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samedi 29 juin 2019

Le temps des razvedkas


« Comment un homme peut dire ce qu’il devrait faire lui-même 
s’il est ignorant de ce que fait son adversaire ? »  
Antoine de Jomini (1779-1869)


La recherche du renseignement a toujours été une priorité obscesionnelle de tout commandement militaire en temps de guerre mais aussi en temps de paix. Déjà au VIècle siècle avant notre ère, le général chinois et théoricien militaire Sun Tsu énoncait que « Qui ne sait recourir aux éclaireurs sera incapable de tirer parti des avantages du terrain », et si les méthodes et les technologies ont évolué depuis, le besoin du renseignement militaire reste plus que jamais prioritaire et toujours articulé autour des unités humaines spécialisées dans sa recherche.

En dehors de l'usage populaire exagéré désignant comme "unité spéciale" de type "DRG" (unité de reconnaissance et diversion) les sections de reconnaissance classiques des unités d'infanterie, les forces armées des républiques de Donetsk et Lugansk ont développé de vrais groupes de "razvedka", ces Unités de Recherche Humaine spécialisées dans les missions de reconnaissance et d'aaction dans la profondeur de le ligne de front ennemie.

Ces unités d'élite sont formées et entrainées à la fois aux standards de l'armée russe vers laquelle se tend depuis 2015 la normalisation des milices républicaines mais aussi à l'aune de l'expérience du combat réel particulier imposée par cette guerre de position qui sévit dans le Donbass depuis 5 ans sur près de 400 kilomètres d'une ligne de front enterrée dans un réseau diversifié de tranchées, casemates et champs de mines.

Voici une courte vidéo évoquant l'entrainement et le travail de ses unité de renseignement militaire qui consolident la défense du Donbass quotidiennement par les missions d'infiltration réalisées sur la ligne de front.


Au niveau de notre bataillon, les missions qui nous sont confiées sont également préparées à l'aune des renseignements recueillis par des unités spécialisées qui, sur le terrain doivent sans cesse confirmer ou infirmer, ceux collectés par les radars terrestres ou les drones d'observation par exemple.

Et il ne faut pas croire que parce que la ligne de front est figée que les activités et le renseignement le sont également, bien au contraire car les positions de combat, tranchées, casemates, bunkers, passées de liaison, réseaux de mines et parfois de caméras de surveillance sont en constante évolution. 

Les mines sont d'ailleurs, avec les snipers, le principal souci de ces unités sortant des tranchées, tant il en a été posées depuis 5 ans un peu partout par chaque belligérant et souvent pendant les premiers mois du conflit de façon plutôt... anarchique sans inventaires cartographiés. Et chaque mois, des pertes dues aux mines terrestres sont enregistrées de de part et d'autre du front au sein des unités de razvedka, surtout les ukrainiennes qui engagent très frequemment des reconnaissances offensives.

Soldat ukrainien sautant sur une mine antipersonnelle "PMN"
lors d'une mission de reconnaissance en avril 2019

Malgré ces dangers accrus, la recherche humaine du renseignement doit se poursuivre afin 
  • de définir précisèment la nature les forces ennemies et leurs évolutions qui peuvent prévenir une opération à venir ou révéler un axe majeur d'attaque potentielle, 
  • de contrer des opérations d'infiltration ennemies dans notre système défensif 
  • de miner (ou déminer) des couloirs d'accès du champ de bataille
  • de répérer, détruire ou capturer les postes avancés ennemis
  • etc...
Et aujourd'hui la proximité des belligérants autorise aujourd'hui des observations permanentes à partir des positions de chacun, et avec les moyens les plus simples dont dispose tout soldat.


Aussi cette recherche du renseignement, si elle donne naissance à des unités spécialisées, est aussi et surtout l'affaire de tous, dans le contexte d'un front où l'ennemi n'est souvent qu'à quelques centaines de mètres de nos lignes. 


Erwan Castel


Position ukrainienne dans un batiment industriel de Promka, ligne de front de Yasinovataya, au Nord de Donetsk, février 2019

mardi 12 janvier 2016

Dans les veines ouvertes du front

De la tranchée

Depuis l'Hiver dernier le front du Donbass est resté gelé par les accords de Minsk et les forces belligérantes se sont enterrées progressivement dans un réseau de "blok posts" "bunkers" "blindages" et "tranchées" qui rappellent étrangement aux soldats s'y accrochant les histoires racontées par les anciens vétérans de la Grande Guerre...

Bien sûr, "comparaison, n'est pas raison" et il serait incongru que de prétendre vivre le même enfer 1 siècle plus tard, mais force est de constater que les cicatrices ouvertes dans le paysage et l'ambiance planant au dessus de cette "zone grise" coincée entre les lignes témoignent de l'intemporalité de ces guerres de positions qui creusent dans les visages des guetteurs des rides profondes à la semblance de celles creusées par leurs mains calleuses...

Photo Guillaume Chauvin
Décrire cette atmosphère est difficile d'autant plus que les situations varient dans le temps et l'espace, offrant des déclinaisons diverses selon l'activité existante et les proximités variables de l'ennemi.
Si nos missions de reconnaissance sont majoritairement des missions dynamiques, il nous arrive dans le contexte actuel du front de participer à des missions d'observation statiques et menées soit à partir des tranchées existantes, soit à partir de postes isolés que nous nous empressons de protéger avec des trous qui jour après jour se développent en boyaux, tranchées et abris pour nous protéger des tirs de l'ennemi et des rigueurs climatiques...

La première fois que je suis entré dans une tranchée, en avril 2015, il m'a semblé, au milieu des caisses de munitions éventrées et des mégots fleurissant le sol boueux, remonter dans le temps et marcher dans les pas des poilus dont le souvenir est charnellement attaché, entremêlé à la tranchée devenue une veine ouverte d'où la vie grouillante parfois giclait dans un assaut hémorragique...

Comme un écho porté par le vent chargé des odeurs de la guerre balayant ces tranchées surannées, des brides de prose jungérienne tentaient de reconstituer dans ma mémoire la description faite il y a 1 siècle de ces sillons où la Vie et la Mort invitent tour à tour le soldat a danser avec son Destin...

Ernst Jünger est bien plus qu'un soldat écrivain ayant traversé avec noblesse le XXème siècle, il est un acteur sachant donner à la guerre une dimension métaphysique au point de sublimer dans les épreuves, l'âme humaine.

Cette évocation de la tranchée du Waldgänger, qui m'avait interpellé et guidé il y a des années sur les champs de bataille de l'Hartmanswillerkopf ou du Linge alsaciens, refait surface aujourd'hui lorsque je traverse ces labyrinthes labourant le front des jeunes Républiques assiégées du Donbass.

Avant de m'effacer devant la signature de Ernst Jünger, je tiens à rendre hommage aux anonymes qui depuis bientôt 2 ans, noyés dans l'obscurité putride des tranchées, tiennent dans la poussière, la boue ou le gel ces positions ingrates mais ô combien vitales. Ils sont des mineurs ayant troqué leur pic contre un vieux fusil d'assaut à la crosse patinée, parfois des pères et leurs enfants postés côte à côte en sentinelles de l'Empire, des étudiants ayant abandonné leurs devoirs quotidiens pour répondre au Devoir de leur vie, des femmes, mères sœurs et filles, incarnant une terre maternelle défendue aux côtés de leurs hommes...

Parfois un sifflement pointe de sa balistique mortelle une sentinelle fatiguée et loin des projecteurs de l'Histoire, la mort vient alors arracher en silence une âme de cette tranchée devenue tombeau. 
Chaque semaine ces sentinelles héroïques paient un lourd tribut pour tenir la ligne derrière laquelle leurs familles peuvent continuer à survivre autour des feux de la Foi et  l'Espérance qui éclairent le courage de tout ce peuple magnifique du Donbass.

Nous qui traversons souvent leurs postes avancés pour explorer cet inconnu pointé par leurs canons, nous connaissons la difficulté et le travail souvent ingrat que ces gardiens du Donbass réalisent sans relâche. 

Sans ses soldats boueux et gelés des tranchées, la Liberté serait lettre morte ...

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya

Photo Guillaume Chauvin
"La tranchée. (...) Rempart et bastion entre mondes qui se combattent, mais pas seulement cela  rempart et antre de ténèbres pour les coeurs qu'elle aspirait et rejetait en incessante alternance. (...)

Et même lorsque le laminoir de la guerre allait moins fort, toujours le poing osseux de la camarde restait suspendu sur les espaces dévastés. Dans le large ourlet de terrain, de part et d'autre des tranchées, elle régnait avec rigueur, et point ne valaient jeunesse, humilité ni talent lorsque son martinet de plomb faisait pleuvoir les coups sur la chair et les os. (...)

Excités par la course sous le feu, on se forçait à chuchoter, car dans la tranchée, le silence était le premier commandement, silence comme à Montfaucon ou dans la demeure d'un défunt. Sans un mot, les relevés, les rédimés, se hâtaient de disparaître dans le noir des boyaux sinueux.

Dès le premier choc en avril 2014, à la lisière des villages les milices creusèrent leur ligne de défense
"Et voilà qu'ils se retrouvaient cernés par la tranchée, ses maîtres et ses esclaves à la fois, troupe poussée à fond de nuit, équipage d'un brick mouillé parmi les icebergs géants. Ils la connaissaient bien,: chaque motte jetée sur les remblais était l'ouvrage de leurs mains, chaque pied carré de ses coins sombres, ils l'avaient mesuré de mille pas. La connaissaient de nuit, lorsque les nuages passaient devant la lune comme des galères chargées d'énigmes, et que postes de veille, épaulements, bouches de galeries leur lançaient, dans la lumière changeante, les clins d’œil d'un monde insolite et mal intentionné.

Observation avec l'optique de nuit du fusil d'assaut d'une position ennemie retranchée - Photo Guillaume Chauvin
"La connaissaient au matin lorsque les brouillards aggravaient en les recouvrant les terreurs du vide lugubre, et qu'à leurs yeux brûlés par des nuits entières de veille le raide lacis des fils de fer se faisait mouvante armée de silhouettes confuses. La connaissaient aux midis, lorsque le ciel se refermait autour comme ronde cloche de verre, qu'émanaient des fleurs sauvages de pesantes senteurs, et que la solitude des arrières révélaient ses lointains aux regards à l'affût. (...)

C'est ainsi que jour après jour la tranchée pesait de plus belle sur ses occupants qui ployaient. Elle se gorgeait avec voracité de sang, de silence et de force virile, afin d'entretenir son pesant mécanisme. (...)


"Même en période sèche, quand la massue d'acier du dieu de la guerre ne s'abattait que rarement, cent paires d'yeux restées braquées sur le glacis, sur le côté d'en face. Cent paires d'oreilles étaient sempiternellement pendues aux voix changeantes de la nuit, aux cris d'un oiseau solitaire, au vent qui mettait le cliquetis dans les barbelés. Bien pire que les heures fugaces d'ouverte bataille rangée était cette alerte éternelle, la position du chasseur à l'affût, tension de tous les sens, attente du choc meurtrier, tandis que semaines et mois se perdaient comme bus par la terre. (...)

Mais toujours, dans la chaleur, l'humidité ou le vent glacial, subsistait enfoncé au fond même de l'être le sentiment d'être au combat, d'être un combattant. (...)
L'oreille et l'oeil s'aiguisaient jusqu'à faire mal, le corps se tassait sous le casque, les poings s'agrippaient à l'arme. Le fusil était constamment à portée de main ; et si le feu se déclenchait tout à coup, si des cris indistincts pénétraient dans les profondeurs des galeries, le premier geste des dormeurs encore embrumés de sommeil était pour l'empoigner. (...)

Un camarade d'une unité d'infanterie motorisée postée sur les tranchées - Photo Guillaume Chauvin
"Tout cela imprimait au combattant des tranchées le sceau du bestial, l'incertitude, une fatalité tout élémentaire, un environnement où pesait, comme dans les temps primitifs, une menace incessante. (...) 
La guerre se couronnait jadis de journées où mourir était joie, dressées au dessus des temps comme monuments lumineux à la bravoure virile.

Mais la tranchée faisait de la guerre un travail de manœuvre, des guerriers les journaliers de la mort, usés jusqu'à la corde par un quotidien sanglant..."

Ernst Jünger
"La guerre comme expérience intérieure" - 1922

jeudi 7 janvier 2016

Vers de nouveaux horizons

Au front dans les nuits glacées,
les volontaires internationaux du Donbass

A bord d'un camion "Oural" qui nous ramène d'un mission sur le front, l'horizon ukrainien s'éloigne à travers les ornières figées par le froid (Photo Laurent Brayard)
Nous nous apprêtons a quitter le front Sud de Donetsk, après plus de quatre mois de missions de reconnaissance sur une ligne de front d'environ 25 km de long...

Au cours de ces 4 mois, la section s'est étoffée, aguerrie, et les derniers volontaires connu le baptême du feu au cours d'accrochages et de bombardements ukrainiens. Nos missions de reconnaissance nous ont plongé dans un univers silencieux où le temps et l'espace semblent figés par le froid et le danger... 

Le terrain d'opération des razvedkas est difficile à décrire à celui qui n'a jamais engagé sa vie dans l'inconnu de cette zone grise, qui semble être le royaume de la Mort et du Hasard, dansant devant les pas prudents des hommes avançant au milieu des champs de mines et des guetteurs ennemis... Dans cet univers secret, pas de combats hollywoodiens, qui étonnent et détonnent les chroniques de guerre, pas même de comptes rendus ou récits popularisant le quotidien des défenseurs du Donbass, rien qui attire les amateurs de sensationnel, car ici l'expérience est d'abord intérieure et forge les âmes plus que les corps...

Cette fin d'année fut éprouvante mais aussi initiatrice pour notre groupe de combat : la tension de cette trêve violée quotidiennement par Kiev mais qui nous force à subir avant de pouvoir réagir, la difficulté des missions menées avec peu de moyens et beaucoup d'inconnues, les assauts violents du Général Hiver qui en quelques jours nous plonge dans une atmosphère sibérienne (avec des nuits à - 25°) à laquelle nous ne sommes pas habitués...
Mais surtout ce sont les lourdes pertes subies par le groupe en moins de 3 semaines par le feu des mines, ces pièges implacables et lâches, fauchant les 1er et  24 décembre 2 chefs de groupe, tuant Dietrich et mutilant Aleksandr (voir le lien ici : Un bien triste Noel). Ces pertes ont marqué les esprits en personnifiant d'une manière intime la dure réalité de la guerre moderne où les meilleurs d'entre nous peuvent tomber devant l'inhumanité de ces petites boites plastiques cachées sous la neige.

Pour Sacha, les épreuves donnent à la Vie qui continue,
encore plus de sens sacré 
(Photo Laurent Brayard)
Demain, notre groupe restera uni au delà des chemins différents qu'inévitablement un jour certains emprunteront, répondant à l'appel de leur destinée, ou simplement à la fatigue de longs mois passés sur le front du Donbass, car l'aventure humaine vécue ici ensemble est une forge d'où nos âmes sortiront soudées pour toujours. 
En attendant, la vie et surtout notre devoir, tous deux librement choisis, continuent à nous offrir cette expérience unique et intérieure et la possibilité de donner un sens à nos actes. Bientôt quelques jours de repos bien mérités sur Donetsk avant de repartir vers un nouveau secteur du front et de nouvelles missions...

Au cours de ces dernières semaines, nous avons accueilli des reporters et des photographes désireux de témoigner de notre petite présence sur le long front du Donbass. Guillaume Chauvin, photographe passionné par la vie militaire qui est revenu pour la deuxième fois en un an à notre rencontre et partager quelques jours de notre aventure humaine, et bien sûr, Laurent Brayard notre fidèle ami, volontaire lui aussi et engagé à Donetdk sur le front de l'information au sein de l'agence Internationale DONi dirigée par Janus Putkonen...

Laurent qui s'est proposé de nous suivre dans nos actions militaires ou humanitaires est venu nous rendre visite sur une position d'observation, au contact des lignes ukrainiennes. 

Une courte visite quelque part sur le front sud de Donetsk, mais que le froid a rendu intense...

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya




"Ils sont une poignée, quelques dizaines peut-être, ils viennent de tous les horizons, de Russie bien sûr, mais aussi surtout de Serbie, d’Espagne, de France… oui de France, ils sont une douzaine, deux sont en attente d’incorporation, deux autres sont en approches du Donbass. Autour d’eux et avec eux se trouvent aussi quelques Finlandais, Brésiliens et autres Sud-Américains, Italiens, Catalans, Grecs, un Indien perdu au milieu de la communauté du Donbass, j’ai même entendu parler d’Asiatiques que je n’ai encore jamais rencontrés, cela viendra peut-être. Le froid est polaire, dans une position arrière où je viens de passer la nuit, j’accompagne un groupe de volontaires qui viennent au petit matin relever leurs camarades.

Je n’ai pas la chance de rester la nuit suivante sur la ligne du front, l’atmosphère est pesante, le froid prend à la gorge, le paysage est saturé par la neige, le véhicule qu’il a fallu réchauffer démarre en pétaradant expulsant une fumée noire et âcre. Les soldats jettent leurs sacs dans le camion, ils emportent aussi la ration d’eau potable pour la relève, environ 30 litres. Nous ferons à peine deux kilomètres brinqueballés en tous sens. La route est défoncée mais plus praticable, tout le terrain a gelé, il serait propice à une offensive. En cheminant, je pense que dans le paysage, le camion qui se détache doit faire une très belle cible, il n’est pas camouflé hiver. Nous atteignons bientôt la position, tout est pris dans les glaces, le repos des hommes est une sorte d’ancienne usine, les lieux sont criblés d’éclats d’obus, de balles, de graffitis des soldats. Nous les trouvons couchés et emmitouflés dans des duvets, les têtes sont hirsutes et hagardes.

La nuit a été dure assurément, le thermomètre affiche ce jour-là – 15 °C, les toilettes improvisées n’émettent plus à cette température d’odeurs désagréables, des boîtes de conserve sont éparpillées ici et là, la boîte de singe du Poilu, elle n’inspire ici moins que confiance… il y en a deux sortes, le fameux « Pachtet », sorte d’improbable pâté de foie, sans pâté et sans foie, ainsi que le « Touchon ou Touchonka ». Il y a eu des bivouacs et des bases où j’ai vu quand même un ordinaire bien meilleur que celui que je découvre ici. L’ambiance est lourde, ceux qui viennent de passer une nuit dans les tranchées voudraient dormir, les autres qui sortent de la base ne sont pas pressés au vu des conditions climatiques de prendre la relève. Les tranchées sont à deux pas, il est interdit de photographier. Des débris sont épars ici et là, la neige recouvre le tout donnant une bizarre impression d’un relief tourmenté. La région pourtant est presque un billard, quelques terrils sont autant de points d’appuis et d’observations, le terrain comporte parfois des chemins creux, quelques étangs ou mares avec les inévitables marécages annoncés par des roseaux.

La relève se fait dans la grogne mais tout ce petit monde doit repartir, ils se reposeront plus tard. Le camion est plein au retour, sacs, matériels, armes et les hommes. Monter dans l’engin est déjà une acrobatie, mais un tel camion est capable d’affronter toutes les températures et tous les terrains. Depuis l’âge du moteur les Russes ont toujours su créer de robustes véhicules, à n’en pas douter la totalité du parc automobile de l’Armée française serait paralysé dans de telles conditions et elles iront en s’aggravant, les jours suivants, les températures chutent à – 21 °C. Je connais déjà ce cap de longue date, mais la plupart des hommes qui sont ici connaissent pour la première fois de telles températures et je n’aurais pas à affronter des nuits entières la froideur excessive qu’ils doivent endurer. Le froid use les âmes et les corps, malgré les apparences, les locaux sont aussi touchés, beaucoup de Russes sauf les volontaires Sibériens ou des parties les plus septentrionales de la Fédération de Russie sont aussi en souffrance.

Les Français sont là, ils m’impressionnent tout de même, Tonio trouve la force de plaisanter, lui l’homme du Midi. Un autre ; le plus jeune de la troupe, pas même 19 ans ; montre peut-être le plus de courage et d’entrain. C’est lui pourtant qui doit porter l’arme la plus lourde du groupe, un fusil-mitrailleur avec ses boîtes de cartouches. Nous rentrons à la base par le même chemin, les volontaires devront aller se procurer de l’eau chez une grand-mère, leur voisine. Comme partout les animaux de compagnie entourent les soldats. La section d’Erwan possède trois chiens et un chat, ils suivent le groupe partout. Le plus jeune des chiens est encore un chiot, il pleure, il a compris que l’intérieur du campement est autrement plus confortable que sa niche ! L’arrivée de la troupe est toutefois une joie pour eux, promesse de quelque nourriture ou d’une friandise.

Je laisse les camarades avec la sensation que leurs conditions sont sans doute parmi les plus terribles du front. J’ai vu de nombreux camps, des positions, ailleurs, sur la ligne de Donetsk, au Sud, au Nord, je repars en étant fier du courage qu’ils ont à affronter le général hiver, mais aussi bien sûr l’ennemi, l’unité a subi des pertes, de lourdes pertes ces trois dernières semaines. Je rentre dans mon logis au chauffage indigent, toutefois une quinzaine de degrés c’est déjà un luxe inouï, car au front les volontaires étrangers, les volontaires français vont devoir compter encore pendant de nombreuses semaines avec l’hiver. Cette année, il s’annonce hélas exceptionnel dans le Donbass. La nature fait bien les choses… les Ukrainiens n’y échapperont pas. Il est étrange alors de penser, que tant en 1812, qu’en 1941 et que probablement cette année, les hivers avaient été terribles et annonciateurs des déroutes… pour l’imprudent occidental venu troubler l’Ours slave."

Laurent Brayard, volontaire français, journaliste  pour DONi.Press

Source de l'article

Site DONi Press, le lien : ICI

mardi 5 janvier 2016

Dans le froid et l'inconnu

Nouvelles du front
Peu de temps pour décrire le temps d'une liaison logistique la situation de l'unité sur le front du Donbass... Face aux activités ukrainiennes réalisées ces dernières semaines à la faveur d'une trêve trahie nous sommes engagés dans des missions d'observation pour détecter la nature les volumes des unités ennemies qui tentent de grignoter la "zone grise" cet espace officiellement "neutre" coincé entre les 2 lignes de front...

Cette nuit les détonations des canons kiéviens continuaient a insulter la paix signée et la traditionnelle "trêve des confiseurs"  de Noël. Ces soudards ukrainiens, aussi arrogants que lâches, semblent vouloir s'engager dans une fuite en avant, poussés par la haine et la stupidité.à l'image de ce système organisé par la ploutocratie mondialiste dont ils sont les idiots utiles, au service des intérêts esclavagistes d'une minorité amorale et meurtrière.

Photo Guillaume Chauvin 
La steppe blanchie du Donbass, pailletée de givre jusque dans son air devenu palpable, offre au combattant un décor surréaliste où l'âme autant que le regard scrutent les traces visibles et invisibles d'une vie qu'elle soit sauvage ou humaine résistant aux griffures de l'Hiver et de l'Histoire qui semblent avoir ciselé cette terre héroïque.

Pour mieux supporter le feu des morsures gelées traversant nos équipements modernes nous pensons souvent aux anciens, ceux des tranchées de Verdun ou des ruines de Stalingrad qui ont offert en exemple leur bravoure guerrière mais aussi leurs prouesses humaines.... "Mais comment ont-ils fait !?"
Si nous empruntons aujourd'hui d'autres routes, nous voulons cependant les voir mener dans la même direction, celle d'un engagement total et désintéressé au service de la Liberté d'un peuple a disposer de lui-même.

Volontaires engagés sur les marches de l'Empire russe, c'est naturellement vers ses peuples et son Histoire que ce dirigent en cette période du Noël orthodoxe nos pensées . Aussi, avant de repartir en mission, je partage ici mon dernier "coup de coeur", une magnifique et émouvante chanson qui rappelle le destin de l'Homme, sacralisé par la communauté des soldats dont les âmes mises à nue par les grandeurs et les servitudes sont couronnées par l'Honneur et l'Humilité.

Le sang et les larmes ne doivent pas noyer l'espérance de l'Homme, surtout en cette période de fêtes où les communautés de coeur se retrouvent pour partager et laisser s'exprimer l'âme et l'héritage de leurs peuples !


Erwan Castel, volontaire en Novorossiya



Oh routes !


"Eh Dorogi" (en russe: Эх, дороги) est une chanson populaire russe composée à l'époque soviétique en l'honneur des soldats de l'armée rouge ayant combattu pendant la "Grande guerre patriotique"

Anatoli Novikov a mit en musique ce poème de Levi Lev Ivanovitch écrit en 1945 

Version russe

Эх, дороги (Ekh, dorogi)

Эх, дороги, пыль да туман,
Холода, тревоги да степной бурьян...
Знать не можешь доли своей,
Может, крылья сложишь посреди степей.

Вьётся пыль под сапогами степями, полями;
А кругом бушует пламя да пули свистят.

Эх, дороги, пыль да туман,
Холода, тревоги да степной бурьян...
Выстрел грянет, ворон кружит,
Твой дружок в бурьяне неживой лежит.

А дорога дальше мчится, пылится, клубится;
А кругом земля дымится, чужая земля.

Эх, дороги, пыль да туман,
Холода, тревоги да степной бурьян...
Край сосновый, солнце встаёт,
У крыльца родного мать сыночка ждёт.

И бескрайними путями, степями, полями
Всё глядят вослед за нами родные глаза.

Эх, дороги, пыль да туман,
Холода, тревоги да степной бурьян...
Снег ли ветер, вспомним, друзья,



Traduction française

Ah, la route, la poussière et la brume de brume,
La famine, et le froid, et les soucis et les mauvaises herbes de la steppe hautes ...

Pas une âme sait ce que le destin avait mis,
Peut-être que vous êtes à plier les ailes dans le milieu de la steppe.
La poussière tourbillonne au-dessous des bottes, le long des steppes, le long des champs,
Tout autour de nous la rage et le feu des balles qui sifflent.

Ah, la route, la poussière et la brume de brume,
La famine, et le froid, et les soucis et les mauvaises herbes de la steppe hautes ...

Rafale de coup de feu, les cercles de la corneille,
Dans herbe sauvage gît votre ami disparu à jamais.
Et la route continue à aller, la poussière continue à tourbillonner,
Tout autour de la terre est le tabagisme, une terre étrangère.

Ah, la route, la poussière et la brume de brume,
La famine, et le froid, et les soucis et les mauvaises herbes de la steppe hautes ...

Terrain de pins, soleil éclaire l'aube,
Une mère par le porche de la maison attend le retour de son fils.
Et le long des sentiers interminables, le long des steppes, le long des champs,
Nous sommes toujours surveillé et suivi par le plus cher de yeux.

Ah, la routes, la poussière et la brume de brume,
La famine, et le froid, et les soucis et les mauvaises herbes de la steppe hautes ...

La neige où le vent souffle, les amis, nous allons nous recueillir,
Chacune et une de ces routes que nous ne devons pas oublier.



jeudi 24 décembre 2015

Un bien triste Noël

Aleksandr grièvement blessé 

Aleksandr, en compagnie de Dietrich, tué par une mine le 1er décembre dernier
Récemment un sapeur venu nous instruire, nous rappelait que le meilleur soldat du monde sera toujours vaincu par la plus petite mine sournoise tapie dans les plis de la nature...

Ce matin, Aleksandr qui sans conteste fait partie de l'élite, a sauté sur une mine antipersonnelle, 24 jours après que son camarade Dietrich ait été tué par une autre mine le 1er décembre dernier. Parti reconnaitre des futures positions d'observation avec un groupe du bataillon Sparta, "Apach",  pourtant en 4ème position dans la colonne a marché sur une mine de type "PMN" provoquant l'arrachement de son pied gauche.

Aussitôt évacué par ses camarades sur l'hôpital de la petite ville près de laquelle nous sommes déployés, notre camarade a subi une longue intervention chirurgicale de 5 heures au terme de laquelle l'amputation inévitable a pu être limitée au milieu du tibia gauche...

Je salue ici le dévouement de l'équipe de médecins et d'infirmières qui malgré des conditions matérielles épouvantables ont su soigner notre camarade et ami avec professionnalisme et rapidité. Ces femmes et ces hommes en blouse blanche ont choisi de rester à leurs postes malgré la proximité du front (l'hôpital où a été évacué Aleksandr a été bombardé plusieurs fois), les menaces lancés contre eux par les autorités ukrainiennes, et les moyens d'opérer souvent obsolètes voire disparus du fait de la rupture des approvisionnements et de nombreux budgets ainsi que des services de maintenance.

Dans l'après midi, à son réveil, nous avons pu saluer "Apach", qui sur son lit de douleurs trouve encore la force de plaisanter et de sourire à la Vie, continuant à nous offrir ainsi un exemple de courage et de dignité "magnifiques", pour reprendre une de ses expressions favorites...

Désormais une chaîne de solidarité initiée par l'unité et ses amis est engagée pour que notre camarade reçoive les meilleurs soins et la meilleure prothèse afin de pouvoir continuer a servir sa destinée d'homme libre... 

De cette journée de Noël nous nous devons tous de retenir avant tout le sourire de notre camarade Aleksandr, cet amoureux de la Vie, qui nous offre par delà sa douleur un message de Foi et d'Espérance..


Erwan, volontaire en Novorossiya

La vie est un jeu d'échec où on ne perd jamais : soit on gagne soit on apprend ... à condition d'accepter les combats du Destin
Pour mieux connaître cet homme d'exception, le lien ici : Aleksandr, la pierre d'angle de l'unité

Les mines sont réellement un problème majeur dans les conflits modernes et en particulier sur la ligne de front du Donbass où, la guerre étant gelée depuis les accords de Minsk, les combattants bloqués dans des combats de positions, se protègent par des ceintures de mines entremêlées qui s'accumulent de façon anarchique depuis plus d'un an : mines antichars, antipersonnelles, pièges artisanaux,sans compter les innombrables munitions non explosées...

J'ai déjà évoqué ici à plusieurs reprises ce danger majeur qui menace aveuglément à la fois les militaires et les civils. Ainsi pour la seule journée du 24 décembre, ce sont pas moins de 3 civils qui ont également été les victimes de ces engins souvent mortels (Voir le lien : ICI)

La dépollution des zones de combat sera certainement la priorité des Républiques au sortir de la guerre, si elles ne veulent pas que ces zones minées continuent de faucher tel un minotaure moderne des vies innocentes.

Les articles concernant les mines et publiés sur ce blog, le lien ici : Mines

Erwan


Veillée de Noël au front

Nos coeurs tournés vers nos familles éloignées


Si le Noël orthodoxe est célébré ici le 7 janvier, nous autres, volontaires venus d'Occident soutenir le combat du Donbass pour sa Liberté et ses traditions, n'oublions pas en ce 24 décembre nos propres traditions qui réunissent nos familles autour de cette fête chrétienne et culturelle. 

Catholiques, orthodoxes, païens ou athées nous sommes tous réunis en cette fin d'année pour exprimer notre amour et notre fidélité pour les traditions européennes qui depuis des millénaires invitent les hommes en cette période solsticiale a célébrer l'arrivée d'un nouveau cycle...

Le Donbass également vit ce nouveau cycle, enfanté dans la tourmente d'une guerre qui frappe son peuple depuis 2 ans bientôt... Les femmes et les hommes de cette terre noire irriguée du sang des héros depuis des siècles ont non seulement résisté héroïquement à l'agression abjecte des soudards occidentaux de Kiev, mais ont offert au Monde l'espérance d'un avenir meilleur...

Cette fin d'année n'est en effet que la fin d'un petit cycle au coeur d'un achèvement global et monstrueux de la modernité incarnée par un Nouvel Ordre Mondial amoral... Les Républiques de Donetsk et Lugansk, comme la République de Syrie, par leur résistances courageuses ont engagé le reflux de l'hégémonie étasunienne... 

Ballade du combat

Nous continuons malgré les fêtes à tenir nos positions sur cette ligne de front incertaine où malgré la trêve la Mort rôde pour surprendre ceux qui par lassitude ou fatigue relâchent leur attention...

Notre groupe a pour mission de recueillir des renseignements sur un front de 5 km de large environ sur 4 km de profondeur, et l'apparente inactivité des forces en présence rend paradoxalement nos missions plus délicates car il nous faut aller chercher les indices terrés dans les couverts des "zilonkas" ou l'abri des tranchées...

Ce soir, la veillée traditionnel de Noël fêtée à l'Ouest le 24 décembre, va retenir nos pensées vers nos foyers d'origine et nos familles éloignées...

Au fond de nos coeurs, c'est aussi pour elles que nous sommes ici à défendre les foyers du Donbass qui eux fêteront Noël le 7 janvier prochain, témoignant d'une union de la Tradition dans des différences, plus convergences que divergences.


Erwan Castel, volontaire en Novorossiya


Source de l'article 

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dimanche 6 décembre 2015

"Ich hatt' einen Kameraden"

Nouvelles du front...

Bonjour, je profite d'une très courte halte dans la petite ville proche de notre déploiement pour donner de nos nouvelles

L'unité est engagée depuis deux semaines, en avant des positions républicaines au plus près des lignes ukrainiennes. Les missions s’enchaînent les unes aux autres, avec leurs moissons de renseignements, de fatigues, de satisfactions mais aussi de douleurs...


Merci de partager l'article ci dessous .

Erwan.

Nous avions un camarade



Nous adressons tout d’abord nos plus vives condoléances à la famille et aux amis du sergent Youri Sichwardt alias « Dietrich », tué le 1er décembre 2015, en défendant les remparts du Donbass et du monde libre.

Ce 1er décembre, en fin de journée, au Sud de Donetsk, un message laconique est transmis aux groupes de la section déployés sur le front : « Dietrich est mort, tué par une mine » La morsure que reçoivent nos cœurs à cet instant nous fait oublier les griffures du vent d’hiver et des hautes herbes glacées de la steppe du Donbass. Dans un silence brutalement pesant, la Mort semble devenue palpable et nos doigts s’accrochent plus encore au métal glacé de nos armes.

Quelques heures auparavant, entre des rafales d’armes automatiques et des tirs de grenades, vers 15h50, une forte explosion avait déchiré l’atmosphère glacée d’un «No man’s land » que balayait un vent d’Ouest chargé des odeurs de la guerre. Depuis plusieurs jours, la section est engagée en avant des premières lignes pour surveiller, sur plusieurs axes potentiels d’assaut, les préparatifs ennemis d’une offensive majeure que toutes les sources de renseignement confirment chaque jour…

La Mort, cette compagne du soldat, rappelle cruellement la valeur et la fragilité de la Vie que la meule du Destin peut à tout moment venir broyer. Une unité militaire c’est d’abord une famille particulière, soudée au cœur de la tourmente et du danger des combats, et lorsque la Camarde en fauchant au hasard du champ de bataille moderne emporte un de ses membres, c’est à la fois un père, un frère et un fils qui disparaît à l’horizon…

Faire l’éloge d’un disparu tel que Dietrich est un exercice que j’avoue pénible au cœur et difficile à l’écriture car pour être juste et à la hauteur du disparu, il me faudrait inventer des mots à usage unique pour décrire cet homme dont le temps partagé, bref mais intense ressemble à une fulgurance du Destin où se côtoient à la fois l’intimité et l’inconnu ; et si je tente ici l’hommage c’est grâce au nom de tous ses camarades unis autour de sa disparition. 

Dietrich venait d’avoir 30 ans le 7 octobre 2015, et nous avions célébré alors son anniversaire dans la petite maison nous servant de base à quelques centaines de mètres de la ligne de front.

Né en Russie à Omsk, Dietrich dont la famille avait migré en Allemagne, était un jeune homme en pleine force de l’âge trahissant à chaque instant son amour de la Vie par un sourire radieux immaculé et un regard pétillant couleur azur. Le visage de ce meneur d’hommes arborait avec fierté comme un étendard la barbe noire et drue de l’orthodoxe et du rebelle, et son style de commandement fondé sur l’exemple, la rigueur et la bonne humeur était l’expression naturelle de sa personnalité attachante et singulière. 

Au sein de notre communauté de combat, Dietrich s’est naturellement imposé comme une pierre angulaire de l’unité. Animé par une humilité et une intelligence de cœur exemplaires, cet homme cultivé et jovial a fait preuve de compétences militaires renforcées par un comportement social, attentif et fraternel. 

Dietrich, « en pointe toujours » lors d’une progression le long d’une Zilonka
(Photo Laurent Brayard)
Ce jour funeste, le 1er groupe avait eu un accrochage au cours de la nuit, repoussant une infiltration ukrainienne en direction de nos lignes, et dès le lendemain, une reconnaissance a été engagée plus en avant pour tenter d’identifier la nature, le volume et l’intention de cette activité ennemie. Comme très souvent dans cette guerre, le terrain s’est rapidement révélé miné, ralentissant la progression de l’équipe. C’est en contournant un premier piège mortel détecté qu’une deuxième mine à effet dirigée a craché la mort à quelques mètres de la première en la faisant également exploser. Ces deux engins de type MON 50 ont alors ensemble fauché lâchement dans une grêle d’acier la razvedka impuissante, tuant notre camarade et blessant grièvement le sapeur qui l’accompagnait.

Loin du fracas des combats médiatisés, telle est  la dure réalité mais aussi l’Honneur des razvedka  qui  dans le secret de l’obscurité et du silence, opèrent au plus près des postes avancés ennemis et, " l'entrée dans ces territoires où rôde la mort oblige à se hisser à la pointe de soi-même " (Helie Denoix de Saint Marc) En effet dans ce secteur inconnu et sans maître, coincé entre les deux lignes de front, et dont la « neutralité » ressemble à une gueule assoupie et dentue dans laquelle avancent les éclaireurs, les hommes, à chaque pas dansent avec la mort, qu’elle soit crachée par la gueule d’une arme tapie dans l’ombre sylvestre, ou déclenchée par un fil tendu dans les hautes herbes.  

Il y a dans la langue bretonne un racine étymologique commune à trois mots qui sont culturellement liés : la Mort (ankou) ; l’Oubli (ankoua) et l’Angoisse (anken) et ces soldats de l’ombre des unités de reconnaissance, isolés, loin des appuis lourds de la ligne défense, vivent à chaque instant de leurs missions d’infiltration cette dimension métaphysique. 

Dietrich, à l’écoute de l’inconnu lors d’une progression vers l’ennemi (Photo Laurent Brayard)
Mais ces missions « au-delà du possible », souvent discrètes au point d’être oubliées par l’Histoire, sont pourtant essentielles dans la marche vers la Victoire car celle-ci est souvent donnée par les dieux des batailles à celui qui connaît le mieux son ennemi.

Sur cette terre noire du Donbass, gorgée du sang des héros qui depuis des siècles l’honorent de leurs sacrifices, Dietrich ce volontaire russe venu d’Allemagne, notre frère de combat, n’a pas failli à son devoir. Son comportement au combat est à la hauteur d’un engagement ciselé par un sens de l’Honneur et un humanisme des plus élevés et s’il est mort pour que vivent libres dans la Tradition les enfants du Donbass, il est et restera vivant dans nos cœurs alimentant par son exemple et son souvenir notre courage pour les combats de demain.

L'emblème des "Razvedkas" que Dietrich avait apporté à l'unité, "Au dessus de nous les étoiles"
Ce 1er décembre Dietrich a rejoint le champ d’étoiles qui au-dessus de nos têtes nous rappelle les gestes héroïques de notre Histoire, la réalité de notre passage éphémère et microcosmique mais aussi l’immortalité de l’âme et des valeurs existentielles de la vie défendues ici-bas, et parfois jusqu’à la mort.

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya 


“Ich hatt' einen kameraden" est un chant écrit en 1809 par Ludwig Uhland en l’honneur d’un camarade mort au combat. Ce chant devient très rapidement un hymne funèbre en l’honneur des soldats tombés au champ d’honneur. Sa puissance évocatrice et sa mélodie grave saluant la fraternité et le sacrifice des hommes d’armes sont reconnues par tous et le chant dépasse rapidement ses frontières originelles et son contexte historique traduit dans de nombreuses versions étrangères…

La version allemande


Ich hatt' einen Kameraden,
Einen bessern findst du nit.
Die Trommel schlug zum Streite,
Er ging an meiner Seite
|: In gleichem Schritt und Tritt. :|

Eine Kugel kam geflogen,
Gilt's mir oder gilt es dir?
Ihn hat es weggerissen,
Er liegt vor meinen Füßen,
|: Als wär's ein Stück von mir. :|

Will mir die Hand noch reichen,
Derweil ich eben lad.
Kann dir die Hand nicht geben,
Bleib du im ew'gen Leben
|: Mein guter Kamerad! :|


Traduction française

J'avais un camarade
Un meilleur vous ne trouverez pas
Le tambour nous a appelé pour se battre
Il marchait toujours à mes côtés
Du même pas

Une balle a volé vers nous
Est elle pour moi ou pour lui?
Elle a arraché sa vie
Il se trouve maintenant à mes pieds
Comme une partie de moi



Il veut encore me tendre sa main

Tandis que je recharge

Je ne peux pas te donner ma main

Reste dans la vie éternelle
Mon bon camarade !

La version française


J'avais un camarade,
De meilleur il n'en est pas ;
Dans la paix et dans la guerre
Nous allions comme des frères
|: Marchant d'un même pas. :|

Mais une balle siffle.
Qui de nous sera frappé ?
Le voilà qui tombe à terre,
Il est là dans la poussière ;
|: Mon cœur est déchiré. :|

Ma main, il veut me prendre
Mais je charge mon fusil;
Adieu donc, adieu mon frère
Dans le ciel et sur la terre
|: Soyons toujours unis. :|



Les articles abordant les missions des razvedka de l'unité, le lien ici : Razvedka