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lundi 15 août 2022

Les perspectives multiples du conflit russo-ukrainien

A l'occasion de différentes discussions, je m'aperçois qu'il est vital de rappeler les origines et le contexte du conflit russo-ukrainien, afin d'évacuer les poncifs et les mantras propagandistes d'un narratif occidental mais aussi d'une propagande occidentale pro-russe fantasmée qui n'est souvent qu'un plagiat de la propagande occidentale pro-ukrainienne, tout aussi fantasmée et ridicule.

Plusieurs géopoliticiens et analystes stratégiques légitimes ont donné depuis l'expansionnisme hégémonique de l'OTAN des points de vue convergents et chargés d'avertissements communs et dont la tragédie qui depuis 2014 incendie frappe à nouveau cette région pontique confirme leur justesse.

Cette analyse réalisée par Jean de Gliniasty, un diplomate français qui fut ambassadeur de France en Russie, me parait une des plus complètes et honnêtes que j'ai eu l'occasion d'entendre. Elle remet l'actuel conflit dans ses perspectives historiques, géopolitiques et idéologiques actuelles. Je ne suis pas forcément d'accord avec certaines de ses opinions personnelles (certaines même me hérissent le poil) mais cependant elles restent intéressantes et révèlent la complexité de la réalité que trop de courtisans ou procureurs politico-médiatiques (souvent auto-proclamés) veulent simplifier jusqu'à cette caricature manichéiste que je hais par dessus tout.

Bonne écoute !

Erwan Castel

mercredi 8 juin 2022

Le courage et le choc

Soldat des forces spéciales russes en opération sur le front de Zaporodje

Depuis février 2014 Washington, ce grand exécuteur des ordres criminels de la ploutocratie mondialiste, a poussé l'Europe dans une cinétique infernale: coup d'Etat du Maidan, retour de la Crimée en Russie, représailles économiques, conflit dans le Donbass, refus de Kiev d'appliquer les accords de paix,  processus d'intégration de l'Ukraine dans l'OTAN, rejet par Washington des proposions russes de sécurité collective, projet de doter l'Ukraine de l'arme nucléaire, autant d'aggravations successives et exponentielles qui vont finalement obliger Moscou à intervenir militairement en Ukraine le 24 février 2022 pour éviter son anéantissement programmé.

A chaque fois que la dictature de la marchandise s'est retrouvée en péril systémique, elle a su grâce à ses étatismes collabos précipiter les peuples vers des boucheries humaines autant qu'inhumaines dans la trilogie survivaliste et mortifère du capitalisme, qu'il soit féodal, national, colonial ou mondial :Crise-Guerre-Reconstruction. Cette trilogie, en réinitialisant son vampirisme économique pour mieux continuer l'hégémonie d'une ploutocratie asservissant les peuples et qui s'appuie de plus en plus sur l'arrogance technologique d'un complexe militaro-industriel occidental décomplexé jusqu'à une supériorité complètement fantasmée.

Le courage et le choc 

Mais la guerre russo-ukrainienne nous impose ici les limites de cette haute technologie de l'industrie de l'armement qui ne peut reléguer au second plan les 2 dimensions essentielles de la guerre sans lesquelles la meilleure intelligence stratégique ne sert à rien: le choc et le courage tactique du soldat du front.

Alors que la mentalité occidentale, ignorant les leçons des conflits vietnamiens ou afghans par exemple, s'enivre de sa puissance technologique, on peut observer dans ce conflit symétrique de haute intensité que le sort des batailles reste dans les mains du soldat anonyme qui sublime l'intelligence du stratège. 

Bataille sur la rivière Kalka qui opposa en 1223 les mongols aux russo-polovtsiens

Certes, l'évolution de l'armement a diminué l'importance du rapport de force physique et moral mais sans jamais le supplanter car le soldat est l'incarnation organisée de cet instinct de survie lui permettant de dépasser ses limites dès lors que ses motivations sont charnelles et non idéologiques. 

Mes réflexions ici ne sont pas idéologiques et encore moins manichéistes autant qu'elles ne cherchent pas à tourner en dérision les nouvelles armes dans le combat moderne, mais je trouve tout aussi ridicule de pronostiquer une victoire militaire, qu'elle soit tactique ou stratégique ou finale à un rapport technologique favorable. C'est ce que j'appelle "le syndrome d'Hiroshima" où la bombe nucléaire accéléra la défaite du japon en 1945 et fonda la dissuasion nucléaire jusqu'à maintenant.

Depuis 3 mois les propagandes nous saoulent avec la haute technologie des missiles russes ou des obusiers de l'OTAN, des drones d'attaque étasuniens ou des armes électroniques russes. Or qu'observe t-on au bout de 3 mois de combats et bombardements intenses ? Que le conflit fait toujours rage entre des forces ukrainiennes que certains affirmaient désintégrées  démotivées et des forces russes que d'autres affirmaient obsolètes, suicidaires. Voilà où mènent les fantasmes de la croyance narcotique des courtisans prenant leurs propagandes logiques pour des certitudes dogmatiques et jusqu'au manichéisme fanatique et finalement contreproductif.

Or, si la technologie est un facteur participatif dans une guerre symétrique, il n'est pas pour autant décisif et l'Histoire militaire nous apprend (y compris dans certains conflits asymétriques) que seuls le courage et le choc, qui n'appartiennent qu'aux soldats du front, permettent de tirer sur ce fil fragile qui démêle la destinée d'un combat jusqu'à celle d'une bataille pour finalement tisser la victoire final d'un conflit. Et tout le reste n'est que verbiage mensonger.

Depuis février, deux peuples frères s'affrontent dans des combats acharnés, les russes pour défendre la réalité d'une terre et de traditions historiques, les ukrainiens pour défendre les chimères d'un libéralisme marchand amoral dont pourtant Diogène en son temps avait prévenu que celui qui veut acquérir des richesses finit par être acquis par elles. 
Tous deux slaves, russes et ukrainiens montrent des qualités combatives communes et que des défauts opératifs hérités d'une même histoire, mais aujourd'hui si le sort des batailles tourne à l'avantages des soldats de la Fédération de Russie c'est surtout parce qu'ils sont moins infectés par le consumérisme de l'Avoir individuel et sont restés fidèles au sens commun de l'Etre collectif et l'amour de leur sanctuaire naturel.

Voici pour illustrer ma réflexion 2 vidéos récentes de ce conflit russo-ukrainien:

Le courage 

Cette vidéo exceptionnelle d'un assaut sur une tranchée ukrainienne illustre à mes yeux à la fois cette bravoure du soldat libérant la terre de ses ancêtres mais aussi cette tragédie européenne qui de guerre mondiale en guerre coloniale, sacrifie les peuples sur l'autel d'une marchandise devenue aujourd'hui mondialiste.

Les accords de Minsk ont enterré pendant 8 années dans des tranchées d'un autre âge militaire le conflit du Donbass et dans cette région pontique dominée par la steppe, lorsqu'aucune forêt, rivière, ou ville ne vient aider ou contraindre le soldat, c'est encore la pelle qui reste sa meilleure protection et le moyen le plus efficace de s'accrocher au terrain conquis ou défendu. 
Et malgré la puissance de la technologie capable de réduire en cendres un secteur ou une ville, c'est toujours avec la vieille baïonnette qu'il faudra aller chercher et vaincre définitivement son ennemi:

 Mai 2022, un assaut sur une tranchée ukrainienne, 
mené par une section de reconnaissance du 1er 
bataillon de fusiliers motorisés (4e brigade) de la
milice de Lougansk dans le secteur de Popasnaya

Ce courage, qui permet au soldat de dominer sa peur et sa fatigue dans une intensité inégalée de l'instant présent, est un caractère européen ancien, mythifié, et que les russes ont su conserver et protéger par la permanence dans les consciences d'une destinée historique impériale étouffant les lâchetés individualistes autant que les hérésies communautaristes pour maintenir loin des idéologies la souveraineté d'un sens commun naturel dans une diversité naturelle respectée..

Le choc 

Après avoir échoué  à faire revenir diplomatiquement à la raison collective le régime de Kiev, Moscou a décidé dans un premier temps d'engager des opérations militaires contraignantes et ciblées, mais les difficultés rencontrées, les erreurs commises et surtout les aides multiples occidentales ont obligé les forces russes à revenir à des procédures plus classiques fondées sur la stratégie du choc tactique, assommant et démoralisant l'adversaire tout en limitant leurs propres pertes.

Cornacs d'Hannibal, marins de Thémistocle, cavaliers de Murat, les chefs de guerre ont toujours recherché le choc tactique pour casser le dispositif ennemi et redéfinir à leur avantage le rapport physique et moral des forces en présence, et les combats modernes par l'évolution fulgurante des armements ont donné à cette stratégie du choc des dimensions destructrices totales et spectaculaires:

Mai 2022, un Lance Roquette Multiple incendiaire
russe TOS 1 "Bouratino" réalise un tir direct sur des
positions ukrainiennes pour préparer un assaut 

La stratégie russe s'est toujours appuyée sur la puissance légendaire de son artillerie, le  parc immense et la diversité de ses bouches à feu qui préparent efficacement les assauts de l'infanterie et des blindés (lesquels sont d'ailleurs utilisés comme une artillerie mobile dans les batailles urbaines). 

Cette capacité opérationnelle intacte de l'artillerie russe est telle que même ses systèmes d'armes vieux de 50 ans restent pleinement efficaces et décisifs dans ces batailles du XXIe siècle tel que le Lance Roquette Multiple de 122mm "Grad" conçu il y a...60 ans !

Et lorsqu'une armée réussit a imposer sur le champ de bataille le courage et le choc, alors non seulement elle prend l'avantage mais bouscule aussi les théories générales de la guerre qui demandent qu'un assaillant soit en grande supériorité numérique pour acquérir la victoire. Or, dans ce conflit l'armée russe, avec ses milices alliées républicaines réussit la prouesse de bousculer, tant sur le front tactique (Marioupol) que sur le front stratégique (Donbass), des forces ukrainiennes égales et pourtant en position défensive solidement organisée.

Ce ne sont pas les armes de haute technologie, qu'elles soient russes ou occidentales qui vont attribuer les lauriers de la victoire et ramener la paix en Europe, mais bien cet anonyme fantassin se faufilant dans la tranchée ou cet artilleur téméraire chargeant l'ennemi et qui sont à la pointe des peuples refusant d'être soumis aux dictatures ide l'argent.


Malgré la tragédie qui frappe à nouveau cette vieille Europe dans de nouvelles rivières de sang et de larmes, on peut observer la permanence de l'espérance dans le coeurs des peuples qui alimentent et exacerbent leurs capacités à se battre pour leurs sanctuaires et à s'émanciper de cette aliénation de la marchandise et asservissement étatique voulant domestiquer les communautés naturelles pour imposer la dictature d'un totalitarisme capitaliste élitiste. 

Cette fillette de Donetsk a découvert en revenant de promener 
son chien sa maison détruite par un bombardement ukrainien 
sur le district de Kalinisky le 7 juin 2022. Animée par ce calme et 
cette résilience extraordinaires caractérisant les peuples russes
elle a déclaré : "Ce n'était pas un hasard si je n'étais pas chez moi"

Les peuples européens comme ceux de la Grande Russie qui n'ont pas été complétement infectés par la pensée unique occidentale connaissent bien le prix à payer pour leurs libertés,  d'autant plus qu'ils savent que, consubstantiellement, la Liberté n'a pas de prix. Et c'est pour cette liberté des peuples que le soldat risque sa vie, loin de l'imposture des nationalismes et communautarismes particuliers, des fanatismes et des étatismes hégémoniques.

Dans ce conflit russo-ukrainien, malgré les arrogances militaro-industrielles et technologiques fantasmés aux supériorités fantasmées par les soldats de salon, la réalité du terrain rappelle encore et toujours que depuis des millénaires c'est la bravoure des soldats du front qui donne la victoire à leur sacrifice anonyme. 

Et dans le vrombissement des obus guidés, des drones high-tech et des missiles hypersoniques,  la destinée des batailles reste forgée par la capacité des coeurs à élever leur courage au dessus de la peur et celle des corps à imposer le choc au plus plus grand nombre.

"Sursum corda !"

Erwan Castel

jeudi 16 avril 2020

6 années de haine, de sang et de honte


Le 14 avril 2020, le président ukrainien par intérim, Oleksandr Turtchinov autorisait le déclenchement dune "Opération Spéciale Antiterroristeé contre les populations russes du Donbass, animées par un fort mouvement séparatiste suite au coup d'Etat russophobe organisé sue le Maîdan en février de la même année. 

Aujourd'hui, il est acquis que cette "Opération Spéciale Antiterroriste" qui allait libérer une haine contre les populations civiles du Donbass appuyée par une déferlante insensée et disproportionnée de véhicules blindés, avions et hélicoptères de combat n'était que le prolongement d'une offensive par procuration menée par les services américains dans la zone d'influence européenne de la Russie. Et l'intervention politico-économique des occidentaux lors du Maïdan et jusqu'aux ordres donnés par leurs services secrets est visible comme le nez au milieu d'un visage à l'instar par exemple de cette visite de John Brennan,  Directeur de la CIA en personne, venu le 13 avril 2014 superviser les détails de la guerre contre le Donbass.
Car à cette époque les faucons de guerre de Washington l'ont plutôt mauvaise, malgré un renversement réussi du gouvernement Ianoukovitch, car leur objectif stratégique prioritaire, à savoir la péninsule de Crimée d'où ils veulent expulser la flotte russe de la Mer Noire, leur a échappé par un référendum écrasant signant son retour au sein de la Fédération de Russie. Et pire que cela, les populations russophones se soulèvent de Kharkov à Odessa, refusant le coup d'état du Maïdan et leur ostracisation violente engagée par le nouveau pouvoir de Kiev. Il faut donc écraser la rébellion avant que le projet de l'OTAN en Ukraine implose définitivement en vol. 

Dans toutes les régions russophones les populations protestent et refusent le nouveau pouvoir de Kiev issu du coup d'Etat du Maïdan (ici à Lugansk) 

Tandis que des hordes de radicaux nationalistes commencent à terroriser les populations russophones les premiers blindés ukrainiens arrivent aux portes de Slaviansk et Kramatorsk où Igor Girkin dit "Strelkov" anime à partir d'un noyau de 54 volontaires la première rébellion armée du Donbass qui comptera très rapidement des milliers de volontaires et résistera pendant 4 mois au siège des forces de Kiev.


Cette folie meurtrière ukrainienne vomie par le Maïdan allait ouvrir ce 14 avril 2020 au coeur de l'Europe une guerre fratricide qui dure depuis 6 ans et plus de 20 000 morts (officiellement 13000), des milliers de destructions dans une résurgence de guerre froide entre Moscou et Washington dont les conséquences économiques, diplomatiques et militaires se font sentir à travers le Monde entier. 

Et depuis 2014, Porochenko a succédé Turtchinov avant de donner le relais à Zelensky sur fond d'accords de paix signés à Minsk en septembre 2014, renouvelés en février 2015 mais jamais respectés...
  • 6 années de haine russophobe occidentale hystérisée par l'instrumentalisation de psychopathes bandéristes et néo-nazis,
  • 6 années de souffrance, de larmes et de sang pour des populations civiles subissant blocus et bombardements quotidiens,
  • 6 années de honte pour les gouvernements européens qui soutiennent, politiquement, financièrement et médiatiquement les crimes de guerre ukrainiens dans le Donbass.
Le Donbass est depuis 6 ans coincé entre un bélier ukrainien meurtrier lancé et les murailles d'une Russie prise à la gorge par les avancées de l'OTAN et les sanctions économiques occidentales. Kiev, mène quotidiennement contre les populations russes une guerre d'usure à caractère génocidaire, mais sans jamais briser par un massacre de masse cet équilibre fragile et hypocrite du processus de paix, ce qui justifierait une intervention russe à caractère humanitaire, un abandon du soutien occidental et l’arrêt de mort de sa colonie militaire Ukraine.

Ce 14 avril a été inhumée à Gorlovka, Miroslava Vorontsova, 
26 ans, tuée par un bombardement ukrainien ciblant une zone 
résidentielle civile à Shirokaya Balka, le 9 avril 2020.

Aujourd'hui la situation militaire, politique et surtout psychologique est complètement bloquée, et surtout irréversible, car tant du côté de Kiev qui rêve d'une épuration ethnique du Donbass que du côté de Donetsk et Lugansk qui rêvent de rejoindre la Fédération de Russie pour que cesse le martyr de leur population, un retour du Donbass en Ukraine est tout simplement impensable.

Chaque jour des femmes et des hommes tombent sur ce front du Donbass, militaires et civils dont le seul crime est de vouloir continuer à être ce qu'ils sont depuis des générations et des générations : un peuple russe du bassin du Don. La haine et la guerre portée dans leurs foyers par le nouveau régime de Kiev leur rappelle qu'ils étaient déjà russes il y a seulement un siècle et que ce sont les bricolages des apprentis soviétiques qui les ont enfermé en 1921 dans une Ukraine démesurée et artificielle. Depuis le Maïdan, le sentiment d'abandon vécu depuis l'indépendance de l'Ukraine est devenu une russophobie hystérique qui cherche à éradiquer de leur terre leur identité jusqu'à leur présence physique...

Et pour illustrer ce nouveau conflit fratricide organisé au coeur de l'Europe par l'hégémonie mondialiste, je choisis cette photo de Zelensky, la nouvelle marionnette étasunienne de Kiev, en visite cette semaine sur le front du Donbass et dont l'insigne porté sur son uniforme révèle la mentalité qui l'anime réellement derrière ses fallacieux discours pacifistes et surtout populistes qui l'ont porté au pouvoir. Cet insigne se passe de tout commentaire :

Zelensky, le président ukrainien en visite dans les tranchées du Donbass, touchées par le coronavirus, arborant une tête de mort avec la devise " L'Ukraine ou la Mort"  qui pour les habitants du Donbass peut se traduire depuis 6 ans par "L'Ukraine ET la Mort"  !


Si la paix est sur de nombreuses lèvres, les coeurs savent en revanche que seule la guerre permettra de l'instaurer durablement en mettant fin à ce cauchemar qui n'en finit pas, tant pour les familles russes du Donbass, en particulier celles qui vivent à proximité du front que pour celles qui sont sous la botte ukrainienne dans les territoires occupés par Kiev et dont la libération est la condition sine qua non au retour de la paix dans cette région russe du bassin du Don.


Erwan Castel

"Mon coeur regarde-moi, ma main s'est muée en poing"
Une des nombreuses chansons devenues symbole de 
cette rébellion du peuple du Donbass pour défendre sa
Liberté et ses traditions russes. Paroles, voir le lien ici .






samedi 16 mars 2019

Qui a commencé la guerre dans le Donbass ?


Lorsqu'on écoute les discours des propagandistes ukrainiens et occidentaux à l'occasion de ce triste 5ème anniversaire des événements tragiques qui ont plongé le Donbass dans une guerre sans fin, on entend que c'est la Russie, ou les populations russophones du Sud Est de l'Ukraine qui ont déclenché une insurrection armée contre le régime de Kiev.

Le problème des propagandistes et de tous bords, c'est que ce sont des idiots qui oublient qu'aujourd'hui, à l'heure des smartphones et des réseaux sociaux, il est impossible de maintenir un discours mensongers plus que le temps qu'il faut à un internaute pour partager la vérité qui ensuite va rebondir à l'infini par dessus les censures et les blocages des pouvoirs politiques.

Ainsi de cette guerre déclenchée par les putschistes de Kiev contre les russes du Donbass qui refusent l'ostracisation violente de leur identité russe. Aujourd'hui la propagande occidentale exacerbée par la campagne présidentielle ukrainienne en cours veut nous faire croire que la Russie via Igor Strelkov suivi d'opérations militaires directes a provoqué le conflit armé dans les oblasts de Donetsk et Lugnask et leur séparatisme de l'Etat ukrainien... 

Il suffit de reprendre la chronologie des faits pour démonter cette inversion accusatoire occidentale, comme l'a rappelé récemment le politologue Vladimir Kornilov.

En effet, ce n'est que le 14 avril 2014 que Igor Strelkov de sa propre initiative arrive à Slaviansk (100 km au Nord de Donetsk) pour y organiser avec des volontaires la résistance contre les unités de l' "Opération Spéciale Antiterroriste" (ATO) lancée la veille par Turtchinov, le président ukrainien par intérim, contre la population russe du Donbass. Quant au Kremlin, même si il soutient politiquement le mouvement anti-maïdan du Donbass il se garde bien d'intervenir militairement sur le terrain pour ne pas internationaliser une crise ukrainienne déjà sortie de ses frontières depuis le retour référendaire de la Crimée en Russie.

Lorsque le mouvement anti-maïdan s'organise il est initialement question pour les russes d'Ukraine de revendiquer un fédéralisme protégeant leur identité spécifique, mais rapidement des heurts violents vont éclater entre les pro-russes et les nationalistes ukrainiens excités par les discours russophobes virulents du nouveau pouvoir et les mesures discriminatoires qu'il prend à l'encontre de la langue russe au lendemain du Maïdan.

Rappel des événements : 
  • 11 mars 2014, la population de Crimée, usant du droit donné par sa constitution de République autonome, et devant la rupture constitutionnelle nationale provoquée par le coup d'Etat du Maïdan, use de son droit référendaire pour déclarer son indépendance et demander son retour au sein de la Russie, après 60 années de parenthèse ukrainienne. 
  • 14 mars 2014, les premiers bataillons spéciaux ukrainiens sont créés à partir des groupes paramilitaires et hooligans nationalistes et bandéristes qui veulent "nettoyer Odessa, puis Kharkov, le Donbass et ensuite la Crimée" où des heurts entre manifestants tournent à l'avantage de la population majoritairement pro-russe.
A partir de ce moment là, le nouveau pouvoir de Kiev laisse la haine prendre la gestion d'une crise qui aurait pu rester dans le domaine politique avec une volonté de dialogue et un minimum d'intelligence du nouveau pouvoir, et les discours des pro-occidentaux se radicalisent, évoquant la nécessité d'une épuration physique des russes d'Ukraine (Timochenko ira même jusqu'à espérer un bombardement nucléaire du Donbass).
  • 15 mars 2014, Kiev déploie des chars dans le Donbass par voie ferrée, comme ici à Altchvesk, sous les yeux étonnés et interrogateurs de la population civile.
  • 17 mars 2014, près d'un mois avant le lancement de l' "ATO", les premiers chars ukrainiens sont lancés contre les civils du Donbass, comme en témoignent de très nombreuses photos et vidéos où l'on peut observer des habitants désarmés demandant aux blindés de faire demi-tour :

Concernant ces 2 derniers événements (création de bataillons spéciaux paramilitaires et engagement des forces armées contre des manifestants) il faut relever qu'ils sont des violations flagrantes de l'article 17 de la Constitution ukrainienne en vigueur qui précise clairement entre autres points : 

- "Les Forces armées d'Ukraine et d'autres forces militaires ne peuvent être utilisées pour restreindre les droits et libertés des citoyens ou renverser l'ordre constitutionnel, subvertir les pouvoirs publics ou entraver leur action."
- "En Ukraine, la création et le fonctionnement de formations armées non prévues par la loi sont interdits."

La suite des événements va être un crescendo de violences à caractère génocidaire engagées par les bataillons spéciaux ukrainiens qui, contrairement aux forces régulières qui hésitent encore à attaquer la foule désarmée, tirent sur les manifestants et commencent des massacres couverts à l'époque par le régime ukrainien. 

La conséquence à cette agression militaire illégale et disproportionnée contre une population civile ne se fait pas attendre et les premiers groupes d'autodéfense apparaissent sur les barrages du Donbass où la population désormais revendique un séparatisme avec cette Ukraine criminelle.


Aujourd'hui, il est impossible d'organiser des mythifications mensongères propagandistes (comme celle de la prétendue "invasion russe" du Donbass) tentant de cacher la vérité de l'Histoire au profit des doxas politiques dominantes, et la vox populi ne peut être bâillonnée par la bien pensance des uns pas plus que la marche des peuples vers leurs libertés ne peut être entravée par la raison d'Etat des autres.

La guerre dans le Donbass est bel et bien le fruit de la stratégie criminelle occidentale à l'encontre du monde russe, qui en lâchant ses chiens ukrainiens contre le Donbass a provoqué le "casus belli" de la 3ème guerre mondiale qui depuis 5 ans s'infecte via des guerres économiques, politiques et médiatiques virulentes tandis que la confrontation militaire enfle chaque jour un peu plus sous le pansement hypocrite d'accords de Minsk qui n'ont fait que retarder l'inévitable.

Erwan Castel

Article référence : Stalker zone

dimanche 24 février 2019

De l'armée rouge à la milice

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"Ici, la guerre qui d'habitude nous enlève tant, 
nous apporte quelque chose, 
elle nous apprend la communauté virile 
et remet à leur vraie place des valeurs à moitié oubliées."

Ernst Jünger "Le boqueteau 125", chroniques des combats de tranchée - 1918


Le 23 février 1918, l'Armée Rouge était créée, et cette date de devenir l'anniversaire commémorant les soldats soviétiques sous le nom de " jour de l'armée et de la marine de l'Union soviétique". Dans la Fédération de Russie d'aujourd'hui, ce 23 février c'est le "Jour du défenseur de la patrie" mais dont la célébration est restée populaire et sacrée au delà de ses frontières, pour tous ceux qui de près ou de loin sont solidaires au monde russe.

Et dans les couloirs de la Brigade Piatnashka, des "Sprazdnika !" (bonne fête !) retentissaient de bon matin ponctués par des accolades appuyant le fraternité militaire qui ici reste vive, car entretenus par le feu de la guerre !




Samedi 23 février 2019

Après le tour de chants de Yulia Chicherina et le spectacle d'enfants du quartier le 19 février dernier, c’était au tour, hier soir, d'une jeune députée de la République Populaire de Donetsk de venir offrir des cartes de remerciements aux miliciens de Piatnashka, à l'occasion de cette journée du défenseur de la patrie qui est célébrée aujourd'hui, la cinquième que je vis, ici dans le Donbass en guerre.


Mes premières pensées vont pour mes camarades de combat, connus ou inconnus qui tombent chaque jour sur le front des républiques du Donbass, particulièrement meurtrier en ce mois de février 2019 (plus de 30 tués en 20 jours). Mais également pour tous les soldats soviétiques et russes, et les miliciens des révolutions nationales, ceux du passé et ceux du présent qui ont combattu et combattent pour défendre leurs libertés et nos valeurs, en Europe, mais aussi au Moyen Orient, et peut-être demain encore en Amérique du Sud...

La guerre dans sa violence exacerbée est de retour sur le front et dans les conversations, et dans le quartier d'Oktyabrsky où je vis, les habitants sont à nouveau silencieux dans les rues, attentifs aux bruits du ciel (2 obus fusants de mortier de 82mm ont explosé au milieu de la zone résidentielle cette semaine, endommageant toitures et fenêtres de plusieurs habitations), et des adultes accompagnent les enfants se rendant à l'école au bout de leur rue.

Je suis parti en ville à la rencontre d'étudiants et d'enseignants de l'académie militaire puis, avec des camarades de la brigade Piatnashka, nous avons rejoint d'autres volontaires qui se retrouvaient autour du verre de l'amitié à l'occasion de cette journée. Heureux d'y retrouver des camarades des fronts de Debalsevo, Marinka, ou Spartak que je n'avais pas revu depuis plusieurs mois et parfois années. 

Dans la ville des rassemblements, ces concerts, et des cérémonies rassemblent civils et militaires, anciens et jeunes autour de la mémoire du passé et la douleur du présent qui fusionnent dans les yeux des habitants du Donbass.



Car pendant cette journée normalement placée sous le signe des réjouissances patriotiques, la guerre qui rampe aux portes de la cité intervient encore et toujours au fil des heures et des rencontres, Ici c'est un camarade qui apprend la perte d'un de ses frères d'armes, tué sur le front Sud, là c'est une info qui tombe sur les réseaux d'information et qui fait état de 2 civils tués dans l'explosion d'un minibus à Elenovka...

Malgré cela, chacun dans le tintement des verres et des médailles veut profiter de cette journée ensoleillée, avant de repartir vers le front via les casernes que la guerre a semé dans tous les quartiers de Donetsk.

"Volontaires", une première de Yulia Chicherina

Et pour finir en pensée (et encore en chanson) avec le peuple vénézuélien qui est au bord d'une nouvelle guerre de préemption étasunienne, voici la magnifique chanson "No pasaran" du nicaraguayen Carlos Mejía Godoy. Cette chanson a été écrite en hommage aux guérilleros luttant contre la dictature de Somoza en pensant aujourd'hui à tous le combattants pour la liberté des peuples et en particulier au peuple et aux soldats du Venezuela, gardiens de la révolution bolivarienne" et aujourd'hui assiégés économiquement et militairement par les forces mondialistes.

"No pasaran !"


"La guerre commencera, mon amour
Je m’engagerai dans son ombre invincible
comme un lion féroce, je protégerai cette terre,
mes lionceaux,

personne, mais personne n’arrêtera la victoire
armée de futur jusqu’au dents
qui résonne jusqu’à la frontière
nous luttons pour vaincre

Ils ne passerons pas…"


Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front



 NO PASARAN

Vendrá la guerra, amor,
y en el combate
no habrá tregua ni freno
para el canto
sino poesia haciendo incontenible
del cañon, de fusiles libertarios.

Vendrá la guerra, amor,
y en el combate
nos fundiremos en las barricadas
defendiendo las hordas criminales
a punta de corazón, fuego y metralla
cavando sudorosos el futuro
en las faldas de la paz.

(¡ Aqui están los cachorros de Sandino !).

¡ No pasaran !
¡ Los venceremos, amor, no pasarán !
Si mañana que irrumpa el nuevo día
con su fiesta de pájaros y niños
aunque no estemos juntos, te lo juro
no, ! no pasarán !

Vendrá la guerra, amor
y yo me envolveré en tu sombra
invencible
como un fiero león protegeré
esta tierra y mis cachorros
y nadie, nadie detendrá esta victoria
armada de futuro.

¡ Hasta los dientes !
¡ Que truene hasta la frontera !
¡ Luchamos para vencer !
¡ No pasarán !

mardi 5 février 2019

Un écho vieux de 100 ans

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Dans les échanges culturels qui animent aussi et fort heureusement les réseaux sociaux au milieu de tristes réinformations, des selfies et et indigations égocentriques, on m'a proposé de mois ci de poster sur Facebook et chaque jour pendant une semaine la couverture d'un livre aimé. Choix difficile car des dizaines de livres se bousculent dans ma mémoire, livres féeriques, livres de connaissance, livres initiatiques, livres historiques, livres d'heroic fantasy etc...

Mais j'ai accepté avec plaisir ce défi de mon ami outre Atlantique Gaétan Bouchard, et après Xavier Grall, Antoine de Sait Exupéry, Jean Galmot, c'est au tour de Ernst Jünger d'apparaître à la surface de mon cœur où son "combat en tant qu'expérience intérieure" résonne étrangement sur le front du Donbass.


Mardi 5 février 2019

(publié sur Facebook le 5 février 2019)

Le 4ème livre que j'ai choisi pour ce défi lancé par Gaétan Bouchard est essentiel à mes yeux, tant par l'importance de son auteur que j'ai eu l'honneur de rencontrer que par sa résonance dans mon engagement actuel dans les tranchées du Donbass (même si les conflits ne sont aucunement comparables).

Il s'agit du petit livre, "Le combat comme expérience intérieure" signé Ernst Jünger, un officier-écrivain allemand qui a traversé le XXème siècle à la fois comme acteur passionné et comme observateur averti.

Il y aurait tant à dire sur cet homme hors du commun qui cumule les qualités à la fois du Soldat, du Travailleur, du Rebelle et de l'Anarque, ces piliers dont il développe la fonction et qui sont gants de la bonne santé de toute société humaine.

Si le livre "Orages d'acier" reste le plus connu des ouvrages que consacra ce jeune officier allemand des troupes d'assaut, 14 fois blessé au combat et décoré de la très rare "croix pour le Mérité", je lui préfère celui-ci, plus spirituel et métaphysique, et qui évoque cette métamorphose de l'âme pour ce "frontsoldat" rêvant encore de la chevalerie et qui, en 14-18 va vivre dans sa chair l'éruption terrifiante de la guerre moderne, mécanique et inhumaine.

Certaines images de ce front de Champagne, entrent en résonance atténuée 1 siècle plus tard sur ce front du Donbass, sans que comparaison ne soit pourtant possible, et je me suis surpris à feuilleter à nouveau ces pages et à lire le passé à l'aune du présent et à mieux comprendre le présent à l'aune du passé...

A travers ses chapitres aux titres terrifiants (Sang Horreur, Tranchée, Angoisse...) ce livre reste un hymne à la Vie, et la Paix et à ceux qui ont assez de Bravoure et d'Honneur jusqu'à se sacrifier pour elles.

Voici un extrait du chapitre "Eros"

"Dans une chambre de paysan, deux êtres étaient là couchés l'un contre l'autre sous une toile grossière, se sentaient pour de brèves heures à l'abri, aux confins de la destruction, bien protégés comme deux oisillons au creux d'un arbre, quand les forêts de la nuit se bercent au vent d'orage avec de grands craquements. Un étudiant peut-être et une jeune paysanne picarde, jetés ensemble sur le premier écueil de l'océan guerrier. Voilà qu'ils n'étaient plus que sentiment, deux cœurs brûlants répandus l'un dans l'autre au milieu d'un monde glacial. Tandis que la petite vitre tremblait au rythme martelé du front tout proche, deux lèvres effleuraient l'oreille de l'homme, s’efforçant avec insistance d'y déverser toute la mélodie du langage étranger. Minute qui pourrait bien allumer en lui quelque idée de l’âme de son pays à elle, plus claire que la sagesse des livres et de toutes les hautes écoles d'avant.Qu'est ce que l'intelligence du cerveau en regard de celle du cœur ?

Une telle nuit était expiation, rédemption, même si le matin devait exploser en feux rugissants. il y en avait un pour sûr qui marchait dans les rangs des vieux lansquenets les yeux brillants et la pas léger. Sans qu'il fut besoin de corseter son cœur de chants de bravade et de rudes saillies, il tremblait moins que les leurs sous les frissons que l'on tait. Une âme claire se tenait dans la grêle des projectiles, le souffle des baisers encore dans les cheveux. La mort arrivait en ami, le grain tombait mûr sous la coupe."

Ernst Jünger 
"Le combat comme expérience intérieure" (1934)



Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

vendredi 18 janvier 2019

Donbass, la chrysalide de l'artillerie

Siège de Constantinople - Fresque de Moldovita 

Dans le Donbass, j'ai vécu mon premier bombardement d'artillerie en février 2015 au Nord d'Uglegorsk (Secteur Debalsevo), lorsqu'un lance roquettes multiple de type "Grad" (122 mm) a lâché sur notre position une dizaine de roquettes pour tenter de nous y déloger. Depuis, le front du Donbass s'est stabilisé sous les gesticulations désespérées et stériles des accords de paix signés à Minsk, car si l'infanterie s'est enfouie dans 300 kilomètres de tranchées et de casemates, l'artillerie en revanche qui s'est imposée dès les premières heures du conflit continue de défendre sa réputation de "reine des batailles" acquise pendant le 1er conflit mondial, et que l'on croyait remisée dans les souvenirs militaires du passé...

Car le conflit du Donbass se révèle non seulement placé depuis 5 ans sous le sceau de bombardements terrestres quasi-quotidiens, mais il marque aussi le grand retour de l'artillerie dans la conduite de la guerre post moderne. Avec toutefois une évolution des moyens déployés et des tactiques employées.


Héritière des machines de sièges de l'antiquité, l'artillerie a certainement constitué une des plus grandes révolutions militaires modifiant l'art de la guerre, depuis le Moyen-Age jusqu'au premier conflit mondial où elle va quitter son rôle d'appui à l'infanterie pour devenir une arme offensive majeure garantissant à elle seule les 3 principes et objectifs majeurs de la stratégie et qui sont : 
  • la liberté d’action, 
  • la concentration des efforts,
  • l’économie des forces.
Parmi les armées ayant conservé une composante artillerie impressionnante dans leurs arsenaux, l'armée soviétique puis russe est certainement la première tant sur le plan qualitatif, quantitatif que sur celui d'une diversité impressionnante des calibres et systèmes d'armes en dotation.

Et l'Ukraine, en tant qu'ex République Socialiste Soviétique a conservé, au delà de 1991 l'année de son indépendance, non seulement son parc d'artillerie (sauf le nucléaire) mais aussi son utilisation dans les conflits armés. Aussi lorsque les colonnes blindées de l'Opération Spéciale Antiterroriste s'ébranlent vers le Donbass en avril 2014, elles emmènent avec elles les bouches à feu qui rapidement vont imposer leur terreur auprès de la population civile du Donbass. 

Depuis les premiers combats de Slaviansk, au cours desquels Kiev organise avec son artillerie une guerre de siège, jusq'aux provocations quotidiennes d'hier en passant par la réduction des "chaudrons" d'Iliovaisk et Debalsevo par exemple, l'artillerie est bien le chef d'orchestre de ce front du Donbass.


Kiev cependant va devoir rapidement réadapter l'emploi de son artillerie à la réalité de cette guerre asymétrique qui, dès les premiers combats de Slaviansk va montrer l'obsolescence du matériel autant que des servants ukrainiens, victimes d'un abandon à la fois de l'entretien et de la formation d'une armée décadente. 

Tout comme l'aviation, l'artillerie ukrainienne, malgré une supériorité écrasante va subir de lourdes pertes de la part des unités de la milice qui sont obligées de compenser leur faiblesse numérique par une adaptation basée sur une extrême mobilité et dispersion des moyens utilisés pour réaliser des tirs de contre-batteries.

Les exemples sont nombreux qui vont à la fois redonner un place de premier rang à l'artillerie et la réformer dans sa tactique d'emploi, comme par exemple les 6 obusiers Msta-B alignés "à l'ancienne" de la 55ème brigade d'artillerie ukrainienne (Brigade "Vasyl Petrov") et qui vont être détruits par un tir de contre batterie républicain une unité de la milice mobile et précise au début juillet 2014 près de Krany Liman (Nord de Slaviansk). 

Les unités ukrainiennes, désorganisées et peu motivées vont, en plus d'une tactique inadaptée à la situation, devoir faire face à de nombreux problèmes d'approvisionnement logistique et d'emploi des pièces d'artillerie lourdes, tels les systèmes d'armes LRM (Lance Roquettes Multiples)  dont nombre de munitions périmées ou mal conditionnées n'explosent pas, ou se dispersent exagérément. A ces problèmes d'armurerie se rajoutent des problèmes purement logistique comme l'approvisionnement des véhicules porteurs Zil 135LM des systèmes LRM 'Uragan" et "Smerch" qui consomment 150 litres de carburant aux 100 kilomètres pour faire tourner leurs 2 moteurs de 125 cv chacun.

Résultat: l'armée ukrainienne va rapidement faire taire ses lance roquettes multiples ainsi que ses vieux systèmes Tochka U (missile tactique) dès la première année du conflit (à part quelques campagnes de bombardements exceptionnelles de LRM) et Kiev va se lancer dans un renouvellement des stocks de munitions (qui étaient presque tous épuisés) et des modifications de certains systèmes d'armes comme par exemple le LRM "Smerch" qui est testé avec de nouvelles fusées permettant grâce à un système de guidage d'augmenter la précision des roquettes.

Tir du nouveau lance-roquettes multiples "Cheburashka" des milices 
en représailles de la mort du chef de bataillon "Mamaï" en mai 2018

De son côté, la République populaire de Donetsk a également entrepris une modernisation des vieux systèmes d'armes datant de l'ère soviétique, ainsi en 2018 a été présenté le "Cheburashka", un nouveau lance roquettes multiples ainsi qu'un lance missile "flocon de neige" sortis des usines d'armement de Donetsk. 

BM30 "Smerch", lance roquettes multiple de 300 mm
Mais à ces difficultés techniques s'ajoutent les difficultés tactiques d'une ligne de front figée et le contexte des accords de Minsk qui impose un retrait des armes lourdes (de calibre supérieur à 100mm) à plus de 30 km de la ligne de front médiane. Tout comme les milices en 2014, Kiev à son tour doit s'adapter à la situation, malgré une supériorité numérique importante de ses unités d'appui feu.

Dans un premier temps, les unités d'artillerie vont être dispersées en petites unités de quelques pièces seulement jusqu'à l'échelon des bataillons d'infanterie et leur emploi avec des tirs rapides et limités avant de quitter rapidement leurs positions. Cette "décentralisation des feux" à pour cause les besoins de camouflage aux yeux de l'ennemi, de discrétion vis à vis de l'OSCE qui doit (en théorie) contrôler le respect de la zone d'exclusion définie à Minsk, et surtout pour éviter des tirs de contre-batteries qui se révèlent souvent très précis.
Du coup les artilleurs pour optimiser leurs tirs les environnent de nombreuses observations préparatoires terrestres mais surtout aériennes, réalisées à partir de drones d'observation, très nombreux sur le front du Donbass, malgré leur interdiction d'emploi stipulée aussi par les accords de Minsk.

Tir d'obusier ukrainien de 122mm sur un pont de 
la route Donetsk-Gorlovka le 10 octobre 2018
(vidéo personnelle)


Vers une artillerie légère de 1er échelon

Canon 9 p132 "Partizan" (122mm), et mortiers de 82mm et 120mm
A partir de 2015-2016, on va voir se généraliser sur la première ligne du front le déploiement d'une "artillerie de poche" qui est utilisée quasi-quotidiennement et à l'initiative des unités du premier échelon. A côté des lances-roquettes antichars et des lance-grenades automatiques, l'emploi des mortiers (82 et 120mm) est très fréquent mais aussi celui du canon sans recul SPG 9 "sapog" (73mm du BMP1) ou du 9P132 "partizan" (122mm du LRM "Grad") par exemple.

Cette artillerie légère présente de multiples avantages :
  • Extrême mobilité et rapidité de mise en oeuvre
  • Simplicité d'emploi 
  • Camouflage et stockage faciles
  • Flux munitions gérable au niveau compagnie

Tir de mortier de 120mm ukrainien  sur le front de Yasinovataya, 
au Nord de Donetsk en janvier 2018. (Photo personnelle) 



En complément de cette artillerie de tranchée, l'évolution du conflit en "guerre de position" imposé par les accords de Minsk a augmenté l'utilisation des véhicules blindés en tant que forces de bombardement. C'est ainsi que régulièrement des positions défensives mais également des zones résidentielles républicaines sont bombardées par des véhicules blindés d'infanterie (BMP1 et BMP2 par exemple) mais aussi des chars de combat ukrainiens comme encore très récemment début janvier 2019.

Au début du conflit, les milices républicaines ont du faire preuve d'imagination et d'adaptation pour compenser leur infériorité numérique et logistique en créant des "batteries errantes" rapides et difficilement repérables allant de missions de harcèlement et tirs de contre-batteries contre des forces ukrainiennes regroupées et lentes. L'utilisation par faute de moyens de véhicules civils pour transporter des mortiers (et parfois même pour leur mise en oeuvre dans des camions poubelle ouverts par exemple) a rendu indétectable les mouvements de l'artillerie républicaine qui dispose en outre de servants aguerris.

Du côte de Kiev cette tactique des "batteries errantes" a également fait son chemin et l'Ukraine a même développé des véhicules spécialisés pour mortiers comme le "Bars 8 MMK" présenté en 2016 par la société “Ukroboronservis” et qui est un véhicule blindé avec 3 personnels et un mortier de 120 mm avec système de guidage informatisé. Ce type d'unité d'artillerie mobile est environné d'unités de reconnaissance équipées de drones d'observation et d'unité d'appui mécanisée ou motorisée.

"Le Bars 8 MMK" ukrainien , et son mortier automatisé de 120mm

Mais le problème majeur de Kiev, dont l'armée est de plus en plus dépendante des aides financières occidentales et le développement industriel de tels systèmes d'armes de haute technologie. C'est pourquoi ce type de projet reste au stade de l'expérimentation anecdotique.

Et ceci est de plus l'arbre qui cache la forêt car l'armée ukrainienne est toujours enlisée dans des multiples problèmes d'incompétences humaines autant que techniques comme par exemple le dysfonctionnement du mortier moderne "Molotok" qui explose régulièrement en tuant de nombreux de ses servants, mais que Kiev persiste à déployer toujours sur le front.

Donc si aujourd'hui l'artillerie est l'arme privilégiée sur le front du Donbass elle n'en reste pas moins engluée également dans les 300 kilomètres de tranchées de Lugansk à Mariupol. Elle n'est plus employée dans l'appui d'unités d'infanterie ou blindées en opération pas plus qu'en tant qu'artillerie de combat comme elle le devint à partir de 1918 sur les fronts européens. Cependant on observe une évolution de l'emploi et organisation tactique de l'artillerie qui attend et se prépare à une réactivation du conflit du Donbass pour sortir définitivement de sa chrysalide.

Erwan Castel

Tir de mortier de 82mm ukrainien sur le front de Yasinovataya,
au Nord de Donetsk, en novembre 2017 (vidéo personnelle)