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mercredi 25 décembre 2019

Novorossiya toujours !


Le mouvement anti-maïdan né au lendemain du putsch organisé à Kiev par les services occidentaux pendant l'hiver 2013-2014, le discours des pro-russes, fédéralistes devenus séparatistes face à la violence des nationalistes ukrainiens s'est articulé rapidement autour du concept de la Novorossiya. Cette entité à la fois géographique, culturelle, historique et politique correspond en effet aux régions russophones bordant la Mer Noire et remontant vers Kharkov qui ont contesté ce coup d'état du Maïdan... et ce n'est pas une simple coïncidence.

Pendant cette première année 2014, la Novorossiya va mobiliser les coeurs et les bras de dizaines de milliers de sympathisants qui se mobilisent de Odessa jusqu'à Kharkov et des volontaires qui affluent vers les premiers combats qui font rage à Slaviansk et Kramatorsk (100 km au Nord de Donetsk).

Puis, à l'issue des chaudrons victorieux où sont défaits plusieurs corps blindés ukrainiens, un premier accord de paix intervient à l'automne 2014 ("Minsk 1") et avec lui le mouvement anti-maïdan se rétracte aux territoires de Donetsk et Lugansk dont les populations viennent de s'ériger en républiques populaires éponymes. Parallèlement à cette paralysie des combats, le terme "Novorossiya" disparaît progressivement des discours officiels, au point même que des larbins propagandistes comme cette Christelle Néant se croient autorisés à insulter aujourd'hui ceux qui en ont été les meneurs comme Igor "Strelkov" par exemple.

Et pourtant, la Novorossiya dans ses réalités et ambitions n'a jamais quitté les coeurs de celles et ceux qui vivent cette guerre dans leurs chairs, et son drapeau n'a jamais disparu des uniformes des soldats du front...


Or la Novorossiya vient d'être à nouveau citée dans le discours officiel et non des moindres puisqu'il s'agit de celui du président de la Fédération de Russie lui-même, Vladimir Poutine. 

Lors de sa 15ème grande conférence de presse annuelle, réalisée le 19 décembre dernier à Moscou devant plus de 1800 journalistes, Poutine, répondant à une question sur Lénine a rappelé cette réalité, à la fois humaine et historique : 

"La Novorossia c'est l'origine des terres russes 
et la Russie comprend maintenant cela." 

"Qu'a proposé Vladimir Ilitch Lénine? Il a proposé non pas une Fédération, mais une Confédération. Sur sa décision, les ethnies ont été attachées à des territoires spécifiques et ont obtenu le droit de se retirer de l'Union soviétique. Mais les mêmes territoires ont été découpés de telle sorte qu'ils ne correspondaient pas toujours aux lieux de résidence traditionnels de ces peuples ou d'autres peuples, de sorte qu'il y avait immédiatement des points de douleur (...). Au cours de la création de l'Union soviétique, des territoires d'origines russes de la Mer Noire, qui n'avaient aucun rapport avec l'Ukraine, les terres occidentales russes ont été transférées à l'Ukraine avec une formulation étrange «pour augmenter le pourcentage de prolétariat en Ukraine", parce que l'Ukraine était un territoire rural.
Ceci est l'héritage de Lénine, qu'il est aujourd'hui nécessaire de comprendre" .
Vladimir Poutine 19 décembre 2019


PETIT RAPPEL HISTORIQUE 

L'Ukraine tout d'abord dont le nom n’apparaît officiellement qu'au début du XXème siècle était appelé initialement la "Rus de Kiev" pour avoir été le berceau historique de la Russie historique du XIème siècle au XIIIème siècle époque des invasions mongoles qui la repousse vers le Nord. Dès lors l'empire russe, tout en défendant ses territoires des hégémonies germaniques, polonaises, suédoises etc...n'a eu de cesse de vouloir libérer ses territoires de la Mer Noire principalement occupés par la suite par les ottomans.

Cette reconquête va être réalisée sous le règne de l'impératrice Catherine II dont les armées vont repousser les ottomans de la fin du XVIIIème au début du XIXéme siècle. Immédiatement la Russie entreprend de restaurer et développer ses territoires libérés, notamment sous la houlette de personnages illustres tel Alexander Potemkin par exemple. Création de villes, création de vignobles, cultures et forêts, d'usines, d'imprimeries, d'écoles, chemins de fer etc... 

La "Novorossiya", cette résurgence de la Russie primitive, est officiellement déclarée en 1774. Aujourd'hui encore les principales villes de ce territoire bordant la Mer Noire datent de cette époque de libération et prospérité : Odessa, Kherson, Dnipopetrovs'k, Pavlosk, Sebastopol, Simferopol, Nikolaiev, Mariupol etc...Plus tard, sous Pierre le Grand, ce sont les terres russes bordant la Mer d'Azov, à l'Est de la Mer Noire, qui vont être développées avec notamment Donetsk qui naît à la fin du XIX siècle autour de l'industrie du charbon et de l'industrialisation.

Les populations russes, durant ces périodes de développement, reviennent sur leurs anciennes terres, peuplant les villes et les ports qu'elles construisent et façonnant les terres à l'entour, tandis que la flotte de la Mer Noire, après Kherson, installe sa base à Sebastopol et son avant poste à Odessa.



Et cette histoire de la Novorossiya n'appartient pas seulement au passé mais aussi au présent comme en témoigne la permanence de la culture russe de ses populations qui, de Odessa à Kharkov la maintiennent vivante dans leur identité vécue quotidiennement.

C'est la culture des traditions adoptée et transmise qui forge une identité nationale et non exclusivement une définition historique, ethnique, religieuse et encore moins politique... Pour savoir si Donetsk est russe ou ukrainienne, il suffit de se promener dans ses rues, d'aller aux manifestations festives qui y sont données, de vivre avec les familles pour comprendre que l'Ukraine n'y est qu'une parenthèse historique étrangère qui ne commença qu'avec l'ère soviétique est fut subie de plus en plus difficilement depuis l'indépendance ukrainienne de 1991. 

Récemment, les 2 républiques populaires de Donetsk et Lugansk ont rappelé par des "lois sur les frontières" que leurs territoires identitaires s'étendaient jusqu'aux limites des anciens oblasts (régions) administratives et non cette ligne de front que beaucoup voudrait considérer comme une ligne de démarcation. 

Et pour les républiques du Donbass qui ont stoppé dans un premier temps l'hégémonie criminelle ukraino-occidentale, la libération des territoires de Donetsk et Lugansk occupés par l'armée ukrainienne, reste dans les coeurs  qu'une seconde étape vers la libération de la Novorossiya et la chute du régime totalitaire de Kiev.


mardi 28 mai 2019

Le théâtre de Minsk brûle


Sur le terrain, les combats et bombardements meurtriers continuent régulièrement à secouer les plus de 300 kilomètres de cette ligne de front du Donbass de plus en plus tendue du fait de l'occupation militaire de la "zone grise" séparant les belligérants par les forces ukrainiennes... Mais cela n'est pas une nouveauté mais la rélaité de l'envers du décor d'un théâtre monté à Minsk par les puissances européennes qui pour les unes veulent préserver la paix et leurs intérêts, pour les autres mieux se préparer pour la guerre à venir et pour toutes reprendre le contrôle de ce peuple qui a eu l'audace de défier l'ordre établi par l'hégémonie des Etats nations au cours du siècle dernier et de revendiquer le droit souverain de disposer librement de sa destinée jusqu'à la défendre les armes à la main.

Car si, pour faire valoir son droit légitime à retourner au sein de la Russie après une parenthèse historique de 60 ans, la Crimée a bénéficié de son statut d'autonomie, de l'effet de surprise, du soutien de Moscou et de ses forces militaires (autorisées dans la péninsule par la constitution ukrainienne), le Donbass en revanche a dû gagner sa liberté par la force en s'opposant au prix d'immenses sacrifices à l'agression militaire ukrainienne, dans une rébellion politique et militaire initiée par des chefs n'appartenant pas à la mouvance politique du pouvoir moscovite actuel. 
Et Moscou d'intervenir rapidement politiquement dans le Donbass et diplomatiquement sur la scène internationale autant par devoir humanitaire et patriotique vis à vis d'une population civile russe massacrée que pour protéger au mieux ses intérêts dans la régionaux déjà menacés gravement depuis le Maïdan et surtout éviter que la situation ne tombe sous le contrôle d'un banderisme fanatisé par Washington et ne débouche sur une guerre sans limite pour laquelle la Russie n'est pas encore prête. De leur côté les pays européens tout en étant affidés à la stratégie belliciste de Washington et soumis à la dictature de sa marchandise, n'avaient aps non plus envie de voir un conflit régional déborder dans une Europe déjà confrontée à de multiples crises économiques, sociales, politiques... clivantes et suicidaires.

Voilà, entre autres raisons, pourquoi le "format Normandie" est né le 6 juin 2014 à l'occasion de la commémoration du débarquement américain en France et que le "quartet Russie, France, Allemagne, Ukraine" concrétisera en septembre de la même année par des accords de paix signés à Minsk (Minsk1) et qui seront confirmés et complétés en février 2015 (Minsk 2).

Mais depuis sa signature, le protocole de Minsk est au point mort pour ne pas dire qu'il est "mort né", ayant obtenu comme seules et très relatives concrétisations :
  • Le maintien d'une discussion entre Kiev et Moscou mais qui souvent ressemble plus à un dialogue de sourds qu'à une négociation diplomatique et pour laquelle en plus, Kiev refuse la participation des représentants de Donetsk et Lugansk.
  • Le déploiement d'un contingent d'observateurs de l'OSCE dont l'impartialité tout comme l'efficacité dans l'application du cessez le feu sont contestées mais qui constatent les violations des accords tout comme l'absence de militaires russes
  • La libération de prisonniers de guerre sous forme d'échanges réalisés sur la ligne de front mais trop rarement et pour lesquels Kiev rechigne à appliquer la formule "tous pour tous".
  • Ces accords ont figé le front dans une guerre de positions certes moins meurtrière pour la population civile et les forces en présence même si l'on observe une actuelle augmentation des pertes militaires, mais qui se révèle aussi une impasse. 
  • Enfin ces accords ont l'avantage d'être une référence pour relever à travers leurs différentes violations (bombardements, blocus économique, occupation de la "zone grise" et.) la volonté de Kiev (donc des occidentaux) de ne pas rechercher la paix.
De toute manière, si on lit simplement les 12 points du protocole de Minsk il est évident que ces accords sont irréalisables (mais n'était ce pas également un de leurs objectifs) car certains points sont tout simplement inaccepatbles par Kiev ou les Républiques du Donbass comme par exemple :
  • Kiev ne peut accepter un "statut spécial" pour le Donbass car il serait réclamé par d'autres régions y compris l'Ouest ukrainien; et encore moins celui "d'autonomie" car il signifie aussi droit de véto pour des décisions majeures (UE OTAN par exemple).
  • De même le Donbass ne peut accepter ce "statut spécial" qui sous entend en retour une intégration dans une Ukraine russophobe et meutrière, la fin de son armée indépendante ainsi que de la perte de la maitrise de ses frontières avec la Russie  
Mais malgré cela de Moscou à Paris les acteurs de ces accords de Minsk appliqaunt la méthode Coué n'ont pas cessé de prétendre qu'il n'y avait pas d'autre alternative à la résolution du conflit, suivi en cela par leurs meutes de chiens de garde propagandistes qui de toute façon répéteraient que le soleil se lève à l'Ouest si leurs approvisionneurs de gamelles le prétendent un jour.


Sur le front, Zelensky tente une surenchère des accords de Minsk

Cette semaine, la nouvelle marionnette étasunienne de Kiev a visité le front du Donbass, dans le secteur de Lugansk où le comédien-président se serait approché à 400 mètres des avants postes républicains.



Tout en répétant sa promesse de vouloir arriver à une paix dans le Donbass (promesse qui a certainement influencé en sa faveur les russophones d'Ukraine ayant participé au scrutin présidentiel) Zelensky a sérieusement remis en cause l'efficacité des accords de Minsk qu'il veut reformater complétement, oubliant que si Minsk 2 n'a pas abouti c'est surtout parce que son armée n'a jamais cessé d'en violer quotidiennement le mémorandum (cessez le feu, retrait des armes lourdes, exclusion aérienne, respect de la zone neutre etc...) jusqu'au jour même de sa visite sur le front où une grand mère de 70 ans a été blessée à Gorlovka dans le bombardement de son immeuble d'habitation par un drone ukrainien.

Accompagné dans sa tournée des popotes par le lieutenant-général Ruslan Homchak le nouveau commandant en chef de l'armée ukrainienne (qui avait été responsable en 2014 du fiasco militaire d'Iliovaisk), Zelensky a réitéré ses promesses populistes de campagne où d'intensifier les négociations, d'augmenter les échanges de prisonniers, et de lancer une nouvelle stratégie de propagande (pardon... "d'information" !) à destination des citoyens des républiques de Donetsk et Lugansk le tout soupoudré de pommade auprés de ses hôtes militaires dont il promet d'améliorer les conditions de vie sur le front...

Bref, un président ukrainien qui, s'il ne se déguise pas comme son prédécesseur en soldat, n'en reste pas moins tout comme lui, un baratineur qui promet plus  d'être plus le maître du blabla (comme tout comédien qui se respecte) que l'artisan de la Paix. 

Cependant, dire que Zelensky va faire comme Porochenko est aujourd'hui prématuré car de l'avis de nombreux analystes le nouveau gouverneur de la colonie militaire occidentale "Ukraine" va certainement même tenter de se différiencier de la politique précédente pour mieux pouvoir la blâmer et séduire avec encore plus de zèle ses maîtres occidentaux. Et cette réorientation de la stratégie Zelensky va certainement s'articuler autour d'une volonté d'imposer des accords "Minsk 3". 

Mais en écoutant ce fanfaron on s'aperçoit que la base, la rhétorique et les objectifs de de sa version Minsk restent non seulement les mêmes.mais ne sont finalement q'une surenchère qui ne fera que verrouiller une situation déjà on ne peut plus enlisée. Ainsi par exemple :
  • Zelensky refuse toujours de dialoguer direcetement avec les représentants de Donetsk et Lugansk qui sont pourtant signataires des accords de paix,
  • Zelensky veut ouvrir la table des négociations ou un consensus est déjà quasi impossible à obtenir à de nouveaux pays comme les USA ou la Grande Bretagne,
  • Etc.
Qui plus est, le maintien de la crise et la poursuite de la guerre seront pour ce gouvernement une fois encore l'excuse facile et sanglante pour justifier les échecs des réformes intérieures promises.

Ce n'est donc pas vers la détente et la paix que se dirige ce bonimenteur, en dépit de ses promesses fumeuses populitses d'autant plus irrélisables qu'il n'est même pas capble de faire imposer à ses troupes un simple cessez le feu, pour les quelques heures où il vient pérorer sur le front du Donbass.

Et le nouveau parlement ukrainien, dont les élections auront lieu le 21 juillet prochain, confirmera sans nul doute le maintien du cap russophobe et belliciste d'un pouvoir kievien qui dans une dépendance politique et économique totale vis à vis des occidentaux se doit d'éxécuter la feuille de route écrite par les néo-conservateurs étasuniens au moment du Maïdan.


Le retour du "Printemps russe"



Le vrai grand changement interviendra certainement du côté russe, et d'ailleurs il a déjà commencé avec la décision du Président Poutine d'accorder le passeport russe aux citoyens du Donbass qui le désirent et à ne pas saluer la victoire du nouveau président ukrainien (erreur commise en 2014 au moment de l'élection de Porochenko).

La Russie, échaudée par les trahisons multiples du gouvrenement Porochenko et la poursuites de la guerre lagré les accords signés a décidé de radicaliser son soutien au Donbass et de quitter cette zone de compromis dans laquelle elle espérait encore raisonner Kiev en faveur de la paix dans la région. 

Désormais "Finita la comedia", le temps des belles paroles est terminée tandis que celui des actes a commencé, et le départ de Surkov qui était le conseiller spécial du Kremlin pour la région tout en appuyant sa diplomatie sur l'entretien de ses réseaux ukrainiens n'est certainement pas étranger à cette radicalisation de la position russe qui veut maintenant des résultats concrets et garantissant le choix du Donbass de rester russe et de le devenir à part entière.

Certains regrettent tout ce temps perdu depuis 2014 par Moscou, en mains tendues, réunions hypocrites et vaines discussions ponctuées par des "sanctions" économiques anti-russes sans cesse augmentées et des morts quotidiennes sur le front du Donbass. Au moins on ne pourra pas dire que ce n'est pas faute d'avoir essayer la paix avant la guerre et le fait est que ce temps a été aussi et surtout mis à profit pour consolider les Républiques dans les domaines politiques économiques et militaires, de normaliser leurs souhaits sociétaux, d'augmenter le capacités opérationnelles de la Russie et ainsi de se préparer au pire...

Forts de leur expérience avec Porochenko, les ukrainiens ne vont pas attendre cette fois des années pour comprendre que Zelensky, qu'ils ont élu que pour dégager son prédécesseur, ne vaut pas mieux que lui et même probablement pire. Alors que la mise en esclavage occidental de l'Ukraine continue les consciences se réveillent ici et là et se préparent à déchirer le mirage libéral et accueilir un nouveau "Printemps russe", de Karkhov à Odessa.

Au risque de choquer certains je ne pense pas que nous assistions dans les prochains temps à une résolution pacifique du conflit, surtout dans le contexte international Russie/Washington, pas plus qu'à un effondrement du système occidental qui au contraire présente la caractéristique de se nourrir de ses propres crises et guerres provoquées. Je pense que seule une libération des peuples par la force (coup d'état, révolutions, rébellions interieures ou guerres extérieures) permettra la mise en place de ce monde multipolaire qui est la seule réponse adéquate à la dictature d'un monde unipolaire voulue par la ploutocratie mondialiste. 

Et désormais le Donbass, qui était une plaie ouverte par l'OTAN sur le flanc russe est en phase de devenir une tête de pont russe pour que les popultaions d'Ukraine puissent se libérer de leur joug mondialiste et reconquérir leur véritable identité historique, culturelle et politique en faisnat reculer l'hégémonie occidentale.
Mis en sommeil pendant un instant de l'Histoire par la real politik du Kremlin et pour des raisons diplomatiques légitimes, le projet de la Novorossiya aux racines historiques et identitaires fortes et qui anima la dynamique du Printemps Russe en 2014 est, j'en suis convaincu, sur le point de renaitre des cendres du théâtre de Minsk...

Erwan Castel


dimanche 18 novembre 2018

Donbass !


Je ne pensais pas qu'il soit possible de résumer en moins de 10 minutes le Donbass, son martyr, sa guerre, son courage et son espérance. Et pourtant cette vidéo qui reprend à la fin la chanson symbolique de Victor Tsoï "Kukuchka"  réussit avec talent à montrer intensément le grand vent de l'Histoire qui s'est abattu sur ce peuple d'Europe depuis 5 ans.

Mon cœur, regarde-moi,
Ma main ouverte s'est muée en poing,
Et s'il y a de la poudre, alors donne-moi du feu.

Et voilà...


Peu importe les calculs retords des politiciens et les aboiements de leurs courtisans à breloque , dans le Donbass sous le vent haineux du Maïdan a germé une tempête que nul ne pourra arrêter car elle porte en elle l'amour d'un peuple pour sa liberté et le courage des hommes et des femmes qui se sont levés au printemps 2014 pour la défendre. 

Mais peut-être faudra t-il attendre encore pour que de nouvelles "Pâques irlandaises" s'allument en Europe mais peu importe car nous ne nous battons par pour nous mais pour l'avenir d'une Liberté née il y a des dizaines de milliers d'années entre l'Atlantique et l'Oural et qui est le socle de notre civilisation. 

Et les foyers de ces rebellions (je ne parle pas des coups d'Etat bourgeois mythifiés comme celui de 1789), une fois allumés ne peuvent être éteints mais au contraire offrent aux autres peuples d'Europe l'exemple et l'espérance de vraies "révolutions conservatrices" qui brisent le joug de cette pensée unique des princes et des clercs qui par la dictature des Etats nations artificiels asphyxie la civilisation européenne.  

Erwan Castel


jeudi 15 novembre 2018

Retour sur Donetsk

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Fin de cette 27ème rotation sur le front Nord de Donetsk dans la zone industrielle de Promka, entre Yasinovataya et Avdeevka. Je laisse derrière moi un secteur taché par les premières neiges saisonnières, où le gel brutal est certainement responsable de la baisse des provocations ukrainiennes, à l'exception de la journée d'hier où nos postions ont subi un pilonnage de tirs de canons sans recul SPG9 de 73mm et de mitrailleuse lourde Utios de 12,7mm.


Jeudi 15 novembre 2018

Après une nouvelle nuit gelée ponctuée au petit matin par les tirs des mitrailleuses lourdes ukrainiennes de 12,7mm, notre équipe de Piatnashka a été relevé aux premières heures du jour par des camarades de la compagnie pour un retour à Donetsk et surtout au chaud.

Arrivé à la base, nous retrouvons la jungle bureaucratique coutumière des paperasseries médicales, de ceux du transfert ministériel auxquels se rajoute la procédure administrative pour les passeports DNR. une montagne de petits papiers qui s'accumule sur les bureaux... La normalisation engagée depuis l'assassinat d'Alexandre Zakharchenko semble s'accélérer avec la confirmation de Denis Pushilin dans ses fonctions. Désormais pour notre "Brigade Internationale", les survivances révolutionnaires du projet "Novorossiya" telle que le volontariat étranger doivent  passer par des fourches caudines administratives strictes, comme par exemple la détention d'un passeport ukrainien, républicain ou russe. La sélection administrative se rajoute donc à la sélection médicale et militaire.

La Russie qui a initié le retour de la Crimée auprès d'elle, a en revanche dans le Donbass suivi le mouvement initié par la population qui est ethniquement russe et veut une politique convergente. Mais le caractère révolutionnaire du mouvement de résistance au Maïdan a également inquiété le Kremlin qui ne veut pas être entraîné dans une guerre ouverte prématurée avec Kiev et donc l'OTAN, surtout dans le contexte très tendu des dossiers syrien et Criméen. Depuis fin 2014 le Kremlin a donc sans intervenir militairement ni abandonner la population du Donbass à la psychopathie russophobe ukrainienne amorcer un contrôle progressif de la gouvernance des jeunes républiques. Des stratégies de temporisations militaires via les accords de Minsk et politiques via la normalisation russe des structures administratives ont été engagé tandis que l'accrochage économique des territoires séparatistes à la Fédération de Russie était finalisé (encouragé d'ailleurs par un blocus ukrainien).

Sur un chemin de crête entre la guerre totale aux menaces internationales et l'abandon des républiques aux enjeux nationaux, cette realpolitik russe dans le Donbass a décidé après l'assassinat de Zakharchenko et les risques de radicalisation d'une situation déjà explosive, d'assurer pleinement son contrôle en cooptant Denis Pushilin, un politicien modéré et expérimenté au jeu diplomatique même s'il ne fait pas l'unanimité. 

Ce dernier dès ses prises de fonctions intérimaires au lendemain de l'assassinat de Zakharchenko a accéléré la normalisation de la République, et notre bataillon la "Brigade Piatnashka" est au cœur de ces réformes à la fois militaires et administratives. 

Cette stratégie russe appliquée par Denis Pushilin ouvertement et cooptée par la population lors des élections du 11 novembre portée aux urnes par les promesses de poursuite du processus d'intégration dans la Fédération de Russie, constitue donc une rupture dans la continuité. Personnellement je regrette la disparition du projet révolutionnaire, celui de la "Novorossiya", comme la disparition d'une flamme éclairant la nuit, mais c'est ainsi le feu de la passion est remplacé par le radiateur de la realpolitik et il faut parfois contre mauvaise fortune savoir faire bon cœur.

Aujourd'hui je me concentre sur le front militaire, conséquence du choc métapolitique entre la thalassocratie étasunienne et l'empire russe qui subit de la part des occidentaux un assaut protéiforme exponentiel (politique, culturel, économique, militaire, idéologique etc.) de la part de l'impérialisme de la pensée unique occidentale. 

Je suis toujours confiant dans les choix de la Russie, certain qu'à long terme elle agit pour le bien de ses peuples, mais dans mon cœur brûle toujours la flamme de la Novorossiya dont j'espère qu'un souffle prochain ravivera le feu à travers l'Europe. Cet idéal de Liberté des peuples a germé un printemps de 2014 à l'ombre des terrils du Donbass, il attend désormais confiant le moment opportun pour éclore !


En attendant, je préfère mille fois plus les ruines de Promka tendant vers le ciel triste leurs moignons noircis par les explosions aux salons climatisés et superficiel des ministères où le port de masques hypocrite et servile est de mise pour qui veut survivre à l'Histoire en marche.

Car "si nous ne pouvons pas changer le monde, le monde, en revanche ne nous changera pas", et mes yeux et mon cœur se portent plus encore aujourd'hui en direction de Mariupol et de Slaviansk, qui sous la botte ukrainienne attendent leur libération, que du centre ville de Donetsk vitrine propagandiste et royaume des lèches cul que j'ai déserté depuis longtemps.

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

samedi 30 juin 2018

Le mythe ukrainien



L'Ukraine moderne est un pays artificiel et démesuré. Né par le forceps des traités internationaux, des conquêtes militaires et des bricolages territoriaux soviétiques, l'unité forcée ukrainienne va se fissurer dès l'indépendance de ce plus grand pays européen à la chute de l'URSS.

La crise ukrainienne ici dans ses racines géopolitiques n'est pas malheureusement unique, elle illustre la problématique de ces frontières tracées sans tenir compte des réalités ethno-géographiques et qui génèrent à plus ou moins long terme des tensions et des conflits autour des pouvoirs uniques autour des peuples réunis et séparés. 

Tant que les nations ne reconsidéreront pas les délires colonialistes de leurs propres évolution, les guerres ne feront que renaître au milieu des ruines de l'effondrement  systémique en cours.

La seule solution et je rejoins ici la conclusion de l'article joint ici, c'est que l'Europe doit évoluer rapidement vers un redécoupage naturel des entités la composant si elle ne veut pas disparaître corps et âme dans le naufrage inévitable de son avatar occidental. Le système occidental, en ayant choisi l'absolutisme de pouvoirs centralisés embourgeoisés est en effet responsable des multiples crises suicidaires qui frappent le vieux continent.

Aujourd'hui les nationalismes qui prétendent lutter contre ces crises et défendre, à travers des discours ethniques ou religieux, les fantasmes des "Etats nations" collaborent en réalité au chaos suicidaire organisé. 
Ce n'est pas dans un retour aux absolutismes artificiels du passé qui ont trahi l'héritage européen que pour mieux nourrir les ambitions d'une pensée unique mondialiste que se trouve une sortie de crise saine mais plutôt dans une projection des valeurs civilisationnelles vers une Europe des peuples audacieuse et débarrassée de sa ploutocratie. 
C'est ce qui est en train de se réaliser dans les Républiques Populaires du Donbass. 

Il faut inverser la vision métapolitique européenne et, au lieu de l'organiser autour de systèmes centralisés descendants, la définir dans une subsidiarité ascendante respectant chaque strate identitaire et son sanctuaire géographique.



En Ukraine mais aussi dans la quasi totalité des Etats modernes, ceci doit être fait, soit par le dialogue ou soit la guerre... mais cela doit être fait, si l'on ne veut pas voir tout simplement disparaître la civilisation européenne.


Erwan Castel

Observation : Dans cet article très bien argumenté, l'auteur cependant associe à tort les projets "Novorossiya" et "Malirossiya" qui sont à mon avis peu comparables car autant le premier est cohérent car correspondant à une entité humaine réelle (russes des rives Nord de la Mer Noire) autant le second est utopique car, contrairement à ce que sous entend l'auteur il ne veut pas bouger les frontières actuelles de ce monstre européen assis entre les chaises occidentale et eurasiatique et créer un nouvel épicentre politique pro-russe à Donetsk.

Source de l'article : Réseau international

Comment diviser l’ex-Ukraine ?


Par Nicholas Nicholaides

C’est un fait bien connu et historique que le territoire appelé « Ukraine » n’est pas un état réel et n’a jamais été un état réel. Il ne s’agit que d’une collection aléatoire de terres, faite par différents souverains au cours de différentes périodes historiques, sans aucun lien entre eux. Et c’est une grande partie des problèmes d’aujourd’hui !

Ainsi, différentes zones principalement à l’ouest et à l’est de la ville russe de Kiev ont été ajoutées par différents Tsars de 1650 à 1917, Lénine a ajouté la zone qui est aujourd’hui Novorossiya, Staline a ajouté les parties les plus à l’ouest, y compris la Galice après la Deuxième Guerre Mondiale et Khrouchtchev a ajouté la Crimée en 1954. Aucune de ces parties n’a jamais constitué un « État ukrainien » – la plupart d’entre elles étaient et sont des terres russes. Les parties occidentales sont principalement polonaises et certaines parties appartiennent respectivement à la Hongrie, à la Slovaquie et à la Roumanie. Et c’est de là que viennent la plupart des nazis d’aujourd’hui, ceux qui – sponsorisés par les USA – ont renversé le gouvernement légal précédent et ont installé une junte mal déguisée.

Déjà pendant la Deuxième Guerre Mondiale, l' »Ukraine » occidentale s’est rangée du côté des nazis et a fourni des dizaines de milliers de soldats pour soutenir Hitler et garder les camps de concentration nazis, alors que le sud-est de l' »Ukraine », Novorossiya, fournissait des dizaines de milliers de partisans et de soldats à l’Armée rouge ! Les collaborateurs nazis ukrainiens de la Seconde Guerre Mondiale sont aujourd’hui les « héros nationaux » de ce pseudo-état. Pouvez-vous imaginer cela dans n’importe quel autre pays européen ? Bien sûr que non ! Mais en « Ukraine » nazie, et dans les pseudo-États baltes, tout est permis et tout est admissible par l’Union Européenne, tant que c’est anti-russe, voire falsification de l’histoire et glorification des collaborateurs nazis !

La future partition de l’ex-Ukraine doit s’assurer que la Galice, Wolyn, Lvov et d’autres régions non russes ne soient pas incluses dans la Novorossiya ou la Malorossiya. Ces parties (Galice, Wolyn, Lvov et autres) devraient être données à la Pologne, à la Hongrie et à la Slovaquie et ainsi de suite, comme il est dit plus haut (Wolyn et la plus grande partie de la Podolie et de la Galice devraient revenir à la Pologne, la Galice occidentale à la Hongrie, la Transcarpathie à la Slovaquie et la Bukovina septentrionale à la Roumanie). La future Novorossiya, Malorossiya et même la Russie elle-même n’a pas besoin de ces zones d’élevage de nazis. C’était une erreur historique de Staline de les incorporer en URSS, tout comme c’était une erreur de chaque dirigeant soviétique/russe depuis, de ne pas les rendre ! Cela aurait éliminé le problème et aurait probablement rendu la Pologne plus positive à l’égard de la Russie aujourd’hui. Un bout d’Ukraine pourrait être préservé dans les régions à l’ouest de Kiev jusqu’aux nouvelles frontières de la Pologne et de la Hongrie et de la Slovaquie si cela est jugé nécessaire. Mais Novorossiya et toutes les terres à l’est de la rivière Dnepr, avec ou sans Kiev (de préférence avec) devraient être incluses dans le monde russe. Que cela se fasse dans l’État de Novorossiya, Malorossiya ou à l’intérieur de la Russie proprement dite est de moindre importance.

L’essentiel est de ne pas laisser l’état actuel des choses être « gelé » dans l’éternité. La junte nazie de Kiev ne doit pas avoir la possibilité d’empoisonner l’esprit d’un plus grand nombre de personnes par des mensonges, des menaces et de la propagande anti-russe :

Pourquoi Ianoukovitch, le président légal, n’a pas été autorisé à utiliser des canons à eau contre les nazis sur Maïdan, alors que Porochenko, le chef du coup d’état illégitime, est encouragé à utiliser des missiles et de l’artillerie contre les civils et les villes du Donbass – la partie libre de Novorossiya.

Pourquoi les référendums de la Crimée et du Donbass ne sont-ils pas reconnus alors qu’ils sont pacifiques et incluent l’opposition (sauf les nazis) alors que les élections simulées au Banderastan sont reconnues par l’Occident alors que toute opposition réelle est emprisonnée ou contrainte de fuir ?

Pourquoi le meurtre de journalistes anti-nazis ukrainiens n’est-il pas condamné en Occident ?

Pourquoi les attaques de la junte nazie de Kiev contre des manifestants pacifiques les 1er et 5 septembre 2014 ne sont-elles pas condamnées par l’UE ?

Pourquoi l’aide humanitaire russe est-elle critiquée, et l’aide militaire de l’OTAN approuvée ?

Pourquoi est-il « autorisé » d’assassiner nos héros en « période de trêve », alors que nos soldats au front ne sont pas autorisés à riposter contre l’ennemi ?

Et qu’avons-nous obtenu jusqu’à présent ?

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter les sanctions – et nous avons … des sanctions.

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter de donner une excuse à l’OTAN pour son expansion – et nous avons des bases de l’OTAN à Novorossiya, dans l’ex-Ukraine.

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter une guerre économique contre les exportations de pétrole et de gaz – et nous n’avons … que cela.

Nous n’avons pas encore libéré Novorossiya pour éviter la guerre et le massacre – et nous avons eu la guerre et le meurtre ainsi que l’occupation de Novorossiya …

Si tout cela n’est pas un grand « maskirovka » (ruse de guerre) de notre côté, alors ça sent la trahison.

A propos de cette situation, l’optimiste dira : « il y a un grand plan intelligent derrière tout cela, attendez et vous verrez ».

Le pessimiste dira : « tout est perdu ».

Le réaliste dira : « la vérité est quelque part au milieu ».

Je dis juste ceci : Novorossiya et toutes les terres à l’est du Dniepr doivent être libérées de la junte nazie de Kiev – de préférence pacifiquement, mais par la force si nécessaire


mardi 13 mars 2018

L'Eurasie et l'avenir des Républiques populaires du Donbass

Source de l'article : Geopolitika

L’EURASIE ET L’AVENIR DES RÉPUBLIQUES POPULAIRES DU DONBASS


Michael Guerin

En janvier dernier le Parlement ukrainien votait une loi destinée à réintégrer les territoires du Donbass au sein de son territoire et d’y réaffirmer sa souveraineté ; les républiques populaires de Lougansk et Donetsk sont qualifiées de « territoires occupés » par la Russie, le président  Petro Porochenko disposant désormais de pouvoirs exorbitants dont précisément celui de délimiter ces zones « d’occupation ». À n’en point douter cette assurance ukrainienne doit beaucoup au soutien désormais affirmé de Washington, soutien aussi bien financier que militaire s’inscrivant dans le projet géopolitique anglo-saxon d’endiguement de l’Eurasie.

L’Ukraine a toujours constitué une pièce maîtresse dans le cadre de cette volonté d’empêcher l’avancée – autrefois militaire et aujourd’hui diplomatique – de la Russie vers l’ouest, et il nous faut ici évoquer la Fédération Międzymorze à l’origine de l’intermarium ; ce concept géopolitique né en Pologne dans l’entre-deux guerre visait à la construction d’une ceinture d’états s’étendant de la Baltique à la mer noire, regroupant alors la Pologne-Lituanie, (qui fut par ailleurs souveraine au nord-ouest de l’Ukraine du XIVe au XVIIe siècle), la Biélorussie la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la future Yougoslavie et bien sûr l’Ukraine.

  • Le Projet d’intermarium fut réactualisé en 2016 lors d’un sommet international à Dubrovnik, lors duquel naquit « l’initiative des trois mers » ; si cette nouvelle mouture, issue de l’Union Européenne et dont la composition correspond à peu de choses près à celle de la fédération Międzymorze, n’intègre pas pour l’heure l’État ukrainien il va de soi que la soudaine « révolution » survenue en 2013 – alors que Ianoukovytch opérait un rapprochement avec la Russie tout en tournant le dos à l’UE – visait à ramener l’Ukraine dans le giron du marché européen. D’où l’ingérence des puissances occidentales dans ce conflit (1), et l’engagement de personnalités telles que Bernard Henri Lévy ou George Soros en faveur de « l’intégrité territoriale » de l’Ukraine, un principe qui fut pourtant très vite oublié par la communauté internationale en ce qui concerne le Kosovo.

Sans nous livrer à un exposé historique complet, une digression s’impose quant à l’idée de « nation » ukrainienne, dont les contours ne sont pas aussi nets que le prétendent les nationalistes. 

C’est au IXe siècle que les varègues, peuple viking, fondèrent le Rus de Kiev, principauté qui sera le terreau duquel émergeront les peuples russes, biélorusses et ukrainiens; dès la fin du Xe siècle l’orthodoxie est adoptée comme religion, et constituera ainsi le ciment qui unit encore aujourd’hui la Russie et l’Ukraine. Au XIIe siècle le territoire sera envahi par les Mongols, puis par la Pologne–Lituanie au XIVe siècle ; le nord-ouest de l’Ukraine passera alors sous autorité polonaise, le sud-est restant entre les mains des tatars. L’Ukraine deviendra ensuite un état autonome cosaque au cours du XVIIe siècle avant d’être conquis par l’impératrice russe Catherine la Grande au milieu du XVIIIe siècle ; le pays connaîtra cependant une brève période « d’indépendance » entre 1917 et 1922 avant d’être intégré à l’ensemble soviétique. 

Enfin soulignons la particularité de l’Ukraine occidentale ou Galicie, fortement marquée par son appartenance passée aux empires polonais puis autrichien, et au sein de laquelle les communautés catholiques et juives occupèrent une place importante jusqu’à la seconde guerre mondiale. 

Cela suffit à relativiser l’idée d’un État ukrainien unitaire, qui n’apparaît en fait qu’en 1991 lors de la chute de l’URSS. Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’à ce titre, l’existence de l’Ukraine en tant qu’État souverain est une construction reposant presque entièrement sur le rejet de l’entité soviétique, et que l’identité ukrainienne civilisationnelle et originelle ne se distingue de la Russie que par la langue, ce qui est bien peu au regard de l’essence commune slave et orthodoxe. Sur le plan de l’identité culturelle et politique cependant, l’histoire aura creusé un important fossé entre un territoire tel que le Donbass et la partie ouest de l’Ukraine, berceau d’un nationalisme de type occidental et moderne stimulé au cours de la seconde guerre mondiale par l’Allemagne (2) pour contrer la Pologne et la Russie : si la situation géopolitique a depuis considérablement évolué, le revanchisme reste et les arguments ukrainiens n’ont pas changé…La propagande nationaliste ukrainienne est en effet fort évocatrice lorsqu’elle brandit le spectre de la menace « impérialiste russe » ou prétend se battre contre « des communistes ». Cela peut bien évidemment se comprendre de la part d’un peuple qui a fortement souffert du diktat soviétique, notamment lors de la grande famine de 1932–1933 ; il n’en reste pas moins que la nation ukrainienne, tout comme la Russie blanche, a les mêmes racines que la nation Russe et devrait par conséquent former une composante du grand ensemble eurasiatique.
  • Ajoutons à l’intention de ceux dont la sympathie va au « nationalisme ukrainien » que l’Eurasie n’est pas une résurgence de l’ère rouge, mais au contraire une synthèse politique – composant donc avec l’héritage post-soviétique car la Russie, à l’instar de l’Italie, a bien compris qu’un état ne doit jamais renier son histoire sous peine d’ouvrir des brèches dans lesquelles l’ennemi s’engouffrera rapidement – qui transcende les idéologies passées pour mieux s’opposer à l’occident marchand. Outre sa nature impériale, la construction eurasiatique présente un autre caractère traditionnel qui lui vient du rôle fondamental joué par l’Eglise Orthodoxe, donnant à l’ensemble une orientation résolument opposée à la modernité libérale.

Les républiques populaires de Lougansk et de Donetsk se distinguent donc, comme nous le disions plus haut, du reste de l’Ukraine en raison d’une forte prédominance russe (mais également cosaque) ; le Donbass, région industrielle et minière « russifiée » par Staline, est majoritairement russophone et la population « russe ethnique » y est particulièrement forte. Les biélorusses et tatars y sont également bien implantés, et un nombre important de citoyens au sein des deux républiques se réclame toujours d’une identité politique « soviétique ». Cela montre en quoi le Donbass plus que n’importe quelle autre région de l’Ukraine tend à participer à l’émergence d’une « nation impériale » plutôt qu’à un nationalisme de type Völkish3. Multi-ethnique mais préservant l’intégrité des communautés, les républiques populaires de Donetsk et Lugansk sont étrangères aussi bien au cosmopolitisme dissolvant de l’occident qu’au tribalisme ethnique des « nationalistes ukrainiens » ; un point d’équilibre que seule une véritable unité eurasiatique peut pérenniser. 

Sur le plan politico-juridique stricto sensu, les deux Républiques populaires sont indépendantes depuis les referendums d’autodétermination survenus le 11 mai 2014. Le 24 mai un projet de fusion est annoncé, devant donner naissance à la fédération de Novorossia – nouvelle Russie, reprenant ainsi l’appellation en vigueur à l’époque impériale. La Crimée quant à elle obtient son rattachement à la Russie, toujours via referendum, dès le mois de mars de la même année.

Bien évidemment les puissances occidentales et l’Union Européenne ne reconnaissent pas la validité de ces référendums, tandis que le gouvernement ukrainien stipendié considère les républiques populaires de Lougansk et Donetsk comme des « organisations terroristes » ; la répression organisée contre les deux républiques sera néanmoins un échec, et les deux républiques populaires sont aujourd’hui plus souveraines que jamais.
  • Pour mémoire lorsque l’UCK, organisation islamo-nationaliste et narcotrafiquante roulant pour l’Albanie, déclencha une insurrection au Kosovo visant à détruire la souveraineté serbe, elle fut curieusement retirée par les états-unis de la liste des organisations « terroristes » en 1998. 

La déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo en février 2008 ne provoqua pas l’émoi de la « communauté internationale », et la très servile Cour de Justice Internationale dans son avis consultatif de 2010 ne fit pas grand cas de l’intégrité territoriale Serbe. En ce qui concerne la création de l’entité Kosovare, les états occidentaux, l’Union Européenne et l’ONU ont procédé à une extension du droit à l’autodétermination – pourtant circonscrit à l’origine par l’ONU elle même aux situations coloniales ou de subjugation étrangère4 – et consacré sous prétexte de situation « sui generis » un véritable droit à la sécession5.

A l’aune donc du droit international et de ce précédent juridique, analysons sommairement la situation des Républiques populaires de Lougansk et Donetsk.

En vertu de l’ordre juridique international l’apparition d’un état indépendant requiert quatre éléments constitutifs
  1. Un territoire : un état doit tout d’abord avoir une assise territoriale, qui peut d’ailleurs être plus ou moins nettement définie. Dans le cas du Donbass, ce territoire est au contraire clairement défini géographiquement et administrativement, regroupant les deux oblasts de Donetsk et Lougansk.
  2. Une population : l’état doit bien évidemment être constitué d’une population établie sur son territoire de manière stable. Comme nous l’avons vu les républiques populaires de Donetsk et Lougansk ont une population nettement identifiable selon des critères ethniques et linguistiques ; le peuplement de la région du Donbass fut historiquement organisé par l’empire russe au XVIIIe siècle puis par l’URSS. À cela s’ajoute une identité politique post soviétique encore vivace, semblable à celle qu’on rencontre en Biélorussie ou en Transnistrie. 
  3. Un gouvernement : l’État doit être doté d’une autorité gouvernementale englobant l’ensemble de l’appareil politique et administratif, peu importe la nature idéologique de ce dernier. Le critère déterminant est l’effectivité de la gouvernance : celle-ci doit s’exercer sur l’ensemble du territoire, ce qui est le cas pour les magistratures de Igor Plotnitski (Lougansk) et Denis Pouchiline (Donetsk). Les autorités étatiques de ces deux républiques disposent de leurs propre documents administratifs, pièces d’identité, passeport, la république de Donetsk ayant même fondé sa propre banque centrale républicaine le 7 octobre 2014.
  4. La souveraineté : pour qu’il y ait naissance d’un état, c’est à dire d’une personne morale publique, le gouvernement doit disposer d’une pleine et entière souveraineté sur l’ensemble de son territoire et de sa population. Cette souveraineté doit donc être générale et exclusive. Cette condition est à nouveau remplie en ce qui concerne les républiques populaires du Donbass, qui sont seules détentrices de l’autorité souveraine à l’exclusion de Kiev depuis les référendum de 2014 approuvés par environ 90% de la population

La reconnaissance par les états tiers n’entre pas dans les éléments constitutifs de l’État et n’a qu’une portée déclarative relevant d’un processus diplomatique. A ce jour, seule l’Ossétie du Sud a officiellement reconnu les républiques du Donbass; la Russie a cependant promulgué en février 2017 un décret en faveur de la reconnaissance des documents officiels émanant des autorités gouvernementales de Lougansk et Donetsk. En France signalons l’initiative d’Hubert Fayard, ancien élu FN qui a ouvert dans les Bouches du Rhône un centre de représentation des républiques populaires du Donbass avec le soutien de quelques élus locaux de droite. De tels centres ont également vu le jour en Italie, en République Tchèque, en Finlande et en Grèce ; s’il ne s’agit en aucun cas de reconnaissances officielles, de telles initiatives témoignent de l’existence d’un soutien international en faveur des républiques populaires de Lougansk et Donetsk qui sont incontestablement, au regard des éléments que nous avons évoqués, appelées à prendre leur place au sein du grand ensemble eurasiatique…au grand dam des forces démo-libérales occidentales pour lesquelles le régime de Kiev n’est qu’un pion.

Notes :

·       1 Pour détourner l’opinion publique internationale de cette violation du principe de non ingérence dans les affaires intérieures d’un état tiers– l’ingérence ayant été prohibée par la jurisprudence internationale dans deux arrêts fondamentaux de la CIJ, « détroit de Corfou » (1949) et « activités paramilitaires au Nicaragua » (1986) – les états-unis n’ont rien trouvé de mieux que le l’enfumage politico-médiatique faisant état d’une immixtion russe dans les dernières élections présidentielles américaines…

·       2 De manière quasi systématique, les pays européens alliés de l’Allemagne national-socialiste lors de la seconde guerre mondiale ont été intégrés par la suite aux stratégies occidentales visant à endiguer l’Eurasie. C’est le cas de l’Albanie, de la Bosnie, de la Croatie et bien évidemment de l’Ukraine. A l’inverse les états affirmant une identité politique « socialiste » ou « post soviétique » comme la Serbie, la Biélorussie et les républiques du Donbass constituent des forces d’opposition au mondialisme libéral.

·       3 La distinction entre l’Empire, modèle de gouvernance idéal des civilisations indo-européennes, et la nation moderne nous semble fondamentale et c’est pourquoi nous lui consacrerons un chapitre dans notre ouvrage à venir « age de fer »

·       4 Voir les fameuses résolutions 1514 et 2625 de l’assemblée générale de l’ONU