvoir réaliser des traductions instantanées montre à quel point il a su enrichir son identité d'un héritage français fondé sur les valeurs de nos traditions...

Dès son arrivée dans le groupe Aleksandr s'est lui même proposé pour non seulement traduire les conversations mais aussi pour nous donner des cours de langue russe. Attentif et modeste Aleksandr qui est devenu le chef du 3ème groupe a su imposer au groupe un style fondé sur l'exemple et avec Dietrich le chef du 1er groupe ils forment l'ossature opérationnelle et expérimentée de la section.

Homme de Fidélité autant que de culture, Aleksandr a fait rapidement preuve de compétences militaires essentielles servies par une connaissance technique approfondie, un sens du terrain et une audace calculée...


" BOULE DE FEU  ! "
Aleksandr au cours d'une mission d'infiltration vers des blindés d'infanterie ukrainiens 
Au cours des dernières semaines, "Apach" a réalisé des missions de reconnaissance risquées, infiltrant au milieu de zones minées et observées les lignes ennemies pour détecter la nature des unités ukrops s'y terrant sur leurs bases d'assaut. Le calme de la vielle légion reste la caractéristique de ce combattant aguerri menant avec calme et maîtrise son groupe au plus près de l'ennemi.

Une aventure militaire n'existe en vérité qu'à travers sa dimension humaine, le reste n'étant que longs moments d'attente entrecoupés par le fracas fulgurant de combats qu'on ne peut évaluer pleinement qu'après leur extinction... L'intensité de la vie militaire n'est que l'écho des valeurs humaines qui l'écrivent à force de sueur et de sang.

J'ai aujourd'hui la chance et surtout l'Honneur de côtoyer des Hommes exceptionnels, de tous les âges et origines, aux motivations diverses mais soudés autour d'un engagement commun au service du Donbass. Si cette unité, petit maillon de la grande chaîne militaire qui protège les jeunes Républiques de Donetsk et Lugansk, constitue aujourd'hui un édifice solide c'est grâce à des hommes tel que Dietrich ou Aleksandr qui en sont les pierres d'angles.


Erwan Castel, volontaire en Novorossiya


Aleksandr et Dietrich, au cours d'un entrainement tactique, des hommes au grand coeur rigoureux et chaleureux
La présence de russes dans les rangs de la Légion Étrangère n'est pas anecdotique, elle est même une composante fondatrice de ce corps d'élite qui compta jusqu'à 75 % de russes au moment du grand exode des russes blancs fuyant la révolution bolchevique.

"J’étais Général, mon Colonel"

Par Ilia-Lakstygal

Défilé de la Légion à Orange pour ses 40 ans de garnison
"J’ai un ami aventurier. En été 2013, après avoir économisé une grosse somme pour partir pour Paris, Il intégra la Légion étrangère, en espérant gagner de l’argent pour acheter un appartement à Moscou et obtenir le passeport français.

La guerre, dit-il, c’est une occupation naturelle de l’homme. Il rêvait des combats dans les déserts d’Afrique ou au Proche-Orient et s’imaginait lui-même dans le nouveau Lawrence d’Arabie. Mais il s’en évada trois semaines plus tard. En fait, il trouvait son futur service dangereux, trop dur et mal payé. Il revint en Russie avec pleins d’autres projets fous.

Aujourd’hui, la Légion étrangère se compose de français (par exemple, le célèbre Guy Marchand était légionnaire dans sa jeunesse), des originaires des pays post-soviétiques et russophones, ainsi que des gens d’Europe d’Est, d’ex-Yougoslavie, d’Afrique et d’Amérique du Sud. La Légion fut fondée dans les années 1830 pour aider l’expansion coloniale française et pour nettoyer la métropole des émigrés et des éléments criminels. Jusqu’à nos jours, elle attire des hommes qui n’ont que leur volonté de combattre. Des gens privés de leur patrie ou chassés par la justice peuvent obtenir asile au sein de la Légion. Et en échange du sacrifice de leur vie et de leur sang, et tout en mettant leur expérience militaire pour la gloire et les intérêts de la France dans le monde entier, il peuvent obtenir de l’argent et la citoyenneté française.

Au XX siècle, les officiers russes qui perdirent leur pays dans les combats sanglants de la guerre civile avaient obtenu une grande expérience militaire. Beaucoup d’entre eux étaient des vétérans de la Grande Guerre. Les premiers soldats russes apparurent dans la Légion au début de XXème siècle. C’étaient des natifs de la Pologne russe, des allemands des régions occidentales de L’Empire Russe.


C’étaient des aventuriers. Il y avait des exemples exotiques comme ce jeune et pauvre étudiant Nicolas Lossky : un philosophe religieux en devenir. En 1916, au cours de la Grande Guerre, la Russie envoya son Corps Expéditionnaire au secours de la France. Après le coup d’Etat d’octobre 1917 en Russie, la mutinerie et la décomposition du Corps, quelques centaines d’officiers et des soldats russes fidèles au pouvoir légitime formèrent un noyau russe à la Légion étrangère. Ils prirent part aux derniers combats de la Grande Guerre de 1918.

En 1918 la Légion aussi apparut au Nord de la Russie pour soutenir les militants locales, fidèles aux devoirs de L’Alliance contre les bolchéviques et pour restaurer le front de l’Est. La plupart des effectifs du nouveau bataillon fut formée des habitants de cette région. A vrai dire, le bataillon engagé dans les combats contre les bolchéviques en 1918-1919, fut comme les autres régiments français évacué vers la fin de 1919. La cause est à imputer à l’impuissance de l’Entente de mener une politique d’intervention militaire en Russie, après la fin de la Grande Guerre et l’inclination des troupes françaises en Russie à la mutinerie…

La véritable histoire des russes au sein de la Légion étrangère commença en novembre 1920 à Constantinople, occupé par des puissances de l’Entente, où plus de 150 milles réfugiés russes (les restes de L’Armée Blanche, les fonctionnaires, les intellectuels avec leur familles) arrivèrent de l’exil volontaire sans moyen, sans espérance, privés de fierté et de leur patrie. La guerre civile toucha à sa fin. Les Blancs perdirent leur parti. Ils s’enfuirent de la Crimée, prise par les Rouges. Les français et les anglais (les anciens alliés de la Russie et du mouvement Blanc) placèrent leurs alliés les plus successifs dans des camps de réfugiés qui ressemblaient plutôt à des camps de concentration (au Gallipoli et sur Lemnos). La plupart des réfugiés n’avaient pas de profession civile.

1er régiment étranger de cavalerie au Maroc
Dans ces camps, les recruteurs de la Légion étrangère apparurent. L’Empire colonial français s’agrandit après la Grande Guerre et elle avait besoin de soldats pour étouffer les soulèvements dans les nouveaux territoires – en Syrie, en Algérie, au Maroc et au Liban. Pour les anciens militaires russes – mais également pour les soldats, officiers et généraux – il fallait choisir entre la faim, la misère, l’humiliation et la profession d’un simple mercenaire. Les recruteurs français promettaient 100 francs par mois et 500 francs d’avance. En réalité c’étaient d’abord 7 francs par mois, mais cela n’empêcha pas que plus de 10000 réfugiés participèrent à la Légion Etrangère de 1920 à 1940.

Le 1er Régiment Etranger de Cavalerie fut un des premiers régiments russes de la Légion. Fondé en 1921 en Sousse (Tunisie), il se composait de 128 soldats russophones (parmi eux, 30 officiers, en outre un ancien colonel et un ancien général) et 33 cosaques. Selon la légende, quand le colonel français révéla qu’il y avait un général russe sous son commandement (Quelle rang avais-tu ? – J’étais général, mon colonel), il le salua comme un supérieur. Ceci n’est pas un mythe d’ailleurs, mais il illustre bien la misère des anciens militaires russes et la chute des rangs sociaux.

23ème escadron de Légion marocain
Dès sa naissance, le 1er régiment fut engagé dans les combats en Syrie et au Maroc. Peu après, le flux des russes remplit d’autres régiments de la Légion. Par exemple il y avait 500 russes dans le 3e Régiment Etranger (au Maroc). Dans le 1er régiment, plus de 3500 soldats russes servaient. Dans les années 1920, les russes faisaient 75 % de l’effectif de la Légion entière. 5 % des soldats russes étaient les prisonniers de la Grande Guerre des prisons allemandes (1918), 10 % les anciens soldats du Corps Expéditionnaire Russe(1917), 25 % les restes de l’Armée du Sud de la Russie de Dénikine (1919) et 60 % les réfugiés de la Crimée, débris de L’Armée Russe du général Vrangel (1920).
L’attitude des chefs français envers les soldats russes étaient loin de la légende sur le colonel et le général. Mais d’un autre côté, les russes méritèrent le respect du commandement dans les sanglants combats, d’abord au Maroc pendant la Guerre du Riff (1921-1926) où le 1er régiment fut engagé en particulier. En effet, les légionnaires russes oppressèrent l’insurrection des Druses en Syrie (1925). Ils apparurent aussi en Algérie, en Tunisie, au Liban, en Indochine et combattaient dans les déserts africains et proche-orientales, dans les montagnes libanaises et jungles d’Asie, contre les rebelles qui se dressaient contre L’Empire Colonial Français.

L’implantation des anciens officiers et soldats russes a permis d’augmenter le niveau culturel des certains régiments légionnaires– parmi eux il n’y avait que 2 % d’analphabètes. Ce n’est pas étonnant, la plupart d’entre eux avaient des diplômes civils ou étaient des officiers professionnels. Les crimes des soldats russes étaient relativement rares. Les indigènes arabes qui craignaient autrefois les légionnaires français, n’avaient pas peur de soldats en permission après l’arrivée et l’intégration des russes. Les habitants de la Syrie et de l’Algérie oublieront une coutume bizarre qui, selon les mémoires d’un légionnaire russe (Nicolas Matline, légionnaire 1920 – 1927) existerait dans les endroits où les régiments de légionnaires s’installaient: quand on laissait les légionnaires pour la permission, un trompette faisait signe et tous les magasins, tous les cafés fermaient rapidement et les habitants se cachaient. Au contraire, les légionnaires russes établirent le contact avec les arabes et la mauvaise réputation de la Légion fut oubliée temporairement.

Légionnaires russes. 1925
Malgré les conditions difficiles, le besoin de biens nécessaires et les batailles fréquentes, les légionnaires russes tachèrent de maintenir leur niveau culturel. Par exemple, la bibliothèque russophone fut fondée à Sidi Bell Abbès (1ee régiment, Algerie) et elle devint la plus grande bibliothèque de la Légion. En 1925, elle ouvrit une filiale à Fes (3e régiment, Maroc) et deux autres filiales. A Beyrouth, les légionnaires russes avaient même organisé un orchestre. Parmi les hommes russes dans les régiments de la Légion dans les années 1920s-1930s, on peut trouver le poète et historien Turoverov, l’écrivain journaliste Pechkov (filleul de l’écrivain russe Maxim Gorky) et beaucoup d’autres encore.

Certains réfugiés russes ont servi sous la Légion jusqu’à la fin des années 1940s, en Algérie et en Indochine. Selon les données de la Légion, de 1920 à 1933, seuls plus de 100 légionnaires russes furent tués du Maroc en l’Indochine. C’est sans compter des nombreux russes inscrits comme étant allemands, tchèques, polonais, etc. La cause était simple. Dans les années 1920, les dirigeants de l’émigration russe rêvaient de la suite de leur lutte contre les Rouges. Ils comptaient former une  troupe en mobilisant les anciens militaires russe en vue d’une soudaine expédition de revanche. Le Général Vrangel – le chef de ROVS (organisation des militaires russes en exile – L’Union générale des combattants russes) était chargé du dénombrement des ex-militaires russes au sein de la Légion. Ceux qui se soustrayaient à ce dénombrement étaient accusés de traitrise de la Cause Blanche et de la Cause russe. C’est ainsi que certains d’entre eux se sont inscrits à la Légion comme originaires d’autres pays pour éviter ce déshonneur. On ignore toujours le nombre de pertes exactes des légionnaires d’origine russe dans les années 1930 et dans les combats au cours de la Deuxième Guerre Mondiale.


Ilia-Lakstygal

Sources de l'article :

- Site la Russie francophone, le lien : ICI

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