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mardi 8 février 2022

Un guerrier éternel

Le 2 février 2017, une explosion réveille le quartier autour des casernes des bataillons "Somali" et "Piatnashka". Rapidement on apprend que le colonel Mikhail Sergeevich Tolstykh indicatif "Givi", le Commandant du bataillon de chars "Somali" a été victime d'un attentat quelques minutes après être arrivé dans son bureau.

"Givi" est une légende de cette rébellion du Donbass, tout comme Motorola son camarade et commandeur du bataillon "Sparta" disparu moins de 4 mois avant lui dans un autre attentat terroriste. Il fait partie de ces leaders s'étant précipités au devant des des blindés ukrainiens de l' "Opération Spéciale Antiterroriste"  avec des poignées de volontaires à l'armement hétéroclite, à l'avant desquels ils se sont forgés une qualité de chefs de guerre par leur courage, leur exemple et leur victoire sur les agresseurs ukrainiens.

Le 10 février 2017, au coeur de Donetsk, au minimum 55 000 habitants de la République Populaire de Donetsk sont venus saluer une dernière fois cet enfant du pays disparu à l'âge de 37 ans.

10 février 2017, au grand dam des propagandistes ukro-atlantistes
qui prétendent que les derniers habitants des Donetsk et Lugansk
désertées sont pris en otage par des mercenaires pro-russes, des 
dizaines de milliers de personnes ont attendu pendant des heures
dans un silence gelé de pouvoir s'incliner devant la dépouille de
 Mikhail Tolstykh et l'accompagner ensuite vers sa dernière position.

  • Le 19 juillet 1980 Mikhail Sergeevich voit le jour à Ilovaïsk, dans cette région faisant alors partie de la République Socialiste Soviétique d'Ukraine.
  • En 1998-2000, Mikhail Tolstykh avait fait son service au centre de formation "Desna" où il a acquis sa spécialité de commandant de char. C'est également à cette époque qu'il choisi comme indicatif "Givi" en l'honneur de son grand-père, vétéran de la Grande Guerre patriotique. 
  • De 2001 à 2014 il a travaillé comme grimpeur industriel, puis à partir de 2011 comme conducteur d'une chargeuse diesel dans une usine de câbles.
  • En mai 2014, "Givi rejoint les groupes d'autodéfense qui se lève face aux attaques ukrainiennes, il participe à la défense de Slaviansk sous les ordres de Strelkov, puis aux batailles du chaudron d'Ilovaïsk son pays natal. 
  • A partir de septembre 2014, Givi à la tête de son bataillon de chars participe aux batailles pour la reconquête de l'aéroport de Donetsk, de concert avec le bataillon d'infanterie de son "camarade Motorola".
  • A l'issue de la victoire de l'aéroport en janvier 2015, le bataillon "Somali" restera un soutien décisif aux contre attaques républicaines face aux pressions offensives des forces comme par exemple sur le front de Yasinovataya en 2016.
  • Le 8 février 2017, à 6h12 du matin, alors qu'il vient d'arriver dans son bureau, le colonel Tolstykh décède dans l'explosion d'une munition thermobarique placée ou tirée par des lâches qui n'avaient pas réussi à le vaincre dans les combats réguliers.

"Givi" et son frère d'arme "Motorola"

"Givi" laisse derrière lui un fils âgé aujourd'hui de 21 ans et le souvenir impérissable d'un homme souriant, d'un chef militaire exemplaire et d'un volontaire ayant donné sa vie pour la Liberté du Donbass.

Souvenir éternel !

Erwan Castel


dimanche 2 janvier 2022

L'éthique du don de soi

Vu du Donbass

Il y a bien des années que j'ai largué les amarres de ma destinée française, délaissant les belles carrières professionnelles et les oasis de tranquillité qui m'ouvraient leurs portes dorées. Pourquoi ? pour mille raisons que je ne connais pas encore toutes et qui surgissent aux détours de mes choix comme les échos d'un appel du coeur que j'ai décidé de suivre. 

Officier, indépendantiste breton, guide amazonien et aujourd'hui séparatiste dans le Donbass, et qui plus est "pro-russe" ! Autant dire que je suis aux yeux de certains qui m'ont connu officier des unités de recherche humaine aéroportées, tournées à l'époque vers le Pacte de Varsovie, un renégat, un fou, voire un traitre... car je sui passé "à l'Est" !

Et pourtant depuis 30 ans, dans les tourbillons de mes engagements passionnels, je sais avoir gardé le même cap, celui du combat contre ceux qui veulent aliéner les peuples à la dictature de cette pensée unique libérale marchandisant le Monde.

Mais de cette France militaire, j'ai gardé en héritage, malgré mes séparatismes divers, une certaine éthique, notamment celle de ses héros d'autrefois, chevaliers des temps médiévaux ou paras des temps modernes et dont les exemples survivant dans ma mémoire m'ont aidé jusqu'à aujourd'hui à surmonter les sacrifices, les bosses et les plaies, les trahisons et les calomnies, à ne jamais renoncer et même d'être et d'assumer pleinement, dans ce monde à la dérive, ma condition de paria.

A un vieil ami qui me demandais ce que j'avais gardé de ma période d'officier français, je lui ai répondu "l'héritage des anciens", car même si je serai toujours dans l'ombre de leur ombre (et je n'ai pas d'autre ambition que cet Honneur), ils resteront par leurs actes et leurs pensées, les feux humains forgeant une éthique à suivre, à n'importe quel prix et jusqu'au dernier souffle.

Parmi les nombreuses étoiles qui brillent dans mon héritage mémoriel de France, il y a le colonel Jeanpierre qui, à l'instar du monumental lion de sa ville natale incarne le style, la bravoure et l'humilité du vrai soldat de terrain. 

L'exemple de cet officier légion recueilli comme une flamme sacrée par le jeune lieutenant que mon miroir a aujourd'hui oublié, est resté comme un filigrane dans ma mémoire aux côtés de ceux du père, de Marc Aurèle, Antara, Cervantés, Gautier, Jünger, Apollinaire, Degrelle, Saint Exupéry, Denoix de Saint Marc, Guevara et tant d'autres âmes, parfois perdues dans les vents mauvais de l'Histoire, dont les pensées écorchées m'ont accompagné dans ma "queste" d'absolu pour m'aider à combattre les impostures, les injustices autant que mes faiblesses.

Le colonel Jean Pierre, indicatif "Soleil", mort au combat dans le djebel Mermera en 1958 à la tête de son 1er Régiment Étranger Parachutiste, est justement un de ses feux humains de la mémoire que jamais mortel tel que moi ne pourra atteindre mais qui, tel un phare guide l'âme dans les tempêtes de l'engagement....

Voici une de ses pensées écrites peu de temps avant sa mort, et qui, dans le chaos actuel  secouant le monde, résonne avec encore plus de force

Erwan Castel 

"Soldat,

Tu vivras comme un chien...

Tu risqueras ta vie, tu peineras dans le djebel et la rizière. On te fera perdre des batailles. On t’obligera à la perdre. On portera atteinte à ton honneur. Et on t’accusera, toi seul, de la défaite.

On te traînera dans la boue. Tu seras délaissé, oublié, renié. On te crachera dessus, on flétrira ton œuvre. On s’amusera tandis que tu souffriras, loin des tiens, des tiens, des tiens ingrats. 

Un jour, ceux là qui te soutenaient, te glorifiaient, ceux-là aussi te laisseront dans l’abandon. Car ils trouvaient quelque chose qui leur déplaît en toi ; ta justice, ta droiture, ta discipline, ta hiérarchie et même ton courage. Ce jour-là sera bien mauvais. 

Ce sera la désagrégation ; mais toi tu seras grand, même si tu meurs. Et toi, tu te fous de tout cela ; tu te fous des mensonges et des perfidies, des trahisons. Car tu es plus haut. Tu n’es pas de la même race.

Tu es seigneur de la guerre. Sur le piton qui domine la vallée, tu ne penses pas aux autres hommes. Ils sont si petits en bas, si vilains...

Et si tu perds une bataille, tu seras quand même gagnant car tu t’es battu. Tu as essayé, tu as tenté. Et qu’est ce que la victoire ou la défaite, sinon le fait de s’être battu ? Et là est l’essentiel. Et si on perd ce que tu as gagné, qu’importe encore ? Toi, tu as tenté.

Dommage que ton pays, jadis si grand, se complaise dans la honte et l’abandon. Tant pis pour toi. Qu’est ce que cela peut foutre, si toi tu es grand ; est ce ta faute si d’autres n’ont pas compris, si toi tu as compris ?

Qu’importe la trahison, la fourberie, qu’importe l’amour d’une femme, qu’importe l’admiration. C’est si éphémère. 

Toi tu portes ton amour en toi, toi tu sais et tu n’as pas besoin des autres. Cela ne regarde pas les autres hommes, cela regarde Dieu et toi. Toi tu es soldat, tu es pur : et Dieu te comprend. 

Et si ton ami tombe, qu’importe encore : c’est la plus belle victoire, et tu auras la tienne un jour...

et si tu comprends cela, le reste est facile.

Et tu seras seigneur."

Lieutenant-colonel Jeanpierre

1912-1958.
Vétéran de la 2e guerre, des guerres d`Indochine et d`Algérie.
Grand officier de la Légion d'honneur
Croix de guerre 1939-1945 (1 palme)
Croix de guerre des TOE (4 citations dont 2 palmes)
Croix de la Valeur militaire (4 palmes)

dimanche 26 décembre 2021

Ayant déjà l'Honneur, nous refusons honneurs et mépris !


Lorsqu'on vient mettre son idéal et sa peau au bout d'un fusil, on en n'a rien à foutre des médailles, des avantages et même de la reconnaissance, car ce qui est important au coeur du volontaire c'est avant tout de servir et d'être en accord avec lui-même.

Dans le Donbass, des dizaines de milliers de volontaires sont venus défendre, non pas le gouvernement de la République qu'ils servent en tant que militaires mais les enfants, les femmes et les hommes de cette région russe agressée par les ukro-atlantistes dans un conflit à caractère génocidaire.

Aujourd'hui on reparle de ces volontaires ayant tout abandonné pour défendre le Donbass et malheureusement ce n'est pas à l'avantage de la bureaucratie russe, car nombre d'entre eux se voient aujourd'hui refuser l'accès à la citoyenneté russe pour des raisons obscures qui souvent ne sont que la conséquence d'une complexité administrative dont l'incohérence est souvent poussée jusqu'au débilisme. 

En Russie, le premier ennemi intérieur c'est bien sa propre bureaucratie et c'est même devenu un sujet populaire de railleries et quolibets. Pour illustrer à quel point cette bureaucratie russe est stupide jusqu'à être inhumaine je ne citerai ici que les expulsions réalisées de vétérans du Donbass vers les prisons de leurs pays d'origine au seul motif que leur passeport national est périmé. Certains sont ainsi condamnés à plus de 10 ans derrière les barreaux pour avoir défendu un peuple russe uniquement parce que la bureaucratie fédérale a relevé une date périmée ou un tampon manquant sur leurs documents. 

Le portrait de Courteline devrait remplacer celui de Poutine dans certains services administratifs russes !

Mais là où cela devient doublement scandaleux, c'est que d'une part certains volontaires toujours dans le Donbass ont quand même besoin d'un passeport russe pour pouvoir réaliser leurs projets sociaux et familiaux ou plus urgemment de se soigner en Russie, quand d'autres foutriquets, mythomanes et lécheurs de cul, profitant d'un népotisme hérité de la décadence ukrainienne et toujours persistant dans les administrations républicaines, obtiennent la validation administrative sans avoir foutu réellement foutu le pied dans les tranchées. 

Et oui, tout n'est pas parfait en Russie, contrairement à ce que veulent nous faire croire les propagandistes russolâtres, dont la malhonnêteté fanatique est du même niveau que celle des autres larbins qui de l'autre côté du front sont les mêmes thuriféraires d'un manichéisme stupide et belliciste (et pour lequel il ne risqueront jamais leurs vies).

Et pourtant, les volontaires du Donbass aimons la Russie et ses peuples plus que tout et nous mêmes, jusqu'à offrir nos vies pour leur défense. 

Nous ne voulons pas les honneurs, nous laissons cela aux mythomanes et aux laquais, car notre choix est celui de l'Honneur, mais nous refusons avec la même force le mépris des bureaucrates et des imposteurs ! 

Ce 14 décembre 2021, une délégation de volontaires étrangers a rencontré Alexander Borodaï et Anastasia Kouznetsova, Président et représentante pour les républiques de Donetsk et Lugansk du "SDD", l'Union des Volontaires du Donbass, une organisation russe regroupant des vétérans et actuels membres des milices républicaines.

L'objet de cette réunion était d'aborder le double problème de l'obtention des passeports russes et de l'accès au soins hospitaliers spécialisés de Russie, ce qui concerne un nombre non négligeable de volontaires, puisqu'un minimum de 180 demandes de passeports ont été refusés, et avec elles la possibilité d'accéder aux système de santé russe.

Je parle ici de volontaires dont je fais partie et qui, préférant ramper dans les tranchées plutôt que dans les salons ministériels comme certains mythomanes, larbins et calomniateurs français, préfèrent obéir aux procédures administratives réglementaires que de rechercher des passe-droits quand bien même seraient-ils mérités.

C'est en août 2015, sous la houlette d'Aleksandr Borodaï, ancien premier ministre de la République Populaire de Donetsk que fut créée l' Union des Volontaires du Donbass. Cette organisation s'est donnée pour objectif de prêter assistance aux volontaires sur le plan administratif et humanitaire. De nombreuses actions du SDD ont déjà permis à des vétérans d'éviter leurs expulsions administratives et à des blessés d'accéder aux soins médicaux nécessaires.

Lors de cette réunion, ont été abordés les 2 problèmes actuels importants (et urgents pour certains) de l'obtention du passeport russe et de l'accès aux soins spécialisés du système hospitalier russe.  Alexander Borodai a promis d'intervenir auprès des responsables russes pour modifier la législation fédérale et intégrer dans les procédures administratives le cas particulier des volontaires étrangers venus verser leur sang pour la Grande Russie.

Aujourd'hui nous attendons avec confiance que cesse ce mépris administratif abject et qui trahit la noble cause pour laquelle nous avons pris une arme.

Erwan Castel

Source de l'article : Nouvelles populaires


Les défenseurs du Donbass du monde entier ont
déclaré leur désir de devenir citoyens de la Russie

Situation dans le Donbass

Les défenseurs internationaux du Donbass ont déclaré leur désir de devenir citoyens de la Russie

Le 14 décembre, à Donetsk, le premier Premier ministre de la RPD, chef de l'organisation publique "Union des volontaires du Donbass" et député de la Douma d'État de la Fédération de Russie, Alexander Borodai, a rencontré des volontaires étrangers qui ont défendu le Donbass et a discuté des problèmes qu'ils visage. La réunion s'est également déroulée en présence du président de la Chambre publique du RPD, Alexander Kofman.

(Alexander Borodaï et Anastasia Kouznetsova de l'Union des Volontaires du Donbass)

Les volontaires réunis à la table ronde en provenance des pays de l'ex-URSS, d'Europe et des États-Unis ont tout d'abord évoqué leurs difficultés à obtenir la citoyenneté de la Fédération de Russie. Pour diverses raisons, les défenseurs du Donbass ne peuvent pas rassembler tous les papiers nécessaires dans leur pays d'origine, beaucoup craignent d'être persécutés pour avoir soutenu le Donbass. Il convient de rappeler que la tragédie du Donbass en 2014 a attiré aux côtés des républiques des volontaires aux opinions antifascistes, altermondialistes et simplement attentionnés du monde entier.

Une partie importante d'entre eux au cours des dernières années ne peut plus imaginer leur vie sans Donbass, et ils sont restés vivre dans les républiques, continuant leur service militaire ou reprenant des activités pacifiques. De nombreux anciens combattants ont également besoin de traitements et de prothèses complexes. Certaines opérations médicales ne sont possibles qu'en Russie. Dans cette affaire, l'« Union des volontaires du Donbass » apporte également une aide aux anciennes milices.  

(Au centre de la photo Alexander Kofman, président du parlement de la République Populaire de Donetsk. Je l'avais rencontré dès 2015, alors qu'il était Ministre des Affaires Etrangères. Un
homme politique attentionné et à l'écoute des initiatives défendant la cause du Donbass.) 

"Ce sont des gens qui, par leur valeur, leur persévérance, leur abnégation, ont mérité le droit d'être citoyens de la Russie. Et, bien sûr, ce droit doit être exercé. Et je crois qu'à la fois en tant que personne et en tant que chef de "l'Union des volontaires du Donbass" je suis simplement obligé de leur apporter un soutien maximal sur cette voie ", a commenté Aleksandr Borodai sur le principal problème qui préoccupe les volontaires.

Ces jours-ci, Donetsk accueille un forum économique international dédié à la restauration de l'économie de la région.

"L'économie du Donbass est dans une situation difficile. Mais en même temps, il est de plus en plus intégré à l'économie de la Fédération de Russie. C'est un processus qui, bien sûr, a besoin d'être soutenu, et en même temps, ce processus a besoin d'une certaine gestion, et, éventuellement, de quelques initiatives législatives... Et, naturellement, j'aiderai toujours la république, avec tout ce que je pouvez! " - a déclaré le député de la Douma d'Etat Alexandre Boroday au correspondant de Narodnye Novosti.

(Présent à cette intéressante réunion, avec bien sûr l'écusson tradition
de la brigade internationale "Piatnashka" que je sers depuis plus de
4 années maintenant, contrairement à certains mythomanes français
qui s'y inventent un passé militaire après seulement 2 semaines.)

Parmi les personnes réunies autour de la table ronde, des uniformes militaires côtoient des vêtements civils. A proximité se trouvent des personnes bien connues et moins célèbres de différents pays qui ont servi dans différentes divisions. Mais toutes les personnes présentes font partie du Donbass international et du monde russe. Après chacune des nombreuses guerres, le Donbass (comme toute la Russie) a été reconstruit à nouveau et est devenu le foyer de personnes attentionnées et honnêtes du monde entier.

Dmitry Astrakhan

jeudi 16 décembre 2021

Un portrait qui me fait rougir

Près de Yakolevka (entre Donetsk et Yasinovataya) - en 2017
 

Ce 11 décembre j'ai été invité à rencontrer 2 journalistes, Elena Tchinkarenko et Dmitry Steshin, pour évoquer le souvenir d'Oleg Mamiev, le commandeur de la Brigade internationale Piatnashka tué au combat en 2018 ainsi que mon engagement dans le Donbass qui remonte au début février 2015.

Avec Dmitry Steshin, nous avons discuter longuement dans un intérêt fraternel et réciproque et ce dernier a produit cet article joint pour le média russe Komsomolskaï Pravda dont il est un envoyé spécial couvrant depuis des années aussi bien les conflits armés que les révolutions colorées et révolutions arabes.

 Elena Tchinkarenko, Dmitry Steshin et mézigue à l'occasion de
notre rencontre à Donetsk, ce 11 décembre 2021.

Sans vouloir tomber dans les caniveaux du narcissisme où pataugent déjà tant d'imposteurs et mythomanes français addicts des selfies dans les salons de Donetsk et en 3ème ligne du front, ou jouer une fausse modestie contreproductive, j'ai été autant flatté que gêné par ce portrait quelque peu dithyrambique de moi-même.

Mais voilà, c'est fait, et j'en remercie vivement son auteur, en espérant que cette évocation personnel ne fait pas oublier la cause de la Novorossiya et ses habitants qui sont les véritables héros de mon aventure dans le Donbass.

Erwan Castel


Source de l'article : KP.RU

Un officier français blessé dans le Donbass a déclaré : 
Comment l'OTAN va déclencher une guerre en Ukraine

L'envoyé spécial de KP.ru a rencontré un ancien soldat de l'armée française, Erwan Castel, et a découvert pourquoi il avait échangé la jungle amazonienne contre une guerre de tranchées dans les steppes de Donetsk.

Sur le front du Donbass, sur un poste de tir dans une datcha en ruine - en 2018

par Dmitry STESHIN

NÉ SÉPARATISTE

"Quand vous regardez Erwan vous commencez à comprendre à quoi pouvaient ressembler les Français, qui ont construit le Krak des Chevaliers il y a des centaines d'années dans les sables de Syrie, qui même au 21ème siècle ne peut pas vraiment être maîtrisé - ni par siège ni par tempête . J'ai vu ce château pendant la guerre en Syrie, mais je ne pouvais en aucun cas comprendre : quel genre de titans de l'esprit l'a construit ?

Comme il sied à un sniper, Erwan est petit, mince, a l'œil vif, un esprit analytique et rit beaucoup lors des interviews. Nous parlons par l'intermédiaire d'un interprète, mais Erwan comprend tout et insère parfois des mots russes dans la conversation, qu'il prononce très clairement. La barrière de la langue est, bien sûr, un problème majeur, a-t-il déclaré :

- J'ai le vocabulaire principal - le jargon militaire - mais il ne peut pas être utilisé dans la vie civile.

Pourquoi ne l'avez-vous pas appris en sept ans ?

Oui, Ervan se bat dans le Donbass depuis février 2015. Et s'accuse autocritiquement de paresse. Mais, comme tous les paresseux expérimentés, il a une bonne excuse :

- Le sniper est un solitaire par nature. Au travail, je n'ai pas à dire grand-chose.

Pourtant la biographie d'Erwan ne cadre pas avec la paresse naturelle :

- Je suis français, breton (le Bretagne est une province du nord-ouest de la France. - NDLR). « Séparatiste breton » ! 

- Après des études à l'université, j'ai rejoint l'armée, j'ai été officier pendant 12 ans.

Dans le Vercors, alors lieutenant d'une section de renseignement héliportée du RCAM - année 1985 

Puis pendant 14 ans, il a travaillé comme guide dans la forêt amazonienne. 

- Quand je quittais mon travail, je suivais toujours la géopolitique.

Il a découvert l'ampleur du phénomène de "l'impérialisme américain" comprenant le sens des activités de la CIA, leur participation aux "révolutions de couleur" à travers le monde.

J'ai travaillé comme journaliste pour 12 "révolutions de couleurs" - Je hoche la tête. - Et sur le Maidan à Kiev, bien sûr.

Quand vous regardez Erwan vous commencez à comprendre à quoi pouvaient ressembler les 
Français, qui ont construit le Krak des Chevaliers il y a des centaines d'années dans les sables de Syrie.
Entre 2 missions sur le front de Promka, je jette mes pensées sur mon journal du front - année 2019

- Quand le Maïdan a commencé, il ne faisait aucun doute pour moi qu'il s'agissait d'une opération spéciale américaine, poursuit Ervan, une nouvelle "révolution colorée" dont la première, bien sûr, fut la révolution étudiante en France en 1968.

J'ai toujours pensé que c'était juste une émeute de jeunes bien nourris...

Erwan n'est pas d'accord, affirmant que ce sont les Américains qui s'intéressaient avant tout au « printemps français » :

- A cette époque, De Gaulle (Général, Président de la France. - NDLR) quitte l'OTAN et récupère aux Etat Unis l'or de son pays etc. Certes, la base des « révolutions de couleur » est nécessairement l'indignation sociale, mais les États-Unis interceptent simplement la protestation puis la détournent vers un "changement de pouvoir". En France, le « printemps » avait commencé par une grève des travailleurs.

Erwan combat dans le Donbass depuis février 2015

Pendant l'interview avec Dmitry Stechin à Donetsk - 11 décembre 2021

J'AI VU L'AGONIE

Un moment incroyable: Erwan me raconte en détail les événements en Ukraine, que j'ai vu de mes propres yeux, et lui - à travers les médias occidentaux et les blogs sur Internet. Et Erwan a vu cela depuis un pays lointain, pratiquement sans distorsion, ce qui ne fait que confirmer la règle - une personne intelligente et critique recevra toujours des informations fiables où qu'elle se trouve. Et il était à ce moment-là dans la jungle amazonienne. Erwan y avait une petite entreprise de guidage :

- J'ai perçu la guerre civile en Ukraine comme une opération des services spéciaux. J'ai créé un blog, intitulé "Soutien à la rébellion du Donbass". J'ai commencé la guerre de l'information. Après le massacre du 2 mai à Odessa, mon indignation s'est transformée en colère et honte. Cette tragédie n'a pas été évoquée en Occident ou en France. Je pensais que c'était une honte. J'ai décidé de lutter contre ce problème et j'ai commencé à écrire constamment sur le Donbass et l'Ukraine pour les lecteurs occidentaux. J'ai fait cela parfois depuis la jungle, dans un village où il n'y avait que 50 habitants. L'internet par satellite, ne fonctionnait qu'au poste de santé et je m'y connectais pendant la nuit.

Erwan a travaillé comme guide dans les forêts amazoniennes pendant 14 ans

Dans les marais de Kaw en Guyane, à la recherche de ses hôtes (ici 1 caïman à lunette) - année 2008

- J'y allais tous les soirs. En même temps, j'étais dans un endroit complètement opposé au Donbass sur la planète - pas dans la steppe, mais dans une belle forêt, parmi les Indiens, qui n'élèvent jamais la voix les uns contre les autres. D'un monde de tranquillité, je me plongeais dans l'horreur.

Le tournant dans la biographie d'Erwan fut le bombardement aérien de l'administration Louhansk ( et sur ce blog ici : "C'est aussi notre crime")

- A l'époque j'étais en contact avec une employée du ministère de la Culture dans l'administration de Lougansk, Inna. Son nom de famille était l'imprononçable Kukurudza... Nous avons échangé littéralement quelques messages (au sujet de la guerre et de la politique linguistique)... Et puis je l'ai vu sur des photos, des vidéos d'Inna, quand elle rampait en sang avec les jambes brisées. J'ai vu son agonie et avec elle celle du Donbass en direct ! 

Alors j'ai décidé de quitté mon paradis en Amazonie.


SACRIFICE PERSONNEL

J'écoute Erwan et il commence à me sembler que les mots « courage » et « gelures » sont les mêmes racines. J'ai une bonne idée de janvier 2015, Donbass, et un étranger au bronzage tropical, faisant de l'auto-stop autour de la zone de guerre. Erwan cherchait une place dans la guerre, qu'il considérait et considère toujours comme la sienne :

- Les enfants rêvent de nombreux métiers. Et j'ai toujours dit à mon père - "Je veux être un militaire comme toi." Et mon père me disait - "tu n'as pas à imiter quelqu'un, écoute seulement ton cœur."

- Je me suis souvenu de ses paroles quand j'ai décidé d'aller dans le Donbass. J'ai été émerveillé par Donetsk, émerveillé par les habitants, face aux canonnades, que tout le monde entendait.

Erwan a rejoint la « brigade cosaque autonome » au bord du chaudron de Debaltsevo (secteur Uglegorsk). Allons-y sans hypocrisie - il ne manquait à ces gens merveilleux que les charrettes de Makhnov pour la compléter l'image. Tout le reste correspondait. Erwan remarque avec diplomatie : "C'était de courte durée, mais très intense." Certes, l'homme libre makhnoviste surprenait l'officier Français.

Le sniper est un solitaire par nature

Dans les étages détruits d'un bâtiment de Promka, à 150 mètres des postes ukrainiens - année 2018

Quand les deuxièmes accords de Minsk ont été signés et, comme Erwan l'a justement remarqué, le front s'est endormi dans la direction de Lugansk. Mais ils ont continué à se battre pour Donetsk. Le Français s'est retrouvé dans la garde républicaine, puis la Brigade internationale "Piatnashka". Son commandant avec l'indicatif d'appel Mamai, décédé il y a trois ans, Oleg Mamiev, Erwan appelle "Père". Le volontaire a peut-être été envoyé à l'endroit le plus terrible de la ligne de front - à "Promka", dans la zone des datchas abandonnées et des installations industrielles à la périphérie de Donetsk. C'est la "clé" de la cité:

"J'ai été honoré que l'on m'envoie combattre dans un secteur très important de la défense", confie Erwan et il ne le montre pas. Car cette guerre est devenue pour lui une tragédie personnelle. 

- En 2017, je suis devenu tireur d'élite. Le 19 septembre 2019, j'ai marché le long de la tranchée jusqu'au poste d'observation et j'ai heurté une mine bondissante. J'ai réussi à sauter dans un coin de la tranchée et j'ai survécu. Mais la partie du corps qui n'a pas eu le temps de se cacher... a été touchée par des éclats d'obus. Le dos et le bras gauche ont été blessés. J'ai été évacué à Novoazovsk, puis j'ai passé un mois à Donetsk en soins intensifs, puis en microchirurgie. Sept opérations - bras, dos, abdomen, jambe. Je remercie à la fois les camarades de Piatnashka, qui m'ont prodigué les premiers soins, et les médecins de Donetsk et de Novoazovsk. Je peux marcher avec ma main partiellement en place.

- Ce qui m'a beaucoup touché, je m'en souviens comme si c'était hier, lorsque j'ai ouvert les yeux pour la première fois - j'ai vu le commandant Svarog (il a pris la place du défunt Mamaï. - Auteur). Et des amis venus nombreux me visiter à Donetsk. Grâce à eux, j'ai gardé le moral dans cette période difficile.

Erwan dit qu'il attend la fin du traitement - il sera possible de récupérer avec une prothèse et de reprendre le service du front.

Alors qu'Erwan descendait la tranchée jusqu'au poste d'observation et heurtait une mine bondissante



Il n'y a nulle part où se retirer

C'était un occasion unique - pour connaître l'opinion d'un professionnel, d'une armée européenne militaire, sur la situation dans le Donbass. Ce qu'il connait d'ailleurs de l'intérieur :

Comment évaluez-vous l'ennemi?

- L'armée ukrainienne en 2015 et celle de maintenant sont deux armées différentes. Ils sont plus nombreux, mieux entraînés. Mais nous aussi. Mais si une collision se produit, il sera très difficile d'y résister sans l'aide de la Russie. Mais, je ne crois pas à une offensive à grande échelle de l'Ukraine dans le Donbass.

Pourquoi?

- De nombreux pays occidentaux changeraient leur attitude envers l'Ukraine si cette dernière lançait une grande offensive. Je pense que le "scénario yougoslave" est plus probable - la perte de la Krajina serbe après l'opération "Oluya". (une offensive massive de l'armée croate, entraînée par des instructeurs occidentaux, d'ailleurs, les Croates n'ont délibérément pas gêné la retraite de l'ennemi et de la population civile afin de nettoyer le territoire des déloyaux. - Auteur.)

Un officier français blessé dans le Donbass a expliqué comment l'OTAN allait déclencher une guerre en Ukraine

Juste avant de partir vers un poste d'observation et de tir sur Promka - année 2019

A quoi pourrait ressembler l'attaque de l'Ukraine sur le Donbass ?

- Par exemple avec une attaque de Telmanovo - un village à 20 kilomètres du front et très proche de la frontière avec la Russie. Ce n'est pas par hasard que les Ukrainiens ont tenté de prendre Staromaryevka, un village de la région, en octobre. Il leur faudra un jour ou deux pour prendre Telmanovo, bien que certains de nos militaires pensent que cela prendra deux heures. Et la République sera alors divisé en deux parties. À ce stade, l'OTAN fermera le ciel sur l'Ukraine. Peut-être que l'OTAN déploiera d'abord une défense aérienne, des missiles tactiques - afin que le conflit ne dépasse pas les frontières de l'Ukraine. Toutes ces actions seront soutenues, simultanément, par des sanctions contre la Russie. À tout le moins, ils fermeront le système bancaire Swift. L'Occident sacrifiera calmement la vie de milliers d'Ukrainiens pour atteindre ses objectifs.

Êtes-vous en danger si vous rentrez en France ?

Erwan croise les doigts pour montrer les "barreaux":

Je pense que je suis sur toutes les listes, depuis que je suis "séparatiste breton". J'ai été interpellé par la police à deux reprises lorsque j'étais en France. Je ne cache ni mon visage ni mon nom. L'Ukraine a dressé toute une liste de militaires que j'aurais abattus sur le front. J'ai vu cette liste, je pense que je ne pourrais pas faire grand-chose. Mais je ne veux pas rentrer en France, j'ai un passeport DPR, j'attends la nationalité russe depuis le printemps. Après la guerre, je veux rester dans le Donbass ou trouver une sorte de forêt sauvage sans fin en Russie (rires).

Dmitry Steshin 


lundi 17 mai 2021

"Que le souvenir des morts soit la force des vivants !"

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Oleg Mamïev, "Mamaï", lors du défilé de la victoire du 9 mai 2015 à Donetsk.
il est alors commandant en second de la brigade internationale Piatnashka, 
dont il prendra le commandement plus tard, jusqu'à ce jour funeste du 17 mai
2018, où, sur le front de Yasinovataya, il est mortellement blessé au milieu de
ses hommes, par le feu d'un bombardement ukrainien.
(Photo Svetana Kissileva).

3 ans déjà se sont écoulés depuis la disparition au combat de Oleg Mamiev, le commandeur de la brigade internationale Piatnashka; et pour celles et ceux qui avons eu l'Honneur de le côtoyer et d'Être sous son commandement, "Mamaï" reste dans nos mémoires et nos coeurs un homme exceptionnel et un chef hors norme. 
Le souvenir de cet homme dont la noblesse de coeur n'avait d'égale que l'humilité résistera toujours au temps et à cette triste dissolution des traditions de la brigade opérée par cette bureaucratie sans âme d'un ministère de l'intérieur dans lequel le régiment des forces spéciales, auquel appartenait Piatnashka, a été maladroitement remisé par la nouvelle administration républicaine après l'assassinat (31 aout 2019) du Président Zakharchenko .



Lundi 17 mai 2021

Le 17 mai 2018, Oleg Mamïev était mortellement blessé sur le front de Yasinovataya, au Nord de Donetsk par un bombardement ukrainien frappant la position "Dunaï" dans le secteur de Kruta Balka J'ai souvent évoqué le passage fulgurant de cet officier dans nos vies de volontaires et aujourd'hui encore notre immense et intacte tristesse, que ne réussit pas à éroder la meule du temps, témoigne de l'aura militaire et la noblesse de coeur de cet homme dont le nom est désormais indissociable de la légende de Piatnashka.

Oleg Anatolyevich Mamiev est né le 12 décembre 1977 à Vladikavkaz, en Ossétie du Nord, il vit le déchirement des peuples de Russie jetés hors de leur Mère Patrie par l'effondrement de l'URSS, ce qui  provoquera d'ailleurs, dans sa terre ancestrale, une rébellion séparatiste qui avec celle de l'Abkhazie voisine donnera naissance en 1992 aux républiques populaires d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie. 

Et dans tous ces conflits séparatistes marquant la ligne de fracture soviétique, on observe toujours un afflux de volontaires venir des 4 horizons de l'impérium slave pour soutenir les rébellions  de leurs frères historiques, renouant ainsi avec la tradition des brigades internationales qui marquent l'histoire de la guerre d'Espagne contre le fascisme franquiste. 

Aussi, lorsque le fascisme bandériste œuvrant aujourd'hui pour le grand Capital mondialiste, lance ses chars et avions de combat contre les populations russes du Donbass, on voit arriver dans sa steppe en feu et ses villes bombardées des milliers de volontaires venant soutenir sa résistance. Il faut comprendre ici que l'immense majorité de ces volontaires ne sont pas poussés vers les combats par un fanatisme politique ou un aventurisme militaire, mais parce que fidèles aux valeurs communes et fraternelles qui animent le "sens commun" des peuples, révoltés par la violence criminelle du nouveau régime de Kiev, mais aussi pour défendre cette "idée d'empire" qui a traversé jusqu'à leurs projets d'avenir l'Histoire impériale, soviétique et fédérale russe et qui noue leurs identités particulières dans une destinée supérieure et civilisationnelle à défendre.

Oleg Mamïev, indicatif "Mamaï" rejoint en 2014 le Donbass avec des volontaires
ossètes, et prend part aux premières victoires des milices contre l'agression ukrainienne.

2014 est certainement l'année la plus périlleuse vécue à ce jour dans le Donbass, car les milices d'autodéfense ne sont pas encore équipées correctement, ni même coordonnées entre elles, et plusieurs corps blindés ukrainiens ont réalisé des saillants dangereux notamment à l'Est et au Sud de Donetsk. Mais les forces ukrainiennes, désorganisées et emportées dans leur élan, vont 'bouillir" les unes après les autres dans des "chaudrons" forgés par le courage et les sacrifices de milices républicaines que renforcent chaque jour l'arrivée de nouveaux volontaires ainsi que les moissons de matériels, armes et munitions récoltés sur les champs de leurs victoires successives (frontière, Iliovaisk, Shakhtyorsk, aéroport, Debalsevo...)

D'abord volontaire dans les rangs de la brigade Vostok, "Mamaï" participe à de nombreux combats décisifs durant l'été 2014 le long des frontières avec la Russie, où il est une première fois blessé sérieusement au bras et à l'œil dans le secteur de Stepanovka près de Saur Moghila, 


A peine remis de ses blessures, le volontaire ossète retourne au combat au sein de la brigade internationale "Piatnashka" alors commandée par "Abkhaz", un volontaire d'Abkhazie et qui participe aux côtés des bataillons "Sparta (commandé par Motorola) et Somali (commandé par Givi") aux combats âpres mais victorieux libérant l'aéroport Prokofiev, au Nord de Donetsk. 

La brigade internationale "Piatnashka" (en référence au noyau originel de "15" volontaires) est sans conteste un des hauts symboles de cette "Union des peuples soviétiques" qui anime la rébellion du Donbass, ("sovietsky soyouz" et que les occidentaux formatés par la propagande de la guerre froide doivent ici considérer, non sous un angle politique idéologique mais sous celui d'une union de peupleS autour d'une destinée commune et supra communautaire). 

A l'automne 2014, "Piatnashka", qui est à la pointe de tous les combats depuis sa création en juin 2014, est alors en pleine expansion à partir de volontaires venus de Russie et du Caucase. mais aussi de Serbie, d'Espagne, d'Italie etc. et "Mamaï" devient rapidement un des piliers et le commandant en second de cette Brigade internationale qui continue de sculpter sa légende par la sueur, le sang et les victoires.

Octobre 2014, près de l'aéroport, les volontaires
de Piatnashka se regroupent autour de Mamaï 
(visible dès le début de la vidéo) pour un assaut 
sur des positions ukrainiennes près du terminal.
(les blindés appartiennent au bataillon Vostok)

En 2016, "Mamaï" succède à "Abkhaz" au commandement de la brigade "Piatnashka" qui est alors engagée principalement sur le front de Yasinovataya devenu sous les attaques ukrainiennes incessantes cherchant à s'emparer de la route Donetsk-Gorlovka, un des secteurs les plus "chauds" du front. Malgré ses fonctions d'Etat Major, "Mamaï" va dès que possible sur les avants postes tenus par ses unités de combat, là où son destin va l'attendre un 17 mai 2018...

Alors que je rejoins la brigade après 2 années de service sur les fronts militaire et de l'information, les rotations de mon unité s'enchainent rapidement dans le chaos de la zone industrielle de Promka, rythmées par les tirs ukrainiens qui régulièrement précipitent au delà de l'horizon des vivants de proches camarades.

17 avril 2018, dans la zone industrielle de Promka entre Avdeevka (occupé par
les forces ukrainiennes) et Yasinovataya (forces républicaines), "Mamaï" vient
nous rendre visite sur notre avant poste de section.1 mois plus tard, jour pour
jour, la Camarde allait l'attendre sur une autre position à 500 mètres au Nord.

Plusieurs fois par mois nous recevons la visite de notre "Mamaï" autant paternelle que de commandement à quelques centaines de mètres des positions ukrainiennes. Il rencontre alors chacun des soldats en mission, s'enquérant de leurs observations, de leurs besoins, de leur moral, et n'oubliant jamais d'apporter des grandes pâtisseries à l'occasion d'une fête patriotique ou d'un anniversaire personnel passé en première ligne

Pour ouvrir cet article qui me tient à coeur plus que les autres, j'ai choisi cette photo saisie par Svetlana Kissileva lors de la 1ère parade de la Victoire de 1945 organisée par la République populaire de Donetsk le 9 mai 2015. Sur cette photo de foule on y voit Oleg Mamiev tel qu'il reste dans nos mémoires : un pilier charismatique au milieu du peuple défendu et portant dans ses bras toute l'espérance de son avenir !

J'aimerais tant trouver les mots justes pour décrire ce que cet homme a semé dans nos mémoires et nos coeurs, car "Mamaî" est une borne majeure dans le cheminement intérieur autant que dans l'expérience militaire de chacun de ceux qui l'ont connu et côtoyé dans la boue des tranchées. 

Oleg Mamaïev était de ces soldats authentiques, incarnant cette figure intemporelle et mythique du Chevalier; et qui traverse les âges avec comme panache la force de l'exemple, comme qualité l'humilité du courage et comme noblesse l'intelligence du coeur. A son contact quotidien, particulièrement lors de ces moments partagés aux avants postes de Piatnashka, sur ce front funeste de Promka qui devait l'engloutir, nous ressentions déjà toute l'initiation silencieuse de sa personnalité, humble et attentive et toujours à l'écoute de ses hommes, et beaucoup disions déjà de son vivant qu'il était un père pour la famille de son bataillon. 

17 mai 2018, "Mamaï" vient vers notre position avancée dans Promka sur le
front de Yasinovataya. Il est un des rares chefs de guerre que j'ai suivi en
toute confiance, reconnaissant en lui les compétences militaires acquises
par l'expérience du combat, la justesse d'un instinct tourné vers la réussite
de la mission donnée et l'intelligence d'un coeur soucieux de la vie de ses
soldats. Un chef dans toute la noblesse de sa fonction. Photo Kristina Melnikova

Lorsque "Mamaï" est mortellement blessé ce 17 mai 2018, mes camarades et moi-même étions en poste sur la position "14" un peu plus au Sud de la position "Donaï" où notre chef devait rencontrer son destin. Je me souviens de cet appel radio transmis en milieu de soirée de poste de combat en salle de repos : "Mamaï a été grièvement blessé sur le front". Mais pour nos coeurs, à cet instant il était impossible que ces blessures soient fatales à celui qui incarnait l'esprit immortel de Piatnashka. Hélas nous devions apprendre plus tard que cet homme dont la légende avait précédé sa mort au combat n'avait pas survécu à ses blessures multiples (thorax et tête) reçues lors de ce bombardement ukrainien d'AGS 17 (lance grenades automatique de 30mm)

Nous étions alors sous le choc, devenus par des brèves lueurs aperçues à l'horizon Nord de notre position et le grésillement ému de la radio d'alerte, des orphelins de coeur !

17 mai 2018, sur le front de Yasinovataya, les dernières 
minutes de vie de Oleg Mamïev, lorsque son destin a
ouvert au Monde les portes d'une légende exemplaire.
(extraits du reportage du journaliste Sladkov qui était 
témoin des faits. le lien de la vidéo complète ICI ).
Dans cette vidéo, on observe tout d'abord des échanges
de tirs entre belligérants, situation quotidienne et banale
sur ce secteur du front où les positions sont à portée de 
voix les unes des autres. Puis les forces ukrainiennes
augmentent les tirs, engageant un canon sas recul SPG9
("SAPOG") puis un lance grenade automatique AGS17, une 
arme très prisée dans les guerres de positions tirant des 
grenades autopropulsées de 30mm. A 7'43", une nouvelle
  salve ukrainienne arrive juste dans la tranchée et blesse 
mortellement Mamaï (explosion surlignée). Puis s'en suit
l'évacuation rapide et risquée de Mamaï alors que de 
nouveaux tirs ukrainiens se font entendre.

Aujourd'hui le nom de Piatnashka est indissociable de celui de Oleg Mamïev, son commandeur qui nous laisse en héritage le souvenir éternel d'un homme courageux et humble qui commandait son bataillon à la fois comme un père de famille, un chef de guerre médiéval, et un officier des temps modernes.

Depuis ce tragique 17 mai 2018, "Mamaï" ne cesse de combler l'immense vide de son absence par l'héritage du souvenir déposé dans la mémoire et le coeur de chacun de ceux qui l'ont connu et côtoyé. Il est un repère essentiel à la fois heureux et triste du courant tumultueux de cette page d'Histoire européenne qui s'écrit depuis 7 ans dans le Donbass avec une encre de sang. 

Le 19 mai, au coeur de la cité de Donetsk reconnaissante, une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes est venue saluer la dépouille de cet homme humble et courageux, devenu fils du Donbass, non par le sang reçu mais par le sang versé.

Un soldat, frère d'armes, ami et compatriote ossète de
Mamaï laisse éclater sa peine tandis que la foule arrive
pour saluer ce fils d'Ossétie mort pour sa Liberté.


Le 22 mai, la dépouille de 'Mamaï" s'en est allée vers sa terre natale ossète qui s'est entrouverte pour accueillir son noble enfant et sceller de son sang reçu et versé l'amitié entre ces deux terres russes.  Mais ce jour là, à l'ombre des majestueuses montagnes ossètes en prière, ce n'est pas un corps qui fut enseveli, mais une graine d'exemplarité qui germe depuis dans les coeurs de tous ceux pour qui les mots Liberté, Honneur, Amour et Sacrifice veulent encore dire quelque chose...

Et sa stèle élevée sur la voie des héros au coeur de la cité minière de Donetsk est devenue pour les mémoires un phare qui guide nos actes et nos pensées présentes...

Avec "Mamaï", toujours, pour me souvenir et apprendre, encore...
Photo Kristina Melnikova, février 2020

Oleg Mamïev a désormais achevé son chemin vers la postérité et mais il restera, dans les l'Histoire en mouvement du Donbass et les coeurs libres de ceux qui l'ont connu, cet homme généreux, au commandement naturel fondé sur la force de l'exemple et servi par un charisme tant physique que mental et qui n'avait d'égal que son humilité et son humanité...

...et ceci, aussi longtemps que durera son bronze éternel dans les vents impuissants des vanités humaines. 

Erwan Castel 


Mes articles précédents sur Oleg Mamaïev ici : Mamaï

mardi 16 mars 2021

Les yeux et le coeur à l'horizon

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Sébastien, indicatif "Filin" un camarade fixant au loin la
ligne de front de Marinka (Sud Ouest de Donetsk)

Dans cet hôpital de Donetsk, spécialisé dans la physiothérapie et la rééducation motrice, nous sommes des dizaines de volontaires blessés à achever nos parcours hospitaliers, comme tant d'autres ailleurs, hier, et malheureusement demain. 


Mardi 16 mars 2021

Entre les cabinets de massage, les salles de sport et les visites, nombreux sont ceux qui regardent aux fenêtres élevées un horizon où leur expérience militaire trace le cheminement de cette ligne de front très aproche et que trahissent régulièrement les échos des tirs échangés entre nos camarades et les soldats ukrainiens.

Si nos corps mutilés et enchaînés aux soins hospitaliers ont figé pour des temps variables et trop longs l'elan de nos actions, en revanche nos pensées restent plus que jamais fidèles à notre engagement commun.

Aussi, soudés par une camaraderie indéfectible, nos rêves, nos regards et nos cœurs restent à jamais là bas, accrochés à cette terre des tranchées du Donbass griffée par l'Histoire et où se joue et se défend une idée certaine de l'empire de la Liberté  

Erwan Castel

dimanche 17 mai 2020

Les larmes n'ont pas séché

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Il y a 2 ans mourait au combat Oleg Anatolyevich Mamaiev, indicatif "Mamaï", commandeur de la brigade internationale Piatnashka (2ème bataillon du régiment des forces spéciales de Donetsk, aujourd'hui intégré au sein du Ministère de l'Intérieur). Depuis ce 17 mai 2018, d'autres événements douloureux ou joyeux se sont accumulés dans les mémoires de celles et ceux qui ont rejoint cette nouvelle déchirure européenne où se déroule depuis 6 ans un bras de fer meurtrier entre les auxiliaires ukrainiens de l'OTAN et les volontaires défendant les peuples de la Russie, mais le souvenir de cette soirée tragique de printemps où Mamaï tomba au champ d'honneur reste vive dans les coeurs de celles et ceux qui l'ont côtoyé, même un court instant...

Aujourd'hui, un rassemblement a été organisé au coeur de Donetsk pour honorer la mémoire de Mamaï, sous les caresses d'un soleil printanier revenu et les auspices de la fraternité et la mémoire, de l'amitié et l'espérance.


Dimanche 17 mai 2020

Car le destin et l'engagement de ce fils d'Ossétie ayant offert sa vie au Donbass pour défendre les libertés et les traditions d'un monde russe commun, incarne cette résistance inouïe d'une rébellion contre une hégémonie occidentale hystérique qui a fait de l'armée ukrainienne le fer de lance d'une stratégie européenne de l'OTAN, russophobe hystérique.

J'ai essayé dans ce blog de décrire ce rapport quasi filial qui existe entre Piatnashka et Mamaï, depuis l'annonce de sa disparition, par exemple à l'occasion de ses funérailles ou de l'inauguration de son buste sculpté dans l'allée des héros au coeur de Donetsk. 

Aujourd'hui le nom de Piatnashka est indissociable de celui de son 2ème commandeur, tué au combat et qui nous laisse en héritage le souvenir éternel d'un homme courageux et humble qui commandait son bataillon à la fois comme un père de famille, un chef de guerre médiéval, et un officier des temps modernes.

Ce  17 mai 2020, les hommes et les femmes de Piatashka, du régiment, mais aussi des amis, des membres du gouvernement... sont venus saluer Mamaï à l'ombre de l'immense monument dédié à la victoire de 1945. Pour une fois, je relate dans ce journal un événement auquel je n'ai pas pu malheureusement participer, cloué une fois encore au lit par les douleurs d'une blessure pas encore guérie. Mais le coeur y était, et je ne manquerai pas dès que possible d'aller à mon tour saluer Mamaï, comme régulièrement lorsque je viens dans le centre ville de Donetsk, et lui confier mes fraternelles pensées.


A l'occasion de cet anniversaire tragique, Katérina Katina, reporter de guerre qui accompagna souvent Mamaï sur les positions de Piatnashka a réalisé ce reportage spécial émaillé d'extraits de ses reportages sur le front avec la brigade internationale.


"Les héros ne meurent pas, ils vivent à jamais dans nos cœurs !"

De la matrice de la guerre naissent les héros cette race légendaire que la mémoire antique situait avec justesse dans ses mythes anciens entre les hommes, ces "dieux mortels" et les dieux, "ces hommes immortels". Mamaï est un héros a bien des titres et qui aujourd'hui incarne cette figure intemporelle du "volontaire", des volontaires du Donbass dont on célèbre désormais l'engagement chaque 6 mai.


Lorsque sa terre ossète s'est entrouverte pour accueillir Mamaï, ce n'est pas un corps qui fut enseveli, mais une graine d'exemplarité qui germe dans les coeurs de tous ceux pour qui les mots Liberté, Honneur, Amour et Sacrifice veulent encore dire quelque chose...

2 années ont passé mais il me semble que c'était hier, et quant à la route tracée par Oleg Anatolyevich Mamaiev elle restera éternellement ouverte pour les coeurs rebelles et volontaires.


Erwan Castel


La légende de Mamaï ne doit pas nous faire oublier qu'il fut aussi et d'abord 
un mari et un père qui laisse derrière lui son fils Zaur qui vient d'avoir 3 ans
et son épouse Larisa qui témoigne par sa tristesse le souvenir de cet homme 
dont les nobles valeurs l'ont su garder tout simplement humain...

Tous les articles de ce blog consacrés à Mamaï : ici