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dimanche 5 janvier 2020

Théologie politique contre Politique théologique


Aujourd’hui des millions d'iraniens sont descendus dans les rues pour accueillir la dépouille du général Soleimani tué le 3 janvier en Irak par un drone étasunien. La densité de la foule donne une idée de la popularité de ce dignitaire de l'Etat iranien  que la propagande de guerre occidentale persiste à considérer comme un terroriste et séide d'une dictature islamique inhumaine haïe par son peuple persécuté.
En introduction à ce nouvel article s'appuyant sur l'actuelle crise majeure qui secoue le Levant, je partage ces images de la foule iranienne venue accueillir la dépouille de Qassem Soleimani, un héros pourfendeur du terrorisme salafiste élevé au rang de martyr par la stupidité criminelle occidentale qui par son acte irresponsable a non seulement précipité le Moyen Orient au bord d'un conflit majeur mais aussi renforcé l'union patriotique des iraniens que les USA cherchent à soumettre à la dictature de leur marchandise.

Si mon observation engagée de cette crise me fait soutenir sans hésitation la République islamiste d'Iran résistant à un impérialisme étasunien cherchant à dominer par le chaos de ses terroristes salafistes le Moyen Orient, il n'en demeure pas moins que le modèle proposé par la théocratie chiite "n'est pas ma tasse de thé", loin s'en faut. Mais il faut savoir "faire contre mauvaise fortune, bon coeur" surtout quand l'esclavage de la marchandise occidentale menace 5000 années de civilisation perse. 

Mais sur les réseaux sociaux en revanche j'observe que les commentaires se radicalisent dans un dogmatisme aveugle et simpliste et quasi eschatologique, en même temps que les tensions sur le terrain levantin précipitent Washington et Téhéran dans une spirale complexe de violences verbales et d'actions armées sans fin.

Car depuis de nombreuses années nous observons le retour en force d'un discours manichéen et dogmatique dans les conflits qui opposent les blocs à travers le monde, qu'ils soient politiques, économiques, religieux, ou militaires, et nombre d'analystes évoquent le retour d'une théologie politique occidentale, héritière des rapports complexes du Politique et du Religieux dans l'Histoire des pouvoirs. L'influence en Amérique du Sud des évangélistes dans les discours violents des nouveaux pouvoirs brésilien ou bolivien est à ce titre significatif. 

Et dans l'exacerbation de la crise qui oppose aujourd'hui l'Iran aux Etats Unis, en dehors des enjeux géopolitiques et des menaces politico-militaires qui se jouent au Moyen Orient, on voit revenir également en force un dogmatisme idéologique qui du côté américain donne une dimension religieuse chrétienne à une politique occidentale et du côté iranien une dimension politique à une théologie musulmane. Et ici, cette dualité entre le pouvoir du Prince et celui du Clerc (qui donna la querelle des investitures entre guelfes et gibelins par exemple) va ici s'estomper dans une nouvelle fusion recherchée des sacralités temporelles et spirituelles de chacun donnant naissance à un discours dogmatique absolutiste, articulé autour d'une vision bipolaire du Monde et de ses crises multiples.

Et lorsqu'on observe sur les réseaux sociaux les réactions ou les commentaires qui fusent autour de cette nouvelle crise entre Téhéran et Washington, on y constate effectivement chez nombre de leurs auteurs un fanatisme manichéen issu d'un dogmatisme politico-religieux simpliste et qui rend difficile un dialogue constructif et impossible un quelconque compromis avec un adversaire systématiquement diabolisé.
Et dans cet affrontement qui oppose les USA à l'Iran se retrouvent aussi face à face, du côté de l'hégémonie occidentale, l'héritage d'un universalisme chrétien apatride imposé à tous les peuples, et du côté de la théocratie chiite, l'héritage des castes religieuses perses dominant la cité. 

C'est ainsi qu’apparaît à nouveau depuis quelques jours une théologie de la guerre destinée dans chaque camp à légitimer le combat à venir en sacralisant la cause défendue mais  aussi, dans l'affrontement de pensées uniques, de diaboliser l'adversaire...

Voici 2 exemples récents dans cette crise levantine ou le religieux fusionne avec le politique en Iran et aux USA :

De mémoire d'homme, c'est la 1ère fois dans l'histoire de l'Iran
que le drapeau rouge, qui symbolise la guerre à venir, est hissé
 au sommet de la mosquée Jamkaran, une des plus importantes du pays.

Si on peut arguer de la légitimité territoriale, historique et religieuse d'une défense iranienne organisée autour des piliers de la foi religieuse chiite et du sentiment patriotique perse, en revanche il est difficile de justifier dans cette région du Moyen Orient l'hégémonie occidentale anglo-étasunienne autrement que par des motivations bassement mercantiles qu'elle tente de masquer maladroitement derrière les masques hypocrites des dogmes droitdelhommistes et démocratiques. 

Trump, qui révèle ici, dans une logique augustinienne parfaite, l'instrumentalisation d'un puritanisme évangélique au profit d'un expansionnisme militaro-industriel renouant avec l'esprit des croisades où, comme il l'a clairement défini dans un tweet récent menaçant de détruire la culture iranienne, l'ennemi n'est pas un adversaire à battre militairement avec qui reconstruire après guerre de nouvelles relations, mais un "Satan" à éradiquer physiquement de la surface de la Terre !

Au lendemain de l'assassinat de Soleimani qu'il a ordonné, Trump effectue
son premier meeting de campagne présidentielle auprès d'évangélistes dans
une grand messe politico-religieuse fusionne sur fond de croisade contre l'Iran
Ce faisant, le chef de la démocratie la plus puissante fait entrer l'analyse politique dans le domaine de la croyance dogmatique. Or si la première est susceptible de s'ouvrir à la critique, donc au dialogue avec l'adversaire et à des compromis diplomatiques, la seconde relève de la conviction subjective et définitive qui n'acceptera que l'écrasement de l'adversaire ou tout au plus sa capitulation humiliante. 

Cette réalité politico-psychologique quasi théologique rend impossible la réussite d'une sortie de crise diplomatique qui pour réussir doit offrir aux 2 protagonistes malgré des concessions mutuelles la possibilité de garder la tête haute vis à vis de leur peuple.


Il n'y a pas de hasard !

Je pense qu'il est intéressant pour mieux comprendre l'escalade paroxysmique actuelle vécue entre Téhéran et Washington de la mettre en perspective avec 2 événements majeurs, l'un passé et l'autre à venir : 
  • Fin novembre 2019, un nouveau et très important gisement de pétrole de 22 milliards de barils est découvert dans la province iranienne de  Khouzistan, dans le Sud Ouest du pays qui en renfermait déjà  31 milliards sur d'autres sites connus. Dans le contexte de la crise des matières premières qui guette les pays industrialisés et l'échec d'un blocus économique total de l'Iran par les occidentaux, il est évident qu'abattre un régime qui refuse de se soumettre au Nouvel Ordre Mondial, qui plus est allié de la Syrie et de la Russe, et prendre le contrôle de cette manne pétrolière serait un immense coup double pour la ploutocratie mondialiste, et qui vaut certainement aux yeux des faucons de guerre étasunienne quelques centaines de milliers de morts iraniens.
Souvenons-nous de Madeleine Albright qui assume la mort
de 500 000 enfants irakiens pendant l'embargo et la guerre 
contre l'Irak en déclarant cyniquement  "cela en valait la peine !" 

Car derrière les beaux discours droitdel'hommistes agités au dessus des croisades occidentales menées à travers le Monde il y a la réalité des prédations par leur complexe militaro-industriel des ressources énergétiques mondiales. Et dans ce Levant, réserve mondiale majeure de pétrole et de gaz, les rivalités politico-industrielles pour le contrôle des matières premières dégénèrent souvent en guerres, révolutions armées, campagnes terroristes organisées par les occidentaux pour le contrôle des gisements et routes énergétiques encore nombreux n'étant pas dans leur zone d'influence.
Ainsi par exemple de ce conflit en Syrie où les démocraties occidentales vont, "pour instaurer droits de l'Homme et démocratie", vont soutenir le pire terrorisme international, celui des salafistes fanatiques adeptes de la charia islamiste. 
Or, ce conflit a été déclenché en 2011 juste 3 semaines après que le président Bachar El Assad ait choisi le projet de pipeline iranien (plutot que celui proposé par le Qatar) pour faire transiter les très importants gisements de gaz découverts dans le Golfe Persique en 2010.

Il n'y a pas de hasard mais beaucoup de mensonges !
  • Ce début d'année 2020 voit le lancement de la campagne présidentielle étasunienne où Trump brigue un second mandat. Or, le patron de la Maison Blanche se trouve de plus en plus attaqué et contesté dans ses fonctions présidentielles comme en témoigne la procédure de destitution lancée contre lui par les démocrates ces prochains jours. Dans ce contexte politique tendu, Donald Trump recherche une union nationale autour de son commandement et qui soit supérieure aux clivages politiciens. Et pour cela rien de tel qu'une bonne guerre...
Cette opinion est avouée par Trump lui- même en 2011 lorsque, à la veille des élections présidentielles américaines, il soupçonnait Barak Obama de vouloir rétablir sa popularité électorale en voulant déclencher une guerre.... avec l'Iran !


Voilà donc en réalité, loin de la noblesse des valeurs agitées devant les médias, les vraies motivations financières et électoralistes qui ont poussé Trump à provoquer cette dangereuse escalade avec l'Iran. Il y a certainement comme dans tout coup de poker une grande part de bluff dans le jeu de ce cow-boy américain, sauf que cette fois, avec l'élimination physique d'un dignitaire du régime et homme iranien extrêmement populaire, l'ingérable Donald est allé trop loin et l'Iran risque d'être tenté de le prendre à son propre jeu tant les cartes dont il dispose sont faibles face un un embrasement général du Moyen Orient qu'une guerre contre l'Iran ne manquerait pas de déclencher.

Il serait temps que les adversaires laissent aux vestiaires leurs théologies politiques et leurs politiques théologiques pour retrouver le bon sens d'un pragmatisme politique basé sur des concessions et le respect réciproque des souverainetés identitaires de chacun. 

Je pense que si l'Iran, qui a su conserver le flegme d'une diplomatie perse puissante, est prêt à s'engager sur le chemin de la diplomatie et de la paix, il n'en est pas de même pour l'arrogante thalassocratie anglo-américaine qui a trop d'intérêts vitaux dans cette région éloignée de sa zone d'influence naturelle même si elle n'a aucune légitimité à s'y imposer, idéologiquement, économiquement et militairement ! 

"Qui vivra verra !"

Erwan Castel



mardi 10 décembre 2019

Quartet Normandie: bis repetita !


Lundi 9 décembre s'est tenue à Paris une nouvelle réunion du "format Normandie" entre les présidents Poutine, Merkel, Macron et Zelensky. En marge de la réunion des 4 en elle même qui devait tenter de réanimer le processus de paix dans le Donbass, s'est tenue une première rencontre bilatérale entre Poutine et Zelensky qui n'aura duré que 15 minutes, c'est dire le niveau de dialogue ouvert autour du Donbass !

De fait chacun est venu avec ses idées et surtout ses intérêts dont la paix dans le Donbass n'est pas un des objectifs prioritaires. 
  • Ainsi Zelensky est venu pour asseoir sa légitimité, confirmer la confiance - et les deniers - des occidentaux; tout en protégeant son trône des menaces des nationalistes qui considèrent que Minsk avec le retrait des troupes, le statut spécial, les élections etc est une capitulation devant la Russie. D'ailleurs une poignée de vétérans ukrops est venue jouer les trublions dans les rues parisiennes  en déchirant le drapeau russe:

  • Ainsi Poutine est venu pour s'assurer que les accords déjà difficiles de Minsk ne soient pas détournés vers un nouveau scénario à la croate de capture politico-militaire du Donbass ouvrant une épuration ethnique soutenue par l'Occident. Le Kremlin dans le cadre de la sécurisation de ses frontières occidentales veut que les républiques puissent faire entendre leur voix et faire valoir leur droit à choisir leur destinée russe librement.
  • Quant à Merkel et Macron ils sont venus tous deux, dans une concurrence pour le leadership européen, faire valoir leurs intérêts économiques dans lequel un réchauffement des relations avec Moscou est vital vu l'importance des importations russes vers l'Europe (gaz notamment) et les préjudices commerciaux subis dans les exportations vers la Russie suite aux sanctions économiques orchestrées par Washington.
C'est ainsi que les seuls résultats importants ont été fait dans le dossier du gaz européen  plus que dans la destinée des territoires du Donbass occupés par Kiev par exemple ou dans le retrait effectif des armes lourdes de la ligne de front sans lequel toute démilitarisation localisée est un échec.

Dès le soir même, les commentaires avaient du mal a cacher derrière un optimisme de façade - qui se faisait l'écho de la conférence de presse finale des 4 - une déception quant à l'évolution réelle de la situation sur le terrain. Certes il y a eu un consensus pour procéder à un nouvel échange de prisonniers en décembre. Certes il a été convenu de poursuivre le retrait des forces avec la démilitarisation de 3 nouvelles zones critiques de la ligne de front. 

Mais il faut reconnaitre aussi que les lignes rouges principales fixées par Kiev et Moscou n'ont pas bougé d'un iota et restent un nœud gordien pour la résolution du conflit. D'un côté on a un Zelensky obligé par les pressions menaçantes des nationalistes de refuser toute forme de fédéralisation de l'Ukraine et de l'autre un Poutine qui veut octroyer aux Républiques via un statut acté une reconnaissance internationale qui leur permettra de mieux faire entendre leur volonté populaire de rejoindre la Fédération de Russie. C'est ainsi que des points de divergences et d'opposition persistent comme par exemple le contrôle ukrainien des frontières du Donbass ou le désarmement des milices demandés par Kiev ou les élections locales et la modification de la constitution ukrainienne autorisant l'autonomie du Donbass demandées par Moscou (et stipulées par les accords de Minsk).

Pour le reste on peut dire que nous avons assisté à une nouvelle représentation du quartet Normandie qui nous a interprété la même symphonie désaccordée, tandis que sur le front continuent d'aboyer les canons et mortiers ukrainiens. Aussi je considère comme superflu de m'épancher dans de longues diatribes propagandistes car seuls les actes sur le terrain comptent à mes yeux. 

Si certains peuvent se demander comment une crise touchant si petite région ne peut être résolue depuis 6 ans, il suffit de se rappeler les enjeux et les menaces internationales qui l'environnent et dont elle est devenu malgré elle le détonateur armé d'un nouveau conflit mondial. Voilà pourquoi je vous laisse en guise de conclusion cette petite vidéo synthétisant la problématique géostratégique globale Est-Ouest dont l'Ukraine est le pivot.

Erwan Castel


jeudi 31 octobre 2019

La vie et le combat continuent !

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Pas à pas, ma santé se restaure sous les soins attentifs du personnel médical, et il n'y aura bientôt plus que le bras à soigner au cours d'un cycle d'opérations mineures et d'une opération majeure probablement réalisée en Russie.


Jeudi 31 octobre 2019

Cette blessure subie sur le front du Donbass m'a offert une expérience humaine incroyable dont je ne pouvais imaginer l'ampleur. En France, mais aussi en Russie un réseau fraternel s'est spontanément organisé pour me soutenir dans l'épreuve, et je ne saurais jamais trop remercier toutes ces personnes qui hier encore étaient pour la plupart des inconnus.

Et ici à Donetsk, ce sont plusieurs visites quotidiennes qui viennent me saluer et prendre de mes nouvelles et me donner du réconfort: les camarades actuels du régiment mais aussi ceux de mes précédentes unités, y compris celles qui m'ont accueilli en février 2015 après mon arrivée dans le Donbass, ou des civils, voisins d'Oktyabrsky ou familles que j'ai aidé au cours des 4 années précédentes. 
L'Amitié, la Solidarité et la Fidélité ne sont pas de vains mots dans le monde russe, mais bien la réalité d'une fraternité patriotique supra communautaire.

Aujourd'hui, tout en restant profondément attaché à mes racines bretonnes, je sais où est désormais ma patrie de coeur.

Par la fenêtre virtuelle de mon ordinateur je recommence à regarder le monde extérieur: 
  • Le Donbass bien sûr en équilibre entre souffrance et espérance mais qui continue à avancer vers la Fédération de Russie. Et sur le front continuent de tomber les défenseurs des républiques libres du Donbass.
  • L'Ukraine, fidèle à sa vassalité occidentale qu'incarne une marionnette présidentielle incapable de gérer son pays et les factions néo-nazies qui chaque jour se renforcent et menacent le pouvoir de Kiev pour mieux continuer le chaos et la guerre.
  • Des démocraties occidentales, plus démophobes que jamais, qui après avoir vendu ou trahi leurs souverainetés politiques, économiques, militaires et culturelles, ont désormais pris pour cible leurs propres identités et leurs peuples natifs constituants.
Mais au milieu de ce chaos organisé autour de la destruction des derniers corps sociaux identitaires pour que s'y développent les dictatures d'états policiers asservis à des intérêts exogènes, il y a cependant des résistances et des réveils populaires chargés d'espérances. Vénézuéla, Chili, France etc..

Les peuples en ont marre de ce monde moderne construit autour de la dictature de la marchandise et du culte de l'illimitation capitaliste dont les profits sont réservés à une élite financière très souvent étrangère pour laquelle les populations ne sont que de la chair à supermarché ou à canon. Et les peuples de vouloir conserver leurs limites fondatrices territoriales, culturelles, historiques etc.

Les peuples en ont marre de cette imposture de l' "égalité des Hommes" qui sacrifie sur l'autel de gesticulations égalitaristes sociétales superficielles, individualistes et sans conséquences la seule égalité des individus qui alimente réellement la marche de la Cité : l'égalité politique des citoyens. Et les peuples de réclamer la reconquête de leur souveraineté via le droit au référendum.


Et je reste persuadé que l'autodétermination des populations de Donetsk et Lugansk en républiques populaires éponymes est l'expression la plus radicale de cette reconquête légitime par les peuples de leurs souverainetés identitaires, en réaction à l'asservissement d'une Ukraine - déjà malade - aux dictatures de la marchandise et de la pensée unique occidentales.

Les jeunes républiques du Donbass, malgré la guerre, les difficultés économiques, les contraintes d'une géopolitique internationale subie, continuent à avancer sur le chemin de leur intégration au sein de la Fédération de Russie, tout en défendant leur propre identité qui peut justement s'épanouir dans ce système fédéral respectueux de la diversité de ses communautés et peuples constituants.

En cela les autres peuples qui aspirent à reprendre le contrôle de leurs destinées et protéger leurs traditions devraient s'intéresser à ces jeunes républiques populaires entre Occident et Eurasie, car elles sont le laboratoire où peut germer le devenir d'une Europe des peuples illibérale.

Erwan Castel

mardi 27 août 2019

G7, Russie et Donbass


Dans une ville de Biarritz bunkérisée par la dictature macronienne s'est déroulé un sommet du G7 qui s'est plutôt révélé être une foire d'empoigne sans surprise de chiens enragés défendant leur os à ronger plutôt qu'une réunion consensuelle de gouvernants responsables et œuvrant pour la paix dans le Monde. 

Entre les cacas nerveux de Trump devant la médiation proposée par la France dans la crise iranienne et ceux de l'Union Européenne devant la proposition franco-américaine de réouvrir le G7 à la Russie, ce sommet houleux a notamment statué sur la gestion de la crise ukrainienne et la guerre dans le Donbass en décidant pour le mois de septembre d'une nouvelle réunion du "quartet Normandie" (Russie, Ukraine, Allemagne, France) à l'origine des accords de Minsk, restés depuis plus de 5 ans lettre morte...

Et c'est certainement lors de cette prochaine réunion du Format Normandie, qui confirmera en passant la légitimité internationale de la nouvelle mascotte Zelensky, que les enjeux et les menaces internationales qui sous tendent une guerre du Donbass trop souvent présentée comme un conflit ukraino-ukrainien, vont apparaître au grand jour et certainement dans une expression radicalisée.

En effet, dans le filigrane des discussions de ce sommet du G7 on peut lire déjà le chantage et peut-être l'ultimatum que les occidentaux vont lancer à la Russie en septembre. Car lorsque la réintégration de la Russie a été évoqué (qui avait été exclue du G8 au lendemain du rattachement référendaire de la Crimée en mars 2014), la majorité des participants ont invoqué la crise ukrainienne pour justifier leur refus et Donad Tusk, le secrétaire de l'OTAN, jouant avec zèle le rôle de la mouche du coche a même rajouté et sans faire d'humour: "je préférerai que ce soit l'Ukraine qui intègre le G7".

Les clauses du deal sont donc posées avec comme barre initiale occidentale pour engager les pourparlers que Moscou abandonne le Donbass et la Crimée  pour voir les "sanctions" économiques levées et les portes du G7 s'ouvrir. 

Il est clair que comme dans tout marchandage le premier prix annoncé par le vendeur et impossible à honorer !

Donc s'en suivra probablement des discussions "donnant-donnant" où le sort du Donbass sera mis sur le tapis d'accords de Minsk qui prévoient justement son retour en Ukraine sous "statut spécial".

Et c'est ici que ça va coincer sérieusement :
  • A Moscou pour qui défendre l'identité russe est devoir et enjeu de politique intérieur, 
  • Dans les Républiques du Donbass bien sûr qui ne veulent pas d'un retour en Ukraine.
  • Et même à Kiev où beaucoup ne souhaitent pas ouvrir une fédéralisation du pays.
Ici il ne s'agit pas d'être optimiste ou pessimiste mais simplement réaliste car cette réunion du "format Normandie" n'est selon moi qu'un stratagème pour acculer la Russie devant un choix dont tout le monde connait déjà la réponse et qui sera un prétexte pour les occidentaux:
  • de maintenir et probablement d'intensifier les sanctions économiques contre Moscou (aidant par là le jeu des opposant libéraux russes) et resserrer les rangs autour de la "stratégie du contaiment" relancée après le sauvetage de la Russie par Poutine.
  • d'accélérer la militarisation de l'Ukraine via l'OTAN et son intégration à l'UE via les aides économiques structurelles et fonctionnelles, qui verrouilleront le tutorat occidental de son gouvernement.
  • de liquider les accords de Minsk et autoriser Kiev à tenter une réintégration du Donbass par la force, laquelle provoquera une riposte russe (reconnaissance des républiques du Donbass et soutien militaire) et de nouvelles sanctions occidentales...
Sur le front du Donbass, même si une accalmie générale est observée (sans pour autant arriver à un cessez le feu total), les ukrainiens renforcent toujours leur dispositif d'assaut, confirmant eux aussi acceptabilité des conditions de paix proposées à Minsk et l'inéluctable reprise de la guerre qui interviendra lorsque l’hallali sera sonné contre Moscou ou ses alliés comme par exemple l'Iran qui est aujourd'hui également dans le collimateur des faucons de guerre occidentaux. 

Erwan Castel

mardi 18 juin 2019

Au fou !


Mike Pompéo un des néo-conservateurs va t-en guerre qui pousse le Monde vers le chaos 

Dans une logique autant criminelle que suicidaire et aux dimensions internationales certaines et incalculables, les USA via l'incendiaire Pompeo annoncent envisager une intervention militaire contre l'Iran...

Tout comme dans le Donbass, on observe en Iran (mais aussi au vénézuéla et ailleurs) une dichotomie de l'appareil étasunien du pouvoir. D'un côté les beaux discours présidentiels cherchant à entretenir le mythe droitdel'hommiste de démocraties occidentales oeuvrant pour le "bien" des nations, et de l'autre la réalité d'un appareil d'Etat qui use de tous les moyens, y compris les coups les plus tordus, pour provoquer des renversements de gouvernements, des coups d'Etat, des guerres et des blocus économiques pour servir une ploutocratie internationale amorale et criminelle.

Aujourd'hui l'Iran est le pays immédiatement visé par cet impérialisme étasunien devenu complétement fou !

Et dans le concert de ces cupides, faux culs, criminels et leurs laquais, s'est joint à la meute se rassemblant pour l'halali autour de la panthère perse, Israël bien sûr qui s'accroche à son projet supremaciste régional qui ferait rougir de jalousie les pires dictateurs de l'Histoire.

En Guyane, il arrive que des jeunes anacondas ayant les yeux plus gros que le ventre s'étouffer en tentant d'avaler des cabiaïs qu'ils croient affaiblis par leur traque.... 
C'est bien ce qui risque d'arriver aux occidentaux s'ils s'aventurent dans les vallées de la Perse.

En attendant, la meute des clébards clabaudant autour de Téhéran nous apprend qui sont pêle mèle les profiteurs, les commanditaires et certainement également les exécutants de ces attaques contre les pétroliers attribuées et avant même une quelconque enquête, à l'Iran, ce nouveau diable désigné par la thalassocratie étasunienne....


Et le 20 juin (publié sur FB):

USA/IRAN ... J-10 ?

L'accord signé sur le nucléaire iranien il y a 10 ans limitait le stock d'uranium de Téhéran à 300 kg enrichis à 3,67% maximum.

Or, malgré le respect de cet accord par Téhéran, que confirme l'Agence Internationale à l'Energie Atomique chargée d'en contrôler l'application, Washington et ses laquais occidentaux non seulement ont continué à étrangler l'Iran dans un blocus insensé mais ont même déchiré l'accord en question, provoquant une nouvelle crise explosive dans la région.

Devant les accusations arbitraires lancées contre l'Iran concernant les attaques récentes de pétroliers dans le détroit d'Ormuz, Téhéran a déclaré considérer les limites de l'accord comme caduques si les occidentaux ne gisaient pas l'arche arrière dans leur stratégie militaro-économique belliciste.

Ainsi la production d'uranium qui vient d'être quadruplée devrait dépasser la barre des 300 kg définie par l'accord ce 27 juin prochain et Téhéran envisage de relever également son enrichissement si aucune désescalade occidentale n'a été engagée avant le 7 juillet.

La situation actuelle est donc plus que tendue car devant les enjeux, intérieurs pour un Trump ouvrant sa 2ème campagne présidentielle et extérieurs pour un Iran économiquement asphyxié, aucun des 2 partis ne peut "perdre la face"

Seule une médiation tierce permettrait (peut-être) d'éviter ou du moins de retarder cette guerre planifiée depuis des années par des néo-conservateurs étasuniens excités par l'hégémonie sioniste régionale de l'État d'Israël.

L'Europe aurait pu jouer ce rôle si ses diplomaties majeures n'étaient pas servilement alignées sur la vision belliciste étasunienne, comme ce laquais de Macron qui a également quitté l'accord nucléaire pour plaire à son maître Trump.

Il reste donc peut-être (et encore) la Russie pour tenter d'éteindre l'incendie et sans humiliation pour chacun...

Mais le Kremlin, qui est aussi dans leur collimateur, sera t-il entendu par ces fous de guerre de Wahington Tel Aviv et Ryad, après qu'il ait su déjouer leurs plans criminels pour détruire la Syrie ?

Réponse dans les prochains jours...

Erwan Castel

Voir les articles ici : 

Europe -Israël
- WPSD

vendredi 15 février 2019

Dans les naufrages du Monde

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Plus j'avance dans l'expérience de cette guerre du Donbass, plus je suis convaincu qu'elle exprime une authentique rébellion populaire qui s'inscrit en dehors des sentiers battus par la politique et qui correspond au réveil des peuples asservis par les pouvoirs étatiques en général et celui du libéralisme en particulier qui est l'expression paroxysmique de l'asservissement des populations au profit d'une élite qui un jour les considère comme de la chair à supermarché et le lendemain de la chair à canon, mais toujours pour engraisser ses banquiers.

Parfois les paysages de Promka m'évoquent ce naufrage de la civilisation occidentale aliénée à ce fétichisme de la marchandise pour lequel elle est disposé à commettre tous les crimes possibles y compris son propre suicide !


Vendredi 15 février 2019

Ce vendredi soir, un calme très relatif et dont on perçoit la précarité au travers d'éparses et nerveuses rafales d'armes automatiques, est revenu sur le front de Promka au Nord de Donetsk.

Hissé sur les déchirures du dernier étage éventré de "Forteruine", comme gabier dans les huniers de l'Histoire, je me laisse hypnotiser une nouvelle fois avec une admiration jamais lassée et même chargée d'émotions sans cesse renouvelées, par le naufrage de notre étoile à l'horizon du Couchant.

Et la silhouette squelettique d'un bâtiment industriel dentelé par les "orages d'acier" qui se découpe dans l’incandescence solaire tel un bateau ivre dans un océan de ruines, m'évoque dans le silence du soir cet autre naufrage de notre monde post-moderne échoué sur le récif de sa démesure, et les nacres pourpres et dorées du crépuscule de faire appareiller mes pensées pirates.

Ce monde post-moderne, semble ici dans le chaos lumineux de la guerre, dévoiler pleinement la phase terminale de ce libéralisme économique amoral et dément qui a donné tous les pouvoirs à une bourgeoisie criminelle hors sol, ignare, et obsédée par un profit illimité vidé de toute forme d'éthique et d'esthétique (si ce n'est celles du chaos organisée par elle).

Et dans ce naufrage de son apogée, la folie des échanges autarciques et autistes de l'argent a aliéné autant le rêve que le génie humain mais aussi asservit la mère Nature au totalitarisme sécularisé d'une pensée unique anthropocentriste.

Désormais c'est le pouvoir amoral d'une économie politique urbaine sans foi ni loi qui soumet tout le vivant à sa nouvelle religion du progrès. Et la pensée unique qui en est le garde chiourme s'attache à détruire tous les socles communautaires et corps sociaux intermédiaires pour mieux imposer la dictature de la marchandise universaliste et liquide.

Et dans ce chaos, organisé à seule fin d'asservir au dieu Mammon un Homme individualisé et crétinisé par la propagande du spectaculaire marchand, la nouvelle guerre sainte que mène la ploutocratie occidentale contre les peuples est devenue l'eucharistie sanglante de sa messe mondiale.

Aujourd'hui, les hommes hypnotisés par l'imposture du mirage de la marchandise ont du mal à retrouver ce "sens commun" naturel qui fondait, avant que ne soit séparées, par la parole des sédentaires, la pensée de l'action. La réalité communautarienne est devenue le paradis perdu des identités humaines qui vivaient avant les dominations libérées de l'argent dans une Nature avec laquelle ils n'étaient les esclaves que de leurs libertés.

Mais la révolution de l'agriculture a libéré cette tentation de la démesure que l'Homme, enivré par sa conscience, a mis au service du plus vil des sentiments: la cupidité qui en s'alliant à cette "volonté de puissance" nous conduit jusque dans les ruines microcosmiques de ce Promka brûlant dans la fin d'un cycle solaire....

Le soleil a maintenant disparu à l'horizon laissant comme un écho nacré des écharpes mordorées dans un ciel froid et vide.

Plus j'avance dans cette vie et ce chaos ambiant et plus je fais confiance à ma sensibilité anarchiste, restée fidèle au milieu de mes désillusions politiques où j'observe que les idéologies modernes religieuses politiques etc. ne servent finalement, sous des verbiages humanistes, qu'à mieux servir les intérêts égocentriques des princes et des clercs en asservissant les consciences communes et les corps individuels de peuples usés et abusés.

Car ce mondialisme fanatique et protéiforme (politique, économique, culturel, sociétal, ethnique...) qui est la phase terminale d'une schizophrénie bourgeoise suicidaire a su inventer l'imposture la plus subtile qui consiste à nous faire croire qu'existent réellement en face de sa "théologie politique" des oppositions, comme par exemple celle d'une gauche déclarée ou d'un antimondialisme revendiqué qui se dressent contre sa dictature débridée la marchandise. "Comediante ! Tragediante !"... tout ceci n'est que le jeu théâtral d'une société du spectacle qui afin de diviser pour mieux régner, utilise comme des arcs boutant idéologiques des oppositions arificielles et contrôlées que pour mieux élever le temple de la marchandisation du Monde.

Et pour revenir à ce Donbass, par lequel j'ai choisi de m'immerger dans le chaos global, il est, selon moi, à la fois symptomatique du naufrage des illusions modernes et de la renaissance des espérances humaines.

En effet, la révolution qui s'est produite ici en 2014 est bien aux antipodes du simulacre du Maïdan car elle est à la fois, populaire, spontanée et apolitique (au sens idéologique et non pré-socratique du terme) et représente la résurgence naturelle d'un "sens commun" non moins naturel porté par une conscience communautaire (et non communautariste) préservée par une Histoire, une Tradition et une Liberté souveraine.

La preuve que cette rébellion (au sens jüngerien du terme) du Donbass est bien une "révolution conservatrice" authentique est que ses initiateurs et animateurs sont des volontaires issus de milieux politiques très divers et souvent opposés (bolchéviques, nationalistes, socialistes, monarchistes, anarchistes, "poutinistes", etc.), et qui ont engagé ici, de Donetsk à Lugansk et par delà l'horizon artificiel des idéologies surfaites l'authentique combat de la "dignité" des peuples contre l'inhumanité d'un monde marchandisé.

Et plus loin encore qu'une réaction anti-Maidan contre l'hégémonie occidentale et sa russophobie atlantiste, le Donbass exprime en 2014, dans sa dynamique populaire une authentique rébellion libertaire contre le principe de absolutisme du politique dans la libération du Politis et cette émancipation populaire va même faire frémir le Kremlin qui pourtant partage avec elle la même résistance antimondialiste.
Moscou en effet, depuis les accords de Minsk de septembre 2014 à la désignation de Pushilin (qui en été avant le représentant local) comme nouveau président de la RPD, n'a eu de cesse que de brider la création dans le Donbass d'une vraie République, populaire, libre et souveraine. Et dans un numéro d'équilibriste dont seul il a le culot, Poutine va s'empresser, tout en protégeant les populations pro-russes de Donetsk et Lugansk, de leur rogner les ailes en posant un collier sur ce séparatisme démocratique régional légitime mais qui risquait aussi de démythifier le nouveau jeu des princes sur le grand échiquier de leur hypocrisie partagée auquel il participe bon gré mal gré.

Avant que la convergence idéologique des pouvoirs ne naufragent dans l'imposture esclavagiste de la marchandise et la droite (via le libéralisme économique), et la gauche (via le libéralisme sociétal), les théoriciens pré-dreyfusard du socialisme originel prônaient l'autonomie apolitique de la classe ouvrière, et à travers elle de l'humanité. 
Rousseau, Egel, Marx, Leroux, Proudhon et bien d'autres jusqu'à Orwell, Pasolini, Michea ou de Benoist par exemple (et que les larbins de la pensée unique cherchent psychotiquement à étiqueter) nous rappellent la souveraineté légitime de cette "décence commune" consubstantielle aux communautés naturelles

Ce "sens commun" dont la Commune de Paris sera l'un des réveils les plus marquants depuis les révoltes paysannes, en s'articulant autour de la liberté de "donner, recevoir et rendre" (Mauss), est la seule morale authentique sincèrement populaire. Édifiée par les traditions d'avant l'apparition des pouvoirs sédentaires artificiels et mensongers cette morale communautarienne qui est un art de vivre naturel est le seul cadre où peuvent être protégées les libertés humaines contre les idéologies de pouvoir qui cherchent à contrôler les consciences et soumettre les corps via des totalitarismes politiques, militaires, économiques ou simplement médiatiques.

Voilà ce que représente pour moi le soleil de cette rébellion du Donbass : un combat pour la vraie Liberté qui, à l'image de ce couchant flamboyant va peut-être disparaître aussi des horizons humains éphémères de l'Histoire mais qui inéluctablement réapparaîtra invaincu sur les matins de leurs espérances, éternellement vivantes dans les coeurs restés libres.

Erwan Castel


Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

samedi 28 avril 2018

L'étau étasunien se resserre

Un article à priori hors sujet 

Et pourtant, l'Ukraine, la Syrie et maintenant l'Arménie et le Kazakhastan par exemple ne sont que les anneaux d'un même anaconda lancé par le banksterisme international pour étrangler la Russie qui refuse de se soumettre à sa dictature de la marchandise...


Je n'aime pas le satisfecit simpliste récurant concernant l'échec de la stratégie hégémonique étasunienne en Syrie. Certes les djihadistes sont globalement anéantis par les forces de la résistance (Syrie Iran Russie) mais globalement ils ont aussi rempli leur mission à savoir : incendier un pays non aligné, paralyser son développement international et ouvrir la porte à une occupation atlantiste du géostratégique Nord de son territoire (ressources plus frontière avec l'Iran).

Pire que cela: non seulement l'impérialisme étasunien est loin de lâcher prise en Syrie malgré les beaux discours de Trump, mais il multiplie ses attaques autour de la Russie, son ennemi idéologique, économique et militaire le plus important et qui l'empêche de finaliser un Nouvel Ordre Mondial esclavagiste.

Si l'Arménie fait un peu parler d'elle, en revanche le rapprochement entre le pouvoir du Kazakhstan et les USA est quasiment passé inaperçu. Et pourtant pour Moscou ce basculement de cette tour de l'Asie centrale dans le camp atlantiste serait une catastrophe géostratégique pour Moscou au minimum (et certainement pire) de la portée du changement de pouvoir en Ukraine opéré en 2014 par les séides de Washington.

En effet le Kazakhstan devenu indépendant en 1991 peut être considéré comme le "ventre mou" de la Fédération de Russie avec qui il partage plus de 7000 kilomètres de frontière faiblement défendues côté russe mais le long de laquelle passe le réseau ferroviaire transibérien qui est le cordon ombilical Est-Ouest de la Fédération.

Poursuivant inlassablement la stratégie d'encerclement de la Russie entamée au XIXeme siècle par la thalassocratie britannique, les USA cherchent depuis la chute de L'URSS à contrôler le couloir transcaucasien de cette Asie centrale dans laquelle la Russie dispose de portes économiques majeures vers les mers chaudes.
Pakistan, Ouzbékistan, Afghanistan par exemple sont déjà tombés sous l'influence des néocons étasuniens (même si dans "le tombeau des empires" ils ont du mal à s'imposer) et le Kazakhstan représente avec l'Iran une des dernières pièces majeures à conquérir situées au Sud de l'échiquier russe .

Exactement comme pour l'Ukraine, les USA agitent le miroir aux alouettes de partenariats économiques avec les occidentaux (et qui vont rapidement devenir exclusifs) pour avancer leurs pions militaires, véritables objectifs de cette stratégie mondialiste russophobe.

Ainsi un accord vient d'être signé par le Kazakhstan pour autoriser l'implantation de sites logitiques pour les opérations militaires atlantistes en Afghanistan (Aktau et Kuryk dans le Nord de la Mer Caspienne)...

On connaît la chanson : d'abord hangar de transbordement puis du personnel de sécurité, une station radar, des unités de défense puis une base aéronavale avec ici certainement à moyen terme un arsenal de construction navale pour une flotille en mer Caspienne.

A court terme, la mer Caspienne comme la mer Noire ou la mer Baltique risque donc de devenir le théâtre d'affrontements géostratégiques majeurs entre Russie et USA auxquels il faudra rajouter également la Chine qui étend également sa zone d'influence dans cette Asie centrale.

Pour la Fédération de Russie, il ne reste pas beaucoup d'options en dehors de la capitulation pour résister à l'étranglement de son empire ou la contre attaque violente.

La composition du nouveau gouvernement de Vladimir Poutine qui sera révélée début mai va nous indiquer la ligne envisagée par le Kremlin :

Soit la Russie persiste dans sa faiblesse de croire encore aux règles faussées du Droit international et continue a appeler les occidentaux ses "partenaires", alors dans ce cas, elle est condamnée à perdre sans même faire la guerre.

Soit la Russie considère enfin les occidentaux pour ce qu'ils sont à savoir ses ennemis mortels autoproclamés et qui usent de tous les moyens légaux et illégaux pour lui nuire. 
Dans ce cas il lui faut accepter le combat et oublier également, jusqu'à la victoire finale, les règles de la guerre et du droit international.

Car notre postmodernité amorale, qui est la phase terminale d'un cycle civilisationnel, se caractérise surtout par une violation des règles du combat par l'impérialisme de la marchandise.

Or pour gagner une partie face à un tricheur qui a corrompu l'arbitre, soit on triche également, soit on l'abat.

Erwan Castel