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samedi 9 juillet 2022

Souvenir éternel

Katerina Katina près de Sakhanka - photo Kristina Melnikova

Une année déjà que Katya nous quittait, terrassée par une hémorragie cérébrale, laissant pantois celles et ceux qui connaissaient cette infatigable "rousse à la caméra" qui depuis 2014 sillonnait les chemins de la guerre témoignant mais aussi réconfortant par son sourire, son courage et son entrain les volontaires accrochés à leurs tranchées.

Katya n'était pas seulement belle, elle était une de ces personnes trop rares avec cette lumière intérieure, cette intelligence de coeur, cette humilité et cette grandeur d'âme qui seules donnent à la vie un sens sacré. 

Pour beaucoup Katya incarnait à la fois la douceur et le courage, la générosité et la fierté, la résilience et la résistance de ce Donbass russe éternel, mais aussi cette image de la Femme dont Victor Hugo disait qu' "elle a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l’apparence de la faiblesse.".

Sa disparition laisse un vide dans les coeurs de ceux qui l'ont côtoyé mais aussi une force dans leurs esprits car nous sommes les gardiens de ce feu intérieur qui l'animait et dont elle savait partager l'éclat lumineux au milieu des sombres éclats d'acier.

Mais devant la médiocrité de mes mots cherchant en vain à lui rendre rendre hommage, et en regardant les coquelicots s'incliner devant elle sous le soleil de sa steppe natale, je préfère partager cette magnifique chanson de Marlène Dietrich sur le temps qui passe et cette tragédie qu'est la guerre...

Erwan Castel


Où vont les fleurs 

Marlene Dietrich

Qui peut dire où vont les fleurs du temps qui passe?
Qui peut dire où sont les fleurs du temps passé?
Quand à la saison jolie, les jeunes filles les ont cueillies,
Quand saurons-nous un jour,
Quand saurons-nous un jour?

Qui peut dire où vont les filles du temps qui passe?
Qui peut dire où sont les filles du temps passé?
Quand va le temps des chansons, se sont données aux garçons,
Quand saurons-nous un jour,
Quand saurons-nous un jour?

Mais où vont tous les garçons du temps qui passe?
Mais où sont les garçons du temps passé?
Lorsque le tambour roula, se sont faits petits soldats,
Quand saurons-nous un jour,
Quand saurons-nous un jour?

Mais où vont tous les soldats du temps qui passe?
Mais où sont tous les soldats du temps passé?
Sont tombés dans les combats, et couchés dessous leur proie,
Quand saurons-nous un jour,
Quand saurons-nous un jour?

Il est fait de tant de croix, le temps qui passe,
Il est fait de tant de croix, le temps passé,
Pauvres tombes de l'oubli, les fleurs les ont envahies,
Quand saurons-nous un jour,
Quand saurons-nous un jour?

Qui peut dire où vont les fleurs du temps qui passe?
Qui peut dire où sont les fleurs du temps passé?
Quand à la saison jolie, les jeunes filles les ont cueillies,
Quand saurons-nous un jour,
Quand saurons-nous... jamais?



vendredi 10 juin 2022

Chercher, trouver, dire

Depuis le 24 février 2022, date de l'intervention militaire russe dans le conflit du Donbass, le brouillard de guerre de la propagande russophobe occidentale s'est tellement épaissi qu'à l'Ouest du nouveau rideau de fer, il est difficile d'expliquer aux gens les enjeux et les menaces réelles de ce conflit frappant l'Europe, ses origines, son contexte, et sa chronologie factuelle.

Dans cette bataille de l'information, je dois avouer que le camp russe, s'il domine le champ de bataille militaire, est en revanche complètement dépassé sur celui de la communication, s'accrochant à des méthodes d'une obsolescence affligeante, restant au service d'un narratif passéiste et formaté, bridé et centralisé par une bureaucratie momifiée dans paranoïa et une rigidité atavique  Et je ne parle pas des propagandistes pro-russes occidentaux dont la plupart additionnent cet atavisme bolchevique de la communication russe à la dictature occidentale de la pensée unique, naufrageant leur discours antimondialiste pourtant légitime dans une duplication caricaturale, ridicule et contreproductive du système orwellien qu'ils prétendent combattre.

Côté russe il y a cependant des exceptions: 

Russell, un camarade étasunien du Donbass a attiré mon attention sur un documentaire réalisé par Alexander Alexanyan sur ce conflit russo-ukrainien et qui propose une toute autre version que celles des croyances dogmatiques et manichéistes qui parasitent depuis longtemps notre liberté de conscience et notre esprit critique. 

Ce documentaire est long mais c'est parce qu'il est argumenté et contextualise ce retour gravissime de la guerre de haute intensité dans notre environnement post-moderne, et croyez moi les menaces et les enjeux qui jaillissent depuis 8 ans du volcan ukrainien méritent qu'on leur consacre une heure de notre temps pour réfléchir et dépassionner un débat vital pour notre avenir mais qui est aujourd'hui complètement neutralisé par les hystéries et les fanatismes.

(Vous pouvez activer une traduction sous-titrée dans les paramètres)

Un condensé d'arguments et de faits qui ne sont pas là pour vous convaincre à tout prix ou prêcher des convertis mais pour réveiller, par sa construction, cet esprit critique individuel qui de chaque côté du front des idées est trop souvent hypnotisé par la propagande, le syndrome du larbin et la paresse intellectuelle.  

Bon visionnage et surtout partagez au maximum pour réveiller les consciences !

Erwan Castel

jeudi 17 mars 2022

Vers une Europe aux cent Donbass



A Hélène,

Ce 17 mars, à l'occasion de la Saint Patrick,  je profite d'une pause pour diriger mes pensées vers mes frères et mes sœurs d'Irlande dont je n'oublie pas qu'ils furent les premiers vainqueurs de la première libération réussie d'un peuple d'Europe face aux thalassocraties marchandes et colonialistes, aujourd'hui devenues mondialistes.

J'entends aujourd'hui des pauvres types agiter le mot "peuple" pour nourrir l'imposture d'idéologies nationalistes qui, paradoxalement, sont à la fois les esclavagistes des populations et les esclaves d'un libéralisme capitaliste arrivé au sommet de son totalitarisme. En France, ces jacobins, adeptes et surtout larbins d'un Etat-nation fantasmé s'imaginent que c'est la constitution qui définit ce qu'est un peuple ! 

Il y a plus de cohérence chez ces radicaux nationalistes ukrainiens cherchant à détruire depuis 8 ans le Donbass séparatiste pro-russe que chez ces nationalistes français qui agitent son combat identitaire radical en restant accrochés comme des tiques à l'identité fantasmée de leur Etat-nation absolutiste.

Car un peuple ne se définit pas dans les lois des princes, les dogmes des clercs ou les mythes des historiographes au service des deux. 

Un peuple se définit par son coin de Terre nourricière qui le façonne et qu'il façonne en retour dans une protection intuitive mutuelle. 
Un peuple se définit dans la langue des berceuses que les femmes fredonnent les soirs d'orages pour que les rêves des enfants puissent voyager vers les mythes de leurs ancêtres. 
Un peuple se définit par ses soldats qui abreuvent sa terre sacrée de leur sang protecteur. 
Un peuple se définit par la sueur du paysan et du marin labourant la terre et la mer, par celle de l'ouvrier grésillant dans le feu des forges. 
Un peuple se définit par les dieux de ses forêts et de ses rivages, par les feux et les danses les honorant dans la mémoire des millénaires. 
Un peuple se définit par ses poètes et ses penseurs libres qui chantent ses beautés et son audace. 
Un peuple se définit par ses traditions, ses rires et ses chants, ses danses et ses histoires. 

Et surtout un peuple se définit par ses valeurs et ses libertés, à la fois défendues et partagées avec les siens et avec l'étranger respectueux comme cette outre d'eau claire partagée sous le soleil brûlant du désert.

L'Irlande est cette terre celte où a été ouvert hier cette difficile et lente reconquête identitaire des peuples d'Europe et dont le Donbass a repris le glaive et le flambeau de la lutte sacrée pour la Liberté. 

Car, de l'Irlande au Donbass, seuls les peuples ont le droit souverain de se définir eux mêmes et en aucun cas leurs maîtres qui de leurs palais dorés de Londres, Kiev ou Paris veulent les soumettre à l'hégémonie de leur marchandise amorale et du libéralisme mondialiste dont ils sont devenus les larbins dans l'évolution logique du capitalisme et de l'étatisme post moderne.

Ailleurs, la Corse secoue à nouveau ses chaines, la Catalogne, l'Ecosse, le Pays Basque sont en embuscade, attendant comme beaucoup d'autres peuples que le vent du chaos souffle sur les braises de leur révolte.

Les peuples d'Europe devront bientôt choisir entre continuer à être suicidés dans les servitudes des totalitarismes idéologiques et étatiques ou suivre les exemples de l'Irlande et du Donbass et quel qu'en soit le prix à payer...

Car la Liberté elle n'a pas de prix !

Erwan Castel

lundi 14 mars 2022

Jour Z+ 17 : 3 percées dans le Donbass

Volnovakha stigmatisé par les combats menés pour sa libération où malheureusement
de nombreux civils 
ont aussi péris ou été blessés, surtout parce que forcés de rester
 sur place par les soudards des unités nationalistes ukrainiennes "Aidar" "Donbass".
(Photo Svetlana Kissileva)


Dans ce nouveau point de situation militaire du Donbass, j'ai choisi de zoomer sur 3 secteurs particuliers où les forces russes et républicaines viennent de réaliser de nouvelles percées du front et qui vont à court terme déstabiliser l'ensemble du dispositif militaire ukrainien, l'obligeant soit à capituler, soit à bouillir dans des "chaudrons" jusqu'à la dernière cartouche.

Avant d'aborder ces 3 avancées significatives il faut ici rappeler que les opérations militaires russes déclenchées en Ukraine ont pour premier objectif de démilitariser le régime atlantiste de Kiev dont la principale concentrations de ses forces de combat, déployée dans le Donbass devait attaquer les Républiques de Donetsk et Lugansk au début de ce mois de mars selon les documents ukrainiens saisis dans différents Etats Majors capturés lors des offensives républicaines au Nord et au Sud de la ligne de front. 

Or pour détruire ou capturer ces forces ukrainiennes qui sont encore entre 60 et 100 000 hommes, il est nécessaire pour les forces russes et républicaines, tout  en privilégiant la vitesse:


  • De fixer les ukrainiens sur les positions de leur dispositif central par des tirs d'artillerie et des attaques sur leurs ressources logistiques,
  • De réaliser un encerclement large depuis le Nord et le Sud pour les couper de leurs voies d'accès et de retraite,
  • De réduire ensuite les points d'appui et pivots urbains de leurs lignes de défense pour les vulnérabiliser dans des terrains découverts.
L'Etat Major russe (mais aussi Kiev) sait pertinemment que la défaite des forces ukrainiennes dans le Donbass et leur anéantissement et capture accélérera la défaite des ukro-atlantistes en Ukraine, et que les villes encerclées tomberont alors les unes après les autres (Marioupol si elle tient encore, puis Kharkov, Nikolaïev, Tchernigov... et enfin Kiev).

D'où l'intérêt d'observer attentivement ce front du Donbass par où cette guerre a commencé en 2014 à l'initiative de Kiev et par l'effondrement duquel s'amorcera la capitulation rapide du régime atlantiste russophobe de Kiev : 
  

1 / Rupture du front Nord ukrainien

Pour pouvoir fermer leurs mâchoires sur le maximum de forces ukrainiennes déployées dans le Donbass, les opérations militaires menées par les forces russes et les milices de Donetsk et Lugansk ont besoin de réaliser un mouvement d'encerclement large Nord-Sud en parallèle de la rive gauche du Dniepr.

Le front Nord du dispositif ukrainien s'appuie aujourd'hui sur les villes de Severodonetsk et Lisichansk à l'Est (territoire de la république de Lugansk) et sur celles de Slaviansk et Kramatorsk à l'Ouest (Nord du territoire de la république de Donetsk). 

Au Sud d'Izioum, une position ukrainienne détruite
par une roquette d'un Lance Roquettes Multiples de 
220mm "Ouragan"  russe observée depuis un drone

Depuis J+12, les forces russes descendant du secteur de Koupiansk et les forces républicaines venant de l'Est ont réalisé leur jonction près de la ville d'Izioum dont la capture, après plusieurs jours de combat, leur a ouvert la route vers Slaviansk et Kramatorsk où les forces ukrainiennes ont organisé une ligne de défense importante accrochée au relief et aux forêts plus importantes ici que dans le reste du Donbass.


Cette percée Nord à l'Ouest des réseaux de défense ukrainiens de Slaviansk, Kramatorsk (où se situe l'Etat Major de l'Opération des forces conjointes dans le Donbass) et plus à l'Est de Severodonetsk et Lisichansk a plusieurs avantages : 

  • De créer un nouveau front à l'Ouest Slaviansk, étirant ainsi les forces ukrainiennes,
  • De couper les routes principales entre Kharkov, les villes du Dniepr et ce secteur,
  • D'amorcer le bouclage vers le Sud des forces ukrainiennes toujours dans le Donbass,

2 / Rupture de l'appui Sud du front Ouest ukrainien

Volnovakha était avec son carrefour routier et ferroviaire la charnière entre les lignes de front Sud (Marioupol) et Ouest (Donetsk-Gorlovka) du dispositif ukrainien, Par sa capacité ferroviaire, ce bastion pouvait menacer l'encerclement républicain de Marioupol avec de nouveaux renforts ou permettre une retraite des unités ukrainiennes au Sud de Donetsk.

Après de très vifs combats meurtriers sur les périphéries de la ville sur les unités ukrainiennes retranchées dans la ville parmi lesquelles les bataillons spéciaux "Aïdar" et "Donbass" et les mercenaires de la "Légion géorgienne", les forces russes et républicaines ont été obligées d'appliquer, sur la cité devenue bastion des frappes d'artillerie massives pour y briser les défenses ukrainiennes disséminées dans tout son périmètre. Malheureusement au sein de la population de Volnovakha, qui était interdite d'évacuer la ville par les forces ukrainiennes, plusieurs civils ont été tués ou blessés sous les tirs.

Volnovakha juste après les combats pour sa libération

A l'issue de la bataille de Volnovakha, les forces républicaines ont d'abord élargi le secteur contrôlé à l'Ouest et au Nord de la ville afin de prévenir d'éventuelles contre attaques ukrainiennes et ils ont sécurisé les zones contrôlées du secteur ainsi que la route menant au Sud vers le port de Marioupol assiégé en commençant à y apporter de l'aide humanitaire importante . 


Parmi les axes d'effort des forces russes et républicaines, la nouvelle ligne ukrainienne située au Nord Ouest de Volnovakha a été rompue avant de pouvoir s'enterrer pour fragiliser sur leur flanc Sud et leurs arrières la ligne de front organisée devant Dokuchaievsk et repousser ainsi les ukrainiens vers le Nord.

Dans les zones libérées de nombreux matériels ont été abandonnés
par les forces ukrainiennes où détruits par les combats comme ce
BMP-1TS du bataillon spécial "Aïdar" (intégré à la 53e brigade) 
et détruit à Volnovakha dans un combat de blindés. C'est un modèle 
rare du BMP1 amélioré avec une armure renforcée, un module de 
combat Spis et un équipement radio Motorola DM-4601.

Plus à l'Ouest du secteur, les russes avec les républicains lancent également une offensive en direction de Vel Novoselovka et surtout, plus au Nord, vers l'axe routier Zaporodje-Donetsk qui assure le ravitaillement et la retraite des forces positionnées devant Donetsk (Marinka, Krasnogorovka...) et qui poursuivent leurs campagnes de bombardements sur la ville républicaine dans une rage suicidaire.


3 / Rupture au Sud du front ukrainien de Marioupol

Sur le port de la mer d'Azov, son plus grand port industriel est encerclé depuis 1 semaine par les forces républicaines et russes qui ont engagé la libération de cette 2ème plus grande ville de la République Populaire de Donetsk, toujours occupée par des unités ukrainiennes dont nombre de radicaux nationalistes, notamment les néo-nazis du régiment spécial "Azov".

Le 10 mars, les forces républicaines avaient déjà pris pied dans la périphérie Nord Ouest de la ville et désormais c'est sur la rive gauche de la Kalmius, au Sud Est de la ville que se portent leurs efforts depuis le 12 mars, lesquels ont réussi une percée le long du front de mer jusqu'au secteur du stade "Azovstal" à partir duquel la libération des quartiers Est de la ville sont en cours.

Dans Marioupol se déroule une guerre urbaine difficile
surtout à cause de la présence d'une population civile au
milieu de laquelle les unités ukrainiennes ont organisé
des positions défensives. Ici des chars de combats tirent
avec le maximum de précision pour détruire snipers et
tireurs antichars repérés au milieu des immeubles habités.

A l'issue de cette percée républicaine au Sud Est de la ville et réalisée grâce à des appuis feu importants de l'artillerie, de l'aviation et des blindés russes, le principal des forces ukrainiennes s'est replié de l'autre côté de la rivière Kalmius, laissant disséminés dans les quartiers abandonnés des groupes de combat isolés, principalement des snipers et tireurs antichars.


Malgré ces percées républicaines, la bataille pour Marioupol n'est pas finie, les forces ukrainiennes s'étant repliées au coeur de la ville dans un réseau urbain dense et au milieu d'une population encore présente très importante (l'administration ukrainienne de la ville annonce plus de 2000 civils tués dans les combats en cours) et pour laquelle la situation humanitaire devient catastrophique. 

Si la défaite des unités ukrainiennes est inéluctable, la date de leur capitulation dépend de:
  • Leur moral qui est en train de décliner comme le prouve par exemple la défection le 13mars de plus de 50 combattants du régiment "Azov" pourtant réputé le plus motivé,
  • Leur ressources de communication et coordination défensives, leurs moyens logistiques, en vivres et surtout en munitions qui commencent à manquer,
  • Leurs pertes subies (tués et blessés) qui sont très importantes et qui ne permettront bientôt d'assurer une continuité dans les défenses des lignes de front.

Pour conclure 

Sans tomber dans les vivats de certains propagandistes pro-russes qui confondent réalité et fantasme immature, je dirai que les opérations militaires dans le Donbass continuent de progresser vers une libération totale des territoires républicains occupés par les forces de Kiev et un encerclement de ces dernières le long de la ligne de front entre Donetsk et Gorlovka.

Même si elles bénéficient d'un appui feu terrestre et aérien considérable et décisif, il faut relever que les troupes au sol russes et républicaines sont victorieuses dans tous les combats engagés et ce malgré :
  • des positions défensives ukrainiennes organisées,
  • des effectifs rarement supérieurs en nombre et même parfois inférieurs,
  • des risques énormes pris pour épargner au maximum les civils,
La stratégie russe s'efforce au maximum d'appliquer des frappes de précision limitées aux objectifs militaires, d'organiser des évacuations des civils des zones de combat, puis si une résistance tenace persiste et seulement en dernier recours, d'appliquer des saturations de zones avec l'artillerie et l'aviation avant d'y engager les blindés (comme ce fut le cas à Volnovakha par exemple)

Une autre composante remarquable de cette stratégie russe est l'importance du réseau logistique suivant les unités de l'avant et assurant non seulement ne continuité des approvisionnements en munitions, carburant et vivres mais aussi, déployant immédiatement des ressources médicales, humanitaires et de services auprès des populations libérées (vivres médicaments, électricité, aides financières et sociales etc)

Si des véhicules russes et républicains ont été détruits lors des assauts victorieux contre les positions ukrainiennes, en revanche ces dernières ont abandonné sur le  terrain un nombre impressionnant de véhicules, matériels munitions et armes dont certaines provenant des ivraisons récentes de l'OTAN, comme les missiles antichars étasuniens "Javelin" et britanniques "NLAW"...

A l'arrière d'un front balayant les unités 
ukrainiennes, des unités techniques 
des forces républicaines réceptionnent
les "trophées" du champ de bataille et 
les réparent immédiatement pour les
réinjecter dans les unités au combat.

A suivre...
Erwan Castel

dimanche 13 mars 2022

Une analyse militaire neutre et remarquable


Depuis que les guerres de l'OTAN frappent les pays non alignés nous observons une foule d'experts militaires autoproclamés venir nous asséner des inepties sur les plateaux télévisés ou les réseaux sociaux pour uniquement nourrir des fantasmes propagandistes, des égos narcissiques et au passage des obsessions mercantiles.

Heureusement, il apparait au milieu de ce fatras de dérives intellectuelles de vraies analyses, posées et neutres et qui permettent de se faire une opinion beaucoup plus libre et de défendre le cas échéant un engagement pour l'une ou l'autre des parties prenantes aux conflits.

Voici ici l'analyse assez fouillée de Jacques Baud, un colonel de l'armée suisse spécialiste du renseignement militaire et datée du 11 mars 2022 et que je me suis permis d'illustrer principalement à partir des liens cités par l'auteur :

La situation militaire en Ukraine

Partie 1 – En route vers la guerre

Pendant des années, du Mali à l’Afghanistan, j’ai travaillé pour la paix et ai risqué ma vie pour elle. Il ne s’agit donc pas de justifier la guerre, mais de comprendre ce qui nous y a conduit. Je constate que les « experts » qui se relaient sur les plateaux de télévision analysent la situation à partir d’informations douteuses, le plus souvent des hypothèses érigées en faits, et dès lors on ne parvient plus à comprendre ce qui se passe. C’est comme ça que l’on crée des paniques.

Essayons d’examiner les racines du conflit. Cela commence par ceux qui durant les 8 dernières années nous parlaient de « séparatistes » ou des « indépendantistes » du Donbass. C’est faux. Les référendums menés par les deux républiques auto-proclamées de Donetsk et de Lougansk en mai 2014, n’étaient pas des référendums d’« indépendance » (независимость), comme l’ont affirmé certains journalistes peu scrupuleux, mais de référendums d’« auto-détermination » ou d’« autonomie » (самостоятельность). Le qualificatif « pro-russes » suggère que la Russie était une partie du conflit, ce qui n’était pas le cas, et le terme « russophones » aurait été plus honnête. D’ailleurs, ces référendums ont été conduits contre l’avis de Vladimir Poutine.

En fait, ces Républiques ne cherchaient pas à se séparer de l’Ukraine, mais à avoir un statut d’autonomie, leur garantissant l’usage de la langue russe comme langue officielle. Car le premier acte législatif du nouveau gouvernement issu du renversement du président Ianoukovitch, a été l’abolition, le 23 février 2014, de la loi Kivalov-Kolesnichenko de 2012, qui faisait du russe une langue officielle ayant droit. Un peu comme si des putschistes décidaient que le français et l’italien ne seraient désormais plus des langues officielles en Suisse.

Cette décision provoque une tempête dans la population russophone. Il en résulte une répression féroce contre les régions russophones (Odessa, Dniepropetrovsk, Kharkov, Lougansk et Donetsk) qui s’exerce dès février 2014 et conduit à une militarisation de la situation et à quelques massacres (à Odessa et à Marioupol, pour les plus importants). À la fin de l’été 2014, ne restent que les Républiques auto-proclamées de Donetsk et de Lougansk.


A ce stade, trop rigides et engoncés dans une approche doctrinaire de l’art opératif, les états-majors ukrainiens, subissent l’ennemi sans parvenir s’imposer. L’examen du déroulement des combats en 2014-2016 dans le Donbass montre que l’état-major ukrainien a systématiquement et mécaniquement appliqué les mêmes schémas opératifs. Or, la guerre menée par les autonomistes est alors très proche de ce que l’on observe dans le Sahel : des opérations très mobiles menées avec des moyens légers. Avec une approche plus flexible et moins doctrinaire, les rebelles ont su exploiter l’inertie des forces ukrainienne pour les « piéger » de manière répétée.

En 2014, je suis à l’OTAN, responsable de la lutte contre la prolifération des armes légères, et nous tentons de détecter des livraisons d’armes russes aux rebelles et de voir si elle est impliquée. Les informations que nous recevons viennent alors pratiquement toutes des services de renseignement polonais et ne « collent pas » avec les information en provenance de l’OSCE : en dépit d’allégations assez grossières, on n’observe aucune livraison d’armes et de matériels militaire de Russie. Les rebelles sont alimentés par les unités ukrainiennes russophones, qui passent du côté rebelle.

Au fur et à mesure des échecs ukrainiens, des bataillons de chars, d’artillerie ou anti-aériens passent au complet, avec armes et bagages, du côté des autonomistes. C’est ce qui pousse les Ukrainiens à s’engager dans les Accords de Minsk.

Mais, juste après avoir signé les Accords de Minsk 1, le président ukrainien Petro Porochenko relance la vaste opération antiterroriste (ATO) (Антитерористична операція) contre le Donbass. Bis repetita placent : mal conseillés par des officiers de l’OTAN, les Ukrainiens subissent une cuisante défaite à Debaltsevo qui les oblige à s’engager dans les Accords de Minsk 2…

Il est essentiel de rappeler ici que les Accords de Minsk 1 (septembre 2014) et Minsk 2 (février 2015), ne prévoyaient ni la séparation, ni l’indépendance des Républiques, mais leur autonomie dans le cadre de l’Ukraine. Ceux qui ont lu les Accords (ils sont très, très, très peu nombreux) constateront qu’il est écrit en toutes lettres que le statut des républiques devait être négocié entre Kiev et les représentants des républiques, pour une solution interne à l’Ukraine.

C’est pourquoi depuis 2014, la Russie a systématiquement demandé leur application tout en refusant d’être une partie aux négociations, car il s’agissait d’une affaire intérieure à l’Ukraine. De l’autre côté, les Occidentaux – France en tête – ont systématiquement tenté de substituer les Accords de Minsk par le « format Normandie », qui mettait face à face Russes et Ukrainiens. Or, rappelons-le, il n’y a jamais eu de troupes russes dans le Donbass avant le 23-24 février 2022. D’ailleurs, les observateurs de l’OSCE n’ont jamais observé la moindre trace d’unités russes opérant dans le Donbass. Ainsi, la carte des services de renseignements américains publiée par le Washington Post le 3 décembre 2021 ne montre pas de troupes russes dans le Donbass.

En octobre 2015, Vasyl Hrytsak, directeur du Service de sécurité ukrainien (SBU), confessait que l’on avait seulement observé 56 combattants russes dans le Donbass. C’était le même phénomène que les Suisses qui allaient combattre en Bosnie dans les années 1990, et en Ukraine aujourd’hui. 

À ce stade, l’armée ukrainienne est dans un état déplorable. En octobre 2018, après 4 ans de guerre, le procureur militaire ukrainien en chef Anatoly Matios déclarait que l’Ukraine avait perdu 2700 hommes hors-combat au Donbass : 891 cas de maladies, 318 d’accidents de la route, 177 d’autres accidents, 175 d’empoisonnements (alcool, drogue), 172 de manipulations d'armes imprudentes, 101 d’infractions aux règles de sécurité, 228 de meurtres et 615 de suicides.

En fait, l’armée est minée par la corruption de ses cadres et ne jouit plus du soutien de la population. Selon un rapport du ministère de l’Intérieur britannique, lors du rappel des réservistes de mars-avril 2014, 70 % ne se sont pas présentés à la première session, 80 % à la deuxième, 90 % à la troisième et 95 % à la quatrième. En octobre-novembre 2017, 70 % des appelés ne se sont pas présentés lors de la campagne de rappel « Automne 2017 ». Ceci sans compter les suicides et les désertions (souvent au profit des autonomistes), qui atteignent jusqu’à 30 % des effectifs dans la zone de l’ATO. Les jeunes ukrainiens refusent d’aller combattre dans le Donbass et préfèrent l’émigration, ce qui explique aussi, partiellement au moins, le déficit démographique du pays.

Le ministère de la Défense ukrainien s’adresse alors à l’OTAN pour l’aider à rendre ses forces armées plus « attractives ». Ayant déjà travaillé à des projets similaires dans le cadre des Nations Unies, j’ai été sollicité par l’OTAN pour participer à un programme destiné à restaurer l’image des forces armées ukrainiennes. Mais c’est un processus de longue haleine et les Ukrainiens veulent aller vite. 


Pour compenser l’émigration des jeunes vers l’Europe, le gouvernement ukrainien recourt alors à des milices paramilitaires. Elles sont essentiellement composées de mercenaires étrangers, souvent militants d’extrême-droite. En 2020, elles constituent environ 40% des forces ukrainiennes et comptent sont fortes de 102 000 hommes. Elles sont armées, financées et formées par les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada et la France. On y trouve plus de 19 nationalités – dont des Suisses. Les pays occidentaux ont donc clairement créé et soutenu des milices d’extrême droite ukrainiennes.
En octobre 2021, le Jerusalem Post sonnait l’alarme en dénonçant le projet Centuria. Ces milices opèrent dans le Donbass depuis 2014, avec le soutien des Occidentaux. Même si on peut discuter le terme « nazi », il n’en demeure pas moins que ces milices sont violentes, véhiculent une idéologie nauséabonde et sont virulemment antisémites. Leur antisémitisme est plus culturel que politiquec’est pourquoi je n’aime pas beaucoup le qualificatif « nazi ». Leur haine du juif vient des grandes famines des années 1920-1930 en Ukraine, consécutive à la confiscation des récoltes par Staline afin d’augmenter les exportations et ainsi financer la modernisation de l’Armée Rouge. Or, ce génocide – connu en Ukraine sous le nom d’Holodomor – a été perpétré par le NKVD (ancêtre du KGB) dont les échelons de conduite étaient principalement composés de juifs. C’est pourquoi, les extrémistes ukrainiens demandent à Israël de s’excuser pour les crimes du communisme, comme le relève le Jerusalem Post.

Ces milices, issues des groupes d’extrême-droite qui ont animé la révolution de l’Euromaïdan en 2014, sont composées d’individus fanatisés et brutaux. La plus connue d’entre elles est le régiment Azov, dont l’emblème rappelle celui de la 2e Panzerdivision SS « Das Reich », qui fait l’objet d’une véritable vénération en Ukraine, pour avoir libéré Kharkov des Soviétiques en 1943.

Parmi les figures célèbres du régiment Azov, on trouvait l’opposant Roman Protassevitch, arrêté en 2021 par les autorités bélarusses à la suite de l’affaire du vol RyanAir FR4978. Le 23 mai 2021, on évoque le détournement délibéré d’un avion de ligne avec un MiG-29 (avec l’accord de Poutine, bien évidemment), pour arrêter Protassevitch, bien que les informations alors disponibles n’indiquent absolument pas ce scénario. Mais il faut alors montrer que le président Loukachenko est un voyou et Protassevitch un « journaliste » épris de démocratie. Pourtant, il avait fait l’objet d’une enquête assez édifiante par une ONG américaine en 2020, qui mettait en évidence ses activités militantes d’extrême droite. Le complotisme occidental se met alors en marche et des médias peu scrupuleux « toilettent » sa biographie.

Finalement, en janvier 2022, le rapport de OACI est publié et montre que malgré quelques erreurs de procédure, le Bélarus a agi conformément aux règles en vigueur et que le MiG-29 a décollé 15 minutes après que le pilote de RyanAir a décidé d’aller atterrir à Minsk. Donc pas de complot Bélarus et encore moins avec Poutine. Ah !... Encore un détail : Protassevitch, cruellement torturé par la police bélarusse, est libre. Ceux qui voudraient correspondre avec lui, peuvent aller sur son compte Twitter.

La qualification de « nazi » ou « néo-nazi » donnée aux paramilitaires ukrainiens est considéré comme de la propagande russe. Peut-être, mais ce n’est pas l’avis du Times of Israel, du Centre Simon Wiesenthal ou du Centre de Lutte contre le Terrorisme de l’académie de West Point. Mais cela reste discutable, car, en 2014, le magazine Newsweek semblait plutôt les associer à l’État Islamique… Au choix !...

Donc, l’Occident soutient et continue à armer des milices qui se sont rendues coupables de nombreux crimes contre les populations civiles depuis 2014 : viols, torture et massacres. Mais alors que le gouvernement suisse a été très prompt à prendre des sanctions contre la Russie, n’en n’a adopté aucune contre l’Ukraine.

Dans le système militaire ukrainien, les forces paramilitaires font partie des forces armées, mais pas de l’armée ukrainienne : elles ne sont pas des formations de manœuvre, mais conviennent parfaitement pour le combat urbain et la maîtrise des populations russophones dans les grandes villes.

C’est pourquoi elles seront déployées dans les villes russophones. Au fil des années elles ont été responsables de très nombreuses atrocités, dont certaines seront rapportées par la journaliste AnneLaure Bonnel. A ces troupes s’ajoutent des mercenaires de la CIA, composés de combattants ukrainiens et européens, pour mener des actions de sabotage.


Partie 2 – La guerre

Ancien responsable des forces du Pacte de Varsovie au service de renseignement stratégique, j’observe avec tristesse – mais sans étonnement – que nos services ne sont plus en mesure de comprendre la situation militaire en Ukraine. Les « experts » auto-proclamés qui défilent sur nos écrans relaient inlassablement les mêmes informations modulées par l’affirmation que la Russie – et Vladimir Poutine – est irrationnel. Prenons un peu de recul.

Depuis le mois de novembre 2021, les Américains ne cessent de brandir la menace d’une invasion russe contre l’Ukraine. Pourtant, les Ukrainiens ne semblent pas du même avis. Pourquoi ?

Il faut remonter au 24 mars 2021. Ce jour-là, Volodymyr Zelensky promulgue un décret pour la
reconquête de la Crimée et commence à déployer ses forces vers le Sud du pays. Simultanément, la conduite de plusieurs exercices de l’OTAN entre la mer Noire et la mer Baltique, accompagnés d’un accroissement important des vols de reconnaissance le long de la frontière russe. La Russie, mène alors quelques exercices, afin de tester sa préparation et montrer qu'elle suit l'évolution de la situation.

Les choses se calment jusqu’en octobre-novembre avec la fin des exercices ZAPAD 21, dont les mouvements de troupes sont interprétés comme un renforcement en vue d’une offensive contre l’Ukraine. Pourtant, même les autorités ukrainiennes réfutent l’idée de préparatifs russes pour une guerre, et Oleksiy Reznikov, ministre de la Défense Ukrainien déclare qu’il n’y a pas de changement à sa frontière depuis le printemps.

En février 2022, les événements se précipitent. Le 7 février, lors de sa visite à Moscou Emmanuel Macron, réaffirme à Vladimir Poutine son attachement aux Accords de Minsk, un engagement qu’il répétera à l’issue de son entrevue avec Volodymyr Zelensky, le lendemain. Mais le 11 février, à Berlin, la rencontre des conseillers politiques des dirigeants du « format Normandie » s’achève au bout de 9 heures, sans résultat concret, car les Ukrainiens refusent encore et toujours d’appliquer les Accords de Minsk, apparemment sous la pression des États-Unis. Vladimir Poutine constate que les promesses de Macron sont des promesses en l’air et que les Occidentaux ne sont pas prêts à faire appliquer les Accords, comme ils le font depuis 8 ans. 

Les préparatifs ukrainiens dans la zone de la zone de contact continuent. Le Parlement russe s’alarme et, le 15 février, demande à Vladimir Poutine de reconnaître l’indépendance des Républiques, ce qu’il refuse.

Le 17 février, le président Joe Biden annonce que la Russie va attaquer l’Ukraine dans les prochains jours. Comment le sait-il ? Mystère…

Mais depuis le 16, le pilonnage d’artillerie sur les populations du Donbass augmente de manière dramatique, comme le montrent les cartes des observateurs de l’OSCE. Naturellement, aucun média ne le relève et aucun gouvernement occidental n’intervient. On dira plus tard, qu’il s’agit de désinformation russe.

Simultanément, on signale des actes de sabotages dans le Donbass. Le 18 janvier, les combattants du Donbass interceptent des saboteurs équipés de matériel occidental et parlant polonais cherchant à créer des incidents chimiques à Gorlovka.



En clair, Joe Biden sait que les Ukrainiens commencent à pilonner les populations civiles du Donbass, mettant la Russie devant un choix difficile : aider le Donbass militairement et créer un problème international ou rester sans rien faire et regarder les russophones du Donbass se faire écraser.

Vladimir Poutine n’a plus beaucoup de choix : il sait qu’il devra intervenir, ne serait-ce qu’en vertu de l’obligation internationale de la « responsibility to protect » (R2P). Il sait également, que son intervention déclenchera une pluie de sanctions. Dès lors, que son intervention soit limitée au Donbass ou aille plus loin pour faire pression sur les Occidentaux sur la question du statut de l’Ukraine, le prix à payer sera le même. C’est d’ailleurs ce qu’il expliquera plus tard dans sa déclaration du 21 février.

C’est pourquoi, le 21 février, il décide d’accéder à la demande de la Douma et de reconnaître
l’indépendance des deux Républiques du Donbass. Dans la foulée, il signe avec elles des traité d’amitié et d’assistance. Le 23, devant la pression de l’artillerie ukrainienne, les deux Républiques demandent l’aide de la Russie. Le 24, celle-ci invoque l’article 51 de la Charte des Nations Unies qui prévoit l’entraide militaire dans le cadre d’une alliance défensive.

Dans son allocution du 24 février, Vladimir Poutine énonce les deux objectifs de son opération:
« démilitariser » et « dénazifier » l’Ukraine. Il ne s’agit donc pas de s’emparer de l’Ukraine, ni même, vraisemblablement de l’occuper ou la détruire.

En fait, dès le début de l’opération ses contours apparaissent clairement : 
a) encercler l’armée ukrainienne qui s’est massée à la frontière du Donbass, par une attaque venant de l’Est par Kharkov et une venant du Sud depuis la Crimée ; 
b) détruire les milices paramilitaires qui contrôlent notamment les villes d’Odessa, Kharkov et Marioupol.

L’offensive russe se déroule de manière très « classique ». Dans un premier temps – comme l’avaient fait les Israéliens en 1967 – il s’agit de détruire au sol l’aviation ukrainienne et neutraliser ses structures de commandement et de renseignement (C3I). C’est ce qui est fait en quelques heures.

Puis, avancer selon plusieurs axes simultanément selon le principe de « l’eau qui coule » : on avance partout où la résistance est faible et on laisse les villes (très voraces en troupes) pour plus tard. Au nord, la centrale de Tchernobyl est occupée immédiatement afin de prévenir des actes de sabotage. Les images de soldats ukrainiens et russes assurant ensemble la surveillance de la centrale ne sont naturellement pas montrées…

L’idée que la Russie cherche à prendre Kiev, la capitale, est typiquement occidentale. Vladimir Poutine n’a jamais eu l’intention d’abattre ou de renverser Zelensky. L’encerclement de Kiev n’a pour seul objectif que de créer une pression incitant le pouvoir à négocier. Beaucoup de commentateurs se sont étonnés que les Russes aient continué à chercher une solution négociée tout en menant des opérations militaires.

(observation personnelle: concernant le statut de Zelensky, je ne suis pas d'accord avec le colonel Jacques Baud, car je pense qu'aujourd'hui la chute du gouvernement de Kiev est nécessaire et même prioritaire compte tenu de son allégeance totale aux directives de Washington et son fanatisme à vouloir sacrifier et son armée et sa population pour faire durer ce conflit car il alimente la guerre socio-économique menée prioritairement contre la Russie par les occidentaux)

L’explication est dans la conception de la stratégie russe, depuis l’époque soviétique. Pour les
Occidentaux, la guerre commence lorsque la politique cesse. Les Russes ont une approche influencée par Clausewitz : la guerre est la continuité de la politique. Il est dès lors possible de passer de manière fluide de l’une à l’autre, pour créer une pression sur l’adversaire.

L’offensive russe a été – du point de vue opératif – un exemple du genre : en six jours, les Russes se sont emparés d’un territoire plus grand que le Royaume-Uni, avec une vitesse de progression plus grande que ce que la Wehrmacht avait réalisé en 1940 en France.

L’objectif de démilitarisation est atteint par l’encerclement de l’armée ukrainienne dans le « chaudron » entre Slavyansk, Kramatorsk et Severodonetsk. Les forces russes resserrent lentement l’étau, mais ils n’ont plus aucune contrainte de temps. Quant aux Républiques du Donbass ont « libéré » leurs territoires et la ville de Marioupol.

La défense des villes de Kharkov, Marioupol et Odessa sont de la responsabilité des milices
paramilitaires ukrainiennes, dont la destruction correspond à l’objectif de « dénazification ». C’est pourquoi la Russie cherche à créer des couloirs humanitaires, pour vider les villes des civils et ne garder que les milices, afin d’obtenir leur reddition ou leur anéantissement. C’est la raison pour laquelle ces milices sont réticentes à mettre en œuvre ces couloirs : ils peuvent ainsi utiliser la population civile comme « boucliers humains ». 


Conclusions

Ces développements dramatiques ont des causes que nous connaissions, mais que nous avons refusés de voir : 

a) l’expansion de l’OTAN (que nous n’avons pas traité ici) ; 
b) le refus de mettre en œuvre les Accords de Minsk et 
c) les attaques continues et répétées des populations civiles du Donbass depuis 8 ans et la dramatique augmentation de la fin février 2022.

Nous pouvons naturellement déplorer et condamner l’attaque russe. Mais NOUS avons créé les conditions pour qu’un conflit éclate. Nous témoignons de la compassion pour le peuple ukrainien et les deux millions de réfugiés. C’est bien. Mais si nous avions eu un minimum de compassion pour le même nombre de réfugiés du Donbass qui se sont accumulés en Russie durant 8 ans, rien de cela ne serait probablement passé.


Que le terme de « génocide » s’applique aux exactions subies par les populations du Donbass est une question ouverte. On réserve généralement ce terme à des cas de plus grande ampleur (Holocauste, etc.), néanmoins, la définition qu’en donne la Convention sur le génocide, est probablement suffisamment large pour s’y appliquer. Les juristes apprécieront.

Clairement, ce conflit nous a conduit dans l’hystérie. Les sanctions semblent être devenues l’outil privilégié de nos politiques étrangères. Si nous avions respecté les Accords de Minsk que nous avions négocié et cautionné avec l’Ukraine, tout cela ne serait pas arrivé. La condamnation de Vladimir Poutine est aussi la nôtre : il ne sert à rien de pleurnicher après coup, il fallait agir avant et ni Emmanuel Macron (comme garant et comme membre du Conseil de Sécurité de l’ONU), ni Olaf Scholz, ni Volodymyr Zelensky n'ont respecté leurs engagements.

Finalement, Vladimir Poutine atteindra vraisemblablement ses objectifs avec l’Ukraine. Ses liens avec la Chine se sont solidifiés. La Chine émerge comme médiatrice du conflit, tandis que la Suisse fait son entrée dans la liste des ennemis de la Russie. Les Américains doivent demander du pétrole au Venezuela et à l'Iran pour se sortir de l’impasse énergétique dans laquelle ils se sont mis : Juan Guaido quitte définitivement la scène et les USA doivent revenir piteusement sur les sanctions imposées à leurs ennemis.

Des ministres qui cherchent à faire s’effondrer l’économie russe et faire en sorte que le peuple russe en souffre, voire appellent à assassiner Poutine, montrent, même s’ils sont – partiellement – revenus sur la forme de leurs propos, que nous n’avons pas plus de valeurs que ceux que nous détestons.

La leçon à tirer de ce conflit est notre sens de l’humanité géométrie variable : qu’est-ce qui rend le conflit en Ukraine plus blâmable que la guerre en Irak, en Afghanistan ou en Libye ? Quelles sanctions avons-nous adopté contre ceux qui ont délibérément menti devant la communauté internationale ?

Avons-nous seulement adopté une seule sanction contre ceux qui alimentent en armes et qui frappent le conflit du Yémen (377000 morts) ? 

Jacques Baud

samedi 12 mars 2022

Jour Z+16, Situation dans le Donbass

La ville de Volnovahka, point d'appui central du front ukrainien entre Donetsk
et Marioupol est définitivement sécurisée par les forces républicaines après
une semaine de combats intenses. L'offensive se poursuit vers le Nord Ouest.

Un rapide point de situation militaire dans le Donbass au 16ème jour du commencement des opérations militaires russes en Ukraine et qui ont fourni des forces d'appui aux milices républicaines pour la reconquête de leur territoires occupés par les forces ukrainiennes depuis la stabilisation du front en février 2015.

8 ans après que le feu ukrainien se soit abattu sur le Donbass
c'est aujourd'hui au tour du feu russe de punir ces forces ukro-
atlantistes qui ont entrainé l'Europe au bord du chaos mondial 

Situation générale dans le Donbass au 11 mars 2022

La veille du déclenchement de ce qui est populairement nommé l' "Opération Z" des forces russes (24 février), les forces armées ukrainiennes avaient concentré dans le Donbass environ 150 000 hommes (soit 60% environ de leurs unités de combat) et dans un dispositif offensif qui devait être activé contre les républiques de Donetsk et Lugansk début mars (confirmé par des renseignements collectés depuis sur les Etats majors conquis).

A cours des 10 premiers jours les opérations combinées entre les russes et les républicains de Donetsk et Lugansk se sont concentrées au Nord et au Sud du Donbass pour réaliser leurs jonctions et réaliser ainsi une continuité d'une nouvelle ligne de front en forme de fer à cheval allant de la région de Kiev au Nord jusqu'à celle de Kherson au Sud. 

  • Au Nord, les milices de Lugansk en libérant leurs villages ont réalisé un mouvement tournant autour de Severodonetsk et Lisichansk pour pouvoir, avec les forces russes venant de Koupiansk, mener une offensive vers Slaviansk, ville symbolique où la guerre a commencé en avril 2014, et surtout Kramatorsk où se situe l'Etat Major des forces armées ukrainiennes dans le Donbass et leurs forces de réserve. Actuellement des combats importants se déroulent à l'Ouest d'Izioum, qui est à la fois le verrou Nord du front ukrainien de Kramatorsk et du couloir Nord de l'encerclement large du Donbass.
Une offensive double (russe à l'Ouest venant de Koupiansk et
républicaine à l'Est, venant de Lugansk) progresse vers le Sud
en direction de Slaviansk, la ville symbole où débuta la rébellion
du Donbass en avril 2014. Et juste au Sud de Slaviansk, se trouve
à Kramatorsk l'Etat Major des forces ukrainiennes du Donbass.
  • Au Sud, les milices de Donetsk, en libérant elles aussi leurs villages occupés, ont réalisé d'une part une offensive sur Volnovakha, un important carrefour routier et ferroviaire constituant un point d'appui central du front ukrainien entre Donetsk et Marioupol, et d'autre part une jonction avec les forces russes venant de Crimée pour verrouiller l'encerclement des forces ukrainiennes dans Marioupol, le grand port industriel de la Mer d'Azov, où des unités d'assaut républicaines ont déjà pris pied dans des quariers périphériques Ouest (voir chapitre suivant). Plus à l'Ouest de la ville portuaire, les forces russes concentrent leurs actions offensives dans les secteurs de Orekhov et Gulyaï Pole pour engager l'encerclement large du Donbass depuis le Sud.
A l'issue de la bataille de Volnovakha, les forces républicaines 
poursuivent leur avancée vers le Nord Ouest, en libérant de 
nouveaux villages de l'occupation ukrainienne (en orange), 
poussant ainsi le front ukrainien à se replier vers le Nord.
  • Au centre, entre Kirovsk au Nord et Dokuchaïevsk au Sud, aucune offensive majeure n'a été lancée par les Républiques de Lugansk et Donetsk à par des frappes d'artillerie importantes auxquelles des attaques aériennes russes se sont jointes pour neutraliser les positions d'artillerie ukrainiennes qui continuent à bombarder les territoires des républiques jusqu'au coeur des zones résidentielles. Le risque d'une offensive ukrainienne est toujours présent, d'une part parce que les forces de Kiev sont encore importantes dans cette région et d'autre part parce que menacées par un encerclement large à l'Ouest elles pourraient être tenté de chercher à capturer une ville comme Gorlovka par exemple pour s'y retrancher dans une action militaro-médiatique.
Destruction d'un bunker ukrainien à Peski (Ouest 
aéroport) par une équipe antichar du bataillon "Sparta"

Depuis le début des opérations de libération des territoires occupés de par Kiev 79 miliciens de la République populaire de Donetsk sont morts au combat et 251 autres ont été blessés.

Les bombardements ukrainiens continuent 

Malgré des frappes terrestres et aériennes subies, les forces ukrainiennes continuent leurs bombardements lourds sur les zones résidentielles de Gorlovka, Donetsk et Dokuchaïevsk. 

Maison du quartier de Trudovsky (Sud Ouest Donetsk) détruite par des tirs ukrainiens

Il est à noter que les forces ukrainiennes emploient régulièrement des lance roquettes multiples et des missiles tactiques "Tochka U" sur des quartiers résidentiels civils pourtant très éloignés de tout objectif militaire républicain. Au cours des derniers 24 jours les forces de défense antiaérienne de Donetsk ont abattu 14 Tochka U en approche, et rien que pour cette journée du 12 mars pas moins de 128 munitions de gros calibres ont été tirées par les ukrainiens sur les agglomérations de la  république de Donetsk.

Ainsi dans l'après midi l'artillerie lourde ukrainienne a tiré 20 roquettes de Lance Roquettes Multiples de 122mm "Grad" et 15 obus d'obusier de 122mm 'Gozdika"

12 mars 2022, Donetsk, en fin d'après midi un nouveau
bombardement de l'artillerie lourde ukrainienne frappe
dans la ville le marché de Mayak heureusement fermé 
du fait de la mobilisation. Ici des librairies en feu.

En résumé : Malgré le résistance ukrainienne s'appuyant sur Kharkov au Nord et Marioupol au Sud, les forces russo-républicaines ont entamé des mouvements offensifs à l'Est du Dniepr et dont la jonction devrait encercler à terme les forces ukrainiennes, toujours importantes restées sur la ligne de front du Donbass et qui continuent, malgré les frappes terrestres et aériennes subies.

Observation : cette carte générale du Donbass (que je me suis permis de simplifier et coloriser) est issue d'un site en connexion avec des renseignement militaires confirmés et qui est régulièrement mise à jour (ainsi que les cartes des autres fronts ukrainiens sur le site https://dragon-first-1.livejournal.com et qui est autrement plus réaliste que les cartes fantasmées présentée par des propagandistes hallucinés comme Moreau qui nous montre dans sa dernière vidéo les forces ukrainiennes du Donbass déjà encerclées dans un grand chaudron entre Dnipropetrovsk et Donetsk (alors que Kramatorsk n'est pas encore libéré). Mais ce calomniateur et imposteur de l'analyse militaire pour qui, l'armée ukrainienne a été anéantie il y a 10 jours et Marioupol devait tomber il y a 6 jours, n'est pas à une overdose de fantasme prêt !


Situation dans le chaudron de Marioupol

Chars de combat républicains entrant dans un faubourg de Marioupol

Au Sud de la République Populaire de Donetsk, après avoir verrouillé l'encerclement de la ville portuaire et s'être protégés toute contre attaque potentielle venant du secteur de Zaporodje et qui tenterait de briser le chaudron,  les forces républicaines appuyées par l'artillerie et l'aviation russes ont engagé les forces ukrainiennes défendant Marioupol. Après avoir conquis le 10 mars des quartiers dans la banlieue Ouest, les milices de Donetsk ont également investi d'autres quartiers sur les abords Est au bord de la côte d'Azov. Au12 mars en fin d'après midi des unités républicaines avaient réussi à s'implanter dans la rue Azovstalskaya (au Sud Est de Marioupol près du front de mer)
 
 
Marioupol au 12 mars matin. La liste des unités ukrainiennes est indicative car les
effectifs réels sont certainement inférieurs aux échelons décrits, sans compter les
pertes subies depuis 10 jours et les groupes épars qui ont du se replier dans le ville.

Quartier Sud-Est de Marioupol où les forces républicaines
ont réussi à prendre pied ce 12 mars (rue Azozskaïa), en y
détruisant 8 postes de tir et 1 positions défensive. De plus, 3 
chars T-64 BV améliorés et 1 BMP ont été capturés ainsi que 
soldats de la 36e brigade de marine. 25 civils dont 7 enfants 
qui étaient bloqués par les soldats ukrainiens ont été évacués 
de la zone des combats par la milice républicaine qui y reste.

Depuis le centre de  Marioupol, des incendies dans les banlieues 
de la rive gauche de la Kalmius marquent les combats et les
secteurs où les forces russes et républicaines ont réussi à avancer.

Enfin des évacuations de Marioupol observées :

Au cours de la journée du 11 mars, 217 personnes dont 25 enfants avaient réussi a emprunter les corridors d'évacuation humanitaire ouverts entre 08h00 à 19h00, et ce 12 mars, 31 personnes supplémentaires, dont 4 enfants, ont pu sortir de la ville assiégée en direction de Bezymennoe sur la route de Novoazovsk, où elles ont été prises en charge par le Ministère des Situations d'Urgence de la République Populaire de Donetsk.

Dans Marioupol, la population se retrouve malgré elle en première ligne non seulement comme dans toute bataille urbaine mais surtout parce qu'ici les forces ukrainiennes se sont disséminées dans le réseau résidentiel, pour former des bouchons antichars et d'un balcon d'un immeuble encore habité et de d'un carrefour près d'un centre commercial ou d'un hôpital... et les forces russo-républicaines s'efforcent de les en déloger avec des tirs les plus précis possible mais qui malheureusement ne peuvent empêcher des victimes collatérales.

Dans cette vidéo de Marioupol on peut voir 
l'imbrication dramatique de la population civile
et des combattants ukrainiens positionnés dans
leurs immeubles d'habitations et qui n'échappe
pas aux tirs mêmequans ils veulent être précis.

Les combats de Marioupol, si la garnison ukrainienne décide de se battre jusqu'au bout  risquent d'être coûteux en hommes et matériels et provoquer également de nombreuses pertes civiles, d'autant que les forces russes et républicaines ont à se battre contre des unités imbriquées avec une population et qu'elles forcent souvent à rester autour de leurs positions, sachant que sa présence évitent autant faire se peut des frappes de destruction massive. 

Ici, dans un quartier périphérique de Marioupol, un
groupe de combat du régiment Azov prend  position 
au milieu d'immeubles où sont encore quelques habitants

Même si à l'Est et à l'Ouest de la ville des quartiers ont été libérés, la bataille pour Marioupol n'est pas terminée, même si la défaite des forces ukrainiennes retranchées est inéluctable, car le dispositif de défense va se densifier au fur et à mesure que son périmètre diminue et surtout les combats vont se dérouler au milieu d'une population de plus en plus importante qui s'est repliée dans le centre-ville et vraisemblablement contre des unités de nationalistes qui refuseront de se rendre.

BTR 82 A russe détruit dans une embuscade dans la banlieue de Marioupol

A suivre...

Erwan Castel